Une Nuit avec Lovecraft (Rodolphe & Marcelé)

New-York, année 2022.

Mary est étudiante en Littérature. Depuis toute petite, elle est passionnée par les œuvres de H.P. Lovecraft. Elle a tout lu et connait les moindres détails de la vie du romancier. C’est pourquoi lorsqu’on lui demande de choisir une période pour configurer le jeu vidéo dans lequel elle va se lancer, elle choisit logiquement d’aller à Providence – dans l’état de Rhode Island (Etats-Unis) – en 1935.

Lors de sa connexion, la console de jeux dysfonctionne et Mary se retrouve réellement projetée en 1935… Passé l’étonnement et après avoir rassemblé ses esprits, Mary décide de tenter sa chance. Elle décide de se rendre au 66 Collège Street où Lovecraft a vécu quelques années avec sa tante. Arrivée sur place, elle hésite un instant à appuyer sur la sonnette mais refuse finalement de laisser passer cette chance. C’est Howard Phillips Lovecraft en personne qui lui ouvre. Après quelques explications, le célèbre écrivain propose son aide à la jeune étudiante.

Le dessin au crayon campe le décor à la façon d’un croquis très détaillé. Je trouve l’ambiance graphique un peu austère mais elle a l’avantage de précipiter l’instant, comme si Philippe Marcelé s’était glissé dans la peau de la narratrice et qu’il avait dû dessiner – dans la hâte du moment – les contours de cette nuit surréaliste, comme s’il avait dû border la silhouette de l’aubaine accordée à la jeune femme, comme si nous étions dans le moment présent de la rencontre et que nous désirions ardemment n’en perdre aucun détail.

Le scénario de Rodolphe nous emporte dans une parenthèse surréaliste et c’est avec beaucoup de curiosité que l’on part à la rencontre de cette jeune femme que l’on jalouse (un peu) car elle s’apprête à rencontrer l’auteur qu’elle admire depuis son enfance.

Rodolphe utilise assez peu les éléments accessoires de son postulat de départ (ayant pour conséquence un déracinement social très abrupt pour le personnage principal). Quelques comparaisons sont rapidement abordées entre ces sociétés dans lesquelles les mœurs ont fortement évolué et se sont profondément et radicalement affirmées [le regard porté sur la femme (habitudes vestimentaires, liberté de parole…) dans une société patriarcale, l’accueil réservé aux propos racistes et homophobes…]. Ces courtes digressions accentuent l’impression que le lecteur d’avoir été blackboulé entre des époques diamétralement opposées (la société très puritaine des années 1930 et une vision légèrement futuriste de notre société d’aujourd’hui… un monde à la fois plus procédurier mais aussi plus libre car les hommes et les femmes prennent ouvertement la parole quelque soit le sujet (finance, politique, religion, sexualité…).

« Une nuit avec Lovecraft » est avant tout le moyen de partager un récit très documenté sur la vie et l’œuvre de H.P. Lovecraft. Une partie des éléments présents dans l’album sont d’ailleurs tirés des correspondance que Lovecraft entretenaient avec August Derleth et Frank Belknap. Par la bouche de son héroïne, Rodolphe aborde tour à tour les œuvres marquantes de la bibliographie du romancier américain (« Le rôdeur devant le seuil« , « L’affaire Charles Dexter Ward« , « Dans l’abîme du temps« , « Le cauchemar d’Innsmouth » …), les caractéristiques de l’univers fantastique et horrifique qu’il a construit et enrichit tout au long des années, les figures marquantes qui guident son peuple de monstres effrayants (Cthulhu, Nyarlathotep, Yog-Sothoth…)…

… mais aussi des éléments plus intimes de la vie de Howard Phillips Lovecraft comme des souvenirs de sa jeunesse, l’influence considérable qu’à eu son grand-père sur l’adulte (et l’artiste) qu’il est devenu, ses opinions politiques et certaines de ses prises de positions parfois choquantes (comme le fait qu’il ait témoigné de son soutien à Hitler pendant plusieurs années).

Et puis il y a la mise en abîme d’un auteur aujourd’hui disparu qui aurait l’occasion d’apprendre comment ses œuvres lui ont survécu, de découvrir l’ampleur de l’empreinte qu’il a laissé dans la culture littéraire ou l’âge qu’il avait au moment de sa mort…

Un album qui fascine. Loin de moi l’idée de dire que j’ai été happée par cet album mais le récit contient m’a fascinée de la même manière que les récits de Lovecraft m’ont fasciné et me fascinent encore. C’est certainement pour cette raison que je me suis engouffrée dans la lecture de ce récit fantastique. On a quelques frissons qui nous parcourent l’échine à l’évocation de certains textes de Lovecraft, on touche du doigt cette ambiance morbide et angoissante que Lovecraft a passé des années à détailler une multitude de ses ramifications.

Passionné ou non par l’œuvre lovecraftienne, cet ouvrage permet pour les uns de se sensibiliser à cette culture… pour les autres de rêver à la possibilité de passer un moment privilégié avec un auteur qui les a fait voyager des heures durant dans l’effroi, l’horreur et la fascination.

Une Nuit avec Lovecraft
One shot

Editeur : Mosquito
Dessinateur : Philippe MARCELÉ
Scénariste : RODOLPHE
Dépôt légal : octobre 2018 / 64 pages / 15 euros
ISBN : 978-2-352-83506-6

Je suis un autre (Rodolphe & Gnoni)

Rodolphe – Gnoni © Soleil Productions – 2018

Peppo et Sylvio, des frères jumeaux, passent leurs vacances d’été en bord de mer. Chaque année, ils reviennent sur ce coin de Méditerranée qu’ils connaissent par cœur. A force d’y venir chaque été, ils sont ici comme chez eux et repèrent le moindre changement. Habituellement, Peppo et Sylvio ne se quittent pas d’une semelle malgré des goûts parfois différents. Quand le premier prend plaisir à paresser et à regarder les jeunes femmes sur la plage, le second préfère de loin aller pêcher mais en dehors de ça, impossible de les distinguer tant ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau.

Cet été-là, ils remarquent que la maison Borg, jusque-là inhabitée, s’anime. Ils observent de loin la nouvelle propriétaire s’installer, une jeune peintre dont la beauté n’échappe pas à Peppo. Très vite, Peppo fausse compagnie à Sylvio pour passer du temps avec la belle Edwige. Très vite, il tombe amoureux.

Mais un beau matin, Peppo découvre que son amante a été poignardée. Il court prévenir la Police mais en revenant sur les lieux du meurtre, il s’aperçoit le couteau qui était planté dans la poitrine d’Edwige a disparu… Quelques heures plus tard, Peppo retrouve le couteau ensanglanté dans un des tiroirs de sa commode. Pour lui, il n’y a pas l’ombre d’un doute : c’est Sylvio qui a tué Edwige. Le bras de fer entre les deux frères ne fait que commencer.

Voilà un thriller bien étrange et assez décevant. J’ai tout d’abord été surprise par le dessin de Laurent Gogni qui m’a réjoui le temps de quelques pages et puis le charme s’en est allé. Les couleurs de l’été, différents éléments (les maillots de bains féminins par exemple) qui nous font vite comprendre qu’on est dans les années 20. Il y a une quiétude qui flotte dans l’air, une insouciance aussi. Et puis sitôt que les personnages sont en place et qu’on commence à les voir agir, le dessin semble écrasé, incapable de porter ses personnages. Il les effleure alors qu’il faudrait inciser. Il les caresse alors qu’il faudrait un peu de nervosité. Ça manque de rides, de rictus et de regards en coin. Ce dessin est trop discret pour créer quelques émotions chez le lecteur. On devrait être électriques, tendus et suspicieux… et pourtant nous voilà confortablement installés dans un canapé à regarder les personnages parler et se déplacer.

Il n’y a pas qu’au niveau des illustrations que cela a péché pour moi. Le scénario manque de discrétion dans le sens où on voit venir les choses, sapant tout effet de surprise possible. En devinant à l’avance où Rodolphe voulait nous emmener, j’ai vu les personnages manœuvrer de façon grossière, presque théâtrale, afin de nous conduire maladroitement vers un retournement de situation qui était annoncé plusieurs pages à l’avance.

Un trait trop timide pour porter l’intrigue, un scénario prévisible… et un résultat décevant, surtout avec un auteur aussi aguerri que Rodolphe aux commandes du scénario. Certes, on sent bien que le personnage principal est sur le fil mais l’artillerie lourde qui l’entoure m’a donné l’impression qu’il n’était qu’un pantin. Une histoire qui, pour moi, manque de crédibilité et de finesse.

Les chroniques de Bidib et de Stephie.

Je suis un autre

One shot
Editeur : Soleil
Dessinateur : Laurent GNONI
Scénariste : RODOLPHE
Dépôt légal : janvier 2018
144 pages, 18.95 euros, ISBN : 978-2-302-06634-2

Bulles bulles bulles…

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Je suis un autre – Rodolphe – Gnoni © Soleil Productions – 2018

Das Reich (Rodolphe & Plumail)

Das Reich, tome 1
Rodolphe – Plumail © Soleil Productions – 1996

Das Reich, tome 2
Rodolphe – Plumail © Soleil Productions – 1997

La Seconde Guerre mondiale a bien eu lieu si ce n’est que le 6 mars 1945, l’Allemagne a organisé un raid sur Londres. Cette nuit-là, les cris et les flammes ont déchiré la capitale anglaise qui a été la cible des trois premières Bombes A allemandes. Dès lors,  le conflit va tourner à l’avantage des forces de l’Axe, obligeant les Alliés à s’incliner.

Nous sommes quelque part sur la planète, dans les années 90′. Jo et Buzz sont des détenus de la Citadel, un pénitencier perdu au milieu de nulle part. On ne connait pas la raison de leur détention, on sait seulement que dans cet univers redoutable, Buzz a pris Jo sous son aile. Jo n’a que 16 ans. Comme tous les autres prisonniers, ils n’ont qu’un rêve : celui de pouvoir s’évader un jour.

La dernière uchronie que je vous avais présentée ici, si je ne me trompe pas, est celle de David B dans Par les Chemins Noirs. Un genre que j’apprécie mais que je lis trop peu, c’est pourquoi j’ai profité de l’occasion qu’offrait Lhisbei pour me pencher sur la question.

Le postulat de départ de cette narration est intéressant : imaginer ce que notre monde aurait pu être si les Allemands étaient sortis vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale. Dans l’univers créé par Rodolphe, rares sont ceux qui parviennent à se construire un petit nid douillet et sûr. Tous sont en permanence aux abois, le plaisir est un luxe auquel le peuple semble ne pas avoir droit.

Un monde austère que dépeint Claude Plumail de manière tout aussi austère. Si certains passages peuvent être plaisants à parcourir dans l’ensemble, le graphisme et sans reliefs et les jeux de perspectives posent souvent problème. Du côté des personnages, cela pèche également. Leurs postures sont raides, engoncées. Leurs traits sont grossiers et figés, les mouvements manquent de fluidité et de légèreté. Un défaut majeur que l’on retrouvera dans les deux tomes. Enfin la colorisation, faites de teintes neutres (ocres, marrons, verts), accentue la froideur du graphisme. Visuellement, c’est monotone.

A première vue, la trame narrative a un potentiel intéressant mais il est mal exploité. Au terme de 90 planches de lecture, on se contente de supposer ce que pourrait être la planète si elle avait été gangrenée par l’Allemagne nazie. Le premier tome est une longue introduction, le second tome apporte peu d’informations supplémentaires et tous deux ouvrent (logiquement) de nouvelles pistes à quelques planches de la fin… Effet salvateur… soit… mais insuffisant pour gommer le scepticisme sur l’intérêt que pourrait avoir cette série. Les personnages manquent de réel charisme, ils ne créent aucune émotion chez le lecteur. Non pas que le récit ne soit pas crédible, mais un peu plus de liant et « d’étincelle de vie » auraient été les bienvenus. Des personnages égarés dans leur monde et un lecteur qui n’est pas impliqué dans sa lecture.

Cette lecture est ma première participation pour le Challenge Winter Time Travel organisé par Lhisbei

pictobofJe n’avais pas lu cette série depuis la sortie du tome 2 et honnêtement, je comprends mieux pourquoi elle ne m’avait pas laissé un souvenir ému. Cette histoire a indéniablement un potentiel mais il est mal exploité. Das Reich est une série qui ne verra certainement jamais sa suite publiée. La raison m’est inconnue et mes recherches sur internet n’ont rien donné.

Je me pose une question : les auteurs savaient-ils dans quelle direction orienter l’intrigue au moment où ils ont commencé à écrire cette histoire ??

Das Reich

Tome 1 : Citadel

Tome 2 : Route des Svatiskas

Série abandonnée ?

Éditeur : Soleil

Dessinateur : Claude PLUMAIL

Scénariste : RODOLPHE

Dépôt légal : février 1996 (tome 1) et mai 1997 (tome 2)

Bulles bulles bulles…

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Das Reich, tome 2 – Rodolphe – Plumail © Soleil Productions – 1997