Tungstène (Quintanilha)

Quintanilha © Çà et Là – 2015
Quintanilha © Çà et Là – 2015

« Salvador de Bahia, Brésil, de nos jours. Les chemins de quatre habitants de la ville vont se croiser au pied du Fort de Notre-Dame de Monte Serrat, à l’occasion d’un fait divers. Cajù, un dealer à la petite semaine en galère, Monsieur Ney, militaire à la retraite complètement névrosé et Richard, policier réputé mais mari exécrable en passe de se faire quitter par sa femme, Keira, se retrouvent tous impliqués dans un incident d’apparence anodine, mais qui va vite dégénérer en une situation dramatique » (extrait synopsis éditeur).

« Tungstène, nom masculin, métal lourd dont la couleur varie du gris acier au blanc étain. Le tungstène est le métal ayant le plus haut point de fusion (3422 °C) ». Cette définition du tungstène nous accueille dès le rabat de couverture et laisse à penser que la tension du scénario va lentement monter jusqu’à atteindre son point culminant… le moment où toutes les pièces du puzzle narratif vont s’imbriquer et aboutir au dénouement.

Car il est bien question de puzzle narratif. Marcello Quintanilha, auteur brésilien, propose un polar qui va mettre un certain temps avant de trouver son rythme. Pendant la majeure partie de l’album, le lecteur a l’occasion de suivre les bribes de vie de quatre personnages (trois hommes et une femme) et rien n’indique que leurs parcours respectifs sont amenés à se croiser, excepté en ce qui concerne un jeune rasta (Cajù) et un militaire retraité (Mr Ney). Quant aux deux autres personnages, les passages durant lesquels ils apparaissent ne nous apprennent rien de nouveau sur l’espèce humaine ; la femme marasme dans son envie de rompre son mariage, l’homme saute d’anecdotes en anecdotes pour faire rire la galerie. Pendant une bonne moitié de l’album, je me suis demandé quel était l’intérêt que tout cela soit porté à notre connaissance… si l’on pouvait espérer que ces éléments soient utiles pour l’histoire que l’on suit.

A défaut de trouver un sens à la présence de quatre personnages aussi différents qu’insignifiants, la lectrice que je suis a fait un réel effort pour ne pas abandonner sa lecture. Un choix qui a finalement été payant mais il a fallu attendre la moitié de l’album pour le constater. In fine, on est pris dans le rythme, on apprécie les sauts de puce que l’auteur nous force à faire ce quatuor d’individus. Pour autant, il faudra accepter les lourdeurs de certains passages. L’auteur a tendance à insister sur un désaccord, sur un quiproquo, un doute…

Les dessins de Marcello Quintanilha sont très lisibles. Ils permettent de se repérer facilement, situer chacun des personnages et les différents contextes dans lesquels ils évoluent. Pour autant, le trait n’est pas séduisant. L’utilisation du noir et blanc est classique, aucune illustration ne régale les pupilles. J’ai trouvé l’ambiance graphique d’une fadeur décevante alors que le rythme narratif finit par trouver son équilibre et tenir le lecteur en haleine.

pictobofUn polar que j’ai lu sans conviction. Il faut s’accrocher pour investir les personnages, accepter leurs travers et leurs faiblesses. On peine à entrer dans l’univers et même si l’on finit par investir les personnages, c’est en s’accrochant au livre que l’on y parvient. Au passage, il sera question de corruption, de drogue, de deal, de violences policières et de violences conjugales… trop de sujets effleurés qui éparpillent le lecteur. En France, cet album a été nominé à plusieurs reprises (Sélection Polar Festival d’Angoulême 2016, Sélection Prix de la BD FNAC 2016, Sélection Grand Prix de la critique ACBD 2016) et j’avoue ne pas comprendre l’engouement pour ce travail.

Les chroniques d’OliV, de Lo, d’Alfie’s mec et de Baptiste.

Tungstène

One shot

Editeur : Çà et Là

Dessinateur / Scénariste : Marcello QUINTANILHA

Traduction de Christine ZONZON et Marie ZENI

Dépôt légal : août 2015

ISBN : 978-2-36990-215-7

Bulles bulles bulles…

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Tungstène – Quintanilha © Çà et Là – 2015