Bottomless Belly Button (Shaw)

Bottomless Belly Button (nombril sans fond)
Shaw © Ca et là – 2008

Invités par leurs parents pour une Fête de famille, Peter, Claire et Dennis se retrouvent. Ils ont tous quitté le cocon parental depuis quelques années et ont commencé leurs vies d’adultes. Dennis, l’aîné, s’est installé en couple, il est désormais jeune père de famille. Claire est mère-célibataire depuis sa rupture avec le père de Jill. Peter, le cadet, égocentrique et éternel célibataire, tente de percer dans le domaine artistique.

Cette année-là, rien ne leur laissait présager ce qui allait se passer au sein de la famille Loony. Après 40 ans de mariage, leurs parents ont décidé de divorcer. Si la nouvelle semble n’affecter ni Claire, ni Peter, elle ébranle Dennis qui tente en vain d’en comprendre les raisons.

Un album réalisé de mars 2005 à aout 2007 qui, en 720 pages, parvient à nous offrir un concentré de tracas quotidiens et d’émotions. Prétextant un couple qui se sépare, Dash Shaw explore l’onde de choc que cet événement déclenche au sein d’une famille américaine banale. Tel un avion qui se pose en douceur, à l’image des premières planches de l’album, le lecteur prend progressivement sa place d’observateur du drame familial. Observateur n’est pas voyeur puisque l’auteur s’aide de nombreux passages muets pour créer une ambiance inattendue et une profondeur agréable à son récit. Bien qu’assez lent, le rythme de l’album nous permet d’accompagner les membres de cette famille bon an mal an le temps d’une semaine (deux tout au plus).

Un huis-clos prenant où se dévoilent tour à tour les personnalités des différents personnages. Seule bizarrerie : le frère cadet – que j’ai sentis (pour une raison que je n’explique pas) proche de l’auteur – est le seul membre de la famille qui n’a pas visage humain. Peter la grenouille évolue donc dans ce récit comme un être à part, cet anthropomorphisme sert à merveille le caractère décalé d’un personnage en quête d’identité, de sexualité et de réponses.

Quant au divorce, c’est l’événement qui focalise l’intrigue et le déclencheur de bien des révélations. Le drame familial force tendrement les personnages à se rapprocher et à se soutenir. On les découvre initialement tous très étrangers et extérieurs les uns aux autres puis, progressivement, les langues se délient et s’autorisent confidences et complicité. Peu à peu, ils mettent en mots leurs sentiments malgré le poids du paraître et des conventions qui pèsent lourdement sur cette famille jusque-là habituée aux non-dits.

Avec ironie, Dash Shaw illustre cette tranche de vie de longs passages silencieux mais lourds de sens. Il donne à certains visuels une pointe d’humour délicieuse qui force le lecteur à réfléchir sur la notion de famille et de relations inter générationnelles. Comme dans les mangas, on trouve ici de nombreuses onomatopées inhabituelles pour un Comic. Une planche qui craque, une porte qui s’ouvre, des objets qui s’entrechoquent… sont autant de détails qui permettent au lecteur de s’immiscer dans la vie de cette famille voire de s’y investir tant on entre dans leur intimité et on partage leurs souvenirs. Je me suis même prise au jeu de décrypter une lettre d’amour codée…

Difficile d’affirmer s’il y a un personnage se détache en particulier. Excepté Peter qui intrigue, on passe tour à tour des moments privilégiés auprès de chacun d’eux. Au terme de la lecture, les personnages ressortent profondément grandis de ce séjour en famille atypique, le lecteur ressort avec la satisfaction d’être dans la confidence qui lui permet enfin de donner du sens à ce titre on ne peut plus original. Seule Maggie, la mère, semble stoïque, inébranlable… Je pense qu’une seconde lecture me serait utile pour porter plus attention à ce personnage et relever les éléments du récit qui m’ont échappé à la première lecture.

Une lecture que je partage avec Mango et les participants aux

MangoSur les conseils de L’Encreuse, cette lecture intègre le PAL Sèches.

Bottomless Belly Button devraient plaire aux amateurs de récits intimistes. Un album qui se découpe en trois chapitres, trois marqueurs de temps différents qui mettent réellement en valeur la période-charnière que sont en train de vivre les 7 personnages de l’univers de Dash Shaw. Comme l’explique si bien Chronicart : « Ce n’est pas une nostalgie ringarde et creuse qui le conduit à cataloguer ces moments fugitifs. Il traque, avec un soin maniaque, les traces du vécu, la densité et l’épaisseur des sentiments« .

Un album d’une richesse certaine sur le thème du couple et ses variantes (relations hommes femmes, parents-enfants, liens entre les membres d’une fratrie…). Il nous renvoie à nos préjugés et à nos propres valeurs. Les clichés y sont nombreux mais la manière dont Dash Shaw les utilise est intéressante. Un album dans lequel je suis progressivement entrée et dont je sors convaincue.

Une interview de l’auteur sur Bodoï.

D’autres chroniques en ligne : Choco, Benjamin, Jérôme, du9.

Extraits :

« – Dennis, tu es un adulte ! Tu es un homme adulte !

– Je n’ai que 34 ans ! » (Bottomless Belly Button).

« Je suis le cliché du petit dernier qui ne trouve pas sa place. Ma famille me considère comme une espèce de grenouille étrange et idiote » (Bottomless Belly Button).

Bottomless Belly Button

(Nombril sans fond)

One Shot

Éditeur : Ça et là

Dessinateur / Scénariste : Dash SHAW

Dépôt légal : novembre 2008

ISBN : 978-2-916207-30-8

Bulles bulles bulles…

Digibidi : pour découvrir les 40 premières pages de l’album.

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Bottomless Belly Button – Shaw © Ca et là – 2008