Linette, tome 1 (Romat & Peyraud)

Romat – Peyraud © Editions de la Gouttière – 2018

C’est l’été et en ce jour ensoleillé, toute la famille de Linette est dans le jardin. Quand l’un jardine, l’autre fait des mots croisés. Ambiance détendue. Linette quant à elle a décidé d’arriser les fleurs de pissenlits pendant que sa maman arrose le potager. Mais sa maman triche car dans l’eau de l’arrosoir, elle a ajouté un bouchon de jus de fumier qui fait pousser les tomates à vue d’œil !

Alors Linette profite d’un moment d’inattention pour aller voler un peu de cette potion magique. Mais qu’il est difficile de porter cet arrosoir rempli d’eau ! Et là, c’est la catastrophe. Patatra ! L’arrosoir lui glisse des mains et l’eau se déverse sur les pieds de Linette… qui ne met pas longtemps à s’apercevoir qu’elle a désormais des pieds de géant ! Vite vite, elle doit trouver une solution.

Hop, une nouvelle série jeunesse qui commence chez La Gouttière et qui se lit en moins de deux ! C’est frais et complètement loufoque. Catherine Romat fait pétiller le scénario de cette album muet de nombreux rebondissements, cascades, envolées et de cache-cache derrière un rideau, sous un drap ou une bassine. La fillette, bien qu’un peu paniquée face à la taille surdimensionnée de ses pieds, prend finalement la situation du bon côté et s’en amuse.

Jean-Philippe Peyraud illustre de façon cartoonesque cette drôle d’épopée. Gros pieds, yeux complètement écarquillés de surprise, accès de panique, cavalcades, tout est là pour appuyer le comique de situation et faire rire le lecteur.

Un drôle d’album muet accessible aux petits lecteurs à partir de 4 ans.

Linette

Tome 1 : Les Pieds qui poussent
Série en cours
Editeur : Editions de la Gouttière
Dessinateur : Jean-Philippe PEYRAUD
Scénariste : Catherine ROMAT
Dépôt légal : avril 2018
32 pages, 10.70 euros, ISBN : 979-10-92111-74-3

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Linette, tome 1 – Romat – Peyraud © Editions de la Gouttière – 2018

L’Inversion de la courbe des sentiments (Peyraud)

Peyraud © Futuropolis – 2016
Peyraud © Futuropolis – 2016

Lever à 6 heures, mal réveillé, mal luné, mal rasé, Robinson s’habille, sort de la chambre et quitte l’appartement. Amandine, de son côté, continue sa nuit… enfin, aimerait pouvoir continuer sa nuit mais un appel téléphonique la pousse à quitter la couette. Il fait un saut aux toilettes… juste ce qu’il faut pour qu’elle s’agace de le voir trainer encore un peu chez elle. Après tout, elle ne se voit pas engager une relation avec un mec rencontré sur un site de rencontres. Une fois l’énergumène mis à la porte, elle peut enfin se réjouir de la nouvelle : son amie Charlène est de retour en France après un voyage de plusieurs mois en Amérique du Sud. La journée s’annonce bien.

Dehors, il prend doucement le chemin de son appartement et tombe nez-à-nez avec son ex qui avait pris rendez-vous pour venir récupérer ses dernières affaires. Evidemment, il avait oublié. Et évidemment, elle est avec son nouveau mec. Il enchaîne en allant au travail. Tout aurait pu rentrer dans l’ordre si son père n’avait pas décidé de faire irruption pour lui annoncer que sa mère l’avait mis à la porte… et sa frangine qui lui annonce la disparition de son neveu. Autant finir la soirée en lisant les messages laissés sur le compte qu’il s’est ouvert sur un site de rencontres. Une sale journée en perspective.

Et si tout cela annonçait un changement majeur ?

Sur un ton bon enfant et bercé de couleurs pimpantes, Jean-Philippe Peyraud (« Le Désespoir du singe ») installe définitivement son personnage dans une période qui s’annonce délicate. Les mauvaises nouvelles font varier les contrariétés, le scénario place en quelques pages les cartes maitresses de l’intrigue. Le tout est agrémenté d’une bonne dose de cynisme et d’autodérision… la farce ne s’annonce aucunement oppressante mais en revanche, on peut logiquement se poser la question de savoir si elle est en mesure de capter notre intérêt. Et puis on avance dans la lecture, les couleurs perdent leur clinquant, les personnages s’enfoncent dans des problèmes qui les dépassent mais gardent la tête haute et le sens de la dérision. Des situations improbables surgissent, les mauvaises nouvelles pleuvent. On aspire à quelque chose de tangible, de crédible, on n’y croit plus et pourtant, progressivement, on se rend compte qu’on s’accroche à ces personnages, qu’on attend davantage d’improbable parce que tout en est devenu si probable. Le scénario risque gros mais parvient pourtant à ses fins. L’impression du début fond comme neige au soleil, on se rend compte que la petite historiette que l’on pensait quitter prématurément prend de la consistance et que les pages se tournent avec plaisir.

J’ai suivi le même mouvement à l’égard du graphisme. En début d’album, je le trouvais relativement insipide et ne donnant pas envie de prendre les personnages au sérieux. Et puis – presque sans s’en apercevoir – on est rentré dans la psyché des personnages et on s’aperçoit que ce dessin si naïf en apparence nous a dupés. Alors qu’on pensait que le trait se contentait d’effleurer des personnages, on prend conscience qu’il s’est attelé à nous livrer sincèrement, presque crument, des individus fragiles, bourrés de doutes, cherchant à se protéger maladroitement des mauvais coups que leur réserve la vie. Les yeux s’écarquillent, les épaules tombent, les sourires sont souvent timides… des expressions naturelles que les illustrations ne cherchent pas à surjouer.

PictoOKUn bon divertissement, c’est indéniable. Un accueil inattendu et une satisfaction surprenante. Alors que durant le premier quart d’heure de lecture je voyais déjà s’esquisser les « dispensable », « gentillet », « « longueurs inutiles » qui rythmeraient les arguments de ma chronique, j’ai été surprise par les rebondissements de cet album ainsi que par son aisance à nous surprendre.

Jean-Philippe Peyraud nous livre un album distrayant qui visite avec humour les jeux de l’amour et du hasard.

L’Inversion de la courbe des sentiments

One shot

Editeur : Futuropolis

Dessinateur / Scénariste : Jean-Philippe PEYRAUD

Dépôt légal : juin 2016

192 pages, 26 euros, ISBN : 978-2-7548-1198-9

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

L’inversion  de la courbe des sentiments – Peyraud © Futuropolis – 2016

Le Désespoir du Singe (Peyraud & Alfred)

Peyraud – Alfred © Guy Delcourt Productions – 2016
Peyraud – Alfred © Guy Delcourt Productions – 2016

« Au bord d’une mer intérieure menacée de disparition, une ville est agitée par un vent révolutionnaire. Josef, peintre à la carrière avortée, va se fiancer à Joliette. Mais Édith, la cousine de Josef, lui présente Vespérine, l’épouse d’un opposant politique paralytique au charme troublant. Quand la répression s’abat sur la ville, les destins de Josef et Vespérine basculent. » (synospis éditeur).

Débuté en 2006, ce triptyque a vu son dernier tome paraître il y a maintenant cinq ans. Quel plaisir de pouvoir profiter de la publication de cette intégrale et ainsi découvrir le récit complet de cette histoire. Il m’est difficile de parler de l’intrigue, je dirai seulement qu’elle se déroule à une époque proche du XIXème siècle. Peu de moyens de locomotion si ce n’est à dos de cheval ; le chemin de fer relie à peine quelques villes entre elles. Le transport fluvial est le principal moyen de transporter des marchandises cependant, le commerce maritime est sur la sellette. En effet, le pays étouffe, s’essouffle, oppressé par un tyran qui contrôle le gouvernement d’une main de fer. Il mène une politique coercitive et privilégie l’économie agricole, au détriment de tout ce qui a trait à l’activité maritime. Sous couvert de l’orientation du gouvernement qui cherche à détruire le commerce maritime et développer l’économie agricole, c’est avant tout un conflit ethnique qui opère de façon sournoise. Jean-Philippe Peyraud décrit un contexte social au bord de l’implosion. Le peuple est sous tension, réprimé et contrôlé en permanence par des milices qui font appliquer des règles arbitraires au pied de la lettre. Les sanctions sont violentes et irréversibles, comme celle réservée aux marins sortis en mer en dehors des jours autorisés par la loi subit une double peine ; le contrevenant est d’abord molesté, puis il assiste ensuite à la destruction de son bateau avant d’être jeté en prison.

« Bon Dieu, vous croyez peut-être que vos calendriers tiennent compte de nos enfants qui ont faim ?! »

Un état policier où les allées et venues sont contrôlées, où le peuple est affamé… où tous doutent des uns et des autres. Une simple étincelle suffirait à déclencher une révolution. Et c’est ce qui se passe. On assiste aux événements, au mouvement d’un peuple qui se soulève ; la peur des uns les force à fuir tandis que les autres font front et coordonnent les interventions à venir.

C’est dans ce contexte que le scénariste permet à deux individus – un homme et une femme – de faire connaissance. On est là face à ces rencontres si particulières et si rares qui marquent définitivement des êtres. Pourtant, rien ne laissait supposer que leurs chemins se croisent. Leurs parcours, leurs valeurs, le milieu social dont ils sont issus… tout les sépare et pourtant…

Josef Setznar est un jeune peintre qui a pourtant rangé ses pinceaux depuis longtemps. Il est rongé par différentes impressions, notamment celle d’avoir raté sa vie. Par facilité, il s’est engagé auprès de son père à reprendre l’entreprise familiale mais cette activité ne lui apporte aucune satisfaction. Pour éviter de penser à tout cela, il retrouve chaque soir son ami Lazlo. Ensemble, ils font la tournée des tavernes. Et si Lazlo est un incroyable séducteur, ce n’est pas le cas de Josef qui noie son spleen dans l’alcool et dans les fêtes. Pourtant, depuis quelques temps, il s’investit dans une relation amoureuse avec Joliette. Un attachement timide, Josef hésite encore à s’engager. Jusqu’à ce qu’il rencontre Vespérine. Fougueuse, rebelle, charismatique et fervente militante qui défend les libertés individuelles, Vespérine est l’épouse d’un notable envers lequel elle n’a plus de sentiments. Mais depuis que celui-ci est atteint d’un lourd handicap, elle n’ose se résoudre à le quitter.

Ils vivent tous deux dans une société hyper normée où le régime en place est omnipotent. Tout est réglementé et la Milidza – forces de l’ordre de cet état – est omniprésente dans les rues de la ville. Ombres noires dotées de grandes bouches ouvrant sur des dents de carnassiers, ces agents ont une apparence terrifiante, belle métaphore graphique qui symbolise le régime autoritaire de cette société. Une nouvelle fois, j’ai trouvé le travail d’Alfred (« Pourquoi j’ai tué Pierre », « Je mourrai pas gibier »…) très juste et dégageant une ambiance intemporelle. Aucune certitude que l’intrigue se déroule à une période antérieure à la nôtre ni même que nous soyons sur Terre. Courants politiques, courants artistiques, noms des lieux… impossible d’identifier une époque ou de faire le parallèle avec un événement historique précis. Pourtant, les similitudes sont troublantes avec nombre d’entre eux, on connait déjà cette Histoire de l’humanité mais l’histoire construite par Jean-Philippe Peyraud et Alfred est unique. De fait, elle parvient à nous surprendre et à nous emporter.

PictoOKBelle découverte que je ne manque pas de vous conseiller.

la-bd-de-la-semaine-150x150Une lecture que je partage dans le cadre des « BD de la semaine » ; tous les liens sont chez Noukette.

Le Désespoir du singe

Intégrale (triptyque)

Série terminée

Editeur : Delcourt

Collection : Conquistador

Dessinateur : ALFRED

Scénariste : Jean-Philippe PEYRAUD

Dépôt légal : mai 2016

183 pages, 29,95 euros, ISBN : 978-2-7560-7830-4

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le Désespoir du singe – Peyraud – Alfred © Guy Delcourt Productions – 2016