Soyez imprudents les enfants – Véronique Ovaldé

9782081389441Se perdre dans les mots de Véronique Olvadé, dans sa langue, dans ses histoires est toujours une expérience incroyable, un peu loufoque, un brin extravagante, joyeuse, magique, folle, savoureuse… Belle ! Et la partager avec les copains, mhuuuuuuum, c’est encore mieux !

L’histoire commence sur une exposition de peinture à Bilbao en 1983 et un chavirement. Total. Atanasia Bartolome, 13 ans, se trouve « figée en plein élan, saisie » devant le tableau de Diaz Uribe. Une femme nue, alanguie, assise sur du carrelage bleu. Un choc. Sa première extase. Qui change cette petite fille mélancolique, qui ne connaissait rien à rien, « seulement le temps long de la dictature, sa queue de comète, et la mémoire tronquée. »

Et depuis, Atanasia ne cesse d’être subjuguée, comme envoutée. « D’où me venait cette fascination ? Cette impression d’un lieu commun. D’un lieu familier que j’aurais quitté un jour, un lieu comme une vieille mémoire, une mémoire fantomatique, que la contemplation des toiles de Diaz Uribe ravivait et renforçait. »

Atanasia a 18 ans, « elle est à l’orée de quelque chose » et elle s’en va.  Elle s’échappe de sa petite vie tout-contre-sa-mère.  Décide d’être imprudente. Et de vivre.  A Paris.

« J’avais dix-huit ans, j’avais couché avec un seul garçon qui était maintenant mort (vade retro pensée sinistre) et je n’étais même pas sûre de ce que ça m’avait fait (coucher avec lui et aussi apprendre sa mort). J’avais dix-huit ans et je portais une robe de volubilis. J’étais féministe parce que j’avais dix-huit ans et que c’était facile d’être féministe à dix-huit ans. J’étais féministe parce que toute mon enfance j’avais vu ma mère nettoyer ses stores en fumant des cigarettes et en aspergeant le salon de pschitt pschitt aux agrumes. J’étais féministe mais je portais quand même une robe de couleur de volubilis – je savais un peu y faire même si je n’étais pas ce qu’on peut appeler une fille sûre d’elle (comment l’être avec ma mère pschitt pschitt et mon père pathologiquement pudique). J’ai pris ma respiration. J’avais dix-huit ans, j’étais seule à Paris…. »

Ce qui l’intéresse, c’est de comprendre. Comprendre ce qui fait courir les hommes de sa famille. Déchiffrer « la malédiction des Bartolome, cette insatisfaction cuisante et ce vague à l’âme taraudant qui allaient de pair avec le désir d’explorer le monde. »

 

C’est une histoire à tiroirs, une histoire avec tout un  tas d’autres histoires à l’intérieur…. Et il est bien difficile de raconter ce roman… On y trouve une jeune fille en quête d’un ailleurs ; des hommes « généreux, tristes et sentimentaux » ; des femmes insoumises ; une grand-mère délicieuse ; des lieux incongrus, imaginaires ou bien toutafé  réels ; des légendes familiales ; des catastrophes annoncées ; des palabres qui priment ; des actions héroïques et des vies minuscules ; des fantômes et des absents ; des choses funestes ; des éclats de voix ; de la tendresse trouble ; de la rage et de la fureur ; des détails sordides ; du tumulte et du chahut ; un soupçon de passion ; de la transparence qui s’accentue ; des « chiens enragés » ;  des thons et de la poiscaille en tout genre ; de la langueur ; des sonorités basques ; « de l’incessant soliloque intérieur » ; de l’Art contemporain ; un brin de littérature ; de la folle imprudence ; de l’inattendu et de l’inexorable ; de l’étrange fatalité ; de la poésie… Et du rêve… Comme dans toutes les histoires de Véronique Olvadé !

C’est un roman, dit ‘on, d’apprentissage, un livre qui cause de la fin d’une enfance, du désir d’émancipation. Qui dit « la démangeaison de l’ailleurs » dans « le désordre du monde ».

C’est un roman qui raconte un monde trouble, extravagant, joyeux et épouvantable, un monde éclatant d’odeurs et de saveurs, rempli de fantaisie et d’un brin de magie, dans lequel il faut résister pour être libre. Dans lequel il faut une sacré dose d’imprudence pour s’affranchir…

C’est un roman qui se lit doucement, langoureusement, j’ai presqu’envie de dire ! Qui se savoure comme un bonbon dont on voudrait garder toujours la saveur à l’intérieur !

C’est un roman à découvrir absolument 😉

 

Les billets de Noukette et de Jérôme (merci merci merci ❤ )

Soyez imprudents les enfants, Véronique Olvadé, Flammarion, 2016, 20€.

Quatre cœurs imparfaits de Véronique Ovaldé et illustré par Véronique Dorey

CVT_Quatre-coeurs-imparfaits_753 » Rosa Luisa avait eu trois sœurs. La plus jeune était folle, la deuxième était pute, la troisième était morte. »

Un petit billet (par manque de temps hein, pas par manque d’amour pour ce livre absolument remarquable ; ni pour cette auteure chez qui j’aime tout : les histoires, les romans, l’imaginaire, la folie douce, la grâce, ses thématiques et surtout ses personnages de femmes/filles toujours sublimes ; ni évidemment pour ma copine Noukette-la-délicieuse avec laquelle je fais lecture commune ; ni pour Mo ❤ et son bar à BD !)

Cette merveille tout à fait étrange, un brin glauque (mais juste assez pour rendre l’atmosphère incongrue, biscornue, insolite, complètement étonnante mais délicate aussi) vient de sortir en librairie. C’est d’ailleurs mon libraire qui m’a obligé/forcé/contrainte (si si) en me disant « Lis ça, ça fait très très très longtemps que j’ai pas lu pareil ovni ! » Et comme je suis faible, je me suis dotée de cet étrange livre pour un plaisir fou 😉

Un brin d’histoire :

Il était une fois une contrée lointaine et imaginaire, où « les vierges folles abondent, les amants éconduits pullulent dans les cimetières« .

Il était une fois des femmes qui ont eu peu de chance en matière d’amour : Rosa Luisa la vierge, Marie Cristina la mère morte, Mercedes la pute et Pepina la folle.

Il était une fois  Mamina, la vieille cuisinière… qui s’occupait de ces femmes depuis toujours.

Il était une fois, dans une maison, au sommet de la colline de Camerone,  une petite fille,  conteuse de cette histoire,  qui voulait vivre « des amourettes, papillonner et butiner« .

Il était une fois un destin funeste….

L’histoire est forte, exactement comme je les aime ! Les mots sonnent juste. Le texte est poétique, charnel.

Et vous dire que les illustrations de Véronique Dorey sont d’une étrange beauté (un peu à la Tim Burton), d’une délicatesse remarquable et se marient parfaitement bien avec le texte de Véronique Olvadé (une version de ce texte a déjà été publiée dans Télérama en 2006).

L’atmosphère un brin inquiétante qui se dégage de ce tout petit livre (56 pages) vous entraînera dans les méandres d’un conte somptueux dont vous ne sortirez pas indemnes !

Ce livre-ovni est un bijou, d’un esthétisme rare, d’une grâce infinie, d’une élégance exquise !

Un livre précieux à découvrir ABSOLUMENT !

L’avis de Noukette Ici 😉

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Quatre cœurs imparfaits de Véronique Olavdé et de Véronique Dorey, Thierry Magnier, Oct. 2015, 56 pages et pour 14,90 euros