L’Homme gribouillé (Lehman & Peeters)

Lehman – Peeters © Guy Delcourt Productions – 2018

Paris. Il pleut. Il n’arrête pas de pleuvoir. La ville est inondée. On entre dans la grisaille de la ville. L’album sera en noir et blanc comme pour mieux coller à la réalité.

Vous le sentez pas ? Moi, je le sens. C’est dans l’air. Dans la lumière aussi. Cette espèce de gris plombé. Le mon est lourd et plein.

Betty est revenue vivre chez sa mère, Maud, le temps que les travaux dans son appartement soient terminés. Betty est revenue vivre chez son excentrique mère avec sa fille, Clara, une adolescente sympathique, franche, mature et mesquine. Comme à chaque fois qu’une échéance professionnelle importante approche – le genre de dossier où il ne faut pas se louper – les angoisses de Betty se manifestent par le fait qu’elle est incapable de prononcer un seul mot. Réduite au silence… pour quelqu’un qui travaille dans le monde de l’édition, ce n’est pas aberrant de repasser par l’écrit pour communiquer. Mais pour ce rendez-vous important qui arrive dans deux jours, il faudra qu’elle ait retrouvé la voix !
En attendant la fin des travaux, les trois femmes cohabitent, à la grande joie de Maud. Jusqu’à ce que Max sonne à la porte en pleine nuit. Max, mystérieux sous son masque inquiétant, étrange dans son manteau de plume, vient réclamer le paquet que Maud devait lui remettre. Il menace, ordonne, intimide pour obtenir son dû… et comme Maud ne se réveille pas, il semble transmettre une lourde malédiction à Clara. Des images jaillissent du passé et l’ombre de cet oiseau de mauvais augure va s’étendre sur cette petite famille qui menait jusque-là une vie plutôt paisible.

Je suis entrée dans l’album avec précipitation. Le seul fait de voir les noms de Serge Lehman – « La Brigade Chimérique » ou « Thomas Lestrange » – et de Frederik Peeters – difficile de tout nommer, je n’ai pas tout lu mais je n’en suis pas loin, je cite en vrac l’excellent « Lupus » , le poignant « Pilules bleues » ou bien encore la série « Koma » ! – a suffit pour que mon cœur ne fasse qu’un tour. J’ai donc ouvert cette bande dessinée en salivant d’avance…

C’est avec un Paris essoré par les pluies incessantes que le scénario s’installe. On entre dans le quotidien englué de Betty, l’une des héroïnes de cette histoire. Car Fred Peeters et Serge Lehman, les deux scénaristes, n’ont pas choisi un personnage central mais un trio de femmes.

La première des trois que l’on rencontre, c’est Betty. Pour cela, on pousse la porte d’un bar de quartier et on s’accoude au comptoir à côté d’elle. On cale vite notre respiration sur la sienne puis on ajuste nos enjambées sur les siennes pour aller affronter cette humidité poisseuse qui nous fait frissonner. On se colle contre Betty, excusant même son caractère maussade. J’ai accroché de suite avec elle, si charismatique, si pleine de charme et d’humour. Si masculine dans sa démarche quand elle est irritée et son visage est d’une expressivité folle ; toutes les émotions donnent des intonations à ses traits, on pourrait presque lire en elle comme dans un livre ouvert. Presque. Car c’est la tempête sous un crâne et seule la voix-off est capable de témoigner à quel point ses pensées bouillonnent. En moins de dix pages, on est entré dans sa vie comme par effraction. On apprend qu’elle est maquettiste, parisienne et mère célibataire. En apparence, rien d’exceptionnel. On devine aussi qu’elle a grandi un peu tordu et cache son talon d’Achille derrière une attitude fière.

Le tableau est complet lorsque les scénaristes nous présentent à sa mère (Maud) et à sa fille (Clara). Cela se fait en une scène pleine de sous-entendus où les héroïnes montrent les caractéristiques principales de leurs personnalités respectives. Les principaux éléments sont alors posés. Les cartes semblent jetées, la couleur annoncée… Puis de-ci de-là on glane des informations supplémentaires, on laisse une, puis deux, puis plusieurs questions en suspens. On sait que les réponses nous serons données très certainement au compte-goutte, il suffit juste d’attendre un peu. Un dernier personnage entre dans la danse ; c’est Max, l’homme-corbeau ou plutôt Maître Corbeau, l’homme masqué. Mystérieux, inquiétant, obsédant. Derrière son masque se cache un lourd secret.

L’aphasie de Betty, le masque de Max, la rébellion adolescente de Clara, les sous-entendus de Maud… autant de facettes d’une vérité que l’on veut connaître, autant d’éléments qui nous aspirent vers le dénouement, nous poussant à tourner les pages avec avidité. La tension grandit peu à peu et l’ambiance se charge d’électricité.

Au dessin, je vois avec plaisir Frederik Peeters revenir au noir et blanc. Cette fois pourtant, il laisse moins de place au vide, moins de place au blanc. Il remplit du brume et d’ombres ses planches, il enrobe, borde et caresse ses personnage… il les tient dans ses griffes et dans cette ambiance graphique tantôt apaisante tantôt anxiogène.

Entrer dans cet univers fantastique c’est faire abstraction du reste. Epier le moindre signe, la moindre piste, le moindre espoir pour imaginer l’issue de secours. Les intrigues se mêlent et s’emmêlent, les rencontres se font et se défont.
Un conte qui, comme les contes des frères Grimm, contient une part d’horreur et de violence. Pour autant, impossible de le limiter au simple affrontement entre le bien et le mal. Un récit fascinant. Un conte fantastique sublime qu’on lit avec voracité. A dévorer goulûment ! Magistral !

Délice de lire cet album avec Jérôme et Noukette. On a eu envie de partager ça pour cette session de « La BD de la semaine » ; les liens des participants sont à retrouver chez Noukette !

L’homme gribouillé

One shot
Editeur : Delcourt
Dessinateur : Frederik PEETERS
Scénaristes : Serge LEHMAN & Frederik PEETERS
Dépôt légal : janvier 2018
320 pages, 30 euros, ISBN : 978-2-7560-9625-4

Bulles bulles bulles…

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L’Homme gribouillé – Lehman – Peeters © Guy Delcourt Productions – 2018

L’Odeur des Garçons affamés (Phang & Peeters)

Phang – Peeters © Casterman – 2016
Phang – Peeters © Casterman – 2016

Début du XXème siècle. Un milliardaire finance une expédition dans le Texas. L’objectif est de ramener une carte détaillée des lieux et, dans la mesure du possible, de recenser les populations indiennes qui y vivent.

Trois hommes ont été recruté pour mener à bien cette mission d’une année. Oscar, un photographe irlandais en cavale, a pour mission de photographier lieux et habitants. A ses côtés, Mr Stingley, géologue acariâtre d’une cinquantaine d’années, mène le groupe à la baguette et impose ses lubies parfois perverses. Milton, un jeune garçon de ferme de 17 ans, gère toute l’intendance de l’expédition. Tous trois vont arpenter les plaines du Rio Grande au péril de leur vie.

Le petit groupe apprend rapidement à vivre en autonomie mais l’ambiance est à la suspicion. Stingley est un homme singulier qui n’a de cesse de questionner de façon intrusive. Oscar est sur ses gardes d’autant que d’étranges événements se produisent autour d’eux à commencer par l’apparition mystérieuse d’un vieux Comanche.

L’Odeur des garçons affamés – Phang – Peeters © Casterman – 2016
L’Odeur des garçons affamés – Phang – Peeters © Casterman – 2016

Les récits de Loo Hui Phang se situent toujours à la jonction entre le réel et l’irréel. A cet endroit précis où l’on sent que les choses échappent. On flotte, sachant qu’il est encore possible de reprendre pieds grâce à des éléments concrets mais l’incrédulité gagne progressivement du terrain. Et l’on s’abandonne à la lecture, incapable de lutter, fasciné par ce que l’on découvre. « Cent mille journées de prières », « Les enfants pâles », « L’Art du Chevalement »… sont quelques exemples d’ouvrages de sa bibliographie qui corroborent mon propos. La scénariste n’a de cesse de démontrer que la réalité est trompeuse, qu’il faut regarder au-delà des apparences car notre perception des choses est souvent erronées. Elle orchestre avec précision les interactions entre ses personnages, créant des personnalités fortes, des individus qui nous marquent, des rapports entre dominants et dominés, des intrigues où le fin mot de l’histoire est  attribué à celui que l’on attendait le moins à cet instant précis. Des petites victoires sur la vie qui n’assurent jamais que tel ou tel est définitivement à l’abri des aléas de parcours. Elle a ce talent pour façonner des souffrances, des émotions. Elle a ce courage pour regarder les échecs et ne jamais prétendre que les choses sont définitivement acquises. La poisse ne sera jamais permanente, la chance finira toujours par tourner.

Elle réalise ici une fiction qui s’appuie sur des faits historiques, au moment où l’homme blanc s’est de nouveau laissé aveuglé par son esprit de conquête. Elle installe son intrigue dans les plaines du Texas à l’époque de la ruée vers l’or. Les colons européens se sont aventurés dans les plaines arides jusque-là considérées comme la propriété des Indiens d’Amérique, étourdis par ces grands espaces, par la magnificence des lieux et appâtés par  les perspectives d’accéder à de nouvelles richesses. Un préalable au génocide des peuples indiens…

Village n°1.
245 chevaux.
36 mâles adultes.
14 mâles enfants.
50 sujets exploitables.
40 femelles adultes.
15 femelles enfants.
Mh… soit 55 sujets à éradiquer

D’autres sujets viennent enrichir l’intrigue principale ; il est notamment question d’identité sexuelle, de choc de cultures, de rapport au monde, de peurs intimes…

Frederik Peeters n’a pas son pareil pour décrire ce genre d’univers. Je n’avais pas encore eu l’occasion de voir à l’œuvre cet auteur suisse sur ce genre de trame narrative (historique) mais le thriller fantastique lui va comme un gant (voir « Aâma », « Château de sable » ou encore « Pachyderme »). L’ambiance graphique et l’atmosphère de l’album sont rapidement en place. Le climat aride, la méfiance des protagonistes les uns vis-à-vis des autres sont des éléments sur lesquels l’auteur s’appuient. A cela s’ajoutent d’autres événements qui viennent tordre et complexifier les choses : la présence des indiens, le fait qu’un homme mystérieux et peu avenant rôde dans les environs, la survenue de faits surprenants d’origine surnaturelle.

PictoOKLes auteurs travaillent leur intrigue au corps et créent un univers fascinant. Ce qui se joue dans cet album met le lecteur mal à l’aise. Loin de nous donner envie de fuir, les différents rebondissements de cette histoire nous ancrent davantage dans la lecture. L’intérêt grandissant que nous portons aux différents protagonistes est réel et va de paire avec les sentiments d’empathie ou de dégoût que nous allons ressentir à leur égard. Superbe album.

La chronique de Noukette, celle d’Yvan.

L’Odeur des Garçons affamés

One Shot

Editeur : Casterman

Dessinateur : Frederik PEETERS

Scénariste : Loo-hui PHANG

Dépôt légal : mars 2016

110 pages, 18,95 euros, ISBN : 978-2-203-09717-9

Bulles bulles bulles…

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L’Odeur des garçons affamés – Phang – Peeters © Casterman – 2016

Le Jour où ça bascule (Collectif d’auteurs)

Collectif d’auteurs © Les Humanoïdes Associés - 2015
Collectif d’auteurs © Les Humanoïdes Associés – 2015

Des décisions à prendre. Suite à ces choix personnels qui seront pris, il y aura des conséquences à assumer. Bonnes… ou mauvaises.

Il est ici question de la manière d’appréhender une situation. Subir ou agir ? Être honnête avec soi-même ou opter pour l’opportunisme ? Ces actes isolés influenceront un avenir proche ou lointain, modèleront une personnalité en construction, changeront à jamais le quotidien d’un individu et/ou d’un groupe. Il est aussi question des difficultés que l’on parvient plus ou moins facilement à dépasser, une honte que l’on écarte ou – au contraire – un complexe qui s’ancre pour toujours.

Ainsi, choisir entre l’intégrité ou le mensonge, apprécier de pouvoir se regarder dans la glace ou préférer la facilité… Autant de points de rupture personnels, intimes ou universels, fantasmés ou vécus, abscons ou sensés. Tel est le thème de cet album.

Préfacé par Fabrice Giger, postfacé par Pascal Ory, cet ouvrage est enrichi de deux textes qui encadrent les 13 nouvelles qu’il contient. Ces écrits proposent quelques clés de compréhension pour mieux appréhender les différents travaux réalisés. Ils offrent aussi des pistes réflexives et invitent éventuellement à reprendre la lecture d’une nouvelle en ayant davantage de recul ou en donnant une autre dimension à la lecture.

Cet album a été publié à l’occasion des 40 ans de l’éditeur. Pour se faire, plusieurs auteurs ont été contactés. Le cahier des charges consistait à réaliser une nouvelle leur demandant d’explorer leur point de rupture, de partager « leur propre vision de ce point de non-retour, ou de nouveau départ ». Quant à la forme, libre à chacun de lui donner les contours qu’il souhaite, de définir le nombre de pages adéquats (3 pages pour la plus courte ; une dizaine de pages en général), le genre (science-fiction, autobiographie, adaptation littéraire…), le traitement graphique…

In fine, 14 auteurs ont collaboré à ce projet. Enki Bilal (auteur phare de cette maison d’édition) a réalisé le visuel de couverture et treize auteurs (aucune femme) ont réalisé chacun une nouvelle. Parmi eux, des artistes d’Europe (Boulet, Bastien Vivès, Frederik Peeters, Emmanuel Lepage, Eddie Campbell), des Etats-Unis (John Cassaday, Paul Pope, Bob Fingerman) et du Japon (Katsuya Terada, Taiyō Matsumoto, Atsushi Kaneko, Keiichi Koike, Naoki Urasawa). Je n’aurai jamais imaginé la majeure partie d’entre eux publier chez cet éditeur… l’objet-livre m’a intriguée pour cette raison.

Treize nouvelles très bien construites dans lesquelles on rentre facilement. On est face à des univers familiers, des découvertes. L’effet-miroir peut parfois nous surprendre, je pense notamment aux travaux de Taiyō Matsumoto et d’Emmanuel Lepage qui sont capables de faire remonter certains souvenirs d’enfance à certains et invitent à l’introspection. Chaque nouvelle interpelle et surprend comme celle qui a été réalisée par Atsushi Kaneko ; elle met en scène un jeune homme qui fait le bilan de sa vie. Coup d’œil dans le rétroviseur et effet-papillon en prime, le traitement graphique (des trames posées sur un dessin très comics des années 1950 réalisé dans des tons sépia).

La meilleure surprise est le récit de Bob Fingerman qui propose une réflexion sur les croyances religieuses. Eternel débat entre pratiquant et athée.

Quoi qu’il en soit, si les treize nouvelles de ce recueil sont indépendantes les unes des autres, elles se répondent néanmoins en écho (plus ou moins directement, souvent de manière implicite) et permettent de réfléchir à la question du choix et de ses conséquences. Quelle dimension lui donner (personnelle ou collective) ? Comment faire la part des avantages et des inconvénients… pourquoi écarter tel ou tel pan de sa réflexion pour aboutir à la décision ? Dans quel mesure cette orientation va faire basculer un rythme/une dynamique/une habitude/un confort de vie… pour quelque chose de différent ?

PictoOKPlutôt dubitative en sortant de cette lecture, je l’ai au final bien aimée. Peu de temps après avoir refermé l’album, certaines nouvelles restent à l’esprit, les idées cheminent. Un petit temps de recul pour mâturer la lecture pour en profiter pleinement.

Extrait :

« On est tous plutôt agnostiques, mais vous, les catholiques repentis, vous êtes les pires. Vous êtes comme les ex-fumeurs, toujours à tousser et à chasser l’air dès que quelqu’un allume une clope » (Le jour où ça bascule, extrait du « Non croyant » de Bob Fingerman).

Le Jour où ça bascule

One shot

Editeur : Les Humanoïdes Associés

Dessinateurs / Scénaristes : Collectif

Dépôt légal : décembre 2015

ISBN : 9 782731 653137

Bulles bulles bulles…

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Le Jour où ça bascule – Collectif d’auteurs © Les Humanoïdes Associés

– 2015

Chroniks Expresss #15

Solde des lectures de novembre :

BD :

Aâma #4 (F. Peeters ; Gallimard, 2014), Katharine Cornwell (M. Malès ; Les Humanoïdes Associés, 2007), Mauvais garçons – diptyque (C. Dabitch & B. Flao ; Ed. Futuropolis, 2009)

Romans :

Oscar et la dame rose (E-E Schmitt ; Ed. Albin Michel, 2002), Mon dernier cheveu noir [suivi de] Histoires pour distraire ma psy (J-L Fournier ; Ed. Anne Carrière, 2009), Sous les vents de Neptune (F. Vargas ; ED. J’ai Lu, 2008), Zouck (P. Bottero ; Ed. Flammarion, 2004)

 

Bandes dessinées

 

Aâma #4

Peeters © Gallimard – 2014
Peeters © Gallimard – 2014

La fuite sans fin de Verloc se poursuit. Le groupe auquel il appartenait s’est disloqué, certains sont morts, d’autres ont pris un autre chemin. Sur cette dernière ligne droite à Ona(ji), il se retrouve seul avec sa « fille » pour la confrontation ultime avec l’entité Aâma. Lorsque la rencontre a lieu, Verloc perd rapidement conscience des événements. Il reprendra connaissance dans une réalité parallèle…

« Je sens demain en moi. Une part de moi est l’avenir. Une part est le passé. Mon regard est libre. Je ne suis plus centré sur moi-même ».

Que s’est-il passé ? Dans quelle mesure Verloc a-t-il prise sur les événements à venir. Ce quatrième opus vient conclure cette série. Au rythme d’un album par an depuis 2011, Frederik Peeters nous a permis de voyager dans une étrange dimension. A mesure que le lecteur avance dans la série, il perd progressivement toutes ses certitudes et les événements qui ont lieu le forcent à lâcher prise à mesure qu’il s’enfonce dans la découverte des personnages et de l’entité Aâma. Beaucoup de digressions, de passages muets, de suggestions… Un voyage déroutant. A lire à tête reposée.

PictomouiJ’ai suivi le projet Aâma de bout en bout, à commencer par le blog que l’auteur a ouvert avant la sortie du premier tome de la série. J’avoue que certains éléments de l’intrigue échappent complètement à ma compréhension. A relire certainement mais loin du plaisir que j’avais eu en lisant Lupus par exemple.

 

 

Katharine Cornwell

Malès © Les Humanoïdes Associés – 2007
Malès © Les Humanoïdes Associés – 2007

Katharine est comédienne. Elle joue actuellement sur scène une pièce qui lui tient à cœur mais les raisons sont obscures. Katharine est secrète ; la vie semble glisser sur elle malgré la fierté qu’elle tire d’avoir décroché le rôle, malgré une relation amoureuse qui semble la combler, malgré la présence de son frère dont elle semble si proche… elle semble écrasée par le poids d’une culpabilité. Le personnage qu’elle joue à la scène lui permettrait-il d’expier une faute ?

Marc Malès a réalisé cet album trois ans après L’Autre laideur, L’Autre Folie. Nous retrouvons de nouveau un personnage féminin en proie au tourment et désireuse de lever enfin le voile sur ce secret qui semble la ronger de l’intérieur. Mais elle lutte et ne parvient pas à sortir de son indécision. De fait, elle garde en permanence une certaine distance avec les gens qui sont amenés à la côtoyer. Marc Malès parvient tout à fait à retranscrire cette ambivalence et la retenue que le personnage veille à avoir.

On tâtonne dans la lecture, avançant d’une scène à l’autre sans qu’il n’y ait aucune transition entre les passages qui se succèdent sans qu’on ne parvienne à faire le lien entre eux. Bien sûr, ce sentiment est temporaire mais c’est assez désagréable. Il est difficile de cerner cette femme et l’auteur ménage tant et tant son intrigue que le lecteur devra patienter pour pouvoir appréhender exactement les tenants et les aboutissants de cette histoire.

pictobofDéception, l’album n’a pas la trempe de L’Autre laideur, L’Autre folie voire de Sous son regard. Je déconseillerais cet album si vous souhaitez découvrir le travail de Marc Malès.

 

Mauvais Garçons, diptyque de Christophe Dabitch et Benjamin Flao

tomes 1 et 2 – Dabitch – Flao © Futuropolis - 2009
tomes 1 et 2 – Dabitch – Flao © Futuropolis – 2009

« En Andalousie, de nos jours. Il se nomme Manuel, sa famille est originaire d’Andalousie, mais il a vécu en France jusqu’à ce qu’il décide de revenir s’y installer. Il a un ami gitan qui se nomme Benito, un chanteur hors norme. Manuel et Bénito sont inséparables. Car, ce qui lie avant tous les deux jeunes hommes, c’est l’amour du flamenco, le vrai, le pur, pas le flamenco rock comme peuvent le jouer certains frimeurs méprisables (mais qui, à contrario, gagnent très bien leur vie). Ces « mauvais garçons » vivent au jour le jour d’expédients. Seul leur amour des femmes leur fait tourner la tête. Mais quand Manuel tombe amoureux de la belle Katia, assistante sociale auprès de gitans, la rivalité s’installe… » (synopsis éditeur).

Les bonnes critiques ont été nombreuses à fleurir sur la toile. Servant ce récit, les lecteurs avaient généreusement partagé leurs avis afin de transmettre le goût et l’envie de découvrir ce diptyque. J’ai eu maintes occasions de me le procurer ; à l’achat, à l’emprunt, au prêt… sans chercher à en comprendre la raison, j’ai passé ces dernières années à esquiver ces opportunités, constatant à chaque fois que l’ambiance graphique ne m’interpellait pas outre mesure. Pourtant, la dernière fois que j’ai pu tenir en main le premier tome des Mauvais garçons, la perception que j’en ai eu était différente. C’est la raison pour laquelle je suis ressortie de la Médiathèque avec cette courte série dans mon sac.

Des tons sépias travaillés tantôt à l’aquarelle, tantôt au crayon gras, tantôt… une richesse de composition à laquelle je ne suis pas restée insensible. Sur ces planches, le fait que deux hommes évoluent, se heurtent et se réconcilient donne un côté très brutal à l’univers. Une amitié sauvage entre un français et un gitan que tout opposent si ce n’est leur passion pour la musique flamenco. Le flamenco est pour eu un art de vivre, une harmonie rare qu’ils parviennent à atteindre dans des moments privilégiés.

Mais en dehors de cet amour inconditionnel qu’ils vouent au flamenco, leur vie est en lambeaux. Une fuite en avant faite de mauvais choix, de sentiments mal exprimés, de déveine et d’alcool. Les moments de transe qu’ils vivent grâce au chant et à la danse pansent leurs plaies de manière éphémère.

pictobofContrairement à ces personnages fictifs, les vibrations du flamenco ne sont pas montées jusqu’à mes oreilles. Incapable de ressentir la moindre empathie, incapable de m’intéresser un tant soit peu au devenir de ces hommes… l’histoire de ce livre a glissé sur moi comme des gouttes d’eau sur une vitre.

 

Romans

Oscar et la dame rose

Schmitt © Albin Michel – 2002
Schmitt © Albin Michel – 2002

« Voici les lettres adressées à Dieu par un enfant de dix ans. Elles ont été retrouvées par Mamie Rose, la « dame rose » qui vient lui rendre visite à l’hôpital pour enfants. Elles décrivent douze jours de la vie d’Oscar, douze jours cocasses et poétiques, douze jours pleins de personnages drôles et émouvants. Ces douze jours seront peut-être les douze derniers. Mais, grâce à Mamie Rose qui noue avec Oscar un très fort lien d’amour, ces douze jours deviendront légende » (quatrième de couverture).

Des mots simples pour parler de la maladie. Sans pathos et avec un humour déroutant, l’auteur fait écrire à cet enfant des lettres magiques. Avec un soupçon d’imagination, l’enfant s’invente une vie finalement bien remplie. Les tracas de l’adolescence, les joies du bonheur conjugal, l’adultère, la foi… Finalement, ce petit roman de 100 pages nous emmène bien au-delà des quatre murs d’une chambre d’hôpital.

PictoOKUn roman tendre sur la maladie et la mort.

« J’ai le cœur gros, j’ai le cœur lourd, Oscar y habite et je ne peux pas le chasser » (Oscar et la dame rose).

 

Mon dernier cheveu noir [suivi de] Histoires pour distraire ma psy

Fournier © Anne Carrière - 2009
Fournier © Anne Carrière – 2009

Première partie : Mon dernier cheveu noir

« Sur votre nouvel agenda, n’écrivez plus les noms des amis de votre âge à l’encre mais au crayon »

Vieillir. Un processus inévitable. Le corps de l’homme est « biodégradable » comme le dit si bien Jean-Louis Fournier. Y faire face, l’accepter ou s’y résoudre. A-t-on vraiment le choix de toute façon ?

L’auteur a 60 ans lorsqu’il commence à écrire ce roman. A l’instar de ses autres ouvrages (Où on va papa ?, Veuf…), ce livre rassemble une multitude de pensées du jour, de réflexions à peine germées, de constats tout justes digérés. Tantôt amusé, tantôt sarcastique, Jean-Louis Fournier parle de la vieillesse, de ce regard sur soi-même qui se métamorphose et du regard des autres qui change.

« Je regarde une vieille photo. J’étais pas mal, avant. J’avais une tête de voleur de poules, avec plein de cheveux noirs. Un jour que je m’ennuyais, j’ai voulu les compter, mais il y en avait trop. Aujourd’hui, il n’en reste qu’un. Mon dernier cheveu noir ».

pictobofAgréable à lire mais un plaisir en demi-teinte ; je ne suis jamais réellement parvenue à m’intéresser au propos. Manque de rythme et d’entrain

La chronique de Kikine.

Deuxième partie : Histoires pour distraire ma psy

Février 1999, Jean-Louis Fournier engage une thérapie auprès d’un psychanalyste : « J’ai, comme beaucoup, quand il paraît trop difficile de vivre, fréquenté les psy. Je me souviens d’une psychanalyste somnolente, dont le cabinet était sombre, qui m’a soigné plusieurs années. Elle m’écoutait avec une expression tellement sinistre que j’ai longtemps cru que je l’ennuyais et qu’elle allait s’endormir. Comme je pensais avoir épuisé mes malheurs, j’ai décidé, pour la réveiller, de lui raconter tout ce qui me passait par la tête, des idées de scénarios, de livres, de films… J’ai cru voir son regard éteint se rallumer, je crois même, une fois, l’avoir vue sourire. La thérapie a continué, mieux. Dans mes histoires inventées, je laissais traîner, à mon insu, des choses importantes qui ont dû lui servir pour mieux me connaître. Pour vous, j’ai transcrit ces histoires. Installez-vous sur un divan pour les lire. Mon plus grand souhait est que vous ne vous endormiez pas » (propos de l’auteur sur le site des Editions Anne Carrière).

pictobofpictobofDifficile pour moi d’entrer dans ce petit recueil. Des histoires sans queue ni tête avec quelques soupçons de vérité (éléments personnels) mais je ne vois pas l’intérêt de ces « témoignages ». d’une part, cela me questionne qu’un individu prenne l’habitude de se rendre à une consultation psy toute les semaines pour y raconter des histoires totalement saugrenues ; perte de temps pour le patient comme pour le thérapeute. D’autre part… que peut bien retenir le lecteur de ces inventions imaginaires. A survoler sans modération.

Sous les vents de Neptune

Vargas © J’ai Lu - 2008
Vargas © J’ai Lu – 2008

La vie suit son cours à la Brigade criminelle qu’Adamsberg continue à diriger avec sa nonchalance habituelle. Les enquêtes se bouclent ou piétinent, mais aucune ne nécessite la mobilisation de l’équipe au complète. Ce qui tombe relativement bien puisqu’une bonne partie des hommes du commissaire doit entreprendre un voyage au Québec en vue de suivre une formation ADN. Jusqu’au moment où une vieille affaire resurgit brutalement. Elle avait déjà mobilisé Adamsberg pendant quatorze ans mais, pour une raison évidente, il l’avait archivée depuis quatorze ans. Pourtant, il lui tenait à cœur de la résoudre pour des motifs personnels… le moment serait-il enfin venu de lever le mystère qui l’entoure ?

Sous les vents de Neptune. Sixième enquête de la série polar mettant en scène le commissaire Adamsberg ; sixième enquête si l’on compte Les Quatre Fleuves (bande dessinée) et le recueil de nouvelles intitulé Coule la Seine. Un ouvrage qu’il me tardait de découvrir enfin tant les derniers romans que Vargas a écrits dans cet univers (Dans les bois éternels publié en 2009 et L’Armée furieuse publié en 2011) y font référence à plusieurs reprises. Ce voyage au Québec en compagnie d’Adamsberg m’intéressait donc au plus haut point et découvrir ce roman a été à la hauteur de mes attentes. Une intrigue finement menée, des chemins de traverse inattendus nous prennent au dépourvu et mettent à mal le personnage principal ; l’occasion de découvrir cet homme sous un nouvel angle.

Fred Vargas réutilise pour l’occasion la vieille Clémentine que nous avions découverte dans Pars vite et reviens tard, une personnalité haute en couleurs qui s’avère être une précieuse alliée pour un Jean-Baptiste Adamsberg en déroute.

PictoOKEncore une fois, Fred Vargas nous enchante. Une lecture très prenante mais un petit bémol sur les dernières pages qui contiennent, à mon goût, un excès de bons sentiments.

Zouck

Bottero © Flammarion - 2004
Bottero © Flammarion – 2004

Anouck, que ses amis surnomment Zouck, est une lycéenne brillante. Scolarisée en Terminale, elle fait partie des meilleurs élèves de son établissement. Elle veille à obtenir de bons résultats, ils lui offrent une relative liberté à l’égard de ses parents. Cette liberté, elle l’utilise pour pouvoir se consacrer entièrement aux cours de danse de Bérénice. Sur le parquet de l’école de danse, Zouck vole, s’envole, s’oublie. Jusqu’au jour où un danseur renommé vient seconder sa prof de danse, le temps d’un cours. C’est tout à fait par hasard que Zouck surprend leur conversation. Les mots échangés à son propos font l’effet d’une décharge. Trop grosse ! Commence alors pour Zouck une période de tourments. Elle est obnubilée par l’idée de perdre du poids. Un mal que l’on nomme anorexie.

Une découverte que je dois encore à une amie qui me fait m’aventurer sur des expériences littéraires encore inexplorées. E-M Schmitt, J-L Fournier, Pierre Bottero… j’en passe et des meilleurs.

Me voici donc partie à la découverte des univers de Pierre Bottero, explorant en parallèle des œuvres fictivo-réalistes (comme Zouck) et La Quête d’Ewilan (et d’autres pistes que j’arpenterais le mois prochain).

Zouck, où les préoccupations d’une adolescente de 18 ans. A mille lieues de mes centres d’intérêt, d’autant plus que ce personnage se passionne pour la danse et que je n’ai jamais été attirée par ce genre de sensations corporelles. Pourtant, l’entrée dans ce roman se fait facilement. La jeune fille se présente sans trop de retenue à son lecteur. On parvient à se la représenter, on comprend ses motivations, elle ne s’attarde pas sur des détails futiles. La lecture est fluide. Suffisamment agréable pour avoir envie de tourner la page. On n’est pas pris dans les mailles du filet en revanche, mais l’idée d’abandonner la lecture ne m’a pas effleurée un instant.

Zouck brosse le portrait d’une jeune fille en apparence « équilibrée », investie dans sa scolarité, rencontrant quelques heurts avec ses parents mais rien qui ne soit dramatique, en conflit avec sa petite sœur mais là encore, rien de bien exceptionnel.

Pourtant, vers les deux-tiers du roman, le ton change. De légers grincements s’étaient fait sentir depuis quelques chapitres mais peu à peu, le scénario s’enfonce dans l’aliénation de son personnage. Peu à peu, on perçoit les ravages de l’anorexie, de ce rapport tronqué à la nourriture, de cette dictature du corps et de l’esprit qui embarque ses victimes dans des habitudes mortifères.

Le ton est juste sans glisser vers une quelconque forme de morale ou un quelconque discours didactique. Accentuant le fait que chaque situation est unique, que le « déclic » est toujours lié à l’intime, que l’on a tendance à banaliser les choses lorsque les premiers signes de la pathologie font leur apparition, qu’ensuite l’entourage proche est en émoi, paniqué face à cette perte de l’élan vital.

PictomouiUne lecture agréable qui pourrait être réflexive si j’étais parvenue à investir davantage le personnage. Un ouvrage à mettre dans les petites mains de ceux que l’on souhaite sensibiliser avec beaucoup de douceur à cette maladie. Pour le reste, le propos ne rentre pas suffisamment dans le cœur du sujet à mon goût.

Chroniks Expresss #9

Le loup qui mangeait n’importe quoi – Donner – Larcenet © Mango – 2013

Donner – Larcenet © Mango – 2013
Donner – Larcenet © Mango – 2013

Un loup affamé plante ses griffes sur tout ce qu’il rencontre… sans savoir qu’il hérite de leurs flatulences intempestives : un mouton qui rote, un cochon qui pète… sans compter les enfants qui plongent les doigts dans leur nez… (synopsis éditeur).

Avouez que lorsque Jérôme et Noukette s’associent pour parler du premier album jeunesse illustré par Manu Larcenet (Blast, Le combat ordinaire…), il y a de quoi être intrigué. Pour l’occasion, il s’est associé à Christophe Donner qui a publié pléthore d’ouvrages jeunesse à L’Ecole des Loisirs. Tout cela me semblait donc de bonne augure.

Effectivement, la compagnie de ce loup affamé est ludique. A l’instar des contes classiques, nous sommes en présence d’un loup glouton. Le comique de situation tient au côté récurrent des mésaventures du canidé obstiné qui ne tire aucune expérience des leçons de la vie. Le mouton l’informe pourtant de ses éructations récurrentes et le met en garde : Ne me touche pas, le loup, ne fais pas ton méchant : tu pourrais hériter de mon vil penchant. Ce tic a gâché ma vie ancienne, pense qu’il pourrait aussi pourrir la tienne ! Qu’à cela ne tienne !! Le loup n’en fait qu’à sa tête et ne pourra que le regretter ensuite. Il en est de même lorsqu’il est en présence du cochon qui l’informe de ses flatulences incessantes etc… De quoi faire rire les enfants à la vue d’un loup caustique qui réunit à lui seul tous les interdits du quotidien…

Alors effectivement, ce loup amuse. Le texte de Christophe Donner est écrit en alexandrin, ce qui donne un rythme très agréable à la lecture. Seul grief : la présence de termes trop alambiqués qui ne font pas partie du vocabulaire courant d’un jeune enfant. Charge à l’adulte d’intervenir et de reformuler et/ou d’expliquer le terme, cassant le rythme de la mélodie narrative pourtant parfaitement huilée. Heureusement, cette histoire a un-petit-goût-de-reviens-y et de lecture en lecture, l’assimilation dudit vocabulaire permettra de profiter pleinement des nombreux rebondissements de cette amusante aventure.

Aâma, tome 3 – Peeters © Gallimard – 2013

Peeters © Gallimard – 2013
Peeters © Gallimard – 2013

« Verloc Nim et son frère Conrad partent en expédition pour récupérer la mystérieuse substance aâma, qui a complètement modifié l’environnement de la planète Ona(ji). Alors que le petit groupe progresse dans un univers aussi hostile que stupéfiant, la vérité sur la nature d’aâma reste inaccessible. Et la réalité a tendance à vaciller… » (synopsis éditeur).

Troisième opus de cette série qui a obtenu un Fauve (Prix de la série) au Festival International de la Bande Dessinée à Angoulême en 2013. Le rythme de publication est réglé comme du papier à musique au rythme d’un album par an. Mais avec le projet d’adaptation en téléfilm de Pilules bleues, Frederik Peeters conservera-t-il la cadence qu’il s’est imposée sur Aâma ?

La quête aveugle dirigée par Conrad (le frère de Verloc) se poursuit sur la planète Ona(ji). En chemin, les protagonistes croiseront différentes formes de vies, étranges et inconnues, hostiles ou bienveillantes. Les situations rencontrées sont troublantes, au point que le réel se confonde avec l’irréel. Où est le vrai du faux ? Qu’est-ce qui est induit par aâma ? Le scénario suit un rythme fou, on profite de quelques rares respirations lorsqu’on retrouve la scène [du tome 1] où Verloc tente de reconstruire sa mémoire en lisant son journal intime. Le lecteur peut se raccrocher à peu de choses pour démêler les fils de cette aventure qui frôle la schizophrénie.

J’ai parfois cherché à me rappeler le but de cette expédition insensée (voire les avis précédents : tome 1, tome 2). Les personnages sont sonnés par les obstacles qui jalonnent leur route… J’avoue avoir perdu les quelques repères que je pensais détenir grâce aux tomes précédents. Une relecture de ces trois premiers tomes s’impose avant de découvrir [dans un an] les surprises que nous réserve le tome 4.

Filandreux, vieux clou indigeste – Hureau © Warum – 2012

Hureau © Warum - 2012
Hureau © Warum – 2012

« Filandreux, n’est pas loin de ce que l’on pourrait appeler un vieux grincheux. Il résiste à tout, au temps, aux modes, aux courants d’air. Filandreux est bavard, d’une mauvaise foi exemplaire, il est un peu cynique, un peu méchant.

Un peu vieux con grande gueule très jeune encore dans sa tête et très vert, comme les arbres qu’il aime tant.

De grandes déclarations en combines sournoises, Filandreux traîne se carcasse dans la ville qu’il déteste, vaticinant, tançant, critiquant sans répit » (synopsis éditeur).

Tous aux abris !! Un vieux de mauvais poil erre dans les rues de la ville. Canne à la main, il déambule un peu avant de venir se poser sur son banc, banc sur lequel il cohabite assez mal avec ses congénères humains.

Moins pervers et plus malin que les vieux chnoques de sa génération, Filandreux nous emmène dans des réflexions passionnées sur l’écologie, l’espère humaine, les files d’attentes pour des dédicaces, la vieillesse, l’utilité sociale… Ce recueil contient de courtes nouvelles qui mettent en scène le vieux. Le trait ciselé de Simon Hureau (Hautes-Œuvres, Intrus à l’étrange, L’empire des Hauts-Murs…) renforce l’ambiance cocasse des scènes qui décrivent un énergumène au mode de vie légèrement décalé mais qui témoigne de réflexions très lucides quant aux effets pervers du capitalisme.

Une amusante découverte que je dois à Jérôme. En fin connaisseur de mes habitudes de lecture, il avait repéré que je n’avais pas lu cet album-là de Hureau… merci !! 😉

Extrait :

« Répugnante vie organique, immonde machine humaine, transit intestinal sur pattes… Machines à engloutir, avaler les productions de la nature, végétaux, animaux… Ereintage des ressources… Nature engloutie pour engraisser des corps exsudant, excrémentant, expectorant, urinant, éructant, pétant, et, au final, puant. Puanteur évitée moyennant un lavage quotidien. Lavage qui salit l’eau, déjections qui salissent les fleuves, déchets qui salissent la Terre. Désespérant… Nous sommes des mécaniques à cochonner l’environnement. C’est irrémédiable » (Filandreux – Vieux clou indigeste).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Gros mot : Vieux clou

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Chroniks Expresss #5

Aâma, tome 2 : La multitude invisible – Peeters © Gallimard – 2012
Aâma, tome 2 : La multitude invisible – Peeters © Gallimard – 2012

Suite des aventures de Verloc Nim, personnage amnésique qui tente de retrouver la mémoire. L’odeur de la poussière chaude (tome1 d’Aâma), nous avait permis de faire sa connaissance ainsi que celle de Churchill, un robot-singe capable de s’adapter – semble-t-il – à n’importe quel environnement hostile.

Ce tome nous permet logiquement de découvrir un peu plus la personnalité et le parcours de Verloc mais surtout, on apprend à connaitre Conrad, le frère de Verloc. On remarque aussi le fait que le scénario consacre très peu de place au présent de Verloc (deux ou trois scènes tout au plus où on le voit en compagnie de Churchill, commentant la lecture de son journal intime). L’auteur se concentre presque exclusivement sur le passé proche de son personnage principal ; grâce au journal intime de Verloc, on découvre le déroulement de l’expédition scientifique sur la Planète Ona(ji)… je vous invite également à lire ma chronique sur le tome 1.

Roaarrr Challenge
Roaarrr Challenge

Peu à peu, on découvre également en quoi consiste le projet Aâma : plante, intelligence artificielle, métabolisme vivant ??? Ce tome s’arrête sur un dénouement abrupt d’une réelle violence… mais qui nous tient en haleine. Vivement la suite 😉 L’album a obtenu le Fauve – Prix de la série en 2013 à Angoulême. Contribution au Roaarrr Challenge.

La fiche éditeur.

Tour du Monde en 8 ans
Tour du Monde en 8 ans

Tour du monde en 8 ans : Suisse

Aâma, tome 2 : La multitude invisible – Peeters © Gallimard – 2012

Prix : 17.25 euros , ISBN : 9782070649211

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Burlesque Girrrl, tome 1/2 – Amoretti © Ankama – 2012
Burlesque Girrrl, tome 1/2 – Amoretti © Ankama – 2012

« Une jeune pin-up pulpeuse, tatouée, qui porte la vingtaine avec l’élégance d’une diva. Une incarnation du « rock » et du « burlesque », dans la lignée des effeuilleuses Dita Von Teese et Devil Doll : c’est Violette. Bassiste dans un groupe, modèle pour sous-vêtements, elle alterne shootings et concerts, compose ses morceaux à l’occasion. Une fille pas comme les autres et délicieusement GRRRL… » (présentation officielle).

Avant toute chose, je voudrais dire que l’on est en présence d’un très bel objet : la qualité du papier, les finitions, l’ambiance graphique, le cahier graphique en fin d’album… Le genre d’album qu’on apprécie d’avoir dans sa bibliothèque. Les illustrations de François Amoretti sont sublimes, une ambiance rétro campe le décor et nous aide à matérialiser les sons qui virevoltent çà et là au milieu des pages.

En revanche, la lecture ne m’a pas réellement emportée. Pourtant, les personnages sont sympathiques et le fait qu’ils soient à un tournant de leur carrière devrait donner de l’entrain au récit. Mais sur ce point, j’ai trouvé qu’il était trop sur la réserve. Personne ne s’emballe, personne ne fait de faux-pas… limite ces personnages ont trop de bon sens ce qui ne permet pas à l’histoire de s’emballer malgré la présence de rockabilly, de courses de voiture et de spectacles… d’effeuillage.

Beaucoup de bonnes choses dans cet album mais pour moi, le rythme du scénario ne colle pas… c’est un peu trop mou ! J’attends cependant le second et dernier tome de ce diptyque.

Le blog de François Amoretti.

Les chroniques d’Oliv, Natiora et Zaelle.

Burlesque Girrrl, tome 1 – Amoretti © Ankama – 2012

Prix : 12.90 euros, ISBN : 978-2-35910-310-6

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Le cycle de Cyann, tome 5 : Les couloirs de l’Entretemps – Bourgeon – Lacroix © 12bis – 2012
Le cycle de Cyann, tome 5 : Les couloirs de l’Entretemps – Bourgeon – Lacroix © 12bis – 2012

« L’Entretemps, c’est le nom du grand vaisseau spatial dans lequel Cyann s’est embarquée après avoir fui Olh. Après une traumatisante escale sur la planète Fulguru, elle doit cependant regagner son monde natal pour enfin retrouver sa cadette Azurée.

Nouveau voyage, nouveaux drames… Car Cyann doit aussi retourner sur la sinistre planète Marcade pour y tenir une promesse… Et aussi régler ses comptes » (synopsis éditeur).

J’attendais ce cinquième tome avec impatience (dernier album de la série remontait à 2007). C’est avec un certain plaisir que l’on retrouve cette héroïne, un plaisir légèrement chahuté par la déferlante d’événements qui se produisent dans cet album. Voyages interplanétaires et voyages dans le temps nous chahutent en permanence. J’ai apprécié cet album et l’orientation prise par le récit. Cependant, ce n’est qu’à la seconde lecture (après avoir relu les quatre premiers tomes), que j’ai réellement profité de la richesse de l’histoire. Je trouve effectivement que Les couloirs de l’Entretemps s’apprécie plus quand on est déjà pris dans le rythme de l’histoire (depuis son origine). De fait, cela m’a permis de faire certains liens et de voir certains personnages d’un autre œil.

Pour relire ma chronique sur les quatre premiers tomes de la série : suivez ce lien.

Challenge Lieux imaginaires
Challenge Lieux imaginaires

Le cycle de Cyann, tome 5 : Les couloirs de l’Entretemps – Bourgeon – Lacroix © 12bis – 2012

Prix : 15 euros, ISBN : 978-2-35648-323-2

Lieux imaginaires : les mondes de Cyann