Chroniks Expresss #26

Sélection de lectures estivales…

Romans : Juste avant le bonheur (A. Ledig ; Ed. Pocket, 2014), Le vieux qui lisait des romans d’amour (L. Sepulveda ; Ed. Points, 1995), Les Yeux jaunes des crocodiles (K. Pancol ; Ed. Le Livre de Poche, 2008), La Valse lente des tortues (K. Pancol ; Ed. Le Livre de Poche, 2009), Combien de fois je t’aime (S. Joncour ; Ed. J’ai Lu, 2015à

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Juste avant le bonheur – Ledig © Editions Pocket – 2014
Juste avant le bonheur – Ledig © Editions Pocket – 2014

Julie a vingt ans. Mère célibataire, caissière, locataire d’un petit studio HLM pour lequel elle parvient difficilement à payer le loyer. Pourtant, sa vie avait bien commencé. La mention en poche pour un bac scientifique, elle rêvait de faire des études supérieures et devenir ingénieur en biologie moléculaire. Mais une soirée d’anniversaire trop arrosée, ce rapport non protégé… cette grossesse qui a conduit son père à la mettre à la porte et ne lui laissant aucune possibilité de revenir l’a amputé de la possibilité de pouvoir faire ses études supérieures. Ce qui l’aide à tenir, c’est Lulu, son petit garçon de trois ans.

Un jour pourtant, elle fait la connaissance de Paul, un ingénieur à quelques années de la retraite. Sa femme vient de le quitter. Peu habitué à s’occuper de la maison, le frigo vide lui signale tout de même qu’il doit se décider à faire les courses. Celles-ci échouent sur le tapis roulant de la caisse de Julie. Touché par cette jeune caissière qui semble profondément triste, il engage la conversation.

Deux semaines plus tard, et sans aucune arrière-pensée, il lui propose de venir passer ses vacances dans sa maison de Bretagne. Jérôme, le fils de Paul, est du voyage. Après quelques hésitations, Julie accepte. Les quelques jours qu’ils vont passer ensemble vont les changer à tout jamais.

J’ai hésité à lire cet ouvrage qu’une collègue bien intentionnée m’avait prêté. Beaucoup de simplicité dans la manière dont les choses sont posées. Peut-être un peu trop, ce qui m’a étonnée. Un échange courtois au moment de passer quelques articles en caisse, une invitation au restaurant que la jeune femme accepte, un séjour en vacances avec deux inconnus… Connaissant ma collègue, autant de légèreté dans une lecture était surprenante. J’ai pourtant hésité à poursuivre, trouvant tout cela inconsistant et peu crédible.

Pourtant, la plus d’Agnès Ledig est fluide. On la suit sans difficulté. On ne bute sur aucun mot. Pire, on s’émerveille face à cette rencontre qui nous est racontée. Tout est simple, naturel. Jamais un mot plus haut que l’autre. Absolument rien de malsain. On est face à des personnages qui se dévoilent progressivement à nous, qui apprennent à se connaître. Tous ont cette fragilité en eux qui risque de les faire chanceler mais le scénario nous montre comment, au contact les uns des autres, ils vont dépasser leurs difficultés et chasser leurs vieux démons. Julie la fille-mère, Paul qui apprend la vie de célibataire, Jérôme qui noie dans l’alcool la tristesse provoquée par son récent veuvage.

PictoOK« Juste avant le bonheur » est un roman surprenant. Surprenant car on se surprend, contre toute attente, à le quitter à regret. On s’est lové là dans le quotidien de ces trois individus appartenant à des générations différentes que la joie et la naïveté d’un petit garçon de trois ans vient réchauffer.

Une lecture-détente qui nous laisse penser que la vie n’est finalement pas si compliquée qu’elle en a l’air et ça n’est pas désagréable. Un livre qui fait du bien… un peu comme cette chanson que l’on y croise régulièrement et qui dit qu’Il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux, il faut se satisfaire du nécessaire

Le site d’Agnès Ledig.

Extraits :

« Parfois, dans la vie, on a le sentiment de croiser des gens du même univers que nous… Des extra-humains, différents des autres, qui vivent sur la même longueur d’onde, ou dans la même illusion » (Juste avant le bonheur)

« – Je n’ai guéri personne.
– Non, mais tu as mis du baume sur notre vie, comme on en met sur la peau pour l’aider à cicatriser.
– Et vous en voudrez encore, du baume, une fois que ce sera guéri, pour Jérôme et toi ?
– Ça ne guérit jamais vraiment. Et quand c’est guéri, il y a d’autres plaies à soigner. C’est ça, la vie. Des coupures, des écorchures, des entorses, et des baumes. » (Juste avant le bonheur)

 

Le vieux qui lisait des romans d’amour – Sepulveda © Points – 1995
Le vieux qui lisait des romans d’amour – Sepulveda © Points – 1995

« Antonio José Bolivar connaît les profondeurs de la forêt amazonienne et ses habitants, le noble peuple des Shuars. Lorsque les villageois d’El Idilio les accusent à tort du meurtre d’un chasseur blanc, le vieil homme se révolte. Obligé de quitter ses romans d’amour ? seule échappatoire à la barbarie des hommes ? pour chasser le vrai coupable, une panthère majestueuse, il replonge dans le charme hypnotique de la forêt. » (synopsis éditeur)

« Le vieux qui lisait des romans d’amour » est le premier roman de Luis Sepulveda. Ecrit en 1992, il raconte l’histoire d’un homme – Antonio José Bolivar Proaño – qui a quitté la montagne pour s’installer en pleine forêt amazonienne avec sa femme. Celle-ci est décédée de la malaria deux ans après leur arrivée dans cette nouvelle contrée dont ils ne connaissaient pas. Les Shuars, voyant la détresse de cet homme, l’initie à la chasse et à la pêche, lui apprenne à reconnaître les fruits comestibles et à utiliser les ressources naturelles qui l’aideront notamment à construire sa maison. En quelques années à peine, Antonio José Bolivar Proaño – alias « le vieux qui lisait des romans d’amour » – apprend à vivre dans son nouvel environnement et à le respecter. Une ode à la nature.

Il était condamné à rester, avec ses souvenirs pour seule compagnie. Il voulait se venger de cette région maudite, de cet enfer vert qui lui avait pris son amour et ses rêves. Il rêvait d’un grand feu qui transformerait l’Amazonie entière en brasier. Et dans son impuissance, il découvrit qu’il ne connaissait pas assez la forêt pour pouvoir vraiment la haïr.

L’auteur nous permet de faire la connaissance du personnage principal en douceur. Dans un premier temps, il l’installe en tant que personnage secondaire puis, une fois le premier contact réalisé, nous apprend que le péché mignon du vieil homme est la lecture de romans d’amour.

« – Ecoute, j’avais complètement oublié, avec cette saloperie de mort : je t’ai apporté deux livres.
Les yeux du vieux s’allumèrent.
– D’amour ?
Le dentiste fit signe que oui.
Antonio José Bolivar Proaño lisait des romans d’amour et le dentiste le ravitaillait en livres à chacun de ses passages.
– Ils sont tristes ? demandait le vieux.
– A pleurer.
– Avec des gens qui s’aiment pour de bon ?
– Comme personne ne s’est jamais aimé.
– Et qui souffrent beaucoup ?
– J’ai bien cru que je ne pourrais pas le supporter. »

PictoOKUn roman qui nous emmène là où on ne l’attendant pas. Superbe.

Extrait :

« Il lisait lentement en épelant les syllabes, les murmurant à mi-voix comme s’il les dégustait et, quand il avait maîtrisé le mot entier, il le répétait d’un trait. Puis il faisait la même chose avec la phase complète, et c’est ainsi qu’il s’appropriait les sentiments et les idées que contenaient les pages.
Quand un passage lui plaisait particulièrement, il le répétait autant de fois qu’il l’estimait nécessaire pour découvrir combien le langage humain pouvait aussi être beau. » (Le Vieux qui lisait des romans d’amour)

 

Les Yeux jaunes des crocodiles – Pancol © Le Livre de Poche – 2008
Les Yeux jaunes des crocodiles – Pancol © Le Livre de Poche – 2008

D’un côté, il y a Joséphine Cortès. Jeune quadra, chercheuse au CNRS et spécialisée dans l’histoire du XIIème siècle, Joséphine est le portrait craché de la gentille fille, un peu gourde, toujours prête à se saigner aux quatre veines pour venir en aide à celui qui le lui demande. Elle est mariée à Antoine et mère de deux filles, Hortense et Zoé. Ils vivent dans une ambiance doucereuse, mais la routine… la routine. Rien ne vient noircir leur quotidien si ce n’est le chômage d’Antoine. Sous nos yeux médusés, leur couple vole en éclats. Seule, Joséphine doit réapprendre à vivre et faire face à l’éducation de ses deux filles. Elle angoisse, notamment parce que son petit salaire ne lui permet pas de faire face aux charges. Elle culpabilise d’avoir laissé partir son homme. Elle s’en veut de n’avoir pas vu qu’il avait une relation avec Mylène, l’esthéticienne du quartier. Antoine part refaire sa vie en Afrique… avec Mylène.

Il y a aussi Iris, la sœur de Joséphine. Mère au foyer, elle est mariée à Philippe, un richissime avocat de la place parisienne. Iris est oisive et se roule dans l’oisiveté. Faire le shopping, se tenir informée des ragots qui circulent, s’occuper d’elle encore et encore, voilà ses passe-temps favoris. Elle élève vaguement Alexandre, leur fils unique, le complice de toujours de Zoé.

Il y a encore Henriette, la mère de Joséphine et d’Iris. Henriette est une carne. Après la mort de son premier époux alors que Joséphine n’avait que 10 ans, elle se remarie avec Marcel, un riche industriel. Henriette est une femme austère, méchante, vile, matérielle. Rien ne lui plait plus que de mener son monde à la baguette. Marcel avait espéré un temps qu’elle accepterait de lui faire un enfant mais la seule chose qui a toujours intéressé Henriette, c’est qu’il la mette à l’abri du besoin. Résigné, Marcel a fini par accepter la réalité. Il accepte même les brimades, les humiliations. Avec Henriette, il se vit comme un moins que rien. Heureusement pour lui que la petite entreprise qu’il a montée il y a quarante ans lui rapporte. Il a les moyens Marcel… il a les moyens de payer les moindres caprices de sa femme. Et Heureusement qu’il a Josiane, sa secrétaire, sa Choupette, son amante. Les parties de jambes en l’air qu’ils s’octroient lui offrent une seconde jeunesse.

Il y a enfin Shirley, la voisine de palier de Joséphine qui s’avère être un important soutient pour notre héroïne. Mystérieuse Shirley qui élève seule Gary, son fils unique, et vivote en tentant de faire prospérer son petit commerce de gâteaux. Avec le temps, Shirley devient la meilleure amie de Joséphine, celle à qui Joséphine se confie, celle qui prête son épaule rassurante pour que Joséphine puisse pleurer, celle qui fait preuve d’une écoute bienveillante et toujours de bons conseils.

Et puis il y a les autres…

« Les Yeux jaunes des crocodiles » ouvre avec brio le triptyque « Joséphine Cortès » qui se poursuit avec « La Valse lente des tortues » et « Les Écureuils de Central Park sont tristes le lundi ». Un récit choral où chaque personnage de cette saga familial prend la parole et devient le narrateur, le temps de quelques pages. Bien sûr, Joséphine reste le noyau central de l’histoire mais la plume de Katherine Pancol et l’aisance de l’auteure à déplier son scénario permettent au lecteur de s’attacher à tous les protagonistes. Certains tarderont à se dévoiler, comme Philippe qui semble tout d’abord accessoire au récit principal et qui prend peu à peu de la consistance et parviendra même à provoquer un revirement radical dans le train-train de cette famille atypique, où l’argent coule souvent à flots.

Le lecteur ne se prend jamais les pieds dans les fils narratifs et voit son intérêt pour le récit croître à mesure qu’il tourne les pages. On se déplace facilement d’une maison à l’autre, d’un personnage à l’autre. On ajuste en permanence notre regard sur les faits. On se place tantôt sur l’épaule de Joséphine, tantôt sur celle d’Iris, de Shirley, d’Antoine, de Marcel… sans devenir girouette.

Le récit est prenant et l’on prend plaisir à s’enfoncer dans cet univers riche en rebondissements. On s’attendrit au contact de nombreux personnages, on espère que certains casseront rapidement leur pipe, comme Henriette à qui l’on souhaite les pires tourments. Une vieille peste aigrie que cette Henriette. Le premier tome du triptyque se finit en apothéose. Certes, il aurait pu se suffire à lui-même. Certes, si je n’avais pas eu l’information qu’une suite existait, je m’en serais contentée. Mais la suite est là… « La Valse lente des tortues », et je m’y suis engouffrée sitôt « Les Yeux jaunes des crocodiles » dévoré. De l’humour, quelques jeux de mots mais surtout, une écriture fluide qui permet un réel moment de détente. A chaque fois que je reprenais ma lecture, je faisais abstraction du reste.

PictoOKPictoOKDe l’humour, de la cruauté, de la cupidité, de la modestie, du suspens, des revirements de situations, des émotions, des sentiments, des métaphores, quelques réflexions à prendre sur le sens de la vie, aucune leçon de morale… Un divertissement que j’ai réellement apprécié en cette période estivale.

La Valse lente des tortues – Pancol © Le Livre de Poche – 2009
La Valse lente des tortues – Pancol © Le Livre de Poche – 2009

« La Valse lente des tortues » est une suite haletante de ce premier tome. Katherine Pancol n’hésite pas à malmener les personnages et les embarque dans un tourbillon. Joséphine – l’héroïne principale – doit une nouvelle fois trouver son équilibre mais c’est sans compter les meurtres perpétrés dans son quartier par un tueur en série, le fait qu’elle est tiraillée entre l’amour et la raison, qu’elle cherche à se réconcilier avec sa sœur, son obstination à éloigner sa propre mère et sa détermination à protéger ses filles.

Le troisième et dernier tome de la trilogie, intitulé « Les Ecureuils de Central Park sont tristes le lundi » est d’ores et déjà sur ma PAL.

PictoOKLecture détente d’été que je vous recommande chaudement.

 

Combien de fois je t’aime – Joncour © J’ai Lu – 2015
Combien de fois je t’aime – Joncour © J’ai Lu – 2015

Ce recueil de nouvelles décline les différentes variantes de l’amour. De l’amour maternel à celui de l’amant, du quotidien écrasant de routine à la relation virtuelle fantasmée, différents narrateurs prennent la parole à tour de rôle et se confient. Qu’ils dessinent les contours d’une relation naissante ou décrivent les aspérités d’une union qui s’essouffle, il s’agit toujours pour eux de trouver leur place dans ce nouvel environnement qui se profile en tentant de comprendre l’autre, de relativiser pour ne pas s’emporter ou se laisser abattre.

pictobofUn livre prometteur pourtant, je suis restée de marbre face à ces personnages de papier. Les sentiments qu’ils expriment sont pourtant touchants, les situations qu’ils rencontrent sont pourtant crédibles… mais leurs récits m’ont paru si insipides que j’ai refermé définitivement ce livre avant d’atteindre le point final.

Chroniks Expresss #15

Solde des lectures de novembre :

BD :

Aâma #4 (F. Peeters ; Gallimard, 2014), Katharine Cornwell (M. Malès ; Les Humanoïdes Associés, 2007), Mauvais garçons – diptyque (C. Dabitch & B. Flao ; Ed. Futuropolis, 2009)

Romans :

Oscar et la dame rose (E-E Schmitt ; Ed. Albin Michel, 2002), Mon dernier cheveu noir [suivi de] Histoires pour distraire ma psy (J-L Fournier ; Ed. Anne Carrière, 2009), Sous les vents de Neptune (F. Vargas ; ED. J’ai Lu, 2008), Zouck (P. Bottero ; Ed. Flammarion, 2004)

 

Bandes dessinées

 

Aâma #4

Peeters © Gallimard – 2014
Peeters © Gallimard – 2014

La fuite sans fin de Verloc se poursuit. Le groupe auquel il appartenait s’est disloqué, certains sont morts, d’autres ont pris un autre chemin. Sur cette dernière ligne droite à Ona(ji), il se retrouve seul avec sa « fille » pour la confrontation ultime avec l’entité Aâma. Lorsque la rencontre a lieu, Verloc perd rapidement conscience des événements. Il reprendra connaissance dans une réalité parallèle…

« Je sens demain en moi. Une part de moi est l’avenir. Une part est le passé. Mon regard est libre. Je ne suis plus centré sur moi-même ».

Que s’est-il passé ? Dans quelle mesure Verloc a-t-il prise sur les événements à venir. Ce quatrième opus vient conclure cette série. Au rythme d’un album par an depuis 2011, Frederik Peeters nous a permis de voyager dans une étrange dimension. A mesure que le lecteur avance dans la série, il perd progressivement toutes ses certitudes et les événements qui ont lieu le forcent à lâcher prise à mesure qu’il s’enfonce dans la découverte des personnages et de l’entité Aâma. Beaucoup de digressions, de passages muets, de suggestions… Un voyage déroutant. A lire à tête reposée.

PictomouiJ’ai suivi le projet Aâma de bout en bout, à commencer par le blog que l’auteur a ouvert avant la sortie du premier tome de la série. J’avoue que certains éléments de l’intrigue échappent complètement à ma compréhension. A relire certainement mais loin du plaisir que j’avais eu en lisant Lupus par exemple.

 

 

Katharine Cornwell

Malès © Les Humanoïdes Associés – 2007
Malès © Les Humanoïdes Associés – 2007

Katharine est comédienne. Elle joue actuellement sur scène une pièce qui lui tient à cœur mais les raisons sont obscures. Katharine est secrète ; la vie semble glisser sur elle malgré la fierté qu’elle tire d’avoir décroché le rôle, malgré une relation amoureuse qui semble la combler, malgré la présence de son frère dont elle semble si proche… elle semble écrasée par le poids d’une culpabilité. Le personnage qu’elle joue à la scène lui permettrait-il d’expier une faute ?

Marc Malès a réalisé cet album trois ans après L’Autre laideur, L’Autre Folie. Nous retrouvons de nouveau un personnage féminin en proie au tourment et désireuse de lever enfin le voile sur ce secret qui semble la ronger de l’intérieur. Mais elle lutte et ne parvient pas à sortir de son indécision. De fait, elle garde en permanence une certaine distance avec les gens qui sont amenés à la côtoyer. Marc Malès parvient tout à fait à retranscrire cette ambivalence et la retenue que le personnage veille à avoir.

On tâtonne dans la lecture, avançant d’une scène à l’autre sans qu’il n’y ait aucune transition entre les passages qui se succèdent sans qu’on ne parvienne à faire le lien entre eux. Bien sûr, ce sentiment est temporaire mais c’est assez désagréable. Il est difficile de cerner cette femme et l’auteur ménage tant et tant son intrigue que le lecteur devra patienter pour pouvoir appréhender exactement les tenants et les aboutissants de cette histoire.

pictobofDéception, l’album n’a pas la trempe de L’Autre laideur, L’Autre folie voire de Sous son regard. Je déconseillerais cet album si vous souhaitez découvrir le travail de Marc Malès.

 

Mauvais Garçons, diptyque de Christophe Dabitch et Benjamin Flao

tomes 1 et 2 – Dabitch – Flao © Futuropolis - 2009
tomes 1 et 2 – Dabitch – Flao © Futuropolis – 2009

« En Andalousie, de nos jours. Il se nomme Manuel, sa famille est originaire d’Andalousie, mais il a vécu en France jusqu’à ce qu’il décide de revenir s’y installer. Il a un ami gitan qui se nomme Benito, un chanteur hors norme. Manuel et Bénito sont inséparables. Car, ce qui lie avant tous les deux jeunes hommes, c’est l’amour du flamenco, le vrai, le pur, pas le flamenco rock comme peuvent le jouer certains frimeurs méprisables (mais qui, à contrario, gagnent très bien leur vie). Ces « mauvais garçons » vivent au jour le jour d’expédients. Seul leur amour des femmes leur fait tourner la tête. Mais quand Manuel tombe amoureux de la belle Katia, assistante sociale auprès de gitans, la rivalité s’installe… » (synopsis éditeur).

Les bonnes critiques ont été nombreuses à fleurir sur la toile. Servant ce récit, les lecteurs avaient généreusement partagé leurs avis afin de transmettre le goût et l’envie de découvrir ce diptyque. J’ai eu maintes occasions de me le procurer ; à l’achat, à l’emprunt, au prêt… sans chercher à en comprendre la raison, j’ai passé ces dernières années à esquiver ces opportunités, constatant à chaque fois que l’ambiance graphique ne m’interpellait pas outre mesure. Pourtant, la dernière fois que j’ai pu tenir en main le premier tome des Mauvais garçons, la perception que j’en ai eu était différente. C’est la raison pour laquelle je suis ressortie de la Médiathèque avec cette courte série dans mon sac.

Des tons sépias travaillés tantôt à l’aquarelle, tantôt au crayon gras, tantôt… une richesse de composition à laquelle je ne suis pas restée insensible. Sur ces planches, le fait que deux hommes évoluent, se heurtent et se réconcilient donne un côté très brutal à l’univers. Une amitié sauvage entre un français et un gitan que tout opposent si ce n’est leur passion pour la musique flamenco. Le flamenco est pour eu un art de vivre, une harmonie rare qu’ils parviennent à atteindre dans des moments privilégiés.

Mais en dehors de cet amour inconditionnel qu’ils vouent au flamenco, leur vie est en lambeaux. Une fuite en avant faite de mauvais choix, de sentiments mal exprimés, de déveine et d’alcool. Les moments de transe qu’ils vivent grâce au chant et à la danse pansent leurs plaies de manière éphémère.

pictobofContrairement à ces personnages fictifs, les vibrations du flamenco ne sont pas montées jusqu’à mes oreilles. Incapable de ressentir la moindre empathie, incapable de m’intéresser un tant soit peu au devenir de ces hommes… l’histoire de ce livre a glissé sur moi comme des gouttes d’eau sur une vitre.

 

Romans

Oscar et la dame rose

Schmitt © Albin Michel – 2002
Schmitt © Albin Michel – 2002

« Voici les lettres adressées à Dieu par un enfant de dix ans. Elles ont été retrouvées par Mamie Rose, la « dame rose » qui vient lui rendre visite à l’hôpital pour enfants. Elles décrivent douze jours de la vie d’Oscar, douze jours cocasses et poétiques, douze jours pleins de personnages drôles et émouvants. Ces douze jours seront peut-être les douze derniers. Mais, grâce à Mamie Rose qui noue avec Oscar un très fort lien d’amour, ces douze jours deviendront légende » (quatrième de couverture).

Des mots simples pour parler de la maladie. Sans pathos et avec un humour déroutant, l’auteur fait écrire à cet enfant des lettres magiques. Avec un soupçon d’imagination, l’enfant s’invente une vie finalement bien remplie. Les tracas de l’adolescence, les joies du bonheur conjugal, l’adultère, la foi… Finalement, ce petit roman de 100 pages nous emmène bien au-delà des quatre murs d’une chambre d’hôpital.

PictoOKUn roman tendre sur la maladie et la mort.

« J’ai le cœur gros, j’ai le cœur lourd, Oscar y habite et je ne peux pas le chasser » (Oscar et la dame rose).

 

Mon dernier cheveu noir [suivi de] Histoires pour distraire ma psy

Fournier © Anne Carrière - 2009
Fournier © Anne Carrière – 2009

Première partie : Mon dernier cheveu noir

« Sur votre nouvel agenda, n’écrivez plus les noms des amis de votre âge à l’encre mais au crayon »

Vieillir. Un processus inévitable. Le corps de l’homme est « biodégradable » comme le dit si bien Jean-Louis Fournier. Y faire face, l’accepter ou s’y résoudre. A-t-on vraiment le choix de toute façon ?

L’auteur a 60 ans lorsqu’il commence à écrire ce roman. A l’instar de ses autres ouvrages (Où on va papa ?, Veuf…), ce livre rassemble une multitude de pensées du jour, de réflexions à peine germées, de constats tout justes digérés. Tantôt amusé, tantôt sarcastique, Jean-Louis Fournier parle de la vieillesse, de ce regard sur soi-même qui se métamorphose et du regard des autres qui change.

« Je regarde une vieille photo. J’étais pas mal, avant. J’avais une tête de voleur de poules, avec plein de cheveux noirs. Un jour que je m’ennuyais, j’ai voulu les compter, mais il y en avait trop. Aujourd’hui, il n’en reste qu’un. Mon dernier cheveu noir ».

pictobofAgréable à lire mais un plaisir en demi-teinte ; je ne suis jamais réellement parvenue à m’intéresser au propos. Manque de rythme et d’entrain

La chronique de Kikine.

Deuxième partie : Histoires pour distraire ma psy

Février 1999, Jean-Louis Fournier engage une thérapie auprès d’un psychanalyste : « J’ai, comme beaucoup, quand il paraît trop difficile de vivre, fréquenté les psy. Je me souviens d’une psychanalyste somnolente, dont le cabinet était sombre, qui m’a soigné plusieurs années. Elle m’écoutait avec une expression tellement sinistre que j’ai longtemps cru que je l’ennuyais et qu’elle allait s’endormir. Comme je pensais avoir épuisé mes malheurs, j’ai décidé, pour la réveiller, de lui raconter tout ce qui me passait par la tête, des idées de scénarios, de livres, de films… J’ai cru voir son regard éteint se rallumer, je crois même, une fois, l’avoir vue sourire. La thérapie a continué, mieux. Dans mes histoires inventées, je laissais traîner, à mon insu, des choses importantes qui ont dû lui servir pour mieux me connaître. Pour vous, j’ai transcrit ces histoires. Installez-vous sur un divan pour les lire. Mon plus grand souhait est que vous ne vous endormiez pas » (propos de l’auteur sur le site des Editions Anne Carrière).

pictobofpictobofDifficile pour moi d’entrer dans ce petit recueil. Des histoires sans queue ni tête avec quelques soupçons de vérité (éléments personnels) mais je ne vois pas l’intérêt de ces « témoignages ». d’une part, cela me questionne qu’un individu prenne l’habitude de se rendre à une consultation psy toute les semaines pour y raconter des histoires totalement saugrenues ; perte de temps pour le patient comme pour le thérapeute. D’autre part… que peut bien retenir le lecteur de ces inventions imaginaires. A survoler sans modération.

Sous les vents de Neptune

Vargas © J’ai Lu - 2008
Vargas © J’ai Lu – 2008

La vie suit son cours à la Brigade criminelle qu’Adamsberg continue à diriger avec sa nonchalance habituelle. Les enquêtes se bouclent ou piétinent, mais aucune ne nécessite la mobilisation de l’équipe au complète. Ce qui tombe relativement bien puisqu’une bonne partie des hommes du commissaire doit entreprendre un voyage au Québec en vue de suivre une formation ADN. Jusqu’au moment où une vieille affaire resurgit brutalement. Elle avait déjà mobilisé Adamsberg pendant quatorze ans mais, pour une raison évidente, il l’avait archivée depuis quatorze ans. Pourtant, il lui tenait à cœur de la résoudre pour des motifs personnels… le moment serait-il enfin venu de lever le mystère qui l’entoure ?

Sous les vents de Neptune. Sixième enquête de la série polar mettant en scène le commissaire Adamsberg ; sixième enquête si l’on compte Les Quatre Fleuves (bande dessinée) et le recueil de nouvelles intitulé Coule la Seine. Un ouvrage qu’il me tardait de découvrir enfin tant les derniers romans que Vargas a écrits dans cet univers (Dans les bois éternels publié en 2009 et L’Armée furieuse publié en 2011) y font référence à plusieurs reprises. Ce voyage au Québec en compagnie d’Adamsberg m’intéressait donc au plus haut point et découvrir ce roman a été à la hauteur de mes attentes. Une intrigue finement menée, des chemins de traverse inattendus nous prennent au dépourvu et mettent à mal le personnage principal ; l’occasion de découvrir cet homme sous un nouvel angle.

Fred Vargas réutilise pour l’occasion la vieille Clémentine que nous avions découverte dans Pars vite et reviens tard, une personnalité haute en couleurs qui s’avère être une précieuse alliée pour un Jean-Baptiste Adamsberg en déroute.

PictoOKEncore une fois, Fred Vargas nous enchante. Une lecture très prenante mais un petit bémol sur les dernières pages qui contiennent, à mon goût, un excès de bons sentiments.

Zouck

Bottero © Flammarion - 2004
Bottero © Flammarion – 2004

Anouck, que ses amis surnomment Zouck, est une lycéenne brillante. Scolarisée en Terminale, elle fait partie des meilleurs élèves de son établissement. Elle veille à obtenir de bons résultats, ils lui offrent une relative liberté à l’égard de ses parents. Cette liberté, elle l’utilise pour pouvoir se consacrer entièrement aux cours de danse de Bérénice. Sur le parquet de l’école de danse, Zouck vole, s’envole, s’oublie. Jusqu’au jour où un danseur renommé vient seconder sa prof de danse, le temps d’un cours. C’est tout à fait par hasard que Zouck surprend leur conversation. Les mots échangés à son propos font l’effet d’une décharge. Trop grosse ! Commence alors pour Zouck une période de tourments. Elle est obnubilée par l’idée de perdre du poids. Un mal que l’on nomme anorexie.

Une découverte que je dois encore à une amie qui me fait m’aventurer sur des expériences littéraires encore inexplorées. E-M Schmitt, J-L Fournier, Pierre Bottero… j’en passe et des meilleurs.

Me voici donc partie à la découverte des univers de Pierre Bottero, explorant en parallèle des œuvres fictivo-réalistes (comme Zouck) et La Quête d’Ewilan (et d’autres pistes que j’arpenterais le mois prochain).

Zouck, où les préoccupations d’une adolescente de 18 ans. A mille lieues de mes centres d’intérêt, d’autant plus que ce personnage se passionne pour la danse et que je n’ai jamais été attirée par ce genre de sensations corporelles. Pourtant, l’entrée dans ce roman se fait facilement. La jeune fille se présente sans trop de retenue à son lecteur. On parvient à se la représenter, on comprend ses motivations, elle ne s’attarde pas sur des détails futiles. La lecture est fluide. Suffisamment agréable pour avoir envie de tourner la page. On n’est pas pris dans les mailles du filet en revanche, mais l’idée d’abandonner la lecture ne m’a pas effleurée un instant.

Zouck brosse le portrait d’une jeune fille en apparence « équilibrée », investie dans sa scolarité, rencontrant quelques heurts avec ses parents mais rien qui ne soit dramatique, en conflit avec sa petite sœur mais là encore, rien de bien exceptionnel.

Pourtant, vers les deux-tiers du roman, le ton change. De légers grincements s’étaient fait sentir depuis quelques chapitres mais peu à peu, le scénario s’enfonce dans l’aliénation de son personnage. Peu à peu, on perçoit les ravages de l’anorexie, de ce rapport tronqué à la nourriture, de cette dictature du corps et de l’esprit qui embarque ses victimes dans des habitudes mortifères.

Le ton est juste sans glisser vers une quelconque forme de morale ou un quelconque discours didactique. Accentuant le fait que chaque situation est unique, que le « déclic » est toujours lié à l’intime, que l’on a tendance à banaliser les choses lorsque les premiers signes de la pathologie font leur apparition, qu’ensuite l’entourage proche est en émoi, paniqué face à cette perte de l’élan vital.

PictomouiUne lecture agréable qui pourrait être réflexive si j’étais parvenue à investir davantage le personnage. Un ouvrage à mettre dans les petites mains de ceux que l’on souhaite sensibiliser avec beaucoup de douceur à cette maladie. Pour le reste, le propos ne rentre pas suffisamment dans le cœur du sujet à mon goût.