Billy Symphony (Périmony)

Son baluchon sur l’épaule, Billy est prêt à affronter sa journée. Comme chaque jour, il transporte avec lui les maigres richesses qu’il possède. Il n’a pas le sou mais le sourire aux lèvres. Sa joie de vivre est palpable. D’un coup de crayon charbonneux, David Périmony donne vie à Billy. Son trait est rond et habillé de tons pastels très doux qui mélangent bruns, beiges, verts et bleus. Très vite, on sait que l’on va croquer cette lecture à pleines dents !

Périmony © Editions de la Gouttière – 2020

Au premier coin de rue, Billy suspend son pas assuré et s’arrête devant la vitrine du magasin d’instruments de musique. Ce saxo-là lui fait de l’œil, Billy voudrait le tenir. L’instrument est superbe mais bien trop cher pour son porte-monnaie qui crie famine. Billy doit se résoudre à l’évidence, il n’a pas les moyens de cette passion-là pourtant l’idée le taraude.

Billy cogite, tort la situation dans tous les sens jusqu’à ce qu’une idée lumineuse le frappe. Ni une ni deux, il en parle au gérant et le marché est conclu. Billy sera l’homme à tout faire du magasin de musique. Ce travail lui permet de réaliser son rêve. Le jour où Billy peut enfin s’acheter le saxophone, il est le plus heureux des hommes. Billy reprend alors la route mais c’est une autre vie qui s’offre à lui : celle de musicien !

Je n’arrive pas à l’écrire… cette chronique de « Billy Symphony » et pourtant, j’ai adoré cet album. Il y flotte une atmosphère agréable, douce et poétique. On se laisse réellement porter par le héros qui mène la danse de bout en bout, qui est tour à tour joyeux, euphorique, ému, triste… Il est traversé d’une multitude d’émotions que l’on ressent en écho grâce aux dessins très expressifs de David Périmony. L’auteur fait également preuve d’inventivité dans la manière dont il construit et rythme ses planches.

Avec Billy au cœur de cette histoire, on sait de suite que l’on va se laisser porter. Déjà parce que le héros n’a aucune contrainte et on comprend très vite qu’il n’a rien à perdre. Alors il tente, il ose car après tout, que risque-t-il de trouver au bout de son chemin à part une belle surprise ? L’album repose donc sur les épaules d’un doux-dingue, un rêveur, un passionné au grand cœur. Forcément, avec une bouille comme la sienne, la présence de son balluchon qui ne semble pas peser bien lourd et les airs jazzy qui volent de-ci de-là, je n’ai pu m’empêcher de penser à Abélard.

Cet album muet pétille malgré le sérieux du message de fond qu’il délivre. La malice, la poésie, les rires fusent de toutes parts alors qu’on parle de façon critique des travers de l’industrie du spectacle. Le propos est intéressant d’autant que l’album est aussi un bon support intermédiaire (entre adulte et enfant) pour parler d’Amitié. Ça me plait bien le fait de redire aux plus jeunes que la confiance que quelqu’un nous accorde n’est jamais définitive, que l’amitié se gagne… qu’elle est un bien aussi fragile que précieux.

De jolies trilles, des gazouillis d’oiseaux qui donnent la réplique aux rires de Billy, de sacrées bouilles et de belles trognes qui apparaissent durant le récit… L’auteur a construit une réelle alchimie pour parler d’une passion (celle que Billy voue à la musique) et de cupidité (celle du directeur du club qui emploie le jeune musicien). Les gestes fluides – presque aériens – des personnages nous embarquent dans la danse et on tourne les pages avec beaucoup curiosité. C’est avec autant de surprise que de plaisir qu’on découvre à plusieurs endroits du récit, quelques références à des univers cartoonesques et cinématographiques de la culture pop.

David Périmony offre une réflexion pertinente accessible à un lectorat de 5 à 99 ans. Beaucoup de douceur dans son trait, il nous montre qu’il est capable de créer un univers aussi poétique que musical. A lire ! 😉

Une lecture commune magique partagée avec Sabine et Noukette !!

La chronique de Moka qui m’avait mis l’eau à la bouche et qui accueille aujourd’hui la « BD de la semaine » .

Billy Symphony (récit complet)

Editeur : Editions de La Gouttière

Dessinateur & Scénariste : David PERIMONY

Dépôt légal : janvier 2020 / 104 pages / 16 euros

ISBN : 978-2-35796-001-5

Revue Pierre Papier Chicon, numéro 1 (Collectif)

Couverture de David François pour le numéro 1 de Pierre Papier Chicon – Collectif © Pierre Papier Chicon – 2017

Couverture verso de David Périmony pour le premier numéro de Pierre Papier Chicon – Collectif © Pierre Papier Chicon – 2017

Premier volume d’une revue pour laquelle j’ai suivi l’avancée via les newsletters régulières. Un appel à la cotisation participative a permis de lever les fonds nécessaires à la finalisation du projet. Une belle équipe est derrière « Pierre Papier Chicon », une initiative picarde visant à ce que les auteurs locaux puissent « se réapproprier tous les maillons de la chaîne de fabrication du livre et donc se réapproprier leur métier ». L’idée est aussi d’afficher les couleurs picardes et de permettre aux lecteurs de Picardie et de Navarre de la (re)découvrir.

Le premier numéro nous propose deux histoires.

L’une est réalisée par David François (« Un homme de joie », « De briques et de sang »…). Elle met en scène le célèbre Lafleur, figure locale amiénoise. Une préface de l’auteur nous donne tous les éléments qui nous permettront ensuite de découvrir – en connaissance de cause. La légende Lafleur est née au XVIIème. A l’origine, le gars Lafleur était un valet. Très vite, Lafleur incarne l’humaniste, le résistant qui dénonce les humiliations faites à la classe populaire. Ce personnage est repris par le Théâtre amiénois cabotin. Sa marionnette incarne le héros qui refuse l’oppression « il dressait haut la révolte des humiliés, frappant à grand coups de pied le ventre de l’autorité. (…) il annonce la révolution qui rougit ». La nouvelle de David François – intitulée « Ch’Lafleur : Ene fricassée pour Papa Tchutchu » place Lafleur au cœur d’un récit qui se déroule au beau milieu du XVIIème siècle. On part dans les dédales des rues amiénoises aux côtés de Lafleur, homme entier, convivial et un peu porté sur la bouteille. Il montre un personnage spontané, gouailleur, déterminé. Une bonne louche de patois picard est versée dans les phylactères, ça pique un peu pour qui n’y est pas familiarisé mais un lexique viendra lever les incompréhensions. Le coup de pinceau de l’auteur est bien agréable et appuie sur le ton moqueur de cette succulente histoire. Le personnage est charismatique, il inspire la confiance, sait trouver les mots pour soulever les foules et dénoncer les injustices, les malveillances… Un esprit taquin enveloppe ce récit qui se termine sur un superbe clin d’œil à l’univers d’Astérix.

L’autre est réalisée par David Périmony qui réalise-là sa première bande dessinée. Il revient le temps de quelques pages sur la genèse de l’attachante et naïve Bécassine, un personnage qui a bercé ma jeunesse. Quel est le déclic qui a fait naître – dans l’imagination de Joseph Pinchon – ce personnage incontournable de l’univers du 9ème Art ? Une question qui sert de base à cette courte histoire qu’un texte de Camille Picard vient compléter. Il explique les premiers pas que Bécassine a fait dans « La Semaine de Suzette » puis montre comment l’héroïne de papier a su conquérir le cœur de ses lecteurs, allant jusqu’à « éclipser la notoriété de son créateur ».

Magnifique et succulent premier numéro de la revue picarde « Pierre Papier Chicon » tiré à 1500 exemplaires.

Un complément d’informations dans cet article d’Alexandra Oury, journaliste, qui était présente à la soirée de lancement de la revue.

Une lecture que je partage avec les lecteurs-trices des « BD de la semaine. On retrouve tous les liens du jour chez Noukette !

Pierre Papier Chicon

Numéro 1
Revue
Editeur : Pierre Papier Chicon
Dessinateurs / Scénaristes : David FRANÇOIS et David PERIMONY
Dépôt légal : mars 2017
28 pages, 7,50 euros, ISBN : 979-10-97369-00-2

Bulles bulles bulles…

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Pierre Papier Chicon, numéro 1 – Collectif © Pierre Papier Chicon – 2017