Chroniks Expresss #27

Romans : Les Ecureuils de Central Park sont tristes le lundi (K. Pancol ; Ed. Le Livre de Poche, 2011), L’Amie prodigieuse (E. Ferrante ; Ed. Gallimard, 2015), Théâtre intime (J. Garcin ; Ed. Gallimard, 2003), Le Monde entier (F. Bugeon ; Ed. Rouergue, 2016), Un Paquebot dans les arbres (V. Goby ; Actes Sud, 2016).

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Romans

Pancol © Le Livre de Poche – 2011
Pancol © Le Livre de Poche – 2011

Joséphine cherche à écrire son second roman et ne sait quelle décision prendre quant à sa relation avec Philippe, le mari de sa sœur défunte. Hortense commence une formation dans une prestigieuse école de stylisme londonienne, Zoé apprend à vivre loin de Gaétan, Henriette rumine sa colère, Marcel file l’amour parfait avec Josiane et Junior, leur bambin surdoué. Shirley cherche l’amour et Gary s’émancipe. La rénovation de sa loge a rendu Iphigénie radieuse…

De nouveau, tout foisonne, tous s’agitent, tous se cherchent, se trouvent et se perdent en chemin.

Dernier volume de la trilogie « Joséphine Cortès ». J’avais cette curiosité de connaître quelles étaient les épreuves que Katherine Pancol réservait à ses personnages qui m’ont accompagné durant l’été.

J’ai eu grand plaisir à les retrouver, à les côtoyer mais… des longueurs parfois, des agacements car la romancière traine en route et fait même intervenir quelques nouveaux personnages en faisait revenir d’autres vis-à-vis desquels on ne faisait pas grand cas. J’ai trouvé que Katherine Pancol fait languir le lecteur pour peu de choses. Certains passages sont de l’ordre du superflu, ils meublent… ils meublent quoi au juste ?? Il y a pourtant fort à faire avec le vivier de personnages déjà existant d’autant que les nouveaux protagonistes apportent bien peu de choses au récit.

Un roman étonnant que j’ai investi de façon inégale : une première partie agréable qui nous permet de reprendre l’histoire là où on l’avait laissée dans le tome précédent (« La Valse lente des tortues »). Puis une partie centrale qui se perd dans des considérations parfois inutiles. Le dernier tiers de l’ouvrage en revanche va vite, saute d’un personnage à l’autre, dénoue des situations compliquées, remet des tensions dans les rapports, sème le doute puis tout se dénoue en un battement de cils.

Spécial, légèrement déçue… pas tant par la conclusion (à laquelle je m’attendais fortement) mais sur la construction du récit de cet ouvrage en tant que tel. Dans l’ensemble, une saga que j’ai plutôt appréciée mais… voilà… c’est une bonne lecture de vacances.

Mon avis sur les précédents tomes.

 

Ferrante © Gallimard – 2015
Ferrante © Gallimard – 2015

 » «Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout : et nous grandissions avec l’obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile.»
Elena et Lila vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années cinquante. Bien qu’elles soient douées pour les études, ce n’est pas la voie qui leur est promise. Lila abandonne l’école pour travailler dans l’échoppe de cordonnier de son père. Elena, soutenue par son institutrice, ira au collège puis au lycée. Les chemins des deux amies se croisent et s’éloignent, avec pour toile de fond une Naples sombre, en ébullition.  » (synopsis éditeur).

Elena Ferrante consacre un premier chapitre à décrire un fait : le personnage pricnipal (Elena) apprend que son amie d’enfance a disparue et a pris soin de ne rien laisser derrière elle (ni photo, ni objet lui ayant appartenu… rien). La nouvelle ne la surprend pas, le personnage s’étonne même que son amie ait mis autant de temps à prendre cette décision. La recherche de quelques vestiges (lettres, photos, objets…) pouvant témoigner de cette amitié la conduit à faire l’amer constat qu’elle ne possède rien, exceptés ses souvenirs, pour attester que cette amitié a bel et bien existé. Elle décide donc de coucher sur papiers ces années qu’elles ont traversées ensemble. Cette démarche d’écriture la ramène plus de 50 ans en arrière, alors qu’elles étaient encore camarades de classe en Primaire. Le premier tome de cette série (qui devrait en comporter quatre) couvre un peu moins de 10 années de leur vie.

Le récit nous installe rapidement dans le quotidien des deux fillettes, en plein cœur d’un quartier populaire de Naples. Nous sommes dans les années 1950, les enfants courent dans les rues, au gré de leurs jeux tandis que les mère sont au foyer, les pères au travail. Des « guerres de clans » enfantines, on passera aux premières jalousies puis aux premières amourettes. Des fillettes puis des jeunes filles qui ne sont pas préparées à ce qu’elles vont vivre, mal équipées pour la vie de femme qui les attend. Entre rivalité et solidarité, Lila et Elena vont tenter de trouver un sens à leur vie. Les possibilités sont réduites : entre suivre la voie toute tracée par leurs parents ou oser lutter un peu pour pouvoir poursuivre les études, dans ces années-là, l’enfant n’a pas réellement son mot à dire.

PictoOKTrès belle chronique sociale qui s’amorce avec « L’Amie prodigieuse » et suivie du « Nouveau nom » (lecture prochaine), Elena Ferrante signe-là une saga passionnante et prometteuse.

Les chroniques de Framboise, Coline, Noukette, Valérie, Eimelle.

 

Garcin © Gallimard - 2003
Garcin © Gallimard – 2003

« C’était un après-midi d’été de la fin des années soixante-dix, dans le théâtre à ciel ouvert de Petit-Couronne. Je venais de rencontrer Anne-Marie, qui, dans Le Cid, interprétait la fière Infante. Pendant les répétitions et les ultimes réglages sous un soleil déclinant, une ombre vint s’asseoir à mes côtés, sur les gradins, et en silence me prit la main. C’était Anne Philipe, dont je ne saurai jamais si elle venait, ce jour-là, applaudir sa prometteuse fille de vingt ans ou se souvenir de l’immortel Rodrigue d’Avignon.
Peut-être n’ai-je écrit Théâtre intime que pour répondre, longtemps après, à cette question restée en suspens. Qui jouait sur scène, ou plutôt qui voyait-on jouer ? Quel cœur battait sous cette longue robe d’Infante : une fille sans père ou la fille d’un mythe ? La jeune femme que j’aimais ou celle qui, dans la lumière des projecteurs, déjà ne m’appartenait plus ?
Dans les coulisse de ce Théâtre intime, où le rideau s’ouvre sur L’Annonce faite à Marie et tombe sur L’Alouette, il y a aussi trois enfants qui sourient. Ils appartiennent à la première génération pour laquelle le père tutélaire d’Anne-Marie est déjà une image floue, une légende à la dérive, un Cid qui lentement s’éloigne de la mémoire collective. J’ai voulu, à ma façon, les leur restituer. » (Jérôme Garcin, présentation éditeur).

Dans ce roman autobiographique, Jérôme Garcin revient avec nostalgie et tendresse sur sa vie, les quelques années qui ont précédés sa rencontre avec Anne Philipe, la mère d’Anne-Marie qui deviendra sa femme. On sent l’émotion poindre dans les mots, on se fascine par une telle maîtrise du verbe, on entre dans l’intime sans toutefois violer l’intimité de l’auteur, on sent les émotions, les frissons et les sentiments. On comprend le respect qu’il voue à celles qui ont influencé sa vie, à celles qui ont permis qu’il devienne l’homme qu’il est devenu, qui ont permis cette maturité, qui lui ont apporté cette sérénité à l’égard de son art… cette assurance dans son jeu d’écriture. Il est aussi question de son rapport à l’écriture, de son rapport à la lecture et aux auteurs, de sa fascination pour Stendhal…

On entre dans cette lecture comme on entrerait dans une pièce éclairée à la bougie. On s’installe dans cet huis-clos propice à la confidence. On l’écoute, glanant au détour de chaque phrase le mot qui nous permet de ressentir à notre tour, de voir les paysages, de percevoir l’atmosphère de certains lieu. On assiste à la rencontre avec Anne Philipe, on profite de leur complicité, jusqu’à ce qu’entre, comme par effraction, la fille de la romancière. Cette dernière se prénomme Anne-Marie.

Cette apparition conquérante, à la Jeanne d’Arc, dans un appartement où tout était luxe, calme et volupté, venait de mettre à bas, en un instant, les idées simples et fausses que, depuis l’adolescence, je m’étais faites des femmes. La fille d’Anne sortait du vieux cadre doré, acquis par héritage, où était enfermée l’image conventionnelle de l’épouse, de la fiancée ou de la maîtresse. La preuve : rien, chez elle, ne répondait au vocabulaire usuel. Elle défiait mon dictionnaire portatif et ma grammaire stendhalienne. Il aurait fallu inventer des mots pour obvier aux négations : elle n’était pas d’une beauté académique ; elle n’était pas d’une grâce aimable ; elle ne ressemblait pas aux filles de son âge ; elle n’était pas caustique, attendrissante, fière, libertaire, coquine, légère, narquoise, elle était tout cela ensemble, mais à la puissance dix. J’étais amoureux.

PictoOKJ’étais réticence à lire cet ouvrage, réticence même après avoir lu la préface de l’auteur. Sceptique, peu encline à lire ce que je pensais être une énième déclaration d’amour. Et puis… au fil des pages… je me suis laissée embarquer et ce, malgré quelques longueurs.

Extrait :

« À l’adolescence, je préférais m’identifier à Stendhal qu’à Julien Sorel, et à Flaubert qu’à Frédéric Moreau. Mes héros étaient les créateurs, pas leurs personnages, si séduisants, juvéniles et fraternels fussent-ils. C’est étrange : j’aimais davantage tenir la plume de l’auteur vieillissant que l’épée du jeune premier. Je recopiais dans un grand cahier les phrases des autres que je faisais miennes. Ce n’était pas un recueil de citations, c’étaient mes pensées sur la mort, mes troubles religieux ou mon désir des femmes exprimés avec une clarté, une rigueur et une pudeur auxquelles j’aspirais. Rien ne distinguait donc la lecture de l’écriture. » (Théâtre intime)

Bugeon © Editions du Rouergue - 2016
Bugeon © Editions du Rouergue – 2016

Ce samedi-là d’été, Chevalier rentre en fin d’après-midi de l’usine. Il a été appelé pour réparer une panne sur une machine. Seul sur sa mobylette sur les routes de campagnes, il profite des premières vagues de fraîcheur qui marquent la fin d’une journée de chaleur.

Il n’y avait que Chevalier pour avoir un engin pareil, refaire les pièces une à une, à mesure que le temps les bousillait, et personne d’autre pour se balader dessus sans honte, avec le casque sans visière, la barbe au vent et les bottes aux pieds.

Doublé par une voiture lancée à pleine vitesse, il se rattrape de justesse sur le bord de la route et reprend son chemin. Quelques instants plus tard, il tombe nez-à-nez avec la même voiture, retournée sur un côté, cabossée, fracassée. Un virage prit à une vitesse excessive a eu raison du conducteur. Chevalier décide de venir en aide aux passagers du bolide. Il parvient à extraire de la carcasse déglinguée deux femmes – une jeune et une plus âgée – et le conducteur. Pendant l’opération, il s’entaille salement le crâne et se déboite l’épaule. Assailli par la douleur, il finit par s’évanouir et se réveille le lendemain à l’hôpital. Mais ici, personne n’a vu arriver la jeune femme. Cette dernière a disparu et avec elle, la mobylette de Chevalier ainsi que sa veste et tous les papiers qu’elle contenait.

« Le Monde entier » est le premier roman de François Bugeon. Je ne serais certainement pas allée vers ce roman s’il n’y avait eu la chronique de Framboise et s’il n’y avait eu les 68 premières fois.

Tout part d’un accident et du fait qu’un homme, à première vue assez insignifiant, n’avait décidé de venir au secours des blessés. Dès lors, son quotidien est bousculé. Après un court passage à l’hôpital, il rentre chez lui et accepte bon gré mal gré de se reposer le temps de sa convalescence. L’histoire se déroule sur un laps de temps assez court – une petite semaine – mais les événements se succèdent et chamboulent totalement les habitudes de ce célibataire empâté. François Bugeon mène parfaitement la danse et son scénario nous prend dans le tourbillon des imprévus qui vont se produire. On y voit un homme qui traversait jusque-là une vie assez morne mais dont il se satisfaisait lorsque soudain, la vie se met à le surprendre, à le fouetter, à le secouer un peu et à lui faire quelques pieds de nez. Habitué à saluer machinalement son voisin, il se retrouve à partager un repas avec lui, à en aider un autre qu’il regardait du coin de l’œil, à héberger une jeune femme. A la femme qu’il aime en silence depuis son adolescence, il formule toute la rancœur qu’il a sur le cœur. Quant aux attentions qu’on lui prête – et dont il ne faisait pas grand cas jusqu’alors, il s’étonne même de parvenir à les voir.

PictoOKAvec simplicité, l’histoire se déplie et l’homme se métamorphose. Lui – qui jusque-là veillait à rester à sa place pour ne pas encombrer ses pairs – se plait à interagir, à dire, à penser de manière différente. Il réfléchit à son célibat, au lien qu’il a avec sa mère, aux amitiés qu’il a tissées, aux sentiments… Il dit enfin les choses, se débarrasse des non-dits et des poids qui le lestent, il obtient des réponses et voit le regard des autres se poser différemment sur lui… et ça le grandit. Superbe roman.

Goby © Actes Sud - 2016
Goby © Actes Sud – 2016

« Au milieu des années 1950, Mathilde sort à peine de l’enfance quand la tuberculose envoie son père et, plus tard, sa mère au sanatorium d’Aincourt. Cafetiers de La Roche-Guyon, ils ont été le cœur battant de ce village des boucles de la Seine, à une cinquantaine de kilomètres de Paris. Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, ce couple aimant est ruiné par les soins tandis que le placement des enfants fait voler la famille en éclats, l’entraînant dans la spirale de la dépossession. En ce début des Trente Glorieuses au nom parfois trompeur, la Sécurité sociale protège presque exclusivement les salariés, et la pénicilline ne fait pas de miracle pour ceux qui par insouciance, méconnaissance ou dénuement tardent à solliciter la médecine. À l’âge où les reflets changeants du fleuve, la conquête des bois et l’insatiable désir d’être aimée par son père auraient pu être ses seules obsessions, Mathilde lutte sans relâche pour réunir cette famille en détresse, et préserver la dignité de ses parents, retirés dans ce sanatorium – modèle architectural des années 1930 –, ce grand paquebot blanc niché au milieu des arbres. » (synopsis éditeur)

Je dois cette découverte à mes acolytes. Entre rires et sujets plus sérieux, on trouve toujours le moyen d’en revenir à nos lectures. Le fait de les avoir « entendue » parler de ce roman m’a doucement conduit vers l’envie de le lire à mon tour. C’est également pour moi l’occasion de découvrir la plume de Valentine Goby.

Très vite, j’ai trouvé ma place au côté de Mathilde. D’abord fillette au début du récit, nous allons la voir grandir, passer l’adolescence et entrer timidement dans sa vie d’adulte. Timidement et douloureusement. La maladie vient en effet la priver de ses parents et l’obliger à prendre des responsabilités qui ne sont pas celles d’un enfant de son âge. Pour éviter de sombrer dans la dépression et dans la pauvreté, Mathilde va devoir se faire violence et trouver des solutions alternatives, en attendant de passer son diplôme qui lui permettra de travailler.

Une réflexion sur le sens de la famille, le sens du lien qui nous unit à nos proches. On ne peut qu’être impressionné de la détermination de cette femme à maintenir coûte que coûte le lien entre les différents membres de sa famille. Elle s’évertue à éviter le morcellement, l’éclatement de la cellule familiale… tandis que les siens semblent se laisser dériver, du moins dans un premier temps.

Un état des lieux de la France des années 1950 encore très dépendants des us et coutumes d’un autre temps. C’est aussi l’arrivée de la Sécurité sociale et des premières garanties données aux travailleurs. C’est également une réflexion sur certaines institutions et leur rigidité, une description des services sociaux de l’époque à faire pâlir, des assistantes sociales si distantes et si autoritaires qu’on remercie on ne sait quelle prise de conscience (autre que celle que ce type d’interventions était totalement inadapté) d’avoir permis au métier d’évoluer, un regard sur la guerre d’Algérie et le mouvement d’indépendance qui s’ensuivit. C’est aussi une réflexion sur le racisme, l’émancipation, le rôle des familles d’accueil, les représentations sur les « tubards » et leur rejet systématique de la société.

PictoOKPictoOK« Un paquebot dans les arbres » est un témoignage touchant, sincère, un cri. Le parcours d’une famille unie qui, à cause de la maladie, est passée de l’opulence à la misère.

Les chroniques de Véro et de Saxaoul.

Extrait :

« Depuis 1952 la chute est lente et continue, toute joie infectée de mélancolie. Mathilde a beau lutter contre l’image récurrente, tenter d’y substituer des visions de secours, une danse avec Jacques, un sourire de Paulot, l’existence lui semble une pièce aux fenêtres murées » (Un Paquebot dans les arbres).

Chroniks Expresss #26

Sélection de lectures estivales…

Romans : Juste avant le bonheur (A. Ledig ; Ed. Pocket, 2014), Le vieux qui lisait des romans d’amour (L. Sepulveda ; Ed. Points, 1995), Les Yeux jaunes des crocodiles (K. Pancol ; Ed. Le Livre de Poche, 2008), La Valse lente des tortues (K. Pancol ; Ed. Le Livre de Poche, 2009), Combien de fois je t’aime (S. Joncour ; Ed. J’ai Lu, 2015à

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Juste avant le bonheur – Ledig © Editions Pocket – 2014
Juste avant le bonheur – Ledig © Editions Pocket – 2014

Julie a vingt ans. Mère célibataire, caissière, locataire d’un petit studio HLM pour lequel elle parvient difficilement à payer le loyer. Pourtant, sa vie avait bien commencé. La mention en poche pour un bac scientifique, elle rêvait de faire des études supérieures et devenir ingénieur en biologie moléculaire. Mais une soirée d’anniversaire trop arrosée, ce rapport non protégé… cette grossesse qui a conduit son père à la mettre à la porte et ne lui laissant aucune possibilité de revenir l’a amputé de la possibilité de pouvoir faire ses études supérieures. Ce qui l’aide à tenir, c’est Lulu, son petit garçon de trois ans.

Un jour pourtant, elle fait la connaissance de Paul, un ingénieur à quelques années de la retraite. Sa femme vient de le quitter. Peu habitué à s’occuper de la maison, le frigo vide lui signale tout de même qu’il doit se décider à faire les courses. Celles-ci échouent sur le tapis roulant de la caisse de Julie. Touché par cette jeune caissière qui semble profondément triste, il engage la conversation.

Deux semaines plus tard, et sans aucune arrière-pensée, il lui propose de venir passer ses vacances dans sa maison de Bretagne. Jérôme, le fils de Paul, est du voyage. Après quelques hésitations, Julie accepte. Les quelques jours qu’ils vont passer ensemble vont les changer à tout jamais.

J’ai hésité à lire cet ouvrage qu’une collègue bien intentionnée m’avait prêté. Beaucoup de simplicité dans la manière dont les choses sont posées. Peut-être un peu trop, ce qui m’a étonnée. Un échange courtois au moment de passer quelques articles en caisse, une invitation au restaurant que la jeune femme accepte, un séjour en vacances avec deux inconnus… Connaissant ma collègue, autant de légèreté dans une lecture était surprenante. J’ai pourtant hésité à poursuivre, trouvant tout cela inconsistant et peu crédible.

Pourtant, la plus d’Agnès Ledig est fluide. On la suit sans difficulté. On ne bute sur aucun mot. Pire, on s’émerveille face à cette rencontre qui nous est racontée. Tout est simple, naturel. Jamais un mot plus haut que l’autre. Absolument rien de malsain. On est face à des personnages qui se dévoilent progressivement à nous, qui apprennent à se connaître. Tous ont cette fragilité en eux qui risque de les faire chanceler mais le scénario nous montre comment, au contact les uns des autres, ils vont dépasser leurs difficultés et chasser leurs vieux démons. Julie la fille-mère, Paul qui apprend la vie de célibataire, Jérôme qui noie dans l’alcool la tristesse provoquée par son récent veuvage.

PictoOK« Juste avant le bonheur » est un roman surprenant. Surprenant car on se surprend, contre toute attente, à le quitter à regret. On s’est lové là dans le quotidien de ces trois individus appartenant à des générations différentes que la joie et la naïveté d’un petit garçon de trois ans vient réchauffer.

Une lecture-détente qui nous laisse penser que la vie n’est finalement pas si compliquée qu’elle en a l’air et ça n’est pas désagréable. Un livre qui fait du bien… un peu comme cette chanson que l’on y croise régulièrement et qui dit qu’Il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux, il faut se satisfaire du nécessaire

Le site d’Agnès Ledig.

Extraits :

« Parfois, dans la vie, on a le sentiment de croiser des gens du même univers que nous… Des extra-humains, différents des autres, qui vivent sur la même longueur d’onde, ou dans la même illusion » (Juste avant le bonheur)

« – Je n’ai guéri personne.
– Non, mais tu as mis du baume sur notre vie, comme on en met sur la peau pour l’aider à cicatriser.
– Et vous en voudrez encore, du baume, une fois que ce sera guéri, pour Jérôme et toi ?
– Ça ne guérit jamais vraiment. Et quand c’est guéri, il y a d’autres plaies à soigner. C’est ça, la vie. Des coupures, des écorchures, des entorses, et des baumes. » (Juste avant le bonheur)

 

Le vieux qui lisait des romans d’amour – Sepulveda © Points – 1995
Le vieux qui lisait des romans d’amour – Sepulveda © Points – 1995

« Antonio José Bolivar connaît les profondeurs de la forêt amazonienne et ses habitants, le noble peuple des Shuars. Lorsque les villageois d’El Idilio les accusent à tort du meurtre d’un chasseur blanc, le vieil homme se révolte. Obligé de quitter ses romans d’amour ? seule échappatoire à la barbarie des hommes ? pour chasser le vrai coupable, une panthère majestueuse, il replonge dans le charme hypnotique de la forêt. » (synopsis éditeur)

« Le vieux qui lisait des romans d’amour » est le premier roman de Luis Sepulveda. Ecrit en 1992, il raconte l’histoire d’un homme – Antonio José Bolivar Proaño – qui a quitté la montagne pour s’installer en pleine forêt amazonienne avec sa femme. Celle-ci est décédée de la malaria deux ans après leur arrivée dans cette nouvelle contrée dont ils ne connaissaient pas. Les Shuars, voyant la détresse de cet homme, l’initie à la chasse et à la pêche, lui apprenne à reconnaître les fruits comestibles et à utiliser les ressources naturelles qui l’aideront notamment à construire sa maison. En quelques années à peine, Antonio José Bolivar Proaño – alias « le vieux qui lisait des romans d’amour » – apprend à vivre dans son nouvel environnement et à le respecter. Une ode à la nature.

Il était condamné à rester, avec ses souvenirs pour seule compagnie. Il voulait se venger de cette région maudite, de cet enfer vert qui lui avait pris son amour et ses rêves. Il rêvait d’un grand feu qui transformerait l’Amazonie entière en brasier. Et dans son impuissance, il découvrit qu’il ne connaissait pas assez la forêt pour pouvoir vraiment la haïr.

L’auteur nous permet de faire la connaissance du personnage principal en douceur. Dans un premier temps, il l’installe en tant que personnage secondaire puis, une fois le premier contact réalisé, nous apprend que le péché mignon du vieil homme est la lecture de romans d’amour.

« – Ecoute, j’avais complètement oublié, avec cette saloperie de mort : je t’ai apporté deux livres.
Les yeux du vieux s’allumèrent.
– D’amour ?
Le dentiste fit signe que oui.
Antonio José Bolivar Proaño lisait des romans d’amour et le dentiste le ravitaillait en livres à chacun de ses passages.
– Ils sont tristes ? demandait le vieux.
– A pleurer.
– Avec des gens qui s’aiment pour de bon ?
– Comme personne ne s’est jamais aimé.
– Et qui souffrent beaucoup ?
– J’ai bien cru que je ne pourrais pas le supporter. »

PictoOKUn roman qui nous emmène là où on ne l’attendant pas. Superbe.

Extrait :

« Il lisait lentement en épelant les syllabes, les murmurant à mi-voix comme s’il les dégustait et, quand il avait maîtrisé le mot entier, il le répétait d’un trait. Puis il faisait la même chose avec la phase complète, et c’est ainsi qu’il s’appropriait les sentiments et les idées que contenaient les pages.
Quand un passage lui plaisait particulièrement, il le répétait autant de fois qu’il l’estimait nécessaire pour découvrir combien le langage humain pouvait aussi être beau. » (Le Vieux qui lisait des romans d’amour)

 

Les Yeux jaunes des crocodiles – Pancol © Le Livre de Poche – 2008
Les Yeux jaunes des crocodiles – Pancol © Le Livre de Poche – 2008

D’un côté, il y a Joséphine Cortès. Jeune quadra, chercheuse au CNRS et spécialisée dans l’histoire du XIIème siècle, Joséphine est le portrait craché de la gentille fille, un peu gourde, toujours prête à se saigner aux quatre veines pour venir en aide à celui qui le lui demande. Elle est mariée à Antoine et mère de deux filles, Hortense et Zoé. Ils vivent dans une ambiance doucereuse, mais la routine… la routine. Rien ne vient noircir leur quotidien si ce n’est le chômage d’Antoine. Sous nos yeux médusés, leur couple vole en éclats. Seule, Joséphine doit réapprendre à vivre et faire face à l’éducation de ses deux filles. Elle angoisse, notamment parce que son petit salaire ne lui permet pas de faire face aux charges. Elle culpabilise d’avoir laissé partir son homme. Elle s’en veut de n’avoir pas vu qu’il avait une relation avec Mylène, l’esthéticienne du quartier. Antoine part refaire sa vie en Afrique… avec Mylène.

Il y a aussi Iris, la sœur de Joséphine. Mère au foyer, elle est mariée à Philippe, un richissime avocat de la place parisienne. Iris est oisive et se roule dans l’oisiveté. Faire le shopping, se tenir informée des ragots qui circulent, s’occuper d’elle encore et encore, voilà ses passe-temps favoris. Elle élève vaguement Alexandre, leur fils unique, le complice de toujours de Zoé.

Il y a encore Henriette, la mère de Joséphine et d’Iris. Henriette est une carne. Après la mort de son premier époux alors que Joséphine n’avait que 10 ans, elle se remarie avec Marcel, un riche industriel. Henriette est une femme austère, méchante, vile, matérielle. Rien ne lui plait plus que de mener son monde à la baguette. Marcel avait espéré un temps qu’elle accepterait de lui faire un enfant mais la seule chose qui a toujours intéressé Henriette, c’est qu’il la mette à l’abri du besoin. Résigné, Marcel a fini par accepter la réalité. Il accepte même les brimades, les humiliations. Avec Henriette, il se vit comme un moins que rien. Heureusement pour lui que la petite entreprise qu’il a montée il y a quarante ans lui rapporte. Il a les moyens Marcel… il a les moyens de payer les moindres caprices de sa femme. Et Heureusement qu’il a Josiane, sa secrétaire, sa Choupette, son amante. Les parties de jambes en l’air qu’ils s’octroient lui offrent une seconde jeunesse.

Il y a enfin Shirley, la voisine de palier de Joséphine qui s’avère être un important soutient pour notre héroïne. Mystérieuse Shirley qui élève seule Gary, son fils unique, et vivote en tentant de faire prospérer son petit commerce de gâteaux. Avec le temps, Shirley devient la meilleure amie de Joséphine, celle à qui Joséphine se confie, celle qui prête son épaule rassurante pour que Joséphine puisse pleurer, celle qui fait preuve d’une écoute bienveillante et toujours de bons conseils.

Et puis il y a les autres…

« Les Yeux jaunes des crocodiles » ouvre avec brio le triptyque « Joséphine Cortès » qui se poursuit avec « La Valse lente des tortues » et « Les Écureuils de Central Park sont tristes le lundi ». Un récit choral où chaque personnage de cette saga familial prend la parole et devient le narrateur, le temps de quelques pages. Bien sûr, Joséphine reste le noyau central de l’histoire mais la plume de Katherine Pancol et l’aisance de l’auteure à déplier son scénario permettent au lecteur de s’attacher à tous les protagonistes. Certains tarderont à se dévoiler, comme Philippe qui semble tout d’abord accessoire au récit principal et qui prend peu à peu de la consistance et parviendra même à provoquer un revirement radical dans le train-train de cette famille atypique, où l’argent coule souvent à flots.

Le lecteur ne se prend jamais les pieds dans les fils narratifs et voit son intérêt pour le récit croître à mesure qu’il tourne les pages. On se déplace facilement d’une maison à l’autre, d’un personnage à l’autre. On ajuste en permanence notre regard sur les faits. On se place tantôt sur l’épaule de Joséphine, tantôt sur celle d’Iris, de Shirley, d’Antoine, de Marcel… sans devenir girouette.

Le récit est prenant et l’on prend plaisir à s’enfoncer dans cet univers riche en rebondissements. On s’attendrit au contact de nombreux personnages, on espère que certains casseront rapidement leur pipe, comme Henriette à qui l’on souhaite les pires tourments. Une vieille peste aigrie que cette Henriette. Le premier tome du triptyque se finit en apothéose. Certes, il aurait pu se suffire à lui-même. Certes, si je n’avais pas eu l’information qu’une suite existait, je m’en serais contentée. Mais la suite est là… « La Valse lente des tortues », et je m’y suis engouffrée sitôt « Les Yeux jaunes des crocodiles » dévoré. De l’humour, quelques jeux de mots mais surtout, une écriture fluide qui permet un réel moment de détente. A chaque fois que je reprenais ma lecture, je faisais abstraction du reste.

PictoOKPictoOKDe l’humour, de la cruauté, de la cupidité, de la modestie, du suspens, des revirements de situations, des émotions, des sentiments, des métaphores, quelques réflexions à prendre sur le sens de la vie, aucune leçon de morale… Un divertissement que j’ai réellement apprécié en cette période estivale.

La Valse lente des tortues – Pancol © Le Livre de Poche – 2009
La Valse lente des tortues – Pancol © Le Livre de Poche – 2009

« La Valse lente des tortues » est une suite haletante de ce premier tome. Katherine Pancol n’hésite pas à malmener les personnages et les embarque dans un tourbillon. Joséphine – l’héroïne principale – doit une nouvelle fois trouver son équilibre mais c’est sans compter les meurtres perpétrés dans son quartier par un tueur en série, le fait qu’elle est tiraillée entre l’amour et la raison, qu’elle cherche à se réconcilier avec sa sœur, son obstination à éloigner sa propre mère et sa détermination à protéger ses filles.

Le troisième et dernier tome de la trilogie, intitulé « Les Ecureuils de Central Park sont tristes le lundi » est d’ores et déjà sur ma PAL.

PictoOKLecture détente d’été que je vous recommande chaudement.

 

Combien de fois je t’aime – Joncour © J’ai Lu – 2015
Combien de fois je t’aime – Joncour © J’ai Lu – 2015

Ce recueil de nouvelles décline les différentes variantes de l’amour. De l’amour maternel à celui de l’amant, du quotidien écrasant de routine à la relation virtuelle fantasmée, différents narrateurs prennent la parole à tour de rôle et se confient. Qu’ils dessinent les contours d’une relation naissante ou décrivent les aspérités d’une union qui s’essouffle, il s’agit toujours pour eux de trouver leur place dans ce nouvel environnement qui se profile en tentant de comprendre l’autre, de relativiser pour ne pas s’emporter ou se laisser abattre.

pictobofUn livre prometteur pourtant, je suis restée de marbre face à ces personnages de papier. Les sentiments qu’ils expriment sont pourtant touchants, les situations qu’ils rencontrent sont pourtant crédibles… mais leurs récits m’ont paru si insipides que j’ai refermé définitivement ce livre avant d’atteindre le point final.