Alice au Pays des merveilles (Carroll & Sorel)

Carroll – Sorel © Rue de Sèvres – 2014
Carroll – Sorel © Rue de Sèvres – 2014

Est-il encore besoin de présenter Alice au pays des merveilles ? Est-il encore besoin de rappeler qui est cette enfant, sa fuite, sa chute dans le tronc d’un arbre et le monde qu’elle découvre ensuite ? Rêve éveillé ? Monde parallèle ?

Je ne suis pas certaine. Pourtant, découvrir une nouvelle adaptation de ce classique de la littérature est toujours intéressant ; chaque auteur apporte sa touche, son regard et les détails qui fourmillent dans les illustrations permettent au lecteur de s’approprier de nouveau l’univers, d’enrichir la perception en s’immergeant dans le travail d’un auteur. Ce dernier propose sa perception de l’univers et, par le biais de son travail de création, raconte « à sa manière » une histoire inédite qui nous est pourtant familière. Changer son regard sur une œuvre, explorer de nouveaux possibles, les adaptations d’Alice au Pays des Merveilles sont nombreuses telle celle de Tim Burton à l’écran ou, plus récemment, celle qui a été réalisée par François Amoretti (Editions Soleil), sans compter les innombrables variations (Alice au pays des singes)…

Cette fois, l’invitation au voyage imaginaire est signée de la main de Guillaume Sorel. Cette nouvelle pierre à l’édifice d’Alice illustre le texte intégral de Lewis Carroll. Sorel y pose sa touche, la vision d’une jeune Alice aux cheveux ébouriffés, à la robe légèrement froissée et dotée d’un regard intriguant. Son nez en trompette et ses taches de rousseur ne sont pas parvenus à me faire détourner les yeux de ceux du personnage, trop mature, trop irréelle et pourtant si à même de retranscrire toute l’étrangeté de ce voyage onirique.

PictoOKGuillaume Sorel a su recréer une ambiance graphique emplie de fraîcheur. Ses aquarelles nous permettent de (re)plonger dans cette épopée incroyable, partant gaiment, au rythme des pas d’Alice, à la rencontre de la chenille, du Chat du Cheshire, de la Reine de Cœur, du Lapin blanc, du Chapelier…

Cette édition est une belle occasion de relire ce classique de la littérature fantastique.

Guillaume Sorel (Hôtel particulier, Algernon Woodcock, Les Derniers jours de Stefan Zweig…) avait déjà proposé en février dernier – et également chez rue de Sèvres – une adaptation réussie du Horla de Guy de Maupassant.

Alice au pays des merveilles

Récit intégral

Editeur : Rue de Sèvres

Adaptation et Illustrations : Guillaume SOREL

Traduction : Henri PARISOT

Dépôt légal : octobre 2014

ISBN : 978-2-36981-012-4

Bulles bulles bulles…

 

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Alice au Pays des Merveilles – Carroll – Sorel © Rue de Sèvres – 2014

Hôtel Particulier (Sorel)

Sorel © Casterman – 2013
Sorel © Casterman – 2013

Aimeriez-vous habiter-là ? Dans ce petit hôtel particulière trèès… particulier ?!

Au troisième étage, je vous présente la jeune Emilie, trentenaire, belle comme un printemps… et célibataire Messieurs ! Un cœur à prendre !!… si ce n’est qu’elle s’est suicidée…

Au premier, un célibataire d’une autre trempe. Un homme, la petite quarantaine, celui à qui on-ne-la-fait-pas et coureur de jupons invétéré. Il vit seul avec un gros matou mateur.

Plus bas, un couple. Elle est jeune, lui est vieux et pendant qu’elle est au lit avec un autre, lui se cache dans le placard pour prendre des photos. Complicité malsaine des conjoints face à laquelle l’amant n’est pas dupe !

Plus haut, on trouvera une vieille « sorcière », mégère aigrie, vieille fille qui passe son temps à râler après tout et tout le monde et à dépecer les chats pour en faire des ragoûts.

Sous les combles vit un jeune artiste qui vient d’essuyer une rupture cuisante. De la séparation houleuse, il n’a pu conserver qu’une chaise, une table, sa paillasse et un miroir magique… Il a perdu sa muse, la ravissante voisine du troisième. Elle était sa source d’inspiration, surtout quand elle se promenait nue au milieu des fleurs qu’elle disposait abondement en bouquets pour décorer sa salle-de-bain.

Emilie est morte mais depuis son suicide, elle hante les étages de ce petit hôtel particulier, découvre les habitudes de chacun et prend un plaisir certain à rendre visite à l’habitant qui vit là-haut, sous les combles, au milieu des nombreux portraits qu’il a fait d’elle.

Si je veux me voir vivante, il me suffira de passer ici. Muse… C’est pas mal comme… nouvelle vie !

Plus besoin de présenter Guillaume Sorel. Ses albums et séries ont déjà fait le bonheur de nombreux lecteurs : Les contes de l’Ankou, Algernon Woodcock, Les derniers jours de Stefan Zweig, Mens Magna… Depuis des années, il fait preuve d’un réel attrait pour les mondes fantastiques. Il crée ainsi des univers étranges dans lesquels le fantastique côtoie la réalité de façon troublante. Le lecteur se plaît à explorer ces ambiances propices au voyage imaginaire.

Hôtel particulier ne déroge pas à la règle.

Sorel © Casterman – 2013
Sorel © Casterman – 2013

On démarre notre voyage dès le visuel de couverture où l’on voit une jeune femme assise sur une cheminée, elle semble profiter de la brise rafraichissante qui souffle à ce moment-là. Puis, on ouvre l’ouvrage et on plonge dans un univers en noir et blanc, intrigante ambiance graphique qui déstabilise. Le temps semble y être suspendu sans que l’on puisse en percevoir la raison. Un flocon de neige tombe doucement dans la cour. Derrière une fenêtre, un chat scrute le moindre signe de vie extérieur. Il fait froid dehors, on se camoufle dedans. On prend connaissance de l’héroïne qui se prélasse dans son bain. On est bien. On contemple tout en profitant de la lenteur de ses mouvements, on l’observe, on se familiarise avec elle. Elle sera notre guide puis… temps d’arrêt… elle est morte… on marque un mouvement de recul, surpris qu’autant de vie émane d’elle !

Je dois dire aussi que j’ai débuté cette lecture avec une légère appréhension. En effet, cet auteur ne m’a pas habituée à se passer de la couleur. « D’habitude », je pouvais m’appuyer sur des teintes sombres, pastel ou vives pour étayer ma compréhension et mon ressenti. Ce nouvel album nous force à nous reposer entièrement dans les mains d’Emilie et à tenir compte d’un ressenti plus instinctif. Passer au travers des murs, observer d’un autre œil les gens qui vivent là, découvrir leur intimité. On gère naturellement l’excitation inhérente à la situation atypique du personnage, sans réelle appréhension. Les éléments fantastiques du récit créent une ambiance tout à fait sereine et pire encore, Guillaume Sorel nous permet d’y croire. C’est si inhabituel que cela en devient crédible !! Du moins, j’ai eu envie d’y croire et je n’ai pas eu de mal à me laisser porter par cette intrigue.

Les illustrations en noir et blanc vont ainsi permettre au lecteur de s’approprier pleinement cet univers. Les subtils lavis de gris s’effacent finalement rapidement sous les projections imaginaires de couleurs que le lecteur fait inconsciemment. Vêtements, accessoires, teintures murales… sous l’effet des propres projections du lecteurs, ce monde coloré prend du relief. C’en est presque bluffant de constater la facilité que l’auteur a de nous faire admettre l’existence de phénomènes paranormaux et de telles habitudes de vie.

L’équilibre entre réalité et surnaturel est parfaitement géré. On profite ainsi d’un univers à la croisée de deux mondes et on avance ainsi sur la fine frontière qui les sépare. Guillaume Sorel peut ainsi puiser ses éléments narratifs dans ces deux registres sans se restreindre. L’auteur s’appuie également sur des traits de personnalités légèrement caricaturaux. Il garde pourtant une forme de retenue à l’égard des scènes qu’il montre à voir ; avec délicatesse, il étale les travers de ses personnages. L’ensemble permet au lecteur de profiter sans vergogne de cette fiction. Dans cet huis-clos, on se surprend à scruter ce qui se passe chez le voisin, une sorte de voyeurisme mondain qui n’a rien de malsain ! En compagnie d’Emile, on prend goût à ce jeu curieux, on en deviendrait presque espiègle.

PictoOKGuillaume Sorel enrichit son scénario de nombreuses références empruntées à la littérature classique. Les clins d’œil surgissent régulièrement au beau milieu de ces planches aux lavis très subtils. Plusieurs extraits d’œuvres littéraires sont repris ; çà et là, nous verrons ainsi surgir des citations de Charles Baudelaire, Lewis Caroll, Arthur Rimbaud et d’Alexandre Pouchkine qui renforcent davantage le côté onirique de cette balade (ballade ?) envoûtante.

Un conte urbain aussi étrange que captivant, une intrigue fascinante qui se dévore d’une traite.

Un entretien de l’auteur réalisé à l’occasion de la sortie d’Hôtel Particulier (mis en ligne sur Auracan).

Les chroniques de Jérôme, A chacun sa lettre, BD blogs Sud-Ouest, Yvan et celle de Jean-Laurent Truc (Ligne claire).

Un lecture que je partage avec Madame Mango 🙂

Logo BD Mango Noir

Hôtel particulier

One shot

Editeur : Casterman

Collection : Univers d’Auteurs

Dessinateur / Scénariste : Guillaume SOREL

Dépôt légal : mai 2013

ISBN : 978-2-203-05775-3

Bulles bulles bulles…

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Hôtel particulier – Sorel © Casterman – 2013