Wilderness (Ozanam & Bandini)

Ozanam – Bandini © Soleil Productions – 2020

Abel est en pleine forêt. Il marche en compagnie de son chien. Il part vers sa nouvelle vie. Celle d’avant est cassée. La Guerre de Sécession lui a volé sa femme et sa fille. Depuis sa démobilisation, il vit seul, loin des autres hommes. Mais sa situation, ses souvenirs qui le hantent, ces murs qui lui rappellent sans cesse les jours heureux, tout cela, Abel veut le laisser loin derrière lui maintenant. Il fuit. Il fuit se fuit. Il est devenu l’ombre de lui-même.

Alors il a rassemblé de maigres affaires, sifflé son chien qui lui a emboîté le pas. Et ils sont partis tous deux vers l’Est. C’est pendant ce voyage qu’il se fait agresser par deux hommes qui le détroussent, le tabassent et le laissent pour mort. Ils l’amputent même de son chien. Abel décide de partir à leur recherche, fermement décidé à retrouver son fidèle compagnon.

La préface de Lance Weller, auteur du roman dont cet album est l’adaptation, s’attarde sur l’attachement réel de Lance Weller avec le monde des comics. Enfant, il s’émerveillait devant les histoires de Stan Lee, se fascinait du riche et mystérieux personnages qu’est Batman. Toute sa vie, un fil l’a lié à ce medium, bien avant qu’il commence à écrire ses romans. Alors oui, voir son « Wilderness » adapté en bande dessinée a bien plus de sens pour lui que cela pourrait en avoir pour un autre romancier. C’est comme un aboutissement… une boucle qui se boucle.

Wilderness… Région sauvage…

Nous voilà propulsées en 1899, quelques décennies après la Guerre de Sécession. Propulsés dans des paysages sauvages que l’homme n’a pas encore domptés. Le dessin de Bandini matérialise toute la majestuosité et la rage de ces lieux, l’ambiance silencieuse de cet homme solitaire qui ne tolère que la présence rassurante de son chien à ses côtés.

Les images du passé surissent sans prévenir, tordant son cœur de douleur, de peur, de rage. Le passé nu, en noir et blanc. Brut. Un passé rempli des traumatismes de la guerre, de ses violences sourdes qui transforment un homme à jamais, malgré lui. Un passé de bruit, de maux que les mots ne suffisent pas à contenir. Et bien avant lui, un passé de quiétude, de joies, de bonheur simple bercé par les sons quotidiens d’une famille. Tout a explosé et depuis, le présent dont les couleurs vives sont presque indécentes, pleines d’une force et d’une vivacité qu’il n’est plus prêt à donner. Il s’est ratatiné autour des activités vitales : chasser, récolter, couper du bois. Et son chien pour seul ami.

Je ne sais pas dire si l’adaptation d’Antoine Ozanam est fidèle ou non au récit d’origine. Et pour cause, je n’ai pas lu le roman de Lance Weller. Par contre, je sais dire que son rythme, la manière dont le scénariste joue avec les silences, la rage et la colère du personnage, le rythme narratif et la manière dont les flash-backs viennent le ponctuer… le malmener… Je sais que tout cela m’a plu et pris aux tripes. Les silences ont des sont multiples dans ce récit. Tour à tour oppressants ou apaisants. Tout comme ces grands espaces à perte de vue qui symbolisent tantôt l’ampleur de la solitude qui torture le personnage, tantôt la quiétude qui le remplit… une force tranquille qui est parvenue à s’accommoder de ses vieux démons.

Le voyage que le vieil homme entreprend pour retrouver son chien se révèle être une catharsis. En toile de fond, les guerres intestines qui ont déchirés les peuples d’Amérique.

Wilderness (récit complet)

Adapté du roman de Lance WELLER

Editeur : Soleil

Dessinateur : BANDINI / Scénariste : Antoine OZANAM

Dépôt légal : août 2020 / 152 pages / 19,99 euros

ISBN : 978-2-302-07264-0

DoggyBags #1 et 2 (Run & Maudoux & Singelin & Bablet & Ozanam & Kieran)

Doggybags #1
Run – Singelin – Maudoux © Ankama Editions – 2011

Doggybags #2
Run – Singelin – Ozanam – Kieran – Bablet © Ankama Editions – 2012

« Besoin d’une triple dose d’adrénaline ?

Un gang de loups-garous bikers déchaînés ; une tueuse aussi sexy et diabolique que la sournoise Black Mamba de Kill Bill ; un braquage qui se termine en immonde boucherie dans un coin paumé du désert d’Arizona ? Ça vous suffirait ?

(…) un trio d’auteurs abominables qui rendent hommage à leur façon aux cinémas de Tarantino et Grindhouse des années 60-70 ! » (présentation officielle Volume 1).

Attention : pour publics avertis. Ne mettez pas ces ouvrages dans les mains de vos bambins… ils n’en ressortiraient pas indemnes. Cette lecture nous percute de plein fouet : âmes sensibles s’abstenir. Pourtant, force est de constater que la lecture de ces nouvelles est assez jouissive.

Les dialogues des nouvelles sont en général assez épurés, ils sont au service de l’action et complètent souvent déjà des visuels très évocateurs. La lecture est fluide, le lecteur est réellement pris dans le rythme et dans l’intrigue. Le graphisme est mordant, dynamique… la violence n’est absolument pas suggérée.

Fresh Flesh & Hot chrome (Nouvelle 1 – Volume 1)

On revisite le mythe des bikers mêlé à celui du loup-garou. Cette base fantastique offre une très belle métaphore au traitement de sujet plus larges comme la place de la femme dans la société et la misogynie de certains groupuscules. Le personnage principal de cette cavale est une jeune femme qui tente de se rebeller contre sa condition de femme-objet. Un personnage que j’ai rapidement investit, un dénouement qui force à la réflexion.

Masiko (Nouvelle 2 – Volume 1)

Superbe référence aux yakuzas et aux légendes urbaines. « Masiko » est le nom qu’une mère célibataire utilise lorsqu’elle effectue les contrats que lui ont confiés les membres des Triades. Le problème : cette tueuse professionnelle est parvenue à se mettre à dos les différentes familles. Une prime est donc accordée à celui qui sera capable de ramener sa tête à « La Duchesse », ponte du crime organisé. Masiko lutte pour survivre.

Mort ou Vif (Nouvelle 3 – Volume 1)

Cette fois, c’est le mythe du zombie qui est passé au crible. Un policier impétueux décide de faire justice à deux pauvres bougres qui ont été froidement liquidés par une petite frappe. La radio de sa moto étant HS, il décide d’engager seul une chasse à l’homme dans le désert de l’Arizona. Il ambitionne de stopper l’homme avant qu’il ne passe la frontière du Mexique. Les deux protagonistes vont faire preuve d’une belle ténacité… et tenir le lecteur en haleine jusqu’au dénouement.

Elwood and the Freak bitches (Nouvelle 1 – Volume 2)

Toujours dans le registre du fantastique, on explore cette fois le mythe des vampires. Des vampires atypiques puisque le postulat de départ tient au fait qu’une bande de 40 aliens ont été débarqués sur Terre (mais ce n’est que la première étape d’une invasion planétaire de grande ampleur). Ces  » 40  » ont pris l’apparence de jeunes femmes plus sexy les unes que les autres. Attention nymphomanes !!! Elles ont une semaine pour se faire féconder ; leurs progénitures devant permettre la bonne adaptation de leur race à l’environnement terrestre.

Hormis cela, c’est plutôt la question de l’hystérie que j’ai questionné. Le personnage principal, un pauvre looser natif d’une bourgade perdue au milieu de nulle part – et puceau de surcroît – semble être en pleine décompensation ! Le héros est balloté entre son aversion pour les  » aliens  » (symbolisant la femme ?), sa libido inexistante et des hallucinations visuelles (il voit Jeanne d’Arc…). Quant au lecteur, il entre à 200 à l’heure dans le crane de cet illuminé… et on en ressort pas tout à fait indemne une trentaine de pages plus loin.

The Border (Nouvelle 2 – Volume 2)

Retour à la réalité mais cela n’est pas tellement salvateur pour le lecteur. Nous sommes cette fois confrontés à des énergumènes d’un genre écœurant. S’appuyant sur un fait de société réel, celui du « Mur de la honte » au Mexique. Des hommes se mettent en chasse. Ils sont extrémistes, enfermés dans une vision rétrograde et nourrissent une haine démesurée à l’égard de l’Etranger. Chaque nuit, ils s’amusent à tuer, à torturer, à violer les immigrés qui croisent leur chemin. Du racisme à l’état brut qui est abject, leurs préjugés donnent la nausée… Et lorsqu’en pleine nuit, ils croisent un Chupacabra… brrrr…

Vol express 666 (Nouvelle 3 – Volume 2)

Bablet et Run adaptent à leur sauce l’histoire d’Auburn Calloway. Dans la rubrique « fait divers », un article de presse aurait été consacré à cette tragédie qui glace le sang (je vous invite à lire cet article Wikipedia qui relate ce drame).

PictoOKChaque nouvelle se développe en une trentaine de pages. Les choix d’y apposer des couleurs assez sombres et de recourir régulièrement aux jeux de hachures campent parfaitement le côté grinçant et satirique de ces récits. Dans une certaine mesure, l’agencement graphique m’a fait penser au travail réalisé par Joshua Cotter sur Les Grattes-ciel du Midwest où des « encarts publicitaires » humoristico-satiriques – insérés à chaque entame de chapitre – détournent des slogans commerciaux pour leur donner un autre sens, une autre portée.

Un grand merci à Jérôme qui nous a permis, à mon Golgoth et moi, de découvrir cette série 😉 Allez lire sa chronique sur le Volume 1 !!

Extraits :

« Depuis quand l’homme n’est plus un loup pour l’homme ? Tu crois être différente ? Assume ta part d’animalité ! » (Fresh Flesh & Hot chrome).

« La liberté ne se troque pas. Mieux vaut vivre un jour comme un loup que cent comme un chien » (Fresh Flesh & Hot chrome).

« Et la vie, c’est comme un vaste sable mouvant. Si tu ne veux pas t’enfoncer trop vite, t’as intérêt à faire le moins de remous possible » (Elwood and the Freak bitches).

DoggyBags

Challenge Petit Bac
Catégorie Animal

Série en cours

Tome 3 à paraitre le 25 octobre 2012

Éditeur : Ankama

Collection : Label 619

Dessinateurs / Scénaristes : RUN, Guillaume SINGELIN,

Florent MAUDOUX, Antoine OZANAM, KIERAN, Mathieu BABLET

Dépôt légal : janvier 2011 (tome 1) et avril 2012 (tome 2)

ISBN : 978-2-359-10129-4 (tome 1) et 978-2-359-10259-8 (tome 2)

Bulles bulles bulles…

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DoggyBags, tomes 1 et 2 – Run – Singelin – Maudoux – Ozanam – Kieran – Bablet © Ankama Editions – 2011 et 2012