Le Phare des sirènes (Rascal & Lejonc)

Rascal – Lejonc © Didier Jeunesse – 2007
Rascal – Lejonc © Didier Jeunesse – 2007

« Elle est là.

A l’endroit exact où bat mon cœur et quelque part sous ces flots bleus.

Je suis là.

A l’endroit exact où les cosmographes inscrivaient jadis sur leurs cartes Hic sunt sirenae – Ici sont les sirènes ».

Ange a été élevé par son oncle, un marin pêcheur. Sa mère est morte en le mettant au monde quant à son père, il a préféré prendre la fuite plutôt que d’assumer sa paternité. Malgré tout, il était heureux avec son oncle jusqu’à ce que celui-ci disparaisse en pleine mer par une nuit de gros temps. Ange n’était alors qu’un enfant.

Au lendemain du naufrage de son oncle, Ange se porte au secours de Swidja, une jeune sirène. Il l’assistera durant toute sa convalescence. Peu à peu, une histoire d’amour va naître entre ces deux êtres mais la guerre éclate et les sépare… A son retour des tranchées, Ange postule pour le seul emploi capable de le soustraire à toute vie sociale et de le rapprocher de celle qui a jadis fait chavirer son cœur. Il devient gardien de phare…

Je m’appelle Ange, mais depuis mon retour de la guerre, on m’appelle Gueule cassée. Ici, il n’y a rien ni personne pour me rappeler chaque jour que j’ai la gueule d’un monstre. La gueule à faire peur.

Mes chroniques sur Gueule d’amour et sur Au vent mauvais (dernier album de Rascal) avaient permis à Jérôme d’attirer mon attention sur Le phare des sirènes. Il aura fallu que Jérôme force un peu les choses et m’offre cet ouvrage pour que je me décide enfin à le lire. Même traitement à l’égard de Noukette… nous donnant ainsi l’opportunité de réaliser une lecture commune à trois lecteurs.

Le fait de savoir que je tenais entre les mains un ouvrage d’une rare qualité n’a pas fait taire mes appréhensions (ouvrage jeunesse = difficulté à trouver la distance appropriée à l’égard du récit, me privant souvent de la possibilité de profiter pleinement de l’aventure…). Quel ne fut donc pas mon étonnement de constater que très vite, cet ouvrage m’a happée.

La carte © Rascal & Lejonc – Didier Jeunesse – 2007
La carte © Rascal & Lejonc – Didier Jeunesse – 2007

Dès la première page, j’ai été conquise par la nostalgie et la tendresse du témoignage de ce gardien de phare. Rascal a su créer une ambiance intime, l’heure est à la confidence et la retenue du personnage exclu toute forme de voyeurisme. Ce récit dispose du juste équilibre entre les éléments dévoilés et ce qui est suggéré au lecteur… lui laissant ainsi la possibilité d’investir à sa guise l’histoire de cet homme pour qui chaque étape de la vie est une souffrance. Malgré les deuils qui ont entaché sa jeunesse, l’amour impossible, l’enrôlement forcé et la plongée dans les horreurs de la guerre… ce héros anonyme s’accroche à ses espoirs pour ne pas partir à la dérive. Serait-il devenu fou s’il n’était parvenu à se réfugier dans un monde imaginaire ?

Le travail de Régis Lejonc est propice au voyage. Ses illustrations à la craie grasse atténuent beaucoup la dureté des propos du narrateur et créent une ambiance graphique à la croisée entre réalité et monde onirique. Libre à chacun de choisir s’il franchira la frontière ténue entre ces deux univers, s’il acceptera d’être affecté par les maux du gardien de phare ou s’il préférera rêver à un jour meilleur…

PictoOKTrès bel ouvrage dans lequel on plonge très facilement aidé en cela par une narration à la première personne. Durant la lecture, nos sens sont en éveil et nos émotions sont à fleur de peau.

Superbe compte-rendu sur Yakalire qui présente des avis d’enfants (CM1-CM2) et une interview de Régis Lejonc que je ne me lasse pas de relire.

La chronique de Mademoiselle Armance.

Une lecture que je partage avec Jérôme et Noukette. Je vous invite à découvrir leurs avis 😉

Extrait :

« Je suis gardien de phare. J’éclaire la nuit des hommes » (Le phare des sirènes).

Le phare des sirènes

Récit illustré

Editeur : Didier Jeunesse

Collection : Les Albums

Auteur : RASCAL

Illustrateur : Régis LEJONC

Dépôt légal : octobre 2007

ISBN : 978-2-278-05718-4

Bulles bulles bulles…

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Le phare des sirènes – Rascal – Lejonc © Didier Jeunesse – 2007

Au vent mauvais (Rascal & Murat)

Rascal – Murat © Futuropolis – 2013
Rascal – Murat © Futuropolis – 2013

Abel sort de taule après sept années passées derrière les barreaux. Personne ne l’attend et il n’a aucun point de chute…

« Je suis sorti comme j’étais entré. Mêmes fringues pourries sur le dos et sac Tati à la main. Juste plus léger, côté des illusions ».

Il n’a que de maigres économies en poche mais Abel ne s’inquiète pas. Son magot l’attend, bien planqué entre les quatre murs d’une usine désaffectée. Mais arrivé à destination, il découvre qu’un musée d’art contemporain flambant neuf a remplacé la vieille usine. Aigri, Abel a comme seule consolation le fait de pouvoir profiter de la visite, il s’arrête pour contempler un Magritte. La sonnerie d’un portable le ramène à la réalité. Abel décroche. A l’autre bout du fil, la propriétaire du mobile. Elle lui demande de lui envoyer son téléphone en recommandé, Abel accepte…

« Elle habitait en Italie. Elle aimait Bach. Et moi, j’aimais déjà sa voix ».

Finalement, faute d’avoir eu la patience de faire la queue au bureau de Poste, Abel se retrouve au volant d’une voiture volée en direction de l’Italie avec la ferme intention de remettre le portable en main propre à la belle italienne…

Que de nostalgie et d’amertume dans ce récit ! Ces deux ingrédients créent une atmosphère agréable, elle est propice à l’introspection que cet homme réalise sous nos yeux. On le découvre désabusé, usé par la vie mais contre toute attente, il se laisse porter par l’espoir d’une vie meilleure. Une vie qui lui sourirait enfin après des années de galères. Le contraste est assez surprenant, cet homme m’a intriguée.

L’histoire se construit à l’aide d’une voix-off, donnant initialement au lecteur l’impression que le récit va être un long monologue que le héros prononcerait d’une voix monocorde. Rascal fait évoluer un personnage qui n’a pas de perspectives d’avenir, la prison s’est chargée de les anéantir. De fait, le narrateur puise essentiellement dans ses souvenirs, du moins dans ceux où il se sentait encore vivant ; ainsi l’enfance, la famille, les refrains de musique semblent être ses seuls repères. La voix intérieure du personnage nous aide à comprendre son état d’esprit, son parcours et les raisons qui le conduisent à prendre la route. On voit cet homme s’extraire lentement de son mutisme. Il cherche à retrouver le goût de la liberté.

Les dessins de Thierry Murat sont sobres. Les teintes sépia dominent et renforcent les sentiments de solitude et d’isolement d’autant plus forts que cette tranche de vie se déroule presque entièrement dans l’huis-clos d’une voiture. Les personnages secondaires se comptent sur les doigts d’une seule main…

Au vent mauvais fait moins réfléchir à la question de l’enfermement qu’à celle sur les séquelles d’une longue détention. Finalement, quoi de plus logique pour un ancien détenu que de ressentir le besoin (presque vital) de profiter de grands espaces ? Et quoi de plus pertinent qu’un road-movie pour matérialiser cette idée ? Comment expliquer son besoin inconscient de vivre libre dans l’espace étriqué d’une voiture ? Pourquoi aller chercher l’amour auprès d’une inconnue ? Pourquoi les couleurs des paysages traversés ont-ils invariablement la même couleur ? Pourquoi ??

Rascal – Murat © Futuropolis – 2013
Rascal – Murat © Futuropolis – 2013

PictoOKUne sorte de douce mélancolie nous accompagne durant la lecture. Comme le personnage principal, on a du mal à imaginer un dénouement heureux à cette quête… mais comme lui, on a envie d’y croire. Durant la lecture, je n’ai pas investit cet homme. En revanche, après avoir refermé l’album, je me rends compte que certaines réflexions cheminent…

Au cours de l’année passée, d’autres albums ont abordé la question de l’enfermement. Si cela vous intéresse, je vous conseille également de lire En chienneté et 20 ans ferme

Les chroniques de Moka et Yvan.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure ;
Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà
Pareil à la
Feuille morte.
(Paul Verlaine, Chanson d’automne)

Une lecture que je partage avec Mango

Logo BD Mango Noir

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Meteo : vent

Tour du monde en 8 ans : Belgique

Challenge TourDuMonde PetitBac

Au vent mauvais

One shot

Editeur : Futuropolis

Dessinateur : Thierry MURAT

Scénariste : RASCAL

Dépôt légal : mars 2013

ISBN : 978-2-7548-0728-9

Bulles bulles bulles…

La preview sur Digibidi.

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Au vent mauvais – Rascal – Murat © Futuropolis – 2013