Bons baisers d’Iran (Vilain)

Vilain © Vraoum – 2015
Vilain © Vraoum – 2015

En 2014, Lénaïc Vilain et sa compagne ont effectué un séjour de quinze jours en Iran. Munis d’un simple guide touristique et de quelques connaissances sur le pays, ils entament un circuit qui leur fera découvrir Téhéran, Ispahan et Chiraz.

Les réservations dans les différents hôtels sont faites pour le reste, ils ne parlent pas un seul mot d’iranien. Et puis autant se plier à l’évidence : le paréo que sa femme utilise en guise de voile doit rapidement être remplacé par un hijab un peu plus fonctionnel.

Pour le reste, c’est l’aventure. Un passage au bureau de change pour convertir les Euros en Rials ne leur évite pas les déconvenues lorsqu’il s’agit de payes une somme énoncée en Tomans. Le Wifi de l’hôtel permet certes de se connecter mais pas d’accéder à sa page Facebook. Choc de cultures au quotidien… heureusement, lorsqu’on a une bonne dose d’humour, on relativise plus vite et on apprend beaucoup au contact des gens du coin.

Les carnets de voyage sont toujours un bon moyen de se sensibiliser au mode de vie d’un pays. A l’instar d’autres auteurs (Simon Hureau, Sarah Glidden, Nicolas Wild, Florent Chavouet, Renaud De Heyn, Baudoin & Troub’s…), Lénaïc Vilain se prête à l’exercice, histoire de casser quelques préjugés sur le pays dans lequel il s’est rendu. Car non, il n’a pas été kidnappé, non il n’a pas été recruté par djihadistes, oui c’est un pays différent et « très sécuritaire » mais « somme toute assez normal »… et c’est toujours intéressant de le dire. En quelques années, le carnet de voyage s’est répandu et il n’est plus rare aujourd’hui de trouver ce type de récit.

Sous son air de ne-rien-y-connaître, Lénaïc Vilain aborde pourtant des sujets essentiels comme l’ambiguïté iranienne à choisir entre la démocratie et un régime autoritaire, le fait que les candidats à la présidentielle doivent avoir l’aval de l’ayatollah pour pouvoir se présenter, le port obligatoire du voile imposé aux femmes alors qu’elles ont acquis des droits essentiels (nombreuses sont inscrites à l’université ou dans un poste à responsabilité politique par exemples).

Bons baisers d’Iran – Vilain © Vraoum – 2015
Bons baisers d’Iran – Vilain © Vraoum – 2015

Et puis l’humour aide grandement à faire cette découverte. Pour avoir déjà lu Lénaïc Vilain sur un autre témoignage (dans « R.A.S. », il partageait quelques anecdotes de l’époque où il était veilleur de nuit dans un hôtel), je m’attendais à retrouver dans « Bons baisers d’Iran » cette autodérision et ce cynisme amusé qui m’avait tant plus dans son premier album. Pour le coup, ce livre a largement répondu à mes attentes. Le scénario quant à lui reprend chronologiquement le circuit qu’ils ont effectué durant leur séjour touristique. Le couple est simplement équipé d’un guide touristique acheté en France et, outre les quelques garanties qu’ils se sont assurées (réservation des hôtels dans les trois villes où ils font étape), le reste donne l’impression qu’ils partent « la fleur au fusil » avec comme seule intention l’envie de découvrir le pays. L’autodérision permet de relativiser certains constats qu’ils font « in situ », des constats qui en auraient certainement découragés plus d’un de poursuivre au-delà. En effet, certaines observations font planer comme un silence durant la lecture, à commencer par les programmes télévisés destinés à la jeunesse qui matraque une forme de propagande antisioniste éhontée. Son regard de non-initié fait mouche et laisse au lecteur la possibilité de réfléchir et de tirer ses propres conclusions. L’auteur quant à lui se permet quelques remarques finement posées qui prête à sourire et incitent à prendre du recul. Enfin, un passage – dans lequel l’auteur retranscrit un échange qu’il a avec un guide – permet de balayer rapidement les principaux points qui caractérisent ce pays : la politique, la religion et l’économie iraniennes sont quelques sujets qu’ils aborderont à cette occasion.

T’as le choix entre une forme de dictature ou une autre…

Les illustrations sont pleines de bonhomie et installent dès la première page une ambiance à la fois propice à la découverte et pleine de bonne humeur. Le trait sape le récit puisqu’il lui retire toute possibilité de plomber le discours d’un trop plein de lourdeurs. Car il est facile, avec un récit sur un pays du Moyen-Orient, de glisser vers le pessimiste voire la paranoïa. Le dessin est beaucoup plus rond que dans ses précédents albums, les personnages sont légèrement plus ratatinés, comme si l’auteur s’était aidé des proportions habituellement réservées pour dessiner les corps des enfants. Cela renforce le fait que le voyage s’est déroulé en toute simplicité et que les rares rencontres fortuites faites avec des indigènes se sont faites tout à fait naturellement.

PictoOKUn album sympathique à découvrir, que vous soyez ou non amateur de carnets de voyages, que vous soyez ou non sensibilisés à la question iranienne.

Extrait :

« – Je me demandais… en France… Est-ce que les gens pensent qu’on est des terroristes ? Est-ce qu’ils croient qu’on brûle des drapeaux américains dans les rues en criant « Allah Akbar » ?
– Ha ! Ha ! Non ! Sinon on ne serait pas venu… Après, il y a quelques a priori, hein. Mais bon, c’est la France. On a toujours un peu tendance à confondre les régimes et les peuples. Et puis notre ministère des Affaires étrangères « déconseille fortement les voyages en Iran » sur son site web. Ça n’aide pas.
– Alors il faut que vous soyez nos ambassadeurs quand vous serez rentrés. Parce que j’ai ouvert cet hôtel avec mes économies, suite à notre récente ouverture au tourisme… et y’a pas foule » (Bons baisers d’Iran).

Bons baisers d’Iran

One shot

Editeur : VRAOUM

Dessinateur / Scénariste : Lénaïc VILAIN

Dépôt légal : octobre 2015

ISBN : 978231650969

Bulles bulles bulles…

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Bons baisers d’Iran – Vilain © Vraoum – 2015

R.A.S., tome 1 (Vilain)

Vilain © Poivre & Sel – 2013
Vilain © Poivre & Sel – 2013

En mars 2005, Lénaïc Vilain, auteur de bandes dessinées, cherche un emploi pour arrondir ses fins de mois. Il postule sur un poste d’agent de sécurité (surveillance de nuit) dans un grand hôtel parisien, pensant trouver-là le travail parfait qui lui permettrait également d’écrire et dessiner ses albums.

Il se retrouve malgré lui – mais assez logiquement – à faire des rondes de nuit et à arpenter les couloirs des 23 étages de l’Hôtel. D’anecdotes en anecdotes, l’auteur nous fait découvrir ce qu’a été son quotidien professionnel pendant six années… il va devenir « Vilain » le veilleur de nuit.

« Lénaïc. Ça se prononce Lénaïc avec le tréma et l’accent »

Vilain © Poivre & Sel – 2013
Vilain © Poivre & Sel – 2013

Si vous ne connaissez pas l’auteur, la bio qu’il a rédigée sur son blog vous éclairera sans doute sur le personnage. En voici l’introduction : « Lénaïc, de son vrai nom Lénaïc (né à Reims et mort pas encore mais certainement pas à Reims), est un auteur de bande dessinée, principalement connu pour son blog qui brasse pas moins de 40 visiteurs par jour ». Allez lire la suite directement chez l’intéressé (clic).

Cet album nous permet de découvrir sa première nuit de travail. En moins de temps qu’il ne lui en faut pour s’en apercevoir (3 minutes !), le voilà formé au métier d’agent de sécurité et détenteur de l’incontournable Talkie-Walkie qui lui permet de garder le contact avec son collègue. Le voilà suffisamment équipé pour faire sa première ronde. Une nuit qui, sous le filtre de l’auteur, compile de nombreuses anecdotes professionnelles et contient de nombreuses réflexions (de la simple curiosité à l question existentielle) induites par ces six années d’expérience…

En fait, en y réfléchissant bien, je crois que pas une fois je n’ai été utile en ces six ans de rondes de nuit… « Ronnd’heu de nuit » !!

Comme à la fin d’un film d’épouvante, le soleil se levait, symbole d’une délivrance prochaine.

Le scénario est entraînant et les éléments autobiographiques sont utilisés à des fins ludiques. Confronté à la solitude, les heures s’étirent et il n’hésite pas à se perdre dans son imaginaire, comme un enfant (peur du noir, peur du monstre caché dans un recoin…). Il s’impose des défis comme de compter le nombre de pas minimum que l’on peut faire pour traverser un couloir ou se surprend à épier les bruits qui s’échappent de quelques chambres… L’auteur ne se prend pas au sérieux pour notre plus grand plaisir. Voilà un doux rêveur contraint de se maintenir en éveil et cela donne lieu à des scènes cocasses.

Le dessin est très libre, spontané et nous emporte dans son tourbillon de bonne humeur. L’occasion pour le lecteur de découvrir un métier peu commun et de profiter de quelques passages truculents. La mise en page colle à l’état d’esprit du personnage. Tantôt onirique, tantôt réaliste, elle nous entraîne d’un pas alerte et amusé dans cette lecture.

PictoOKCe témoignage original nous fait découvrir un sujet rarement traité en bande dessinée. Un album ludique et agréable. J’ai très envie de poursuivre ce diptyque.

Extrait :

« A une heure très avancée de la nuit, ou à une heure très matinale… tout devenait blanc, opaque, paisible, comme quand il neige à gros flocons, sauf que là il neigeait du petit matin gris » (R.A.S., tome 1).

R.A.S.

Tome 1

Diptyque en cours

Editeur : Poivre & Sel

Collection : Romarin

Dessinateur / Scénariste : Lénaïc VILAIN

Dépôt légal : février 2013

ISBN : 978-2-87547-016-4

Bulles bulles bulles…

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R.A.S, tome 1 – Vilain © Poivre & Sel – 2013