Le jour où… France Info 25 ans d’actualités (Collectif d’auteurs)

Le jour où... France Info 25 ans d'actualités
Collectif d’auteurs © Futuropolis & France Info – 2012

1987-2012.

Cet album retrace les faits majeurs qui ont marqués l’actualité durant cette période : la chute du mur de Berlin, l’attentat du 11.09.2001, la tempête de 1999, l’élection d’Obama…

Chaque chapitre est couvert par un auteur ou un duo d’auteurs, mettant ainsi en exergue toute la richesse, la technicité et la variété de la bande dessinée.

Le lien vers la fiche éditeur est inséré dans les références de l’album (en bas d’article).

Cela faisait très longtemps que je souhaitais lire la première version de cette collaboration entre France Info et Futuropolis.

Mitchul présentait ici cette édition, celle dont je vais vous parler est une version augmentée de 7 chapitres (couvrant les années 2008-2012).

Chaque sujet est abordé de manière très personnelle. Le cahier des charges adressé aux auteurs semble large. Certains sont scrupuleux quant au sujet et partagent points de vue et connaissances sur l’événement. D’autres détournent le sujet et abordent ce « buzz médiatique » indirectement ; certes, quelques anecdotes rapportées ici n’apportent rien au sujet mais ce cas de figure se présente ponctuellement.

De David B. à Davodeau, de Jean-Denis Pendanx à Igort, de Stassen à Sacco… imaginez la richesse de styles, de graphismes et de points de vue !!

Je n’aborderais pas le détail de chaque nouvelle et la manière dont les sujets sont traités. Deux récits ont cependant retenu mon attention :

  • Le travail de Pierre Christin & Guillaume Martinez (repéré récemment dans Motherfucker) : la narration très journalistique tout d’abord. Christin énumère les impacts de l’événement aux quatre coins de la planète, mettant ainsi en exergue la diversité des accueils consacrés à cette information allant ainsi de la plus farouche des paranoïas (des chrétiens fondamentalistes de l’Arkansas au « obsessionnels du chiffre 11) à l’indifférence totale dans les régions les plus reculées d’Afrique Noire ou dans les communautés ouvrières du sud de la Chine. Le dénouement tombe comme un couperet au terme de 8 pages. Le graphisme de Guillaume Martinez est sombre, réaliste, délicat bref… le ton est juste de bout en bout pour ce volet d’actualité.
  • Le travail d’Etienne Davodeau sur la tempête de décembre 1999. C’est beau, poétique et la narration joue parfaitement avec une ambiguïté très bien dosée entre premier et second degré. La métaphore est belle et la narration… tant de charme et d’ironie s’en dégage ! Voici comment cela commence :

J’ai toujours bien aimé le vent. Là où je vis, c’est le vent d’ouest qui règne en maître, familier mais changeant. L’hiver, cet idiot fait du zèle, distribuant ses averses sans avarice. Pour se faire pardonner, certains soirs, il nous invite au spectacle et nous offre un crépuscule sanguine et ardoise. On pardonne. Au printemps, bon ouvrier, il se fait brise guillerette. Toujours prêt à rendre service, il transporte sans barguigner pollens et giboulées

… je vous laisse découvrir la suite lors de la lecture… Pour illustrer cette ode au vent et contrecarrer la douceur de ses mots, les visuels de l’auteur se teintent d‘ocres, de bruns et de gris et mettent en scène l’élément quand il se déchaîne. Superbe.

PictoOKLes amateurs de BD reportages devraient apprécier tant la qualité des compositions que les propos qu’elles contiennent.

Les chroniques : Jérôme, Eric Guillaud, Madoka, Gwordia et Bulles en Champagne (site consacré au Festival éponyme).

Extrait :

« Perdre sa liberté, c’est perdre sa dignité. Le rapport avec toi-même ne t’appartient plus. Tu ne peux plus décider seule ce que tu ressens dans ton cœur. Tu essaies de vivre dans ta tête… dans tes pensées. C’est là la seule liberté que l’on ne peut jamais t’enlever. Jamais. Et tu en arrives même à haïr ton corps, car il est source de douleur, même si c’est la seule chose qui te fasse sentir en vie » (Le jour où… France Info 25 ans d’actualitésLa Libération d’Ingrid Bettancourt par Igort).

Le jour où… France Info 25 ans d’actualités

Anthologie

Éditeurs : Futuropolis & Editions Radio France

Collectif d’auteurs :

en plus des auteurs pointés par les Catégories de publication de mon article (voir au début de l’article, en dessous du titre de l’album), ont également collaboré à cet ouvrage :

Thierry MARTIN, BLUTCH, Jean-Claude DENIS, Jacques FERRANDEZ, Mathieu BLANCHIN, Christian PERRISSIN, Emmanuel MOYNOT, Jean-Pierre FILIU, Cyrille POMES, TIGNOUS, Miles HYMAN & JUL

Dépôt légal : juin 2012

ISBN : 978-2-7548-0822-4

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le jour où… France Info 25 ans d’actualités – Collectif d’auteurs © Futuropolis – 2012

La traversée du Louvre (Prudhomme)

La Traversée du Louvre
Prudhomme © Futuropolis & Louvre Éditions – 2012

A l’occasion de la sortie du dernier album s’inscrivant dans la Collection du Louvre de Futuropolis, le célèbre Musée s’offre les services d’un guide de marque : David Prudhomme. Et pour l’heure, c’est à mon sens l’album le plus accessible de cette ligne éditoriale qu’il m’ait été donné de lire. Car force est de constater que j’étais restée assez extérieure aux réflexions de ce cher Hulk imaginé par Nicolas De Crécy et que, face à mon incapacité à venir à bout des Sous-sols du Révolu, j’avais dû abandonner mes confrères de kbd en cours de route, malgré la lecture collective planifiée en équipe (lire la synthèse de kbd).

Cette publication est donc pour moi l’occasion de profiter d’une visite « normale » des collections du Musée. Un plaisir réel de déambuler aux côtés de David Prudhomme qui, chapka sur la tête et portable dans la main, nous emmène arpenter au pas de course les galeries de portraits, les collections égyptiennes, grecques et autres objets d’arts divers et variés.

Le pitch de La Traversée du Louvre est simple : effectuant des repérages pour la réalisation de l’album, David Prudhomme visite le Louvre. Soudain, son téléphone retentit, il décroche et engage une conversation avec Sébastien Gnaedig (auteur de BD mais plus connu en tant qu’éditeur chez Futuropolis) au sujet de l’avancée de son travail. Sitôt la conversation terminée, David Prudhomme reçoit un second appel. C’est cette fois Fabrice Douar (éditeur aux Éditions du Louvre) qui prend également des nouvelles de son auteur. Seul problème : à cause de ses échanges téléphoniques, David Prudhomme a perdu de vue Jeanne, sa femme. Il va traverser hâtivement les collections et galeries du Louvre pour la retrouver.

J’ai l’impression de marcher dans une BD géante. Sur tous les murs, il y a des cases.

J’ai apprécié la manière dont l’auteur s’aide de son postulat de départ pour associer / dissocier en permanence tous les éléments de son environnement. Il crée ainsi un méli-mélo visuel qui force le lecteur à s’arrêter régulièrement pour explorer chaque recoin de cases. On s’amuse en permanence d’être associé à ce jeu subtil, intelligent et porteur d’une réflexion sur l’Art et sa place dans nos sociétés, sur l’Histoire et l’Identité. David Prudhomme rend cette visite ludique. Il nous embarque dans un jeu, il en est la pièce maitresse sur laquelle on s’appuie ; il capte LA réaction, L’instant, La pause… celle qui nous fait réfléchir et crée ainsi une interaction entre le lecteur et l’ouvrage. La voix-off de l’auteur redonne régulièrement du rythme à cette visite, une sorte de rappel à l’attention du lecteur-visiteur qui aurait lâché le groupe malgré la vigilance du guide qui les encadre. C’est pourtant facile et tentant de trainer au milieu des pages de cet album !! Les nombreux passages muets nous y incitent : on se perd dans l’observation de ces cases remplies d’œuvres d’art, on baisse ainsi naturellement le rythme de notre lecture pour profiter de ces pièces artistiques de choix qui, bien que secondaires dans ce récit, sont reproduites avec beaucoup de justesse. On ne peut que profiter de ce spectacle… et réfléchir sur ce que l’on voit.

Je crois que je ne visiterais plus jamais un musée de la même manière, car j’aurais envie de tester moi aussi des deux facettes du tableau : celui pour lequel on paye l’entrée et celui qui est sous-jacent car spontané puisqu’il est le résultat de ce que ces œuvres produisent sur les visiteurs. C’est cela même dont il est question dans cet ouvrage, les visiteurs du Musée étant à la fois Spectacle et spectateurs ; ils interagissent en permanence avec les œuvres d’art exposées, jusqu’à se confondre de temps à autre avec elles. Il semble si facile à David Prudhomme de nous prendre au dépourvu.

 … dans ce palais des beaux hasards.

PictoOKContrastes des couleurs, chocs des cultures, trompe-l’œil, rencontres de générations… un ouvrage ludique et réflexif. Le temps qui passe est la clé de ce récit. Un décalage permanent entre des sociétés lointaines et celle d’aujourd’hui, entre l’ancien et le nouveau (voici un curieux mélange où les masques et colliers anciens côtoient les Ipad) ou encore, entre les visiteurs du musée qui contemplent les collections et l’auteur qui n’y fait qu’un passage furtif…

Finalement, ce qui fait la quintessence d’un lieu n’est-elle pas ailleurs que dans les œuvres qu’il contient ? David Prudhomme décale le regard pour ne s’intéresser qu’aux visiteurs qui, finalement, sont le personnage principal de l’album.

Roaarrr ChallengeDu 26 juin au 24 septembre, une exposition des planches originales (plus d’info : ici) et podcast de l’émission de France Inter (disponible à l’écoute jusqu’au 13.03.2015). L’ouvrage a obtenu le Prix Nouvelle République au Festival BD Boum de Blois en novembre 2012. Il s’inscrit à ce titre dans le Roaarrr Challenge.

A lire : l’article de du9 sur cet album.

Les chroniques de David, Bernard et Sullivan.

Extrait :

« Nous ne sommes pas tous de même taille devant les œuvres » (La traversée du Louvre).

La Traversée du Louvre

Challenge Petit Bac
Catégorie Lieu géographique

Récit complet

Éditeurs : Futuropolis & Louvre Editions

Collection : Louvre

Dessinateur / Scénariste : David PRUDHOMME

Dépôt légal : juin 2012

ISBN : 978-2-75480-785-2

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La traversée du Louvre – Prudhomme © Futuropolis & Éditions Louvre – 2012

Rupestres ! (Prudhomme & Davodeau & Rabaté & Mathieu & Troub’s & Guibert)

Rupestres !
Prudhomme – Davodeau – Guibert – Mathieu – Rabaté – Troubs © Futuropolis – 2011

Pendant deux ans, six auteurs se sont régulièrement retrouvés autour d’un projet qui leur était cher. Le « réseau Clastres », puisque c’est ainsi qu’ils aiment à se nommer, a été impulsé par David Prudhomme. Ce dernier a invité Étienne Davodeau, Emmanuel Guibert, Marc-Antoine Mathieu, Pascal Rabaté et Troub’s à « rencontrer des grottes ornées du Paléolithique, pour observer et dessiner » (précision contenue dans le dossier de presse de Futuropolis).

Au final, ils sont descendus ensemble dans 6 grottes du sud-ouest de la France, ils ont confronté leurs regards. David Prudhomme revient sur cette expérience :

Nous sommes, ensemble, allés dans ces grottes, nous avons exactement marché dans les pas les uns des autres, nous avons observé les mêmes fresques. Nous avons mangé ensemble, nous avons bu ensemble… Et bien sûr, nous n’avons pas vu les mêmes choses !

Tout d’abord, je tiens à remercier les Éditions Futuropolis pour cette découverte.

C’est le fait d’être allée en novembre dernier au Festival BD de Colomiers et d’y avoir visité l’exposition collective « Dessins originaux, dessins originels » qui m’a conduit vers cet album. Voici quelques détails concernant cette exposition :

Ce travail commun était présenté dans une exposition collective « Dessins originaux, dessins originels », mis en scène de manière astucieuse par Marc-Antoine Mathieu. On entre dans une grotte (enfin, une pièce obscure :-)), lampe frontale allumée, à la découverte des dessins qui y sont accrochés. Tel un spéléologue, le visiteur aperçoit, à la lueur de sa lampe, les dessins qui surgissent de l’obscurité ! Sensations garanties ! (un article complet vous attend sur le site de Futuropolis quant à cette manifestation).

Le fait d’avoir vissé sur mon crâne la lampe frontale et de m’être plongée physiquement dans cette l’ambiance originale ne m’a pas permis d’accrocher outre mesure avec Rupestres !. Différents degrés de lecture se côtoient, ce qui offre une réelle richesse à l’album mais l’ensemble fait un peu trop « bourgeois-bohème » à mon goût (et cela me gêne de lier ce terme à Davodeau, Rabaté…). C’est la présence de pseudo-considérations métaphysiques qui crée cette impression, je les ai trouvées pompeuses sur certains passages. Cet échange par exemple :

– Ces dessins rupestres, c’est l’origine, c’est l’innocence du regard.
– Pour comprendre ces dessins, il faudrait recouvrer le regard de l’enfant ! Du nouveau-né !
– C’est ce que nous faisons, non ? Pénétrer la grotte c’est retourner au stade d’avant… d’avant la raison, d’avant l’entendement.
– Le stade du ventre.
– Celui de la présence pure.

Ou encore celui-là :

– C’est peut-être la nostalgie de la vie qu’ils ont peinte. Ces animaux ont dû leur manquer à un moment… C’est pour cela qu’ils les ont représentés, fixés.
– L’image comme une petite éternité contre la mort.
– D’où le mouvement… la farandole, la farandole de la vie.
– On sait que les animaux qu’ils représentaient n’étaient pas ceux qu’ils mangeaient… En les dessinant, peut-être les donnaient-ils en nourriture au ventre (la grotte) de la grande Mère (la nature).

Le mélange de plusieurs regards crée de la confusion dans les dialogues (on ne sait jamais avec certitude qui intervient) et dans les visuels de l’album : des expressions brutes, sauvages… préhistoriques ! certes… mais cela ne m’a pas convaincu. Plusieurs approches artistiques se relayent, de la technique de la carte à gratter à celle du crayonné (je ne les énumérerais pas toutes). Tous les styles se confrontent, se côtoient, se mélangent. Certains dessins, témoins d’une réaction instantanée à une situation donnée, ont une signification obscure (pour moi). De nombreux visuels en pleine page proposent tantôt de magnifiques aplats tantôt des masses informes. Dans l’ensemble, beaucoup de jeux d’ombre et de lumière, de contrastes… un ouvrage que je qualifierais d’expérimental. Pourtant…

… on ne pouvait rêver meilleurs guides dans cette exploration artistique et humaine, mais la manière dont s’imbriquent leurs pensées et leurs réactions complique la lecture.

Avec mon « degré de lecture », j’ai trouvé que l’aspect le plus intéressant de l’album était d’accéder à plusieurs approches créatives. Ces descentes en grottes forcent les auteurs à une remise en question personnelle/artistique. Ils nous livrent leurs réflexions, parfois à la volée ; cela permet au lecteur de percevoir un peu mieux du sens qu’ils donnent à leur démarche. Ce n’est qu’à mi-chemin de ce « grotte-book » de 200 pages que l’idée tenace que cet ouvrage allait me tomber des mains s’est estompée. L’impression d’être face à une sorte de quête artistique est apparue, comme si ces esthètes étaient lancés dans une recherche de filiation avec la volonté de donner une paternité à leur « vocation artistique » : rattacher leur démarche créative à quelque chose d’ancestral, mettre en valeur le rôle du medium au fil des siècles… Mais je n’ai aucune certitude, la question reste donc entière : qu’est-ce que les auteurs souhaitaient au juste nous transmettre ???

Je ne me suis pas saisie (non plus) des réponses données dans cette conférence réalisée lors du Festival BD de Bastia.

pictobofTrop expérimental pour que je puisse apprécier pleinement cet ouvrage. J’ai picoré ça et là, je me suis saisie de certains passages comme « la lettre à Dominique » que je pense pouvoir rattacher à Étienne Davodeau (??) et qui contient un regard très pertinent, très juste, très personnel sur le sens de la vie, le sens qu’on peut donner à une activité artistique, l’évolution des médias et des supports de diffusion des images (dessins rupestres, écriture, télévision, internet)…

L’avis de PlaneteBD et GDGest.

Extraits :

« Je ne dessine pas pour me mettre à l’abri, je dessine pour me mettre en difficulté dans un pré carré que j’ai choisi. Il m’arrive aussi de dessiner sur écorce, sur des concrétions argileuses ou calcaires et sur du sable. J’aime plutôt que mes dessins se conservent, mais ça ne m’ennuie pas de les voir s’abîmer et s’effacer. Je suis très démuni quand mes émotions me chamboulent et que je n’ai pas d’outil en main pour réfléchir et me protéger. Je suis plus rassuré avec mon charbon à dessin que sans mon charbon. Plus assuré en sachant que je peux avoir recours à mon charbon » (Rupestres !).

« J’ai infiniment de choses dans la tête, sans doute, mais très incomplètes, mal rangées, rarement disponibles. Rien à voir entre le choc que je reçois face à une scène et la besogne maladroite à laquelle je me tue plus tard, quand je tâche de la reproduire. Je dessine si bien quand je ne dessine pas, et si mal quand je dessine ! » (Rupestres !).

«  »Pour ma part, j’y vois une des plus belles inventions de l’homo sapiens, au point que j’en ai fait la vocation de l’essentiel de ce que je dessine. Sans bien savoir pourquoi, je me réchauffe à l’idée que mes dessins et ce qu’ils racontent soient accessibles à d’autres êtres humains, ici ou ailleurs, aujourd’hui ou demain. Combien de temps mes livres circuleront-ils ? Je ne leur demande rien, sinon que d’exister. Je n’espère pas grand chose. Au présent, le livre me convient. Au futur, il m’indiffère » (Rupestres !).

Rupestres !

One Shot

Éditeur : Futuropolis

Auteurs : David PRUDHOMME – Étienne DAVODEAU – Emmanuel GUIBERT – Marc-Antoine MATHIEU – Pascal RABATE – TROUBS

Dépôt légal : avril 2001

ISBN : 9782754804325

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Rupestres – Prudhomme – Davodeau – Guibert – Mathieu – Rabaté – Troubs © Futuropolis – 2011

Rébétiko (Prudhomme)

Rébétiko
Prudhomme © Futuropolis – 2009

Nous sommes à Athènes, en 1936. Le régime politique en place soutient Hitler… il ne fait pas bon afficher ses propres convictions, la liberté d’expression est malmenée. Censure, propagande, l’État policier pourchasse ceux qui ne rentrent pas dans le rang. Parmi ces parias du régime, les « Rébets ». Ces hommes, au travers de leur Art, chantent leurs convictions, leurs opinions, leurs souffrances, les difficultés à vivre, leurs codes de vie (honneur, croyances). Leurs chansons, les rébétika, ils les jouent le soir dans des bars devant un public d’hommes venus se détendre après leurs journées de travail. Mais les razzias effectués par les services de l’ordre les poussent sans cesse à trouver de nouveau lieu pour partager le son du Rébétiko.

Cet album est l’histoire de cinq Rébets emblématiques du Rébétiko, cinq hommes amateurs de haschich et de belles femmes pour qui le Rébétiko était plus qu’un Art de vivre : c’était un besoin vital placé au même rang que boire et respirer. Ce matin-là, lorsque Stravos sort de chez lui, c’est pour rejoindre ses amis : Le Chien, Batis et Artémis. En 100 pages, cet album nous faire vivre une journée avec ces hommes. Une journée très spéciale pour eux puisque Markos sort de prison. Ils se préparent donc à l’accueillir. Cachés sous leurs vestes, leurs instruments de musique (les bouzoukis) les accompagnent… Retrouver Markos, c’est aussi partager le plaisir de jouer ensemble.

Pourrait-on comparer le Rébétiko au Blues ou au Fado ? Peut-être existe-t-il quelques passerelles effectivement. Cette musique populaire est née en Grèce dans les années 1920 (merci Wikipédia). Une musique métissée puisqu’elle s’est enrichit de plusieurs de formes musicales : les premières rébétika ont été chantés à Istanbul et se sont ensuite inspiré des musiques indiennes et latino-américaine. Comme le Blues, le Rébétiko parle de la vie quotidienne, des conditions de travail, des joies et des peines… Rien ne semble exister autour d’eux quand ils chantent, l’ambiance que David PRUDHOMME a campée dans Rébétiko nous donne l’impression qu’ils sont comme en transe, emportés par leur propre musique. De même, cette transe semble saisir ceux qui sont présents et qui écoutent : ils se laissent bercer par le rythme des bouzoukis, le coude posé avec nonchalance sur un coin de table. D’autres se lèvent et dansent.

Les ambiances graphiques de PRUDHOMME nous donnent vraiment l’impression d’être en bord de Méditerranée. Les teintes de l’album faites d’ocres, marrons, jaunes restituent à merveille et donne vie à une atmosphère palpable, chaude. Les jeux d’ombres et de lumières sont magnifiques, donnent du relief aux aux décors et une prestance aux personnages. Pourtant, pendue aux lèvres de ces grands enfants aux faciès de gros durs, j’ai attendu un bon moment avant que la musique vienne enrichir cet univers graphique puisqu’il faudra attendre la tombée de la nuit pour que les têtes s’enivrent de mélodies. Impatiente, il m’a donc fallu un temps pour entrer complètement dans l’album, accepter ces « gueules » dont on se demande initialement s’ils ne vont pas nous embarquer dans un sale coup. Entre Artémis qui joue au chat et à la souris avec les policiers, Stravos qui recadre un client mécontent de la qualité du haschich qu’il lui a vendu et « Le Chien » qui éconduit un mari jaloux..; on se demande tout de même si on a pas affaire à des petites frappes plutôt qu’à des musiciens. Mais cette parenté  avec les Tontons flingueurs m’a fascinée. Et puis je n’ai eu de cesse de me demander comment David PRUDHOMME est parvenu à mêler aussi bien fiction et réalité historique, on ne sait d’ailleurs pas ce qui est romancé et ce qui ne l’est pas.

PictoOKPictoOKL’album nous prend aux tripes. On se laisse emporter par le récit, bercer par des voix que j’ai imaginées suaves et graves à la fois. Bref… c’est un album à lire. Le blog des Futuro propose des visuels extraits de l’édition de luxe de l’album (régalez vous en noir et blanc).

Challenge Bu / Lu
Challenge Bu / Lu

Un album qui a obtenu le Prix Regard sur le Monde à Angoulême en 2010.

La fiche éditeur, l’avis de Manu Larcenet et une interview de l’auteur sur Bodoï.

L’avis de Mango, Grèce à l’Ouest et sur Krinein.

BD qui ne dénotera pas dans les BD du mercredi de Mango.

Extrait :

Extrait : « Regardes les hommes du port autour de nous. Ils viennent s’étourdir des vérités qu’on leur chante » (Rébétiko).

Roaarrr ChallengeRébétiko

One Shot

Éditeur : Futuropolis

Dessinateur / Scénariste : David PRUDHOMME

Dépôt légal : novembre 2009

ISBN : 9782754801911

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Rébétiko – Prudhomme © Futuropolis – 2009