Didier, la cinquième roue du tracteur (Rabaté & Ravard)

Le quotidien de Didier, c’est la ferme. Ses journées sont rythmées par les tâches qui incombent à la petite exploitation familiale : faire la traite des vaches, nettoyer les enclos, donner du grain et répartir les fourrages, labourer, semer, récolter…

Didier vit avec Soazig, sa sœur. Il faut bien reconnaître que Soazig abat l’essentiel du travail à faire à la ferme. Didier lui, se laisse porter. Il se fait rabrouer par Soazig mais au final, il se lève quand il se lève, se perd souvent dans ses pensées et s’occupe avant tout de sa petite et rondouillarde personne.

Mais ce matin-là, quelque chose cloche. C’est la douleur. La douleur absolue ! La douleur physique tout d’abord, celle qui le pousse à se rendre dare-dare chez le médecin, persuadé que son pronostic vital est engagé. La douleur morale ensuite, celle qui le fait penser avec amertume qu’il finira vieux garçon.

« Docteur… il me reste combien de temps ? »

Le médecin se montre impartial et délivre ses recommandations à Didier. Pour cette crise carabinée d’hémorroïdes : une crème et des médicaments. Pour le désespoir amoureux… il remet un post-it à son patient sur lequel est écrit « meetic.fr » . Puis Didier se hâte. Il a prévu d’aller à une vente aux enchères. Un fermier voisin a fait faillite. Didier souhaite profiter de la vente pour équiper de la ferme. Mais en lieu et place de la moissonneuse et du tracteur qu’il comptait acquérir, Didier revient avec Régis… le fermier ruiné et dépressif.

Une drôle de vie à trois commence en même temps que Didier se met en quête de l’âme sœur.

Didier, la cinquième roue du tracteur – Rabaté – Ravard © Futuropolis – 2018

Pascal Rabaté et François Ravard. Quand un album au nom improbable est signé par ces deux auteurs-là, il y a fort à parier qu’on se régale à la lecture.

Pour leur première collaboration, Pascal Rabaté et François Ravard parlent du monde paysan, une actualité composée de cyniques réalités. Faillites, isolement, suicides… un corps de métier sans cesse pris entre le marteau et l’enclume. Le choix des personnages vient égayer ce quotidien rural et cru sans rendre la description simpliste. La quête affective de Didier et sa recherche d’un idéal féminin glisse le tout dans le registre de la comédie. Un album qui s’apparente le travail de Troub’s sur « Mon voisin Raymond » (également publié aux Editions Futuropolis).

Au scénario, Pascal Rabaté ( « Les petits Ruisseaux » , « Un Ver dans le fruit » , « Alexandrin ou l’art de faire des vers à pied » , « Bien des choses » …). On sait que l’auteur a l’art et la manière de parler avec tendresse et amusement des petites gens. Fuyant le clinquant et le mirobolant, Pascal Rabaté émerveille dans sa description de vies ordinaires en y ajoutant la dose adéquate d’humour et de poésie qui touche le lecteur droit au cœur et l’emporte dans des récits au synopsis pourtant peu racoleurs. On retrouve toujours un peu d’étourderie et de rêverie mêlées dans la personnalité de ses héros atypiques et souvent ingénus. On ressent souvent quelques serrements de cœur au contact de ces solitudes souvent lourdes à porter. Il y a enfin ce soupçon de folie inattendue et beaucoup beaucoup d’espièglerie dans la manière de raconter ses histoires. Cet album-là ne déroge pas à la règle.

Didier, la cinquième roue du tracteur – Rabaté – Ravard © Futuropolis – 2018

Au dessin, comme toujours, François Ravard trouve les justes expressions et gestuelles pour nous permettre de savourer ces truculents quotidiens. Quittant les couleurs sombres auxquelles j’étais habituées dans ses précédents albums ( « Clichés de Bosnie » , « La Faute aux Chinois » , « Nous n’irons plus ensemble au Canal Saint-Martin » …), le dessinateur nous fait ici baigner dans une histoire haute en couleurs. Ces dernières égayent un quotidien difficile et le rehausse d’une joie inespérée qui nous met le sourire aux lèvres. On est rudement bien dans ce bain de bonne humeur !

Une lecture qui offre une jolie bouffée d’air !

Didier, la cinquième roue du tracteur (one shot)
Editeur : Futuropolis
Dessinateur : François RAVARD / Scénariste : Pascal RABATE
Dépôt légal : août 2018 / 80 pages / 17 euros
ISBN : 978-2-7548-2384-5

Bien des choses (Morel & Rabaté)

« Tout au long du siècle dernier, le vingtième, l’une des traditions estivales consistait à s’adresser des mots écrits à la main sur des petits bouts de carton.
La carte postale jouait franc jeu, s’exposant à la vue de tous. Elle ne cultivait pas le secret. Elle faisait étalage de son bonheur, s’amusant à susciter la jalousie. Un concierge à Saint Germain des Près quand il montait son courrier à Hubert Deschamps savait discerner l’information essentielle « Paraît qu’il fait beau à Marseille… »
Au verso, on pouvait profiter d’une vue en couleurs : le casino de Royan, la promenade des anglais ou un coucher de soleil sur Pornichet.  Quelquefois, toute une ville était condensée sur quelques centimètres carrés : la cathédrale Notre Dame d’Amiens, l’hôtel de Berny, la place Gambetta et les hortillonnages. D’autres fois, c’était un âne ou une vache ou un verrat avec un soutien-gorge… La légende disait « vachement bonnes vacances ! », « Bonne ânée ! » ou « Ben mon cochon ! ». On savait rire.
C’était avant les e-mail, Internet. Déjà on communiquait en s’envoyant des « Bonjour du Lavandou », des « Grosses bises de Laval », des « Bisous de Béziers » et des « Pensées de Paimpol ». »

L’album s’ouvre sur ces mots. Pas de chichis. Pas de fioritures. Beaucoup de tendresse. Beaucoup d’amour pour son prochain. La vie comme elle est, dans son simple costume de banalités. Une habitude naturelle que celle d’écrire, même pour rien dire, juste pour le geste de dire « on pense à vous » . Cela témoigne d’un art de vivre qui était encore de mise il y a une poignée d’années même si, je m’en rappelle encore, je soufflais quand il s’agissait de m’y mettre.

Aujourd’hui, la carte postale est devenue désuète. Un objet du quotidien que l’on utilise pratiquement plus. C’est à peine si on a eu le temps de se rendre compte qu’elle est passée de l’objet utile à l’objet vintage. Encore moins de s’y préparer. Pourtant, on les voit encore nombreuses dans les boutiques des buralistes, les carteries et papeteries, les magasins-à-touristes. Mais qui prend le temps d’en acheter aujourd’hui, à l’heure du portable, alors que tout le monde se promène en permanence avec un appareil photo dans sa poche et une connexion et une connexion continue « à son réseau » ?

Au départ, « Bien des choses » est un spectacle de François Morel. Il y donnait la réplique à Olivier Saladin.

François Morel, comme à son habitude, dit les choses avec tendresse et simplicité. On retrouve l’amoureux des mots avec lesquels il joue avec brio, tantôt poète tantôt pince-sans-rire. On retrouve l’homme altruiste. Le propos fait toujours mouche même lorsqu’il décrit tant de banalités. Il est touchant à décrire ces petites gens dans leur petit monde de petites habitudes. François Morel ne cherche pas à briller. Il émeut toujours avec ses intonations chargées de la juste émotion, chargées de sens. Sans éclabousser son auditeur de mots savants, il sait toujours placer le bon mot, glissant deci delà une expression désuète capable de réchauffer nos oreilles. J’aime.

« Une carte postale, c’est juste un peu de rêve qui passe… »

Avec « Bien des choses » nous partons main dans la main avec Monsieur et Madame Rouchon en Bulgarie. Quelques pages plus loin, c’est au tour des Brochon, leur couple de voisins, de partir en voyage et de se fendre d’une petite bafouille durant leur séjour. Nous suivons leurs périples qui n’en sont pas et nous régalons d’une blague qu’en temps normal nous ne relèverions même pas. Nous les accompagnons en Angleterre, au Brésil et ailleurs encore, partout où le vent pousse ces retraités (rentiers ?). Malgré toutes ces destinations qui devraient les dépayser, ils restent obstinément penchés sur leur quotidien : celui du pain frais qu’ils trouveront sur la table à leur retour, celui des bons mots placés dans les grilles de concours de mots croisés, celui de la pelouse qui pousse et du rendez-vous médical à honorer.

Pour illustrer certaines anecdotes, Pascal Rabaté a fait le choix du croquis rapide. Ses illustrations donnent une impression de légèreté. Elles vont de pair avec le comportement superficiel de ces « petites gens » dont l’humour et la culture générale ont un potentiel assez… bas. Il y a parfois un soupçon d’absurde, une manifestation de grande naïveté et une secousse d’improbabilité qui nous secouent… Mais comment donc à des lieues de chez soi peut-on penser à de si petits riens ? Comment peut-on être si peu curieux, cultivé et original alors qu’on a l’idée de voyager à l’autre bout de la terre ?? Comment peut-on avoir les idées si étriquées alors qu’on va à la rencontre d’autres cultures !? …

« Cher Monsieur et Madame Brochon,
La chaleur qu’il fait au Lavandou. C’est épouvantable. C’est bien simple, avec Roger, la nuit, on est obligé de coucher avec des mousquetaires. »

Portraits de petites gens nourris par le tube cathodique. François Morel a sur les rendre drôles et touchants, philosophes à certains moments.

Un ouvrage comme une petite sucrerie.

« PS : Avant de partir, nous avons eu l’occasion de rencontrer (en coup de vent) le petit fiancé de Martine. Il s’appelle Jean-François, il est grand, bien bâti mais porte des lunettes. Il a l’air sérieux, il est en quatrième année de droit mais il ne sait pas encore exactement ce qu’il veut faire plus tard, il hésite entre procureur, juge, avocat ou prestidigitateur, il paraît qu’il est fortiche pour faire des tours de pousse-pousse, je lui ai dit qu’il avait encore le temps vu qu’il avait la vie devant lui. »

Bien des choses
One shot
Editeur : Futuropolis
Dessinateur : Pascal RABATE
Auteur : François MOREL
Dépôt légal : août 2009 / 104 pages / 19.30 euros
ISBN : 9782754803144

Alexandrin (Rabaté & Kokor)

Rabaté – Kokor © Futuropolis – 2017

Il baguenaude dans les rues de la ville. De-ci de-là, il se penche sur une fenêtre pour observer l’intérieur des maisons. Puis il repart, les yeux repus de ce qu’il a vu, l’esprit occupé à jauger si le maître des lieux sera à même d’apprécier sa prose. Il se fie à son instinct, tantôt reprend sa route tantôt sonne chez les gens. Vie errante, à cheval entre rêve et réalité. Poète vagabond. Un certain art de vivre.

Je me présente, Alexandrin de Vanneville, poète des campagnes et des villes, arpentant les chemins et les villes, de terre ou de bitume, par vent et par la pluie, sans me taire et sans amertume, je survis en proposant ma poésie

Il flâne, vaque à ses occupations, surveille son maigre budget et profite de la moindre brise qui souffle, de la moindre rencontre, d’un simple « bonjour » pour en savourer la moelle et trouver l’inspiration. Ce qui fait battre son cœur, c’est le plaisir des mots.

Les faire sonner, les faire rimer…

C’est ce jeu avec les mots qui me tient debout,
c’est cette quête du beau qui m’évite de rester à genoux

… et partager son regard sur la société.

Un jour, Alexandrin fait la connaissance de Kevin, un jeune fugueur, qu’il va prendre sous son aile.

Une histoire assez douce au demeurant même s’il est vrai que la précarité d’Alexandrin donne un autre sens aux propos. On ne côtoie pas un poète oisif mais un amoureux de la rime qui vit pour et par son Art. Ses idéaux semblent l’avoir poussé à vivre une vie miséreuse plutôt que de chercher à aménager les choses pour s’assurer un minimum de confort (un toit et trois repas quotidiens).

On ne sait rien de son histoire ce qui le rend mystérieux, vierge de toute vie. C’est un poète, rien de plus. Amoureux de la rime, foncièrement humain, bienveillant quelle que soit la situation, sa placidité étonne autant qu’elle rassure. Pascal Rabaté le rend parfois un peu trop bavard, comme si – sous l’influence de son personnage – il s’était laissé aller par ces mots qui coulent et qui riment. Alors oui, cette manie qu’à le « héros » de parler en alexandrin va contaminer les autres personnages (du moins ceux qui sont amenés à le côtoyer au quotidien). A la longue, j’ai craint un certain écœurement et j’ai même appréhendé que l’histoire se noie dans une sorte d’obstination de la-rime-à-tout-prix. Mais ce n’est pas le cas. Bien au contraire, je me suis même étonnée d’autant de fluidité et finalement, qu’il y ait autant de naturel dans les échanges entre les personnages. Le seul « hic » les concernant est visuel : les phylactères s’imposent comme s’ils étaient plaqués sur les illustrations (il y a un gros contraste avec les illustrations).

Et puis ce duo que nous observons tout au long de l’histoire. D’un côté un idéaliste qui accepte de quitter sa solitude pour accompagner un jeune adolescent en mal de liberté. Cet homme parvient parfaitement à nous faire croire à une forme de naïveté quant à la réalité de cet enfant. Certains passages nous prouvent régulièrement le contraire mais la magie du scénario parvient vite à nous faire oublier que le poète est lucide. Et puis de l’autre, nous sommes face à un adolescent qui défie ses parents et veut se prouver qu’il est capable de grandir sans eux. La rencontre avec le poète est pour lui une aubaine puisqu’il va se reposer sur l’adulte comme si c’était un père de substitution. Tous deux vont se soutenir dans les épreuves qu’ils vont traverser mais l’histoire n’est – somme toute – rien d’autre qu’une quête initiatique

Côté dessin, je fonds d’amour, définitivement love de ce coup de crayon, cet album ne vient que confirmer le talent d’Alain Kokor. Avec un plaisir non dissimulé, j’ai retrouvé les trognes que lui seul est capable de dessiner ces silhouettes nonchalantes, dépourvues de toute animosité même quand il s’agit d’olibrius désagréables. Alain Kokor brosse leur portrait puis trois petites cases et puis s’en vont. Je savoure cette manière qu’il a de caresser et d’accompagner ses personnages. Et ses couleurs, son bleu, ses ocres… Bref, l’alchimie était encore une fois au rendez-vous.

Un joli duo au cœur de ces pages. Des rimes qui sonnent agréablement à nos oreilles. Une parenthèse enchantée dans mes lectures.

A toi qui lit peut-être là,
J’ai trouvé ton Poilala.
Au tout début, dans un tableau, je crois.
Mais tu l’as mis deux fois ??!!
Plus loin dans un pot à crayons…
… J’ai bon ? 😛

Extraits :

« Liberté, liberté… Vous n’avez que ce mot à la bouche. Liberté de crever de faim, de froid, d’être sales à attirer les mouches. C’est un mot bien trop grand pour un si jeune enfant » (Alexandrin).

Alexandrin

– où l’art de faire des vers à pied –
One shot
Editeur : Futuropolis
Dessinateur : Alain KOKOR
Scénariste : Pascal RABATE
Dépôt légal : août 2017
96 pages, 22 euros, ISBN : 978-2-7548-1843-8

Bulles bulles bulles…

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Alexandrin – Rabaté – Kokor © Futuropolis – 2017

Un temps de Toussaint (Zamparutti & Rabaté)

Zamparutti – Rabaté © Futuropolis – 2015
Zamparutti – Rabaté © Futuropolis – 2015

La vie suit son cours dans un petit village français. Deux hommes viennent de conclure une affaire. L’un est ravi d’avoir trouvé un acheteur pour sa vieille Lada… l’autre se réjouit de sa nouvelle acquisition. Pour fêter ça, le vendeur – patron du bar du village – invite son acolyte à boire un verre.

Dans l’estaminet, les conversations vont bon train entre l’enterrement d’une connaissance et le passage de Dédé, l’idiot du village, qui vient remplir la grille de Loto pour son frère qui est à l’hôpital. Mais les langues se délient et sont pleines de venin.

« Un temps de Toussaint » est une courte nouvelle de 20 pages. Publiée pour la première fois en 1999, elle a été rééditée l’année dernière par Futuropolis. D’une simplicité déroutante, l’intrigue ne fait pas du tout dans le sensationnel en revanche, le dénouement abrupt ne manque pas surprendre le lecteur.

L’univers n’est pas convivial, le ton est plein d’animosité et de rancœur. Très vite, le lecteur opte pour la solution de repli et se réfugie dans un rôle d’observateur passif. On assiste donc de façon méfiante à une scène banale, on voit la routine de gens anodins aux mines patibulaires. Le patron du bar et sa femme ne ratent aucune occasion de se disputer ; entre eux, c’est la guerre des reproches. Le croque-mort (l’acheteur de la Lada) est un homme cupide et, cerise sur le gâteau, un éternel aigri. Quant au benêt, c’est le seul qui semble faire preuve d’un peu d’humanité mais ses ratiches biscornues et son regard globuleux nous invitent à rester sur nos gardes. Dans cette histoire, Angelo Zamparutti met en scène des personnages qui n’ont rien à partager. Rien ne les réunit, ils meublent le temps en parlant de futilités.

Tous ces protagonistes sont antipathiques à souhait. La lecture s’annonce difficile. Pour relativiser, on se dit que les vingt pages seront vite lues… et on compte largement sur le talent des auteurs pour nous faire changer d’opinion. Méconnaissant totalement le travail d’Angelo Zamparutti (scénariste), je me représente davantage ce dont est capable Pascal Rabaté (« Les Petits Ruisseaux« , « Un Ver dans le Fruit« , « Le Petit Rien tout neuf avec un ventre jaune« …) et il suffit parfois d’attendre un peu pour que ses univers nous saisissent. Attendre… mais lorsqu’il n’y a que 20 pages…

Au final, le scénario nous réduit à la fonction de simple spectateur. On assiste, médusé, à ces conversations stériles, au ton que l’on imagine monocorde et détaché. Les propos sont crus. Les personnages ne prennent même pas le soin d’enrober leurs piques avec un peu d’humour ou de second degré. Tout est dit avec la méchanceté et l’amertume comme si les personnages étaient incapables de digérer leur frustration. Les rapports humains sont froids, les échanges sont frontaux. On retrouve l’ambiance électrique développée dans « Un Ver dans le fruit ». L’ambiance graphique renforce le côté incisif des dialogues. Vingt pages d’aquarelles (superbes) en noir et blanc. Les dégradés de gris qui sont obtenus, le sens du cadrage de Rabaté, l’impression que parfois les personnages se meuvent sur la page… tous ces éléments offrent davantage de perspectives au lecteur que les horizons limités de ces petites vies qui sont décrites dans l’album.

La nouvelle survole les personnages, le format ne permettant pas de développer davantage. Cela a pour effet de laisser le lecteur sur la première impression qu’il ressent en découvrant ces individus. En une vingtaine de pages, ils n’ont pas le temps d’évoluer, le lecteur n’a pas le temps de les investir. La rencontre avec eux est fulgurante, on se sépare d’eux tout aussi rapidement et facilement. Pourtant, la lecture interpelle. La présence du « gentil » Dédé y est pour beaucoup. Le dénouement surprenant de cette intrigue étonne et nous fait passer de l’incompréhension à l’empathie. Mais cela arrive tardivement et l’effet de surprise ne suffit pas à donner de l’intérêt à cette lecture.

pictobofCourt récit à l’humour grinçant, l’histoire s’arrête au moment même où elle commençait à devenir intéressante. Dommage. Le scénario ne m’a pas accrochée en revanche, se perdre dans la contemplations des dessins (réalisés au pinceau) fut un réel plaisir.

Un Temps de Toussaint

One shot

Editeur : Futuropolis

Auteur : Angelo ZAMPARUTTI

Dessinateur : Pascal RABATE

Dépôt légal : mai 2015

20 pages, 6 euros, ISBN : 978-2-7548-1139-2

Bulles bulles bulles…

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Un Temps de Toussaint – Zamparutti – Rabaté  © Futuropolis – 2015

Bienvenue à Jobourg (Rabaté)

Rabaté © Futuropolis - 2013
Rabaté © Futuropolis – 2013

« Patrick, un jeune Français, arrive à Johannesburg pour travailler dans l’imprimerie d’un ami de son père. À peine débarqué, il se demande très vite ce qu’il fait ici, tant la violence de la ville et la paranoïa sécuritaire l’effraient. Comble de malchance, l’imprimerie tombe en cessation de paiement et son futur employeur ne peut plus l’embaucher, ni même lui payer son billet de retour » (extrait du synopsis de l’éditeur).

En 2001, Pascal Rabaté a été invité à faire une résidence d’artistes à Johannesburg. Après un séjour d’un mois et de nombreux croquis réalisés sur place, Pascal Rabaté rentre en France et donne naissance à cet album dont la première publication date de 2003 (Éditions du Seuil).

Cette histoire fictive raconte comment un homme, mal préparé au quotidien qu’il est amené à avoir. Inhibé ou angoissé, le personnage se repose donc essentiellement sur l’ami de son père qui le cueille dès la sortie de l’aéroport et lui fournit emploi et logement et le fait entré dans son réseau relationnel. Etrange rencontre avec ce pays qu’il ne voit – au début – que par le prisme de cet expatrié qui l’accueille.

J’avais eu l’occasion de lire d’autres ouvrages de Pascal Rabaté. Le contenu de cet album m’a prise au dépourvu car je n’avais encore pas eu l’occasion de rencontrer un personnage de Rabaté qui se laisse autant porter par les autres. Et puis je n’ai pas retrouvé cette petite poésie qui plane dans Les petits ruisseaux ou Le petit rien tout neuf avec un ventre jaune. Et encore moins l’humour acidulé de Un vers dans le fruit. J’ai eu du mal à rencontrer cet homme assez transparent mais qui se révèle sur le tard, permettant ainsi au message véhiculé par le récit d’avoir une raison d’être.

Le noir et blanc des dessins n’est pas aussi efficace que ce à quoi je m’attendais. On profite un peu ébahi de la spontanéité de ce trait descriptif qui accueille de façon sporadique quelques aplats de gris.

Cette nouvelle édition est enrichie d’un cahier graphique composés de croquis faits sur place.

PictoOKUne chronique sociale sur fond de violences urbaines et de pauvreté. Ici, c’est la solidarité qui se tisse entre chacun qui donne du liant à cette aventure. Un moment de lecture agréable

Les chroniques de David, Yvan, Fildediane, Lasardine.

Bienvenue à Jobourg !

One shot

Editeur : Futuropolis

Dessinateur / Scénariste : Pascal RABATE

Dépôt légal : janvier 2013

ISBN : 978-2-7548-0894-1

Bulles bulles bulles…

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Bienvenue à Jobourg ! – Rabaté © Futuropolis – 2013

Crève saucisse (Rabaté & Hureau)

Rabaté - Hureau © Futuropolis - 2013
Rabaté – Hureau © Futuropolis – 2013

Didier, la quarantaine, boucher, marié, 1 enfant et bédéphile de surcroît.

Voici grosso modo le portrait vite brossé de ce quadragénaire en apparence ordinaire. Mais quand on y regarde de plus près, il a d’étranges pulsions de violence quand il se retrouve seul à la boucherie. Dans ces moments-là, équipé d’un bon couteau de boucher, le petit artisan charcute la carcasse de sa viande à grands coups en hurlant « crève saucisse ! ». Ça cache quelque chose.

On y ajoute une petite vie bien rangée. Métro, boulot, dodo pour faire simple. Tous les quinze jours, un bon gueuleton avec Eric et Laurence (un couple d’amis) ; ils font ça en alternance, un coup chez l’un, un coup chez l’autre… avec leurs femmes. Leurs femmes, parlons-en tiens !! Laurence, la femme de Didier, est le portrait type de la ménagère-de-moins-de-cinquante-ans. Sandrine en revanche est plus imprévisible… trop peut-être. Des variations d’humeur ponctuelles ? Des crises de larmes ponctuelles ? Et que penser de ses sorties impromptues dans la journée ??

Rabaté - Hureau © Futuropolis - 2013
Rabaté – Hureau © Futuropolis – 2013

Cet album est le fruit d’une collaboration malicieuse entre Pascal Rabaté (Les petits ruisseaux, Le petit rien tout neuf avec un ventre jaune, Un ver dans le fruit…) et Simon Hureau (Intrus à l’Etrange, Hautes œuvres, L’empire des hauts-murs…).

Malicieuse et judicieuse collaboration pour quiconque aurait déjà eu l’occasion de lire ces auteurs « séparément ». Et dans le cas contraire, j’espère que cet album saura vous donner envie de partir à la découverte de leurs univers artistiques respectifs.

Ceci étant dit, venons-en à nos moutons : Crève saucisse.

Aux commandes du scénario : Pascal Rabaté. Il nous gratifie ici de son espièglerie habituelle et de son sens aiguisé de la narration. En divulguant goutte à goutte les principaux traits de caractère de son personnage principal, il permet au lecteur de reconstituer progressivement le puzzle. L’intrigue est ménagée et on tombe facilement dans le jeu de la supposition. En ce qui me concerne, mes hypothèses se sont toutes avérées fausses ! J’imagine que si j’avais lu un certain album de Gil Jourdan, il en aurait peut-être été autrement… malheureusement, s’il me restait encore quelques doutes quant à une éventuelle carrière d’enquêtrice, je n’en ai plus aucun désormais !

Rabaté - Hureau © Futuropolis - 2013
Rabaté – Hureau © Futuropolis – 2013

Côté dessin, Simon Hureau excelle une fois encore. Son style si personnel et atypique crée une fois encore une ambiance graphique qui flotte entre deux os eaux. Le coup de crayon est réaliste et son souci pour tout ce qui est ornemental (décor, motifs d’une tunique, lignes de la main, mouvement des cheveux etc.) saisit une fois encore. Ainsi, il nous permet de nous imprégner totalement de l’atmosphère des lieux. Il y a toujours le petit accessoire, le « petit plus » qui rend concret la représentations des choses (les proportions d’un objet, l’impact d’un son, une odeur…). Simon Hureau a une conception picturale qui force le lecteur à s’installer dans l’univers qui se présente à lui car cet univers lui est familier.

PictoOKEn ce moment, je radote lorsqu’il s’agit de conclure une chronique. Alors pour ne pas changer la petite mélodie, je vais vous dire que 1/ c’est une lecture très agréable, un bon thriller acide et ironique à souhait que 2/ je serais contente que vous découvriez plutôt bientôt que dans dix ans ^^

La chronique de Joy Raffin (France Inter).

Une lecture commune partagée avec… Jérôme ! Il faut que vous alliez lire sa chronique ^^

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Aliment : saucisse

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Crève saucisse

One shot

Editeur : Futuropolis

Dessinateur : Simon HUREAU

Scénariste : Pascal RABATE

Dépôt légal : janvier 2013

ISBN : 9782754808866

Bulles bulles bulles…

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Crève saucisse – Rabaté – Hureau © Futuropolis – 2013