Les beaux étés, tome 3 (Zidrou & Lafèbre)

Zidrou – Lafèbre © Dargaud – 2017

1992. Pierre et Pépète briquent Mam’zelle Estérel, la 4L familiale, afin qu’elle se montre sous son meilleur jour à son nouveau propriétaire. Pierre a tout de même un pincement au cœur à l’idée de devoir s’en séparer. La petite carte de fidélité retrouvée dans la boîte à gants fait remonter les souvenirs des premières vacances où Mam’zelle Estérel a emmené toute la petite famille jusqu’à Saint-Etienne…
1962. Les parents de Mado viennent d’offrir au couple une 4L rutilante, rouge estérel. Pierre est aux anges à l’idée de traverser la France au volant de cette magnifique Renault. La galerie chargée à bloque, Pierre et Mado embarque toute la petite tribu. La présence de la petite Julie, qui ne maîtrise pas encore complètement ses sphincters, oblige la famille à quelques arrêts pipi en catastrophe. Nicole quant à elle n’a que 6 mois mais elle semble ne perdre aucune miette de cette grande expédition. Pierre et Mado, amoureux et complices, se font une joie à l’idée de passer ces quinze jours en France. Pierre projette même de descendre, comme à leur habitude, sur les plages de la Méditerranée. Mado est plus réservée. Il faut dire que Pierre a invité les parents de Mado à passer ces quelques jours avec eux… et Mado appréhende cette quinzaine en compagnie de sa mère, la bien-nommée Yvette-la-parfaite qui mène toujours son monde à la baguette…

S’apprêter à lire un tome des « Beaux étés » c’est un peu comme le plaisir que l’on a juste avant de manger des bonbons. C’est ce moment précis où le paquet vient d’être ouvert, que l’odeur des sucreries nous fait déjà saliver à l’idée de retrouver un goût qui n’a nul autre pareil. L’effet est le même et ce troisième tome de la série répond parfaitement aux attentes du lecteur.

C’est en premier lieu cette bonne humeur et cet humour que l’on retrouve. La joie de vivre de cette famille belge imaginée par Zidrou est communicative. Des répliques qui fusent, des piques qui fusent du tac au tac. Elles sont arrosées d’une pointe généreuse d’ironie et de beaucoup de tendresse. Comment ne pas fondre ? Comment ne pas éclater de rire ?

On retrouve avec plaisir tous les petits rituels des tomes précédents : les premiers jours de vacances sacrifiés, une voiture que l’on charge jusqu’à ce qu’elle explose, le passage de la frontière franco-belge… et nous voilà en route. Le scénario est espiègle, prêt à accueillir toute nouvelle éventualité de rebondissements. Beaucoup de chaleur, de complicité et d’amour dans ces pages, rien n’est étouffé, rien n’est dit ou fait à moitié. Zidrou introduit un nouveau personnage en plaçant dans cette histoire la mère de Mado. Elle écorne à plusieurs reprises la bonne humeur contenue dans ces pages mais le scénariste ne laisse pas le malaise s’installer.

Jordi Lafèbre semble lui aussi beaucoup s’amuser. Il dessine des bouilles fendues de larges sourires, des yeux qui pétillent souvent de malice et sont capables de faire passer n’importe quelle émotion. L’ambiance graphique est lumineuse, plutôt proche [pour moi] des teintes printanières que de celle de l’été et c’est tant mieux car cela renforce le côté convivial de la lecture.

Un album qui nous met quelques airs entrainants en tête (« Santiano », Brel, Eddie Cochran…). Effet bonne humeur garanti !

Les tomes 1 et 2 sont aussi sur le blog.

Une lecture commune faite en compagnie de Noukette, Framboise et Sabine ! Yeah ! Un album parfait pour la « BD du mercredi » : le RDV est aujourd’hui chez Noukette.

Extraits :

« Dis Gros-Papy, pourquoi t’es crès crès gros ?
– C’est parce que je suis rempli de souvenirs, c’est pour ça » (Les beaux étés, tome 3).

« Que voulez-vous ? Vieillir, c’est comme conduire une voiture : on a beau savoir qu’il faut regarder la route devant soi, on ne peut pas s’empêcher de zieuter tout le temps dans le rétroviseur » (Les beaux étés, tome 3).

Les Beaux Etés

Tome 3 : Mam’zelle Estérel
Série en cours
Editeur : Dargaud
Dessinateur : Jordi LAFEBRE
Scénariste : ZIDROU
Dépôt légal : juin 2017
56 pages, 13,99 euros, ISBN : 978-2-5050-6776-4

Bulles bulles bulles…

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Les beaux étés, tome 3 – Zidrou – Lafèbre © Dargaud – 2017

Le Crime qui est le tien (Zidrou & Berthet)

Zidrou – Berthet © Dargaud – 2015
Zidrou – Berthet © Dargaud – 2015

Australie. Début des années 1970.

« Dubbo City. Nouvelle-Galles du Sud. Qui aurait l’idée de venir s’enterrer dans un trou pareil ? A part moi, je veux dire… »

Greg Hopper est en cavale depuis 27 ans. Recherché pour le prétendu meurtre de sa femme, il a préféré se faire oublier plutôt que de croupir dans une cellule. Plus de nuages à l’horizon, les jours passent et se ressemblent. Cette solitude lui va comme un gant. Seul ? Non, il est en compagnie de ses fantômes.

Une fin courue d’avance. Un scénario à couper au couteau, tendu comme un arc. Sec. Plein de rancœur. De regrets. De nostalgie. Zidrou imagine le repentir d’un homme. Un repentir que l’on pense destiné à soulager sa conscience.

L’ignorance est un luxe. On ne le découvre – hélas ! – que quand la vie vous crache ses quatre vérités au visage.

Un scénario dont on devine le dénouement très tôt mais on ignore jusqu’au bout le chemin qu’il va prendre pour se révéler. Un scénario qui imagine l’hébétude d’un homme, l’incompréhension qu’il ressent quant à la confidence que son frère a faite sur son lit de mort. Un flot de questions qui le forcent à sortir de sa tanière et à se montrer au grand jour. Un homme qui sort de sa zone de confort pour venir se heurter au monde des vivants. Zidrou nous donnera sur le fil les clés de ce thriller. Un scénario cynique et désabusé, viril où la honte et la culpabilité sont les pires des fardeaux à porter.

On retrouve le trait du dessinateur de « XIII » et de « Pin Up » . Nez aquilins, architecture propre, décors bien rangés, trait précis. Le tout baigné dans une atmosphère où une poisse chaleur colle aux basques des personnages, une chaleur qui échauffe les esprits et rend l’atmosphère électrique. Philippe Berthet sert parfaitement le récit.

PictoOKUn petit voyage en Australie avec Zidrou et Jérôme ça ne se refuse pas ! A lire aussi, la chronique d’un lecteur curieux que je remercie pour ce dépaysant voyage 😉

La chronique de Sabariscon.

Le Crime qui est le tien

One shot
Editeur : Dargaud
Collection : Ligne Noire
Dessinateur : Philippe BERTHET
Scénariste : ZIDROU
Dépôt légal : octobre 2015
64 pages, 14,99 euros, ISBN : 978-2-5050-6343-8

Bulles bulles bulles…

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Le Crime qui est le tien – Zidrou – Berthet © Dargaud – 2015

Le beau Voyage (Zidrou & Springer)

Zidrou – Springer © Dargaud – 2013
Zidrou – Springer © Dargaud – 2013

Animatrice d’une émission télévisée qui cartonne auprès des jeunes, Léa semble avoir réussi dans la vie sans trop de difficulté. Jolie, blonde, coquette, cette midinette d’une vingtaine d’années saute sur la moindre occasion de s’envoyer en l’air. D’ailleurs, elle est en plein coït lorsqu’elle reçoit l’appel qui lui annonce la mort de son père.

Ce deuil fait remonter des souvenirs qu’elle avait enfouis au plus profond de sa mémoire.

Après deux albums de Zidrou que j’ai découverts coup sur coup et qui m’ont satisfaite (« Les beaux étés », « Pendant que le roi de Prusse… »), il fallait forcément que cela arrive. Je l’ai déjà constaté, avec ce scénariste, « ça passe ou ça casse ». Et concernant l’album du « Beau voyage », le plaisir était loin d’être au rendez-vous. Alors je reconnais que cette jeune femme est touchante. A vingt ans, elle a déjà passé un certains nombres d’épreuves qui en auraient terrassé plus d’un. Oui… mais.

Vous allez certainement me dire que « la vie c’est comme ça », que « tout ne peut pas être rose », qu’il y a « des hauts et des bas » et qu’elle les incarne plutôt bien. Pourtant, même si je suis bien consciente que pour certaines personnes, la vie ressemble à ce qui est décrit dans « Le beau voyage », le personnage principal a eu du mal à m’émouvoir. Malgré le contexte de sa naissance, malgré son enfance de fillette mal aimée, malgré ses frasques d’adolescente, ses choix d’adulescente… tout est entendable mais tout tombe abruptement, trop abruptement. Où que l’on regarde, l’horizon semble chargé pour elle. Sa force tient peut-être dans son insouciance et dans sa capacité à balayer les problèmes d’un revers de la main. Zidrou dépeint le portrait d’une jeune fille en mal de vivre qui n’a eu d’autre choix que de se construire grâce aux épreuves qu’elle a dû traverser. Ce qui est étonnant, c’est la manière dont les choses sont abordées. Au détour d’une séance de maquillage, on en apprend davantage sur son enfance, l’attitude de sa mère, le comportement de son père. Les positions parentales décrites ne sont pas fictives mais elles viennent compléter un tableau narratif déjà bien chargé. Pourtant l’album ne fait qu’une cinquantaine de pages, pourtant le personnage principal n’a qu’une vingtaine d’années… mais en refermant l’album, j’ai eu la désagréable impression d’être face à un être pluriel, dont la vie n’est qu’une accumulation de faits, de bribes d’existence appartenant à d’autres et dont – par l’effet d’un quelconque miracle – se seraient retrouvées agglutinées là, caractérisant cette jeune femme que l’on n’envie pas. Certes, elle vient d’une famille aisée, certes elle n’est pas dans le besoin. Voilà en tout et pour tout la seule note positive que l’on peut relever.

Au dessin, Benoît Springer que j’ai connu plus en verve et plus talentueux (je me réfère une nouvelle fois à l’excellent « Les Funérailles de Luce »). Capable de donner une profondeur troublante à ses personnages, capable de créer un univers coloré alors que les planches font apparaître un noir et blanc basique, il opte ici pour la couleur et un trait très ligne claire qui lui correspond mal. Ce clinquant de couleurs harmonieuses vient renforcer l’idée qu’il ne suffit pas de vivre dans l’aisance pour être heureux mais à l’instar du scénario, l’ambiance graphique me semble sonner faux.

pictobofUn album qui a déjà fait un beau voyage grâce aux lecteurs. Les chroniques dithyrambiques sont légion sur la toile. La mienne est discordante… dissonante. J’ai du mal quand on force autant à la compassion.

Une réelle déception qui n’est atténuée que par le dénouement. J’avoue qu’il m’a surprise. Si seulement tout l’album avait été sur ce ton…

Le Beau voyage

One shot

Editeur : Dargaud

Dessinateur : Benoit SPRINGER

Scénariste : ZIDROU

Dépôt légal : janvier 2013

55 pages, 14,99 euros, ISBN : 978-2-5050-1633-5

Bulles bulles bulles…

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Le beau voyage – Zidrou – Springer © Dargaud – 2013

Les beaux étés, tomes 1 et 2 (Zidrou & Lafebre)

Zidrou – Lafebre © Dargaud – 2015
Zidrou – Lafebre © Dargaud – 2015
Zidrou – Lafebre © Dargaud – 2016
Zidrou – Lafebre © Dargaud – 2016

Une petite famille belge se ressource chaque année pendant les vacances d’été. Et si le départ est souvent retardé de quelques jours – en cause le père, auteur de bandes dessinées, qui doit rendre les dernières planches avant de pouvoir laisser reposer ses crayons – la bonne humeur envahit l’habitacle de leur vieille 4L dès l’instant où toute la petite tribu est montée dedans.

Chaque album se consacre à un été bien précis. Ainsi, « Cap au Sud ! » nous fait remonter en 1973 à l’occasion d’un été particulier où Pierre et Mado, le couple de parents est sur la sellette. Avant d’annoncer leur séparation à leurs quatre marmots, ils ont voulu qu’ils profitent de leurs dernières vraies vacances en famille. Loin de se douter que de grands changements vont avoir lieu, Julie, Nicole, Louis et Paulette vont découvrir l’Ardèche !

L’album « La Calanque » nous emmène quant à lui en 1969. Paulette n’est pas encore née et cet été est l’occasion pour les enfants de découvrir la mer. C’est l’été des 100 000 kilomètres de « Mam’Zelle Estérel » (la 4L familiale), de l’annonce d’une nouvelle grossesse pour Mado et le premier pas de l’homme sur la lune !

Beaucoup de fraicheur et d’humour dans cette série malgré le soleil qui cogne de toute ses forces sans parvenir à nous abrutir. Il y a toujours un petit coin d’ombre, un refrain, une vague… qui s’assure qu’on a le sourire bien collé aux lèvres. La bonne humeur du scénario est communicative et la sympathie que l’on ressent pour cette famille est immédiate. Un rythme narratif doux et entraînant qui donne la parole à chaque membre de la famille, du plus grand au plus petit sans exception et sans distinction d’âge. Beaucoup de spontanéité dans ce petit microcosme humain qui n’exclut rien et explore tous les possibles, saisissant l’opportunité de se prélasser dans un petit coin de nature, attrapant au vol l’occasion de lier une amitié ou tout simplement de passer du bon temps en famille.

Jordi Lafebre a de nouveau sorti ses crayons pour faire équipe avec Zidrou. Les deux auteurs sont loin d’en être à leur première collaboration puisqu’ils nous avaient régalé précédemment avec « Lydie » ou bien encore « La Mondaine ». Ici, exit les couleurs dans des teintes sépia, place à la luminosité et aux tons chatoyants de l’été. Le dessin nous invite à trouver notre place au sein de cette famille qui nous a d’ores et déjà réservé une place sur la banquette arrière de Mam’zelle Esterel. On a chaussé les lunettes de soleil et le paréo le plus confortable pour descendre sur la route des vacances avec eux. Ce qui est drôle, c’est que pour avoir pesté plus d’une fois [dans les embouteillages] en voyant ces cohortes de belges et de hollandais pour qui le seul mot d’ordre semblait être « Cap au Sud ! », nous voilà en leur compagnie, en quête d’un petit coin de paradis au soleil.

PictoOKUne lecture-détente qui offre une coupure appréciée dans le quotidien. Si vous avez envie de bonne humeur, les « Beaux étés » sont là pour ça J

Les chroniques : Noukette (tome 1 et tome 2), Jérôme (tome 1 et tome 2), Nahe (tome 2).

Extraits :

« La vérité, Pierre, c’est qu’on rêvait d’une vie au soleil et qu’on a eu droit seulement à de timides éclaircies » (Les beaux étés, tome 1).

« On s’était promis de retourner vivre au pays, à ma retraite, et puis… vous savez ce que c’est !… Les rêves, on les coupe, on les met dans un vase, ça fait joli sur la table su salon ! Mais t’as beau changer l’eau tous les jours, tes rêves, ils finissent toujours par se faner » (Les beaux étés, tome 2).

Les beaux étés

Tome 1 : Cap au Sud !

Tome 2 : La Calanque

Série en cours

Editeur : Dargaud

Dessinateur : Jordi LAFEBRE

Scénariste : ZIDROU

Dépôt légal : septembre 2015 (tome 1) et juin 2016 (tome 2)

ISBN tome 1 : 978-2-5050-6198-4 et tome 2 : 978-2-5050-6532-6

Bulles bulles bulles…

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Les beaux étés, tomes 1 et 2 – Zidrou – Lafebre © Dargaud – 2015 et 2016

Pendant que le Roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes ? (Zidrou & Roger)

Zidrou – Roger © Dargaud – 2013
Zidrou – Roger © Dargaud – 2013

L’histoire que cette maman choisit de raconter à son enfant pendant le long voyage en train qu’ils effectuent parle d’un roi qui vivait en haut d’une montagne. Le pauvre roi n’avait jamais eu la chance de voir la mer.

Madame Hubeau, une vieille dame, est là assise dans le compartiment, à écouter l’histoire pendant que le paysage défile. Soucieuse, elle passe un coup de fil pour s’assurer que tout va bien à la maison. A l’arrivée, personne ne l’attend sur le quai. Elle s’enfonce peu à peu dans la ville qu’elle semble connaître, faisant ses emplettes et s’arrêtant à la terrasse d’un café pour prendre un verre. Elle est songeuse, comme si elle n’était pas à sa place en ce lieu, ses pensées la ramenant sans cesse à Michel (son fils handicapé). Elle appelle de nouveau, toujours le même numéro. « Ce n’est que moi » annonce-t-elle pour rassurer son interlocuteur. Mais à la maison, tout semble bien se passer.

Trois ans après « Lydie », Zidrou revient sur le thème du handicap mental. L’auteur permet au lecteur d’entrer doucement dans cette histoire en focalisant sur le personnage principal (la vieille dame). Choix pertinent car finalement, la prise en charge de ces adultes handicapés transforme du tout au tout le quotidien de leurs proches. Car le sujet traité ici est bien le quotidien de l’entourage des handicapés et l’impact du handicap sur leurs vies. Ils doivent s’armer de patience et accepter de répéter chaque jour les mêmes mots, les mêmes phrases, les mêmes gestes. Accepter de mettre sa vie entre parenthèse, de stagner, de ne plus attendre le moindre progrès, la moindre acquisition. Être là et se contenter de petits bonheurs simples sans baisser les bras.

– Comment va Michel ?
– Bien. Enfin ! Mieux qu’on ne l’aurait jamais espéré. Il vit sa vie quoi ! Avec ses petites misères et ses grandes joies.
– Et vous Madame Hubeau ?
– Moi aussi… je vis sa vie

Zidrou – Roger © Dargaud – 2013
Zidrou – Roger © Dargaud – 2013

Le postulat de départ du scenario assez courant : un accident marque un temps d’arrêt et redistribue complètement les cartes familiales. Zidrou parle du handicap avec justesse sans omettre quelques pointes d’humour qui évite de tomber lentement dans le mélodrame. Il montre également l’importance des rituels quotidien : l’émission télévision que Michel regarde à heure fixe, les questions récurrentes qu’il pose pour s’apaiser, le même tee-shirt (sorte d’objet fétiche, de doudou qui lui colle à la peau) qu’il porte tous les jours, des parties de Puissance 4 qu’il joue quotidiennement, des visites régulières de la famille… A 40 ans, cet homme est redevenu un enfant, totalement dépendant de la bienveillance et de la présence de son entourage, incapable de prendre la moindre initiative, envahit d’angoisse quand il ne retrouve pas les choses à leur place. L’auteur montre enfin ces instants touchants de lucidité. Durant ces moments, les souvenirs affleurent, la conscience de l’état présent tenaille… oui, il y avait une vie avant l’accident, une vie « normale », une vie avec un avenir professionnel et sentimental. Une vie où il était possible de choisir de prendre la voiture ou d’aller voir des amis. Aujourd’hui, il ne reste rien de tout cela ou du moins, l’horizon des possibles est celui d’un petit enfant à qui l’on prend la main pour marcher dans la rue.

RogerJazz Maynard ») illustre cet univers avec beaucoup de douceur. Ses choix de couleurs servent l’histoire à merveille, tout en retenue pour faire ressentir l’affection débordante de cette mère pour son fils. Les couleurs sont vives, permettant également de ressentir tous les contrastes de cette vie, toute la fragilité de cet homme dont la vie a basculé du jour au lendemain, plus que jamais dépendant de ses proches et soumis aux débordements de ses propres émotions.

PictoOKC’est une belle découverte que je dois à la Mère Noël (aka Noukette). Splendide, touchant, juste, tendre… un album à mettre dans toutes les mains.

Les chroniques de Noukette, Jérôme, Choco, Yvan, Cuné.

Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes ?

One shot

Editeur : Dargaud

Dessinateur : ROGER

Scénariste : ZIDROU

Dépôt légal : septembre 2013

ISBN : 978-2-5050-1707-3

Bulles bulles bulles…

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Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes ? – Zidrou – Roger © Dargaud – 2013

Les Promeneurs sous la Lune (Zidrou & Egurza)

Zidrou - Egurza © Rue de Sèvres - 2015
Zidrou – Egurza © Rue de Sèvres – 2015

Le clin d’œil à un univers imaginaire foisonnant est là. Présent dès la première page de l’album. Nous voyons Blanche Neige allongée dans l’herbe comme si elle tapait un gros roupillon. Innocente, l’air de rien, elle a croqué dans la pomme et c’est maintenant au Prince Charmant de faire tout le boulot…

Conte urbain vantant l’amour, Les Promeneurs sous la Lune nous emmène dans l’épopée nocturne de Napoleon Cavallo qui découvre, non sans étonnement, qu’il est somnambule. Plusieurs nuits, dans un laps de temps assez rapproché, il se retrouve ainsi dans le lit de la douce Linh Yu. Cette dernière, quant à elle, n’attendait rien d’autre de la vie qu’on la laisse tranquille. Malheureusement pour elle, elle n’est pas au bout de ses surprises.

« Promenons-nous sur les toits, tant que le hibou n’y est pas ! »…

Le destin est taquin. Sans ce coup du hasard, ils ne se seraient certainement jamais rencontrés nos deux énergumènes ! Lui et sa carrure d’athlète, sa belle gueule et sa mèche rebelle. Elle et sa coquetterie, ses hanches plutôt rondes et son travail à la teinturerie du quartier. Lui et son côté blagueur, elle qui est plus conventionnelle et qui assume parfaitement sa susceptibilité (pour ne pas dire son sale caractère).

A cette occasion, Mai Egurza, auteure espagnole, signe sa première bande dessinée en collaboration avec Zidrou. Elle propose une ambiance graphique assez conventionnelle mais qui porte parfaitement les tergiversations et émotions des personnages. D’une expressivité agréable, ces derniers ne vont avoir de cesse de nous inviter à poursuivre la lecture.

De son côté, Zidrou propose une histoire truffée d’humour. En partant d’un postulat de départ totalement farfelu, le scénariste invente les conditions d’une rencontre affective atypique. Il revisite les liens qui peuvent rapprocher des individus, nous surprend en proposant des interactions originales de voisin à voisin, de patient à médecin ou entre deux amis. Il met en avant l’importance que peut avoir l’inconscient dans les décisions que l’on peut prendre ou les actes que l’on peut décider d’agir ou de ne pas agir.

Les Promeneurs sous la Lune - Zidrou - Egurza © Rue de Sèvres - 2015
Les Promeneurs sous la Lune – Zidrou – Egurza © Rue de Sèvres – 2015

En toile de fond, quelques réflexions légères sur certains modes de vie, certaines opinions. Sans jugement, Zidrou s’amuse tout simplement avec des cartes que nous avons pourtant en main et qui font la richesse des relations humaines.

PictoOKUne lecture douce, agréable, amusante… en somme, un très bon moment passé en compagnie de cet album.

Extrait :

« Nuit, Ô ma nuit ! Souffle doux des heures qui dorment, ventre chaud des mères des hommes, un sourire de lune traverse ta sombre face comme le souvenir d’un bonheur fugace… et ta chorale d’étoiles sur son nuage de voile chante avec le hibou Hou ! Hou ! » (Les Promeneurs sous la Lune).

Du côté des challenges :
Petit Bac 2015 / Lieu : Lune

PetitBac2015

Les Promeneurs sous la Lune

One shot

Editeur : Rue de Sèvres

Dessinateur : Mai EGURZA

Scénariste : ZIDROU

Dépôt légal : mars 2015

ISBN : 978-2-36981-105-3

Bulles bulles bulles…

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Les Promeneurs sous la Lune – Zidrou – Egurza © Rue de Sèvres – 2015

Chroniks Expresss #14

Dans cet article, des lectures d’octobre :

Des BD :

Moderne Olympia (C.Meurisse ; Ed. Futuropolis, 2014), La Mondaine #1 (Zidrou & J.Lafebre ; Ed. Dargaud, 2014), Amitié étroite (B.Vivès ; Ed. Casterman, 2009), Silver Spoon – tomes 2 à 4 (H.Arakawa ; Ed. Kurokawa, 2013), Arrête d’oublier de te souvenir (P.Kuper ; Ed. Çà et Là, 2009)

Des romans :

La Liste de mes envies (G.Delacourt ; Livre de Poche, 2013), Un passé inavoué (J.Esnault ; Ed. Velours, 2009), Lettres du Père Noël (J.R.R.Tolkien ; Pocket, 2013).

Bandes dessinées

Moderne Olympia

Meurisse © Futuropolis et Musée d’Orsay – 2014
Meurisse © Futuropolis et Musée d’Orsay – 2014

Après leurs collaborations avec le Louvre Paris et le Louvre Lens, Futuropolis inaugure un nouveau partenariat avec le Musée d’Orsay. Cette publication s’inscrit donc dans la continuité de la ligne éditoriale existante puisqu’on sait que le Musée d’Orsay, ouvert depuis 1986, regroupe des œuvres provenant des collections de trois musées dont Le Louvre. Ce musée a la particularité de présenter « l’art des quelques décennies qui s’écoulent entre 1848 et 1914 ».

Une cinquantaine d’œuvres du Musée d’Orsay font ainsi leur apparition dans le récit de Catherine Meurisse. Afin de ne pas s’y perdre et de permettre au lecteur de les identifier et/ou de les nommer, un récapitulatif des œuvres présentes est proposé en fin d’album. Malheureusement, nombreuses sont celles que je n’ai identifiées que sur le tard.

Catherine Meurisse (Elza) ne tergiverse pas et nous jette dans l’intrigue dès le début. Sous prétexte de la énième projection d’une énième adaptation de la tragédie de Shakespeare : Roméo et Juliette. Un film que notre héroïne, Olympia, ne manque bien sûr pas de visionner en boucle. Petite particularité qui n’a pas manqué de me poser question : Olympia apparaît généralement dans le plus simple appareil et cela ne semble pas lui poser le moindre problème. Cette jeune femme, en quête de célébrité, écume les castings afin de décrocher LE contrat qui lui permettra enfin d’accéder à la notoriété tant attendue. En attendant, les seconds rôles peu reluisants font l’affaire. Pour se consoler, ses copines du cabaret tente de lui faire admettre que la réalité ne tient pas tant au talent mais…

N’importe quelle actrice te le dira, pour faire la couv de Télérama, son grand secret c’est qu’elle forniqua… le tapis rouge parce qu’elle forniqua ! Casting facile parce qu’elle forniqua. Fleurs dans sa loge parce qu’elle forniqua. Fans à ses pieds parce qu’elle forniqua. Elue chaque année Miss Forniqua ! » etc (à lire sur la mélodie de « America » dans West Side story). Olympia ne manque donc pas de se remettre en question et de glisser lors des castings qu’elle a servis de modèle à des artistes peintres dont Gustave Courbet qui l’immortalisa dans « L’origine du monde…

PictoOKManet, Degas et tant d’autres peintres circulent ici, par clins d’œil et avec courtoisie et humour. Catherine Meurisse s’amuse et entraine son héroïne au-delà de ses limites. Le ton est cru, libertin et frais. Un bon moment de lecture.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2014 / Bâtiment : Olympia

Challenge Petit Bac 2014
Challenge Petit Bac 2014

 

La Mondaine #1

Zidrou – Lafebre © Dargaud – 2014
Zidrou – Lafebre © Dargaud – 2014

Premier tome d’un diptyque qui commence en avril 1944. On découvre le personnage principal – Aimé Louzeau, inspecteur à la Brigade des mœurs – dans un abri parisien, attendant que les sirènes signalent la fin des bombardements. Aimé tue le temps en remontant ses souvenirs. Direction 1937, année de son arrivée à « La [brigade] Mondaine ».

Comme la dernière fois avec La Peau de l’Ours : j’en attendais beaucoup… j’en sors perplexe et je reste sur ma faim.

Zidrou et Jordy Lafebre : un duo qui s’était formé à une unique occasion, celle du travail de collaboration sur Lydie. Le résultat était pour moi un album fort, abouti, touchant… Comment pouvait-il en être autrement pour un autre album réalisé par ces deux auteurs ? Je ne l’envisageais pas !

Pourtant, je n’ai eu aucun plaisir à lire cet album sans surprise.

Je regrette la découpe proprette et basique des planches, le côté un peu convenu du scénario, l’utilisation très « cliché » de la prostitution, les confidences qui sonnent faux… Il n’y a rien d’original ici, rien que du déjà-vu et du déjà-lu.

PictomouiJ’ai vu le tome 2 en librairie… c’est bien, mais je ne suis pas intéressée par ce qui peut bien s’y passer. Si un lecteur compréhensif pouvait m’aiguiller sur un autre album de Zidrou…

 Amitié étroite

Vivès © Casterman – 2009
Vivès © Casterman – 2009

Francesca et Bruno se connaissent depuis le Lycée. Bruno a toujours été studieux et inhibé quant à la belle et insouciante Francesca, elle a toujours préféré privilégié les sorties avec ses copines et le shopping aux études. Comment ces deux-là en sont arrivés à sympathiser reste une énigme. Toujours est-il qu’ils se sont liés d’amitié en partie grâce à l’aide que le jeune homme apportait durant la scolarité (aide aux révisions, aux devoirs)… Ils ont flirté et se sont aimés.

Aujourd’hui, ils ont vingt ans et sont à l’Université.

« Comme presque tous les jeunes gens de leur génération, ils ont une vie sentimentale et sexuelle très libre, passant sans entraves et sans états d’âme d’un(e) partenaire à un(e) autre – et sans pour autant cesser de fréquenter leurs «ex». Mais le cas de ces deux-là est un petit peu plus particulier. Anciens amants, ils ont préservé entre eux l’une de ces «amitiés étroites» qui donne son titre à l’ouvrage : toujours sur le fil du rasoir entre la connivence sensuelle et l’amitié amoureuse, toujours en situation de dépendance affective mutuelle. Une relation très spéciale, et d’où les autres, tous les autres, sont exclus sans appel » (extrait du synopsis éditeur).

Bastien Vivès est un auteur en vogue. Né en 1984, il compte déjà à son actif une bonne quinzaine d’albums. C’est en publiant ses strips sur le net qu’il s’est fait repérer par Casterman ; l’éditeur lui a offert la possibilité de publier son premier titre. Elle(s) verra ainsi le jour en 2007 suivi de peu par Le goût du chlore, Hollywood Jan (Casterman sous le label KSTR) et La boucherie (publié chez Vraoum) en 2008. Amis lecteurs qui souhaiteriez accéder à une bio plus complète de Vivès, je vous invite à prendre connaissance de celle de Phylacterium (en cliquant sur ce lien).

Quant à moi, je balbutie encore dans ma connaissance de son univers. Début 2010, je découvrais son travail par l’intermédiaire du Goût du chlore, un ouvrage qui divise la critique ; je pourrais résumer en un « ça passe ou ça casse ». Amitié étroite et beaucoup moins contemplatif. Il décrit une relation amoureuse inaboutie entre deux jeunes gens. L’absence de communication entre eux étouffe complètement leurs sentiments qu’ils n’osent assumer. On est là face à un étrange jeu de séduction, très ambigu. Le dessin de Bastien Vivès est basique, les couleurs sont plates… trop lisses. Cependant, quelques variations sur certains passages nous font passer à une ambiance graphique qui vient suggérer l’émoi dans lequel les deux protagonistes se retrouvent lorsqu’ils sont ensemble.

PictomouiPas de coup de cœur, pas de déception, je suis assez neutre sur cette lecture qui, à n’en pas douter, va s’oublier très vite.

Les chroniques de Zazimuth, Mango et Lorraine.

Silver Spoon, tomes 2 à 4

Arakawa © Kurokawa – 2013
Arakawa © Kurokawa – 2013
Arakawa © Kurokawa – 2013
Arakawa © Kurokawa – 2013

Suite de ma découverte de la série après le tome 1 qui décrit l’arrivée de Yugo, jeune citadin, dans un Lycée agricole. Le personnage se cherche un avenir via un projet professionnel. Faute de mieux, il jette son dévolu sur la filière agricole sans trop savoir ce qu’il va y trouver. Contre toutes attentes, il se révèle à lui-même.

Arakawa © Kurokawa – 2013
Arakawa © Kurokawa – 2013

Le premier tome se refermait juste après que Yûgo ait découvert un four à pain sur la propriété du Lycée agricole d’Ohezo. Il décide de remettre le four en service. Quand il explique aux autres élèves ce qu’il est possible de faire cuire dans ce type de four, tous ne retiennent qu’une chose : le fait de pouvoir manger des pizzas. Après plusieurs heures passées à lire pour comprendre comment on utilise un tel four, se pose ensuite la question des ingrédients nécessaires à la fabrication des pizzas. Chaque secteur du lycée agricole est mis à contribution et différents élèves se mobilisent pour permettre à Yugo d’avoir tous les ingrédients dont il a besoin…

Une série très agréable à lire. L’année dernière, j’avais gagné un concours chez Choco et j’avais ainsi pu découvrir le tome 1. Vous connaissez mon scepticisme en matière de manga. Doublé de ma réticence à me lancer dans des séries interminables… Le fait de trouver mon compte dans Silver Spoon n’était donc pas une évidence… quant à ces trois « nouveaux » tomes, c’est Marie qui – cette fois – m’a permis d’asseoir mon avis quant à cette série.

La fraicheur de cette série a balayé mes doutes. On dévore les pages en compagnie d’un personnage très altruiste capable de mobiliser un lycée entier pour n’importe quel motif. Sans compter le fait qu’on apprend beaucoup de choses sur le secteur agricole. L’auteur confronte différents regards sur cette économie, il utilise les personnages secondaires qui apporteront des regards divergents sur ce secteur et la manière de l’aborder, confrontant ainsi en permanence deux points de vue : privilégie-t-on la qualité ou la rentabilité ?

PictoOKJe suis réellement intéressée par le devenir du personnage principal et du microcosme dans lequel il évolue. Il est sûr que je chercherais à lire les autres tomes (la sortie du tome 8 est annoncée en France pour le mois de novembre). Un univers accessible à partir de 10-12 ans.

 Arrête d’oublier de te souvenir

Kuper © Çà et là – 2009
Kuper © Çà et là – 2009

« Arrête d’oublier de te souvenir est l’auto parodie de la vie d’un auteur de bande dessinée, un parfait exemple d’auto fiction. Kuper se représente sous les traits d’un illustrateur embourgeoisé, pour une discussion avec le lecteur sur sa découverte du sexe, de la drogue, des dysfonctionnements de l’administration Bush et un vaste exposé sur les problèmes existentiels de l’Auteur, confronté à son quotidien de mari et de père… Au cours du livre, Kuper juxtapose le quotidien de sa vie, et notamment la grossesse de sa femme et ses conséquences, avec la présentation de séquences de flashback sur sa jeunesse, séquences dont il est à la fois le présentateur et un spectateur critique. Couvrant une longue période, de 1972 à 2005, les séquences autobiographiques sont l’occasion de citer de nombreuses références culturelles, de la découverte des Pink Floyd aux classiques de la bande dessinée, de Popeye à Crazy Kat en passant par Mad Magazine auquel Kuper collabore. L’actualité politique est également très présente, à travers un regard extrêmement critique sur les mandats des Bush (père et fils), ce qui ne surprend pas de la part de cet auteur qui compte parmi les dessinateurs américains les plus engagés. Un grand roman autobiographique » (synopsis éditeur).

Le dessin de Peter Kuper est assez lisse lorsqu’il se décrit au quotidien. Sans aspérités, les personnages sont comme plaqués sur des fonds de cases qui ressemblent aux décors d’un catalogue Ikea®. Quant aux passages où l’auteur se remémore son passé, on est là dans une veine graphique bien différente, plus agressive au regard, surchargée de détails et de hachures.

Dès le début de l’album, Kuper se permet une certaine familiarité avec son lecteur qu’il interpelle ouvertement. Ce « tu » m’a donné l’impression que j’étais prise à parti dans le monologue de l’auteur. Alors que ce dernier explique rapidement qu’il souhaite raconter ce qu’est le quotidien d’un auteur de BD américain, le lecteur se retrouve en fait pris dans une confidence nombriliste où on n’a d’autres choix que celui de voir un auteur tergiverser sur ses problèmes existentiels passés, présents et à venir. Vu le ton amusé du récit, j’ai pensé que la lecture serait agréable. Mais face aux extravagantes mises en scène présentes dans cet ouvrage et constatant que l’auteur s’écoute plus qu’il ne parle, ce témoignage autobiographique m’a rapidement ennuyée.

pictobofpictobofL’ouvrage m’est tombé des mains.

Romans

La Liste de mes envies

Delacourt © Livre de Poche – 2013
Delacourt © Livre de Poche – 2013

« Jocelyne est une modeste mercière habitant à Arras. Elle est mariée à Jocelyn, son premier amour, ouvrier dans l’usine de glaces Häagen-Dazs de la ville et ils sont parents de deux grands enfants, partis faire leur vie. Jocelyne tient, en plus de sa boutique, un blog, « dixdoigtsdor », qui rencontre un certain succès. Elle se souvient souvent de la vie qu’elle aurait souhaitée mais réussit néanmoins à être heureuse dans l’existence qu’elle mène. Poussée par des amies, elle joue pour la première fois à l’Euro Millions et gagne « 18 547 301 euros et 28 centimes ». S’étant rendue compte à quel point son existence en sera bouleversée, elle décide de n’en parler à personne, cache le chèque de son gain. Elle rédige alors la liste de ses envies, et décide de ne rien changer à sa vie, pour ne rien changer à son bonheur jusqu’à ce que Jocelyne s’aperçoive que le chèque a disparu (…) » (extrait synopsis Wikipedia).

Lu en deux ou trois heures, j’ai pris énormément de plaisir à découvrir et partager le quotidien de Jocelyne. Une femme modeste, fragile et intègre qui vit une expérience pour le moins déroutante. Le postulat de départ est risqué : comment imaginer qu’une personne censée ne fasse pas la démarche d’encaisser ce chèque ? Pourtant, avec elle, cela semble si évident.

PictoOKSans trop en faire, Grégoire Delacourt livre le portrait d’un petit bout de femme engoncée dans une vie banale. Très modeste, elle préfère regarder la vie au travers de sa vitrine que d’aller ébranler la sienne à coup de millions. Il y a quelques couleuvres dans ce roman que j’ai eu du mal à digérer mais ça se lit bien, très bien même.

 Un passé inavoué

Esnault © Editions Velours – 2009
Esnault © Editions Velours – 2009

Angie, 16 ans, vient passer quelques jours de vacances chez sa grand-mère paternelle ; « La sorcière » comme elle l’appelle. Elle bougonne à cette idée, sait qu’elle va s’ennuyer pendant plusieurs jours avant que son père ne vienne la rechercher. Et puis elle connait si peu cette grand-mère. Les jours s’étirent sans que rien ne se passe alors elle les tue à lire. Jusqu’au jour où elle découvre une vieille valise au grenier. En fouillant, elle tombe sur le journal intime de Suzanne. Intriguée, Angie en commence la lecture. Elle revit un épisode de la Seconde Guerre Mondiale. Le témoignage se passe en 1942.

Je ne suis pas entrée tout de suite dans ce roman, sa mise en route est un peu longue, je ne parvenais pas à trouver le rythme du récit. Par contre, dès lors que la jeune narratrice débute la lecture du journal intime de sa grand-mère, l’atmosphère change et on se laisse porter par un « je » de narration qui est très bien utilisé par Julie Esnault. Ce petit roman de 184 pages m’a surprise par bien des aspects.

PictoOKAu final, je ne m’attendais pas à y découvrir autant d’émotions. Très belle fiction sur le thème de la Shoah malgré quelques fautes repérées çà et là dans le texte.

Lettres du Père Noël

Tolkien © Pocket – 2013
Tolkien © Pocket – 2013

Les « Lettres du Père Noël » ont d’abord été destinées aux enfants de Tolkien. Chaque année, de 1920 à 1943, les enfants correspondaient avec le Père Noël.

Tolkien a écrit une lettre (parfois deux) prétendument envoyée du pôle Nord par le Père Noël ou l’Ours Polaire. Trente lettres – accompagnées de dessins – forment un récit des aventures du Père Noël et de son ours.

Entre la course annuelle pour que tout soit prêt pour le soir de Noël, aux attaques intempestives des gobelins, en passant par l’arrivée des neveux de l’Ours Polaire… le gros barbu n’a pas le temps de s’ennuyer !

On suit ainsi quelques temps forts de la vie de famille de Tolkien : l’arrivée de son deuxième enfant puis de sa fille, leur déménagement, la Seconde Guerre Mondiale. Beaucoup d’humour et une intarissable imagination qui permet à l’auteur de faire exister un personnage légendaire. Il le rend drôle, pointilleux, désorganisé, un peu rancunier…

PictoOKLoin, très loin de l’univers de Tolkien ! De quoi se laisser surprendre.