Le trop grand vide d’Alphonse Tabouret (Sibylline & D’Aviau & Capucine)

Le trop grand vide d'Alphonse Tabouret
Sibylline – D’Aviau © Ankama – 2010

« Il était un matin de cette fois-là. Au milieu d’une forêt tendre, dans une clairière de rien, un tout petit machin se réveille mais ne se souvient pas. Ni de ce qu’il fait là, ni de ce qu’il a dormi, ni de ce dont il a envie ».

Il s’agit d’Alphonse Tabouret qui ouvre les yeux sur la vie. Qu’a-t-il fait avant cela ? D’où vient-il ? Le Monsieur présent au moment de son réveil ne saura pas répondre à toutes ces questions. En revanche, Le Monsieur lui apprend des choses. Puis tous deux sa fâchent et Le Monsieur part. Alphonse reste seul, perdu au milieu de cette grande forêt et, constatant que son ami ne revient pas, il décide de partir à sa recherche. En chemin, il rencontrera Esnohpla, Pénélope, le marchand de choses, Stesse, Ide et d’autres habitants de la forêt.

Mais au fond de lui, Alphonse se sent toujours bien seul…

Derrière ce titre intriguant se cache un récit initiatique. Sous notre regard attendri, on observe Alphonse qui se débat avec les affres de la vie et y apprend pêle-mêle l’amitié, les sentiments, la solitude, les mots… Pourquoi ? C’est quoi ? Où ça ? Des questions anodines à l’aspect si enfantin que le lecteur baisse la garde face à ce personnage innocent. C’est lyrique, poétique, onirique. Le scénario de Sybilline prend au dépourvu ; il n’utilise pas les canons habituels de la bande dessinée, s’insère tantôt dans les visuels via un panneau indicateur ou un phylactère, tantôt en dehors des illustrations et donnant alors l’impression que nous sommes face à des dialogues d’une pièce de théâtre. Capucine a choisit, pour ces textes, un lettrage qui fait penser à l’écriture d’un enfant donne l’intonation adéquate à ce récit. Le lecteur découvre la vision de ce petit personnage et s’émerveille avec lui…

« Pour fêter ça, il a fait une grande crise d’enthousiasme »,

On s’attriste lorsqu’il est rejeté, on s’emporte lorsqu’il trouve un ami. C’est amusant de voir à quel point la simplicité de ce scénario permet de stimuler nos émotions. Dans cette grande découverte de la vie, nous croiserons aussi certains personnages très curieux ; tous sont de grands représentants -malgré eux- de l’espèce humaine. Chaque créature de ce récit incarne un trait de caractère : l’insatisfait, le timide, le peureux, le prétentieux…

Cet étrange bestiaire est mis en images par Jérôme D’Aviau. L’expressivité de ses dessins m’emporte à chaque fois que j’ai l’occasion de lire un album sur lequel il a travaillé. Dans cet ouvrage, le concept de la case est absent. Plutôt que de contenir et de donner de faux garde-fous au trop grand vide ressenti par Alphonse, le dessinateur a joué de l’espace offert par chaque page de cet album. La taille et la disposition de ses dessins varie donc en permanence, il nous suffit de tourner la page pour découvrir un autre pan de ce monde onirique. Je me suis sentie comme la petite Alice qui a tout à découvrir. Chaque tableau de ce monde étrangement familier nous invite à poursuivre notre lecture et découvrir peu à peu les clés de compréhensions qu’Alphonse va obtenir durant sa quête. Amis, hobby, objet… les trouvailles seront nombreuses mais Le Monsieur reste inexplicablement introuvable ! L’apprentissage de la vie ne se fait pas sans douleur…

PictoOKLe trop grand vide d’Alphonse Tabouret offre un voyage original dans un univers à la fois familier (celui d’une forêt) et intriguant (quels sont donc ces êtres que nous croisons !). Je m’attendais pourtant à devoir contenir quelques larmes… mais elles ne sont pas montées. Si j’ai apprécié cet album, il ne m’a pas émue.

L’avis de Sebastien Naeco, Mr Zombi, Lunch, Emyrky et Ginie.

Extraits :

« – Bon, j’espère que je n’ai pas perdu mon temps. Qu’est-ce que tu as à partager ?
– Qu’est-ce que ça veut dire partager ?
– Eh bien, cela veut dire que tu me donnes des trucs, et que moi aussi je t’en donne.
– Mais si je n’ai rien, comment je fais ?
– Tu trouveras forcément, même un mot, c’est un cadeau. Et si tu ne trouves rien, c’est que tu n’en as pas envie. Et que tu es égoïste » (Le trop grand vide d’Alphonse Tabouret).

« Parce que le chagrin du vide de tout, il est difficile à consoler. Surtout quand y a personne. Et que ça, c’est ce qui manque le plus. Mais qu’on ne le sait pas vraiment » (Le trop grand vide d’Alphonse Tabouret).

« – Ah oui, tu cherches quoi ?
– Ben, un toi. On va être tout seul à deux, je suis sûre que c’est mieux » (Le trop grand vide d’Alphonse Tabouret).

« – Lui et moi, on est amoureux.
– Alors moi, je suis amoureux de l’endive.
– Non, mon petit chou, justement. A la rigueur, l’endive, tu l’aimes comme une amie, mais tu n’en es pas amoureux. Ton endive, tu l’aimes bien avec ton estomac, alors que les gens, tu les aimes avec ton cœur.
– Comme après les montagnes russes.
– Oui… c’est ça… Mais non !! Ne t’inquiète pas, tu trouveras quelqu’un pour illuminer tes journées.
– Ça doit piquer les yeux » (Le trop grand vide d’Alphonse Tabouret).

Le Trop grand vide d’Alphonse Tabouret

One Shot

Challenge Petit Bac
Catégorie Prénom

Éditeur : Ankama

Collection : Étincelle

Dessinateur : Jérôme D’AVIAU

Scénariste : SIBYLLINE

Lettrage : CAPUCINE

Dépôt légal : septembre 2010

ISBN : 978-2-35910-089-1

Bulles bulles bulles…

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Le trop grand vide d’Alphonse Tabouret – Sibylline – D’Aviau © Ankama – 2010

Nous n’irons plus ensemble au Canal Saint-Martin (Dauvillier & Sibylline & Capucine & Ravard & D’Aviau)

Nous n'irons plus ensemble au Canal Saint-Martin
Dauvillier – Sibylline – Capucine – D’Aviau – Ravard © Les Enfants Rouges – 2007

Trois nouvelles, chacune ayant son ambiance graphique propre. Trois dessinateurs, deux scénaristes qui nous parlent de couples, d’amis, de connaissances qui se côtoient, qui s’écoutent mais ne s’entendent pas.

Il y a quelques temps, j’ai lu Inès (Dauvillier et D’Aviau aux commandes). Quelque peu déçue d’être sortie de cette lecture avec un énorme sentiment d’insatisfaction, j’ai souhaité découvrir un peu plus ces auteurs.

Dans le présent album qui date de 2007, ils faisaient déjà équipe et leur travail commun articule si bien dessin et scénario qu’il est difficile de se dire qu’il ne s’agit pas d’un seul et même artiste.

Je sors conquise de cette lecture, essentiellement du fait de la qualité de la seconde nouvelle. Un père, la cinquantaine, visiblement clochardisé ou en passe de l’être, reçoit une lettre de sa fille qu’il n’a pas vu depuis longtemps. Elle lui annonce qu’elle est maman à son tour, ce que cela crée en elle, et le bilan que sa maternité lui a permis de faire à l’égard de son père. Une lettre crue, sincère. En voix-off donc les propos de cette femme, en visuel le père… qui encaisse.

Les deux autres nouvelles mettent en avant des couples, couple éphémère ou de longue date, ils se déchirent.

Tout comme Inès, le message qui est ici passé sur le genre humain et sa faculté à détruire l’Autre est assez pessimiste. Pourtant, on ne se sent pas ici pris à parti, ou moins, on observe ces adultes se briser à leur guise. Tout au plus, des mots peuvent faire écho à des situations vécues mais malgré le malaise de chacun des personnages, ont ne sort pas de la lecture avec le ventre noué comme c’est le cas dans Inès (qui traite de la violence conjugale). Ici, la violence est suggérée ou non, essentiellement morale, à un moindre degré.

PictoOKUne lecture dans lequel on est un peu voyeur… mais qui peut se targuer d’être à l’abri de ce genre de situations ?

A lire ailleurs : la chronique d’Iddbd.

Autres album de DAUVILLIER et D’AVIAU sur le blog : Inès, Ce qu’il en reste… consulter les index.

Extrait :

« J’ai commencé à balancer mes idées noires à la flotte. Vu la couleur, je me dis que je ne suis pas le premier » (Nous n’irons plus ensemble au Canal Saint-Martin).

Nous n’irons plus ensemble au Canal Saint-Martin

One Shot

Éditeur : Les Enfants Rouges

Dessinateurs : CAPUCINE, François RAVARD, Jérôme D’Aviau

Scénaristes : Loïc DAUVILLIER, SIBYLLINE

Dépôt légal : octobre 2007

ISBN : 978-2-35419-008-8

Bulles bulles bulles…

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Nous n’irons plus ensemble au Canal Saint-Martin – Dauvillier – Sibylline – Capucine – D’Aviau – Ravard © Les enfants Rouges – 2007