Mon voisin Raymond (Troub’s)

Troub’s © Futuropolis – 2018

La maison de Troubs est tapie dans la campagne, en Dordogne. Seul un petit bois la sépare d’un modique hameau où vit Raymond, un vieil homme devenu son ami. D’une rencontre à l’autre, une amitié est née entre les deux hommes que plusieurs générations séparent.

Un album pour prendre le temps de profiter de l’instant présent… de contempler…
La nature dans sa robe automne. Le bal des oiseaux, la valse des feuilles, les odeurs de la terre…
La campagne endormie sous les frimas de l’hiver. Les gros manteaux, l’odeur du café chaud, la chaleur fruitée de la gnôle…
Le printemps et sa traîne joyeuse…
Les chaleurs estivales qui nous font vivre au ralenti…

Au rythme des saisons, on suit le quotidien tranquille des lieux et l’on découvre le quotidien de Raymond. Les conversations sont faites de peu de choses, d’un oiseau qui passe, de la météo ou de vieux souvenirs.

Un coup de main pour tailler la vigne, couper du bois ou boire un canon… l’intérêt de cet album est finalement un pied-de-nez au rythme effréné que l’on a tous. Ici, on est dans une bulle où le temps passe lentement… au rythme de la nature, de la cueillette des fruits et de la récolte du potager. A force de le côtoyer, Troub’s parvient à anticiper les questions de son ami Raymond.

Des petites phrases courtes, souvent des mots répétés, comme une lente leçon de la vie que son voisin lui raconte patiemment. Observer la nature, apprendre à faire des choses, à savourer, à observer, écouter, sentir…

Un soutien, une oreille, un rire… une bonne bouffée d’air au final.

La chronique de Jérôme.

Mon Voisin Raymond

One shot
Editeur : Futuropolis
Dessinateur / Scénariste : TROUB’S
Dépôt légal : mars 2018
96 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-7548-2063-9

Bulles bulles bulles…

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Mon voisin Raymond – Troub’s © Futuropolis – 2018

Sables noirs – 20 semaines au Turkménistan (Troub’s)

Troubs © Futuropolis - 2015
Troubs © Futuropolis – 2015

« En 2008, je reçois un message inattendu dans ma boîte mail : le Centre culturel d’Achgabat recherche un auteur de bandes dessinées pour animer un stage dans le cadre de l’opération Fureur de Lire, qui promeut la lecture, en France comme à l’étranger. Après avoir cherché sur la carte où se trouve le Turkménistan, je réponds aussitôt oui. Je ne savais alors presque rien de cet endroit du monde. Mon premier séjour dure 2 semaines et je découvre un pays hors-norme. Une seule envie à mon retour : y revenir ! Un an plus tard, le projet Prévert est réactivé et je repars en février, remplissant des carnets de notes et de croquis pour raconter cette histoire aujourd’hui » (propos de l’auteur en début d’album).

« Sables noirs – 20 semaines au Turkménistan » relate donc un séjour en deux temps avec un premier voyage assez bref (deux semaines) suivi, un an plus tard, d’un voyage plus conséquent et qui a notamment permis à l’auteur de s’imprégner du rythme de vie de ce pays coincé entre l’Iran, l’Afghanistan, l’Ouzbékistan et le Kazakhstan.

Le trait changeant de l’auteur nous propose tour à tour des croquis détaillants des scènes du quotidien (l’animation d’un marché, la description d’un intérieur turkmène, une scène familiale se déroulant dans la cour d’une maison…) et des passages où Troub’s a raconté de manière plus détaillées – et en bande dessinée – diverses rencontres, qu’elles soient amicales, professionnelles ou impromptues (cas de figure assez rare au demeurant). Malheureusement, les dessins sont moins vivants que les illustrations qu’il avait réalisées sur Viva la Vida (en collaboration avec Edmond Baudoin) même si ce carnet de voyage foisonne de rencontres et d’échanges.

Ainsi, le voyage graphique nous fait aller du croquis esquissé sur le moment à l’illustration retravaillée à l’occasion de ce projet éditorial. La présence de l’auteur dans la quasi-totalité des scènes n’apporte pas grand-chose au propos, décrivant des rencontres somme toute assez banales et convenues. D’ailleurs, je regrette le fait que les conversations que l’auteur a eu l’occasion de mener avec des turkmènes – qui lui étaient parfaitement étranger – amènent le lecteur à une conclusion unique : la délation est une pratique courante dans la société turkmène. De fait, la population est constamment sur ses gardes et nourrit par une appréhension certaine de l’étranger (qu’il est d’ailleurs interdit d’héberger chez soi). Tout est fait d’apparats, de clinquant et de faux-semblants. Les statues à l’effigie de l’ancien Président (Saparmourat Niazov) pullulent à travers le pays. La littérature est orientée et fortement censurée. Les étrangers n’obtiennent pas facilement des visas de séjour et ces derniers sont limités à une zone géographique déterminée à l’avance. Pour se déplacer dans le pays et pouvoir franchir les zones de contrôles policiers, il faut disposer des autorisations nécessaires. Nombreux sont les turkmènes qui vivent chichement mais il n’est pas de bon ton de se plaindre quant à ses conditions de vie.

« Au Turkménistan, c’est les silences qu’il faut entendre ».

Difficile donc de sympathiser ou d’engager une discussion autour d’un verre. Cependant, on perçoit que l’auteur a été sensible aux questions d’identité et d’histoire culturelle de ce pays. Sans jugement, il témoigne du fait que les turkmènes ressentent une certaine nostalgie à l’égard d’une ère aujourd’hui révolue et où la société turkmène n’était pas sous le joug de la censure. Il explique le décalage entre passé et présent, d’hommes d’état qui ont cherché à reconstruire le pays tout en mettant en avant la culture turkmène tout en incitant fortement la population à leur vouer un réel culte de la personnalité. Mais l’hypocrisie du système quant à la présence des étrangers sur leur territoire ne fait aucun doute. Une sorte de cordiale tolérance est de mise mais l’étranger est généralement mis à l’écart de toute vie sociale.

« Il est interdit de photographier les monuments, les bâtiments officiels… mais pas vraiment de les dessiner »

Pourtant, à chaque occasion d’échanger, il est amusant de voir les turkmènes focaliser sur des clichés de la France pour nouer le dialogue. Une fois passée cette sorte de fierté à montrer qu’ils ont un attachement particulier à la France (culture, architecture, commerce…), les conversations s’appauvrissent et deviennent creuses. Les gens s’enferment dans une forme de mutisme afin d’éviter d’avoir à se positionner sur des questions directes qui leur seraient posées et notamment sur ce qu’ils pensent du régime en place. La rigueur du régime, contraignant et étouffant les libertés individuelles dans une censure à grande échelle.

PictomouiUn récit bourré d’humanité bien qu’on la ressente assez peu durant la lecture. Le choix de réaliser un carnet de voyage en noir et blanc nourrit cette austérité que j’ai ressentie à l’égard de l’ouvrage. Le lecteur ne s’immisce pas mais écoute attentivement ce qui lui est raconté. L’occasion d’apprendre beaucoup de choses sur la société turkmène mais humainement, c’est assez vide.

Une lecture intéressante mais qui suscite un certain ennui.

la-bd-de-la-semaine-150x150Partage de la semaine avec Noukette !

Extraits :

« Depuis 1991, la culture turkmène est réduite à sa plus simple expression : folklorique, artisanale ou traditionnelle, mais avant tout dépolitisée. Et les artistes se doivent aussi de l’être » (Sables noirs -20 semaines au Turkménistan).

« Les livres sont des denrées rares, chères, et exclusivement produites et contrôlées par le pouvoir » (Sables noirs -20 semaines au Turkménistan).

«  Et puis arrive 23 heures, la musique s’arrête. Parce qu’à 23 heures tout doit être fermé, éteint, rangé. Et à 23 heures, tout est fermé au Turkménistan. Et ce couvre-feu me glace le sang. On ne rigole plus. On remballe les sourires et estimez-vous heureux d’être vivants. Alors on comprend pourquoi la musique est si forte le soir autour des guinguettes » (Sables noirs -20 semaines au Turkménistan).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Couleur : noirs

PetitBac2015

Sables noirs

– 20 Semaines au Turkménistan –

One shot

Editeur : Futuropolis

Dessinateur / Scénariste : TROUBS

Dépôt légal : mars 2015

ISBN : 978-2-7548-0873-6

Bulles bulles bulles…

 

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Sables noirs – Troubs © Futuropolis – 2015

Viva la Vida : los sueños de Ciudad Juarez (Baudoin & Troub’s)

Viva la Vida : los sueños de Ciudad Juarez
© Baudoin & Troub’s & L’Association – 2011

De la rencontre entre Edmond Baudoin et Troub’s est né cet album. Initialement, c’était un projet fou de faire un voyage à Ciudad Juarez, une ville au passé riche et agité, une ville cosmopolite. Le taux de mortalité y est élevé en raison d’une guerre des gangs acharnée due à la présence massive de narcotrafiquants. Cette agglomération est également un lieu de passage presque incontournable pour de nombreux migrants qui fuient la pauvreté et espèrent parvenir à passer la frontière clandestinement… Au bout de la route, peut-être quelques-uns trouveront-ils l’Edlorado américain ? Car Ciudad Juarez se situe sur la frontière entre le Mexique et les États-Unis ; la ville est mitoyenne avec une ville du Texas : El Paso. Au milieu : des barbelés et la voie ferrée qui dépend de la gare (située dans la partie américaine). Les rues de la ville sont désertées dès la tombée de la nuit, les gens se mettent en sécurité jusqu’au petit matin où la Une des journaux se chargent de faire le résumé des incidents de la nuit passée.

« Un anniversaire d’adolescents : 14 morts dont un enfant ».

Mais ce n’est pas tout. Ciudad Juarez défraye la chronique. Chaque année, des centaines de femmes sont kidnappées, séquestrées, torturées. Des centaines de cadavres ont déjà été retrouvés. Les sévices sont tels que les visages sont parfois méconnaissables rendant impossible l’identification de la victime. Ciudad Juarez est donc une ville traumatisée par ces innombrables meurtres de femmes constatés depuis 2003.

Le projet d’Edmond Baudoin et de Troub’s s’est concrétisé en 2010, leur séjour a duré un mois ½ (du 1er octobre à mi-novembre). Leur objectif ? Montrer le côté « humain » de la ville. Équipés de leurs carnets de croquis, ils sont allés à la rencontre des habitants et leur ont proposé de dessiner leurs portraits. En échange, ils ont demandé aux gens de leur dire quels sont leur rêve. Ce voyage est donc avant tout un voyage de rencontres et d’amitiés éphémères.

Au préalable, les auteurs avaient noués suffisamment de contacts en France et au Mexique. Les interlocuteurs sur place ont mis à leur disposition un logement et les ont accompagné durant leur séjour. Au programme : visite de la ville, de ses alentours et rencontres (planifiées ou fortuites) avec les habitants de Ciudad Juarez.

La réalisation de cette bande dessinée est originale puisque les auteurs l’ont réalisée en « temps réel ». Chaque matin, ils consacraient leur temps à dessiner leur journée de la veille, à raison de deux ou trois pages par journée. Le résultat ressemble à un carnet de voyage : croquis et portraits illustrent les pages souvent complétés des réflexions, pensées et échanges des auteurs. Pas de distinction entre le rôle de l’un et de l’autre : les illustrations de Troub’s et Baudoin cohabitent parfois sur une même page, la seule différenciation pour savoir qui intervient est l’utilisation de symboles (Troub’s dessine une petite tortue quand il intervient alors que Baudoin utilise le visuel d’une chèvre). L’un comme l’autre s’expriment à l’aide de « JE » sans que cela ne complique la lecture.

Chaque rencontre faite à Ciudad Juarez donne donc lieu à un portrait, généralement accompagné d’un crayonné nous permettant de nous rendre compte du cadre de la rencontre. Chaque portrait est également accompagné du prénom de celui ou celle qui a posé et du rêve qu’il a donné en échange du dessin. Ces multiples petits tableaux réalisés par Troub’s et Baudoin se complètent tout au long de l’album. Quand on le referme, l’impression d’en avoir senti les effluves et la chaleur domine. Aux côtés des auteurs, le lecteur est allé aux quatre coins de la ville à la recherche de rêves. Les violences urbaines ne sont jamais occultées mais Troub’s et Baudoin ne s’attardent pas sur cette question de la criminalité. Elle est omniprésente, mais le lecteur ne verra pas de meurtres, pas de corps, pas de passages à tabac. La violence est suggérée ; la Une de journaux, les non-dits, les confidences d’une femme… sont autant d’éléments qui la personnifie tout au long du récit mais Viva la Vida n’est pas un reportage ni un regard larmoyant sur ce quotidien urbain.

Une lecture que je partage avec Mango et les participants aux

MangoPictoOKL’album garde à l’esprit la notion de voyage. Le fait que les habitants soient interpellés sur leur rêves décale le discours d’une réalité mortifère et donne lieu à un album porteur d’espoir, malgré la difficulté à vivre dans cette ville et l’inquiétude que l’on peut avoir pour ces gens.

Merci à OliV pour la découverte ! Je vous renvoie vers sa chronique ainsi que vers l’avis de Sebso (Par la bande) et de Dolcino (Jizô).

Pour aller plus loin sur ce sujet :

– la chronique de Joëlle sur un album de Peggy Adam : Luchadoras.

– le témoignage de Jérôme Sessini. Il parle du reportage qu’il a effectué à Ciudad Juarez.

Extraits :

« Et le vent de la mort souffle au-dessus des frontières. Parce que lui, rien ne l’arrête. Il se moque bien de savoir à qui appartient le sang versé » (Viva la vida).

« Cette nuit-là, la nuit de notre arrivée, on a bien dormi malgré les chiens qui continuaient d’aboyer. Au matin, la Une du Diario disait : seize assassinats en vingt-quatre heures » (Viva la vida).

« La nuit, il vaut mieux rester chez soi, c’est une affaire entendue. Et essayer de dormir. Mais il y a : les chiens qui montent la garde et qui aboient entre eux. Ils sont innombrables. Les sirènes de la police, perçantes, tout au long de la nuit. Crissements de pneus. Courses poursuites. On imagine. Et puis, plus subtils, mais tout aussi redoutables, les klaxons des trains, sourds et profonds comme les cornes de brume qu’on entend dans les ports. La gare est du côté USA. L’appel du large » (Viva la vida).

Viva la Vida – Los Sueños de Ciudad Juarez

Challenge Carnet de VoyageOne Shot

Éditeur : L’Association

Collection : Ciboulette

Dessinateurs : Edmond BAUDOIN & TROUB’S

Scénaristes : Edmond BAUDOIN & TROUB’S

Dépôt légal : aout 2011

ISBN : 9782844144317

Bulles bulles bulles…

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Viva la vida © Edmond Baudoin & Troub’s & L’Association – 2011

Rupestres ! (Prudhomme & Davodeau & Rabaté & Mathieu & Troub’s & Guibert)

Rupestres !
Prudhomme – Davodeau – Guibert – Mathieu – Rabaté – Troubs © Futuropolis – 2011

Pendant deux ans, six auteurs se sont régulièrement retrouvés autour d’un projet qui leur était cher. Le « réseau Clastres », puisque c’est ainsi qu’ils aiment à se nommer, a été impulsé par David Prudhomme. Ce dernier a invité Étienne Davodeau, Emmanuel Guibert, Marc-Antoine Mathieu, Pascal Rabaté et Troub’s à « rencontrer des grottes ornées du Paléolithique, pour observer et dessiner » (précision contenue dans le dossier de presse de Futuropolis).

Au final, ils sont descendus ensemble dans 6 grottes du sud-ouest de la France, ils ont confronté leurs regards. David Prudhomme revient sur cette expérience :

Nous sommes, ensemble, allés dans ces grottes, nous avons exactement marché dans les pas les uns des autres, nous avons observé les mêmes fresques. Nous avons mangé ensemble, nous avons bu ensemble… Et bien sûr, nous n’avons pas vu les mêmes choses !

Tout d’abord, je tiens à remercier les Éditions Futuropolis pour cette découverte.

C’est le fait d’être allée en novembre dernier au Festival BD de Colomiers et d’y avoir visité l’exposition collective « Dessins originaux, dessins originels » qui m’a conduit vers cet album. Voici quelques détails concernant cette exposition :

Ce travail commun était présenté dans une exposition collective « Dessins originaux, dessins originels », mis en scène de manière astucieuse par Marc-Antoine Mathieu. On entre dans une grotte (enfin, une pièce obscure :-)), lampe frontale allumée, à la découverte des dessins qui y sont accrochés. Tel un spéléologue, le visiteur aperçoit, à la lueur de sa lampe, les dessins qui surgissent de l’obscurité ! Sensations garanties ! (un article complet vous attend sur le site de Futuropolis quant à cette manifestation).

Le fait d’avoir vissé sur mon crâne la lampe frontale et de m’être plongée physiquement dans cette l’ambiance originale ne m’a pas permis d’accrocher outre mesure avec Rupestres !. Différents degrés de lecture se côtoient, ce qui offre une réelle richesse à l’album mais l’ensemble fait un peu trop « bourgeois-bohème » à mon goût (et cela me gêne de lier ce terme à Davodeau, Rabaté…). C’est la présence de pseudo-considérations métaphysiques qui crée cette impression, je les ai trouvées pompeuses sur certains passages. Cet échange par exemple :

– Ces dessins rupestres, c’est l’origine, c’est l’innocence du regard.
– Pour comprendre ces dessins, il faudrait recouvrer le regard de l’enfant ! Du nouveau-né !
– C’est ce que nous faisons, non ? Pénétrer la grotte c’est retourner au stade d’avant… d’avant la raison, d’avant l’entendement.
– Le stade du ventre.
– Celui de la présence pure.

Ou encore celui-là :

– C’est peut-être la nostalgie de la vie qu’ils ont peinte. Ces animaux ont dû leur manquer à un moment… C’est pour cela qu’ils les ont représentés, fixés.
– L’image comme une petite éternité contre la mort.
– D’où le mouvement… la farandole, la farandole de la vie.
– On sait que les animaux qu’ils représentaient n’étaient pas ceux qu’ils mangeaient… En les dessinant, peut-être les donnaient-ils en nourriture au ventre (la grotte) de la grande Mère (la nature).

Le mélange de plusieurs regards crée de la confusion dans les dialogues (on ne sait jamais avec certitude qui intervient) et dans les visuels de l’album : des expressions brutes, sauvages… préhistoriques ! certes… mais cela ne m’a pas convaincu. Plusieurs approches artistiques se relayent, de la technique de la carte à gratter à celle du crayonné (je ne les énumérerais pas toutes). Tous les styles se confrontent, se côtoient, se mélangent. Certains dessins, témoins d’une réaction instantanée à une situation donnée, ont une signification obscure (pour moi). De nombreux visuels en pleine page proposent tantôt de magnifiques aplats tantôt des masses informes. Dans l’ensemble, beaucoup de jeux d’ombre et de lumière, de contrastes… un ouvrage que je qualifierais d’expérimental. Pourtant…

… on ne pouvait rêver meilleurs guides dans cette exploration artistique et humaine, mais la manière dont s’imbriquent leurs pensées et leurs réactions complique la lecture.

Avec mon « degré de lecture », j’ai trouvé que l’aspect le plus intéressant de l’album était d’accéder à plusieurs approches créatives. Ces descentes en grottes forcent les auteurs à une remise en question personnelle/artistique. Ils nous livrent leurs réflexions, parfois à la volée ; cela permet au lecteur de percevoir un peu mieux du sens qu’ils donnent à leur démarche. Ce n’est qu’à mi-chemin de ce « grotte-book » de 200 pages que l’idée tenace que cet ouvrage allait me tomber des mains s’est estompée. L’impression d’être face à une sorte de quête artistique est apparue, comme si ces esthètes étaient lancés dans une recherche de filiation avec la volonté de donner une paternité à leur « vocation artistique » : rattacher leur démarche créative à quelque chose d’ancestral, mettre en valeur le rôle du medium au fil des siècles… Mais je n’ai aucune certitude, la question reste donc entière : qu’est-ce que les auteurs souhaitaient au juste nous transmettre ???

Je ne me suis pas saisie (non plus) des réponses données dans cette conférence réalisée lors du Festival BD de Bastia.

pictobofTrop expérimental pour que je puisse apprécier pleinement cet ouvrage. J’ai picoré ça et là, je me suis saisie de certains passages comme « la lettre à Dominique » que je pense pouvoir rattacher à Étienne Davodeau (??) et qui contient un regard très pertinent, très juste, très personnel sur le sens de la vie, le sens qu’on peut donner à une activité artistique, l’évolution des médias et des supports de diffusion des images (dessins rupestres, écriture, télévision, internet)…

L’avis de PlaneteBD et GDGest.

Extraits :

« Je ne dessine pas pour me mettre à l’abri, je dessine pour me mettre en difficulté dans un pré carré que j’ai choisi. Il m’arrive aussi de dessiner sur écorce, sur des concrétions argileuses ou calcaires et sur du sable. J’aime plutôt que mes dessins se conservent, mais ça ne m’ennuie pas de les voir s’abîmer et s’effacer. Je suis très démuni quand mes émotions me chamboulent et que je n’ai pas d’outil en main pour réfléchir et me protéger. Je suis plus rassuré avec mon charbon à dessin que sans mon charbon. Plus assuré en sachant que je peux avoir recours à mon charbon » (Rupestres !).

« J’ai infiniment de choses dans la tête, sans doute, mais très incomplètes, mal rangées, rarement disponibles. Rien à voir entre le choc que je reçois face à une scène et la besogne maladroite à laquelle je me tue plus tard, quand je tâche de la reproduire. Je dessine si bien quand je ne dessine pas, et si mal quand je dessine ! » (Rupestres !).

«  »Pour ma part, j’y vois une des plus belles inventions de l’homo sapiens, au point que j’en ai fait la vocation de l’essentiel de ce que je dessine. Sans bien savoir pourquoi, je me réchauffe à l’idée que mes dessins et ce qu’ils racontent soient accessibles à d’autres êtres humains, ici ou ailleurs, aujourd’hui ou demain. Combien de temps mes livres circuleront-ils ? Je ne leur demande rien, sinon que d’exister. Je n’espère pas grand chose. Au présent, le livre me convient. Au futur, il m’indiffère » (Rupestres !).

Rupestres !

One Shot

Éditeur : Futuropolis

Auteurs : David PRUDHOMME – Étienne DAVODEAU – Emmanuel GUIBERT – Marc-Antoine MATHIEU – Pascal RABATE – TROUBS

Dépôt légal : avril 2001

ISBN : 9782754804325

Bulles bulles bulles…

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Rupestres – Prudhomme – Davodeau – Guibert – Mathieu – Rabaté – Troubs © Futuropolis – 2011