Et si l’amour c’était aimer ? (Fabcaro)

Fabcaro © Six Pieds sous Terre – 2017

Depuis que le monde existe, les coups de foudre n’ont jamais eu la délicatesse de nous appeler pour nous prévenir de leur arrivée. Alors pourquoi cela aurait-il été différent entre Sandrine – gentille petite femme au foyer jusque-là éprise de Henri (dirigeant d’une start-up) – et Michel – beau latino livreur de macédoine qui attend son heure de gloire (car Michel est artiste).
La passion dévore très vite Sandrine et Michel. Très vite, les seules livraisons de macédoine (dont Henri raffole) ne suffisent plus aux deux amants, ni les brèves rencontres pendant la journée, encore moins les nombreux coups de fils que les amants s’échangent. Car très vite, ils se disent tout ; du cousin qui « je vous jure ! » n’aime pas le reggae, du frère jumeau mort-né, de l’ex qui travaille à Nature & Découvertes

Peu à peu s’installait cette sensation exaltante et surnaturelle que leur lien préexistait avant eux, qu’ils se connaissaient depuis la nuit des temps, que leur histoire avait débuté dans une autre vie, un autre lieu, peut-être au fin fond de la Russie, un bel amour slave, aussi mélancolique qu’immortel…

Malheureusement pour eux – et heureusement pour nous – Sandrine et Michel ne vivent pas sur une ile isolée, encore moins dans un lieu paradisiaque. Autour d’eux, la société et pire encore, les gens qui l’habitent. Rumeur, hypocrisie, jalousie, vengeance vont couver à bas bruit, bruisser, s’agiter… l’existence de la liaison de Sandrine arrive fatalement aux oreilles de son mari… tandis qu’au même moment, Michel aimerait que leur relation prenne une autre tournure… mais…

– Sandrine, quand allez-vous quitter votre mari ?
– Michel, ça n’est pas si simple… On a le crédit de la Mercedes, un Plan Epargne Logement à La Poste, et puis… j’ai peur de faire souffrir les enfants…
– Les enfants ?? Mais vous n’en avez pas…
– Oui non mais les enfants en général je veux dire.
– Qu’importe, je vous attendrai le temps qu’il faudra…
– Oui, on a l’éternité devant nous.
– Ah… moi je pensais plutôt à genre 15 jours…
– Moi aussi je brûle d’impatience, mais notre histoire est inéluctable, nous sommes liés, rien ne pourra jamais se mettre en travers de notre amour…
– Sandrine… Je nous vois déjà dans les allées d’IKEA en train de noter des références de tables basses…
– Michel, on se fait du mal.

Vous l’avez compris, c’est totalement loufoque, fabuleusement barré et vraiment bien vu. Fabcaro nous tend la main une nouvelle fois pour nous faire entrer dans son univers moqueur où le fait de ne pas avoir su soi sa carte de fidélité est un délit, où « celui qui laisse tomber son morceau de pain dans la fondue sent le cul de Josiane ! » , où Marie-José Aline fabrique (et vend) « des maquettes de tanks en peaux de clémentines » … où les nombreuses références musicales font le bonheur des fans des années 80 (quasi dans chaque album)… et j’en passe.

Je t’aime. Un peu. Beaucoup. Passionnément… Cette fois, l’auteur épétale une fleur de pissenlit… rien d’impossible là-dedans me direz-vous sauf qu’un pissenlit a tout de même pas mal de petites pétales et que les choses auraient été plus faciles à Fabcaro n’avait ce penchant à se laisser distraire par la première association d’idées qui passe. Du coup, il perd un peu le Nord, le retrouve et le perd de nouveau… et nous, on se marre !

Le scénario surprend à chaque page. Les personnages lâchent dans l’air des répliques absolument hallucinantes et absurdes. Les répliques et les scènes de l’album sont aussi impensables qu’explicites. L’effet comique fonctionne à chaque fois pour peu qu’on aime cet humour braque.

Les chroniques de Jérôme, Noukette, Sabine et Khadie.

Les autres albums de Fabcaro sur le blog.

Et si l’amour c’était aimer ?

One shot
Editeur : 6 Pieds sous Terre
Collection : Monotrème
Dessinateur / Scénariste : FABCARO
Dépôt légal : novembre 2017
51 pages, 12 euros, ISBN : 978-2-35212-135-0

Bulles bulles bulles…

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Et si l’amour c’était aimer ? – Fabcaro © Six Pieds sous Terre – 2017

Chroniks Expresss #29

Pour atteindre le bout de ce mois hyper-speed, je me suis octroyée une pause. J’ai levé le pied sur les lectures… et mis le point mort sur les chroniques. Reprise en douceur avec une présentation rapide des ouvrages qui m’ont accompagnée en décembre.

Bandes dessinées & Albums : Cœur glacé (G. Dal & J. De Moor ; Ed. Le Lombard, 2014), La Vie à deux (G. Dal & J. De Moor ; Ed. Le Lombard, 2016), -20% sur l’esprit de la forêt (Fabcaro ; Ed. 6 Pieds sous terre, 2016), Hélios (E. Chaize ; Ed. 2024, 2016), Tête de Mule (O. Torseter : La Joie de Lire, 2016).

Jeunesse : La Vie des mini-héros (O. Tallec ; Ed. Actes Sud junior, 2016).

Romans : Les Grands (S. Prudhomme ; Ed. Gallimard, 2016), Pas assez pour faire une femme (J. Benameur ; Ed. Actes Sud, 2015), Le Garçon (M. Malte ; Ed. Zulma, 2016).

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Bandes dessinées

 

Dal - De Moor © Le Lombard - 2014
Dal – De Moor © Le Lombard – 2014

Il a la trentaine et une vie de couple qui connaît des hauts et des bas mais dans l’ensemble, ils ont trouvé leur équilibre. Il a un travail prenant au service Relations Presse d’un grand groupe.

Pourtant, son inconscient ressent tout autre chose. Il se sent seul bien qu’entouré d’amis et est taciturne. Ses pensées morbides l’envahissent, la mort est devenue une pensée quasi permanente. Il ne trouve pas de sens à la vie et pour apaiser ses angoisses, il est suivi pas un psychiatre en thérapie.

Les deux facettes de sa personnalité prennent le relais. Un passage pour le côté lumineux, un passage pour son côté sombre. Il vit sur un fil tel un équilibriste, il tente de trouver du sens à sa vie et un sens à l’humanité. Finalement, cet homme a tout pour être heureux… en apparence. A l’intérieur de lui gronde un mal-être important et rien de ce qui se présente à lui n’est en mesure de l’aider à trouver les réponses à ses questions.

Le pitch m’a tentée. J’imaginais un scénario bien monté pourtant, cet album se lit de façon linéaire. Il reprend de nombreux constats maintes et maintes fois formulés. Une lecture qui passe et qui assomme. Un narrateur qui a finalement peu de choses à dire, à penser. On doute qu’il parvienne un jour à assumer ses opinions.

pictobofLa fin tombe comme un couperet… c’est finalement le seul passage qui interpelle réellement le lecteur.

 

Dal - De Moor © Le Lombard - 2016
Dal – De Moor © Le Lombard – 2016

« Qu’est-ce que l’amour ? Peut-on vivre en couple aujourd’hui ? Qui croit encore à la vie à deux ? Johan De Moor et Gilles Dal nous livrent leur vision brillante, déstabilisante et loufoque sur ce sujet universel. » (synopsis éditeur)

C’est cet article du Monde qui m’a permis de repérer ce titre (au passage, vu les similitudes entre la couverture de cet ouvrage et « Cœur glacé », je me suis dit qu’il y avait peut-être un lien entre les deux). On retrouve le même postulat de départ que dans l’album précédent : le narrateur trouve la vie absurde. Il retourne ses opinions dans tous les sens pour tenter d’entrapercevoir une vérité à laquelle il pourrait adhérer pour aller mieux.  Quoi que, s’il est un concept qui met tout le monde d’accord, c’est bien celui de l’Amour. A n’importe quel moment de sa vie, un homme peut être englué dans la pire des situations ou transcendé par une joie intense, l’Amour viendra dans un cas comme dans l’autre transcender celui qui ressent ce sentiment et lui permettre de donner du sens à ce qu’il vit.

Graphiquement, le travail de Johan De Moor est beaucoup plus abouti. On retrouve le même angle d’attaque : des pages où fourmillent des illustrations contenant un double degré de lecture. Dans cette narration à deux vitesses, on saisit vite le cynisme des propos de Gilles Dal. Il décortique le sentiment amoureux et le passe au scanner des représentations sociales. La culture, les valeurs qu’on nous inculque en grandissant…

La question, au fond, est la suivante : d’où vient cette culture dans laquelle nous baignons ? On l’attribue souvent au cynisme mercantile, à ce capitalisme qui serait prêt à tout pour vendre. L’idée est la suivante : le système créerait l’instabilité amoureuse et tous les rituels qui vont avec pour faire tourner la machine économique. Mais ce raisonnement est un brin paranoïaque, car pour un peu, il reviendrait à prétendre que le système a créé le froid pour vendre des radiateurs ou a créé la nuit pour vendre des matelas.

Décortiquer, examiner à la loupe les penchants de chacun pour au final en arriver à une conclusion assez logique sur le couple : l’échange est la condition sine-qua-none de la relation. Cet ouvrage m’a fait penser à une sorte de documentaire dans lequel convergeraient différents points de vue : économique, philosophique, psychanalytique… Les auteurs semblent faire un procès d’intention amusé à l’encontre du sentiment amoureux. Au final… malgré le ton décalé, c’est un peu plombant.

pictobofUn livre auquel je n’ai pas accroché. L’ambiance graphique – plutôt expérimentale – fini par écœurer. Un album qui poursuit logiquement la réflexion de « Cœur glacé ».

 

Fabcaro © 6 Pieds sous terre - 2016
Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2016

« Un cowboy recherché dans tout le Far-West pour avoir imité Jean-Pierre Bacri. Des playmobils. Un auteur de bande dessinée qui va manger chez une tante qu’il n’a pas vue depuis quinze ans. Un débat littéraire. Quelqu’un qui est gravement malade. Des indiens. Des poursuites à cheval sans cheval. Une histoire d’amour entre Huguette et l’étron. Des cartes de catch. La sagesse d’un grand chef. Un supermarché » (synopsis éditeur).

Réédition d’un ouvrage paru en 2011 et qui était épuisé chez l’éditeur. Fabcaro se joue, se moque, critique cynique et qui fait mouche de la société. On se perd entre présent et imaginaire. Qu’est-ce qui est réel ? Qu’est-ce qui est imaginaire ? Est-ce ce cowboy déjanté qui rêve d’une société absurde telle que nous la connaissons, perdue entre consumérisme et débats politiques stériles ? Est-ce cet auteur happé par son inspiration et qui s’identifie à ce cowboy décalé qui « se tape sur la fesse plus fort que nous » ? Qui parodie qui dans ces scénettes qui s’enchaînent au point de nous faire perdre la tête ?

-20% sur l’esprit de la forêt - Fabcaro © 6 Pieds sous terre - 2016
-20% sur l’esprit de la forêt – Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2016

Un album drôle mais décousu. Une succession de gags qui ont du potentiel mais qui s’arrêtent vite, trop vite… la plupart font irruption de façon saugrenue. Un album drôle mais que je n’ai pas été en mesure de lire d’une traite. Quarante-six petites pages qui font réfléchir mais que l’on prend, que l’on repose, que l’on reprend… difficile d’en voir le bout. Un ouvrage où imaginaire et réel se mélangent. Des allers-retours incessants entre un western loufoque et un univers réaliste ubuesque. Un truc où la fiction s’emmêle les pinceaux avec la vie de l’auteur. Qui raconte quoi ? Impossible d’en avoir la certitude mais comme à son habitude, Fabcaro se moque, critique et tire à vue sur les idées préconçues et les grandes aberrations de notre société.

PictomouiÇa pique et ça gratte à souhait, ça jette de l’huile sur le feu et pourtant, je sors déçue de cette lecture.

 

Chaize © Editions 2024 - 2016
Chaize © Editions 2024 – 2016

« Un soir lointain, le soleil fige sa course et se pose sur l’horizon. Plongé dans un crépuscule sans fin, le Royaume décline et désespère.

Un jour, un voyageur se présente à la Cour ; il persuade le Roi d’aller jusqu’au Soleil pour le prier de reprendre son cycle. Alors, le Roi se met en route, à la tête d’une longue procession. Page après page, ils se heurtent à des obstacles qui réduisent le nombre des pénitents, et seuls sept d’entre eux atteindront finalement le sommet où repose Helios… » (synopsis éditeur).

Je ne connaissais pas le travail de cet artiste jusqu’à ce que le festival BD de Colomiers ne lui consacre (cette année) une exposition.

Bijou. Voyage silencieux dans cet album où tout se devine, tout se comprend grâce à l’observation. Monde merveilleux, nouveau, magique, triste, captivant, inquiétant. La première lecture est semblable à une exploration. On scrute davantage les personnages avant de remarquer les détails des paysages qu’ils traversent. Faune et flore sont gigantesques comparés à eux. Puis, en fin d’album, l’auteur fait les présentations. Chacun de ses petits personnages a un nom voire une fonction. Alors fort de cette connaissance, on reprend la lecture… on repart une nouvelle fois.

Hélios - Chaize © Editions 2024 - 2016
Hélios – Chaize © Editions 2024 – 2016

En double page, les illustrations d’Etienne Chaize qu’on ne se lasse pas de regarder, de scruter. On y revient sans cesse. On cherche le personnage que l’on avait aperçu précédemment : où est-il ? que fait-il ? qu’est-il devenu ? L’album est court mais le dépaysement est grand.

PictoOKJe vous recommande cet ouvrage.

 

Torseter © La Joie de Lire - 2016
Torseter © La Joie de Lire – 2016

Tête de mule est le septième et dernier fils d’un roi. Ce roi refuse de vivre seul, il est incapable de se séparer de tous ses fils en même temps, « l’un d’entre eux devait toujours rester avec lui ». Mais un jour, les six frères de Tête de mule sont partis ensemble ; ils espéraient chacun trouver une épouse. Tête de mule quant à lui devait rester au château pour tenir compagnie à son père. Ce dernier demanda également à ses aînés de trouver une femme à leur plus jeune frère.

Les frères finirent par trouver un château où vivaient six princesses. Ils les demandèrent en mariage. Sur le chemin du retour, les six couples croisèrent un troll qui les changea en pierre. Apprenant cela, Tête de mule supplia son père de le laisser partir. A contrecœur, le roi accepta et Tête de mule partit secourir ses frères.

« Tête de mule » est un conte. Il en reprend les rouages, les codes, la poésie, la magie. Tête de mule est un héros… mais il a ceci de particulier qu’il est le parfait portrait de l’anti-héros : il n’a pas la force pour déplacer une montagne, sa monture est un vieux canasson qui fait la moue quand on lui parle d’aventure, il ne part pas combattre de dragon mais le hasard placera pourtant sur sa route une princesse à délivrer.

Øyvind Torseter, auteur norvégien, s’amuse et fait de drôles de farces à son personnage. Il le malmène et l’oblige à faire appel à la ruse pour déjouer les pièges.

Ouvrage original face auquel je suis pourtant restée spectatrice. Lu d’une traite sans pour autant ressentir la moindre inquiétude pour le personnage. Conte moderne qui m’a dérangée par son rythme et ses rebondissements. Graphisme qui m’a gênée : pourquoi les femmes sont-elles représentées avec tous les attributs de la féminité (sans aucune vulgarité) et les hommes sont-ils des personnages anthropomorphes ? Le trait enfantin nous trompe, nous dupe. Je crois qu’il me faudra prendre un peu de recul avant d’en comprendre les finesses…

J’avais repéré ce titre chez Noukette et puis… Noukette s’est transformée en mère Nawel et m’a offert cet OVNI. Lisez sa chronique !

Pour les curieux, la fiche de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

 

Jeunesse

 

Tallec © Actes Sud Junior - 2016
Tallec © Actes Sud Junior – 2016

Grandir. Apprendre. Qu’est-ce que la vie au final et qu’est-ce qui fait son sel ? Qu’est-ce qui fait que l’on est unique ? Pourquoi les autres sont fiers de nous alors que l’on a l’impression de faire des choses si banales ?

Olivier Tallec pose un regard tendre et amusé sur l’enfant et son environnement. L’enfant, ce petit-être innocent et souvent naïf qui perçoit la réalité à sa façon… Petit humain qui apprend chaque jour et nous montre avec franchise que le monde des adultes est trop souvent alambiqué. Petit bout d’homme que l’on tire généralement de son monde imaginaire pour lui demander de ranger, d’écouter, de partager…

PictoOKL’enfant est ce petit-héros. Ce qui nous apparaît être un petit progrès est généralement une grande étape pour lui. Un livre pour faire rire les petits et titiller les grands qui ont malheureusement oubliés leur part d’enfance. Un album jeunesse découvert grâce à Noukette.

La fiche de l’album sur le site d’Actes Sud Junior.

 

Romans

 

Prudhomme © Gallimard - 2016
Prudhomme © Gallimard – 2016

« Guinée-Bissau, 2012. Guitariste d’un groupe fameux de la fin des années 1970, Couto vit désormais d’expédients. Alors qu’un coup d’État se prépare, il apprend la mort de Dulce, la chanteuse du groupe, qui fut aussi son premier amour. Le soir tombe sur la capitale, les rues bruissent, Couto marche, va de bar en terrasse, d’un ami à l’autre. Dans ses pensées trente ans défilent, souvenirs d’une femme aimée, de la guérilla contre les Portugais, mais aussi des années fastes d’un groupe qui joua aux quatre coins du monde une musique neuve, portée par l’élan et la fierté d’un pays. Au cœur de la ville où hommes et femmes continuent de s’affairer, indifférents aux premiers coups de feu qui éclatent, Couto et d’autres anciens du groupe ont rendez-vous : c’est soir de concert au Chiringuitó. » (synopsis éditeur).

Couto est un personnage inventé. C’est avec lui que le lecteur va découvrir le parcours d’un groupe de musiciens qui a bel et bien existé (Le Mama Djombo) et les événements qu’a traversés la Guinée-Bissau depuis les années 1970 (dictature, coup d’état, nouvelle dictature, soulèvement de la jeunesse bissau-guinéenne…). Toute une histoire, tout un récit. Enrichissant.

Mais la découverte tient avant tout de ce premier contact avec une plume, celle de Sylvain Prudhomme. Atypique. Une écriture qui claque, qui vibre, qui ne lâche rien puis, dans une même phrase, une écriture qui s’adoucit, caresse, réconforte. Une écriture tonique que l’on entendrait presque respirer. Une écriture qui colle à la semelle de son personnage, Couto, un homme d’âge mûr qui a déjà bien roulé sa bosse. Avec lui, on observe le cœur des événements : le passé d’une nation qui a conduit nombre d’hommes à fuir le pays, le bouillonnement qu’elle vit dans les années 2010. Il est aussi question de musique, de passion, d’un groupe qui rencontre son public, d’un groupe qui se laisse porter par le succès, éternelle surprise d’entendre une salle pleine à craquer scander le nom de chaque musicien. Et puis la gloire s’en est allée comme elle est venue ; elle n’a laissé aucune amertume. Ce qui a été vécu l’a été pleinement, sans regrets… ils ont engrangés les souvenirs pour des décennies. « Les Grands », c’est ainsi que la nouvelle vague de musiciens locaux appellent respectueusement cette génération d’artistes qui a prouvé que tout était possible, que la musique de Guinée-Bissau n’a pas de frontières.

PictoOKTrès belle découverte que je dois à Framboise !! ❤

 

Benameur © Actes Sud - 2015
Benameur © Actes Sud – 2015

« Quand Judith rencontre Alain, elle découvre à la fois l’amour et la conscience politique. Cette jeune fille qui a grandi en oubliant qu’elle avait un corps est parvenue de haute lutte à quitter une famille soumise à la tyrannie du père pour étudier à la ville. Alain est un meneur, il a du charisme et parle bien, il a fait Mai 68. Si elle l’aime immédiatement, c’est pour cela : les idées auxquelles il croit, qu’il défend et diffuse, qui donnent un sens au monde.
Bref et intense, ce récit est celui d’une métamorphose : portée par l’amour qu’elle donne et reçoit, Judith se découvre un corps, une voix, des opinions, des rêves. L’entrée dans le monde de la littérature, de la pensée, de l’action politique lui ouvre un chemin de liberté. Jusqu’où ? » (synopsis éditeur).

Jeanne Benameur peint une nouvelle fois le portrait d’un personnage égaré, en proie au doute. Au centre du récit, une jeune femme raconte la période qui marqua un tournant dans sa vie, celle où des décisions importantes doivent être prises. La romancière nous la présente comme un personnage solitaire qui progressivement, va s’ouvrir aux autres et apprendre à leur faire confiance. Elle se découvre, elle lâche doucement la main de l’enfant et devient une femme capable d’accepter ses forces comme ses points faibles.

PictoOKLa plume de Jeanne Benameur nous emporte dans un tourbillon de vie. Le combat entreprit par son héroïne, les doutes qui l’assaillent et la force qu’elle tire de sa propre expérience donnent du rythme à ce récit. L’ouvrage se lit vite (96 pages) pourtant, on a le temps d’investir cette héroïne des temps modernes. En toile de fond, le mouvement étudiant post-68 sert de décor à ce récit.

La chronique de Noukette.

 

Malte © Editions Zulma - 2016
Malte © Editions Zulma – 2016

Il vient de nulle part, d’une cabane dans la forêt où il a vécu durant son enfance avec sa mère. Enfant presque sauvage, enfant qui a grandi dans le silence, enfant à qui sa mère n’a rien appris si ce n’est à survivre dans la nature. Lorsqu’elle meurt, le garçon quitte le nid et part découvrir le monde.

Son chemin est fait de haltes. La première, il la passera dans un hameau de quelques âmes. Garçon de ferme, c’est l’étranger que l’on a fini par accepter. Il sortait à peine de l’enfance. Lorsqu’il quittera ce lieu, il aura appris à travailler la terre, il se sera familiariser avec le langage, avec la pensée, avec la religion et les traditions. Pourtant, toute sa vie il restera quasi mutique. Lorsqu’il quitte le hameau, il est adolescent. Puis il rencontrera Brabeck « l’ogre des Carpates ». Cet homme le prendra à son tour sous son aile et se chargera d’une autre partie de son éducation. Puis, nouvelle séparation, nouvelle perte… nouveau deuil et le Garçon reprend sa route, au hasard des croisements de sentiers, au hasard des caprices de la vie. Au détour d’un virage, c’est la vie d’Emma qu’il heurte. Celle-ci le recueillera inconscient, le soignera puis en fera son frère, son confident… son amant. La Première Guerre Mondiale obligera ces deux âmes sœurs à se séparer, du moins physiquement. Autre ambiance, autres rapports, autres enjeux. Le Garçon est jeté malgré lui dans l’horreur, retour à la vie sauvage. Son allié est son instinct.

Un récit bouleversant, prenant, fascinant. Le Garçon, être fictif et mutique qui se nourrit d’air, d’amour, de musique. Enfant parmi les adultes, il semble être à la merci du moindre souffle de vent qui passe, tributaire des autres pour survivre, il passe sa vie à s’adapter. Il s’adapte à la vie sauvage, à la vie des tranchées, à la vie de bohème, à la vie des salons parisiens… Caméléon parmi les hommes, il scrute et observe. Son silence est une énigme, à la fois carapace et prison, c’est à la fois son identité, sa force et ce qui le conduit à sa propre perte.

Le Garçon, c’est un concentré d’émotions à l’état brut. Le Garçon c’est celui qui, sans le demander, invite ceux qui le côtoient à se montrer tels qu’ils sont, sans artifices, sans mensonges. Le Garçon, c’est cet être nu qui demande à ce qu’on l’aide à grandir, c’est celui qui reçoit, qui progresse mais qui a besoin du regard de l’autre pour utiliser à bon escient son expérience. Le Garçon, c’est l’enfant permanent, l’innocence, la beauté, la force.

PictoOKPictoOKCe roman de Marcus Malte, c’est une expérience à faire. C’est un récit intemporel. C’est l’histoire de l’homme, de la Guerre, de l’Amour, de la Littérature, de l’Amitié… C’est un livre que l’on a envie d’engouffrer pour en connaître le dénouement… c’est un livre que l’on ne veut pas terminer parce qu’on s’y sent bien. C’est un livre que l’on referme à des heures tardives… C’est un roman incroyable. C’est un coup de cœur.

La Bredoute (Fabcaro)

Fabcaro © 6 Pieds sous terre - 2007
Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2007

Vous rêvez d’être la reine de la merguez ? De faire plaisir à votre enfant en lui offrant un beau poupon en porcelaine qui lui permettra de bien dormir sans avoir de Lexomil à prendre ? D’avoir le look de Michèle Torr ?? Du mascara qui donne tellement de volume à vos cils que vous en raterez toutes les sorties d’autoroute ? Sans compter des cassettes audio qui s’achètent au poids, des disquettes de 3,5 pouces vendues par stère, un pantalon à 24,90 euros par mois… et des promotions à foison !

Ne bougez pas, « La Bredoute » est le catalogue qu’il-vous-faut !

Neuf ans après la première sortie de l’album, 6 Pieds sous terre relance « La Bredoute » (Fabcaro, 2007), catalogue satirique des enseignes de vente par correspondance. On balaye ainsi des nouvelles collections vestimentaires (homme, femme et enfant s’il vous plaît !), d’équipements multimédia, de chaussures, d’outillage, de promotions en tout genre… Le ton est décalé, il coince parfois aux entournures.

Fabcaro s’est amusé à reprendre tout le florilège du langage commercial, ses formules racoleuses sont une critique cinglante et ironique de la société de consommation (un avant-goût de « Zaï Zaï Zaï Zaï »). Avec cynisme, des accroches caracolent sur les vignettes des articles : un « prix chouchoune » aguiche le client qui serait tenté par une peluche parlant l’ukrainien, l’acquéreur d’un kitchissime magnétoscope est rassuré par la pastille lui précisant que son produit est garanti 12 jours ou que l’ensemble jean / sweet que vous allez commander pour votre enfant est « fabriqué par des petits taïwanais atteints de graves maladies dues aux carences alimentaires », « 82 % de satisfaction » pour cet escabeau malin, ou un sac de voyage « deux fois plus efficace »…

PictoOKUn album drôle et décapant.

La Bredoute

One Shot

Editeur : 6 Pieds sous Terre

Collection : Monotrème

Dessinateur / Scénariste : FABCARO

Dépôt légal : février 2006

40 pages, 9 euros, ISBN : 978-2-35212-120-6

Bulles bulles bulles…

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La Bredoute – Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2007

Zaï Zaï Zaï Zaï (Fabcaro)

Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2015
Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2015

Dans un supermarché, de nos jours.

Un homme a commis l’irréparable : un oubli de carte de fidélité dans un autre pantalon !! Ni une ni deux, le vigile est sur place pour interpeler le malfrat…

Ce dernier, auteur de bande dessinée et prénommé Fabrice de surcroît, se sent acculé. Perdant la raison, il saisit un poireau pour se défendre. Jamais il n’avait commis un tel méfait. Puis, cédant à la panique, il fuit le lieu de son délit.

C’est le début d’une longue cavale.

Zaï zaï zaï zaï – Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2015
Zaï zaï zaï zaï – Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2015

« Zaï Zaï Zaï Zaï – Un road movie de Fabcaro« … le titre est prometteur ! D’autant plus quand on connait un peu le terrain de jeu de l’auteur. J’ai encore en tête le plaisir que j’avais eu à lire « Carnet du Pérou« … le plaisir que j’avais eu à me faire berner en tout cas.

Dans ce nouvel album, Fabcaro se met de nouveau en scène et se lance dans une folle cavale. Critique acerbe (mais amusée) du système capitaliste, Fabcaro illustre les travers de nos sociétés. En tournant à la dérision des habitudes [de consommations] anodines, il invente une chasse à l’homme d’un nouveau genre. Il n’hésite pas à sortir l’artillerie lourde pour un délit absurde (un oubli de carte de fidélité). Immédiatement, journalistes et forces de l’ordre sont sur ses talons.

L’humour potache ne quitte pas l’album d’une semelle bien que le regard que porte l’auteur sur les travers de la société de consommation fait mouche. Fabcaro construit une histoire extravagante qui accumule des petits riens quotidiens, des phrases & réflexions jetées en l’air comme celles entendues à la terrasse d’un café ou dans les transports en commun. Il n’hésite pas à prendre le contre-pied de tout ce qui est du bon sens et surprend le lecteur à chaque page.

Zaï zaï zaï zaï – Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2015
Zaï zaï zaï zaï – Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2015

Son scénario se construit grâce à une myriade de personnages. Pour la plupart, ils ne feront qu’une brève apparition. D’autres, plus chanceux (quoi que) auront l’opportunité d’intervenir plusieurs fois dans ce tohu-bohu de personnages secondaires. L’ambiance graphique est en apparence sobre et « sage » ; en effet, la majeure partie des planches se structure autour d’une grille découpée en trois bandes (de deux cases chacune). On pourrait penser que l’ensemble manque de rythme pourtant, chaque planche se consacre à un point de vue / un personnage. Ainsi, à chaque page, nous découvrons un nouveau protagoniste qui est ou non en lien direct avec l’intrigue principale. De fait, nous disposons d’un large panel d’opinion sur le fait divers qui nous intéresse, de la ménagère de moins de cinquante ans au voisin direct du délinquant, de l’homme politique qui fait ses choux gras de l’affaire au flic qui saisit la première occasion pour refiler la patate chaude à un collègue d’un autre département…

PictoOKJe ne vous en dis pas plus sur cet album déjanté mais ô combien engagé. Dans ce récit choral, l’auteur réalise une énorme partie de paintball où il tire à boulets rouges sur tout ce qui bouge (système judiciaire, système politique, médiatique, capitaliste, consumériste…). On rit, on s’ébahit de voir que la boutade ou le pied-de-nez (au choix) est bien trouvée, à la fois fine et brute de décoffrage… et tout ça sur environ 70 pages de bonheur.

A lire de toute urgence.

La chronique de PaKa, Bedepolar et Pierre Darracq.

La BD de la semaine, c’est chez Stephie !

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Zaï Zaï Zaï Zaï

One shot

Editeur : 6 Pieds sous terre

Collection : Monotrème

Dessinateur / Scénariste : FABCARO

Dépôt légal : avril 2015

ISBN : 978-2-35212-116-9

Bulles bulles bulles…

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Zaï zaï zaï zaï – Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2015

Comme un lundi (James)

James © 6 Pieds sous terre – 2009
James © 6 Pieds sous terre – 2009

« Comme un lundi » est un petit recueil au format symétrique (16×16 cm). Cet album muet contient des strips humoristiques abordant pêle-mêle des questions de drague, de maladresse, de rapports humains, de dépression, de vie en couple…

Contributeur actif de la Revue Jade, découvert dans « … à la folie » puis plus récemment dans les numéros de « La Revue dessinée », James est un auteur qui développe essentiellement des univers anthropomorphes où la cruauté et le cynisme du monde dans lequel on vit est masquée par les airs attendrissants de ses personnages.

Le trait dépouillé de l’artiste épargne pourtant peu nos vices. Dans cet album, on réfléchira aux impacts d’une exhibition racoleuse du corps des femmes lors des campagnes publicitaires racoleuses, on s’amusera de voir des hommes flatter leur égo dans la plus stricte intimité en faisant une sorte de danse virile face à leur miroir et dont la chorégraphie consiste à gonfler les pectoraux en faisant un regard de tueur.

Comme l’explique l’éditeur, dans cet album « tout concoure, dans d’implacables chutes burlesques, à évoquer au lecteur le sentiment de la perte de l’innocence. Si c’est bien l’humour qui est ici maître des lieux, il reste clair qu’il habille avant tout les petites cruautés que la vie nous réserve, quand le hasard nous donne l’impression de nous donner bien involontairement le premier rôle d’une comédie bien trop humaine ».

PictoOKLéger, enjoué, drôle, « Comme un lundi » aborde finalement avec tendresse et un brin d’ironie des sujets du quotidien. Au rythme d’une illustration par page, le lecteur a tout loisir de moduler le rythme de sa lecture à sa convenance. A lire d’une traite et à consommer sans modération.

One shot

Editeur : 6 Pieds sous terre

Collection : Arthropode

Dessinateur / Scénariste : JAMES

Dépôt légal : décembre 2009

ISBN : 978-2-35212-052-0

Bulles bulles bulles…

Comme un lundi – James © 6 Pieds sous terre – 2009
Comme un lundi – James © 6 Pieds sous terre – 2009
Comme un lundi – James © 6 Pieds sous terre – 2009
Comme un lundi – James © 6 Pieds sous terre – 2009

Comme un lundi – James © 6 Pieds sous terre – 2009

Femmes de réconfort (Jung)

Jung © 6 Pieds sous terre & Le Diable Vauvert – 2007
Jung © 6 Pieds sous terre & Le Diable Vauvert – 2007

Les agissements visant à intimider l’ennemi sont nombreux. Bombardements, génocide, attaques chimiques… les attaquants ont toujours su faire preuve d’ingéniosité malsaine à cet égard. Il en va également ainsi pour la guerre de colonisation qui opposa le Japon et la Corée du Sud. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, le Japon a enrôlé de force plusieurs centaines de femmes et les a mises à disposition de ses soldats. Appelées « femmes de réconfort », ces victimes étaient parfois arrachées à leur famille dès l’âge de 10 ans. Déportées loin de chez elles, arrachées à leurs racines, elles étaient victimes de viols répétés.

« Les soldats japonais ont aligné toutes les femmes vierges du camp. Ils en ont choisi après les avoir examinées comme de la viande chez le boucher ».

Aujourd’hui encore, le Gouvernement japonais peine à reconnaître son délit. Profondément blessées, traumatisées, ces femmes – les Halmuny – ont pendant longtemps vécu telles des ombres, cachant leurs visages afin de dissimuler le sentiment de honte qui les ronge. Cependant, depuis 1992, elles ont décidé de se montrer au grand jour et de crier leur souffrance en manifestant chaque mercredi devant l’Ambassade du Japon à Séoul.

La démarche de Kyung-a Jung, auteure de ce manhwa, est de témoigner pour que ce fait historique ne tombe pas dans l’oubli. Mais l’auteure souhaite aussi de s’interroger « sur les circonstances qui ont abouti à cela, sur leur sens et leur impact dans la société coréenne ». En quête de compréhension, elle cherche donc à expliquer pourquoi – par exemple – « les Japonais qui rendent visite aux Halmuny retournent dans leur pays les bras chargés de documents alors que les jeunes Coréens ne prennent pas la peine de se documenter et se contentent d’exprimer tristesse et colère. Les Coréens semblent considérer cette affaire de manière encore superficielle et unilatérale ».

Mais la chape de silence se lève peu à peu. Les Halmuny n’hésitent plus à témoigner et les médias se saisissent de la question. Un sujet de société douloureux et épineux auquel le Festival International de la bande dessinée d’Angoulême avait notamment consacré une exposition en 2014.

La simplicité du dessin porte un propos cru dans lequel la honte et la souffrance sont des sentiments omniprésents. Des femmes qui, plus de cinquante ans après les faits, subissent encore le traumatisme de cette expérience humiliante. Pendant près de huit ans, elles ont été séquestrées dans des maisons closes.

Pour eux, nous n’étions pas des êtres humains. Nous étions des proies, de la nourriture qu’on mâche, qu’on avale et qu’on recrache.

14 août 1991. Le premier témoignage d’une femme coréenne est rendu public. Cet acte de courage s’est répandu comme une trainée de poudre auprès des autres victimes. Peu à peu, leurs voix se sont élevées pour dénoncer le fait qu’elles ont été les esclaves sexuelles des soldats japonais.

Javanaises, Chinoises, Européennes, sans distinction de race ni de nationalité, toutes celles qui attirent le regard… La chasse était ouverte !

Au moment de leur libération, les soldats japonais les ont contraintes à s’enfermer dans le mutisme. Si l’une d’entre elles osait témoigner, elle serait exécutée ainsi que sa famille.

Outre les témoignages de victime, le scénario donne également la parole à des acteurs militant pour la cause de ces femmes qui ont été contraintes à la prostitution. Ainsi, Kyung-a Jung a rencontré Yun Mi-Hyang (à l’époque où elle était encore secrétaire générale du Conseil coréen pour les femmes enrôlées de force comme esclaves sexuelles au service de l’armée japonaise) ou encore le compte-rendu d’une interview menée par un journaliste auprès d’un gynécologue qui avait été affecté à une base de l’armée de terre japonaise et, à ce titre, amené à examiner les femmes enrôlées pour « travailler » dans les maisons closes. Le propos est certes didactique, mais l’humanité qui ressort de cet album est réelle. Kyung-a Jung met en exergue le fait que l’Etat coréen a activement collaboré et fourni des femmes à l’armée japonaise. L’auteure ne se permet aucun détour pour traiter son sujet mais ose l’emploi de l’ironie pour rendre son propos plus incisif. Pourtant, la narration m’a semblé manquer de structuration et fourmiller de détails inutiles (ce constat est d’autant plus fort dans la dernière partie de l’ouvrage). Il en résulte une légère difficulté à se concentrer durant la lecture et ce malgré la gravité du thème abordé.

PictoOKLe viol comme arme de guerre. Une abomination de plus dans le règne de l’espèce humaine. Un ouvrage instructif autant que réflexif.

L’avis de Mango et la chronique de David.

LABEL Lecture AccompagnéeUne lecture que je partage avec Marilyne à l’occasion de la Journée internationale de la femme. Ma complice de lecture présente quant à elle « Le choix », un album de Désirée Frappier (scénario) et Alain Frappier (dessin) sur le droit à l’avortement.

Du côté des challenges :

Le tour du monde en 8 ans : Corée du Sud

Extraits :

« Lors de la dernière occupation de la Mandchourie par l’armée japonaise, le coréen Luju installé là-bas parvient à ouvrir une maison de ce type mais, faute d’emplacement à louer, il improvisa des espaces avec des tentes plantées à même le sol. Dans ces « maisons culinaires » ainsi dressées à la hâte, même une centaine de « femmes militaires » ne suffisait pas et il arrivait fréquemment qu’une seule femme reçoive en moyenne 30 à 40 soldats japonais par jour » (Femmes de réconfort – Esclaves sexuelles de l’armée japonaise).

« Après le premier viol, elles apprirent enfin le mot « maison de réconfort ». Subir le viol répétitif par 10 à 20 soldats par jour était le « travail » qu’on leur avait infligé » (Femmes de réconfort – Esclaves sexuelles de l’armée japonaise).

Femmes de réconfort

– Esclaves sexuelles de l’armée japonaise –

One shot

Editeurs : 6 Pieds sous terre & Le Diable Vauvert

Dessinateur / Scénariste : Kyung-a JUNG

Dépôt légal : octobre 2007

ISBN : 978-2-35212-029-2

Bulles bulles bulles…

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Femmes de réconfort – Jung © 6 Pieds sous terre & Le Diable Vauvert – 2007