Le Cœur de l’Ombre (D’Amico & Iorio)

D’Amico – Iorio – Ricci © Dargaud - 2016
D’Amico – Iorio – Ricci © Dargaud – 2016

A 10 ans, Luc a peur de tout. Des autres enfants, du noir, de traverser la rue, des insectes, des microbes… de tout ! Il est fort possible que les comptines que lui chantaient sa grand-mère italienne aient nourri ses peurs ; il y était notamment question de l’Uomo Nero, un collègue du croquemitaine qui se terrait sous le lit des enfants ou dans leur armoires, prêt à les emporter au Royaume des Ombres s’ils se risquaient à quitter le bouclier protecteur que leur assure leur couette douillette.

La mère de Luc est aussi responsable en grande partie des peurs de son fils. Traumatisée par la disparition de Claire – sa fille –, elle a toujours eu tendance à protéger son fils comme la prunelle de ses yeux.

Le résultat est là : Luc est un enfant solitaire. Et lorsque vient le soir et le moment d’éteindre la lumière de sa chambre, la terreur l’envahit de nouveau. Car l’Uomo Nero attend cet instant pour sortir de l’armoire et se pencher sur l’enfant terrorisé. Si Claire, sa grande sœur, était encore là, elle pourrait le protéger. Luc ne sait pas à qui demander de l’aide. Il sait bien que les adultes le prendraient pour fou s’il leur racontait que l’Uomo Nero venait le voir tous les soirs.

Ces derniers jours pourtant, la peur de Luc est plus grande. Depuis que l’Uomo Nero l’a heurté, Luc a peur de le voir surgir même en plein jour. Il tente d’alerter son père mais c’est peine perdue. Jusqu’au soir où, après avoir plongé dans son lit, Luc est enlevé par l’inquiétante créature. Il se retrouve au royaume des Ombres et ne sait comment rentrer chez lui. Il va devoir trouver seul son chemin au milieu de ce monde étrange, privé de couleurs à l’image de cet « homme noir » mystérieux et peuplés de fantômes.

Nous sommes les Ombres. Nous vivons dans l’obscurité et nous nous délectons de vos peurs. Parce que les deux choses sont profondément liées. L’obscurité, c’est notre maison. Nous nous faisons un devoir de vous inculquer la peur dès notre plus jeune âge afin que vous n’envahissiez pas notre espace.

« Le Cœur de l’Ombre » nous propose un fabuleux voyage imaginaire. La plume de Marco Cosimo D’Amico nous ramène des années en arrière, à l’époque où enfant, nous appréhendions l’heure du coucher et le fait de nous retrouver dans le noir. Un monstre va-t-il surgir de l’armoire ? Une main griffue va-t-elle se glisser sous notre couette et nous attraper le pied ? C’est tout un tas de superstitions et de peurs enfantines que le scénariste emploie pour construire cette histoire. Elle s’appuie sur deux personnages principaux : celui de l’enfant et celui de L’Uomo Nero. Tous deux vont nous emmener à la rencontre des croquemitaines d’autres pays. Un voyage initiatique pour ce jeune enfant qui initie son lecteur aux mythes d’autres pays. Ainsi, l’auteur invente un monde imaginaire où Uomo Nero côtoie ses semblables : Croquemitaine (France), Boogeyman (Etats-Unis), El Cucuy (Mexique), Bunyip (Australie)… A tour de rôle, nos deux protagonistes endossent la fonction de narrateur ce qui permet au scénario de trouver son rythme, de naviguer entre l’humour pince-sans-rire de l’élégante créature et la naïveté de l’enfant.

Au dessin, Laura Iorio nous livre des illustrations de toute beauté. Le dessin léché incite au voyage et les couleurs de Roberto Ricci (aux commandes graphiques du succulent « Urban« ) viennent tonifier l’atmosphère. bien que l’on évolue majoritairement dans un royaume où la couleur dominante est le gris, le choix des couleurs offre une luminosité inespérée à l’ensemble. La rondeur du trait et l’originalité de chaque illustration permet au lecteur de profiter d’une aventure atypique et réellement fascinante. On se laisse porter par la lecture sans jamais être à bout de souffle. Au contraire, malgré la peur qui tenaille le petit héros à chaque instant, on a plutôt l’impression qu’elle le porte en avant plutôt que de le figer sur place.

PictoOKUne lecture que je vous conseille. Un conte fantastique, où la fantaisie atténue les peurs… Un voyage initiatique qui ne manquera pas de vous rappeler quelques souvenirs d’enfant. Et si l’on perçoit assez tôt quels seront les contours du dénouement, aucune déception lorsque celui-ci se révèle à nous… car ce récit nous a porté bien plus loin que nous l’aurions espéré, à la croisée des univers de Tim Burton et d’œuvres classiques destinées aux enfants (Andersen, Perrault…).

La chronique de Laurent Truc.

Le Cœur de l’Ombre

One shot

Editeur : Dargaud

Dessinateur : Laura IORIO

Scénaristes : Laura IORIO & Marco Cosimo D’AMICO

Coloriste : Roberto RICCI

Dépôt légal : avril 2016

104 pages, 17,95 euros, ISBN : 978-2-5050-6447-3

Bulles bulles bulles….

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Le Cœur de l’ombre – D’Amico – Iorio – Ricci © Dargaud – 2016

Chroniks Expresss #16

Retour rapide des lectures de janvier qui n’ont pas fait l’objet d’un article :

BD :

Dol (P. Squarzoni ; Ed. Les Requins Marteaux, 2006), Urban #3 (L. Brunschwig & R. Ricci ; Ed. Futuropolis, 2014), La Revue dessinée #3 (2014)

Romans :

Lambeaux (C. Juliet ; Ed. Gallimard, 1997), L’Extraordinaire voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea (R. Puértolas ; Ed. Le Dilettante, 2013)

Bandes dessinées

Dol

Squarzoni © Les Requins Marteaux – 2006
Squarzoni © Les Requins Marteaux – 2006

Cet album a initialement été édité par Les Requins Marteaux en 2006. Suite à la parution de Saison brune en 2012, Dol a été réédité… mais chez Delcourt… Sachant les deux albums sont imbriqués puisque c’est le travail d’investigation que Philippe Squarzoni a mené pour réaliser Dol qui l’a conduit à s’intéresser à la question du réchauffement climatique (qu’il traitera dans Saison brune).

De quoi parle Dol ? « En 2007, Philippe Squarzoni s’attaque à dresser un bilan des politiques menées par Raffarin, bilan qui lui permet de pointer les dérives d’une société libérale qui n’ont cessé de s’accentuer depuis lors. Tout y est minutieusement analysé : les « réformes », des retraites à la santé, l’éducation, le chômage… Et, bien sûr, la politique sécuritaire de Sarkozy et le relais médiatique dont elle a bénéficié » (synopsis Delcourt).

Un reportage sans concession, exit la langue de bois, la question des magouilles politiques est traitée de façon frontale. Philippe Squarzoni appuie ses propos sur des éléments factuels qu’il déplie de façon chronologique. Raffarin, Sarkozy… et toute la belle brochette de nos hommes politiques y passe, tout comme l’attirail de pirouettes qu’ils s’évertuent à réaliser pour maquiller leur hypocrisie. Le problème, c’est que plus personne n’est dupe… Mais ça ne fait pas de mal de plonger dans ce genre d’ouvrage pour se remettre les événements en mémoire.

Le problème ? Un enfant toutes les trois secondes qui meurt à cause de la pauvreté. 100.000 personnes qui meurent chaque jour de famine ou d’épidémie sur une planète où 20% de la population consomme 70% des ressources matérielles… et détient plus de 90% des richesses ! Le problème c’est 2 milliards et demi de personnes qui vivent dans l’extrême pauvreté. 260 millions d’enfants exploités au travail et 3 personnes qui possèdent une fortune supérieure au PIB des 48 pays les plus pauvres du monde.

PictomouiA lire, si ce n’est pas déjà fait… juste histoire de se remettre un peu les idées en place. En revanche, j’ai déploré le côté un peu indigeste de l’ensemble.

La chronique de David.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Titre en un seul mot

PetitBac2015

Urban #3

Brunschwig - Ricci © Futuropolis – 2014
Brunschwig – Ricci © Futuropolis – 2014

Après l’explosion à laquelle nous avons assisté dans les dernières pages du tome 2, nous découvrons l’ampleur des dégâts. Cet incident a causé une panne générale d’électricité, laissant Monplaisir sans yeux (caméras), sans oreilles (micros) et sans voix. Comment A.L.I.C.E. et Springy vont expliquer la situation aux milliers de vacanciers de Monplaisir et ainsi éviter que la panique se déverse dans les rues de la Cité du plaisir ?

Luc Brunschwig développe son scénario avec poigne. Quand à Roberto Ricci, il continue à nous faire profiter d’une ambiance graphique absolument sublime. Il faut bien peu de pages pour reprendre le fil de cette lecture et replonger dans l’univers si atypique de la série. On croit avoir assisté au chant du cygne de ce système hyper-médiatique mais les rebondissements vont nous amener encore plus loin dans le cynisme et l’hypocrisie dont peut faire preuve une organisation.

PictoOKUn système subversif et malveillant, dont la capacité à manipuler l’opinion publique est réelle. A lire… et j’attends la suite de la série avec impatience.

La Revue Dessinée, numéro 3

LRD #3 - Printemps 2014
LRD #3 – Printemps 2014

Sorti au Printemps 2014, ce troisième numéro de La Revue confirme le sérieux de l’équipe de rédaction. Le choix des duos (un journaliste & un auteur de BD) est toujours aussi pertinent, tout comme le choix des sujets.

Ce numéro propose notamment un reportage sur le fléau que représente la Lucilie bouchère (une mouche carnivore) capable de décimer des troupeaux en un temps record, un documentaire sur l’histoire de la guillotine, une enquête sur le Front national ou encore le dernier volet de l’enquête de Sylvain Lapoix et Daniel Blancou sur les énergies extrêmes.

Bref, ces travaux méritent réellement que l’on se penche dessus. Amateur ou non de BD reportage, lisez un numéro… je pense qu’il devrait suffire à vous convaincre de vous abonner.

PictoOKCouverture de ce troisième volet réalisée par Lorenzo Mattotti. Un aperçu des premiers numéros de la Revue sur ce blog : numéro 1, numéro 2.

Romans

Lambeaux

Juliet © Gallimard - 1997
Juliet © Gallimard – 1997

« Dans cet ouvrage, l’auteur a voulu célébrer ses deux mères : l’esseulée et la vaillante, l’étouffée et la valeureuse, la jetée-dans-la-fosse et la toute-donnée. La première, celle qui lui a donné le jour, une paysanne, à la suite d’un amour malheureux, d’un mariage qui l’a déçue, puis quatre maternités rapprochées, a sombré dans une profonde dépression. Hospitalisée un mois après la naissance de son dernier enfant, elle est morte huit ans plus tard dans d’atroces conditions.
La seconde, mère d’une famille nombreuse, elle aussi paysanne, a recueilli cet enfant et l’a élevé comme s’il avait été son fils.
Après avoir évoqué ces deux émouvantes figures, l’auteur relate succinctement son parcours. Ce faisant, il nous raconte la naissance à soi-même d’un homme qui est parvenu à triompher de la «détresse impensable» dont il était prisonnier. Voilà pourquoi Lambeaux est avant tout un livre d’espoir » (synopsis éditeur).

Charles Juliet propose ici deux nouvelles qui s’enchevêtrent délicatement. A l’instar des deux personnages principaux (un pour chaque nouvelle), la seconde histoire a besoin de la première pour naître. Elle vient ainsi combler les vides laissés vacants par le narrateur et raconte l’histoire du fils après que nous ayons découvert celle de sa mère (biologique). Nous couvrons une période d’environ un siècle au travers de cette généalogie peu commune.

La mère, une femme forte, intelligente et ambitieuse, est originaire d’une famille de paysans frustres. Du fait de son statut social, elle n’aura pas la possibilité (et encore moins les moyens) d’atteindre son idéal de vie : accéder à des études supérieure, s’installer en ville, fonder une famille avec un mari aimant. Pire encore, elle s’échine aux travaux domestiques dans l’espoir d’oublier sa peine et reproduit presque à l’identique le modèle familial qu’elle avait pourtant tant décrié. A mesure que les années passent, elle sombre dans la dépression. Et puisqu’elle n’est plus en mesure de s’occuper de ses cinq enfants, ceux-ci seront placés dans les familles avoisinantes. Pourtant, elle a pu profiter de quelques rares instants de félicité, comme lors de cette trop courte scolarité qui s’est abruptement terminée à l’obtention de son certificat d’études primaires ; bien qu’elle fut major de promo, ses parents n’ont jamais envisagé qu’elle poursuive ses études, l’enfant étant plus utile à la ferme que sur les bancs d’une classe. Il y eut aussi cette complicité rare avec ses trois jeunes sœurs ; étant l’aînée, elle a eu la lourde responsabilité de s’occuper de la fratrie. Avec bienveillance, elle a mené à bien cette tâche maternelle et permis aux plus jeunes de profiter d’un amour tendre que leurs parents étaient incapables de donner. Enfin, il y eu cette rencontre avec un jeune homme venu séjourner temporairement dans la région ; leurs rencontres dominicales lui ont permis de découvrir les sentiments amoureux. Plus tard, elle se mariera avec un autre. De cette union, cinq enfants viendront au monde.

La seconde nouvelle nous permet de connaître le benjamin de la fratrie. Placé provisoirement chez une nourrice – dans l’attente de trouver une institution qui accepte de le prendre en charge, l’enfant aura la chance d’être finalement adopté par cette famille d’accueil. Il grandit dans une famille aimante mais soumise à la même réalité économique que la famille de sa mère. Les enfants quittent donc très tôt le cursus scolaire et viennent ainsi aider les parents à la ferme. Compte tenu des événements qui ont émaillé sa petite enfance, le garçon souffre d’une problématique abandonnique assez marquée. Afin de soutenir financièrement sa famille, il s’engage dans l’Armée. Loin des siens, il doit d’abord canaliser ses angoisses liées à l’éloignement. Il doit également se plier aux contraintes de cette vie de garnison. Il s’efface devant l’agressivité de ses chefs dans l’espoir de ne pas attirer leur courroux. Il parvient à lier des amitiés fortes. Pour lui, l’Armée sera finalement un tremplin qui lui permettra de trouver sa voie, son autonomie… sa liberté d’être et de penser. Cet homme, c’est Charles Juliet.

PictoOKPictoOKUn roman écrit avec beaucoup de tendresse et de pudeur. Un roman écrit avec les tripes. Un roman qui remue et dans lequel les peines vécues touchent le lecteur de plein fouet. Et contre toute attente, un roman plein d’espoir. Le « tu » employés tout au long de ce recueil permet d’avoir une proximité certaine avec les protagonistes. L’auteur parle finalement à ses deux mères (biologique et adoptive), l’auteur s’adresse à lui-même et pose un regard ému sur son parcours.

La chronique de Sabine.

Extraits :

« (…) tu pénètres dans un monde autre, deviens une autre petite fille, et instantanément, tu oublies tout du village et de la ferme. Ce qui constitues ton univers – le maître, les cahiers et les livres, le tableau noir, l’odeur de la craie, les cartes de géographie, ton plumier et ton cartable, cette blouse noire trop longue que tu ne portes que les jours de classe – tu le vénères » (Lambeaux).

« Tu voudrais rencontrer en toi la terre ferme de quelque certitude, et tu n’y trouves au contraire que sables mouvants (Lambeaux).

« L’existence ne présente pas grand intérêt lorsqu’on n’a pour but que soi-même » (Lambeaux).

« Te connaître. Susciter en toi une mutation. Et par cela même, repousser tes limites, trancher tes entraves, te désapproprier de toi-même tout en te construisant un visage. Créer ainsi les conditions d’une vie plus vaste, plus haute, plus libre. Celle qui octroie ces instants où goûter à l’absolu » (Lambeaux).

L’extraordinaire voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea

Puértolas © Le Dilettante
Puértolas © Le Dilettante – 2013

Le court séjour à Paris du fakir Ajatashatru Lavash (sur les conseils de l’auteur, prononcez « attache ta charrue, la vache » ou « achète un chat roux, la vache ») n’a d’autre fin que celle d’aller acheter un lit à clou à Ikea.

« Ikea, c’est un peu sa grotte de Lourdes à lui ».

Sitôt descendu de l’avion, il saute donc dans un taxi et lui demande de le conduire à Ikea. Arrivé sur place, il roule le chauffeur en le payant à l’aide d’un faux billet. Etre fakir, c’est être maître dans l’art de l’illusion… voler les gens pour servir son propre intérêt. Le problème, c’est que ce chauffeur de taxi est gitan… et qu’il n’apprécie absolument pas de trouver plus roublard que lui.

Qu’à cela ne tienne, voilà notre bon fakir en train de déambuler dans les allées du magasin de prêt-à-monter. Après avoir réservé son lit à clous qu’il pourra retirer le lendemain, il fait la connaissance de Marie au self du magasin. Un nouveau tour de passe-passe et la jeune femme lui offre le repas. Plus tard, au moment où les clients doivent quitter les lieux, Ajatashatru se glisse sous un lit pour attendre la fermeture. Après tout, il n’a qu’un faux billet de 100 euros en poche, pas de quoi se payer l’hôtel ni le taxi, alors autant rester sur place. Mais lorsque les salariés du magasin arrivent pour mettre en place la nouvelle collection, le fakir n’a d’autre choix que de se cacher dans une armoire métallique. Manque de chance, cette armoire est destinée à un autre magasin et, pour des raisons précises, elle ne sera pas démontée mais exportée telle quelle dans une grande caisse en bois. Malgré lui, le fakir se retrouve à faire route vers l’Angleterre. Et ce n’est là que le début d’un long périple…

« Et à part ça, vous avez des plans pour la soirée ? A quelle heure part votre prochaine armoire ? »

Romain Puértolas imagine la vie d’un homme fourbe, manipulateur et foncièrement égoïste. Au hasard des événements qui s’imposent à lui, il va de rencontre en rencontre et s’ouvre progressivement à l’autre. Le fakir n’a pas le temps de visiter les villes où il pose les pieds en revanche, il va lier des amitiés sincères, prendre conscience qu’il y a des gens qui tendent spontanément la main à quelqu’un qui est en difficulté. Il découvre la bienveillance. L’homme ne sera donc pas forcément un loup pour l’homme ?

« Mais même les plus forts devenaient, hors de chez eux, des hommes vulnérables, des animaux battus au regard mort, les yeux pleins d’étoiles éteintes ».

Outre cette dimension d’humanité que l’auteur se plait à développer, il s’arrêtera également sur des sujets plus sensibles : l’émigration, le capitalisme, la clandestinité, le show-business, la malveillance, le choc de cultures…

PictoOKJe n’ai pas compris pourquoi ce roman s’est retrouvé à caracoler en tête des ventes au moment de sa sortie. Pourtant, j’ai apprécié cette lecture. Divertissante voire distrayante, l’humour et la dérision employés ici permettent au récit de ne jamais virer dans le mélodrame. Au passage, on assiste à un réel changement d’attitude de la part du personnage principal qui, fort de cette expérience, pose un regard différent sur ceux qui l’entourent. Une aventure rocambolesque qui se termine forcément en happy-end mais après tout… ça ne fait pas de mal.

La fiche de présentation de l’éditeur et les nombreuses critiques sur Babelio.

Extrait :

« Pour quelqu’un venant d’un pays occidental de tendance démocratique, monsieur Ikea avait développé un concept commercial pour le moins insolite : la visite forcée de son magasin. Ainsi, s’il voulait accéder au libre-service situé au rez-de-chaussée, le client était obligé de monter au premier étage, emprunter un gigantesque et interminable couloir qui serpentait entre des chambres, des salons et des cuisines témoins tous plus beaux les uns que les autres, passer devant un restaurant alléchant, (…) puis redescendre à la section vente pour enfin pouvoir réaliser ses achats. En gros, une personne venue acheter trois vis et deux boulons repartait quatre heures après avec une cuisine équipée et une bonne indigestion » (L’extraordinaire voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Objet : Armoire

PetitBac2015

Urban, tome 2 : Ceux qui vont mourir (Brunschwig & Ricci)

Brunschwig – Ricci © Futuropolis – 2013
Brunschwig – Ricci © Futuropolis – 2013

Monplaisir, 2059.

Le plus grand parc d’attraction de la galaxie est dédié au Jeu sous toutes ses formes. Il a été conçu pour accueillir les populations qui sont, pour la plupart, installées dans des stations. Elles y vivent et s’y cassent l’échine au travail. Pendant cinquante semaines par an, des hommes et des femmes économisent pour que leur deux semaines de congés annuels – qu’ils iront passer à Monplaisir – soient à la hauteur de leurs attentes.

Et pour que le dépaysement soit total, chacun doit se costumer à son arrivée. Les rues de Monplaisir voient donc défiler une foule de badauds des plus festives : Blanche-Neige, super-héros, lord de l’ère victorienne… Tout est pensé pour que le séjour soit ludique, festif et surtout, pour que le touriste dépense autant d’argent que possible dans les établissements de la ville…

… une ville qui a pour particularité d’être un état indépendant. Un territoire avec ses propres lois, ses propres codes et sa police totalement dévouée aux ordres de son dirigeant : Springy Fool.

Je ne reviendrais pas sur la genèse de cette série que j’avais présentée à l’occasion de ma chronique que le premier tome d’Urban. De même, je vous avais déjà dépeint le contexte social sur lequel se construit l’intrigue (et je vous renvoie encore à ma chronique du tome 1).

Ce second opus est, pour le lecteur, l’occasion de s’immerger un peu plus dans cette ville dédiée au vice et à la corruption. « Une vision cauchemardesque d’une société de consommation et de ses dérives » disais-je.

« Allez-y mes amis… Faites vos jeux… Il vous reste encore quelques minutes, le temps que notre Interceptor Zachary Buzz rejoigne son adversaire ! », « Nous vous rappelons que des bornes de paris sont à votre disposition dans toutes les rues de la ville. Découvrez les différentes cotes… faites vos pronostics… Et dépensez sans attendre le montant de vos mises !! ».

Peu orthodoxe…

… mais ludique.

Le second tome déchire peu à peu le voile de l’apparat et fait entendre les premiers échos dissonants. On se doutait que la façade commerciale de Monplaisir cachait des secrets peu avouables.

« Tu veux ma théorie ? Je crois que le Lapin et sa copine cherchent à nous rendre dingos… En nous privant de sommeil, en nous stressant sans arrêt !!! Pose-toi la question, Petit : à part un tueur à gages… qui est assez cinglé pour trucider quelqu’un sous l’œil de dix millions de caméras… ? »

Aussi fictive soit-elle, on se représente assez bien l’ambiance qui se dégage d’une telle ville. Luc Brunschwig anticipe avec ce récit une possible évolution de la transhumance estivale où une population abrutie par le travail d’une année, par une télé réalité ayant atteint son paroxysme, est invitée à s’encanailler, à se vautrer dans la luxure. Une image vient à l’esprit : la fusion victorieuse de Disneyland, de la Française des Jeux et de TF1… où le client, aveuglé par la promesse de l’assouvisement de tous ses désirs, ne se rend pas compte qu’il est le seul perdant de l’histoire.

L’auteur anticipe et imagine les dérives capitalistes de ces systèmes aliénants. En tout cas, c’est bien ce qu’ambitionne Springy Fool. Sous la plume du scénariste, le Lapin tombe peu à peu le masque. On contemple l’imposante fortification financière qu’il a érigée autour de lui, on entraperçoit quelques rouages politico-économiques de son système sans encore parvenir à déceler lequel pourrait gripper en premier. A.L.I.C.E. ? Ou peut-être son bras armé qu’est la Police ? Y a-t-il réellement un moyen de faire trembler les fondations pour que le système s’écroule comme un immense château… de cartes ?

Luc Brunschwig malaxe les ingrédients déjà utilisés, affine ses personnages, peaufine son ambiance et injecte lentement les nouvelles pièces du puzzle narratif, comme s’il le faisait à dose homéopathique… Tic Tac… l’heure avance sur la montre à gousset du Lapin Blanc ! Moins rythmé que dans le précédent opus, cet album fait donc la part belle à la ville de Monplaisir. Ce nouvel album est aussi l’occasion de nous pencher sur le jeune Niels qui avait fugué de chez lui à quelques pages de la fin du tome 1. Ce garçon d’une dizaine d’années succède donc à Zach (tome 1) et endosse à son tour le rôle de guide afin de nous faire découvrir les rues de Monplaisir. Sa candeur et sa fragilité sont l’occasion, pour nous lecteurs, d’appréhender la ville différemment et de mesurer l’ampleur du piège qui guette le joueur qui se montrerait trop vorace. Délation, tolérance zéro et individualisme sont des concepts forts à Monplaisir. Enfin, on apprécie également le contraste entre ces pratiques coercitives et le regard naïf que l’enfant porte sur la ville. Toutes ces facettes du scénario s’imbriquent de manière fluide, ce qui accroît d’autant le plaisir de lecture.

Brunschwig – Ricci © Futuropolis – 2013
Brunschwig – Ricci © Futuropolis – 2013

Roberto Ricci quant à lui livre de nouveau un dessin impeccable et donne une âme à cette ville et à tout ce qu’elle contient. Il propose un univers plus sombre que le premier tome et en parfaite adéquation avec les propos de Brunschwig. Il truffe ce monde de moult références et clins d’œil ; pour les dénicher, il faudra éplucher soigneusement chaque recoin de case ce qui a pour effet de mettre le lecteur aux abois (tu joues, tu trouves, tu gagnes !!^^). Déjà investit dans la réalisation du tome 3, le dessinateur a récemment lancé un nouvel appel aux lecteurs qui voudraient apparaître costumés dans Urban. A bon entendeur…

PictoOKOn ne peut qu’apprécier la qualité du travail fourni par les auteurs. Finalement, Luc Brunschwig n’est pas si différent de son Springy : il nous offre du plaisir contre paiement d’un divertissement. Et le pire… On sait ce que cela cache mais on en redemande encore !!

Allez, vivement l’année prochaine et son tome 3 que j’aille me perdre quelques heures dans les rues de Monplaisir !!

La chronique d’Yvan. La rétrospective de La croisée des mondes.

Du côté des challenges :

Lieux imaginaires : Monplaisir, ville du vice et du Jeu

Tour du monde en 8 ans : Italie

Challenge TourDuMonde LieuxImaginaires

Urban

Tome 2 : Ceux qui vont mourir

Série en cours

Editeur : Futuropolis

Dessinateur : Roberto RICCI

Scénariste : Luc BRUNSCHWIG

Dépôt légal : février 2013

ISBN : 978-2-7548-0319-9

Bulles bulles bulles…

La preview sur BDGest.

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Urban, tome 2 – Brunschwig – Ricci © Futuropolis – 2013

Urban, tome 1 (Brunschwig & Ricci)

Urban, tome 1
Brunschwig – Ricci © Futuropolis – 2011

Dans la seconde moitié du XXI siècle, Monplaisir est une immense cité dédiée aux plaisirs, à la luxure, sans limites morales, mais pas sans police. Ainsi l’a voulu Springy Fool son dirigeant. Déguisé en Lapin Blanc et secondé par une Intelligence Artificielle, bien entendu nommée A.L.I.C.E., il contrôle totalement ce paradis de l’onanisme. Les interventions policières se déroulent sous l’œil des caméras de télévision, transformant une opération de police en jeu de télé-réalité où les touristes parient sur qui va survivre ou mourir. Si pour les millions de touristes venus de toute la galaxie, Monplaisir répond à la promesse d’être « le dernier endroit de la galaxie où l’on peut s’amuser », ce n’est pas le cas pour ceux qui y travaillent. Ils procurent du plaisir aux autres pour en vivre, souvent pour survivre, jusqu’à en mourir… aux mieux à se prostituer ou vendre son corps aux tatoueurs publicitaires.

Zach veut suivre l’exemple de son idole, le justicier Overtime (héros de fiction des années 2020) qu’il voit à ses côtés. Pour lui, Monplaisir, c’est intégrer l’Académie de Police pour devenir un Urban Interceptor, agent considéré comme l’élite des policiers de la galaxie. Il y découvre le racisme, la solitude forcée, le système de castes. Il fait également le triste constat qu’il n’est pas dans une bonne police mais dans une police spectacle. Peut-être aura-t-il l’occasion de faire ses preuves dans cette enquête qui débute… deux corps de jeunes femmes ont été retrouvé atrocement mutilés…

L’univers d’Urban était en latence depuis presque 30 ans. A 15 ans, Luc Brunschwig écoute Sin City d’AC/DC. Ce titre lui inspire un univers, il rédige un scénario qu’il présente à Guy Delcourt en 1991. Entre temps, Franck Miller réalise son Sin City… il faut rebaptiser le projet qui finit par voir le jour chez Les Humanoïdes Associés (1999 : publication du premier tome d’Urban Games). L’aventure s’arrête aussitôt puisque le dessinateur quitte la série. L’idée de poursuivre survit cahin-caha, aucun dessinateur ne s’engage. Et puis en 2008, juste avant de mettre à la corbeille toutes ses notes, l’auteur le relit et décide de le réécrire complètement. Comme un miracle n’arrive jamais seul, Brunschwig le propose à Roberto Ricci. C’est le premier dessinateur en 13 années qui accepte d’illustrer cet univers.

Un scénario d’anticipation implacable qui jette magnifiquement les règles du jeu. Au terme de ce premier tome, plusieurs personnages se démarquent, dotés d’un certain charisme et de personnalités bien développées. Un personnage atypique vient compléter le tableau : Monplaisir. L’entité urbaine joue de son ambiguïté tantôt chaleureuse tantôt destructrice. Son apparence ludique cache un vivier de réseaux parallèles : petites frappes, tueurs professionnels, mafia… des acteurs incontournables à Monplaisir. Ses attractions s’adressent à tous les milieux sociaux mais la majorité des touristes est issue des classes défavorisées. « Sois imaginatif, le choix est sans limite » leur matraque-t-on. Port du déguisement obligatoire, diffusion d’un flot continu d’informations sur les écrans géants disposés dans chaque rue et dans chaque pièce habitation. Impossible d’y échapper et surtout, canal unique de diffusion des programmes télévisés. L’immersion de l’individu est totale, Monplaisir le dévore corps et âme grâce à la présence d’A.L.I.C.E. et de Springy Fool. D’ailleurs, ce dernier est le seul personnage commun à Urban Games et Urban. Cette « créature médiatique » est à la fois organe du pouvoir et élément principal de la propagande politique. Son image omniprésente dans le paysage urbain étouffe tout libre-arbitre ou toute liberté de pensée des individus (on ne peut pas ne pas penser aux différentes déclinaisons de ce personnage dans d’autres univers, par exemples Diavaloo, l’animateur vedette de L’Incal, ou Ruby Rhod, le présentateur du Cinquième élément). Déguisé en grand lapin blanc (on sent que la montre à gousset n’est jamais loin), cet homme est secondé par A.L.I.C.E., l’intelligence artificielle qui contrôle les robots de Monplaisir. Deux personnages-phare de l’univers derrière lesquels s’effacent -pour le moment – Zach et Overtime dont on pressent cependant le potentiel (traits de caractères, origines, positionnement atypique dans l’univers…) pour le reste de la série. Ils donnent la touche d’humanité nécessaire à cet univers impersonnel, réelle machine à broyer des vies.

Une vision cauchemardesque d’une société de consommation et de ses dérives.

Servi par les illustrations de Roberto Ricci, l’univers d’Urban campe les décors d’une société futuriste ludique et cynique. L’architecture urbaine créée est un régal, les décors des scènes en extérieur fourmillent de détails. Des ocres-rouilles cohabitent avec des gris-verts. Le dessinateur a su matérialiser une ambiance atypique, progressivement « l’apparente bonhomie de la cité s’efface pour une noirceur plus marquée » (pour reprendre les termes de Brunschwig). Il y a ici une alchimie très appréciable entre le scénario et le graphisme. Dans cette vision futuriste, des clins d’œil permanents sont faits à notre société actuelle ou passée : La Belle et le Clochard page 18, Urban Games page 50, les références omniprésentes utilisées via les costumes des touristes (les Schtroumpfs, Spiderman…).

PictoOKUrban est la quatrième série lancée par Luc Brunschwig en 2011 ! Aux côtés des Enfants de Jessica, de Lloyd Singer et de Car l’enfer est ici… et la même rengaine : A SUIVRE ! Un bon thriller en perspective.

Pour le moment, Luc Brunschwig part sur un minimum de 6 tomes (rien de figé sur ce point).

Pour les curieux, différentes publications faites sur le blog de Futuropolis vous permettront de connaître le cheminement de Luc Brunschwig, je vous propose de découvrir ces quatre articles sur Urban : Partie 1 : Où le projet maudit va enfin voir le jour, Partie 2 : Une histoire d’amitié avec Sébastien Gnaedig, Partie 3 : 1999, Première mouture aux Humanoïdes Associés et Partie 4 : Comprendre ses erreurs et renaître de ses cendres.

Les avis d’Yvan, C… et de Manuelle Calmat sur Chronicart.

Urban

Tome 1 : Les règles du jeu

Série en cours

Éditeur : Futuropolis

Dessinateur : Roberto RICCI

Scénariste : Luc BRUNSCHWIG

Dépôt légal : septembre 2011

ISBN : 9782754803182

Bulles bulles bulles…

Les 10 premières planches sur BDGest.

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Urban, tome 1 – Brunschwig – Ricci © Futuropolis – 2011