Infinity, tomes 3 et 4 (Trondheim & Vehlmann & Kris & Balez & Trystam)

Petit rappel des faits : l’YSS Infinity – un vaisseau de croisière – a été contraint de s’arrêter. Face à lui, un obstacle de la taille du système solaire l’empêche de progresser. Bloqué au tiers de son voyage, entre la Voie Lactée et Andromède. Des équipes ont été demandées en renfort mais le capitaine a pour consigne lancer un premier travail d’investigation en attendant leur arrivée. Comme tous les Shär, il peut manipuler le temps :

« Il peut suivre une trame temporelle et au bout de 8 heures révolues – et pas avant – décider de poursuivre ou de remonter les 8 heures écoulées pour recommencer ». Ces boucles temporelles, il peut les répéter jusqu’à 8 fois de suite.

Au terme des deux premiers tomes de la série, nous savons déjà que cet obstacle gigantesque est une nécropole composée de milliers de débris. « Il y a des cercueils, des mausolées, des morceaux de planètes avec des cimetières, des vaisseaux accidentés contenant des cadavres… et ceci pour des centaines de races. Tout laisse à penser que quelqu’un est responsable de ça. Et nous devons découvrir qui et pourquoi ».

Trondheim – Vehlmann – Balez © Rue de Sèvres – 2017

Après les agents Yoko Keren (tome 1) et Stella Moonkicker (tome 2), c’est au tour du Marshall Emma O’Mara d’être missionnée pour la troisième boucle temporelle. Cette femme semble hyper expérimentée et hyper compétente pour mener à bien cette mission mais le scénario de Fabien Vehlmann ( « Les Derniers jours d’un immortel », « Les cinq conteurs de Bagdad », « Paco les mains rouges » …) et Lewis Trondheim Lapinot et les carottes de Patagonie », « Coquelicots d’Irak » …) nous fait vite déchanter et sème le doute. Les deux scénaristes brouillent les pistes en un tour de main et nous donnent des sueurs froides. La femme chargée de débloquer la situation est une tigresse fourbe… qui avons-nous donc en face de nous ? Déjà que les deux héroïnes des tomes précédents avaient un fichu tempérament, celle-ci semble pire encore ! L’histoire qui nous tient en haleine jusque dans les dernières pages de l’album et incite même à se jeter sur le tome suivant pour savoir quelles seront réellement les répercussions des prises de position qui ont été annoncées. Un thriller psychologique dans un décor futuriste, prenant !

Côté graphisme, les illustrations d’Olivier Balez campent une ambiance rétro. Pour se faire, et comme l’explique Fabien Vehlmann dans le cahier graphique inséré en fin d’album, le dessinateur s’est inspiré du personnage d’Emma Peel pour bâtir leur héroïne (qui outre le fait de prêter une attention particulière aux choix de sa garde-robe, partage le même prénom que le séduisant agent britannique de « Chapeau melon et bottes de cuir »).

Trondheim – Kris – Trystram © Rue de Sèvres – 2017

Le quatrième tome, « Guérilla urbaine », nous invite à nous baigner dans une ambiance disco-latino. Martin Trystram (auteur notamment de « Pacifique ») réalise ici un univers graphique assez doux, en harmonie totale avec les personnages hippies qui peuplent ce quatrième reboot temporel de 8 heures. Nouvel angle d’attaque pour observer l’univers et tenter de percer le mystère d’« Infinity 8 ». L’héroïne est cette fois la charismatique Patty Stardust. De nouveau, pour la quatrième fois, c’est une humaine qui porte sur ses épaules la responsabilité de mener à bien l’enquête sur la mystérieuse nécropole qui fait barrage à la progression du vaisseau intergalactique. Qui a placé cette nécropole à cet endroit et pourquoi ?

Le Major Patty Zimmer était pourtant déjà en mission quand le capitaine de l’YSS Infinity la réquisitionne. En effet, elle a réussi à infiltrer la Guérilla symbolique (un groupuscule politique de performeurs  artistiques qui cherchent à gagner des parts d’audience et – pour certains – faire du profit). Dans cette communauté, elle se fait appeler Patty Stardust. La nouvelle mission vient donc se greffer à la première et risque de faire sauter sa couverture et de lui faire perdre cinq années de travail. Elle est donc assez remontée contre le le capitaine du spatiopaquebot YSS Infinity !

Le dessinateur bourre ses illustrations de nombreuses références rock et disco des années 1970 : Jimmy Hendrix, des looks à la Jackson 5 ou Groucho Marx. On y voit aussi Kris (le scénariste) surgissant dans une case sur un véhicule directement sorti de Star Wars (genre Bloodfin)… Ce quatrième tome est un excellent space-opera psychédélique. Sexe, drogue et rock’n roll ! Hypnotisant.

L’excellent Kris (« Un homme est mort », « Notre mère la guerre », « Coupures irlandaises » et j’en passe) co-scénarise ce tome avec Lewis Trondheim. On comprend en lisant la partie bonus que, compte-tenu des quelques éléments narratifs transmis comme postulat de départ par Trondheim, Kris n’a pas mis longtemps pour se pencher sur le projet. Il déplie vite l’idée d’une révolution artistique dans laquelle plusieurs races seraient engagées et hop, Martin Trystram lui a emboité le pas.

Résultat : un tome au rythme entrainant où l’on retrouve avec plaisir des références musicales funk, disco mais également la poignée d’artistes émérites du « Club des 27 ». Un régal pour les pupilles, une lecture qui nous incite à mettre du bon son !
Constat : les différentes équipes artistiques qui ont travaillé sur les différents tomes de la série sont excellentes. Je chante donc la même rengaine que pour ma chronique sur les tomes 1 et 2 : vivement la suite !

Infinity 8

Série en cours (8 tomes au total)
Editeur : Rue de Sèvres
Tome 3 : L’Evangile selon Emma
Dessinateur : Olivier BALEZ
Scénaristes : Lewis TRONDHEIM & Fabien VEHLMANN
Dépôt légal : mars 2017
94 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-36981-261-6

Tome 4 : Guérilla symbolique
Dessinateur : Martin TRYSTRAM
Scénaristes : Lewis TRONDHEIM & KRIS
Dépôt légal : mai 2017
94 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-36981-264-7

Bulles bulles bulles…

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Infinity 8, tome 3 – Trondheim – Vehlmann – Balez © Rue de Sèvres – 2017

et

Infinity 8, tome 4 – Trondheim – Kris – TrystRam © Rue de Sèvres – 2017

Pacifique (Trystram & Baudy)

Trystram & Romain Baudy © Casterman – 2013
Trystram & Romain Baudy © Casterman – 2013

« Seconde Guerre mondiale, quelque part dans le Pacifique… Udo Grötendick, un soldat novice – un « bleu » – rejoint en tant que radio sa nouvelle affectation à bord d’un U-Boot, l’un de ces sous-marins allemands qui font la réputation de la Kriegsmarine. Le capitaine du bâtiment, Kaleunt, est considéré comme un héros, pour le nombre impressionnant de missions victorieuses à son palmarès de combat. Dans le paquetage du nouveau venu, un livre apparemment subversif, dont l’équipage, qui ne demande qu’à bizuter le bleu, se débarrasse séance tenante. Pourtant, au fil des jours à bord, le livre va s’ingénier à réapparaître dans les endroits les plus inattendus, comme s’il était doué d’une vie propre… » (synopsis éditeur).

« Nous étions encore dans un format d’album plus traditionnel mais nous cherchions déjà à développer l’horizontalité. Le format horizontal s’est imposé pour faire « corps » aux proportions allongées d’un u-boat (…). Le plafond bas de la page renforce le coté enfermé et permet, par contraste, de tirer les horizons plus larges lors des scènes extérieures » nous confie-t-on dans le cahier graphique inséré en fin d’album. Et force est de constater que le format à l’italienne est un choix pertinent car il sert effectivement le récit en raison de sa forme à la fois originale (les albums publiés dans ce format ne font pas légion) et pertinente.

Pour le reste, le scénario est bien achalandé. Entre les différentes personnalités en présence, l’intrigue ultra-ménagée, l’injection d’éléments fantastiques dans le récit, le lecteur est face à un univers intéressant. Le fait que nous soyons face à un huis-clos rend l’atmosphère électrique et instable… elle devient oppressante à la moindre variation d’humeur d’un membre de l’équipage.

Les couleurs de Kyung-eun Park ont également tendance à nous mettre les nerfs à fleur de peau. Les teintes verdâtres des premières pages nous donnent la nausée, le rouge-sang du couloir d’accès au sous-marin excite régulièrement nos nerfs et pour le reste, beaucoup de grisaille et de bleusaille nous aident à nous représenter cet espace fermé, complètement hermétique à l’air extérieur… L’ambiance est assez singulière et les dessins de Baudry et Trystram sont on ne peut plus explicites.

PictoOKDans l’ensemble, cet album m’a intrigué. Je me suis vite plongée dans l’histoire et la présence récurrente de ce mystérieux livre a eu tendance à m’inciter à poursuivre ma lecture. Pourtant, comme le dit si bien Jérôme dans sa chronique, on regrette parfois que le récit n’ait pas été développé sur certains points de détails, la lecture aurait gagné en fluidité et le plaisir du lecteur en aurait été accru. D’ailleurs, j’ai dû relire entièrement le dernier tiers de l’album pour être certaine de comprendre le dénouement. C’est la raison pour laquelle je notais plus haut que l’intrigue était ménagée… je n’avais pas imaginé un tel retournement de situation. Mon conjoint en revanche regrette l’histoire soit finalement si prévisible !

Quoiqu’il en soit, cette lecture a donné lieu à une intéressante conversation entre lui et moi. Nous voulions remercier Jérôme qui nous a offert ce titre 😉

La chronique de Jérôme, de Alfie’s mec et l’analyse de couverture de Philtomb sur BDzoom.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2012 / Sentiment : Pacifique

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Pacifique

One shot

Editeur : Casterman

Collection : KSTR

Dessinateurs / Scénaristes : Martin TRYSTRAM & Romain BAUDY

Dépôt légal : février 2013

ISBN : 978-2-203-03271-2

Bulles bulles bulles…

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Pacifique – Trystram & Romain Baudy © Casterman – 2013