Kushi, tome 1 (Marty & Zhao)

Marty – Zhao © Editions Feï – 2017
Marty – Zhao © Editions Feï – 2017

Kushi est la petite-fille de la chamane du village. Kushi est une élève douée et fait preuve d’une maturité qui met mal à l’aise la plupart des adultes du village. Excepté le jeune vétérinaire et son instituteur, la plupart des villageois la regardent du coin de l’œil. Kushi est une enfant solitaire ; les autres enfants ne l’approchent pas, seul Tilik – un de ses camarades de classe – passe outre les recommandations parentales et la compte parmi ses amies.

Dès qu’elle en a l’occasion, la fillette part galoper dans la steppe. Là, elle est en harmonie parfaite avec la nature, connaît sur le bout des doigts les vertus de la flore, les habitudes de la faune, les signes qui annoncent un changement de saison. Un savoir devenu inhabituel et, la plupart du temps, considéré comme archaïque. Désormais, place à la modernité et aux esprits visionnaires. Nous sommes en 1985 et la plupart des Mongols aspirent à la modernité.

… vous vivez comme au temps des Khans. Le monde a changé. On n’appartient plus à la steppe, c’est elle qui nous appartient et nos enfants ont besoin de voir autre chose.

Le pire d’entre eux s’appelle Bold. Il est désormais assis sur un joli pactole. Sa richesse, il l’a obtenue grâce à ses agissements véreux, ses magouilles, manipulant par ci et mentant par là pour parvenir à ses fins. Aujourd’hui, ce bandit local a un nouveau projet. Pour le mener à bien, il saigne la steppe à blanc afin de tirer parti de ses inépuisables ressources. Mais Kushi découvre ses agissements et s’oppose ouvertement à lui. Elle ne pourra compter que sur elle-même, sa connaissance de la steppe et son amie de toujours : sa chienne sauvage qui se prénomme Khulan. Les superstitieux murmurent qu’elle a un autre allié et non des moindres en la personne de Tengger, le dieu de la steppe.

Golo Zhao était déjà parvenu à nous embarquer dans une superbe aventure avec « La Balade de Yaya », le voilà qui récidive à l’occasion de cette nouvelle série. Les paysages à perte de vue, la steppe et ses couleurs attrayantes, ces visages mangés par de grands yeux, cette douce sensibilité dans les dessins, cette habitude de s’arrêter le temps nécessaire sur un personnage pour en détailler la gestuelle et les expressions de son visage lorsqu’il se laisse surprendre ou bien encore lorsqu’il se heurte à, une frustration. Le dessin parle au moins autant que le scénario. Cela fait partie du jeu induit par Golo Zhao, une invitation à prendre le temps, à s’arrêter pour observer.

Au scénario, Patrick Marty (« Le Juge Bao », « L’Ombre de Shanghai »). Après une première collaboration avec Golo Zhao (sur le dernier tome de « La Balade de Yaya »), le voilà qui associe sa plume au crayon du dessinateur chinois. Au cœur de son histoire, il installe une fillette entière, aussi généreuse qu’exigeante et qui défend avec force ses convictions. L’auteur nous fait une place dans un microcosme humain perdu au cœur de la Mongolie-Intérieure. Cette petite communauté balbutie encore avec la notion de « progrès » et l’idée qu’elle en a. Il est question d’une ouverture à la modernité mais la réflexion de fond tient justement à ce choix que de nombreuses sociétés ont eu à faire : est-ce que la construction de l’avenir passe obligatoirement par le rejet de traditions ancestrales ? Croyances et modernité sont-elles obligatoirement des antonymes ? Faut-il abandonner une identité forte pour avancer et trouver sa légitimité face au monde dit « civilisé » ?

PictoOKQuand science et superstitions ancestrales n’ont donc pas de terrain d’entente possible !? Une réflexion qui n’est pas dépourvue d’intérêt. Un récit faussement naïf qui interroge sans heurter la sensibilité des plus jeunes. Vivement la suite de cette histoire prometteuse et pimentée.

La chronique de Johanne.

Kushi

Tome 1 : Le Lac sacré
Série en cours (4 tomes prévus)
Editeur : Editions Feï
Dessinateur : Golo ZHAO
Scénariste : Patrick MARTY
Dépôt légal : janvier 2017
96 pages, 9,50 euros, ISBN : 978-2-35966-234-4

Bulles bulles bulles…

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Kushi, tome 1 – Marty – Zhao © Editions Feï – 2017

La Balade de Yaya, tomes 1 à 9 (Omont & Marty & Girard & Zhao)

Chine, 1937.

Nous sommes à Shanghai au moment où les Japonais lancent leur offensive contre la Chine. Peu à peu, les troupes japonaises s’imposent dans les grandes villes, contrôlent les points stratégiques du pays. Peu à peu, elles s’éloigneront des villes pour contrôler également les campagnes, les hameaux… les endroits les reculés. Face à cette invasion, la population chinoise prend peur et cherche à rejoindre des lieux plus sûrs, sollicitent les proches qui pourraient les accueillir. Dans ce mouvement, les parents de Yaya projettent de rejoindre Hong Kong où un membre de leur famille peut les héberger. Mais avant tout, il faut trouver un moyen de locomotion pour quitter Shanghai. L’histoire débute lorsque Yaya accompagne son père au port. Pendant qu’il paye leurs billets, Yaya furète à droite et à gauche, curieuse de tout. Pipo, son oiseau, l’accompagne et profite de la balade tout en étant posé sur l’épaule de sa petite maîtresse. Soudain, elle entend un air de musique joué au piano. Fascinée, elle se laisse guider par la mélodie qui la conduit dans une salle de banquet. Elle prend place à côté du pianiste puis, n’écoutant que son instinct, elle se met à jouer. La musique transcende cette fillette qui doit passer un concours de piano le lendemain, première étape vers une grande carrière de pianiste… elle en est convaincue. Quelle n’est pas sa déception lorsqu’elle apprend le soir même qu’elle ne pourra passer le concours. En effet, la guerre menace la Chine et les parents de Yaya préfèrent partir avant que le conflit n’éclate. Triste et en colère de ne pas pouvoir passer son concours, Yaya décide de fuguer.

En même temps, dans le quartier pauvre de Shanghaï, Tuduo réveille son petit frère à l’aube. Tuduo, si jeune mais déjà si marqué par la vie, la pauvreté et les coups de Zhu, décide de mettre son jeune frère à l’abri. Peu après y être parvenu, les bombes se mettent à pleuvoir sur la ville. C’est dans les décombres que Tuduo rencontre Yaya. Les deux enfants vont devoir apprendre à survivre seuls.

« La Balade de Yaya » est une série jeunesse et pourtant, la complexité et le sérieux des thèmes abordés donnent de la profondeur à cette histoire. On est face à un récit d’aventure captivant, contenant de nombreux rebondissements et contrairement à l’idée que l’on peut avoir d’un univers qui s’adresse à des enfants, on est confronté à la cruauté des hommes, à la dure réalité de la guerre… Jean-Marie Omont ne cherche pas à enrichir son récit de faux-semblants, il ne ménage pas son jeune lecteur et malmène même un lecteur plus âgé. Pourtant, si la réalité est crue et si l’on peut être surpris que Yaya – la petite héroïne – parvient à échapper au pire [presque par miracle], cette série nous emporte dans un élan de bonne humeur. Le dynamisme des personnages, leur pugnacité, rend la lecture entraînante. A chaque fin de tome, la question ne se pose pas. On ferme l’ouvrage tout juste achevé et on prend le suivant pour poursuivre l’aventure. Chaque protagoniste a une personnalité propre et des motivations personnelles dans cette course en avant qui est engagée. Pour autant, le récit est structuré et cohérent et quand bien même chacun tente de tirer profit de la situation, tous convergent finalement vers un même point : la réalisation de leurs idéaux. En toile de fond, le contexte historique [l’invasion de la Chine par les troupes japonaises] met en exergue l’obstination des personnages à parvenir au terme de leur épopée.

D’autres éléments enrichissent le récit puisqu’il sera également question de l’exploitation forcée et de trafics d’enfants, de génocide, de maltraitance, de corruption, de cupidité, d’abandon, de mensonges, d’orphelins, d’œuvres caritatives… Une trame narrative riche qui aborde la guerre sous toutes ses facettes et montre les pires penchants de l’Homme. Le récit est sublimé par les illustrations de Golo Zhao. Chaque dessin est une petite merveille. Un travail à l’aquarelle, des couleurs douces et chaudes la plupart du temps, l’ambiance graphique évite au lecteur de ressentir la lourdeur des événements que doit traverser l’héroïne. Les planches de ces petits formats à l’italienne sont lumineuses, les fonds de cases hyper fouillés jusqu’au moindre détail d’un accessoire. Le trait rond de Golo Zhao est un régal et s’accorde parfaitement à la bonhomie et à la bonne humeur des deux personnages principaux (Yaya et Tuduo).

PictoOKPictoOKMagnifique série jeunesse qui plairait aux enfants comme à leurs parents. Je vous invite à découvrir cette petite pépite.

La chronique d’Enna (série), de Jérôme (tomes 1 à 6, tomes 7 à 9) et celle de Bidib (tome 1).

La Balade de Yaya

Série en 9 tomes

Editeur : Feï

Dessinateur : Golo ZHAO

Scénaristes : Jean-Marie OMONT, Charlotte GIRARD & Patrick MARTY

Dépôt légal : de janvier 2011 à mars 2015

864 pages, de 8,50 à 8,90 euros le tomes

Bulles bulles bulles…

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La Balade de Yaya, série en 9 tomes – Omont – Marty – Girard – Zhao © Editions Feï – 2011 à 2015