La Maison (Roca)

Roca © Guy Delcourt Productions – 2016
Roca © Guy Delcourt Productions – 2016

Une maison s’ouvre après plusieurs mois durant lesquels elle a été laissée à l’abandon…

Suite au décès de leur père, une fratrie doit remettre la maison paternelle en l’état afin de pouvoir la mettre en vente. Il faut trier, jeter, laver, ranger, réparer… José, Vincente et Carla s’organisent pour assumer, à parts égales, les différentes travaux et démarches qui doivent être réalisés. L’occasion de se retrouver en famille et qui sait, c’est peut-être l’opportunité d’apaiser certaines rancœurs.

Paco Roca entre sur la pointe des pieds dans cette famille. A l’aide de quelques planches muettes, il nous donne la possibilité de repérer les lieux. L’endroit est désert, les objets laissés dans le jardin ont été malmenés par les intempéries, le potager attend que quelqu’un daigne reprendre les outils pour le débarrasser de ses mauvaises herbes… Un rapide tour du propriétaire nous permet de constater que tout est serein… pour le moment. On devine qu’un moment familial important va se jouer. La scène est prête, le lecteur est tout ouïe. Ils ne manquent que les personnages qui, d’ailleurs, ne tardent pas à faire leur entrée. Et dès lors que la maison est de nouveau habitée, les émotions vont s’emparer des personnages et guider le scénario… Le moindre objet qui passe et c’est un souvenir qui s’impose. On va d’anecdote en confidence, tout a une histoire qui n’est pas la nôtre et pourtant on est là, à partager le quotidien de cette famille comme s’il s’agissait du nôtre.

Paco Roca est un auteur que j’apprécie. Pour avoir eu l’occasion de lire trois de ses albums (« Rides », « Les Rues de sable » et « Le Phare »), je sais qu’il est attentif à chaque détail et qu’il prend le temps d’installer ses personnages. Avec peu de chose et à l’aide de passages silencieux, il parvient à nous faire comprendre que ses héros ordinaires sont en pleine rêverie, en pleine réflexion ou dévastés par le chagrin. Roca dessine chaque chose avec délicatesse et veille à ne pas aller trop loin dans l’intimité des personnages, comme s’ils étaient pudiques. Ses histoires ne nous heurtent pas, elles nous touchent. Il ne juge pas, il tente de comprendre. Il ne caricature jamais, il écoute et retranscrit…

« La Maison » est certainement inspiré de sa propre expérience (c’est du moins ce que je me suis dit en regardant la photo insérée dans l’album). C’est peut-être pour éviter l’afflux d’émotion qu’il n’utilise pas un mais trois narrateurs. Tous trois font partie de la même famille, de la même entité… ils sont frères et sœurs. Leurs allées et venues dans la maison familiale dynamisent le récit et lui donnent du souffle. Culpabilité, fierté, colère, nostalgie, joie… aucune émotion ne manque à l’appel. On sent que les larmes des personnages ne sont jamais loin… Paco Roca ne va pas jusqu’à les faire couler. Malgré la faible différence d’âge qui les sépare et leur histoire commune, ils ont logiquement une perception différente des événements ce qui enrichit la narration. J’ai trouvé que le ton était juste.

PictoOKUn album où l’on oscille entre passé et présent. Une babiole qui prend la poussière sur une étagère, un fruit qui attend d’être cueilli… chaque objet porte en lui la mémoire d’un souvenir. Le deuil se fait lentement, la vie reprend ses droits. Mais même si j’ai bien aimé cet album, force est de constater que je ne parviens pas à en parler. Je peine car je ne parviens pas à cacher ma légère déception. Bien que tout soit cohérent et limpide, que les personnages soient touchants à souhait et que planches et couleurs soient belles… ça glisse. Je m’attendais à un album plus émouvant, bien plus fort, bien plus marquant. Une jolie lecture mais qui n’est pas le coup de cœur attendu.

Les chroniques de Jérôme, Violette, Nathalie, Noukette, Moka, Krol,..

la-bd-de-la-semaine-150x150La BD de la semaine est aujourd’hui hébergée chez Noukette !

Extrait :

« La décoration de cette maison est un voyage dans le temps » (La Maison).

La Maison

One Shot

Editeur : Delcourt

Collection : Mirages

Dessinateur / Scénariste : Paco ROCA

Dépôt légal : mai 2016

124 pages, 16,95 euros, ISBN : 978-2-7560-8102-1

Bulles bulles bulles…

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La Maison – Roca © Guy Delcourt Productions – 2016

Les Rues de Sable (Roca)

Les Rues de Sable
Roca © Guy Delcourt Productions – 2009

Un jeune homme a un rendez-vous important. Il doit rejoindre sa compagne chez leur banquier pour signer un contrat de prêt. Ils vont devenir propriétaires. Mais il flâne, lit un Tintin et oublie tout simplement le rendez-vous jusqu’à ce Marie l’appelle. Elle conclura en un : « aujourd’hui, c’est ta dernière chance. Si tu veux vivre sur la Lune, c’est sans moi. Compris ? ». Vite, trouvez un faux-prétexte justifiant son retard, tenter vainement d’annuler le rencard au bistrot avec Loïc et se résoudre à passer par la vieille ville… le chemin le plus court jusqu’à la banque.

Le soucis ? C’est qu’il n’est jamais parvenu à s’orienter dans le dédale des rues de la vieille ville et immanquablement… il se perd. Il tourne en rond pendant des heures. A la tombée de la nuit, il entre dans un hôtel pour demander son chemin et rencontre alors des personnes pour le moins originales.  L’atmosphère est particulière et ne ressemble en rien à ce qu’il connaît. Il a quitté la réalité et pénétré dans une autre dimension.

Si vous me dites que vous ne connaissez pas Paco Roca je vous dirais « Mensonge ! » car je suis sure qu’au minimum vous avez vu passer Rides sur les blogs, un album sur la maladie d’Alzheimer publié en 2007. Il semblerait d’ailleurs que cet album soit en cours d’adaptation au cinéma.

En apparence, le thème est ici plus léger que Rides.  Roca nous emmène dans un univers fantastique et revisite Alice aux Pays des Merveilles. Mais Alice n’est pas la seule référence que nous verrons passer : vampires, êtres mythiques et mystiques, savant fou… Chaque personnage est ici affairé à un objectif unique, tout autant personnel qu’inutile voire absurde. Chacun est touchant à sa manière, on est ému par la fragilité de certains à l’image de ce vieux monsieur affairé à préparer son départ pour quitter ce lieu étrange. Mécaniquement, il passe ses journées à préparer méticuleusement ses baguages en suivant à la lettre la petite liste qu’il s’est préparée : lampe, boussole… Une fois le sac prêt, il laisse passer quelques instants pour savourer le résultat et ouvre le sac, le vide et recommence inlassablement. Jour après jour, il répète ces gestes plusieurs fois. On croisera aussi une jeune postière muette qui distribue aux habitants de l’hôtel et de ses alentours des lettres qu’elle écrit elle-même. Vous l’aurez compris, il est question de manies, de quêtes personnelles, d’angoisses aussi. Tous vont chercher un sens à donner à leurs existences, une raison d’être dans cette petite communauté. Chaque personnage est original, on sourit, on s’étonne de ces attitudes visiblement stériles mais qui caricaturent avec pertinence nos petits travers. De bien étranges personnages vivant dans un lieu intemporel tout aussi étrange.

On s’embarque tête baissée dans l’histoire accompagné par un graphisme agréable, une « ligne claire moderne » en quelque sorte, qui colle à merveille au rythme du récit. Les découpes de planches nous sont familières, le dessin de Roca s’inspirant ouvertement de la BD franco-belge (découpe de planche, gestuelles des personnages…). Dès la première planche, l’auteur nous met d’ailleurs la puce à l’oreille avec un clin d’œil à Hergé. Une utilisation de « l’espace-planche » assez conventionnelle mais les choix de colorisation de Roca donnent un accent très tonique à ce monde. Les expressions de visage et les émotions sont  mises en valeur. Ces ambiances graphiques ont un petit côté exotique très agréable. Dès que le personnage principal entre dans la vieille ville, les teintes des planches changent et on se retrouve autant déboussolé que notre héros. De surprises en découvertes, on savoure les codes décalés de cet univers et on s’y sent bien. Les dialogues sont présents avec parcimonie, on se régale avec des planches muettes et des décors fascinants. Le mystère qui entoure ce monde est préservé jusqu’à la dernière planche, c’est assez jouissif.

Une lecture que je partage avec Mango.

Mango

Un voyage très agréable dans un monde onirique. J’ai eu beaucoup de plaisir à me laisser surprendre.

L’avis de Jeangs, de Paul, d’ActuSf.

Les Rues de Sable

One Shot

Éditeur : Delcourt

Collection : Mirages

Dessinateur / Scénariste : Paco ROCA

Dépôt légal :2009

ISBN : 978-2-7560-1159-2

Bulles bulles bulles…

Avant tout, des planches sont en ligne sur le site de l’auteur.

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Les Rues de Sable – Roca © Guy Delcourt Productions – 2009

Le Phare (Roca)

Le Phare
Roca © 6 Pieds sous Terre – 2005

Espagne, en pleine Guerre civile.

Francisco est un jeune déserteur de 18 ans qui tente d’échapper aux troupes franquistes. Blessé en tentant de passer la frontière, il va échouer sur un rivage, à proximité du phare de Telmo, un vieux loup solitaire.

Telmo vient en aide à Francisco et le soigne. Le temps de sa convalescence voit naître, malgré les réticences de Francisco, une amitié entre les deux hommes.

Autre synopsis disponible sur le site de l’Editeur.

Le lecteur est jeté dans l’horreur de la guerre dès le début de l’album. Un rythme soutenu, on halète, on tente de se repérer puis, délicatement, ROCA va nous déposer dans une bulle pour nous conter l’histoire d’une amitié.

L’Huis-clos du Phare nous permet de nous concentrer uniquement sur deux hommes qui s’apprivoisent peu à peu. Francisco met tout de même assez de temps à rentrer ses griffes alors que le vieux matou de Telmo fait le dos rond. L’un fuit l’horreur de la guerre et de son enrôlement précoce alors que Telmo fuit… la réalité tout simplement ???

Mensonges, illusions, les rêves se mêlent aux légendes, les légendes deviennent réalité, nous sommes dans un univers onirique au goût d’iode. Un récit atypique, une parenthèse de lecture dans laquelle je me suis laissée transportée… mais dont je ressors dépourvue de toutes certitudes quant au message que ce récit souhaite faire passer. Les traits ronds et précis de ROCA illuminent cet univers bichromique réellement particulier.

Mon Avis : Cette BD reste tout de même un peu trop silencieuse pour moi. J’ai l’impression étrange d’avoir parcouru le rêve de  quelqu’un d’autre…

Le Phare

One Shot

Éditeur : 6 Pieds sous Terre

Collection : Monotrème

Dessinateur / Scénariste : Paco ROCA

Dépôt légal : mai 2005

ISBN : 978-2-910431-65-5

Bulles bulles bulles…

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Le Phare – Roca © 6 Pieds sous Terre – 2003

Rides (Roca)

Rides
Roca © Guy Delcourt Productions – 2007

Quand son fils et sa belle-fille décident de le placer en Maison de Retraite, Ernest refuse de se rendre à l’évidence : il a besoin d’être aidé. Ancien Directeur de Banque, il pense encore disposer de tous ses moyens… et de toute sa tête. Il va rapidement rencontrer Émile, dont la petite manie est d’extorquer habillement quelques pièces ça et là à d’autres pensionnaires. Une amitié complice va naître entre eux.
Émile sera un précieux soutien pour Ernest lorsque ce dernier apprendra qu’il est atteint de la maladie d’Alzheimer.

Rides s’aventure sur le terrain glissant du placement, des soins palliatifs, de la dépendance… Le programme des réjouissance peut en rebuter plus d’un…. à tort. Avec finesse, Paco ROCA nous invite à parler du Troisième Âge : Maison de Retraite, obsessions des uns et petites manies des autres… Le dessin de ROCA est tendre, il caresse les personnages et les anime avec respect. On s’attachera à la quotidienneté, à ses rituels rassurant, la difficile acceptation de sa perte d’autonomie. On abordera aussi le côté aliénant des placements : perte des repères spatio-temporels, le monde extérieur n’a plus de prises. Les souvenirs côtoient l’instant présent.

Avec beaucoup d’émotions, on va parcourir cette petite plage de temps qui je pense se déroule sur 6 mois, un an peut-être ? Les absences et les difficultés des uns renvoient irrémédiablement au diagnostic des autres. Ernest va y être confronté et la « petite bulle » protectrice de la Maison de Retraite va lui offrir réellement un contenant.

Vieillesse et dépendance.

Un sujet un peu tabou auquel nous nous confrontons quand nous n’avons plus réellement le choix. Je trouve que la force de cet ouvrage est dans le fait que ROCA ne s’encombre pas de certaines considérations. Il ne s’attarde pas à lister les raisons de placer nos aïeuls et n’accorde aux proches des pensionnaires qu’une place secondaire. Ainsi, les familles ne seront présentes que le temps des visites dominicales et dans quelques discussions entre pensionnaires. Exit donc tout jugement sur le bien fondé de telle ou telle prise en charge.

De même, ROCA évite habillement les polémiques soulevées par la nature des accompagnements des équipes soignantes. Médecins, infirmiers, aides-soignantes, ergothérapeutes… font logiquement leurs apparitions dans Rides, mais ROCA ne s’aventure pas sur le terrain glissant des questions éthiques liées aux prises en charge de nos aînés souvent fragiles et vulnérables…. Exit donc les questions de maltraitance, ou de non-bien traitance comme certains préfèrent dire… (subtiles jeux de mots en vogue dans les métiers d’aide à la personne et dont je me passerais de tous commentaires !).

Pour tout dire, j’ai refermé ce livre avec la gorge nouée. Tic tac tic tac… l’horloge du temps fait son office. Une manière d’aborder la question du Troisième Âge totalement différente des Petits Ruisseaux de RABATE mais un message tout autant optimiste sur la fin de vie.

Rides

Challenge Bu / Lu
Challenge Bu / Lu

One Shot

Éditeur : Delcourt

Collection : Mirages

Dessinateur / Scénariste : Paco ROCA

Dépôt légal : mars 2007

ISBN : 978-2-7560-0417-4

Bulles bulles bulles…

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Rides – Roca © Guy Delcourt Productions – 2007