Ogoniok (Toppi)

Toppi © Mosquito – 2013
Toppi © Mosquito – 2013

Cet ouvrage regroupe trois nouvelles publiées en 1992 (Ogoniok), 1994 (Kas-Cej) et 2011 (Transibérien). Cet ouvrage est également le premier recueil publié après le décès de Sergio Toppi en août 2012.

Des nouvelles qui pourraient être trop succinctes pour permettre au lecteur de s’approprier réellement les univers décrits et les personnages amenés à évoluer ? Non. Ce n’est pas le cas et cela est en partie dû au graphisme si personnel de l’auteur qui installe dès la première page une atmosphère qui s’impose. Le mystère qui plane autour des personnages renforce cette impression et les dialogues font le reste.

Comme souvent, Sergio Toppi mêle réalité et fantastique pour nourrir ses histoires. Ces trois nouvelles ne dérogent pas à la règle.

Ogoniok raconte à la fois l’histoire de Semion, un notable russe, totalement aveuglé par sa soif de pouvoir et de réussite. Alors qu’il participe à une partie de chasse avec d’autres hommes de son rang, il se perd dans la forêt. Une poignée de paysans lui propose leur hospitalité et le mettent en garde contre l’esprit d’Ogoniok, fils de la jolie Kutikg et d’un démon. Ogoniok n’apprécie pas qu’un étranger foule son territoire, encore moins lorsque celui-ci vient pour chasser. Mais Semion ne prend pas au sérieux cet avertissement…

… et ce qui devait arriver arriva…

Kas-Cej relate l’expérience d’un jeune scientifique partit en mission afin d’exhumer les ossements des Nenets, une tribu sibérienne. Le jeune intellectuel de Saint-Pétersbourg découvre à cette occasion les rudes conditions de vie des populations locales. A son arrivée, il est accueilli par le gendarme de la bourgade où il séjournera et qui l’épaulera également dans ses recherches. Mais à deux pas du village gît le corps de Kas-Cej, un terrible guerrier. La légende dit que quiconque tenterait de profaner sa tombe serait touché d’une terrible malédiction…

… et ce qui devait arriver arriva…

La dernière nouvelle, Transibérien, s’intéresse à l’histoire de Gennady Efemovic, un modeste passeur d’un fleuve perdu dans la taïga. Sa seule ambition est de pouvoir un jour s’acheter une nouvelle barque avec l’argent qu’il touche en faisant traverser le fleuve à ses clients. Mais plus le temps passe et plus les clients se font rares. Un homme de passage lui confie même que non loin, le chemin de fer permet aux hommes de voyager plus vite…

… et ce qui devait arriver arriva…

Je vous laisse admirer les quelques visuels que je propose en bas d’articles, la force des illustrations de Toppi parle d’elles-mêmes. Durant la lecture, on perçoit l’orientation que prend le scénario mais cela ne gâche pas la découverte ; après tout, il n’est question que de l’homme et de sa cupidité et de sa cruauté légendaires. Si les deux premières nouvelles sont des rééditions, la dernière en revanche est totalement inédite. Sergio Toppi l’a réalisée en 2011 sur une commande de Mosquito. Elle est donc, à ce titre, la dernière œuvre réalisée par l’auteur avant sa mort.

PictoOKL’ambiance, le trait, le style… tous les éléments contribuent à charmer le lecteur et nous permet de mesurer la gravité et la portée de chaque récit. Le mélange de réel et de fantastique est une fois de plus parfaitement harmonieux. On mesure ainsi l’importance des traditions et superstitions locales qui sont d’autant plus prégnantes que les intrigues se déroulent en milieu rural ; l’isolement des populations tend à faire perdurer des us et coutumes ancestrales.

J’ai passé un très bon moment de lecture même si celui-ci, une fois de plus, n’égale pas celui que j’ai ressenti lorsque j’ai découvert Sharaz-De.

La chronique de Marilyne et un grand merci à Choco d’avoir attiré mon attention sur la sortie de cet ouvrage 😉

Ogoniok

Recueil de Nouvelles

Editeur : Mosquito

Dessinateur / Scénariste : Sergio TOPPI

Dépôt légal : mai 2013

ISBN : 2-35283-092-3

Bulles bulles bulles…

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Ogoniok – Toppi © Mosquito – 2013

Le Trésor de Cibola (Toppi)

Le Trésor de Cibola
Toppi © Mosquito – 2004

« Cibola, la mythique cité de l’or existe-t-elle ? Nul géographe ne peut la situer, aucun conquistador n’en est revenu, pas même le légendaire Cuchillo, compagnon de Cortès. Mais toi, lecteur, grâce au concours de Toppi tu as cette chance inouïe, tu parviendras à Cibola ! Il te faudra bien sûr en payer le prix et boire à la plante qui fait perdre la mémoire, le suc rouge du nopatli qui colore de sang l’encrier du magicien Toppi » (quatrième de couverture).

Les univers de Toppi ont cela de particulier qu’ils provoquent tous le même effet sur moi : celui de me plonger complètement dans l’album au pont d’en oublier ce qui peut se passer autour. Et même si Le Trésor de Cibola ne figurera pas parmi les albums que je préfère de cet auteur, il n’en reste pas moins un bel objet qui contient un voyage déroutant qui durera un an. Retour en 1541 où nous partirons à la recherche des mystérieuses Cités d’Or. Sur le chemin, nous rencontrerons des Indiens qui portent en eux les stigmates de leur génocide, un peuple qui se terre pour échapper à la folie des Blancs.

Au niveau graphique, on retrouve ici la force du trait de l’auteur italien qui, bien que plus conventionnel et moins emporté que dans Sharaz-De ou Le Collectionneur. L’agencement des visuels est plus classique, les personnages ne s’autorisent pas à évoluer en dehors des vignettes, l’emplacement des phylactères est assez commun. Pourtant, une fois encore, l’atmosphère que parvient à créer Sergio Toppi permet au lecteur de ressentir des sensations physiques : la chaleur écrasante du désert, le sentiment de soif, de fatigue physique, d’inquiétude… A mesure qu’on avance dans l’album, le jaune dominant des planches s’estompe. Il sera progressivement remplacé par des oranges puis des rouges, accentuant d’autant cette impression que l’on a de ressentir la chaleur du désert. On s’implique complètement dans son univers où le silence fait partie intégrante du décor, la lecture est interactive. Les illustrations de Toppi sont un langage à elles seules.

Un personnage central (Cuchillo) sur lequel repose le récit et quelques personnages qui gravitent autour de lui (on pourra les compter sur les doigts d’une seule main). Toppi orchestre son scénario à coups de voix-off. On entendrait presque la voix de ce narrateur imaginaire ! une voix sereine qui marque des temps de pause, une voix grave et légèrement rocailleuse. Par bribes, elle cède sa place aux dialogues. Des personnages qui économisent leurs mots, ils ne parlent jamais pour ne rien dire, ils gardent une part de mystère. En parallèle, ils vivent une expérience hors-normes, ils repoussent leurs limites physiques au-delà du supportable, ce qui renforce d’autant la portée de leurs propos.

Difficile de distinguer correctement ce qui est de la narration et/ou de l’illustration. Chez Toppi, elles forment généralement un tout indissociable, comme si chacun de ses albums avait une âme propre. La morale de cette histoire nous offre comme d’habitude un regard sur les travers de l’Homme. Par le biais de Cuchello, ancien soldat devenu orpailleur, nous explorons la cupidité. L’avidité de cet homme le conduira à en perdre la raison.

Une lecture commune partagée avec Choco et Joëlle.

Un univers à découvrir pour ceux qui aiment explorer les légendes mythiques et les personnages confrontés à des situations extrêmes.

CITRIQ

Extrait :

« La faim, la soif, la fatigue… Ah oui, ça j’en ai eu mon content. Les blessures, les batailles et les nuits sans sommeil… au point de vouloir dormir pendant des années. J’ai vu tomber un empire aux pieds de Cortès. Sur la peau, je garde la morsure des Macahuitl aztèques et plus d’une fois, j’ai senti sur ma nuque le souffle fétide de la mort… Mais l’or ?… Je me souviens en avoir vu beaucoup mais toujours dans la main des autres. Le peu que j’ai jamais pu obtenir est parti en fumée dans la « triste nuit » et git dans la boue de la lagune de Tanochtitlan… Alors de quelles richesses me parlez-vous ? » (Le Trésor de Cibola).

Le Trésor de Cibola

One Shot

Éditeur : Mosquito

Dessinateur / Scénariste : Sergio TOPPI

Dépôt légal : septembre 2004

ISBN : 2-908551-67-5

Bulles bulles bulles…

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Le Trésor de Cibola – Toppi © Mosquito – 2004

Ile Pacifique (Toppi)

Ile Pacifique
Toppi © Mosquito – 2006

Cet homme a été asservi pendant la majeure partie de sa vie. Balloté de maitre en maitre, souffrant des caprices de chacun, essuyant leur courroux, il ne s’est jamais rebellé, trop résigné qu’il est à subir son triste sort. Un jour pourtant, il ressent un appel qui le pousse à prendre le large. Trouvant un radeau de fortune, il fuit pour un ailleurs dont il ne sait  pas s’il sera meilleur. La mer l’emporte, il chavire pendant des jours et des jours sans manger, sans boire, dérisoire petite brindille ballotée par les vagues et les vents.

Il échoue sur une ile. Un homme vient à sa rencontre, le salue et le remercie d’avoir répondu à l’appel. Après lui avoir donné quelques soins, il le laisse seul sur cette terre inconnue…

Etrange Toppi que voilà et qui dénote avec les albums que j’ai déjà pu lire de cet auteur. Il y a de la lourdeur dans le trait et dans l’ambiance générale de cet album que je n’avais jamais rencontrées jusqu’alors.

Je constate qu’en sortant de la lecture de cet ouvrage, je n’en maitrise ni les tenants, ni les aboutissants. J’ai eu l’impression de parcourir un univers en le regardant par le trou d’une serrure. D’ailleurs en cela, je pense être assez proche de ce que le personnage doit ressentir. De lui, je garderais le souvenir d’un pantin évoluant dans une fable macabre.

Pourtant, j’ai apprécié cet album. Une nouvelle fois, le talent de conteur de Toppi me subjugue. La place des dialogues dans les planches n’est jamais attribuée à la légère et j’apprécie de plus en plus cet agencement original des planches. Pour les mêmes raisons que j’aime lire un ouvrage de Will Eisner, pour la même raison que je reviendrais à Battaglia : le voyage visuel est tout autre comparé à celui permis par les canons de beauté habituels de la bédé. Chaque rendez-vous avec Toppi est l’occasion de retrouver une esthétique unique et un sens réel de l’harmonie. Pour ces raisons, et même si Ile Pacifique me laisse un peu dans l’expectative quant à la compréhension de l’intrigue, je suis satisfaite de cet album. On se perd dans le dessin, poussant l’œil à suivre une ligne que l’auteur étire pour construire détails, spirales, jeux d’ombre… un travail qui m’impressionne d’album en album. Une mise en images qui accentue la noirceur de ce monde et encore une fois, la force du trait de l’artiste lie le lecteur au destin tracé de cet homme.

Une réflexion sur la notion de choix et de libre-arbitre, un regard pessimiste sur le concept de liberté.

Lisez Toppi, essayez au moins une fois. Je ne vous conseillerais pas de le découvrir via cet album, peut-être plutôt via Sharaz-De (pour ceux qui aiment les adaptations de contes) ou via Le Collectionneur… mais lisez et échangeons sur le voyage que vous aurez effectué !

D’autres lecteurs de cet album : Clair de bulles, le Choix des libraires.

Extrait :

« Trop de questions : ta race semble née pour demander : où, quand, comment… On t’a appelé, tu es arrivé. Accepte le jeu, ne demande rien d’autre. Ne crains rien, approche-toi » (Ile Pacifique).

Ile Pacifique

One Shot

Éditeur : Mosquito

Dessinateur / Scénariste : Sergio TOPPI

Dépôt légal : octobre 2006 (pour cette réédition, première parution en France en 1997)

Bulles bulles bulles…

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Ile Pacifique – Toppi © Mosquito – 2006

Le Collectionneur (Toppi)

Le Collectionneur, intégrale
Toppi © Mosquito – 2010

« On ne sait qui il est, on ne sait d’où il vient. Il arrive de nulle part ; là même où il retournera. Son destin, à la fin, est toujours de partir : il fait volte-face, nous présente son dos, s’éloigne et se perd dans le désert. Il n’aura fait que passer, traversant le monde comme un nuage plombé, un ange assassin, un songe cruel. Il n’aura été qu’un rêve entêtant. Deux épais pinceaux soigneusement peignés en guise de moustache, des cheveux longs recouverts d’un inamovible chapeau, une cravate noire sous un gilet sans manches blanc, une veste aux longs pans, un pantalon filiforme et des bottes de gaucho : voici, tel qu’en lui-même, le Collectionneur. Son sobriquet lui sert de masque : nul ne sait qui il est. Le Collectionneur n’a pas de nom, sinon des noms d’emprunt ; il n’a pas d’âge, pas d’ancêtres, pas de port d’attache connu. Il joue toujours personnel, il fait cavalier seul, c’est un solitaire qui attend son heure dans l’ombre ; et qui ne table que sur soi. A poor lonesome cow-boy, en somme. Sauf qu’il n’est pas vraiment cow-boy ; et pas poor du tout. (…) Face à l’arrogance occidentale, le Collectionneur prend donc le parti des peuples opprimés. S’il se sent bien avec eux, c’est notamment qu’il partage leur foi chamanique. Eux comme lui croient en des forces immémoriales, qui régissent le monde et dépassent de beaucoup l’entendement des hommes. Comme eux, il table sur la magie. Tous les objets de sa collection recèlent d’ailleurs une charge surnaturelle : le joyau mongol est une larme figée, métamorphosée en perle, laquelle, une fois l’an, donne à voir l’image d’un cheval ; le sceptre de Muiredeagh, véritable baguette magique, est l’attribut d’un « roi qui soulevait des pierres comme le vent balaye les feuilles » ; l’obélisque abyssin institue de facto celui qui le touche en Négus d’Éthiopie ; le calumet de pierre rouge permet de lire l’avenir dans la fumée qui s’en échappe ; et le collier de Padmasumbawa procure à son détenteur d’immenses pouvoirs sur les objets et sur les êtres« . Voilà en quelques mots résumé l’univers du Collectionneur. Ces propos sont extraits de la préface de l’Intégrale du Collectionneur rédigée par Jean-Louis Roux.

Je tairais le nom de celle par qui tout commença et qui me fit découvrir il y a quelques mois déjà le grand auteur qu’est Sergio Toppi.  Ensuite, si vous me dites que vous voulez gagner du temps pour lire de vos propres yeux ses avis sur Toppi, je dis d’accord… allez voir chez Choco !!

Après avoir été séduite par Sharaz-De, plus mesurée sur Tanka, c’est au tour du Collectionneur. Ce voyage m’a beaucoup plus et m’a emmené du Missouri à l’Australie en passant par le Tibet à la fin du 19ème siècle. On voyage à travers le monde, on rencontre des tribus d’indigènes éparpillées ça et là dans des lieux désertiques et en proie à des chefs barbares ou des généraux occidentaux qui partagent un même objectif : celui d’étendre leur domination et construire un territoire toujours plus grand. Certains sont avides de pouvoirs et sanguinaires, d’autres se contentent d’obéir aux ordres… beaucoup ont perdu la raison. Le Collectionneur désapprouve. En bon samaritain, il défend les opprimés, mais c’est plus une manière déguisée de déplacer à sa manière des pions sur l’échiquier. Car il ne sert que ses intérêts et certaines alliances lui permettront d’atteindre son but. Il met les autres en dette vis-à-vis de lui pour atteindre les objets convoités et ainsi compléter sa collection. Un tour du monde captivant en présence de ce personnage à la verve agréable et à la dégaine de dandy. Il fait mouche, ne s’encombre pas de futilités, témoigne d’une confiance en lui impressionnante et s’arme parfois de magie pour vaincre un adversaire encombrant. Rien ne peut le faire changer d’avis… tout au plus les événements lui feront retarder le moment de son acquisition. Son monde est fait d’une solitude choisie et d’aventure permanente.

Agile, rusé, têtu, on l’accompagne avec plaisirs dans des paysages impressionnants que Toppi crée avec talent à l’encre de Chine. Les jeux de hachures mettent en valeur les perspectives et les jeux d’ombres, les traits s’entrelacent et donne à chaque personnage un charisme certain et un côté mystérieux qui force au respect de chacun des individus de cet univers, y compris les plus fourbes. Ce monde est familier et étrange. Une impression de grands espaces en ressort, les montagnes sont colossales,les forets luxuriantes. On découvre l’immensité des territoires désertiques.

Conseillé par Choco, cette lecture intègre le Challenge « PAL sèches »

Un voyage graphique assuré et une fascination pour ce personnage intelligent et subtile.

Les avis de Choco sur Le joyau mongol et Le sceptre de Muiredeagh.

Extrait :

« Je voudrais qu’une chose soit claire : il ne faudrait pas, cher ami, m’assimiler aux collectionneurs ordinaires qui remplissent leurs galeries d’objets disparates choisis pour leur ancienneté, leur valeur marchande, leur beauté intrinsèque. Beaucoup de ces gens n’éprouvent pas de difficulté pour faire contempler leurs trésors. Je ne suis pas de ceux-là. Je ne collectionne que des objets qui revêtent pour moi une signification particulière, des objets qui ont « vécu », protagonistes d’histoires que moi seul connais grâce à mes recherches. Une fois que je les ais obtenus, je me les réserve. Plus personne ne les verra » (Le Collectionneur).

Le Collectionneur

Intégrale regroupant 5 albums :

1. Le Calumet de pierre rouge

2. L’Obélisque abyssin

3. Le Joyau mongol

4. Le Sceptre de Muiredeagh

5. Le Collier de Padmasumbawa

Éditeur : Mosquito

Dessinateur / Scénariste : Sergio TOPPI

Dépôt légal : décembre 2010

Bulles bulles bulles…

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Le Collectionneur – Toppi © Mosquito – 2010

Tanka (Toppi)

Tanka
Toppi © Mosquito – 2008

Le « Tanka » est un poème court japonais, sans rimes. Cette construction particulière a inspirée Toppi pour cet album, un recueil de quatre nouvelles publiées entre 1976 et 1988.

La première de ces nouvelles, Tanka, est l’histoire de la princesse Shikibo qui depuis longtemps vit recluse dans son temple délabré, vêtue de haillons. Elle refuse d’ouvrir les yeux depuis le massacre de ses proches. Un jour, un rônin se présente à elle : « écoute, Gente Dame, je te voyais passer drapée de soie sur ton cheval en ces temps heureux. Tu ne me regardais pas. On ne regarde pas plus un brin d’herbe au milieu d’une prairie qu’un rônin qui ne possède que son sabre. Depuis lors, j’ai rêvé de toi, je t’ai recherchée et je t’ai retrouvée vêtue de haillons. Pour moi rien n’a changé puisque je te vois. Je suis venu pour que tu ouvres à nouveau tes yeux à la lumière et à la vie ».

Kimura, publiée en 1982, parle de Masamune, un maître fabriquant de sabres réputé qui refuse de forger des sabres au tout-venant. Ses convictions vont froisser plus d’un samouraï.

Sato, publié en 1982, est l’histoire d’un gueux solitaire, peureux et résigné… mais il faut nous méfier des apparences.

Ogari 1650, publiée en 1976, nous parlera d’humiliation et de culpabilité…

Je ne connais pas Toppi, ou très mal. Il y a quelques temps, j’avais lu Sharaz-De, un diptyque où l’auteur revisite les Contes des Mille et une nuits. Avec Tanka, nous voyageons cette fois dans le Japon médiéval. Samouraï, rônins et princesse nous fascinent. La poésie rythme les quatre nouvelles et nous emporte aux cotés de ces personnages parfois farouches, Toppi exploite d’ailleurs leur côté mystérieux à merveille. La morale de chacune de ces nouvelles tombe comme un couperet et nous nous renvoie derechef à la réalité avec cette rengaine en tête : « l’humaine nature est ainsi faite ».

Après Sharaz-De, la fascination pour ces ambiances graphiques est à peine émaillée par l’absence de « l’effet découverte ». On imagine des décors bigarrés malgré la présence de ces planches aux teintes noires et blanches où les opposés se chamaillent en permanence. Le trait hachuré donne du relief, créant ainsi des angles de vue dans lesquels l’œil se perd, avide et curieux. Une atmosphère contenante règne tout au long de l’album.

Une lecture que je partage avec Mango

Mango

Tanka me laisse sur ma faim mais l’unique raison en est ma difficulté avec les recueils de nouvelles, toujours trop courtes. Le rapport au temps se plie et disparait quand on tient entre les mains un album de Toppi, je me suis perdue dans la contemplation de ses univers graphiques uniques… une fois encore.

La chronique de Mel sur Papercuts.fr, je vous propose de nouveau l’interview de Toppi sur du9 et la chronique de Sceneario.

NB : Des propos de Thierry GROENSTEEN (historien et théoricien de la bande-dessinée) sont cités dans ma chronique de Sharaz-De dont le lien figure plus haut dans cet article.

Tanka

One Shot

Éditeur : Mosquito

Dessinateur / Scénariste : Sergio TOPPI

Dépôt légal : janvier 2008

ISBN : 2-35283-009-5

Bulles bulles bulles…

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Tanka – Toppi © Mosquito – 2008

Sharaz-De (Toppi)

Sharaz-De, tome 1
Toppi © Mosquito – 2000
Sharaz-De, tome 2
Toppi © Mosquito – 2005

« Il était une fois un grand Roi sage et puissant. Mais seul est sage le Très Haut, béni soit-il. Il régnait sur de vastes étendues depuis le Gowandab qui serpente dans la chaleur étouffante des basses plaines jusqu’aux pics enneigés de Bashra où les tigres d’Hyrcanie perdent leur couleur en hiver. Ce roi avait deux fils, rois eux aussi, leurs royaumes quoiqu’éloignés l’un de l’autre s’étendaient sur des territoires immenses et peuplés de grandes multitudes ».

Shahzam’an, l’un des fils du Roi, découvre par hasard que la Reine, sa femme, le trompe avec un de ses serviteurs. La sanction ne se fait pas attendre : «Au matin sur les murailles, il y avait deux têtes. Celle de la reine était la plus haute». Shahzam’an se rendit alors chez son frère, le Roi Shahriyar. Ce dernier tenta de réconforter son frère sans succès, jusqu’au jour où Shahzam’an surprit la Reine (sa belle-sœur) en train de tromper son frère. Il finit par relater l’adultère à Shahriyar. La sanction ne se fit pas attendre : «Au matin sur les murailles, il y avait deux têtes. Celle de la reine était la plus haute». Shahriyar décida ensuite que chaque nuit, il accueillerait dans son lit une jeune et belle vierge, et que son bourreau la décapiterait au matin. Il en va ainsi pendant une longue période, jusqu’à ce que Sharaz-De soit introduite dans les appartements du Roi et que débute alors ses récits nocturnes, repoussant temporairement sa mort jusqu’à l’aube suivante.

Ce diptyque est une adaptation des contes des Mille et Une Nuits, ou peut-être serait-il plus juste de dire que l’auteur les revisite. Ce qui est certain, c’est que je connaissais ces dessins. Ce qui est certain aussi, c’est que je n’avais jamais lu TOPPI avant. Me reste à retrouver où et quand j’ai eu l’occasion de voir des illustrations de TOPPI.

Des adaptations de contes que j’ai lues ces derniers temps, je crois que celle-ci est la plus fascinante. TOPPI nous embarque dans un récit envoûtant dès les premières pages, son style de narration capte l’attention. Mais le plus dépaysant, ce sont sans aucun doute les ambiances graphiques très « charismatiques ». Quand j’avais feuilleté ces deux albums avant de les prendre, j’avais eu une impression de lourdeur, de contenu imposant. Une fois prise dans le récit, les dessins sont en fait très dynamiques et ont beaucoup de relief. Le regard se perd sur un détail et est aussitôt embarqué dans l’exploration du visuel général. Tous les éléments de l’illustration sont liés, tout est mystérieux et l’atmosphère orientalisante qui plane accentue le dépaysement. J’ai eu l’impression de partir dans une autre contrée où se mélangent magie, légendes (dragons, gazelles à cornes d’or…) et Histoire. C’est très particulier à décrire.

Dans chacun des albums, un chapitre est colorisé. Des teintes marron, pourpre, bleu, rose renforcent le côté atypique de cet univers.

Le travail de TOPPI sur ce thème des Mille et Une Nuits a été motivé par une commande qui lui a été faite par le rédacteur en chef de la revue italienne Linus qui décida abruptement de cesser la publication au bout d’une dizaine de chapitres…. on en aura bien lu plus. Idem, les deux histoires ont été colorisée sur demande de ce commanditaire. Personnellement, je trouve que le noir et blanc nous « fige » moins dans la lecture, notre imaginaire n’étant pas bridé par les limites imposées par la couleur (luminosité, profondeur des décors…). D’un point de vue tout à fait interprétatif, j’ai ressenti bien plus de choses (odeurs, sons) quand la couleur ne m’était pas imposée.

En bonus, une postface rédigée par Thierry GROENSTEEN (historien et théoricien belge de la bande dessinée), que je connais pour avoir fait une recherche Google après la lecture de Sharaz-De (voici le lien vers son site). Il nous aide à y voir plus clair dans les codes utilisés par TOPPI, les références de l’artiste et ses objectifs de travail. Ce serait difficile de me priver de recopier ici une partie de ses propos, même si l’envie me brûle d’en reprendre l’intégralité et l’avoir ainsi à disposition dès que je me connecte sur Internet.

« Sergio TOPPI appartient à cette lignée de dessinateurs qui conçoivent la page comme une entité plastique. Dans ses commentaires sur son propre travail, il ne manque jamais d’insister sur sa volonté de se «libérer des contraintes de la mise en page traditionnelle» pour «faire avancer le récit autrement». Cette dernière précision est capitale : lors même que l’art de TOPPI semble guidé par un souci décoratif, la vocation narrative de la bande dessinée n’est jamais contredite. L’intelligibilité du récit est toujours préservée, d’autant plus facilement que Toppi, étant son propre scénariste, écrit en fonction de ses procédés de mise en scène et s’appuie sur eux. Parmi ces procédés, celui que le dessinateur milanais a véritablement érigé en système est l’organisation de la planche autour d’une figure prépondérante. Cette figure, cependant, n’est pas toujours un motif circonscrit, aux contours arrêtés : elle se laisse volontiers contaminer, parasiter ou prolonger par des motifs secondaires. Les chevauchements, les agglomérats, les interpénétrations orchestrent alors un jeu de tensions entre la figure et ses contrepoints, en même temps qu’ils structurent l’espace paginal en définissant un équilibre des masses. Noir/blanc, vide/plein, horizontal/vertical, encadré/libre : Toppi joue de ces alternatives en virtuose, pour renouveler les compositions à l’infini ».

PictoOKUne longue lecture que voilà tant j’ai aimé me perdre dans les dessins.

J’avais demandé de la lecture il y a quelques temps, Choco m’a carrément proposé de découvrir un auteur : TOPPI. Je remercie donc Choco (courbette, courbette, courbette ^^) pour cette découverte. Ce qui est certain Madame Choco… c’est que TOPPI reviendra sur ce blog.

La fiche éditeur (comprenant un dossier assez complet sur TOPPI : interview, bibliographie, dessins originaux…). Une interview sur du9, une autre chronique de Sharaz-de sur blogculturel.

CITRIQ

Sharaz-De

Diptyque

Éditeur : Mosquito

Dessinateur / Scénariste : Sergio TOPPI

Dépôt légal : juillet 2000 (tome 1) et janvier 2005 (tome 2)

Bulles bulles bulles…

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Sharaz-De, tome 2 – Toppi © Mosquito – 2005