Bumf, volume 1 (Sacco)

Sacco © Futuropolis - 2015
Sacco © Futuropolis – 2015

Grosso modo, à l’origine, il n’y avait rien que de la matière volatile et Dieu est arrivé ; il créa la Terre et ses différentes formes de vie. La suite de l’histoire, on la connaît, le jardin d’Eden, l’harmonie et puis… le début d’un laisser-aller – aux prétextes d’une plus grande liberté et de l’acquisition d’un certain confort de vie – où l’humanité a fait siennes des notions telles que la dépravation, l’hypocrisie, la cupidité… A bien y regarder – et en observant nos conditions de vie actuelle – on se demande à partir de quand ce fichu grain de sable s’est glissé dans le mécanisme bien huilé de la création (et tout ne peut pas s’expliquer par le fait qu’on ait croqué dans une pomme), pourquoi les voix qui s’élèvent contre ces dérives n’ont pas permis que l’on réagisse… et de quelles autres dérives peut-on bien être encore capable avant que la machine ne s’enraye définitivement ? Le problème avec cet album, c’est que Joe Sacco en imagine quelques-unes et malgré leur absurdité, elles ne semblent pas impossibles…

Quand allons-nous réagir ?

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Or, la terre était informe, et vide ; les ténèbres couvraient l’abîme. Et l’Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux. Et Dieu dit alors : que la lumière soit … Des millénaires plus tard, nous devons constater que cela a sacrément dérapé : pollution, violence, pauvreté, corruption… C’est dans ce contexte particulier que le capitaine d’aviation Joe Sacco, de l’escadron 6147, est amené à bombarder Téhéran. Heureusement, son identité d’auteur de roman graphique est révélée et il redevient simple soldat, assistant d’un colonel moustachu et bedonnant qui, pour en découdre avec l’ennemi teuton, a décidé de « baiser le kaiser » et ses hommes ; Par conséquent, il vit nu, prêt à donner de sa personne ! Bumf nous ramène donc au début de la carrière de Sacco, à l’époque où il était dessinateur humoristique d’avant-garde » (extrait du synopsis de l’éditeur).

Le lecteur va être amené à plonger dans un univers déjanté où les périodes de l’Histoire se mélangent. Ainsi, on voit évoluer des personnages directement sorti de l’époque de la Seconde Guerre Mondiale (fringues, avions, décors…) alors même que Nixon et les technologies existantes durant son mandat présidentiel… ainsi que les gadgets fonctionnels de notre temps (un caissier scanne les codes-barres d’articles, les ordinateurs portables pullulent sur les tables de réunions…). Dans ce fatras temporel, la mise en abyme de l’auteur [dans cet album] nous invite à le cueillir au moment-même où il reçoit les directives pour une nouvelle mission dont la cible est Téhéran. Affublé du grade de Colonel de l’armée de l’air U.S., il a tôt fait de corriger cette bévue en rappelant qu’il est auteur de bande dessinée. Cela dit, le quiproquo lui a tout de même permis de côtoyer un haut gradé qui ressemble étrangement à Clémenceau (le monocle en plus).

On est ainsi poussé dans un ailleurs, à la fois passé où l’on se fait assaillir par une succession étourdissante de propos qui montrent la guerre et ses absurdités et où le scandale du Watergate transpire à chaque page sans jamais être explicitement nommé. Durant la lecture, on ne manquera pas de repenser à la situation explosive du Moyen-Orient et aux enquêtes sur les écoutes téléphoniques (franco-françaises, révélations de Snowden). On est aussi dans un futur proche puisque cette configuration politico-économique est à la fois inconnue et surannée, du fait du caractère absurde des forces en présence et de l’attitude des protagonistes. Et puis il y a là quelque chose de très archaïque dans le rapport au corps et le recourt à une sexualité bestiale réduisant l’homme à tout ce qu’il a de plus primaire. On ressent une accentuation des tensions, un rapprochement douteux entre les médias et les politiques, la validation de textes de lois incohérents… L’auteur s’amuse, cinglant et cynique. Le ton est à l’humour mais les vérités qui sont tapies dans ses propos ne leurrent pas sur sa motivation à dénoncer les dysfonctionnements d’un système planétaire où les enjeux semblent parfois ne tenir qu’à une habile prouesse d’équilibriste.

Joe Sacco (Gaza 1956, Palestine, Gorazde…) nous offre donc un récit intemporel, qui raconte à la fois les déboires de l’histoire et anticipe sur d’hypothétiques dérives. Le ton sarcastique et satirique du récit tord à l’extrême les vices et actes malveillants des hommes politiques, des sociétés secrètes et autres entités obscures. Il s’amuse avec les concepts de dépravation, de perversité et de fantasmes qui conduisent à des pratiques parfois obscènes, parfois dégradantes… et auxquelles certains individus peuvent avoir recours à contrecœur mais non sans ressentir (peut-être) une certaine jouissance dans la réalisation de certains gestes. Une jouissance écœurante à laquelle on peut (parfois aussi) devenir dépendant.

Bumf. Un titre obscur qui pourrait compléter le registre des onomatopées. Un titre qui trouve peut-être son socle dans le mot anglais « bum » (et que l’on pourrait traduire par clochard). L’image du clochard à laquelle on associe trop souvent un manque d’hygiène flagrant, une tendance à la dépravation et au laisser-aller. Une image qui colle parfaitement à la manière dont Sacco représente ce monde décadent : une décharge à ciel ouvert où tout est sale et vicié. Des hommes semblables à des automates, dépourvus de libre-arbitre. Outre ce regard accusateur sur le monde politique, Joe Sacco dénonce également la docilité des « petits peuples » à se plier aux exigences de leurs élus. Les prises de conscience sont si ténues et si fragile qu’elles risquent à chaque moment d’être dispersées à tout vent. Il est ici question d’une humanité qui se meure, d’intérêts individuels qui étouffent toute notion de solidarité, de citoyens qui perdent tout sens des valeurs face à un système politico-économico-juridique qui les écrase comme des fourmis. L’appât du gain a cette vertu de pouvoir inciter l’individu à renoncer à des principes forts : intégrité, franchise… Le plaisir de faire a laissé place à la cupidité. L’aspect vénal des choses est ici poussé à son paroxysme. Joe Sacco n’hésite d’ailleurs pas à se remettre lui-même en question et à montrer les effets pervers de ce qu’il avance. Une invitation officielle du Président, quelque courbettes destinées à le brosser dans le sens du poil et voilà notre auteur-narrateur qui perd son âme – et sa raison – en se mettant au service de la propagande et en devenant ainsi un outil du système gouvernemental, répandant des rumeurs infondées et élaborant des ouvrages qui vantent les éloges de cette hypocrisie à l’échelle planétaire.

Dans Bumf, le personnage de Nixon nous marque de par la manière qu’il a d’œuvrer dans les couloirs de la Maison blanche. Il est décrit comme un grand marionnettiste aux allures d’adolescent attardé (mais qui détient dans ses mains des responsabilités gigantesques, détenant ainsi droit de vie et de mort sur ses opposants, qu’ils soient chef d’Etat ou simple petite merde citoyenne). Gourou à ses heures – ce qui lui pose un léger problème de conscience – mais face aux bénéfices ainsi obtenus, il a tôt fait de recourir abondement à des jeux puérils.

PictoOKLa métaphore est grande. Sacco l’utilise à chaque page et l’injecte aussi bien dans son propos que dans ses dessins. La majeure partie de ses personnages sont masqués et dénudés. L’enculement devient central dans les rapports relationnels de la société qu’il dépeint. L’enculement comme arme de guerre, comme méthode d’endoctrinement… et comme mode de jouissance du bourreau mais aussi de sa victime. L’enculement comme une pilule que l’on avalerait pour palier à une simple céphalée.

L’absence de garde-fous, la frénésie induite par la direction que prend le collectif et qui ne permet pas à l’individu isolé de lutter longtemps, la théorie du complot… Une lecture jouissive, une lecture impulsive mais une lecture censée et réflexive. L’humour est noir et grinçant. L’argumentation est fluide et malgré l’emploi de métaphores illogiques, le lecteur voit tout à fait ce que l’auteur pointe du doigt. Un doigt accusateur certes, mais cela est fait avec finesse et esprit.

Un propos largement exagéré mais curieusement… pas tant de mauvaise fois que cela ^_^

L’ouvrage est dédié à Kim Thompson et Spain Rodriguez, acteurs de la scène comics underground et tous deux morts d’un cancer en 2013 et 2012.

Extraits :

« Revoyons les opérations de demain. L’heure H est fixée à 5h30. C’est l’assaut final. Vous avez tous reçu vos ordres, mais laissez-moi résumer. Au premier coup de sifflet, les soldats retireront leurs bottes, leurs uniformes et tous leurs vêtements. Au deuxième coup de sifflet, ils auront d’énormes érections. Au troisième coup de sifflet, ils avanceront dans les tranchées des Fritz. Ils tueront l’ennemi où qu’il se trouve. Et ce n’est pas tout… Ils devront aussi l’enculer » (Bumf, volume 1).

« Eh bien, Monsieur, on allait justement s’occuper du citoyen suspect que vous voyez-là.
– Qu’est-ce qu’elle a fait ?
– Rien à strictement parler, Monsieur le Président.
– Rien vous dites ?
– Exactement, Monsieur. Selon le rapport, elle était plantée là, sans motif apparent, occupée à une non-action dont on n’a pu tirer aucune conclusion.
– Elle avait donc un comportement suspect ?
– Moins suspect qu’incompréhensible, Monsieur.
(…)
– Mais cette personne a-t-elle fait quelque chose de mal ?
– Le mal, le bien… qui sommes-nous pour en juger, Monsieur le Président ? » (Bumf, volume 1).

Du côté des challenges :

Tour du monde en 8 ans : Malte

Bumf

Volume 1

Série en cours

Editeur : Futuropolis

Dessinateur / Scénariste : Joe SACCO

Dépôt légal : mars 2015

ISBN : 978-2-7548-1204-7

Bulles bulles bulles…

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Bumf, volume 1 – Sacco © Futuropolis – 2015

Jours de destruction, jours de révolte (Hedges & Sacco)

Hedges – Sacco © Futuropolis - 2012
Hedges – Sacco © Futuropolis – 2012

Deux années de travail auront été nécessaires pour recueillir les témoignages contenus dans cet ouvrage. Pine Ridge, Camden, Immokalee et Welch sont des zones sinistrées.

carte des USSi certaines ont connu un essor flamboyant au début du XXème siècle (Camden a notamment été le fleuron de l’industrie américaine avec l’activité de ses chantiers navals), d’autres n’ont jamais eu ce privilège (Pine Ridge a toujours connu le chômage et la ghettoïsation de la population amérindienne). Joe Sacco et Chris Hedges se sont rendus dans ces villes laissées à l’abandon. Leur objectif : « rendre compte de l’impact du capitalisme sauvage » sur ces régions. Chômage, pauvreté, violences urbaines, alcool, drogue… font le quotidien des habitants. Leurs témoignages sont ici au cœur du débat alors qu’habituellement, leurs propos sont étouffés par l’Etat et les grandes entreprises. Pourquoi ? Parce que les hommes politiques, corrompus jusqu’à la moelle, sont à la solde des grandes firmes avides de profits. Le bilan est sans concession : le système capitaliste doit disparaitre sans quoi, il nous emportera tous dans sa chute.

L’ouvrage se découpe en cinq chapitres. Première destination : Pine Ridge. D’une interview à l’autre, des termes récurrents : racisme, chômage pour près de 80% de la population, alcool, drogue, incarcérations, règlements de compte, corruption. On est pris à la gorge par les propos amers et résignés d’une population amérindienne contrainte de nier sa propre identité culturelle. Pourtant, ils ne sont pas intégrés, ils n’accèdent pas aux emplois, ils ne sont pas respectés. Depuis la colonisation, le gouvernement américain n’a cessé de revenir sur ses promesses mais depuis peu, l’Etat légifère et leur permet de renouer avec les rituels ancestraux de leur peuple. Le chapitre se clôt sur une conclusion pessimiste à l’égard du devenir de ces familles.

Nous nous rendons ensuite à Camden, en banlieue de Philadelphie. De nouveau, il est question de chômage, de pauvreté, d’insalubrité des logements, de gens à la rue, d’alcool, de drogues, de guerre des gangs. L’arrivée subite des grands industriels au début des années 1900 avait permis à la ville de connaître un essor rapide puis, en 1960, les industries ont délocalisé. La ville s’est peu à peu désertée laissant la population livrée à elle-même. Près de 60% de chômage, des emplois précaires… « A Camden, le monde est divisé entre proies et prédateurs. Plus vous êtes faible – immigrés illégaux, familles déshéritées – plus il y a de vautours qui rôdent autour de vous ». Il ne semble pas y avoir d’issue possible pour Camden, la corruption sclérose toute perspective de changement.

A Welch, ancienne ville minière située au cœur des Appalaches, les firmes d’exploitation du charbon imposent leur diktat sur les élus et sur la population (tributaires des grands patrons qui les embauchent). Ici aussi, la région a été prospère. Délocalisations et mécanisation du travail ont apporté le chômage. La demande d’emploi dépasse largement l’offre, ce qui permet aux industries d’imposer des conditions de travail draconiennes… Sans compter les ravages causés par les carrière d’extraction [du charbon] à ciel ouvert qui détruit l’écosystème de la région à une vitesse vertigineuse. A cela s’ajoutent la pollution de l’air, de l’eau… Les industries mentent sur la nature de leurs rejets et le traitement de leurs déchets. Des poignées de locaux tentent d’obtenir le soutien de l’opinion publique… en vain.

Détour par la Floride enfin, à Immokalee, un des fiefs des exploitants agricoles. Là, les travailleurs clandestins venus du Mexique ou du Guatemala sont sous le joug des contremaitres. Fidèle à des valeurs qu’elle entretient depuis près de deux siècles, la Floride est le bastion de l’esclavage par le travail. Les ouvriers agricoles, généralement des clandestins, sont contraints d’accepter des conditions de travail effroyables. Coups, harcèlements sexuels, violences verbales, salaires de misère, journées de travail de 14 heures… certains sont même séquestrés dans des hangars dès la fin de leur journée de travail (les employeurs s’assurant ainsi qu’ils ne s’échapperont pas durant la nuit et qu’ils seront en mesure de reprendre leur poste dès les première heures du jour).

Dans tous ces lieux, des gens combattent les agissements des industriels et des politiques. C’est le pot de terre contre le pot de fer. A Immokalee cependant, des individus se sont rassemblés. Le syndicat de « La Coalition des travailleurs d’Immokalee » met à la disposition de ses membres (les rares ouvriers agricoles qui acceptent de rejoindre le mouvement et de témoigner) des juristes et des aides financières. Le mouvement s’inscrit dans la veine de celui d’Occupy lancé en septembre 2011 par les Indignés.

D’ailleurs, le dernier chapitre de Jours de destruction – Jours de révolte s’intéresse à ce mouvement. Joe Sacco et Chris Hedges sont allés à New York pour rencontrer des manifestants et soutenir cette action pacifique militante. Outre les nombreux témoignages contenus dans cette partie, Chris Hedges se dresse ouvertement contre les pratiques capitalistes, contre les agissements de l’Etat-entreprise, contre cette politique de profit qui creuse un fossé de plus en plus large entre le 1% de privilégiés et le reste de la population.

Hedges & Sacco ne le mentionnent pas, mais le mouvement des Indignés se réfère notamment au livre de Stéphane Hessel, Indignez-vous !, pour lequel vous êtes nombreux à avoir réagi (Chez Lo, OliV, Colimasson, Enna…). Seulement dans cet album, on est loin des trente pages d’Hessel… Pour réaliser cet ouvrage, les auteurs ont également réalisé un gros travail de recherche documentaire (chaque chapitre contient une biographie très riche). Les propos sont étayés, argumentés et propices à la réflexion. Le lecteur est interpellé et invité à s’allier à la contestation.

Si les propos de Chris Hedges sont abondants dans ce livre, les bandes dessinées et illustrations de Joe Sacco le sont moins. Chaque chapitre propose un témoignage en bande dessinée d’une dizaine de pages. Des illustrations apparaissent çà et là, une demi-douzaine par partie, et proposent soit des portraits soit des illustrations décrivant l’environnement géographique.

Une lecture que je partage avec Mango à l’occasion de ce mercredi BD

Et découvrez les albums présentés par les autres lecteurs !

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PictoOKJ’ai choisi de lire cet ouvrage dans le cadre d’une lecture commune avec Jérôme. Pour prolonger les échanges, je vous invite à lire sa chronique sur D’une berge à l’autre.

J’aimerais pouvoir partager avec d’autres lecteurs nos impressions sur cet album. Réellement, il mériterait d’avoir un large lectorat.

A lire également sur ce sujet : Garduno en temps de paix et Zapata en temps de guerre, La survie de l’espèce, Saison brune.

Les chroniques : Cinquième de couverture, Coline.

Extraits :

« La course effrénée aux profits a engendré un monde dans lequel toute chose, tout individu, est vu comme une marchandise » (Jours de destruction – Jours de révolte).

« Etrangement, cette idée fixe qu’ils ont de posséder et de labourer la terre est un mal qui les ronge de l’intérieur, a dit Sitting Bull. Ces gens ont établi des règles que les riches peuvent enfreindre, mais pas les pauvres. Dans leur religion, les pauvres vénèrent Dieu, mais pas les riches ! Ils prélèvent même la dîme sur les miséreux et les faibles pour subvenir aux besoins des riches et de ceux qui gouvernent. Ils soutiennent que notre mère à tous, la Terre, leur appartient exclusivement, mais ils édifient partout des clôtures et la défigurent avec leurs bâtiments et leurs détritus » (Sitting Bull, cité dans Jours de destruction – Jours de révolte).

Jours de destruction – Jours de révolte

One shot

The-reading-Comics-challengeÉditeur : Futuropolis

Auteur : Chris HEDGES

Illustrateur / Dessinateur : Joe SACCO

Dépôt légal : novembre 2012

ISBN : 978-2-7548-0876-7

Bulles bulles bulles…

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Jours de destruction, Jours de révolte – Hedges – Sacco © Futuropolis – 2012

Le jour où… France Info 25 ans d’actualités (Collectif d’auteurs)

Le jour où... France Info 25 ans d'actualités
Collectif d’auteurs © Futuropolis & France Info – 2012

1987-2012.

Cet album retrace les faits majeurs qui ont marqués l’actualité durant cette période : la chute du mur de Berlin, l’attentat du 11.09.2001, la tempête de 1999, l’élection d’Obama…

Chaque chapitre est couvert par un auteur ou un duo d’auteurs, mettant ainsi en exergue toute la richesse, la technicité et la variété de la bande dessinée.

Le lien vers la fiche éditeur est inséré dans les références de l’album (en bas d’article).

Cela faisait très longtemps que je souhaitais lire la première version de cette collaboration entre France Info et Futuropolis.

Mitchul présentait ici cette édition, celle dont je vais vous parler est une version augmentée de 7 chapitres (couvrant les années 2008-2012).

Chaque sujet est abordé de manière très personnelle. Le cahier des charges adressé aux auteurs semble large. Certains sont scrupuleux quant au sujet et partagent points de vue et connaissances sur l’événement. D’autres détournent le sujet et abordent ce « buzz médiatique » indirectement ; certes, quelques anecdotes rapportées ici n’apportent rien au sujet mais ce cas de figure se présente ponctuellement.

De David B. à Davodeau, de Jean-Denis Pendanx à Igort, de Stassen à Sacco… imaginez la richesse de styles, de graphismes et de points de vue !!

Je n’aborderais pas le détail de chaque nouvelle et la manière dont les sujets sont traités. Deux récits ont cependant retenu mon attention :

  • Le travail de Pierre Christin & Guillaume Martinez (repéré récemment dans Motherfucker) : la narration très journalistique tout d’abord. Christin énumère les impacts de l’événement aux quatre coins de la planète, mettant ainsi en exergue la diversité des accueils consacrés à cette information allant ainsi de la plus farouche des paranoïas (des chrétiens fondamentalistes de l’Arkansas au « obsessionnels du chiffre 11) à l’indifférence totale dans les régions les plus reculées d’Afrique Noire ou dans les communautés ouvrières du sud de la Chine. Le dénouement tombe comme un couperet au terme de 8 pages. Le graphisme de Guillaume Martinez est sombre, réaliste, délicat bref… le ton est juste de bout en bout pour ce volet d’actualité.
  • Le travail d’Etienne Davodeau sur la tempête de décembre 1999. C’est beau, poétique et la narration joue parfaitement avec une ambiguïté très bien dosée entre premier et second degré. La métaphore est belle et la narration… tant de charme et d’ironie s’en dégage ! Voici comment cela commence :

J’ai toujours bien aimé le vent. Là où je vis, c’est le vent d’ouest qui règne en maître, familier mais changeant. L’hiver, cet idiot fait du zèle, distribuant ses averses sans avarice. Pour se faire pardonner, certains soirs, il nous invite au spectacle et nous offre un crépuscule sanguine et ardoise. On pardonne. Au printemps, bon ouvrier, il se fait brise guillerette. Toujours prêt à rendre service, il transporte sans barguigner pollens et giboulées

… je vous laisse découvrir la suite lors de la lecture… Pour illustrer cette ode au vent et contrecarrer la douceur de ses mots, les visuels de l’auteur se teintent d‘ocres, de bruns et de gris et mettent en scène l’élément quand il se déchaîne. Superbe.

PictoOKLes amateurs de BD reportages devraient apprécier tant la qualité des compositions que les propos qu’elles contiennent.

Les chroniques : Jérôme, Eric Guillaud, Madoka, Gwordia et Bulles en Champagne (site consacré au Festival éponyme).

Extrait :

« Perdre sa liberté, c’est perdre sa dignité. Le rapport avec toi-même ne t’appartient plus. Tu ne peux plus décider seule ce que tu ressens dans ton cœur. Tu essaies de vivre dans ta tête… dans tes pensées. C’est là la seule liberté que l’on ne peut jamais t’enlever. Jamais. Et tu en arrives même à haïr ton corps, car il est source de douleur, même si c’est la seule chose qui te fasse sentir en vie » (Le jour où… France Info 25 ans d’actualitésLa Libération d’Ingrid Bettancourt par Igort).

Le jour où… France Info 25 ans d’actualités

Anthologie

Éditeurs : Futuropolis & Editions Radio France

Collectif d’auteurs :

en plus des auteurs pointés par les Catégories de publication de mon article (voir au début de l’article, en dessous du titre de l’album), ont également collaboré à cet ouvrage :

Thierry MARTIN, BLUTCH, Jean-Claude DENIS, Jacques FERRANDEZ, Mathieu BLANCHIN, Christian PERRISSIN, Emmanuel MOYNOT, Jean-Pierre FILIU, Cyrille POMES, TIGNOUS, Miles HYMAN & JUL

Dépôt légal : juin 2012

ISBN : 978-2-7548-0822-4

Bulles bulles bulles…

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Le jour où… France Info 25 ans d’actualités – Collectif d’auteurs © Futuropolis – 2012

Reportages (Sacco)

Reportages
Sacco © Futuropolis – 2011

Palestine, Caucase, Irak, Immigrés africains qui font route vers l’Europe (en passant par Malte), Inde… des crises, des guerres, des massacres, de la corruption… des situations qui n’ont souvent pas voix au chapitre, qui font la Une des journaux mais après avoir été tronqués, déformés et maquillés pour les rendre plus « acceptables », plus accrocheurs et donc plus « vendables » (respirez, la phrase est terminée).

Cet album regroupe des reportages que l’auteur a publiés dans des magazines, journaux et livres collectifs. Regroupés en six chapitres, Joe Sacco dresse un portrait rapide mais complet du quotidien douloureux d’individus aux quatre coins du globe. « J’ai choisi moi-même les histoires que je voulais raconter et cette sélection devrait faire apparaître assez clairement mes sympathies » précise l’auteur.

Plongée en apnée dans presque 200 pages de misères et de souffrances.

En introduction, Joe Sacco revient sur la question de l’objectivité du journaliste et le côté subjectif de ses dessins. Il précise d’ailleurs qu’« un dessinateur de BD capture son dessin au moment qu’il ou elle choisit. C’est ce choix qui fait de la bande dessinée un médium subjectif par nature ». Pourtant, y a-t-il lieu de nier cette forme de journalisme ? Je ne crois pas, je suis même convaincue du contraire.

Les reportages de cet album ont été réalisés entre 1998 et 2011 pour le compte de revues de presse comme le New York Times, le Time Magazine, le Boston Globe, Harper’s Magazine, la Revue XXI… les rédacteurs en chef de chaque éditorial se laissant la possibilité de ne publier qu’une partie du reportage, déformant ainsi les propos de l’auteur. Un manque de reconnaissance de son travail parfois douloureux.

Voilà un bon album d’investigation dont il est difficile de parler. Les reportages abordent des situations de crise à différents points du globe et, même si le maître mot semble être l’intolérance des hommes à l’égard d’autres hommes, il est assez difficile de présenter cet ouvrage sans vulgariser son contenu et la qualité des reportages qu’il contient. Joe Sacco parvient à se positionner ouvertement, à dénoncer, sans omettre l’avis contraire. On accède ainsi aux différents points de vue sur plusieurs situations critiques du Globe sans recourir aux jugements de valeur (je pars du principe que donner son point de vue en l’argumentant n’est pas un jugement de valeur). Alors forcément, le lecteur est de parti pris mais les éléments sont amenés avec finesse et intelligence… libre à chacun de voir les choses différemment du reporter.

Les visuels ont un réel poids ; ils sont tantôt au service des propos de l’auteur, tantôt servis par ces mêmes propos. Enfin, la présence de passages muets laisse le lecteur seul face au témoignage, « une image vaut mille mots » dit un proverbe chinois… J’ai été saisie par ces témoignages d’hommes et de femmes en détresse, en grande souffrance. Que faire à notre niveau ?

Je partage cette lecture avec Mango et les participants aux

MangoCet album me semble être un bon support pour découvrir l’auteur et se sensibiliser à son approche. Je comprends les lecteurs qui appréhendent de s’enfoncer dans Gaza 1956, en marge de l’histoire (près de 400 pages) ou Palestine (diptyque de plus de 300 pages). Ici, la découpe en chapitres permet d’interrompre la lecture si le besoin se fait ressentir. Les mots sont pesés, les reportages offrent une vision assez complète des situations même si, habituée à ses autres albums, je n’y ai (logiquement) pas retrouvé un traitement du(des) sujet(s) aussi fouillé. Le contexte historique/politique et social est certes moins étoffé… mais cette approche permet de se sensibiliser sans avoir l’impression d’être étouffé par le poids d’une déferlante d’informations, de dates… Le chapitre « Palestine » ouvre d’ailleurs quelques fenêtres sur ses deux autres albums (cités plus haut) puisqu’on y retrouve des hommes et des femmes que l’auteur a déjà présentés, certains visuels (rares) sont également repris ici.

La fiche album du site Bedetheque reprend plus en détails le contenu de chaque reportage.

Treize pages sont prépubliées sur le blog de Futuropolis.

L’avis de FlavienP.

Challenge Carnet de VoyageExtraits :

« Malgré l’impression qu’ils peuvent essayer de donner, les journalistes ne sont pas des mouches sur le mur, que nul ne voit ni n’entend. Quand un journaliste fait un reportage sur le terrain, sa présence est presque toujours ressentie. Les jeunes hommes brandissent leurs fusils lorsqu’une équipe commence à les filmer, et ils se rappellent mutuellement à l’ordre si un journaliste commence à leur poser des questions inquisitrices. Mon intention, en admettant que je suis présent dans la scène, est de signaler au lecteur que le journalisme est un processus pratiqué pour un être humain, avec toutes les imperfections que cela implique. Ce n’est pas une expérience figée, effectuée par un robot derrière du Plexiglas » (Reportages).

« L’équilibre ne doit pas être un écran de fumée pour cacher la paresse. S’il existe une, deux ou davantage de versions des événements, un journaliste doit explorer et examiner chacune des affirmations. Mais à la fin, il doit aller au fond des choses et rendre compte indépendamment de ceux qui affirment » (Reportages).

« Les profondeurs rurales de Kushinagar sont un exemple de cette Inde qui ne rayonne ni ne scintille. La plupart des gens n’y possèdent presque rien, voire rien du tout, et il leur est possible – par l’endettement – d’avoir encore moins » (Reportages).

Reportages

One Shot

Éditeur : Futuropolis

Dessinateur / Scénariste : Joe SACCO

Dépôt légal : novembre 2011

ISBN : 9782754806695

Bulles bulles bulles…

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Reportages – Sacco © Futuropolis – 2011

Anthologie American Splendor Vol.3 (Pekar & Collectif)

Anthologie American Splendor Volume 3
Pekar – Collectif © Ça et Là – 2011

« Ce dernier volume de l’Anthologie consacrée à la série de Harvey Pekar couvre les années 1993 à 2004. Pekar y décrit notamment son combat contre un cancer lymphatique au début des années 1990, ses conflits avec sa dernière femme, Joyce Brabner, son départ à la retraite, mais aussi son regain de notoriété au moment de la sortie du film American Splendor, avec la verve qui le caractérise » (synopsis éditeur).

American Splendor est une série autobiographique débutée dans les années 1970. Incapable de dessiner, Harvey Pekar a sollicité des auteurs de la BD underground américaine pour illustrer ses textes.

Le récit aborde chronologiquement des scènes de la vie courante, contient régulièrement des retours en arrière (souvenirs plus ou moins proches), des témoignages de tiers en lien ou non avec le parcours de l’auteur. Il remonte jusqu’à la rencontre entre son père et sa mère mais dans l’ensemble, les 28 histoires de cet album se concentrent sur une période allant des années 70 à nos jours. Il revient sur son expérience de Critique de jazz qu’il débute à l’âge de 19 ans (après 17 ans à rédiger ses articles, il cesse cette activité et ne la reprendra qu’au moment de son départ à la retraite). Il obtient ensuite un poste d’employé aux Archives du Gouvernement fédéral qu’il occupera plus de 30 ans. Durant ce laps de temps, il rencontre Robert Crumb qui lui fait découvrir son travail et lui propose d’illustrer les premiers chapitres d’American Splendor (les premiers fascicules sont auto-édités par Pekar). Un chapitre de ce volume, illustré par Gerry Shamray, résume son parcours professionnel.

Un ouvrage de 190 pages dans lequel j’ai eu du mal à entrer. Le fait que ce soit un troisième volume de série n’en est pas la raison (les tomes peuvent se lire indépendamment les uns des autres) mais à la difficulté de devoir côtoyer un homme anxieux, pessimiste, bougon et assez dolent. Cependant, passé le premier tiers de l’album, ce ressenti s’estompe. En effet, l’agitation due à la sortie de l’adaptation d’American Splendor au cinéma donne une nouvelle dynamique au récit et à son auteur.

Harvey Pekar se livre sans grande pudeur. Il parle de son état de santé (principalement son cancer), de sa situation financière, de son couple, de sa paternité, de sa personnalité, de son travail d’auteur (difficulté à se faire publier et/ou indemniser pour ses articles)… Un homme qui s’apitoie parfois (c’est l’impression que cela m’a donné) mais aussi un homme confus, éparpillé, inquiet et donc assez touchant.

Au niveau graphique, on saute d’anecdotes en réflexions, le ton est tour à tour incisif ou dépité mais la vision de l’auteur sur sa situation est toujours très fine et objective. Pekar est très critique avec lui-même. Au gré des chapitres, une humeur en chasse une autre, le ressenti personnel de l’écrivain est porté par les illustrations des différents dessinateurs (Joe Sacco, Robert Crumb, Franck  Stack…).

Je remercie Libfly et Les Éditions Ça et Là pour cette découverte.

Le film : American Splendor

PictoOKMalgré un début de lecture difficile j’ai apprécié cet album. Vu la renommée de cet auteur, j’avoue que je suis tombée des nues en découvrant sa situation financière et surtout sa difficulté à se faire éditer.

L’avis de David sur le Premier Volume de la série.

D’autres articles sur ReverseShot et Association Chifoumi.

Extraits :

« Je ne considère plus les éditeurs comme des êtres humains. Pour moi, ce sont des forces naturelles hostiles, comme les tornades et les blizzards » (« Scanner » – American Splendor).

« Je crois que VIVRE VRAIMENT, c’est un affrontement… où être capable d’affronter les autres si nécessaire. De mon point de vue, la vie… la vie en société est une bataille continuelle et je ne veux pas y participer » (« Transatlantic Comics » – American Splendor).

« Mais quelle femme aurait voulu de moi ? Qu’est-ce que j’avais à lui offrir ? Un sac de névroses, voilà ce que j’étais » (« Danielle » – American Splendor).

Anthologie American Splendor

Volume 3

Série terminée

Éditeur : Ça et Là

Dessinateurs : Gary DUMM, Frank STACK, Joe SACCO, Jim WOODRING, Robert CRUMB, Ed PISKOR, Gerry SHAMRAY

Scénariste : Harvey PEKAR

Dépôt légal : septembre 2011

ISBN : 978-2-916207-57-5

Bulles bulles bulles…

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Anthologie American Splendor, vol.3 – Pekar – Collectif © Ça et Là – 2011

Palestine – Une nation occupée (Sacco)

Palestine, une nation occupée
Sacco © Vertige Graphic – 2001

En décembre 1991, Joe Sacco s’est rendu deux mois en Palestine pour réaliser un reportage. Il s’agit de sa première immersion dans la quotidienneté du peuple palestinien. Palestine – Une nation occupée est le premier volet d’un diptyque qui se clôt avec Palestine – Dans la bande de Gaza (publié en 1998 chez Vertige Graphic).

Cette œuvre étonnante fait de lui l’inventeur du journalisme d’immersion en bandes dessinées. Sa rigueur professionnelle lui vaudra la reconnaissance et l’admiration des journalistes plus encore que celle des bédéphiles. Pour Palestine, il reçoit notamment le prestigieux American Book Award en 1996. En 1995, Sacco part pour l’ex-Yougoslavie, notamment en Bosnie-Herzégovine à Sarajevo. De cette expérience il tirera Soba, The Fixer et Gorazde (2 tomes). L’œuvre de Joe Sacco n’a pas d’équivalent dans le monde de la bande dessinée et évoque plutôt le parcours des journalistes-aventuriers du début du XXe siècle. Toujours soucieux de montrer l’humain derrière les grands évènements, Joe Sacco permet à ses lecteurs de décrypter l’actualité. Son dessin, d’abord ingrat, est soucieux de détails évocateurs et sert parfaitement son propos (source : BDGest).

Plus récemment, l’auteur est revenu sur le conflit israélo-palestinien avec Gaza 1956, en marge de l’Histoire (publié en 2010 par Futuropolis, cet album a été récompensé à Angoulême par le Prix Regard du Monde en janvier dernier).

Le contenu de cet album est plus accessible, plus acerbe aussi, que Gaza 1956.

Beaucoup de sarcasmes, de la colère, on sent l’auteur estomaqué par les conditions de vie des Palestiniens (quotidienneté dans les camps de réfugiés, violences psychologiques et physiques dont ils sont victimes..).

« D’accord, mais j’approche de mes limites… une goutte de plus et… »

Joe Sacco ne cache ni ses émotions, ni sa peur, ni son indignation. Le message de cet album est limpide : du contexte historique à la situation politique actuelle, des emprisonnements réguliers des hommes palestiniens à la condition des femmes (port du hijab, place de la femme dans la société…), tout y est abordé sans détours ; nul besoin de connaître ce conflit sur le bout des doigts pour se saisir de l’ouvrage. La narration n’a pas de réel fil conducteur. On passe d’anecdote en anecdote ce qui peut prendre de court mais ne m’a pas réellement gênée dans la lecture. 140 pages durant, on découvre le quotidien d’un peuple en même temps que l’auteur. De fait, ses bulles de pensées nous guident énormément dans la compréhension de certains éléments. Celui d’entre eux qui m’a le plus marquée : la place particulière qu’on les prisons israéliennes dans le cœur des Palestiniens. Les hommes nourrissent une forme de nostalgie à l’égard de leur incarcérations. Dans l’un des visuels présents dans le diaporama en fin d’article, Joe Sacco relate la rencontre qu’il a faite avec une fillette. Elle se prénomme Ansar… c’est aussi le nom de la prison où son père a été détenu.

Côté graphique, les visuels d’album sont chargés. Passées les 10 premières pages de l’album et ce grief est déjà oublié. Une fois lancé dans la lecture, ce que l’on remarquera le plus (et ce qui pourrait en gêner certains) c’est le décalage entre le ton du récit et le dessin presque trop simpliste pour ce genre de témoignage.

Les questions soulevées par ce reportage (réalisé durant l’hiver 1991-1992) restent entières. Le fait qu’elles soient toujours d’actualité car la situation a peu évoluée. Ce constat a de quoi nous glacer le sang. En 20 ans, pas d’améliorations !! Le témoignage de Sacco se conclut sur la question des droits des femmes avec des questions comme l’acceptation des violences conjugales, le port du hijab (imposé par les hommes ou non ??)… le respect de la femme en général. Édifiant.

Challenge Bu / Lu
Challenge Bu / Lu

Cet album a été l’objet de menaces de censure en 2002 (voir l’article d’ActuaBD sur ce sujet).

L’avis de Mathilde.

Deux interview de Joe Sacco : la première réalisée en 1997 (Le cercle de Minuit) et la seconde réalisée en 2001 (interview réalisée par Laurent Mélikian).

Extraits :

« Plus tard, au camp de réfugiés de Jabâlya, je rencontrais un vieux Palestinien qui me raconta comment il avait fui sa maison en 1948 après la déclaration d’indépendance d’Israël et l’invasion des armées arabes. (…) Il y a quelques années, il revint sur sa terre. Il avait obtenu un permis des autorités israéliennes. Il put quitter la bande de Gaza pendant quelques heures… Il put traverser ce qui est maintenant Israël pour voir son ancien village :
– J’ai emmené ma famille voir ma terre. Là où il y avait ma maison et mon école. Certains, parmi ceux qui ont pu revenir pour voir, restent paralysés. Ils avaient tout détruit. Plus rien ne pouvait rappeler que nous avions un jour vécu là » (Palestine).

« Les Palestiniens parlent de la prison d’une manière anormale. Je ne suis pas en train de dire qu’ils adorent les longs séjours derrière les barbelés israéliens, mais je ne prends pas de gros risques en disant qu’en général, ils les apprécient, que parfois même ils les savourent, et qu’en tout cas, ces séjours représentent toujours une distinction et avec 90000 arrestations lors des quatre premières années de l’Intifada, il est impossible d’échapper à des souvenirs de prison, qu’on prenne un taxi ou qu’on boive le thé dans un café. Dans les universités et les camps de réfugiés, je suis tellement submergé de récits d’incarcérations que ce qui m’étonne le plus, c’est un homme d’une vingtaine d’années qui n’a pas été arrêté. J’ai envie de lui demander : pourquoi ? » (Palestine).

Palestine

Challenge Carnet de VoyageTome 1 : Une nation occupée

Diptyque terminé

Éditeur : Vertige Graphic

Dessinateur / Scénariste : Joe SACCO

Dépôt légal : novembre 1996 (janvier 2001 pour la présente réédition)

ISBN : 2908981238

Bulles bulles bulles..

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Palestine, tome 1 – Sacco © Vertige Graphic – 2001