Bonjour Tristesse (Rébéna)

Rébéna © Rue de Sèvres – 2018

C’est l’été. Cécile est en vacances avec son père sur la Côte d’Azur.
Cécile est une adolescence désabusée, un peu garçonne avec sa silhouette filiforme et sa coupe de cheveux sage et sauvage. Du haut de ses 17 ans, elle a déjà une bien piètre vision de l’amour et du couple. Son père, en pleine crise de la cinquantaine, est un coureur de jupons invétéré. L’élue du moment est Elsa, sulfureuse rousse qui doit avoir à peine 6 ou 7 ans de plus que Cécile.

L’été est torride, entre farniente au bord de la piscine, gueules de bois et baignade dans la mer. L’été est torpeur, lascivité, ennui… Jusqu’à l’arrivée d’Anne, ancienne amie de la mère défunte de Cécile. Anne est une belle femme. Charismatique, élégante et qui sait manipuler habillement ses pions dans l’échiquier de la séduction. Au point que Cécile en est presque jalouse et qu’elle voit sa présence d’un mauvais œil.

Françoise Sagan a écrit Bonjour Tristesse à l’âge de 18 ans. Je n’ai pas le souvenir de l’avoir lu ce qui m’a permis, entre autres, d’entrer dans cet album sans appréhension.

Arrêt sur image avant toute chose. La couverture m’interpelle. L’héroïne se tient droite, perdue dans ses pensées. Songeuse. On retrouve, dans les traits de Cécile, cet air rebelle que Sagan affichait au moment de la sortie de Bonjour Tristesse. Aussi maigre, aussi garçonne, comme si elle hésitait encore à assumer sa féminité.

A 17 ans, cette adolescente – qui n’est plus une enfant mais pas tout à fait une jeune femme – boit, fume et se moque royalement de la vie. Elle a peu d’empathie pour les autres excepté pour son père. On ne sait d’ailleurs pas trop si elle le respecte ou si elle le plaint. La voix-off contient les pensées et réflexion du personnage et quand elle parle de son père, ce qui frappe, c’est qu’elle le présente uniquement par le biais de ses défauts. On a l’impression d’être en présence d’un homme égoïste, volage, inconsistant. Il fume et boit immodérément et sa seule passion semble être celle qu’il voue aux femmes et aux plaisirs de la chair.

Huis clos électrique dans lequel l’adolescente se faufile comme une anguille. A pas de velours, comme un félin, elle manœuvre habillement et manipule les sentiments des uns et les autres selon son gré… contre son gré parfois, elle est comme poussée par un besoin de faire mal aux autres, de les rabaisser, de les avoir sous contrôle.

Récit sulfureux face auquel je me suis régulièrement demandé si la relation entre ce père et sa fille n’était pas incestueuse.

Drame familial où la mélancolie propre à l’adolescence colle au corps du scénario et crée une légère gêne.

Frédéric Rébéna s’approprie totalement le personnage de Cécile et la laisse glisser dans une langueur ; pour la sortir de l’indolence, ses petits stratagèmes l’aident à se divertir.

Eté de la première fois puisque Cécile a son premier rapport sexuel, intéressée à l’idée de tenir ce garçon sous sa coupe, sans raison.

Parenthèse estivale durant laquelle les corps sont dénudés, renforçant d’autant le caractère luxurieux de tout ce qui se passe et que nous ne verrons pas, que nous « entendons » tout au plus mais qui est bel et bien présent de façon permanente.

Etrange contact avec la sexualité qui est offert à cette femme en devenir. Lu d’une traite… une invitation à (re)découvrir le roman de Sagan.

Les chroniques de Madame, Au Fil des livres, Mylène, Nadège,

Bonjour Tristesse

– Adapté du roman de Françoise Sagan –
One shot
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur / Scénariste : Frédéric REBENA
Dépôt légal : avril 2018
112 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-36981-382-8

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Bonjour Tristesse – Rébéna – Sagan © Rue de Sèvres – 2018

Mitterrand, un jeune homme de droite (Richelle & Rébéna)

Richelle – Rébéna © Rue de Sèvres – 2015
Richelle – Rébéna © Rue de Sèvres – 2015

En 1936, François Mitterrand a 19 ans. Il est issu d’une famille aisée, fervent catholique, brillant dans ce qu’il entreprend. Il mène des études en Faculté de Droit. Il ne sait pas encore s’il se destine à enseigner le droit ou à devenir écrivain. En effet, il a une belle plume et ressent beaucoup de plaisir à écrire.

Puis, il rencontre une jeune fille de 15 et, à défaut de connaître son prénom lors de la première rencontre, la surnomme « Béatrice ». Les jeunes gens ainsi que leurs familles envisagent déjà les fiançailles mais François n’a pas encore fait son service militaire et le père de sa compagne ne peut concevoir que les choses ne deviennent plus sérieuses tant que le jeune homme n’a pas fait ses classes. François abandonne donc ses études universitaires pour effectuer son service. « Beatrice » était jusqu’alors assez réservée vis-à-vis de cette relation ; le départ de François lui permet de prendre du recul et, finalement, de rompre. François Mitterrand n’a pas le temps de digérer la séparation que la Seconde Guerre Mondiale éclate. Il est envoyé sur le front puis, plus tard, fait prisonnier déporté dans un Stalag.

Cela fait un certain temps maintenant que Philippe Richelle s’intéresse aux scénarios politiques. Sa bibliographie comporte des titres tels que « Les coulisses du pouvoir » (Casterman) et « Les Mystères de la République » (Glénat). Il signe également des récits plus engagés (« Libre de choisir » chez Casterman) ou historiques (« Opération Vent printanier » chez Casterman). Quoi qu’il en soit, ses albums sont toujours bien documentés. « Mitterrand, un jeune homme de droite » ne déroge pas à la règle. Les faits sont traités de façon explicite et la narration est à peine romancée. De fait, le lecteur découvre ou redécouvre l’histoire d’un homme qui a marqué de son empreinte l’histoire française. L’album couvre la période allant de 1936 à 1945 et on voit déjà une personnalité très forte s’exprimer. Nous sommes face à un homme exigeant vis-à-vis des autres comme de lui-même. Il est intransigeant, ne sait pas faire preuve de modestie et affiche ses opinions (morales, politiques…) sans aucune gêne. J’ai été surprise de découvrir un homme qui aime séduire les femmes. Le scénario contient une voix-off et des dialogues à part égales. Les marqueurs de temps sont récurrents et rythment le récit au point de le saccader à outrance par moments.

Le scénariste retrace donc les neuf années durant lesquelles Mitterrand a construit, sans intention préalable, ses appuis politiques et relationnels. Bénévole aux Pères maristes durant ses études universitaires, il participe aux manifestations de 1936 contre le Professeur Jèze, le militantisme de Mitterrand se manifeste réellement après qu’il se soit évadé d’un Stalag ; à partir de ce moment, il veille constamment à apporter son soutien aux soldats français emprisonnés en Allemagne. Dès 1942, et alors qu’il assumait jusqu’alors ses positions pro-pétainiste, il glisse progressivement dans le camp de la Résistance (pour ceux que cela intéresse, cette page Wikipedia donne un bon aperçu du parcours de l’ancien Président de la République durant la Seconde Guerre mondiale).

Mitterrand, un jeune homme de droite – Richelle – Rébéna © Rue de Sèvres – 2015
Mitterrand, un jeune homme de droite – Richelle – Rébéna © Rue de Sèvres – 2015

Quant à Frédéric Rébéna, il réalise la partie graphique de l’album. Le dessin est d’une sobriété telle que je me suis posée la question de savoir si cela était volontaire (car cela colle parfaitement à la personnalité tout en retenue de Mitterrand) ou si cela correspondait au style de l’auteur. Après avoir un peu fouillé la toile, je me suis rendue compte que le travail de Rébéna sur « Mitterrand » était similaire à celui qu’il avait produit sur « L’Attrape-livres ». L’ensemble crée une ambiance graphique assez austère et nous tient à bonne distance du personnage principal. De fait, le lecteur reste spectateur de l’histoire qui défile sous ses yeux.

PictomouiUn ouvrage didactique un peu lourd à lire. Je ne reviens pas sur l’intérêt de pouvoir avoir accès à ce genre de travail mais concrètement, j’ai soufflé pendant la lecture. Le récit manque d’entrain. Le scénario est très discipliné, on entendrait presque le bruit d’un froid métronome en arrière fond. Intéressant mais ennuyeux.

La chronique de Laurent Truc.

Extraits :

« De l’indulgence, j’en ai peu pour les médiocres » (Mitterrand, un jeune homme de droite).

« Je commence à me faire une idée de tous les spécimens de jeunes filles qu’il est possible de rencontrer. Celle-ci est un mélange d’agrément physique et de sottise » (Mitterrand, un jeune homme de droite).

« Je me revendique de l’individualisme de Montherlant. Mener une vie libre, ne dépendre de rien, pas même de l’ambition ou de la célébrité » (Mitterrand, un jeune homme de droite).

Mitterrand, un jeune homme de droite

One shot

Editeur : Rue de Sèvres

Dessinateur : Frédéric REBENA

Scénariste : Philippe RICHELLE

Dépôt légal : septembre 2015

ISBN : 978-2-36981-102-2

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Mitterrand, un jeune homme de droite – Richelle – Rébéna © Rue de Sèvres – 2015