Sérum (Pedrosa & Gaignard)

Pedrosa – Gaignard © Guy Delcourt Productions – 2017

France.

Année 2050.

La Vème République n’existe plus. Un nouveau régime lui succède : l’Union Nationale. Le mot d’ordre du pouvoir est la transparence. Chaque jour, la Présidente rend compte de la manière dont elle dirige la France via une émission télévisée.

Transparence…

Dans cette nouvelle société, les rapports humains sont aseptisés. Chômage, suspicion, ambiance délétère… les sourires sont rares sur les visages que l’on croise. Quant aux seniors, hors de question qu’ils se la coulent douce pendant leur retraite. L’Etat leur a réservé une place de choix dans les sociétés civiles où ils sont mis à contributions ; à la place du farniente, les retraités nettoient la voie publique. La retraite ? Aux oubliettes !

Le bonheur…

Des flics absolument partout prêts à bastonner au moindre faux pas. Les allées et venues des habitants sont contrôlées. Un suivi médical obligatoire. Paris est quadrillée et découpée en zones. Pour changer de zone, il faut passer par un checkpoint.

Etat policier.

Chaque soir, un couvre-feu instaure la veille énergétique. Plus une seule lumière jusqu’au lendemain matin. Toute la nuit, les pancartes de l’Union nationale mettent en garde : « consommer de l’énergie pendant la veille est un délit » … Puis ces forêts d’éoliennes aux portes de la ville. Un brouillard de pollution qui ne se dissipe pas. Des parcs de jeux pour enfants déserts. Des bons d’approvisionnement. Un marché noir pour acheter les produits de premières nécessité… à commencer par l’eau potable. Paysage gris. Ville sans âme. De longues nuits grises et ennuyeuses entrecoupées de longues journées insipides et routinières.

Etat policier…

Kader travail pour l’Union nationale. Il fait partie d’une équipe de maintenance des parcs d’éoliennes. Il a la mine antipathique de ceux qui ne veulent pas nouer de contact avec les autres. Après le travail, Kader rentre dans son minuscule studio. Une fois par semaine, il traverse la ville, passe un checkpoint et entre dans la zone où se trouve l’institution où vivent sa femme et sa fille. Depuis leur séparation, Kader ne peut voir sa fille que par le biais de rencontres médiatisées.

Chaque séance est une douleur. A chaque fois, il fait face à son ex-femme qui le questionne sur leur ancienne relation. Et même si Kader voulait la ménager, il ne peut mentir. Cela fait maintenant quatre ans qu’il a reçu une injection de zanédrine. Ce sérum l’empêche de mentir.

 

C’est inhumain d’être obligé de dire la vérité malgré soi

 

Je n’aurais jamais imaginé Cyril Pedrosa (Portugal, Trois ombres, Les Equinoxes…) sur un tel sujet du moins, pas sur un ton aussi incisif. Et puis tirer les ficelles de cette manière… j’ai vraiment été surprise. Surprise au point d’avoir un sentiment d’inachevé en refermant le livre, que nous n’avions pas les réponses à toutes nos questions. Ma première impression était plutôt agacée d’avoir été baladée et de me sentir au moins aussi amère que le personnage principal…

Et puis en laissant décanter un peu la lecture, j’ai compris certaines choses après coup. J’ai compris que les informations données ça et là n’étaient finalement pas inutiles… des petites touches par-ci par-là qui donnent du sens à l’ensemble. J’ai compris que j’avais « lu de travers » et qu’en fait tout nous était servi sur un plateau, à condition de le voir… J’ai compris ce qui rebutait tant cet homme à l’idée de ne plus pouvoir mentir. Alors j’ai relu. Et j’ai savouré la manière dont la question de fond était traitée et décortiquée. Et le côté cynique de l’histoire n’a pas été pour me déplaire.

Le scénario est oppressant. Il décrit une vie sans reliefs et une difficulté importante que le héros rencontre pour assumer la responsabilité de ses actes.

Une dystopie pesante. Forcément déprimante. On rage. Une impression d’injustice envahit tout le récit.

A chaque page, Cyril Pedrosa ressert l’étau, nous englue dans cet univers, nous indigne. La société décrite pue la censure, l’hypocrisie… une dictature maquillée ; sans trop forcer, on pourrait presque se croire sous l’Occupation. On est le pion des auteurs qui nous forcent à imaginer qu’un telle éventualité n’est pas si insensée… A l’instar du héros, on est un pion privé de toute marge de manœuvre et qui refuse d’accepter cette société. Et tandis qu’il se dégoûte de n’être que l’ombre de lui-même nous on peste de n’être rien d’autre que les spectateurs de cette fiction d’anticipation.

Et moi je vous réponds. Je réponds aux questions de tout le monde d’ailleurs… Avec ce putain de sérum, je suis devenu tellement transparent que je n’existe même plus…

On colle à son apathie, à son stress, et quand le rythme s’accélère, on savoure cette agitation. Deux dimensions dans cette lecture puisqu’on balance entre l’empathie que l’on ressent pour le personnage et l’antipathie que l’on nourrit à l’égard de ce système. Nicolas Gaignard choisit des couleurs ternes ; inconsciemment, on se laisse envahir par l’idée d’une société austère qui a tourné le dos à la démocratie. Difficile d’imaginer Paris telle que les auteurs la décrivent.

Bien sûr il y a tout l’apparat hypocrite des politiques. Bien sûr il y a de la corruption, de la manipulation. Mais derrière les apparences, quels sont les enjeux ? Encore un album qui gratte. Mais un bien bel album qui fait cogiter.

Une lecture que je partage avec Jérôme.

La « BD de la semaine » se donne aujourd’hui rendez-vous chez Noukette !

Sérum

One shot
Editeur : Delcourt
Dessinateur : Nicolas GAIGNARD
Scénariste : Cyril PEDROSA
Dépôt légal : octobre 2017
150 pages, 18.95 euros, ISBN : 978-2-7560-6591-5

Bulles bulles bulles…

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Sérum – Pedrosa – Gaignard © Guy Delcourt Productions – 2017

 

Les Equinoxes (Pedrosa)

Pedrosa © Dupuis – 2015
Pedrosa © Dupuis – 2015

Gris, violet, beige, marron, bleu… Un monde de couleurs, un monde d’émotions. Un monde peuplé d’individus qui se croisent.

« Automne »

Un tigre blanc se désaltère, les pattes avant plongées dans l’eau douce de la rivière. Un bruit attire son attention. A quelques mètres à peine, des bulles d’air viennent exploser à la surface de l’eau. Le tigre, intrigué, décide finalement de s’éloigner. Quelques secondes plus tard, un enfant surgit de l’eau et respire à pleins poumons. Scène muette, illustrée à l’aide de deux petits tableaux carrés par page. Quelques pages d’une scène d’un autre temps, celui-là même où l’homme était en proie aux prédateurs. La vie à l’état sauvage. Un album découpé en quatre grandes respirations, quatre saisons où chaque banalité humaine a sa couleur. Automne, hiver, printemps, été. Une année durant laquelle les émotions et les doutes vont assaillir les personnages de ce récit-chorale. Et durant ce laps de temps, les amours se font et se défont, les solitudes se creusent, les conversations d’un jour influencent le cours des choses. De quoi sera fait demain ?

Silence et précipitation de la lecture. L’ambiance graphique veille à chaque instant à ce que la tension de chaque moment soit saisissable au lecteur. On s’en imprègne, sensible à la poésie de chaque moment de la vie, qu’il soit douloureux ou agréable.

Cyril Pedrosa joue avec les jeux d’ombres et de lumière. Dans cet album, il dépeint une nouvelle fois les multiples facettes de la psyché humaine, les attitudes de protection que l’on peut avoir, nos forces et nos faiblesses.

Pourquoi faut-il porter sa vie avec soi comme un spectacle éphémère et invisible aux autres ?

Et alors que nous laissons l’enfant sauvage qui nous avait accueillis dans cet album, s’ouvre une autre scène dans les galeries du Louvre. Les visiteurs sont venus contempler les œuvres exposées. Marron, jaune, ocre dominent les illustrations, le tout étant recouvert d’une légère couche cendrée. Quelques tableaux chahutent l’œil en venant agacer la luminosité manquante. Quant à Elle, elle perce la foule. Cette femme semble même glisser à travers elle, comme une anguille qui se déplace en silence. Jeans et débardeur à rayures, à peine sent-elle le léger poids de son petit sac à main porté en bandoulière. Elle s’enfile dans les salles comme si elle était une habituée des lieux. Elle ne prend pas le temps de regarder les œuvres, elle regarde les gens. Pour elle, le spectacle est dans le vivant. Elle n’hésite pas sur la direction à prendre. Elle marque quelques pauses, observe, jette parfois un œil désinvolte sur un tableau puis reprend sa visite. A chaque fois qu’elle change de pièces, les conversations des autres viennent à ses oreilles, comme si un vieux transistor changeait inopinément de station, comme vieux transistor capricieux qui papillonnerait d’un programme à l’autre. Dans chaque salle, un guide récite sa présentation. Soudain, la femme s’arrête. Elle a trouvé ce qu’elle cherchait inconsciemment. Une émotion posée là sur le visage d’une lycéenne assise sur un banc. La pièce est déserte, la jeune fille immobile contemple un portrait ; elle est perdue dans ses pensées. Alors la femme au sac en bandoulière saisit son vieil argentique et « CLIC », elle immortalise cet instant. Le flash sort la lycéenne de sa torpeur, les regards s’échangent avant que rideau ne se baisse sur cette scène, les illustrations laissent la place à la voix-off de la photographe.

Après quelques minutes de répit, elle avait lentement levé la tête et s’apprêtait à rejoindre les autres élèves du lycée Aristide Briand, mais quelque chose l’avait retenue. A mi-hauteur du mur qui lui faisait face, sur une feuille de papier gris, à pleine plus grand qu’une copie double dépliée dans le sens de la hauteur, le portrait au fusain, rehaussé de blanc, d’une jeune fille nouant son chapeau. Un trouble inattendu la traverse depuis qu’elle observe cette image et mobilise toute son attention. Là, à l’intérieur, il lui semble voir émerger en elle comme un territoire jusqu’alors inconnu. Un lac, immense.

Texte en abondance sur quelques passages… comme ici où, le temps d’un court passage, l’écrit mange tout l’espace de la planche. Le lecteur marque un temps d’arrêt. Ne plus voir les formes mais se les représenter. Juxtaposer une scène qui nous est racontée alors que les dernières cases sont encore imprimées sur notre rétine. On nous force à introspectif ce moment durant lequel le voile de mystère se lève légèrement sur la personnalité de la jeune lycéenne que le portrait au fusain transporte ailleurs.

Puis, nous repartons ailleurs, en France, dans une petite bourgade en bord de mer, nichée au pied des montagnes. Gris, vert, bleu. Antoine. Une maison isolée. Non loin, dehors, une manifestation contre l’implantation d’un aéroport. Antoine est venu rendre visite à son père. Il en profite pour réparer deux ou trois choses, cela facilitera le quotidien de son vieux qui semble fatigué. Louis.

Puis nous découvrons d’autres ailleurs en quelques cases, sur quelques planches. D’autres couleurs, lieux, d’autres inconnus qui évoluent dans les cases de Cyril Pedrosa. Des scènes d’un quotidien déroutant. Tout nous est familier. Et ces inconnus vont peu à peu nous devenir familiers à leur tour. Le lecteur scrute, observe, emmagasine les détails de toutes ces petites parcelles d’existences. Le lecteur prend connaissance de toutes ces petites pièces de puzzle. Le lecteur se sent prêt à le reconstituer lorsque le moment sera venu.

Les Equinoxes – Pedrosa © Dupuis – 2015
Les Equinoxes – Pedrosa © Dupuis – 2015

D’ailleurs… Paul, Louis, Vincent, Antoine, Damien, Catherine et « TAC ! », scène de vie, un couple, leur fille, une ado… celle-là même qui était perdue dans la contemplation du portrait au Musée. Pauline est dorénavant chez elle, en présence de ses parents fraichement séparés. Quelques détails encore à régler sur cette séparation, des chemises hawaïennes qui étaient restées dans un carton au grenier retrouvent les mains de celui qui aime à les porter.

Tous ces gens, Antoine, Pauline, Louis, Vincent… ce sont eux qui sont là et qui nous accueillent sur la couverture des « Equinoxes », vivants, morts, en errance, en réflexion…

« Pendant les équinoxes, la durée du jour égale celle de la nuit, comme si le monde trouvait alors l’équilibre parfait entre l’ombre et la lumière. Un équilibre fugitif, semblable à l’enjeu de nos destinées humaines. Un récit en quatre tableaux, quatre saisons, traversées par des personnages de tous horizons géographiques ou origines sociales. Des êtres aux équilibres instables qui croiseront d’autres solitudes. Ils tisseront, les uns avec les autres, le fil ténu d’une conscience tourmentée par l’énigme du sens de la vie. Chaque saison a son identité graphique, chaque voix également. Auteur majeur de la bande dessinée contemporaine, Cyril Pedrosa signe ici une œuvre polyphonique d’une intensité et d’une sensibilité narrative unique. Et jamais sans humour. » (quatrième de couverture).

Peu à peu, nous sympathisons avec Pauline qui tente certainement d’oublier le divorce de ses parents, Vincent-l’orthodontiste perdu dans ses pensées alors qu’il pratique un soin… Vincent le père de Pauline… Antoine venu entourer de toute sa bienveillance son père qui est malade…

Ailleurs… encore. Nous nous retrouvons de nouveau aux côtés de la photographe du Musée. Cette fois, elle est dans le métro. Elle baigne dans de nouvelles conversations. Celles des usagers de la rame. Et puis elle remarque cet homme hagard, assis sur un strapontin. Un bruit lui permet de se reprendre. Il se lève d’un bloc, comme s’il reprenait conscience qu’il était au milieu d’une petite foule. Il n’est plus seul. C’est l’occasion de dire, de sortir ces maux qui le rongent mais les mots ne franchissent pas la porte de sa bouche, les sons s’étouffent dans sa gorge. Il s’affale sur lui-même, se relève et se précipite sur le quai. La photographe lui emboîte le pas, fascinée et inquiète pour cet homme. « CLIC ». Photo. Station « Palais Royal ». Et la voix-off reprend, masquant les illustrations, imposant son temps d’arrêt et stimulant la réflexion du lecteur. Mélancolie.

Minutieusement, scrupuleusement, Cyril Pedrosa tisse la toile de son échiquier narratif à l’aide de petits bouts d’existences anodines. Mélancolie. Tristesse. Tendresse. Solitudes. Des bouts d’existence épars qui s’ignorent les unes les autres et « CLIC ». Photo. La photographe est le fil rouge qui vient relier ces vies solitaires et en fait un patchwork d’émotions, d’attitudes, de devenirs, d’égarements.

Récit-choral dont le point commun est ce personnage féminin qui immortalise ces êtres au moment où ils se croient soustraits au regard que la société pose sur eux. Ils se sont recroquevillés en eux-mêmes, plongés dans leurs pensées les plus intimes. Ces gens ont cet espoir de pouvoir, un jour peut-être, trouver cette quiétude qui rendrait la vie plus commode. Un point d’équilibre pour donner du sens à leur vie.

« Equinoxes » : un roman dessiné. Le roman graphique d’un auteur qui, après « Trois ombres » et « Portugal » vient compléter le kaléidoscope d’une œuvre à la fois très personnelle et universelle. Cyril Pedrosa dépeint une société individualiste. Il met en images tous les éclats d’un miroir brisé. Dans chaque petit morceau, on peut observer le détail d’une parcelle d’humanité refoulée. Faire sens, faire lien, interagir, écouter, aider, s’entraider, comprendre… l’auteur tente d’y parvenir par l’intermédiaire de cette femme-photographe. Comment questionner sa place dans le tableau que constitue la société dans laquelle nous évoluons ?

Les quais se remplissent, se vident, puis se remplissent de nouveau de vagues régulières. Il observe ce chassé-croisé fluide des passagers du matin, celui des gens qui ont à faire. Tous semblent portés par l’illusion rassurante d’être reliés entre eux, protégés par une loi inébranlable de la physique. Comme les atomes d’une même molécule, chacun à sa place, son rôle. Hier encore, lui aussi avait le sien, il s’en souvient. Il doit aujourd’hui se contenter d’observer leur ballet

PictoOKPictoOKVieillesse, solitude, séparation, filiation, amitié, quête de sens et d’identité, changement, foi, mémoire, décès…

« Photographier pour essayer de saisir cette petite part de vérité humaine, singulière et qui pourtant nous anime tous. L’attraper avec précision et prudence »… Le dessin est à Pedrosa ce que la photographie est à son personnage principal, le moyen de laisser une trace de soi dans l’histoire humaine.

Un cycle complet. Quatre saisons. Des personnages que l’on investit. Des réflexions que l’on prolonge. Un coup de cœur.

La chronique de Jérôme et le site sur lequel publie l’auteur.

Extraits :

« Ils vont et viennent devant lui. Il faudrait tendre la main, passer définitivement de l’autre côté, se sentir coupable et honteux de chercher à survivre. Il ne parvient pas encore à s’y résoudre » (Les Equinoxes).

« Elle aussi, à son tour, aux yeux de tous, devient lentement une image dans l’album du passé. Une mutation irréversible, difficile à admettre, mais c’est bien ainsi que la jeune femme l’avait vue. Enfermée à double tour derrière le masque de sa vieillesse » (Les Equinoxes).

« ʽʽ Holàlà, c’est pas croyable, qu’est-ce que ça fait plaisir de vous voir ! ʼʼ Je me demande toujours d’où viennent ces phrases malgré soi. Prononcées avec beaucoup de naturel, sans en penser un seul mot » (Les Equinoxes).

« … en se regardant dans le rétro. Le même visage qu’avant, un peu plus vieux à chaque fois, c’est tout. Ils se connaissent depuis longtemps tous les deux, et pourtant chaque nouvelle rencontre est une surprise » (Les Equinoxes).

« Pendant des années, j’ai souvent pensé à la nuit où cet imbécile s’était assis complètement ivre à l’arrière d’une voiture conduite par un autre imbécile complètement ivre. Il faut du temps pour comprendre que c’est aussi net et définitif que cela. Allumé, éteint. Vivant, mort » (Les Equinoxes).

« Un sol. Sur le la mineur des voix féminines. Un accord tenu pendant une mesure de quatre temps. Sa gorge s’ouvre. Une colonne de son le traverse de part en part, comme elle traverse chacun d’eux. Aucun de s’efface, ne s’oublie. Pourtant, ils ne forment qu’un. La somme de leurs voix réunies. Un son complexe, coloré d’harmoniques aiguës qui surgissent et disparaissent, qui les rassemble et les porte, bien plus haut qu’eux-mêmes » (Les Equinoxes).

Les Equinoxes

One shot

Editeur : Dupuis

Collection : Aire Libre

Dessinateur / Scénariste : Cyril PEDROSA

Dépôt légal : septembre 2015

ISBN : 978-2-8001-6377-2

Bulles bulles bulles…

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Les Equinoxes – Pedrosa © Dupuis – 2015

Portugal (Pedrosa)

Portugal
Pedrosa © Dupuis – 2011

Simon est un trentenaire en mal de vivre. Il se laisse porter, notamment par sa compagne. Inquiète, elle insiste pour qu’ils parlent de leur avenir commun. Mais il n’a pas d’avis à donner, il a tout simplement envie de rien.

Au niveau professionnel également, il serait bon que Simon se remette en question. Ses jobs alimentaires et routiniers lui assurent un revenu mais ce jeune auteur s’inquiète. Il se sent comme une coquille vide, ne trouve plus l’inspiration pour écrire et dénigre même son dernier ouvrage. Pourtant, son livre se vend bien et lui vaut d’être invité par les organisateurs d’un Festival à Lisbonne. Il s’y rend, inquiet de quitter sa routine et curieux de revoir le Portugal (pays natal de son père).

Dans l’avion, les sonorités des conversations menées en portugais le grisent à tel point qu’il en a le vertige. Étrange expérience qu’il réitère dès son arrivée. Il fait faux bond aux organisateurs du Festival et part flâner dans les rues de la capitale. Le constat est le même : il se sent bien, étonnement bien. Il est à sa place dans ce lieu inconnu…

J’étais fasciné et heureux. Un vrai crétin.

Deux ans de travail ont été nécessaires à Cyril Pedrosa pour terminer Portugal. Cette fiction s’inspire également d’éléments autobiographiques puisque Cyril Pedrosa partage des réflexions parfois très personnelles sur ses racines portugaises et ses passages à vides le privant de toute créativité artistique. Le résultat est au-dessus de mes attentes : le plaisir de lecture est réel, les personnages sont touchants et attachants, l’univers réaliste devient palpable à mesure qu’on s’enfonce dans l’album…

Roaarrr ChallengePortugal, c’est une ambiance. Un album dans lequel on entre vite, aidé en cela par des atmosphères graphiques propices au voyage. Des tons sépia nous plongent dans les souvenirs et les réminiscences de Simon, la grisaille jaunâtre marque son quotidien en France et les couleurs vives et ocrées du Portugal qui sont comme une bouffée de bonheur… elles contamineront progressivement l’ensemble du récit. C’est avec plaisir que j’ai retrouvé les corps légèrement élastiques et filiformes de Cyril Pedrosa, vecteurs de bien-être, de liberté… de quiétude. Un univers dans lequel on se sent bien et où l’on ressent fortement les émotions vécues par les personnages. Il suffit de se laisser guider dans la nouvelle vie de ce personnage qui commence sous nos yeux. Voilà un univers graphique cohérent, il porte le récit et emporte le lecteur. Une fois refermé, j’ai eu beaucoup de mal à sortir de cette lecture. L’album a été récompensé à Angoulême du Fauve Prix de la BD FNAC en 2012 et a obtenu Le Prix des Libraires 2012. J’inscris donc cet album dans le Roaarrr.

Pourtant, il était difficile d’imaginer quel serait le parcours de Simon. On le découvre aboulique et égocentrique, un homme assez lisse qui, contre toutes attentes, parvient à dépasser son apathie pour donner des bases solides à sa vie d’adulte. Une sorte de renaissance qui s’amorce durant son voyage au Portugal. Les conséquences de ce revirement de personnalité permettent au lecteur d’investir peu à peu ce personnage. On n’est pas insensible à la manière dont il vit ces événements. Il est très réceptif aux couleurs de la ville, à l’attitude des gens, à cette langue étrangère… autant d’arguments qui le confortent dans l’idée qu’il a trouvé sa place dans le pays de son père. Les propos utilisés pour retranscrire ses impressions font écho chez le lecteur.

Le bien-être et la satisfaction qu’il en tire vont lui permettre de se consacrer à une lente introspection, l’écriture de Cyril Pedrosa rend cette démarche on ne peut plus naturelle, tout est fluide et traité avec spontanéité. La voix-off de Simon sonne juste, le discours est sincère, on ressent réellement ses émotions et celles des personnages secondaires. La trame narrative est découpée en trois chapitres (trois étapes dans l’acceptation de soi) et nous permet de glisser progressivement d’une vision très nombriliste du personnage à un regard très altruiste. Une concrétisation qui se fait à plusieurs niveaux et qui lui permet également d’envisager son travail d’écriture différemment.

C’est un récit intimiste raconté avec humour et nostalgie, un mélange très agréable. L’album album s’ouvre sur une réflexion plus large qui touche des questions de société : identité, filiation, émigration, sentiments, rapports fratricides et intergénérationnels, religion, drogues douces… un brin de philosophie apporte un coté lyrique à ce voyage.

Est-ce que je suis le pays où je suis né ou est-ce que je suis peu importe le pays ?

Une lecture que je partage avec Mango et les participants aux

MangoPictoOKPictoOKUn témoignage sans fioritures qui aborde de manière directe des questions existentielles sans que le ton ne soit cru ou amer. On ressent le côté fugace de la vie mais cela ne vient pas émailler quête identitaire de Simon et le plaisir qu’il en tire. Une histoire sincère, intelligente et servie par des ambiances graphiques propices au voyage. Une belle accroche avec les personnages et l’univers, un album dans lequel je me suis sentie bien, un coup de cœur de lecture. Certains diront peut-être que 256 pages représentent une lecture conséquente. Effectivement… mais on ne les sent pas passer !

Ce récit a été partagé au fur et à mesure de son écriture sur un site dédié à ce projet.

L’avis d’OliV, d’Yvan, de PaKa, Emyrky, BDZoom, Sébastien Naeco et Rue89.

Extraits :

« A chaque fois, c’est comme un nouveau départ. J’ai perdu beaucoup d’amis à cause de cela. Je pars… Et je ne donne plus de nouvelles. Je ne sais pas pourquoi. C’est au-dessus de mes forces. Depuis toujours » (Portugal).

« Je parviens à peine à communiquer avec la plupart d’entre eux. Quelques phrases de mauvais anglais, des gestes de la main, parfois rehaussés d’un sourire ou d’un sourcil levé. Ce langage sommaire, concentré sur l’essentiel, aussi frustrant qu’il soit, permet de ne montrer que le meilleur de nous-mêmes. Les signes infimes, qui traduisent, dans une langue maternelle, la bêtise ou la jalousie, sont ici effacés. Je ne vois que leurs sourires. Je les écoute avec l’illusion d’être en terre familière, de la connaître depuis toujours. Je les regarde et je les aime en secret. Je retrouve dans leurs visages des figures de mon enfance. Des cousins qui rient très fort… Une tante dont j’ai oublié le nom… qui parlent cette langue, si douce, si tendre. Toutes des bribes de souvenirs épars recouverts par les mauvaises herbes du temps. C’était là. A l’intérieur de moi. Et je l’avais oublié » (Portugal).

Portugal

Challenge Carnet de VoyageOne Shot

Éditeur : Dupuis

Collection : Aire Libre

Dessinateur / Scénariste : Cyril PEDROSA

Dépôt légal : septembre 2011

ISBN : 9782800148137

Bulles bulles bulles…

La preview sur BDGest.

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Portugal – Pedrosa © Dupuis – 2011

Autobio (Pedrosa)

Auto bio, tome 1
Pedrosa © Fluide Glacial – 2008
Auto bio, tome 2
Pedrosa © Fluide Glacial – 2009

Écolo, dessinateur, père de famille… Cyril Pedrosa retrace dans Auto bio tous les petits riens qui font sa vie… des petits riens qu’il sait mettre en valeur sans se prendre au sérieux, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs. Moment de détente garantie.

Après avoir découvert Trois ombres il y a quelques mois, je ne souhaitais pas en rester là avec l’univers de Cyril Pedrosa. J’ai vu passer maintes fois le premier tome de cette série sur vos blogs auxquels s’associaient généralement des avis satisfaits. Pourtant non adepte de la BD humoristique, j’ai passé un excellent moment de lecture émaillé d’une petite lassitude à lire d’une traite ces deux albums composés de courtes scénettes de deux planches maximum chacune… je trouve la qualité du second tome un « chouillas » en dessous du premier. Ça ne m’a pas empêché de sourire de rire franchement à la lecture de certaines situations. Ravie également de savoir qu’un écolo convaincu se pose lui aussi la question angoissante : « peut-on oui ou merde jeter les bouteilles d’huile avec les autres bouteille en verre ? ».

Le graphisme est ludique et rend très bien compte des expressions (visages et corps), la colorisation accentue le comique de situations en donnant une note de fausse naïveté à l’ensemble. Car au final, les apparences sont trompeuses puisque Pedrosa aborde pertinemment la place dérisoire accordée au respect de l’éco-responsabilité dans notre société. L’auteur appuie là où ça fait mal.

Souvent prises un angle ironique, les situations sont souvent cocasses et on n’a d’autre choix que de sourire face à la manière dont les choses nous sont racontées. Malgré nous mais avec un plaisir non dissimulé, on se moque aussi de nos propres comportements en honnêtes gens pas toujours au point sur le B.A.-BA des gestes écologiques et en tant que consommateurs pas toujours acharnés à veiller au porte-feuille du petit producteur du coin souvent plus cher que la grosse coopérative espagnole… Le second tome surfe sur la même vague tout en laissant plus de place à  la vie professionnelle de l’artiste (Pedrosa y injecte les retombées que le premier album a eues sur son quotidien).

Roaarrr ChallengePour le reste, du propriétaire portugais envahissant aux contraintes commerciales des dédicaces, de la cousine écolo jusqu’au bout des ongles au français moyen qui confond tri sélectif des déchets et action « coup de poing » de José Bové, de Pedrosa-écocitoyen convaincu par le vélo à Pedrosa-consommateur séduit par les facilités qu’offrent la voiture… le discours que véhicule cet album est pertinent et ne prend absolument pas le lecteur en otage, voire nous aide à (re)prendre conscience qu’être écolo-responsable n’est certes pas une démarche évidente mais pas impossible. L’album a obtenu le Prix Tournesol en 2009.

PictoOKEcolo « pur et dur » ou non, je pense que tout le monde s’y retrouvera pour un bon moment de lecture.

Les chroniques de Faelys, Mitchul, Patacaisse et Jean-François. Une interview de l’auteur sur Krinein.

Auto bio

Série en cours

Éditeur : Fluide Glacial

Dessinateur / Scénariste : Cyril PEDROSA

Dépôt légal : avril 2008 (tome 1) et août 2009 (tome 2)

ISBN : 978-2-85815-855-3 (tome 1) et 978-2-85815-953-6 (tome 2)

Bulles bulles bulles…

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Auto bio, tomes 1 et 2 – Pedrosa © Fluide Glacial – 2008 et 2009

Trois ombres (Pedrosa)

Trois Ombres
Pedrosa © Guy Delcourt Productions – 2007

Dans un petit coin de campagne isolée, Lise et Louis ont bâti leur maison. Ils y vivent, heureux, avec leur fils Joachim.

Ce petit bout d’homme est un enfant joyeux et curieux de la vie. Il aide ses parents dans les travaux de la ferme, va braconner avec son père avec qui il est très complice…

Rien ne semble pouvoir émailler ce bonheur jusqu’au soir où Joachim se relève à la suite d’un cauchemar. Un cauchemar ? Il a peur de Trois Ombres qui l’observent du haut de la colline voisine. Les nuits passent, les ombres se rapprochent… et l’angoisse se blottit confortablement dans le quotidien de cette petite famille…

Voilà bien une BD que je n’aurais jamais eu l’envie de lire si justement Yaneck ne m’avait pas un peu forcé la main. Pourquoi ? Son thème qui, rien qu’à y penser, me donne des sueurs froides : la mort d’un enfant.

La trame narrative ne manque pas de nous faire faire un détour vers des angoisses liées à la mort de son propre enfant.

L’ambiance graphique me fait un peu penser à L’Homme Bonsaï de Fred BERNARD, mais en plus aérien, un peu à LARCENET mais en plus construit… bref, à quelque chose de familier dans lequel on se sent bien. Les traits sont ronds et apportent de la douceur, les décors oscillent entre féerie et réalisme. On erre dans un monde se situant plutôt vers le XVIème bien que cela n’ait pas grande importance (c’est juste pour vous inviter à vous représenter un monde sans technologies). C’est une histoire sans âge, intemporelle. Le sentiment d’être assez proches des personnages se crée rapidement, proximité tant physique (les cadrages utilisés nous projettent dans ce monde) mais également affective (les personnages sont très touchants, on les sent s’aimer et souffrir).

Trois Ombres, c’est aussi le miroir de nos peurs. Voir mourir son enfant n’est pas dans l’ordre naturel des choses. Ici, les parents de Joachim se protègent, chacun à leur manière. Lise recourt à un avis extérieur et, tout aussi fantasque soit-il, il permettra à cette jeune mère d’accepter rapidement la situation pour pouvoir tout simplement continuer de vivre sans regarder perpétuellement en arrière. Louis, le père, lui aura plus de difficultés à se résoudre à cela. S’accrocher à de faux-espoirs, fuir en avant, remplir le quotidien de nouvelles habitudes pour oublier… y parviendra-t-il ?

Roaarrr ChallengeCe périple relève-t-il de l’ordre du délire ou est-ce une réalité ? A ces questions, l’ouvrage ne nous permet pas d’y répondre catégoriquement. Le lecteur a la liberté de pouvoir y coller ses propres représentations, ses propres chimères. De même, la question du départ de Joachim reste vague : maladie ? accident ? L’album a obtenu le Prix Nouvelle République (Festival BD Boum) en 2007.

PictoOKPictoOKUne fiction très touchante, un auteur à suivre.

Trois Ombres

One Shot

Éditeur : Delcourt

Collection : Shampooing

Dessinateur / Scénariste : Cyril PEDROSA

Dépôt légal : septembre 2007

ISBN : 978-2-7560-0470-9

Bulles bulles bulles…

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Trois Ombres – Pedrosa © Guy Delcourt productions – 2007