Ainsi se tut Zarathoustra (Wild)

Wild © La Boîte à bulles - 2013
Wild © La Boîte à bulles – 2013

« Des collines perses de Yazd aux coulisses du tribunal criminel de Genève, Nicolas Wild dévoile les dessous de l’assassinat en 2006 de Cyrus Yazdani, figure emblématique de la culture zoroastrienne en Europe et en Iran. Le procès doit permettre d’y voir plus clair dans cette affaire de mœurs aux possibles résonances politiques.

Le zoroastrisme, religion monothéiste née en Perse avant notre ère, inspira nombre de philosophes, en particulier Nietzsche au 19è siècle, lequel prêta sa plume à son prophète dans Ainsi parlait Zarathoustra.

Si l’œuvre de Nicolas Wild n’a pas les prétentions de celle du philosophe, elle dévoile toutefois avec précision les principes de cette religion et le délicat devenir de ses adeptes » (extrait rabat de Couverture).

Le dernier album « en solo » de Nicolas Wild remonte à 2008 puisqu’il s’agit du second tome de la série Kaboul Disco. Cinq ans d’attente, vous imaginez donc à quel point la suite est attendue…

Pourtant, Nicolas Wild propose cette année un tout autre projet. Celui-ci semble être né spontanément si l’on en croit l’auteur. Ainsi, après quelques pages de lecture, on apprend qu’il loue un appartement situé en plein cœur de Paris, près du Canal Saint-Martin, le quartier où squattent les Afghans qui ont choisi le chemin de l’exil nous explique-t-il. Lors d’une balade sur les rives du canal, Nicolas Wild rencontre Timour qu’il aide en lui permettant de passer un appel à partir de son portable. Le reste est plus ou moins un concours de circonstances qui permet à Nicolas Wild de sympathiser avec Sophia Yazdani, la fille du zoroastrien.

Wild © La Boîte à bulles - 2013
Wild © La Boîte à bulles – 2013

Pour construire son récit, Nicolas Wild s’appuie sur le personnage fictif de Cyrus Yazdani. Cet homme lui sert ainsi de fil conducteur pour aborder de front son sujet : le Zoroastrisme et ses ramifications en Iran et à travers le monde. Un ouvrage didactique mais qui offre une lecture fluide et plaisante. La mise en abyme permet à l’auteur de s’immiscer dans la présentation qu’il effectue et de soulager les propos en y injectant des scènes de vie plus ludiques ainsi que le cheminement qu’il a effectué à mesure qu’il s’enfonçait dans la maîtrise de son sujet. Mais Ainsi se tut Zarathoustra aborde également d’autres sujets comme la place de l’Art et de la culture dans la société iranienne, le clivage entre les différentes communautés religieuses, la consommation d’opium, l’exil…

Plusieurs récits s’entrecroisent ici. Le premier aborde l’histoire du zoroastrisme, de son émergence (qui se situe dans les trois derniers millénaires avant la naissance du Christ) à la période actuelle qui marque son déclin. Ainsi, on découvre que le zoroastrisme est une religion en voie d’extinction qui ne doit sa survie que grâce à la seule force de volonté de ses fervents défenseurs.

Il est également question du parcours de Cyrus Yazdani qui incarne à lui seul l’histoire de la communauté zoroastrienne condamnée à l’exil au début du siècle dernier (Etats-Unis, Europe, Inde sont les principales zones géographiques où les zoroastriens se sont exilés). Ces hommes sont souvent issus de familles riches et cultivées, ils ont su s’intégrer dans les sociétés où leur diaspora se sont installées. Enfin, ces individus sont attachés à leurs racines familiales, ils font le choix de rentrer d’exil et tentent de refaire leur vie en Iran.

Wild © La Boîte à bulles - 2013
Wild © La Boîte à bulles – 2013

Il est enfin question de la démarche opérée par l’auteur. Ce récit se développe sur une période plus concise (septembre 2007 à mars 2009). Seul grief : son postulat de départ s’appuie sur une rencontre incongrue. Ces temps de narration restent peu cohérents dans le sens où les transitions qui les relient sont tributaires d’hasardeux concours de circonstances, rendant ainsi cette « tranche de vie » légèrement grossière voire caricaturale. J’ai eu beaucoup de mal à doser la présence de ce temps narratif car il impose un fort décalage entre la précision des propos tenus dans la partie historique et une forme d’insouciance apposée à la période relatant la démarche de l’auteur.

Nicolas Wild découpe son récit en trois parties dans lesquelles on constate à quel point l’utilisation de la métaphore vient aider l’auteur dans la construction de son scénario. Ces chapitres s’intitulent respectivement « Bonnes pensées » (partie qui se consacre à la présentation du zoroastrisme et de ses fondements religieux), « Bonnes paroles » (relative au procès et au parcours du personnage principal) et « Bonnes actions » qui se penchera sur le procès [du meurtrier présumé de Cyrus Yazdani] et ses conséquences.

Le trait de Nicolas Wild est plus maîtrisé que dans Kaboul Disco : les fonds de cases sont plus fouillés mais la description graphique des personnages reste identique. L’auteur va à l’essentiel, le style me fait penser au dessin de presse : sobre et expressif. Je ne vous cacherais pas que je n’ai pas pensé, à plusieurs reprises, à la démarche journalistique de Joe Sacco et cela, dès la première page de Ainsi se tut Zarathoustra. En effet, les similitudes sont nombreuses avec la première nouvelle de Reportages qui conduit Joe Sacco à se rendre au Tribunal pénal international de La Haye pour suivre le procès d’un criminel de guerre. Certes, Sacco n’est pas le genre à imaginer la construction d’un élément fictif pour déplier son sujet qu’il préfère aborder de front. Alors vous me direz, pourquoi faire cette comparaison facile entre ces deux démarches d’auteurs ? Je pense que cela tient à deux choses. Le décor d’un tribunal pour introduire la sujet et le fait que les deux auteurs n’hésitent pas une seconde à se mettre en scène et à tenter d’interagir avec le lecteur en lui transmettant à la fois les éléments historiques et ce qu’a suscité la découverte de ceux-ci chez lui.

PictoOKUn album d’autant plus intéressant qu’il nous permet d’aborder un thème réellement atypique en bande-dessinée. Si la partie « tranche de vie » est assez lisse, je note cependant que cet ouvrage aura eu le mérite de m’informer sur un sujet dont j’ignorais totalement l’existence.

Les chroniques de ActuaLitté, Sceneario, Tout en BD, BD info, A chacun sa lettre.

Ainsi se tut Zarathoustra

One shot

Editeurs : La Boîte à bulles & Arte Editions

Collection : Contre-Coeur

Dessinateur / Scénariste : Nicolas WILD

Dépôt légal : mars 2013

ISBN : 978-2-84953-107-5

Bulles bulles bulles…

Lire un extrait de l’album (et un autre, également en prépublication sur le blog de l’auteur).

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Ainsi se tut Zarathoustra – Wild © La Boîte à bulles – 2013

Kaboul Disco

Kaboul Disco, tome 1
Wild – La Boîte à Bulles – 2007
Kaboul Disco, tome 2
Wild – La Boîte à bulles – 2008

Paris, janvier 2005. Nicolas WILD répond à un appel à candidature publié par « Zendagui Média et Communication » qui recherche un auteur de bandes-dessinées.

Sans-domicile fixe, il squatte actuellement l’appartement de Boulet, dont le « vrai colocataire » doit rentrer très prochainement.  C’est vite vu !  Nicolas fait donc ses bagages avec une certaine appréhension, le poste qu’il doit prendre est à Kaboul. Il y débarque le 12 février. Son premier travail pour Zendagui consiste à illustrer, en BD, la constitution afghane pour les enfants. Découverte de l’Afghanistan, un pays en crise et fragilisé.

Carnet de bord, journal intime, témoignage,… Dans le même courant que Le Photographe (on croisera d’ailleurs Didier LEFEVRE dans les bonus du tome 2) et que La Tentation, Nicolas WILD témoigne de son expérience au Moyen-Orient.

Petite bulle de départ : la société Zendagui sert de pied-à-terre à l’auteur qui va rapidement sympathiser avec son entourage professionnel. Zendagui (et ses contrats) servent de support au décryptage du contexte politico-économique ambiant.

Le scénario aborde avec humour les événements historiques de la société afghane depuis l’arrivée au pouvoir du Roi Zaher Shah en 1963, et pose un regard engagé sur les événements qui ont suivis (années 1960 à nous jours). Humour, ironie, dérision… tout est bon pour donner forme à ce récit réellement convivial et pertinent. Visiblement, WILD ne s’est pas posé la question à laquelle DELISLE avait été confronté dans Shenzhen, je cite : « (…)  je prends des notes sur mon séjour. L’idée initiale de raconter ça à mon retour sous la forme de BD devient de plus en plus floue. Je continue sans trop y croire. Tourner en rond dans une chambre d’hôtel, même en Chine, me semble un peu mince comme péripétie pour intéresser un lecteur » (on ne sait pas non plus si WILD s’était fixé cet objectif avant son départ ou si mettre son expérience en BD est devenue l’évidence même au cours de séjour).

Le travail est la principale source d’attention de l’auteur, tout passe par le « filtre Zendagui » (surtout dans le premier tome), ce qui fait que l’on voit assez peu de choses de l’Afghanistan et des Afghans.

Au niveau graphique, peu de choses à dire. Le dessin est simple sans être simpliste, rond. Il colle bien au récit.

Une lecture que je vous recommande. La sortie du tome 3 est prévue pour 2011.

Une lecture que m’avait conseillée Lo dans le « Faites-moi lire » de décembre.

Une présentation de l’auteur faite sur Phylacterium, une interview de WILD sur Bulle D’Encre. Furetez dans ma colonne de droite pour prendre le lien du Blog de Nicolas WILD.

Kaboul Disco

Série en cours

Tome 1 : Comment je ne me suis pas fait kidnapper en Afghanistan

Tome 2 : Comment je ne suis pas devenu opiomane en Afghanistan

Éditeur : La Boite à Bulles

Collection : Contre Cœur

Dessinateur / Scénariste : Nicolas WILD

Dépôt légal : octobre 2007 (tome 1) et octobre 2008 (tome 2)

Bulles bulles bulles…

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Kaboul Disco, tome 1 & 2- Wild © La Boîte à Bulles – 2007 et 2008