Les deux vies de Baudoin (Toulmé)

Toulmé © Guy Delcourt Productions – 2017
Toulmé © Guy Delcourt Productions – 2017

Il décore son appartement de posters de ses groupes de musique préféré comme le ferait un adolescent. Mais Baudoin a 30 ans. Ce célibataire est juriste. Il vit à Paris. Sa vie c’est son travail. En dehors de ça, rien. Métro, boulot, dodo. Il a une telle charge de travail qu’il n’a pas le temps de faire autre chose. Et il n’a plus l’envie de faire autre chose. Son frère Luc est à l’opposé. Lui aussi a réussi ses études. Il est médecin et travaille dans une ONG. Les rares fois où il rentre en France, il appelle son frère et lui force un peu la main pour qu’il sorte. Un restaurant, une exposition… il emporte Baudoin malgré lui dans son tourbillon.

Luc tente en vain de faire prendre conscience à son frère qu’il ne s’écoute pas assez. Lui était un passionné de musique. Et si Baudoin le nie, il n’y a qu’à voir les conversations qu’il nourrit avec Morrison, son chat. Chasser le naturel et il revient au galop.

« Aah, si je gagnais 500 000 euros… Qu’est-ce qu’on ferait, Morrison, tiens, avec cet argent ? Je crois que je vendrais l’appart et je m’achèterais une petite bicoque sous les tropiques. Je finirais ma vie à gratter un ukulélé dans un hamac, un mojito à la main ».

Et puis un matin, sous l’aisselle, il sent une grosseur. Les résultats d’examens révéleront qu’il a des métastases dans tout le corps et qu’il lui reste quelques mois à vivre. Suite à cette nouvelle, il décide de tout plaquer et de partir en Afrique avec son frère.

Il y a eu l’émouvant « Ce n’est pas toi que j’attendais » dans lequel Fabien Toulmé racontait son quotidien avec sa petite fille handicapée. C’était il y a un peu plus de deux ans et je me rappelle de cette lecture comme si c’était hier. Alors c’est forcément avec quelque excitation que j’ai appris la sortie de son nouvel album sans pourtant voir pris le temps de lire les deux collectifs auxquels il a participé en 2015 et 2016.

On découvre ici le quotidien routinier et triste d’un trentenaire célibataire. Fabien Toulmé décrit une vie morose, solitaire que rien ne vient animer si ce n’est lorsque le frère du personnage principal fait son apparition. Notre « héros » bougonne un peu mais on voit bien que le propos tenu fait mouche. Un propos qui pourrait trouver écho dans bien des situations et c’est là la force de ce récit.

Les deux vies de Baudoin – Toulmé © Guy Delcourt Productions – 2017
Les deux vies de Baudoin – Toulmé © Guy Delcourt Productions – 2017

Oser le changement. Se remettre en question. Faire revivre sa part d’enfance, se rappeler de ses premières ambitions, de ce qui pouvait nous motiver. Et mesure l’écart entre ces rêves et la réalité. Faire le point de ce qu’on a cédé à la raison, à la facilité. Qu’est-ce que vivre ? Est-ce faire des concessions ? Est-ce entrer dans un moule, remuer ciel et terre pour décrocher un contrat à durée indéterminée et s’y tenir coûte que coûte parce qu’il y a des traites à payer, une épargne à constituer pour anticiper les tuiles que la vie ne manquera pas de faire tomber sur notre route ?

Ou est-ce que vivre s’est avant tout s’écouter, abandonner l’idée d’un petit confort rapide au bénéfice d’une passion. Concrétiser ses envies les plus folles. C’est de ça dont il est question dans cet album et Fabien Toulmé parvient à ses fins. Alors certes, il faut une terrible raison pour que le personnage principal ose s’écouter. Et puis il lui faut aussi la main tendue de son frère pour finir de se lancer. Mais la suite du récit n’est que bonne humeur et rares seront les moments de déprime. On passe du rire au silence, on s’étonne et finalement, on se laisse bercer par cette douce mélodie du bonheur.

PictoOKEtonnant comme ce livre peut faire du bien. Etonnant la claque qu’il inflige dans les dernières pages. Etonnante cette tension que le scénario n’oublie pas de nous rappeler, de rappeler cette épée de Damoclès au-dessus de la tête de cet homme ordinaire, épée qu’on se plait à oublier et les occasions de l’oublier sont nombreuses. Entre les rencontres, les soirées bien arrosées, les solos de guitares, les complexes absurdes qui prêtent à sourire. En 9 pages tout est plié, le cœur est chiffonné, le ton devient d’un coup très grave. Mais la note de fin livre sa morale, son optimisme. J’ai passé un très bon moment en compagnie de cet album.

La chronique de Pierre Darracq, de Jérôme et de Noukette.

Les Deux vies de Baudoin

One shot
Editeur : Delcourt
Collection : Mirages
Dessinateur / Scénariste : Fabien TOULME
Dépôt légal : février 2017
272 pages, 27,95 euros, ISBN : 978-2-7560-8225-7

Bulles bulles bulles…

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Les deux vies de Baudoin – Toulmé © Guy Delcourt Productions – 2017

Ce n’est pas toi que j’attendais (Toulmé)

Toulmé © Guy Delcourt Productions - 2014
Toulmé © Guy Delcourt Productions – 2014

« Dans la vie d’un couple, la naissance d’un enfant handicapé est un ouragan, une tempête. Quand sa petite fille naît porteuse d’une trisomie non dépistée, la vie de Fabien s’écroule. De la colère au rejet, de l’acceptation à l’amour, l’auteur raconte cette découverte de la différence. Un témoignage poignant qui mêle avec délicatesse émotion, douceur et humour » (synopsis éditeur).

Deux ans de travail pour livrer cet album d’une sincérité déroutante. Fabien Toulmé raconte la dernière grossesse de sa femme. Lorsqu’elle a débuté, ils habitaient encore au Brésil. Dès le début, il angoisse sur la possibilité d’avoir un enfant trisomique. Cette appréhension-là, il l’avait déjà eue au moment de la première grossesse pourtant, Louise – leur fille aînée – est née en bonne santé.

C’est bizarre… Il existe potentiellement un nombre incroyable de malformations, de maladies. Il pourrait avoir un bras en moins, être leucémique, que sais-je ? Mais ce qui m’inquiétait vraiment, c’était la Trisomie 21. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que c’est le premier handicap auquel on pense, le plus marquant, le plus connu…

C’est vrai. Le regard sur les personnes handicapées est nourri de jugements souvent basés sur de fausses représentations. Fabien Toulmé n’hésite pas à énoncer les siens.

L’auteur raconte simplement les événements. Il tente de rationaliser après avoir écouté les médecins qui assurent le suivi. Ils ont pourtant été nombreux, ces interlocuteurs médicaux, du fait notamment de leur déménagement en France alors que Patricia – sa femme – est enceinte de trois mois. Les échographies se succèdent au rythme normal d’une grossesse qui s’annonce sans difficulté. Malgré les discours rassurant, le futur papa ne parvient pas à calmer cette inquiétude. Le scénario qu’il livre est sans pathos, sans tabou et sans concession. Il ne maquille pas son opinion vis-à-vis des enfants porteurs de Trisomie 21, à l’exemple de cette scène qui retranscrit une conversation avec sa femme. Ils sont alors dans un par cet observent une enfant trisomique qui joue non loin de leur fille ainée :

« Tiens, regarde !
– Oh, comme elle est mignonne !
– Tu trouves ? Ils sont pas spécialement mignons, les enfants trisomiques, ils sont même plutôt moches ! »

Puis, le moment de la naissance arrive. Dès le premier regard et il est comme frappé par une évidence : Julia, sa cadette, âgée de quelques heures, est trisomique. Il questionne médecins, infirmières, aides-soignantes… tout le monde le rassure. Julia est « normale ». Quelques jours plus tard, le diagnostic tombe comme un couperet et confirme ses craintes. Sa fille est trisomique.

Dès lors, Fabien Toulmé raconte le long cheminement qu’il a suivi. Sur près de 250 pages, il partage son expérience. Le récit comporte plusieurs chapitres, chacun représentant une étape de plus à franchir… comme un parcours du combattant. De la crainte infondée au diagnostic, de l’abattement à la colère (comment s’expliquer qu’aucun médecin n’ait été en mesure de voir le handicap avant ?). Des sentiments de honte, de culpabilité, le deuil de « l’enfant idéal » qu’il doit faire et une envie de baisser les bras viennent le percuter pendant son parcours.

Le dessin m’a donné une impression de déjà-vu. N’y voyez pas là le moindre reproche, cette ambiance familière installe immédiatement la convivialité. Chaque chapitre dispose de sa couleur dominante comme si chacune était témoin d’un état d’esprit changeant. Chaque teinte dégage une ambiance différente qui accompagne le lecteur dans sa lecture, dans sa découverte du témoignage de Fabien Toulmé. Comment accepter cet enfant alors que tout son corps la rejette ? Comment l’aimer alors qu’il est impossible de la toucher ? … tant de questions auxquelles l’auteur ne parvient pas à donner de réponse. Mais il sait que la situation ne peut perdurer en l’état. Parler avec sa femme, avec les interlocuteurs médicaux et avec d’autres parents l’ont aidé à réfléchir, à trouver peu à peu à se situer et à dédramatiser la situation. Le témoignage d’un apaisement.

PictoOKUn récit touchant qui met en mots toute une cohorte de peurs que tout un chacun peut avoir à l’idée d’avoir un enfant handicapé. Bien plus que le récit d’un quotidien, Fabien Toulmé propose un témoignage magnifique sur la rencontre entre un parent et son enfant handicapé. Sans aucune prétention, il partage son expérience, livre quelques clés de compréhension aux autres parents. Il  limite les fantasmes, cesse quelques fausses représentations mais surtout, il prouve que cette rencontre n’est pas insurmontable. Son discours est optimiste dans pour autant nier les difficultés qui y sont inhérentes.

LABEL LectureCommuneUne lecture que j’ai le plaisir de partager avec Sabine !! Mon petit doigt me dit qu’elle a fait bon accueil à cette lecture (clic pour être dirigé vers sa chronique).

… et les chroniques (nombreuses) de Jérôme, Val, Noukette, Enna, Galéa, David Fournol, Syl, …

Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Pronom personnel sujet : je

PetitBac2015

Ce n’est pas toi que j’attendais

One shot

Editeur : Delcourt

Collection : Encrages

Dessinateur / Scénariste : Fabien TOULME

Dépôt légal : octobre 2014

ISBN : 978-2-7560-3550-5

Bulles bulles bulles…

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Ce n’est pas toi que j’attendais – Toulmé © Guy Delcourt Productions – 2014