Infinity, tomes 3 et 4 (Trondheim & Vehlmann & Kris & Balez & Trystam)

Petit rappel des faits : l’YSS Infinity – un vaisseau de croisière – a été contraint de s’arrêter. Face à lui, un obstacle de la taille du système solaire l’empêche de progresser. Bloqué au tiers de son voyage, entre la Voie Lactée et Andromède. Des équipes ont été demandées en renfort mais le capitaine a pour consigne lancer un premier travail d’investigation en attendant leur arrivée. Comme tous les Shär, il peut manipuler le temps :

« Il peut suivre une trame temporelle et au bout de 8 heures révolues – et pas avant – décider de poursuivre ou de remonter les 8 heures écoulées pour recommencer ». Ces boucles temporelles, il peut les répéter jusqu’à 8 fois de suite.

Au terme des deux premiers tomes de la série, nous savons déjà que cet obstacle gigantesque est une nécropole composée de milliers de débris. « Il y a des cercueils, des mausolées, des morceaux de planètes avec des cimetières, des vaisseaux accidentés contenant des cadavres… et ceci pour des centaines de races. Tout laisse à penser que quelqu’un est responsable de ça. Et nous devons découvrir qui et pourquoi ».

Trondheim – Vehlmann – Balez © Rue de Sèvres – 2017

Après les agents Yoko Keren (tome 1) et Stella Moonkicker (tome 2), c’est au tour du Marshall Emma O’Mara d’être missionnée pour la troisième boucle temporelle. Cette femme semble hyper expérimentée et hyper compétente pour mener à bien cette mission mais le scénario de Fabien Vehlmann ( « Les Derniers jours d’un immortel », « Les cinq conteurs de Bagdad », « Paco les mains rouges » …) et Lewis Trondheim Lapinot et les carottes de Patagonie », « Coquelicots d’Irak » …) nous fait vite déchanter et sème le doute. Les deux scénaristes brouillent les pistes en un tour de main et nous donnent des sueurs froides. La femme chargée de débloquer la situation est une tigresse fourbe… qui avons-nous donc en face de nous ? Déjà que les deux héroïnes des tomes précédents avaient un fichu tempérament, celle-ci semble pire encore ! L’histoire qui nous tient en haleine jusque dans les dernières pages de l’album et incite même à se jeter sur le tome suivant pour savoir quelles seront réellement les répercussions des prises de position qui ont été annoncées. Un thriller psychologique dans un décor futuriste, prenant !

Côté graphisme, les illustrations d’Olivier Balez campent une ambiance rétro. Pour se faire, et comme l’explique Fabien Vehlmann dans le cahier graphique inséré en fin d’album, le dessinateur s’est inspiré du personnage d’Emma Peel pour bâtir leur héroïne (qui outre le fait de prêter une attention particulière aux choix de sa garde-robe, partage le même prénom que le séduisant agent britannique de « Chapeau melon et bottes de cuir »).

Trondheim – Kris – Trystram © Rue de Sèvres – 2017

Le quatrième tome, « Guérilla urbaine », nous invite à nous baigner dans une ambiance disco-latino. Martin Trystram (auteur notamment de « Pacifique ») réalise ici un univers graphique assez doux, en harmonie totale avec les personnages hippies qui peuplent ce quatrième reboot temporel de 8 heures. Nouvel angle d’attaque pour observer l’univers et tenter de percer le mystère d’« Infinity 8 ». L’héroïne est cette fois la charismatique Patty Stardust. De nouveau, pour la quatrième fois, c’est une humaine qui porte sur ses épaules la responsabilité de mener à bien l’enquête sur la mystérieuse nécropole qui fait barrage à la progression du vaisseau intergalactique. Qui a placé cette nécropole à cet endroit et pourquoi ?

Le Major Patty Zimmer était pourtant déjà en mission quand le capitaine de l’YSS Infinity la réquisitionne. En effet, elle a réussi à infiltrer la Guérilla symbolique (un groupuscule politique de performeurs  artistiques qui cherchent à gagner des parts d’audience et – pour certains – faire du profit). Dans cette communauté, elle se fait appeler Patty Stardust. La nouvelle mission vient donc se greffer à la première et risque de faire sauter sa couverture et de lui faire perdre cinq années de travail. Elle est donc assez remontée contre le le capitaine du spatiopaquebot YSS Infinity !

Le dessinateur bourre ses illustrations de nombreuses références rock et disco des années 1970 : Jimmy Hendrix, des looks à la Jackson 5 ou Groucho Marx. On y voit aussi Kris (le scénariste) surgissant dans une case sur un véhicule directement sorti de Star Wars (genre Bloodfin)… Ce quatrième tome est un excellent space-opera psychédélique. Sexe, drogue et rock’n roll ! Hypnotisant.

L’excellent Kris (« Un homme est mort », « Notre mère la guerre », « Coupures irlandaises » et j’en passe) co-scénarise ce tome avec Lewis Trondheim. On comprend en lisant la partie bonus que, compte-tenu des quelques éléments narratifs transmis comme postulat de départ par Trondheim, Kris n’a pas mis longtemps pour se pencher sur le projet. Il déplie vite l’idée d’une révolution artistique dans laquelle plusieurs races seraient engagées et hop, Martin Trystram lui a emboité le pas.

Résultat : un tome au rythme entrainant où l’on retrouve avec plaisir des références musicales funk, disco mais également la poignée d’artistes émérites du « Club des 27 ». Un régal pour les pupilles, une lecture qui nous incite à mettre du bon son !
Constat : les différentes équipes artistiques qui ont travaillé sur les différents tomes de la série sont excellentes. Je chante donc la même rengaine que pour ma chronique sur les tomes 1 et 2 : vivement la suite !

Infinity 8

Série en cours (8 tomes au total)
Editeur : Rue de Sèvres
Tome 3 : L’Evangile selon Emma
Dessinateur : Olivier BALEZ
Scénaristes : Lewis TRONDHEIM & Fabien VEHLMANN
Dépôt légal : mars 2017
94 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-36981-261-6

Tome 4 : Guérilla symbolique
Dessinateur : Martin TRYSTRAM
Scénaristes : Lewis TRONDHEIM & KRIS
Dépôt légal : mai 2017
94 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-36981-264-7

Bulles bulles bulles…

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Infinity 8, tome 3 – Trondheim – Vehlmann – Balez © Rue de Sèvres – 2017

et

Infinity 8, tome 4 – Trondheim – Kris – TrystRam © Rue de Sèvres – 2017

Satanie (Vehlmann & Kerascoët)

Vehlmann – Kerascoët © Soleil Productions – 2016
Vehlmann – Kerascoët © Soleil Productions – 2016

« Charlotte – alias Charlie – une jolie rousse, organise une expédition afin de retrouver son frère. Ce jeune scientifique, qui a disparu sous terre depuis plusieurs mois, affirmait– au plus grand étonnement de tous – pouvoir prouver l’existence de l’Enfer en s’appuyant sur la théorie de l’évolution de Darwin !

Le petit groupe conduit par Charlie s’enfonce donc sous terre et découvre au fur et à mesure de sa progression que les entrailles de notre planète pourraient bien abriter une autre forme de vie pour le moins inattendue… » (synopsis éditeur).

En 2011, Dargaud publiait le premier tome d’une série annoncée comme étant un diptyque. Il s’agissait alors de « Voyage en Satanie » avec aux commandes le fameux Fabien Vehlmann (« Les Derniers jours d’un immortel », « Les Cinq conteurs de Bagdad », « Seuls », « Paco les mains rouges » …) et aux crayons : Kerascoët, le duo de dessinateurs formé par Marie Pommepuy et Sébastien Cosset (« Miss Pas Touche », « Donjon Crépuscule » ou encore « Jolies Ténèbres » déjà réalisé avec Vehlmann).

Et depuis 2011, la série était en attente. Pas de suite et donc pas de dénouement… jusqu’à ce mois d’octobre 2016 qui arrive. Les Editions Soleil avaient annoncé la sortie de « Satanie », superbe ouvrage rouge qui contient le diptyque dans son intégralité.

Satanie – Vehlmann – Kerascoët © Soleil Productions – 2016
Satanie – Vehlmann – Kerascoët © Soleil Productions – 2016

« Satanie » est un récit d’aventure hors du commun, un réel voyage initiatique. Une quête identitaire où convergent les références mythologiques, oniriques, scientifiques. Et si le fait que Fabien Vehlmann puise ouvertement dans l’imaginaire collectif pour construire son scénario, se basant ainsi sur les représentations que l’on peut avoir de l’Enfer comme un lieu hostile, terrifiant où évoluent des créatures amorales, fourbes, vicieuses… il rend également hommage au célèbre roman de Jules Verne (et notamment à Voyage au centre de la Terre) et il s’en faut pour faire également des parallèles avec « La Quatrième Dimension » de Rod Serling. De plus, il fait appel à des connaissances scientifiques, tentant d’expliquer par le jeu narratif la disparition de l’Homme de Neandertal. Son scénario invente ainsi une nouvelle hypothèse et imagine l’existence d’un lieu insolite.

Le duo Kerascoët a contribué au fait que ce récit donne l’impression d’un renouvellement permanent. Jouant avec les couleurs et les paysages aux formes sans cesse réinventées. Il n’y a aucune ligne d’horizon, comme si les personnages évoluaient dans un lieu clos qui pourtant semble n’avoir aucune limite. De nouvelles galeries apparaissent, elles sont aussitôt empruntées par les personnages qui vont de surprises en déconvenues et découvrent les impasses et les ressources de ce monde. On a l’impression de progresser dans un univers vivant, comme un corps qui serait soumis à des mutations permanentes. Ce lieu fascinant enferme pourtant les personnages dans un huis-clos où les notions d’espace et de temps n’existent plus, où la folie des uns et des autres semble prête à surgir à la moindre occasion.

PictoOKIl y a dans cet album tout un charivari de couleurs. Tantôt vives, tantôt toniques ou tantôt très sombres, elles accompagnent chaque instant de cette épopée dont on ne sait prédire l’issue finale. Un album ludique et prenant. Un régal pour les yeux et pour l’esprit.

Extrait :

« Journal de l’abbé Montsouris. Date inconnue. J’ai décidé de relater notre périple pour laisser un témoignage à qui trouverait ces lignes. Nul ne saurait dire combien de temps Charlie et moi-même pourrons suivre les Sataniens au cœur de cette « forêt retournée », faite de racines géantes. Les notions de jour et de nuit n’ont plus ici aucun sens. Seuls nos brefs moments de sommeil nous permettent-ils de ponctuer notre progression. Quant aux Sataniens, c’est à croire qu’ils ne dorment jamais. Toujours aux aguets, en mouvement, à la manière de requins. Leur respiration elle-même paraît différer de la nôtre, car jamais leur poitrine ne se lève ou s’abaisse. Comme si tout dans ce monde semblait continu, permanent… Ou, pour être plus précis, permanent dans le changement. Car si aucun cycle ne vient rythmer cet univers souterrain, rien ici ne reste pourtant longtemps identique. On croit trouver un havre, et nous voilà déjà contraints de fuir devant des brumes bouillantes. Une racine semble comestible et bien vite, une autre, d’apparence presque identique, s’avère nocive. » (Satanie)

Satanie

Récit complet

Editeur : Soleil

Collection : Métamorphose

Dessinateur : KERASCOËT

Scénariste : Fabien VEHLMANN

Dépôt légal : octobre 2016

128 pages, 22,95 euros, ISBN : 978-2-3020-5386-1

Bulles bulles bulles…

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Satanie – Vehlmann – Kerascoët © Soleil Productions – 2016

 

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Les découvertes des autres lecteurs des « BD de la semaine » :

Mylène                                         Enna                                           Saxaoul

Jérôme                                      Noukette                                       Stephie

Leiloona                                        Sophie                                              Sabine

Marion                                     Bouma                                         Caro

« Jolies Ténèbres » de Kerascoet et Vehlmann

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Jolies Ténèbres – Vehlmann – Kerascoet © Dupuis – 2009

Aujourd’hui je voudrais vous parler d’une BD qui ne se raconte pas ! Autant dire, un pari un peu fou 😉 Oui mais voilà, cette petite merveille de BD mérite que vous alliez y jeter un œil ou deux ! Sans que je vous dévoile l’histoire …. Oui, parce que Jolies Ténèbres est inclassable, ne ressemble à rien de ce que j’avais lu auparavant,  ne se dit pas et se lit, dans un trouble et une émotion rarement égalée !

Il faut que je vous dise un peu comment j’ai découvert cet ovni : trouvé dans la délicieuse bibliothèque de mon ami Fabrice, j’en ai lu quelques pages par une belle soirée de juin en me disant « ouais pas mal, un conte onirique, joli, délicat, peuplé de personnages qui semblent venir de l’enfance …. » Quand soudain …. un choc ! Avais-je mal lu ???? Je reprends la lecture au tout début et là, un saisissement, un ébranlement,  presque un dégoût …. Ai terminé cette histoire en apnée, m’enfonçant page après page dans un affreux malaise, qui demeure bien après avoir refermé ce livre….

Bon évidemment, là, j’ai le sentiment de ne pas avoir suscité le désir fou de découvrir cette BD hein ?! Mais il le faut, croyez moi ! Cette merveille, sortie en 2009, écrite d’après une idée originale de Marie Pommepuy, racontée par cette auteure ainsi que Fabien Vehlmann et dessinée par Kérascoët, est un petit prodige ! Totalement en décalage entre le dessin à l’aquarelle, les petits êtres tout droit sortis de l’univers doux et poétique des contes de l’enfance et l’histoire où toute la cruauté des hommes est résumée : méchanceté, cruauté, bêtise, absurdité, égoïsme, et j’en passe des mochetés ! Cette BD est un petit bijou macabre et cruel, uniquement pour les adultes (à moins que vous ne vouliez traumatiser ces chères têtes blondes !), à découvrir absolument !

 

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Jolies Ténèbres de Kerascoët et Vehlmann, Dargaud, 2009, 16 euros.

Paco les mains rouges, tome 1 (Vehlmann & Sagot)

Vehlmann – Sagot © Dargaud – 2013
Vehlmann – Sagot © Dargaud – 2013

1930, Patrick Comasson dit « Paco » échappe de justesse à la guillotine mais écope d’une peine à perpétuité qu’il fera en Guyane.

Bagnard. Un statut et un quotidien avec lesquels il va désormais devoir composer.

Cinq ans : c’est la durée de vie d’un forçat dans les colonies françaises. Paco est bien décidé à faire un pied-de-nez à ces sordides statistiques.

« Fagot ». Voilà ce qu’il est devenu. Sous cette étiquette, l’administration pénitentiaire désigne les condamnés à perpétuité. Paco va devoir apprendre à vivre aux côtés des « pieds-de-biche » (récidivistes), des « Premiers-Paris » (les malfrats qui ont fait la Une des journaux), des « Joyeux »…

Pour survivre dans cet enfer, le premier objectif est de se faire respecter. S’il n’y parvient pas, il n’aura d’autres choix que de subir les traitements réservés aux « bonniches » ou aux « mômes »… Et le respect passe en partie par les tatouages dont les bagnards sont couverts. Alors, lorsque Paco rencontre Armand (alias « Bouzille ») pendant la traversée vers Cayenne, il lui demande d’immortaliser « La mort qui fauche » dans son dos. Les heures passées avec Armand marquent le début d’une amitié particulière avec le tatoueur.

Puis c’est l’arrivée à Saint-Laurent-du-Maroni. Le premier jour, Paco est victime d’un viol collectif. Il sait qu’il doit rendre coup pour coup sans tarder sous peine de devenir la pute du bagne. Grâce au couteau qu’on lui a glissé dans la main, Paco peut réaliser sa vendetta. Il repère un de ses trois violeurs et l’égorge à l’heure où les prisonniers s’agglutinent au réfectoire pour le repas de midi. Le voilà qui s’est fait un nom : « Paco les mains rouges ».

Il y a une poignée d’auteurs pour lesquels je me dis – à chaque fois que je les lis – qu’il serait bon que je me rue sur tous leurs albums. C’est le cas pour Fabien Vehlmann. Paco les mains rouges, Les derniers jours d’un immortel, Les cinq conteurs de Bagdad : le constat est immuable. Trois titres où le scénario tient essentiellement à la voix-off qui accompagne la majeure partie de la lecture, une base narrative que le scénariste maîtrise parfaitement.

Vehlmann – Sagot © Dargaud – 2013
Vehlmann – Sagot © Dargaud – 2013

Dans cet album, l’introspection du personnage principal n’est pas qu’une simple remise en question. C’est aussi un témoignage. Paco est le narrateur de sa propre histoire. Dans une lettre qu’il adresse à une mystérieuse inconnue, il parle à cœur ouvert de ses années de bagne. Une expérience qu’il aborde frontalement, sans se mentir.

On découvre un univers très codifié et une certaine vision de la liberté (où la débrouille et les magouilles sont le seul moyen de survivre). On navigue entre les règles officielles (de l’administration pénitentiaire) et officieuses (les règles de conduite entre bagnards). Dans l’ensemble, il y a tout de même assez peu de sensations corporelles (la faim, le froid et la douleur existent à peine).

L’auteur impose une certaine distance entre les faits et la manière dont son personnage les a vécus. Cet équilibre narratif entre passé (la vie de bagnard) et présent (le moment où il se confie dans une lettre) donne une impression de légèreté assez déconcertante (vu le contexte) mais assez agréable à côtoyer tout au long de la lecture. On ne ressent aucune impression d’étouffement. Le personnage semble avoir facilement tiré son épingle du jeu et s’être débarrassé de tout état d’âme. Surprenant. Cela me fait penser que l’essentiel est à venir et que les émotions vont jaillir dans le second tome. Pour le moment, on n’a que quelques soubresauts et cela ne m’a pas suffit pour ressentir de l’empathie pour le personnage, malgré quelques formulations habilement tournées.

Le bagne, je vais te dire, tout le monde le subissait, les gardiens comme les forçats.

Vehlmann – Sagot © Dargaud – 2013
Vehlmann – Sagot © Dargaud – 2013

Le scénario colle à merveille à l’univers artistique d’Eric Sagot d’ailleurs, n’a-t-il pas été écrit spécialement pour ce dessinateur ? (pour avoir la réponse, je vous renvoie à cet article de Vehlmann). Le dessin minimaliste crée une atmosphère assez particulière, un lieu hors du temps et hors des conventions. Il intègre naturellement à ses illustrations l’art brut des tatouages des bagnes de Biribi et de Guyane. Noir, marron, blanc : seules ces trois couleurs ont été retenues pour la mise en couleur. Elles contiennent un peu de nostalgie sur certains passage, elles sont plus rugueuses à d’autres… bref, elles aident naturellement le lecteur à se représenter les ambiances… à s’approprier cette histoire.

Ce premier tome se referme sur un cahier graphique assez conséquent. Il contient de nombreux échanges de story-board entre les auteurs. On y voit la couleur jaillir de manière éphémère sur certaines planches et on se représente un peu mieux la manière dont les auteurs ont collaboré sur ce projet.

PictoOKDans ce premier tome, le cadre est posé, le décor est monté. On a tout en main, mais je trouve encore les choses assez décalées par rapport à l’image que l’on peut avoir du quotidien dans un bagne. Les dessins presque naïfs d’Eric Sagot renforcent cette impression ; tout est trop doux et tout marche trop bien pour Paco pour que cela puisse durer. J’attends donc la suite…

Une sympathique lecture commune faite avec Jérôme.

Deux interviews des auteurs : l’une sur ActuaBD et l’autre sur Telerama.

Les chroniques de Choco et de 9èArt.

Une lecture que je partage avec Mango à l’occasion de ce mercredi BD

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Extraits :

« Mais quand on nous a mis en ligne, direction la mer, Nom de Dieu… Perpétuité en Guyane… Laisse-moi te que d’un seul coup, ça prenait tout son sens » (Paco les mains rouges, tome 1).

« J’étais prêt à tout plutôt que de rester planqué comme un rat à attendre qu’on me tombe dessus. Y a des fois où la peur donne du culot » (Paco les mains rouges, tome 1).

« Et pour avoir du blé, fallait entuber les autres. Alors c’est ce que j’ai fait » (Paco les mains rouges, tome 1).

Du côté des Challenges :

Petit Bac 2013 / Partie du corps : mains

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Paco les mains rouges

Tome 1

Diptyque en cours

Editeur : Dargaud

Dessinateur : Eric SAGOT

Scénariste : Fabien VEHLMANN

Dépôt légal : septembre 2013

ISBN : 978-2205-06812-2

Bulles bulles bulles…

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Paco les mains rouges, tome 1 – Vehlmann – Sagot © Dargaud – 2013

Les cinq conteurs de Bagdad (Vehlmann & Duchazeau)

Vehlmann – Duchazeau © Dargaud – 2006
Vehlmann – Duchazeau © Dargaud – 2006

Il y a très longtemps, le calife de Bagdad, qui aimait écouter des histoires, organisa un grand concours de conteurs. Mille et un participants s’inscrire à cette compétition. Ils avaient trois ans pour préparer leur histoire et la raconter, le jour de l’épreuve, sur la grande place de Bagdad. Il était prévu que le pire d’entre eux serait exécuté et que le meilleur de tous serait couvert de richesses et que son conte serait publié et diffusé par-delà les frontières.

Peu après la clôture des inscriptions, un enfant alla solliciter cinq d’entre eux : Nazim Ibn Khawam, Waahid, Tarek Ibn’Ibrahim El-Khaiami et Anouar Jali Hosayn Ibn’Abdillah. Le cinquième, Ahmed, était à l’origine de cette rencontre. C’était le fils du calife et il avait reçu l’autorisation de son père d’organiser un voyage :

« Je veux donc entamer avec vous, les meilleurs parmi les meilleurs, un périple à travers le monde. Mon père me l’a autorisé et j’ai suffisamment d’argent pour cela. Ensemble, imprégnons-nous des histoires les plus extraordinaires qui nous seront racontées en chemin. Et à notre retour à Bagdad… que le meilleur gagne ! ».

Tous étaient séduits par la proposition mais Nazim demande avant tout qu’ils rencontrent un devin pour savoir « sous quels auspices » leur voyage est placé. C’est chez Fahima, la meilleure devineresse de Bagdad, qu’ils se sont rendus. La lecture de leurs marcs de café a été plus qu’éloquente. Fahima leur a tout raconté, des périples qu’ils rencontreront, des liens qui se tisseront entre eux… jusqu’au nom du vainqueur de la compétition. Malgré tout, et après avoir tenté de peser le pour et le contre d’un tel voyage, les cinq conteurs décidèrent d’entamer l’aventure à l’écoute des propos de Tarek :

« A l’issue de ce voyage, nous pourrions… je ne sais pas… créer une histoire si incroyable, si merveilleuse, si généreuse qu’elle ébranlera le cœur des gens qui l’entendront et qu’elle rendra le monde un peu meilleur. Et aussi naïve soit cette idée, nous avons voulu y croire. Et voilà pourquoi nous sommes partis alors que nous savions ce qui allait nous arriver ».

Nous sommes interpellés, dès la première page, par un narrateur inconnu dont nous ne savons qu’une seule et unique chose : qu’il est l’un des cinq conteurs et que ce récit est influencé par la manière dont il a vécu les choses. Il réapparaitra ponctuellement dans le scénario, nous alertant sur l’importance d’un passage ou le fait que le récit touche bientôt à sa fin. En une page, il situe le contexte et le but de son intervention : nous raconter son histoire.

Puis, sans crier gare, le lecteur tourne la page et se retrouve aux premières loges. Fabien Velhmann consacre les premières pages à la présentation des cinq personnages principaux et divulgue leurs traits principaux de caractère et quelques éléments qui permettent de situer leur parcours. Très vite, on est pris par la lecture, le fait que le narrateur nous considère comme l’auditeur privilégié de cette histoire a un effet important sur l’attention qu’on lui accorde.

Un des éléments principaux du scénario est le ton enjoué dont il fait preuve. Le rythme est alerte et contient beaucoup d’humour ; les répliques des uns et des autres ne tergiversent pas, la franchise et l’ironie sont de mise tout au long du récit. Le pire des cinq personnage est Ahmed, l’enfant qui a rassemblé le groupe. Il dit tout haut ce que le lecteur pense tout bas, des vérités d’enfant souvent blessantes pour les autres personnages. Ils vivent tous ses interventions plus ou moins bien car il les perce à jour, il met le doigt sur leurs défauts, leurs mensonges… ce qui a tendance à attiser les susceptibilités.

Côté graphique, Frantz Duchazeau illustre ce récit avec beaucoup de liberté et d’entrain. L’organisation des planches est suffisamment variée pour renforcer l’aspect ludique et dépaysant déjà créé par le contenu des propos du narrateur. Ses choix de couleurs et son trait m’ont souvent fait penser au travail de Joann Sfar (Klezmer, Le chat du rabbin…).

PictoOKSuperbe récit qui, sous prétexte d’épopée fantastique, relate plus la quête identitaire de chaque personnage que leur réelle aspiration à vivre une folle aventure. La tonalité narrative nous permet de profiter pleinement de ces mille et une nuits passées à sillonner les routes en compagnie de ce petit groupe hétéroclite avec lequel on passe un très agréable moment.

« Et voilà comment nous apprîmes à nos dépens que certaines histoires étaient vivantes et usaient de nous comme de vaisseaux et qu’elles ne devaient pas toutes êtres répétées »

Les chroniques de David et d’Yvan.

Une lecture que je partage avec Mango

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Extrait :

« Il n’est rien de plus dangereux au monde qu’un conteur qu’on prend trop au sérieux ! Voilà pourquoi il est nécessaire de toujours bousculer les histoires comme l’a fait l’idiot du monastère byzantin. Malheur à ceux qui ne toléreront plus cette dérision ! Ceux-là verront leurs contes se transformer en un marbre monumental qui les écrasera sous son poids ! » (Les cinq conteurs de Bagdad).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Nombre : cinq

Roaarrr Challenge : Prix des Libraires 2007

Roaarrr Petit Bac

Les cinq conteurs de Bagdad

One Shot

Editeur : Dargaud

Dessinateur : Frantz DUCHAZEAU

Scénariste : Fabien VEHLMANN

Dépôt légal : octobre 2006

ISBN : 2-205-05779-0

Bulles bulles bulles…

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Les cinq conteurs de Bagdad – Vehlmann – Duchazeau © Dargaud – 2006

Les derniers jours d’un immortel (Vehlmann & De Bonneval)

Les Derniers jours d'un Immortel
Vehlmann – De Bonneval © Futuropolis – 2010

« Je ne sais pas trop. Je dirais qu’il a dû me tuer vers 19h. Je l’ai croisé alors que je me rendais chez des amis. Nous avons discuté un peu et… ».

Lorsqu’Elijah recueille les propos de cette victime, il est loin d’en être à sa première affaire. Cet homme mystérieux est là pour inciter ses interlocuteurs à mettre en mots leur expérience et apaiser les conflits entre les individus. Elijah est un Immortel, autrement dit un agent de la Police philosophique de la Communauté Universelle. Son travail consiste à résoudre les différends entre des individus d’espèces différentes, un médiateur chargé de veiller à ce que les différents peuples vivent en harmonie, un garde-fou à la paix interplanétaire.

De nos jours, alors que l’espèce humaine cafouille encore allègrement sur les notions de droits des peuples, de respect de l’autre, de tolérance… Fabien Vehlmann imagine une société futuriste dont la préoccupation majeure est de veiller à ces fondamentaux à une échelle interplanétaire. L’auteur fantasme donc sur l’acceptation des « codes culturels » – pour reprendre une expression de l’ouvrage – de chaque peuple. J’ai perçu ce monde fictif comme un étirement paroxystique des maux de nos sociétés actuelles d’autant que la réflexion impulsée par l’album s’ancre parfaitement dans notre réalité de lecteur. Alors à la question de savoir si j’ai trouvé tout cela crédible, ma réponse est « oui » sans aucune hésitation !! Vehlmann développe un récit pertinent et exploite de nombreux fantasmes de l’espèce humaine : maîtrise de toutes les formes de technologies, maitrise de la matière pour la rendre malléable (eau, feu…), maitrise des modes de transports (téléportation, voyage sidéral…). Il joue de plus avec le concept de l’immortalité. Dans ce monde, certains hommes ont la possibilité de se cloner, la multiplication de ses doubles lui permet de prolonger son existence. La mort n’a plus d’emprise sur les individus, la notion de temps est devenue relative.

Nous avons beau être devenus immortels, tout reste toujours une question de temps.

On découvre ainsi ce qu’est devenue l’espèce humaine. Nos descendants sont notamment parvenus à abolir de nombreux tabous culturels. La sexualité est devenue un sujet de conversation banal et décomplexé, il est aussi simple d’en parler que de parler du dernier concept théorique à la mode ou du dernier film visionné. L’individu semble asexué, le plaisir charnel est devenu un désir mineur, le jeu de séduction est tronqué car il est désormais possible de moduler son apparence physique au gré de ses humeurs et de ses lubies. Le corps est presque vulgarisé, abaissé à l’état d’objet, c’est un accessoire. De fait, le besoin de procréer n’est plus soumis à aucune horloge biologique mais les prétendants à la parentalité sont moins nombreux.

En attendant, j’aime bien mon corps comme il est… banal et fade.

Le rapport à soi et à l’Autre est soumis à de nouvelles lois. L’existence des clones permet désormais de se parler à soi-même. La notion d’identité a donc évolué, chaque double d’un même individu est un prolongement de sa personnalité (à l’identique) bien que chaque double soit en mesure de vivre sa propre expérience jusqu’à la nécessité d’une fusion salvatrice avec le « corps premier » (destiné à retarder l’instant où l’individu passe de vie à trépas). Mais dans ce réseau d’Immortels, la jouissance de pouvoir vivre éternellement à un prix (mais je ne vous le dévoilerais pas dans cet article).

Une ambiance difficile à décrire car tout est prétexte à découverte. On cerne vite la personnalité du héros, un mélange de flegme et de spontanéité, un homme fin et intelligent. Sa réflexion est cohérente, logique. Son érudition est très agréable. Il guide le lecteur l’apprentissage de ce monde futuriste. Grâce à lui, on accueille sereinement l’étrangeté des situations auxquelles l’album nous confronte. On s’investit dans ce récit, comme si Elijah avait la responsabilité de cette transmission de savoir et que le lecteur n’était autre qu’un stagiaire en plein apprentissage de la vie. Quoiqu’il en soit, j’ai été un spectateur très attentif de cette histoire !

On réapprend donc à vivre sur Terre en tenant compte de concepts totalement nouveaux. Imagines-toi vivre 400 ans et décider du moment de ta mort !!! Imagines-toi capable de te décupler et d’employer tes doubles pour te seconder dans ton travail ou te permettre de procrastiner !! Imagines-toi changer d’apparence comme bon te semble !…

J’ai apprécié le travail réalisé autour des jeux de contrastes. Cela se traduit par la création d’une ambiance graphique où le trait minimaliste met en valeur l’excentricité des décors. Je m’explique : la monotonie apparentes des couleurs de Gwen de Bonneval atténue grandement le coté clinquant de cet univers. De même, son trait précis (et dépouillé) ramène en permanence le lecteur à la vision qu’Elijah semble avoir de son environnement. En somme, même si l’architecture imposante des bâtiments ou l’excentricité de certains costumes invitent -de façon récurrente- le lecteur à projeter ses propres couleurs sur les illustrations de Gwen de Bonneval, la colorisation des planches et les dessins minimalistes ont tendance à ramener le lecteur à la raison et à se concentrer sur le point de vue du héros.

Enfin, l’intérêt de cet album réside également dans la qualité de son scénario. Prenons l’exemple du conflit majeur qu’Elijah va devoir médiatiser : celui entre deux espèces originaires d’une même planète. D’un côté, les Ganédons : une organisation sociale où les rapports entre les individus sont codifiés et théâtralisés ; chaque individu reçoit un livret qui contient le rôle qu’il doit apprendre (statut social, fonction…), une « légère part d’improvisation » lui permet d’interpréter à son avantage certains éléments de son personnage et ainsi, s’il est suffisamment subtil dans cette interprétation, il pourra agir plus librement dans le système sociétal… La société des Ganédons prône le paraître. De l’autre côté, dans les sous-sols de la planète, vivent les Aleph ; ce sont de grandes créatures qui communiquent par sons et qui n’ont pas « éprouvé le besoin de construire de bâtiments ou de construire des outils ». Cette société archaïque communique via les codes de sa culture musicale.

Il ne faut pourtant que peu d’artifices au scénariste pour nous faire entendre la complexité de la situation et l’impossible dialogue entre ces deux peuples. Pour ne pas alourdir son propos, il a trouvé un jeu d’écriture qui lui permet de faire ressortir plusieurs degrés de compréhension afin que le récit ne perde de sa fluidité. Comme le Ying et le Yang, ces deux races colocataires d’une même planète sont aussi différentes et complémentaires que le noir et le blanc. Sur cette bichromie naturelle, ce gris-bleuté est-il dû à la présence d’Elijah ?

PictoOKPictoOKUn policier-philosophe au centre de ce récit !

Déroutant, atypique, original mais on ne perd pas le fil et le dénouement est émouvant. Je vous recommande chaudement cette lecture surnaturelle, cynique, loufoque, intelligente… les définitifs ne manquent pas pour saluer la qualité de cet album !

Extraits :

« Pour être tout à fait franc, humanoïdes ou pas humanoïdes, la difficulté de compréhension est exactement la même. En revanche, ce qui entre effectivement en jeu, c’est notre manière d’anticiper cette rencontre » (Les derniers jours d’un immortel).

« – Je ne t’ai pas dit, mais j’ai mis fin à mes jours il y a un an.
– Et tu ne m’as pas invité à tes funérailles, donc.
– Ben non, comme tu vois.
– Je peux savoir pourquoi ?
– J’avais mes raisons, mais je n’ai pas particulièrement envie d’en parler maintenant… J’ai vraiment plein de trucs à terminer avant de disparaître » (Les derniers jours d’un immortel).

« – Sur quoi êtes-vous en train de travailler ?
– Le comique préhistorique.
– Ah bon ?
– Ne vous moquez pas, c’est très sérieux.
– Je ne me moquais pas. Vous voulez dire que certaines de ces peintures dénotent d’un réel sens de l’humour ?
– Sous une de ses formes premières, oui. La difficulté, c’est précisément d’en saisir les nuances et les articulations. Je tente de mettre en lumière les premiers jeux entre signifiant et signifié » (Les derniers jours d’un immortel).

« – Iseult m’a dit que vous faisiez souvent l’amour ensemble. C’est un truc que j’ai du mal à comprendre. Ça vous sert à quoi ? Je veux dire, comparé au moindre des plaisirs artificiels, l’acte sexuel est complètement fade non ?
– Oui. C’est là son intérêt. Les plaisirs extrêmes ne proposent qu’une excitation immédiate, qui s’épuise à peine elle est consommée et qui nécessite une constante surenchère. Tandis que les choses fades ne se laissent jamais complètement appréhender par les sens. Elles restent au seuil de tous les possibles. Voilà pourquoi la fadeur reste inépuisable » (Les derniers jours d’un immortel).

Les Derniers jours d’un immortel

One Shot

Éditeur : Futuropolis

Dessinateur : Gwen de BONNEVAL

Scénariste : Fabien VEHLMANN

Dépôt légal : mars 2010

ISBN : 978-2-7548-0158-4

Bulles bulles bulles…

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Les derniers jours d’un Immortel – Vehlmann – Bonneval © Futuropolis – 2010

Seuls, tome 1 (Vehlmann & Gazzotti)

Seuls, tome 1
Vehlmann – Gazzotti © Dupuis – 2006

« Une petite ville des États-Unis où la vie suit son cours » peut-on se dire en arrivant dans cet album. Nous sommes à Fortville à une époque assez proche de la notre et, aux quatre coins de la ville, vivent cinq enfants qui ne se rencontreront certainement jamais. Yvan est fils unique d’un couple richissime, deux adultes plus investis dans leurs boulots que dans leur vie de famille. Terry vit avec sa mère est accepte mal la séparation de ses parents. Leila est une enfant solitaire qui passe tout son temps libre dans le bricolage. Dodji est orphelin, il survit plus qu’il ne vit en foyer et supporte son lots de coups quotidiens. Camille est une enfant stressée, rien n’existe en dehors de ses résultats scolaires. Ils ont entre 5 et 12 ans. Un matin, ils se réveillent et constatent que tout le monde (enfants et adultes) ont disparu.

Ils sortent alors de chez eux dans l’espoir de trouver quelqu’un. Le destin s’est chargé de les réunir.

Voici un album jeunesse intéressant qui nous emmène sillonner les horizons d’un univers post-apocalyptique. Qu’a-t-il bien pu se passer pour que ces cinq là soient les seuls rescapés d’une rafle générale des extraterrestres ? d’une expérience ? A moins que tout le monde n’ait fuit ?… mais quoi ?? Les suppositions vont bon train et il ne faut pas compter sur ce tome introductif de série pour nous offrir un embryon de réponse. Il faudra donc attendre et reconnaitre le talent de Fabien Vehlmann pour nous mijoter un scénario qui tient la route malgré l’absence de réponses. L’intrigue est bien amenée, les personnages entrent en scène un à un et se partagent le temps de parole de manière équilibrée. Et même si on ne cerne pas encore complètement les personnages, cela rajoute du piquant à leurs relations naissantes. Dotés de personnalités aussi différentes que complémentaires, ils constituent-là un groupe assez crédible face à cette situation complètement insensée.

Bruno Gazzotti l’accompagne au dessin et campe un monde tout en rondeurs, rendant l’univers ludique et agréable pour les yeux des petits et des grands lecteurs. Pas d’excentricité dans la découpe des planches, pas de codes visuels superflus mais il y a là une bonne dynamique et des enchaînements fluides entre les séquences. Des ambiances assez lumineuses et des couleurs vives dans l’ensemble excepté sur certains passages où la colorisation part dans des teintes plus sombres, plus neutres, pour accentuer le suspens, le doute, l’inquiétude…brrr ^^. Bref, si les grands découvrent cet univers avec plaisir, les plus jeunes pourront croquer cette aventure à pleines dents sans pour autant se sentir agressés par l’environnement austère des personnages principaux.

Prochaine étape : le tome 2

Cette lecture est ma première participation pour le Challenge Fin du Monde

Challenge Fins du monde

PictoOKTrès agréablement surprise par cette lecture qui alimente la lente mais certaine mutation qui est en train de s’effectuer chez moi : disons-le, j’apprécie de plus en plus les albums jeunesse ! Une découverte que je dois à Jérôme puisque, après avoir été tentée par son avis, j’ai remporté le concours qu’il avait organisé sur cet album… sans cela, je pense que je ne serais pas venue aussi vite à cette lecture.

Roaarrr ChallengeUn album primé à Angoulême en 2007 (Prix Jeunesse) et par l’Association BD Boum en 2006 (Prix Conseil Général).

Le blog dédié à la série.

Les avis en ligne : Jérôme (sur le premier cycle), Noukette et MrZombi.

Extraits :

« – Alors… qu’est-ce qu’on va faire de bon ?
– Des frites au ketchup ! Des frites au ketchup !
– Ah non, ce n’est pas très équilibré. On va plutôt faire du riz.
– Yeuârhh ! C’est pas bon l’riz !
– Justement, ça prouve que c’est équilibré ». (Seuls, tome 1)

« – On pourrait peut-être attendre les adultes ? Ils sauront quoi faire eux !
– Mais vous avec donc toujours pas compris ?… Les adultes reviendront pas ! On ne peut pas compter sur eux ! On peut jamais compter sur eux ! » (Seuls, tome 1).

Seuls

Tome 1 : La disparition

Série en cours (5 tomes déjà publiés)

Éditeur : Dupuis

Dessinateur : Bruno GAZZOTTI

Scénariste : Fabien VEHLMANN

Dépôt légal : janvier 2006

ISBN : 9782800136929

Bulles bulles bulles…

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Seuls, tome 1 – Vehlmann – Gazzotti © Dupuis – 2006