Infinity 8, tome 5 (Trondheim & Mourier & De Felici)

Trondheim – Mourier – De Felici © Rue de Sèvres – 2017

Elle est jeune, dynamique, a un gout prononcé pour l’humour, une bonne dose de répartie. L’agent Ann Nunurta est le cinquième agent appelé par le Capitaine du vaisseau de croisière l’Infinity 8. Capable de manipuler le temps, le Capitaine peut créer des boucles temporelles de 8 heures et, au terme de ce laps de temps, décider de laisser faire le fil des choses ou de réinitialiser la boucle et reprendre 8 heures en arrières. Il ne peut pas enclencher plus de 8 boucles successives et l’agent Ann Nunurta est missionnée pour la cinquième boucle temporelle.
Le contexte : « l’YSS Infinity a été contraint de s’arrêter. Face à lui, un obstacle de la taille du système solaire l’empêche de progresser. (…) cet obstacle gigantesque est une nécropole composée de milliers de débris en rapport avec la mort (cercueils, mausolées, …) » (extrait de ma chronique du tome 3).
Sa mission : tenter de comprendre qui est à l’origine de cet obstacle et quelles sont leurs intentions.

Lewis Trondheim supervise et mouille sa chemise sur chaque tome de la série. Il est aussi à l’origine du projet « Infinity 8 » et c’est autour de lui que s’organise les différentes équipes d’auteurs penchées sur chaque tome (Zep et Dominique Bertail pour le tome 1, Olivier Vatine qui co-scénarise et dessine le tome 2, Fabien Vehlmann et Olivier Balez sur le tome 3 et enfin pour le quatrième tome : Kris et Martin Trystram). Pour le cinquième tome, c’est Davy Mourier qui se penche sur le scénario. Pour mener à bien l’album, il fait équipe avec le dessinateur italien Lorenzo De Felici. Exit les hippies du tome précédent (que l’on verra d’ailleurs passer dans cette nouvelle histoire) et bonjour… les zombies ! Gueules puantes, viscères pendantes et maquillés à la truelle avec une bonne couche de fond de teint vert, ils sortent de partout bien décidés à croquer de la chair fraiche.

Malgré la panique qu’ils sèment dans l’intrigue, les auteurs ne perdent jamais de vue leur fil et l’histoire avance, faisant progresser à son tour l’enquête d’investigation plus large qu’a lancée le Capitaine de l’Infinity.

Pour autant ce tome est loin d’être mon préféré dans la série. Je l’ai trouvé un peu plus mou que les autres (et pourtant il ne manque pas de panache !). Les bonus de l’album sont l’occasion d’apprendre que ce tome a été le premier de la série à être scénarisé mais sans savoir à quel moment il serait placé. Il trouve finalement sa place en tant que cinquième opus de cette saga de science-fiction. Agréable, divertissant… me tarde la parution des tomes suivants. De celui-ci en revanche, je ne suis pas certaine de garder grand-chose.

Infinity 8

Tome 5 : Le jour de l’Apocalypse
Série en cours
Editeur : Rue de Sèvres
Scénaristes : Lewis TRONDHEIM & Davy MOURIER
Dessinateur : Lorenzo DE FELICI
Dépôt légal : septembre 2017
92 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-36981-266-1

Bulles bulles bulles…

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Infinity 8, tome 5 – Trondheim – Mourier – De Felici © Rue de Sèvres – 2017

Infinity, tomes 3 et 4 (Trondheim & Vehlmann & Kris & Balez & Trystam)

Petit rappel des faits : l’YSS Infinity – un vaisseau de croisière – a été contraint de s’arrêter. Face à lui, un obstacle de la taille du système solaire l’empêche de progresser. Bloqué au tiers de son voyage, entre la Voie Lactée et Andromède. Des équipes ont été demandées en renfort mais le capitaine a pour consigne lancer un premier travail d’investigation en attendant leur arrivée. Comme tous les Shär, il peut manipuler le temps :

« Il peut suivre une trame temporelle et au bout de 8 heures révolues – et pas avant – décider de poursuivre ou de remonter les 8 heures écoulées pour recommencer ». Ces boucles temporelles, il peut les répéter jusqu’à 8 fois de suite.

Au terme des deux premiers tomes de la série, nous savons déjà que cet obstacle gigantesque est une nécropole composée de milliers de débris. « Il y a des cercueils, des mausolées, des morceaux de planètes avec des cimetières, des vaisseaux accidentés contenant des cadavres… et ceci pour des centaines de races. Tout laisse à penser que quelqu’un est responsable de ça. Et nous devons découvrir qui et pourquoi ».

Trondheim – Vehlmann – Balez © Rue de Sèvres – 2017

Après les agents Yoko Keren (tome 1) et Stella Moonkicker (tome 2), c’est au tour du Marshall Emma O’Mara d’être missionnée pour la troisième boucle temporelle. Cette femme semble hyper expérimentée et hyper compétente pour mener à bien cette mission mais le scénario de Fabien Vehlmann ( « Les Derniers jours d’un immortel », « Les cinq conteurs de Bagdad », « Paco les mains rouges » …) et Lewis Trondheim Lapinot et les carottes de Patagonie », « Coquelicots d’Irak » …) nous fait vite déchanter et sème le doute. Les deux scénaristes brouillent les pistes en un tour de main et nous donnent des sueurs froides. La femme chargée de débloquer la situation est une tigresse fourbe… qui avons-nous donc en face de nous ? Déjà que les deux héroïnes des tomes précédents avaient un fichu tempérament, celle-ci semble pire encore ! L’histoire qui nous tient en haleine jusque dans les dernières pages de l’album et incite même à se jeter sur le tome suivant pour savoir quelles seront réellement les répercussions des prises de position qui ont été annoncées. Un thriller psychologique dans un décor futuriste, prenant !

Côté graphisme, les illustrations d’Olivier Balez campent une ambiance rétro. Pour se faire, et comme l’explique Fabien Vehlmann dans le cahier graphique inséré en fin d’album, le dessinateur s’est inspiré du personnage d’Emma Peel pour bâtir leur héroïne (qui outre le fait de prêter une attention particulière aux choix de sa garde-robe, partage le même prénom que le séduisant agent britannique de « Chapeau melon et bottes de cuir »).

Trondheim – Kris – Trystram © Rue de Sèvres – 2017

Le quatrième tome, « Guérilla urbaine », nous invite à nous baigner dans une ambiance disco-latino. Martin Trystram (auteur notamment de « Pacifique ») réalise ici un univers graphique assez doux, en harmonie totale avec les personnages hippies qui peuplent ce quatrième reboot temporel de 8 heures. Nouvel angle d’attaque pour observer l’univers et tenter de percer le mystère d’« Infinity 8 ». L’héroïne est cette fois la charismatique Patty Stardust. De nouveau, pour la quatrième fois, c’est une humaine qui porte sur ses épaules la responsabilité de mener à bien l’enquête sur la mystérieuse nécropole qui fait barrage à la progression du vaisseau intergalactique. Qui a placé cette nécropole à cet endroit et pourquoi ?

Le Major Patty Zimmer était pourtant déjà en mission quand le capitaine de l’YSS Infinity la réquisitionne. En effet, elle a réussi à infiltrer la Guérilla symbolique (un groupuscule politique de performeurs  artistiques qui cherchent à gagner des parts d’audience et – pour certains – faire du profit). Dans cette communauté, elle se fait appeler Patty Stardust. La nouvelle mission vient donc se greffer à la première et risque de faire sauter sa couverture et de lui faire perdre cinq années de travail. Elle est donc assez remontée contre le le capitaine du spatiopaquebot YSS Infinity !

Le dessinateur bourre ses illustrations de nombreuses références rock et disco des années 1970 : Jimmy Hendrix, des looks à la Jackson 5 ou Groucho Marx. On y voit aussi Kris (le scénariste) surgissant dans une case sur un véhicule directement sorti de Star Wars (genre Bloodfin)… Ce quatrième tome est un excellent space-opera psychédélique. Sexe, drogue et rock’n roll ! Hypnotisant.

L’excellent Kris (« Un homme est mort », « Notre mère la guerre », « Coupures irlandaises » et j’en passe) co-scénarise ce tome avec Lewis Trondheim. On comprend en lisant la partie bonus que, compte-tenu des quelques éléments narratifs transmis comme postulat de départ par Trondheim, Kris n’a pas mis longtemps pour se pencher sur le projet. Il déplie vite l’idée d’une révolution artistique dans laquelle plusieurs races seraient engagées et hop, Martin Trystram lui a emboité le pas.

Résultat : un tome au rythme entrainant où l’on retrouve avec plaisir des références musicales funk, disco mais également la poignée d’artistes émérites du « Club des 27 ». Un régal pour les pupilles, une lecture qui nous incite à mettre du bon son !
Constat : les différentes équipes artistiques qui ont travaillé sur les différents tomes de la série sont excellentes. Je chante donc la même rengaine que pour ma chronique sur les tomes 1 et 2 : vivement la suite !

Infinity 8

Série en cours (8 tomes au total)
Editeur : Rue de Sèvres
Tome 3 : L’Evangile selon Emma
Dessinateur : Olivier BALEZ
Scénaristes : Lewis TRONDHEIM & Fabien VEHLMANN
Dépôt légal : mars 2017
94 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-36981-261-6

Tome 4 : Guérilla symbolique
Dessinateur : Martin TRYSTRAM
Scénaristes : Lewis TRONDHEIM & KRIS
Dépôt légal : mai 2017
94 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-36981-264-7

Bulles bulles bulles…

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Infinity 8, tome 3 – Trondheim – Vehlmann – Balez © Rue de Sèvres – 2017

et

Infinity 8, tome 4 – Trondheim – Kris – TrystRam © Rue de Sèvres – 2017

Coquelicots d’Irak (Trondheim & Findakly)

© Brigitte Findakly, Lewis Trondheim & L’Association – 2016

Des souvenirs d’enfance à Mossoul. De vieux clichés, témoins de ces morceaux de passé, instants heureux et insouciants des sorties en famille. Radieuse, une enfant pose entre les pattes des lions ailés du site de Nimrod ou bien escalade les pierres du site d’Hatra.
« Mais on n’avait strictement pas le droit d’emporter des pierres. Les voitures étaient fouillées à la sortie du site pour le préserver à jamais ». Des souvenirs à jamais ancrés dans un passé révolu, l’Etat islamique a détruit en 2015…

Brigitte Findakly raconte l’histoire de sa famille. Elle explique la rencontre de ses parents – en 1950 – dans une gare française et l’arrivée de sa mère en Irak. Elle parle de sa scolarité à Mossoul et de l’étymologie de son nom de famille. De ses rapports avec son frère aîné, de ses amitiés… tout un quotidien où se mêlent cultures et traditions françaises et irakiennes. Il est également question de religion, d’éducation, d’identité et de déracinement.

Lorsqu’elle a 13 ans, son père décide que pour leur sécurité à tous, il est préférable pour eux de s’installer en France. Jusque-là, elle n’avait séjourné en France qu’aux périodes de vacances. Très vite, Brigitte Findakly a le mal du pays. La vision idyllique qu’elle avait de la France se heurte à la réalité. La dynamique familiale est profondément modifiée. A cela s’ajoutent les difficultés d’intégration, le racisme, un rythme de vie plus agressif…

Avec tendresse et un peu de nostalgie, elle décrit ces jours heureux. Des bribes de son enfance se succèdent et l’auteure les agrémentent de quelques incartades dans le présent. Brigitte Findakly partage généreusement sa mémoire. A l’extérieur de la bulle familiale, son regard d’enfant perçoit le chaos d’un pays à l’histoire douloureuse et chaotique. Elle fait revivre l’Irak qu’elle a connu à l’aide de petites anecdotes et livre ainsi ses souvenirs des événements qui ont marqués son pays natal. On voit parfaitement qu’à mesure qu’elle grandit, sa compréhension du contexte socio-politique s’affine ; une histoire qui a connu moult remaniements, les coups d’état successifs, la censure, l’extermination des juifs, les coutumes irakiennes… Malgré tout, on sent que cette vie « d’avant » manque à la narratrice mais la nostalgie n’alourdit pas le scénario.

Son compagnon, Lewis Trondheim, est au dessin. Léger et fluide, l’absence de cases crée une ambiance inespérée. L’ambiance graphique est pleine de fraîcheur comme si le fait de raconter cette enfance rendait heureux. Les touches de couleurs généreuses égayent cette histoire de famille et lui donnent un petit côté amusé. De vieilles photos de famille sont insérées par lot de trois ou quatre clichés ; elles marquent symboliquement la fin de chaque grand chapitre.

Les auteurs ont fait de choix de ne faire apparaître aucun repère visuel pour marquer la fin d’une anecdote / le début d’une autre. L’absence de transition (titre des saynètes, marqueur de temps…) ne met pas en difficulté le lecteur. On se repère très facilement dans cet album savoureux.

Le témoignage est touchant. On sent une famille heureuse et unie, un profond respect de l’auteure pour ses parents aux caractères aussi différents que complémentaires (un père altruiste, une mère attentionnée mais au contact plus farouche). Beaucoup de passé, un peu de présent. Une histoire personnelle qui nous accueille à bras ouverts.

Beaucoup de plaisir à partager cette lecture commune avec Noukette. Un beau mercredi BD qui se donne aujourd’hui rendez-vous chez Moka !

Lu dans le cadre de l’opération Price Minister « La BD fait son Festival »

A lire aussi les chroniques de Charlotte et de Saxaoul.

Coquelicots d’Irak

One shot
Editeur : L’Association
Dessinateur : Lewis TRONDHEIM
Scénaristes : Brigitte FINDAKLY & Lewis TRONDHEIM
Dépôt légal : août 2016
112 pages, 19 euros, ISBN : 978-2-84414-628-1

Bulles bulles bulles…

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Coquelicots d’Irak © Brigitte Findakly, Lewis Trondheim & L’Association – 2016

Infinity 8, tome 1 et 2 (Trondheim & Zep & Bertail & Vatine)

Trois fascicules d’une trentaine de pages dans chacun de ces tomes. Des fascicules prépubliés en 2016 et vendus en librairie. Le postulat de départ est un vaisseau de croisière ultra-rapide et immense, l’Infinity 8 qui – à un moment donné de son voyage – est contraint de s’arrêter, un étrange obstacle l’empêchant de poursuivre son trajet. Après avoir demandé de l’aide, le Capitaine du vaisseau décide d’envoyer des agents pour mener l’enquête et comprendre ce qui se passe. Au moment où chacun d’eux entre en fonction, il ouvre une fenêtre temporelle de huit heures dans lequel il fait entrer un agent qui doit explorer un futur probable. Il peut répéter cette opération à huit reprises.

L’occasion pour le lecteur d’explorer le potentiel narratif de ce postulat de départ et d’en vivre huit déclinaisons possibles. Huit agents, huit missions, huit équipes d’auteurs.

tome 1 – Trondheim – Zep – Bertail © Rue de Sèvres – 2017
tome 1 – Trondheim – Zep – Bertail © Rue de Sèvres – 2017

Un voyage dans l’espace en direction d’Andromède. A bord de l’YSS « Infinity », un vaisseau ultra-rapide, l’agent Yoko Keren est chargée de la sécurité des 880000 passagers. Parmi cette population en transit dans l’espace, près de 257 races différentes dont 1583 humains. Yoko, quant à elle, profite de cette mission pour trouver le géniteur parfait. Avec son petit scanner portatif, « Twip twip ! », elle débusque les eczémas, asthme et autres « tares » qu’elle veut à tout prix éradiquer du patrimoine génétique de sa progéniture.

Pendant le trajet, l’Infinity rencontre un obstacle de taille qui oblige le capitaine à arrêter le vaisseau. C’est à l’agent Keren qu’on demande d’intervenir.

« -Il a été bloqué par un amas d’artéfacts hétéroclites dont la totalité équivaut à la taille d’un système solaire. (…)
– Quels genres d’artéfacts ?
– Des vaisseaux, des bouts de planètes, des monuments, des morceaux de villes satellitaires, des débris…
– C’est un dépotoir ?
– C’est à vous de le découvrir.
– Quoi ? Vous m’avez appelée pour que je fasse les poubelles ?
– C’est l’idée générale, mais on peut aussi avoir des rapports sexuels une fois la mission achevée.
Twip Twip !
– Non… Aucune chance ».

L’Agent Yoko Keren va donc devoir sortir pour repérer les lieux et les sécuriser si nécessaires. Mais la situation va échapper à tout contrôle.

Pour le premier tome, le duo ZepLewis Trondheim se forme côté scénario tandis que Dominique Bertail se penche sur la partie graphique. L’ensemble donne un album décapant, tant au niveau des répliques que du dessin. Avec un certain sens de la répartie, un brin de mauvaise foi et beaucoup de panache, les bases de l’aventure sont posées et vont être dépliées à un rythme soutenu. Le récit ne souffre (presque) aucun temps mort et l’intrigue avance joyeusement vers son dénouement. Dominique Bertail quant à lui semble prendre plaisir à faire évoluer la jeune Yoko, plantureuse et musclée, futée et caractérielle, dans un décor improbable. Le sang gicle, des vaisseaux aux tailles colossales flottent majestueusement dans l’espace et en toile de fond, la galaxie qu’on a à peine le temps de regarder tant on saute d’une action à l’autre. Un bon space opéra qui s’ouvre avec cette série atypique.

Au bout du compte, le « reboot temporel » se referme et on se retrouve au point de départ, juste avant que le Capitaine n’enclenche le reboot.

tome 2 – Trondheim – Vatine © Rue de Sèvres – 2017
tome 2 – Trondheim – Vatine © Rue de Sèvres – 2017

« Reboot à bord de l’Infinity 8 ! La première mission ayant tourné court suite à l’attaque d’une espèce nécrophage, le Capitaine, capable d’explorer plusieurs futurs alternatifs, lance une nouvelle trame temporelle et active un nouvel agent. L’incontrôlable Stella Moonkicker ne disposera à son tour que de 8 heures pour explorer la nécropole et en découvrir l’origine » (quatrième de couverture).

Nouveau regard sur les difficultés du vaisseau de croisière, on repart au début de la première fenêtre de 8 heures mais cette fois, on la passe en compagnie d’un autre flic, une autre femme au caractère bien trempé, aux formes généreuses, à la répartie redoutable, bourrée de mauvaise foi, adorant le sarcasme et… les selfies. Ultra-connectée aux réseaux, elle mène de front sa mission tout en soignant son image auprès de ses followers.

Lewis Trondheim se charge du filage narratif et on retrouve le ton alerte et bourré d’humour dont on avait déjà bénéficié dans le premier tome. Cette fois pourtant, on navigue au milieu d’une autre ambiance graphique ; les formes sont plus nettes, un rendu très travaillé que ce soit au niveau du dessin ou de la couleur. Olivier Vatine (« Aquablue », « Carmen McCallum »…) s’éclate et maîtrise parfaitement l’évolution de ce genre de personnage au tempérament très prononcé (j’y faisais référence plus haut mais on l’a déjà vu faire évoluer Carmen, mais aussi Cixi dans « Lanfeust » ou Atalante dans la série éponyme). Le côté très punchy colle parfaitement à l’ambiance et au rythme percutant de l’album. Aucun risque de s’ennuyer ici et, cerise sur le gâteau, on en profite pour donner un bon coup de pied aux fesses d’Hitler revenu d’entre les morts.

PictoOKUne nouvelle série qui démarre tambours battants et si elle me fait sortir de ma zone de confort côté lecture, ça m’étonnerait que je manque les prochains tomes !

Infinity 8

Tome 1 : Romance et Macchabées
Série en cours (8 tomes au total)
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur : Dominique BERTAIL
Scénaristes : Lewis TRONDHEIM & ZEP
Dépôt légal : janvier 2017
96 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-36981-257-9

Infinity 8

Tome 2 : Retour vers le Führer
Série en cours (8 tomes au total)
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur : Olivier VATINE
Scénaristes : Lewis TRONDHEIM & Olivier VATINE
Dépôt légal : janvier 2017
96 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-36981-259-3

Bulles bulles bulles…

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Infinity 8, tomes 1 et 2 – Trondheim – Zep – Vatine – Bertail © Rue de Sèvres – 2017

Chroniks Expresss #13

Vous vous rappelez les vieux jeux électroniques de type « Dictée magique » ou « Les nombres magiques » ? Une erreur et nous avions droit à l’immanquable « Tu t’es trompé ! Essaie encore ! ».

C’est un peu l’impression que j’ai en ce moment côté lectures BD… Pas de coup de cœur depuis quelques temps. Je survole.

Pourtant, j’ai un peu de munitions toutes plus alléchantes les unes que les autres mais dès que la lecture est engagée… c’est morne plaine ! Et je ne vous parle pas de l’exercice d’écriture qui en découle !

Alors plutôt que d’imposer à tout le monde un chapelet de chroniques « entre deux eaux » (au mieux), je vais n’en faire qu’une et espérer repartir du bon pied avec d’autres ouvrages.

La Peau de l’ours

Zidrou – Oriol © Dargaud – 2012
Zidrou – Oriol © Dargaud – 2012

« La peau de l’ours nous fait voyager de l’Italie contemporaine aux États-Unis de la fin des années 30. Amadeo a pour devoir quotidien de lire à un vieil homme son horoscope. Il est loin d’imaginer que cet aveugle, canne à la main, a été montreur d’ours aux États-Unis, puis assistant d’un chef mafieux ! Une histoire d’amour, de vengeance, de lâcheté… » (synopsis éditeur).

Après un premier essai très réussi dans ma découverte de la bibliographie de Zidrou (voir ma chronique sur Lydie), j’ai souhaité poursuivre mon exploration… plutôt confiante. Au vu des avis partagés çà et là sur la blogosphère – et vu que j’ai eu une belle opportunité de le lire – j’ai donc fait une étape du côté de La Peau de l’Ours.

J’avoue avoir été en manque d’inspiration pour proposer un synopsis « à ma sauce »… mauvais signe… cela tient au fait que je n’ai ab-so-lu-ment pas accroché avec cet ouvrage ! Plat. Ennui. Morosité. Banalité. Manque d’originalité. Pf…

La liste pourrait être plus longue mais je m’en tiens là.

Je pourrais aussi prétexter que « c’est de votre faute… à vous… blogo-lecteurs » car j’avais des attentes fortes à l’égard de cet album. Non, je ne rejetterais la responsabilité sur personne mais j’avais envie que quelque chose me pète à la gueule pendant la lecture (excusez mon vocabulaire de charretier mais c’est ce qui résume le mieux l’état d’esprit dans lequel j’étais quand j’ai eu l’ouvrage en main)… et il n’y a eu aucune onde de choc.

Laissez-moi vous expliquer ce qu’il s’est passé…

Je n’ai pas grand-chose à reprocher au scénario de Zidrou. Propre. Fluide. Il pose les éléments narratifs où il faut et quand il faut. Il laisse légèrement mijoter son lecteur avant de lâcher quelques morceaux choisis… ils sont prometteurs. On a envie de tourner la page pour connaître la suite (ça, c’est une réalité). Quant aux deux personnages principaux : l’ancien puceau de 80 piges (j’ai cru pendant la majeure partie de la lecture être un ancien mafioso) et le plus-puceau depuis très longtemps (si on s’en tient à ce qu’il affirme) font un duo charmant. Ils tapent un brin de causette, se laissent surprendre par leur complicité naissante… Le tout est servi sur un paysage paradisiaque (une île italienne, ciel bleu, mer, villa de luxe…). On profite aussi d’un relent de nostalgie qui vient donner de la consistance à l’ensemble. Le vieil homme – comme tous les vieux dans les BD [malheureusement] – vit dans ses souvenirs. Cette fois, le retour en arrière nous amène dans les années 1930 (version édulcorée des costumes de mafiosos américains, gros cigares, sang qui gicle…). Ça ne gâche rien (personnellement, j’aime beaucoup cette période de l’histoire) mais j’ai trouvé que l’on nous servait un plat froid !

Au dessin, Oriol. Bon. Vif, sec, nerveux… un style dans cette mouvance. Problème : ce travail d’illustration m’a trop fait penser à des lectures antérieures (je me contente d’une référence : Je mourrai pas gibier). Rien de nouveau sous le soleil. La mise en couleurs jure (c’est criard). Je n’aime pas cet effet de style sur les rouges cramoisis qui symbolisent la colère et/ou la méchanceté, j’aime encore moins ces nez « fardés » (???) permanents (et laids et disgracieux et…). Les aplats de couleurs sont complètement… plats, lisses. Le ciel bleu est trop bleu. Y a-t-il besoin que je poursuivre ?

pictobofOn classe. Ça ne vient rien titiller chez l’énergumène que je suis. Rien. Pire encore, pas un soupçon d’empathie pour ces personnages désincarnés. Et puis tout cela est bien trop prévisible… comme si c’était la peine d’en rajouter ! N’en jeter plus… la coupe est pleine !

Lego, Vidi, Vici. Mais je continuerais à lire Zidrou. Comme une teigne, je m’agrippe.

Les chroniques de Noukette, PaKa, Yvan, Oliv, Stephie, La soupe de l’espace,…

La Peau de l’Ours

One shot

Editeur : Dargaud

Dessinateur : ORIOL

Scénariste : ZIDROU

Dépôt légal : juillet 2012

ISBN : 978-2-5050-1137-8

Bulles bulles bulles…

La peau de l’ours – Zidrou – Oriol © Dargaud – 2012
La peau de l’ours – Zidrou – Oriol © Dargaud – 2012

La peau de l’ours – Zidrou – Oriol © Dargaud – 2012

 

Un peu de bois et d’Acier

Chabouté © Vents d’Ouest – 2012
Chabouté © Vents d’Ouest – 2012

Les plus jeunes y gravent leurs initiales dans un cœur, les chiens urinent dessus, les badauds l’ignorent la plupart du temps, les plus démunis passent leurs nuits dessus, les amoureux s’y bécotent… Je suis ? Je suis ??? Un banc !

Dans le mile !

Cet album haletant nous propose donc de vivre le quotidien d’un banc public au travers des saisons.

Passionnant.

Pourtant, je connaissais le sujet de l’album. J’ai joué, j’ai perdu… mais on risque de me reprendre encore à ce jeu-là (ce qui est terrible en soi).

Ce qui m’intéressait – comme souvent – c’est le caractère muet de la chose. Le plaisir des images silencieuses. La possibilité de flotter à son rythme sur les illustrations, de mesurer la force de suggestion de chaque détail… [soupir de satisfaction]. Le must en la matière reste pour moi l’album de Shaun Tan (quatre ans après l’avoir découvert pour la première fois, je ne m’en suis toujours pas remise…).

Mais je m’égare. Ahem.

Un peu de bois et d’acier m’a ennuyée, vraiment. La découpe des planches est monotone (certes, la vie d’un banc l’est tout autant). En revanche, j’ai apprécié les séquences en revanche. L’organisation des scènes, petites tranches de vie anodines. Le jeu visuel avec un arrière-plan fixe et des personnages qui avancent d’une case à l’autre, invitant le lecteur à reconstruire le mouvement. Par contre, cette succession de scènes banales sur plus de 300 pages… je n’ai pas cette patience, même si l’ouvrage ne m’est pas tombé des mains. La répétition permanente d’une composition de planche quasi statique rend tout cela bien monotone. A mesure que la lecture avance, j’ai constaté que les pages se tournaient de plus en plus vite ! Signe d’un certain empressement à arriver au bout de ce volume.

Quelques rares occasions de rire (d’un rire franc mais bref) notamment à la vue de cette vieille dame qui revient à deux ou trois reprises et qui n’a décidément pas de chance. Les yeux écarquillés en permanence, le genre de « bonne femme » qui doit être surprise de se réveiller entière chaque matin dans son lit douillet parce que décidément, le monde qui l’entoure est vraiment surprenant ! Ce n’est pas suffisant pour autant…

PictomouiLes ambiances se succèdent, candeur, morosité, joie… je suis restée là, sage spectatrice assise sur le banc d’en face…

Bien trop loin de la claque donnée par Tout seul. Bien trop loin !

Les chroniques de Jérôme, Lunch, Keisha, Gwordia

Un peu de bois et d’acier

One shot

Editeur : Vents d’Ouest

Dessinateur / Scénariste : Christophe CHABOUTE

Dépôt légal : septembre 2012

ISBN : 978-2-7493-0655-1

Bulles bulles bulles…

Un peu de bois et d’acier – Chabouté © Vents d’Ouest – 2012
Un peu de bois et d’acier – Chabouté © Vents d’Ouest – 2012

Un peu de bois et d’acier – Chabouté © Vents d’Ouest – 2012

 

Appelle-moi Ferdinand

Bourhis – Conty – Durieux © Futuropolis – 2009
Bourhis – Conty – Durieux © Futuropolis – 2009

Oscar, un quadra, cadre, en couple, 2 filles.

Il est à côté de ses pompes et semble rêver tout éveillé. Il ne réagit pas aux nouvelles habitudes de sa fille aînée qui enchaîne les relations amoureuses et passe de moins en moins de temps à la maison ; l’investissement qu’elle peut consacrer à ses études universitaires ne semble pas être une préoccupation pour Oscar. Chloé, sa cadette, est encore au lycée… R.A.S. pour le moment. Sa femme découche ; l’idée d’être cocu le fait à peine sourciller. Quant à lui, il vient de louer la chambre de bonne du sixième étage qu’il justifie – auprès de sa femme inquiète pour leur avenir financier – par un « j’ai besoin d’avoir un espace à moi ». Alors quand il est seul, il va s’isoler dans sa tanière sous les toits, se fiche le nez dans les étoiles et garde son arme à feu à portée de main…

Un tableau peu reluisant. Un homme en pleine déprime et celle-ci n’est pas due aux raisons que l’on imagine initialement. Pour le coup, ne comptez pas sur moi pour spoiler l’intrigue. Quoiqu’il en soit, son attitude questionne et le scénario, majoritairement en voix-off, nous permet de mesurer rapidement la gravité de ce qui se passe sans trop percevoir de quoi il en retourne. La voix-off, c’est bien évidemment celle du narrateur (« héros » de cette histoire). Héros ? Portrait type d’un anti-héros ressemblant plus à un ours mal-léché, la barbe en bataille, qu’à un matou qui roule des mécaniques. Pour le coup, j’ai bien aimé cette belle barbe en bataille.

La voix intérieure [appelez-la voix-off si vous préférez] d’Oscar se confie. Il fait le point de sa vie. De ce qu’il a acquis, des rêves d’enfance qu’il a pu réaliser, de ce dont il est fier mais surtout, là où il a échoué. Etre un bon père, un mari aimant, un enfant prévenant… le constat est amer. Les tons sépia de l’album renforcent l’impression de mélancolie qui émane de ce personnage.

« C’est difficile de t’atteindre, papa. Tu donnes pas l’impression qu’on compte pour toi »

Dans sa lente descente aux enfers, il va pourtant parvenir à nous surprendre, à nous toucher grâce à ce curieux mélange d’audace et de fragilité qui le rend hésitant et qui tronque un peu la perception qu’il peut avoir de son environnement proche. Certaines scènes donnent lieu à des passages où l’on marque un temps d’arrêt pendant la lecture, où l’on revient en arrière pour reprendre le fil d’une histoire qui nous aurait échappé. Je ne suis pas en train de dire que le récit est saccadé. Je suis juste en train d’expliquer qu’on comprend tant et si bien le personnage principal que l’on perçoit comme lui la réalité de façon déformée (à certains moments). Où s’arrête le réel ? Où commence le délire ? Comme s’il perdait le contrôle de sa vie… qu’il perdait la certitude d’être encore en vie. Quant à la raison de ses hallucinations (du moins, c’est mon interprétation)… ma foi, il vous faudrait lire l’album pour en apprendre l’origine. Et quitte à lire ce titre, poussez la chansonnette jusqu’à partager votre ressenti… que je sache si mon interprétation est dans le vrai ou totalement mal à propos.

PictoOKIci aussi, j’ai gardé en mémoire des traces de chroniques dithyrambiques. L’impact attendu n’a pas eu lieu… mais ce fut un agréable petit voyage malgré tout. Un petit pouce pour l’occasion.

Les chroniques de Lorraine, Mango, Violette

Appelle-moi Ferdinand

One shot

Editeur : Futuropolis

Dessinateur : Christian DURIEUX

Scénaristes : Hervé BOURHIS & Christophe CONTY

Dépôt légal : août 2009

ISBN : 978-2-7548-0240-6

Bulles bulles bulles…

Appelle-moi Ferdinand – Bourhis – Conty – Durieux © Futuropolis – 2009
Appelle-moi Ferdinand – Bourhis – Conty – Durieux © Futuropolis – 2009

Appelle-moi Ferdinand – Bourhis – Conty – Durieux © Futuropolis – 2009

Les trois chemins sous les mers

Trondheim – Garcia © Guy Delcourt Productions – 2013
Trondheim – Garcia © Guy Delcourt Productions – 2013

Les trois chemins plongent cette fois dans les profondeurs sous-marines. A la surface, un marin pêcheur très peu doué pour vivre de la pêche et comble de tout : il a le mal de mer. Au fond, un scaphandrier écolo. Et flottant au milieu, un sympathique petit poulpe rose qui cherche à rejoindre sa mère malade mais la tâche est difficile… petit poulpe est peureux.

Leurs routes respectives vont se croiser et se décroiser en permanence, sur le même principe que le tome 1 intitulé Les Trois chemins.

A l’instar du premier tome, il y a un quatrième personnage (un homme-poisson) qui cette fois est totalement indépendant du trio principal, même s’il interagit avec chacun d’entre eux.

L’ouvrage est amusant. J’appréhendais de ne pas apprécier (la lecture du premier tome est relativement récente, souhait de ne pas se heurter à une impression de répétition). Cela n’a pas été le cas en revanche, les visuels sont très chargés. Les « chemins » ne sont pas délimités comme dans le premier opus de fait, le regard se perd sur la double page. Ce tome me semble moins accessible à un jeune lectorat que le précédent. En revanche, il y a de jolis petits jeux de mots et la naïveté des personnages les rend touchants.

Le jeune lecteur qui m’a accompagné dans la lecture a bien moins apprécié ce tome que le premier. Il a été dérangé par les apparitions de l’homme-poisson qui le mettent mal à l’aise (point de vue purement esthétique quant à l’anatomie de ce personnage, essentiellement dû à sa tête en forme de poisson). Il émane de ce personnage quelque chose qui lui fait peur, comme une vision cauchemardesque. Il n’a pas eu d’autre envie que celle de survoler l’album.

PictomouiLecture sympathique mais je doute qu’on y revienne régulièrement.

Les trois chemins

Tome 2 : Les trois chemins sous les mers

Série en cours

Dessinateur : Sergio GARCIA

Scénariste : Lewis TRONDHEIM

Dépôt légal : novembre 2013

ISBN : 2-84789-113-7

Bulles bulles bulles…

Les trois chemins, tome 2 – Trondheim – Garcia © Guy Delcourt Productions – 2013
Les trois chemins, tome 2 – Trondheim – Garcia © Guy Delcourt Productions – 2013

Les trois chemins, tome 2 – Trondheim – Garcia © Guy Delcourt Productions – 2013

Les trois chemins (Trondheim & Garcia)

Trondheim – Garcia © Guy Delcourt Productions – 1999
Trondheim – Garcia © Guy Delcourt Productions – 1999

Sur le premier chemin, John Mc Mac, richissime personnage imbu de sa personne. Accompagné de Robert, son homme à tout faire, Mc Mac se met en route, bien décidé à récupérer les trois pièces d’or qu’il a prêtée.

Sur le second chemin, nous faisons la connaissance de Roselita le matin même où elle constate amèrement que le nuage à pain qui l’accompagne chaque jour s’est transformé en un « sacré bon sang de nuage à cailloux ». Après lui avoir donné un parapluie pour qu’elle puisse s’abriter, le vieux sage lui conseille d’aller parler au maître des nuages qui habite à l’autre bout du monde.

Sur le dernier chemin, H.Deuzio est atterré. Ce robot ne comprend pas comment il s’est retrouvé en si mauvaise posture. Cela fait des heures qu’il assiste impuissant à la lente dérive de sa barque. Sans rames, il est livré aux aléas du courant, paniqué à l’idée de tomber à l’eau.

Trois chemins pour quatre destins… leurs croisements sont nombreux et les personnages vont malgré eux interagir et influencer leurs aventures respectives.

J’avais besoin d’un peu de fantaisie pour changer un peu de registre de lectures. J’en ai trouvé en écoutant les conseils de Louka (fiston qui – du haut de ses 8 ans – semble décidé à mettre son grain de sel dans mes lectures).

J’ai donc pris mon bâton de pèlerin et suis partie à l’assaut de cet album. L’originalité de cet ouvrage tient au travail réalisé par Sergio Garcia. La présentation est pour le moins surprenante. L’ouvrage s’affranchit des cases habituelles et reprend littéralement le titre pour proposer trois récits croisés. Ainsi, s’étalent en double page les récits retraçant l’épopée de chacun des personnages principaux qui se rencontrent sans cesse. Les illustrations permettent ainsi de profiter d’une lecture réellement ludique. J’appréhendais tout de même le côté illisible de la chose ; les chemins n’ont de cesse de se croiser et de se décroiser, confrontant systématiquement le lecteur à une hésitation passagère : quel sens de lecture prendre pour que la fluidité soit conservée ? Au final, aucun choix ne prévaut sur un autre et le sentier emprunté s’avère être systématiquement opérant. De fait, cela rend Les trois chemins atypique : aucun lecteur ne peut se targuer d’avoir suivi le même fil narratif que son voisin… chaque lecture sera une découverte permanente pour un même lecteur. Cet album me semble être accessible à un large public d’ailleurs, Louka n’a eu besoin d’aucune aide extérieure lorsqu’il a pris connaissance de cet album pour la première fois. Un album qui, au passage, le sensibilise à l’OuBaPo (Ouvroir de Bande Dessinée Potentielle) puisqu’il a été agréé par ce comité.

Le scénario de Lewis Trondheim quant à lui est assez simple et développe quatre individus aux personnalités très différentes. Leurs réactions contrastent ; elles se heurtent les unes aux autres mais le jeu des arrangements narratifs et la présence de rebondissements incessants permet au scénariste d’éluder la question des conflits et des tensions. En cela, j’ai retrouvé l’entrain que j’avais déjà fortement apprécié dans Lapinot et les carottes de Patagonie.

PictoOKCet album permet une sympathique déambulation malgré la présence de personnages somme toute assez prévisibles dans leur réaction. La surprise vient de leur environnement : une bourrasque de vent, un individu croisé sur le bord de la route, un buisson de baies rouges… vont créer autant d’occasion de rendre ce périple aussi amusant qu’entraînant. Collez-y vos jeunes lecteurs et, au passage, profitez du voyage !

Une lecture que je partage avec Mango !

Logo BD Mango Noir

Les chroniques de Marie Golotte et d’Yvan ainsi qu’une vidéo de présentation de l’album réalisée par l’Ecole des Loisirs (l’album était dans la sélection « Animax » de 2013-2014).

Le tome 2 des Trois chemins sous les mers est sorti en 2003

Les trois chemins

Tome 1 : Les trois chemins

Série en cours

Editeur : Delcourt

Collection : Jeunesse

Dessinateur : Sergio GARCIA

Scénariste : Lewis TRONDHEIM

Dépôt légal : juin 1999

ISBN : 978-2-84055-461-5

Bulles bulles bulles…

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Les trois chemins, tome 1 – Trondheim – Garcia © Guy Delcourt Productions – 1999

Texas Cowboys (Trondheim & Bonhomme)

Texas Cowboys
Trondheim – Bonhomme © Dupuis – 2012

« Au Far West comme ailleurs, entre vengeance, fortune et amour, il faut parfois choisir…

Harvey Drinkwater, journaliste à Boston, est envoyé au Texas pour faire un reportage sur le « Hell’s Half Acre », le coin le plus dangereux du pays, « le pire de toute la racaille des ploucs de l’Ouest rassemblé sur un espace grand comme le cul d’une mouche », dixit le directeur de son journal… Décidé à abandonner le journalisme, il choisit de saisir l’occasion pour se venger de l’ex-mari de sa mère, s’enrichir et trouver une femme. Mais il n’est pas le premier blanc-bec à débarquer dans la « ville des vaches » pour tenter sa chance. Cela fait déjà quatre ans que Betsy Marone plume les visiteurs au poker, et ce n’est pas avec un nom pareil qu’Harvey Drinkwater va impressionner grand monde à Fort Worth. Et de toute façon, comme le dit Ivy, l’homme du cru qu’il a embauché pour le guider dans cette nouvelle vie, on ne peut pas venir dans l’Ouest pour la vengeance, la fortune et l’amour. Ça fait trop. Il faut choisir » (présentation officielle).

Aout 2010 : Trondheim et Bonhomme faisaient parler d’eux au moment de la publication d’Omni-visibilis… l’album est nominé quelques mois plus tard pour les Fauves d’Angoulême mais il rentrera bredouille. En aout dernier, kbd se charge de réparer cette bévue en publiant sa synthèse 🙂

Aout 2012 : Trondheim et Bonhomme publient Texas Cowboys, initialement pré-publié dans Spirou en 2011.

Un bon moment de lecture, une ambiance dans laquelle on plonge vite mais dont on ressort facilement et dont il ne reste ensuite… pas grand-chose.

Pourtant, on aura entendu vibrer le son de l’harmonica des vieux westerns sur certains passages, on aura apprécié les quelques références que l’on est en mesure de faire… c’est fonction de sa propre culture cinématographiques. Des angles de vue, des décors et/ou des personnages nous ferons tantôt penser à John Wayne, tantôt à Clint Eastwood ou à d’autres figures emblématiques comme Lucky Luke. On fait un tour d’horizon du meilleur du western. Quelques individus charismatiques se distinguent rapidement dans cette palette de personnage : la sulfureuse Betsy Marone (talentueuse au poker et tueuse hors pair), Sam Bass (hors-la-loi dont la tête est mise à prix pour 5000 $) et le personnage central qui les relient tous : Harvey Drinkwater, petit scribouillard pour un journal de Boston, il remplace au pied-levé un de ses confrères sur le reportage du Hell’s Half Acre…

(…) Hell’s Half Acre à Fort Worth. Le pire de toute la racaille des ploucs de l’Ouest rassemblé sur un espace grand comme le cul d’une mouche

Nous sommes face à un récit choral dont les destinées convergent plus ou moins. Le scénario de Lewis Trondheim est bien mené. Rien à redire, j’ai eu beaucoup de plaisir à lire cet album. Quant aux illustrations de Matthieu Bonhomme, elles campent parfaitement l’ambiance. Pas de fausse note ici, les auteurs connaissent leur sujet et prennent visiblement plaisir à l’explorer, à se l’approprier. L’évolution du personnage principal est intéressante pourtant, entre la mise en place de l’intrigue et son dénouement, le laps de temps qui s’écoule n’est – me semble-t-il – pas très important (quelques semaines tout au plus). Cependant, l’absence de marqueurs de temps dans le récit à tendance à tordre et étirer cette impression de durée, comme si on avait embarqué pour une épopée de plusieurs années.

PictoOKUne lecture agréable mais je suis assez étonnée de constater que l’ambiance de l’album s’évapore vite une fois celui-ci refermé.

Les chroniques : Yvan, PaKa, Philippe Tomblaine.

Texas Cowboys

– The best wild West stories published –

One shot

Éditeur : Dupuis

Dessinateur : Matthieu BONHOMME

Scénariste : Lewis TRONDHEIM

Dépôt légal : aout 2012

ISBN : 9-782800-152721

Bulles bulles bulles…

La preview sur BDGest.

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Texas Cowboy – Trondheim – Bonhomme © Dupuis – 2012