Deadline (Bollée & Rossi)

Bollée – Rossi © Glénat – 2013
Bollée – Rossi © Glénat – 2013

« Camp d’Anderson, Georgie, août 1864. Dans cette gigantesque prison à ciel ouvert, alors que la guerre de Sécession fait rage, le monde se divise en deux catégories : les geôliers sudistes et les captifs nordistes. Entre les deux, la deadline. Le prisonnier qui franchit cette ligne gagne un aller simple pour l’enfer. Parmi eux, un soldat noir au calme insolent, le regard fier, intrigue le jeune confédéré Louis Paugham, affecté à la surveillance du camp… » (synopsis éditeur).

Cette année, j’avais eu l’occasion de découvrir Terra Australis, un album qui m’avait réellement impressionné du fait, notamment, de l’énorme travail de recherche qu’il avait nécessité. Certes, l’intrigue était un peu longue mais assez bien menée. Peu de temps après, Jérôme m’apprend qu’un second tome de Laurent-Frédéric Bollée est prévu pour la rentrée 2013. Ni une ni deux, on projette de faire une lecture commune à l’occasion de ce nouvel album.

Forte de tout cela, j’étais partie assez confiante dans cette lecture. Un thriller à couteau tendu sur toile de fond historique, cela m’avait intriguée… je ne demandais qu’à être surprise. Le premier contact avec le scénario fut plutôt satisfaisant. Une voix-off accueille le lecteur et laisse suffisamment planer le mystère pour que l’on ait envie de tourner la page. Le personnage est animé par une haine profonde, déterminé à mettre son plan à exécution. Quel plan me direz-vous ? Assouvir son désir de vengeance. Quant à la raison qui explique sa démarche, il nous faudra attendre les deux-tiers de l’album pour avoir une vision globale des faits et comprendre qui motive son geste.

Cet ouvrage a des qualités indéniables, à commencer par les illustrations de Christian Rossi (également dessinateur sur la série W.E.S.T.) qui sont simplement magnifiques. Des ambiances tour à tour étouffantes de chaleur. La tension peut parfois aller jusqu’à être électrique au point que l’intensité d’un regard peut mettre le feu aux poudres. Le trait est précis, le cadrage impeccable… très beau travail proposé pour la partie graphique. Quant au scénario, le postulat de départ est très intéressant. Miser sur l’idée qu’un jeune soldat sudiste est totalement fasciné par un prisonnier yankee (noir de surcroît) était osé. Puisque Laurent-Frédéric Bollée nous permet de comprendre le parcours de ce confédéré atypique, l’hypothèse de départ se tient largement. Pour finir sur ce que j’ai apprécié dans le scénario, je voulais également parler des dialogues qui s’effacent à des moments opportuns, j’ai trouvé ces choix pertinent. Cela permet au lecteur de mesurer la tension et de s’imprégner davantage des rapports de force en place.

Bollée – Rossi © Glénat – 2013
Bollée – Rossi © Glénat – 2013

Malheureusement, je n’ai pas apprécié cet album que je trouve assez confus. On a du mal à se situer dans le temps. L’intrigue principale se situe en 1864, le dénouement est ancré en 1901 mais on est amené à remonter également dans l’enfance de Louis Paugham (personnage principal). On fait des va-et-vient constamment entre passé et présent, ce qui casse le rythme de lecture et, je dois dire, prive le récit d’une certaine fluidité. Si ces secousses dans le scénario permettent effectivement au scénariste de faire monter la tension crescendo, je vois avant tout les inconvénients provoqués par la présence des flash-backs : le repérage spatio-temporel est difficile, certains détails narratifs sont lourds (et pas toujours utiles). Je trouve le personnage principal assez insupportable : c’est le parfait cliché du jeune soldat orphelin recueilli par un bon samaritain (prêcheur de surcroît) enrôlé à l’insu de son plein gré… J’ai un peu de mal. Sa personnalité est ambigüe et ses réactions vraiment particulière. Quelle cause défend-il exactement ?

PictomouiJe constate donc une nouvelle fois que lorsque l’Histoire est utilisée à une fin uniquement « artificielle », je n’adhère pas à l’album. En effet, s’il est question de lutte pour l’abolition de l’esclavage et de guerre fraternelle (la Guerre de Sécession n’en est-elle pas une ?), Deadline nous propose en fait le récit d’une quête : celle d’un homme à la recherche de son identité quoique… je pourrais résumer en disant qu’il recherche son identité sexuelle.

La bande-annonce :

En fait, je trouve ce récit relativement déplacé. J’ai du mal à adhérer à cette petite histoire individuelle qui se fond dans la grande histoire de l’homme. Finalement, je ne tire pas grand-chose de cette aventure, si ce n’est le fait d’avoir profité de planches sur lesquelles s’étalent des illustrations magnifiques, des scènes où la tension est presque palpable et quelques tournures de phrases rondement menées. Un avis mi-figue mi-raisin…

Une lecture commune avec Jérôme. Vous pouvez lire sa chronique en cliquant sur ce lien.

Deadline

One shot

Editeur : Glénat

Dessinateur : Christian ROSSI

Scénariste : L-F BOLLEE

Dépôt légal : septembre 2013

ISBN : 978-2-7234-8946-1

Bulles bulles bulles…

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