Riad Sattouf : Les Cahiers d’Esther #5

Sattouf © Allary – 2020

Billet de Pierre (16 ans)

Les cahiers d’Esther, Histoire de mes 14 ans, est le cinquième opus de la saga des Cahiers d’Esther. Dans ce tome, Esther est en 4ème et nous raconte les nombreux évènements de son année scolaire comme les gilets jaunes ou la mort d’Aznavour mais aussi des évènements qui se sont déroulés dans un cercle plus privé notamment sa vie au collège ou en famille.

J’ai beaucoup aimé ce tome, en effet il ne donne pas l’impression d’être trop court ni trop long. On y retrouve de nouveaux personnages ce qui apporte un peu de fraîcheur ! Et je trouve ça incroyable de poursuivre les aventures de cette héroïne tout en essayant de ne pas s’écarter de la réalité. Cet équilibre est plutôt bien respecté ce qui fait que cette série de BD est peut-être la meilleure que j’ai jamais lu car elle est toujours intéressante à lire et drôle surtout ! Ce tome est aussi, pour moi le meilleur de la série ! La page 46 « Le délire » est ma préférée car je déteste les trottinettes !!! « Bref ceux qui font de la trottinette sur les trottoirs à fond : faites-vous écraser par un camion SVP ». J’ai beaucoup ri !

Avis de Victoria (12 ans)

J’ai beaucoup aimé retrouver Esther et ses histoires. Elle ressemble assez aux élèves de mon collège et elle me fait rire ! Et ça fait drôle que toute sa vie privée (oui je sais que c’est quand même un personnage de BD) soit exposée. Esther dit tout ce qu’elle pense et ça me plait ! Ma page préférée c’est « Pas de pitié », malgré les gros mots ! Je m’y suis trop reconnue avec mes amies ! « Alerte j’adore mes copines MDR »

Avis de la vieille mère

J’aime Riad et Esther. Ils sont très frais tous les deux, très forts également ! Le tome 5 des « Cahiers d’Esther » dépote toutafé. En effet Esther a grandi. Elle a maintenant 14 ans, elle a « décidé de lâcher prise et de confier son sort au destin » ! Esther a changé, elle s’intéresse un peu plus au monde, elle s’affirme, revendique (ahhhh la géniale scène du débat et de l’affrontement avec le père et le frère !) et en même temps elle « s’en bat trop trop les couilles de tout de ouf » ! Elle a du style et du caractère. Elle dit de façon très frontale et légère à la fois ce qu’elle pense et ce qu’elle vit. C’est sans doute le tome qui m’a fait le plus « goleri ». C’est peut-être une histoire de contexte mais c’est surtout parce que la vérité dite par la bouche d’Esther est absolument réjouissante. J’adore « trop mais trop » Esther ! Et puis le voyage en Espagne m’a comme qui dirait rappelé des souvenirs ! Franchement (« sur la vie de ma mère ») :Meilleur tome ! « C’est tout ce que je voulais dire » !

Extrait : Les manteaux

« C’est l’hiver, on se les gèle grave, et je suis sûre que vous vous êtes déjà demandé « Mais pourquoi donc est-ce que les jeunes mettent pas de manteau quand il fait froid ? Avouez ! Alors déjà, une chose : c’est pas tous les jeunes, juste certains. Et c’est pas parce que les manteaux sont sont lourds, gros, moches ou autre. Je suis pas spécialiste mais pour moi la réponse est juste simple et évidente, et on la comprend tout de suite en regardant l’image ci-dessous qui montre la cour de mon collège de gros bourgs… »

Les Cahiers d’Esther, tome 5 – Sattouf © Allary – 2020

Le billet des mioches est aussi à retrouver sur le site de France info « Les enfants des livres » (par ici : https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/les-enfants-des-livres/les-enfants-des-livres-hippocampus-la-nouvelle-serie-palpitante-de-bertrand-puard-et-le-chapitre-12_3989129.html)

Au rendez-vous de « La BD de la semaine » qui est posé chez Noukette.

L’Arabe du Futur 3 – Riad Sattouf

adf3-rvb-pour-web-tt-width-326-height-468-lazyload-0-crop-1-bgcolor-ffffffAmoureux de l’Arabe du Futur, précipitez-vous !

Steph  m’a invitée au bar à BD pour causer du tome 3! Elle m’a aveuglément fait confiance, je ne sais pas si c’est bien raisonnable, en tous cas merci à elle !!

Alors pour le petit résumé, Riad Sattouf,  auteur vénéré des mouettes  (oui, Riad est à nous ce que Conan le Barbare a été pour lui, c’est pour dire !), nous offre une autobiographie en 5 tomes qui relate son enfance et adolescence entre la Libye, la Bretagne et la Syrie.

Sa famille, décrite de ses yeux d’enfant :

Son  père, syrien, professeur à l’université, est un fervent adepte de panarabisme. Il se montre ici de plus en plus ambivalent, littéralement écartelé entre sa culture syrienne empreinte de religion et ses idées dites progressistes. On le voit peu à peu céder à la pression familiale et culturelle, se défendant toujours avec obstination de modernité. Quand vous le voyez passer son doigt sous le nez en reniflant, vous pouvez supposer un certain malaise Snffff

Sa mère est française. Elle était relativement effacée dans les deux 1ers tomes, générant chez moi un trouble quant à sa capacité à protéger ses enfants. Elle va enfin manifester des signes de ras-le-bol concernant leur vie au village. Elle rêve de vivre en ville et aspire à plus de confort pour éduquer ses enfants. Même une tante du village se demande pourquoi, en dépit des études et de ses diplômes, le père de famille revient « dans ce trou vivre au milieu des ignorants » (SSNNFFFF)…

Son petit frère Yahya, au vague air d’Astro le Petit Robot mais en beaucoup moins puissant, reste un personnage secondaire. « Très gentil et extrêmement mignon », il  va pourtant faire l’objet de défouloir pour notre tête blonde, mais bon, c’est le rôle d’un petit frère après tout, on ne va pas s’en offusquer…. Il y a bien d’autres occasions pour ça au fil des pages…

En 1985, notre héros au cheveu soyeux poursuit sa scolarité dans un système où la terreur règne : rapports entre les élèves, professeurs usant du bâton etc. et tout ceci sur fond d’ultra patriotisme.  Il a ainsi survécu à ses 1ères années de scolarité et atteint dans ce 3e tome l’âge de raison. Et en effet, se sont bien à des questions existentielles qu’il va se retrouver confronté… et nous, lecteur, on ne va pas y couper.

Son rapport au monde change. En qui croire quand on a 7 ans ? En Dieu qui tolère des injustices dont il est chaque jour témoin? En le Père-Noël qui oublie de distribuer des cadeaux à ses cousins ??  Oui, c’est le bazar là–dedans… d’autant qu’une partie de la famille pratique assidûment la religion et que l’autre se revendique anti-curé…

724620strip01648

Si comme moi vous êtes sensible aux questions de double culture, de transmission, des choix (ou non-choix) quant à la pratique de la religion, je n’ai qu’un mot à dire : foncez ! Tout y est traité avec finesse et intelligence. On s’étonne, on s’offusque, on rit, on se scandalise aussi… car la violence est partout, oui, partout.

 

Afin d’aller plus loin dans la réflexion et l’analyse, fait incroyable : Riad notre auteur bien-aimé a bien voulu nous accorder, à nous les mouettes, une interview privée ! Nous ne le remercierons jamais assez, merci ô Riad. Autant vous dire qu’interviewer  un auteur en pleine promo, ça nous a fait transpirer de la plume. Surtout qu’il nous a bien fait sentir qu’il comptait sur notre billet pour asseoir sa notoriété dans la blogosphère…. SNFFFFFFF…..

Notre invitation était lancée et acceptée, on ne pouvait plus reculer… munies  d’un dictaphone nous nous sommes lancées, telles des expertes du journalisme d’investigation, au plus près du terrain. Non, on n’a pas peur, nous les mouettes. En voici quelques extraits exclusifs et en avant-première dans le bar à BD.

 

LA vraie (fausse) interview de Riad par Les mouettes[1]

Moi : « Hum » tournant nerveusement mes feuilles… « Je …. Jeeeeeeeee, enfin, nous tenions à vous remercier de nous avoir accordé heu…. de votre temps précieux et….. » Bafouille, bafouille.

Framboise : « OK, Julia, si tu permets, je vais parler à ta place, tu n’es pas très claire. C’est gênant ! »

« Riad Sattouf, reprenons, voulez-vous !

Votre nouvel album, très attendu, met en scène un enfant : VOUS ! Ainsi, vous vous représentez tel un ange, cheveux au vent, sentant bon le shampooing à la camomille, extrêmement propret (ce sont vos mots !), le regard évanescent, l’air un peu satisfait. Vous vous qualifiez même de remarquable ! Et ce, au milieu d’un monde (La Syrie) violent, délabré, arriéré, triste, où chaque être humain a une part sombre. Sauf vous ! Vous vous situez DONC au-dessus des autres. Vos parents, vos amis, votre famille … Pourquoi ? »

Riad : «Je n’ai pas voulu d’une autobiographie nombriliste qui parlerait de mes ressentis. J’ai d’ailleurs laissé de côté des souvenirs antérieurs à ce que je raconte, quand j’étais encore plus petit.  «J’ai dû recommencer le storyboard de l’album complet 4 ou 5 fois en essayant plein de directions différentes. Je n’arrivais pas à trouver le bon ton, c’était ou trop affecté ou trop confus.»

Moi : à voix basse …. « Hum Framboise, enfin c’est sa place d’enfant qui permet cette position… »

Framboise : « Julia, s’il te plait… Laisse-moi faire ! Ce que tu dis est incompréhensible… Va plutôt nous servir un thé ou un café, ça brûle en cuisine !

Riad Sattouf, vous représentez VOTRE héros, dites-vous, votre père, comme le personnage central de « L’Arabe du futur ». Mais cet homme est d’une lâcheté sans pareille, d’une lâcheté totale ! Effrayante même ! Pourquoi lui avoir donné ce rôle-là ?»

Riad : « J’ai raconté les faits comme je m’en souviens. Avec le recul, je pense que la naïveté de mon père était peut-être moindre que celle des gens en France. En effet, il était naïf, il pensait devenir quelqu’un, il pensait qu’on allait peut-être lui donner un ministère. Des rêves apparemment mégalos mais qui, dans la Syrie de ces années-là, n’étaient pas complètement irréalistes. Je le laisse dire des horreurs sans jamais les commenter. Je veux que le lecteur pense : il dit des trucs horribles, mais en même temps, il est touchant. »

Moi : apportant fébrilement le café  « Par rapport à l’identification à votre père, j’ai ressenti le moment de la désillusion … »

Framboise : « JULIA, tu m’agaces et tu agaces Riad!

Riad Sattouf, la représentation que vous donnez de votre mère m’a PARTICULIEREMENT choqué : Femme sans saveur, presque sans consistance, effacée, dominée, dépressive…. En un mot : MAL ! Mais pourquoi, grand dieu ?!»

Riad : « Quant à ma mère, je voulais faire sentir que c’était une femme qui suivait son mari. Elle espérait que mon père devienne quelqu’un. Elle pensait que c’était possible, c’était un étudiant brillant, pas un looser, il avait deux doctorats. Elle non plus n’avait pas d’infos, elle ne s’intéressait pas à la politique, elle faisait confiance à son mari. »

Moi : « Se rendait-elle compte de ce queuuuh vous viviez ? »

Framboise : « Chuuuuuut, Julia ! C’en est trop ! 

Excusez-la, Riad, elle peut être d’un pénible parfois !

Pour en revenir à nos moutons, ou plutôt causons religion, voulez-vous, Riad Sattouf ?! Pour un athée, je trouve que la religion est présente dans tous vos ouvrages. Ne seriez-vous pas un religieux qui s’ignore ? »

Riad : …..

Moi : doigt sous le nez « SNNNNFF… »

Framboise : « Ma question est légitime. Riad Sattouf, je vous demande d’arrêter de souffler et de lever les yeux au ciel. Merci. Nos lecteurs sont en droit d’attendre une réponse de votre part ! »

Moi : Tremblant et pensant en mon for intérieur : « J’ai peur pour ma mouette… elle va trop loin… j’ai peur pour notre interview je ne la reconnais plus… serait-elle condamnée à perdre ses moyens à chacune de ses rencontres avec Riad Sattouf (Salon du Livre à Paris en 2015 quand tu nous tiens) ?? »

 

En effet, dans un élan de folle nervosité et de contrariété extrême, Riad s’en fut… Blessé, vexé, toutafé énervé de cette interview salement menée, et mettant fin, d’un claquement de baie vitrée, à un amour que j’avais cru possible…. !

 

********************

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Je tiens à remercier Riad Sattouf pour ses vraies interviews (avec de vrais journalistes aguerris et surtout assermentés) diffusées dans Libération le 12 juin 2015 et Slate.fr le 06 octobre 2016, à Mamouette de m’avoir gâché la rencontre, et sans oublier Steph de nous avoir permis de la fantasmer, cette rencontre 😉 !

Julia

Pour découvrir les billets de Jérôme et Framboise !

Les billets des Tomes 1 (mais pas que !) &

Et le billet un peu fou ( avec Riad dedans !) sur le voyage de mouettes à Paris c’est ici !

[1] [1] Mouarf, évidemment, impossible d’approcher Riad, alors une interview ! Toutafé inimaginable ! Mais, dans nos délires de mouettes-rieuses, nous avons imaginé un entretien, rondement mené…

Riad Sattouf : Les Cahiers d’Esther

les-cahiers-destherRetrouver Riad-mon-amour ❤  est un bonheur FOU !

Fin janvier est sortie une nouvelle BD, Les Cahiers d’Esther, 1er tome d’une série qui semble drôlement prometteuse…

Alors de quoi ça cause : De la jeunesse d’aujourd’hui pardi ! Sujet de prédilection de Riad. Et à travers les yeux d’une exquise demoiselle Esther, il dresse le portrait de la société d’aujourd’hui. 52 histoires « vraies » délicieusement drôles, justes, tendres, authentiques, mordantes, cinglantes, décapantes, décalées, dérangeantes parfois …

Bon, pour tout vous dire, Esther je la connaissais déjà. Elle enchante depuis plus d’un an L’Obs, journal auquel mes parents sont abonnés depuis la nuit des temps (ou presque !). Même ma mère aime Esther c’est vous dire si c’est bien !

Esther a 9 ans. Elle habite dans le 17ème arrondissement de Paris, dans un appartement pas bien grand « parce qu’on est pas riches« . Elle partage sa chambre avec son frère Antoine, 14 ans et « assez con mais c’est normal c’est un garçon« . Sa mère travaille dans une banque « elle était très belle quand elle était jeune. Aujourd’hui elle est moins souple qu’avant ». Son père, prof de sport, est son amour (« Mon père il est génial. Franchement même si c’était pas mon père, je l’aimerais trop » , « J’ai beaucoup de mal à croire que c’est un garçon » ). Elle est au CM1 dans une école privée. Populaire et sympa, caustique et intelligente, optimiste et un brin cruelle, elle porte un regard sans concession sur le monde qui l’entoure….

Les mots de Riad sur France Inter (pour l’écouter (il a une si belle voix, ce serait dommage de s’en priver !) c’est Ici)

« Pendant huit ans, j’ai dessiné toutes les semaines pour Charlie Hebdo, La Vie secrète des Jeunes. C’était des jeunes qui se parlaient mal que j’avais entendus dans la rue. Au bout d’un moment, ça m’a déprimé. J’ai arrêté, j’ai quitté Charlie. Je me suis dit que j’allais continuer L’Arabe du Futur à temps plein. Mais un jour, un couple d’amis est venu dîner chez moi avec leur fille de dix ans, très volubile. Elle s’est mise à me parler de son quotidien, de sa vie, des rapports entre écoliers dans sa classe, de ce qui était cool ou pas, des gadgets qu’il fallait posséder pour être bien vu, des chanteurs en vogue. J’ai tout de suite eu envie d’en faire une BD, de lui donner la parole… J’avais envie de faire le parallèle avec ma propre jeunesse au Moyen-Orient. Et de m’intéresser au parcours différent d’une petite fille, même s’il y a beaucoup de points communs avec ce que j’avais vécu. 

J’apprécie qu’Esther ne soit pas du tout exclue, mal aimée ou à la marge, comme pouvaient l’être les personnages de mes BD précédentes. Elle a des notes plutôt correctes et des amoureux et elle est très optimiste sur la vie, très positive. Ça fait du bien de raconter des choses qui ne soient pas trop sombres. […] Je lui ai envoyé l’album. J’avais peur qu’elle me plante, mais non. Elle a beaucoup aimé. Elle m’a dit : « oui, oui, c’est tout à fait ça. Juste : Raiponce, ce n’est plus mon film préféré ! »

Riad a (en plus de TOUT le reste !) un sens de l’observation remarquable. Il connait TOUT : les codes des enfants/adolescents, leurs attitudes, leur phrasé, les coiffures à la mode, leurs désirs, leurs envies, les gros mots, leurs poses, les chanteurs à la mode (il peut même retranscrire les passages EXACTS que chantent dans la vraie vie les écoliers, dixit mon lardon ! Il est fort, mais qu’il est fort !!!)… Il peint la société et les rapports humains avec justesse et facétie… Tout en  faisant preuve d’une dureté terrible, à moins que ce ne soit nos semblables qui ne soient terriblement bêtes et méchants ? (pas nous, évidemment !)

Les Cahiers d’Esther sont d’un régal sans égal (bon, ce sont les vacances, j’ai la cervelle qui flanche !), à découvrir et à lire sans aucune modération 😉

Et pour toutafé vous convaincre de plonger dans cette BD, Mamouette Julia est venue en renfort (il faut dire aussi que la charmante hôtesse de ce Bar à BD n’a toujours pas été saisie ni chamboulée par les charmes de Riad ! C’est à ne rien y comprendre !)

Parole de mouette :

« Chambouler la charmante hôtesse du Bar à BD n’est pas une mince affaire ! Je ne suis pas une habituée de l’exercice, mais c’est au titre de fan absolue que je prends aujourd’hui le clavier pour parler de mon âme-sœur Riad Sattouf  (Merci le Bar à BD, merci Mamouette) !

Ahhh RiadChibouz pour les intimes
Son univers est si singulier qu’il faut consentir à s’y plonger tout entier (si, si!)… Couper avec l’emballement médiatique… Sortir sa casquette/humour 3e degré (règle n°1 : jamais ton humour tu ne perdras, à gorge déployée toujours tu riras) et accepter de se laisser emporter…
Riad, c’est un trait simple mais percutant, des personnages truculents extrêmement attachants et des dialogues d’une justesse implacable, ouèche… (règle n°2 : les codes de langage toutafé décalés tu accepteras,  des mots de Riad tu te délecteras) !
Esther est loin des personnages habituellement croqués par Riad, éminent spécialiste des anti-héros ! Quoique … Belle rechute avec le personnage absolument délicieux du frère-adolescent-interdit-de-coupe-de-cheveux-de-footballeur 😉
IMGP5725
Mon coup de cœur est la planche Alerte Enlèvement où une opération commando particulièrement violente (rappel de la règle n°1) s’organise dans la cour d’école.
Elle souligne le talent anthropologique de l’auteur (règle n°3 : aucune modération jamais tu n’auras dans les propos que tu tiendras, Riad entièrement tu aimeras) et révèle toute la complexité des rapports humains et notamment filles / garçons… Sujet de prédilection de Riad…
  
Notre hôtesse du Bar à BD est sans nul doute une professionnelle avertie de la relation humaine et de la communication, la sensibilité de mon âme-sœur ne devrait donc pas la laisser de marbre ! ouèche ❤ « 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Et je suis ravie de partager cette lecture avec Mamouette (une 1ère mais pas la dernière, elle a un talent fou en plus d’un gout très sûr, pour Riad et les mojitos !), Jérôme-chou (lire Ici ) et Philisine (une toute 1ère aussi, et j’en suis bien ravie, pour lire c’est Ici)

Riad SATTOUF – Les cahiers d’Esther, Histoires de mes 10 ans, Allary Éditions, 2016, 16,90€

« L’Arabe du futur » 2 de Riad Sattouf

 

Une toute 1ère lecture commune aujourd’hui pour moi et pas des moindres : avec le chouchou de la blogosphère, l’inégalable Jérôme ❤ et je suis toute chose de partager avec lui cette BD remarquable et Riad Sattouf (en particulier !), en espérant que vous aurez follement envie de vous plonger dans cette lecture !

Alors c’est parti …..
9782370730541_1_75

 « Ce livre raconte l’histoire vraie d’un écolier blond dans la Syrie d’Hafez Al-Assad »…. Suite des péripéties de notre Riad, de 1984 à 1985 qui débute ainsi :

PlancheA_248954Un an dans la vie de Riad en Syrie (essentiellement) : 1984, Riad a 6 ans et il est « toujours un homme éblouissant » (Dans ce 2ème tome, Riad ne départit pas de son sens inné et génial de la formule !) Il est retourné vivre en famille au village de Ter Maaleh, près de Homs… On retrouve les personnages comme  la mère et le père, mais aussi la grand mère ou les cousins … Ce nouvel opus raconte une année scolaire dans ce village, le quotidien de Riad,  rythmé par son entrée à l’école, ses jeux avec ses cousins Mohamed et Waël ,ou ses copains comme Omar et Salem, les visites rendues à la famille (une mention spéciale au cousin général du père), ses explorations dans son village, des alentours, de Palmyre ou encore de Lattaquié …. Un an de vie dans un village perdu du Moyen-Orient où Riad  découvre les affres de la scolarité, grandit, s’affirme, toujours entre 2 langues, celle de l’école et du père : l’arabe et celle de la maison et de la mère : le français … Cette langue qu’il commence à lire, oh joie et bonheur ! Cette langue qui lui ouvre des perspectives nouvelles et follement réjouissantes (grâce à la lecture des albums de Tintin) ! Extrait : « Puis un jour, ces signes ont commencé à prendre sens ! […] Ce que je découvrais était infiniment mieux que ce que je m’étais raconté. Je me mis à lire frénétiquement. Je bouchais mes oreilles pour mieux entendre les voix des personnages »… Pas si différent finalement de la vie d’un enfant de CP, à quelques détails près !

D’ailleurs, je voudrais vous dire un mot de la maîtresse d’école, personnage phare de cet ouvrage :

l-arabe-du-futur-2,M231792 Cette institutrice est à l’image de la complexité de tous les personnages de Riad, à la fois tout en  douceur et d’une cruauté absolue, en hidjab, jupe courte et talons hauts, prônant la la rigueur, la morale, la propreté et le patriotisme envers et contre tout… Tout à fait charmante, cette demoiselle !

Ce 2ème tome est  donc totalement dans la lignée du 1er (si vous avez aimé le 1er opus, foncez !). Je l’ai trouvé peut être plus âpre, plus approfondi, plus tendu, plus noir aussi. Les personnages sont plus étoffés, notamment le personnage de la mère, seul personnage qui semble opposer une résistance, vite rabrouée par le père… Le père, lui, est toujours  au centre de l’histoire, toute en ambivalence et en contradiction, à la fois tendre, instruit et tenant des propos parfois d’une bêtise crasse… Tout à sa douleur d’être entre 2 cultures, entre modernité et tradition, il n’est jamais à sa place nul part, jamais  vraiment lui, jamais heureux, toujours en quête d’un avenir meilleur…

Dans cet ouvrage, il y a toujours ce décalage entre le regard innocent de l’enfant et la brutalité du monde qui l’entoure… Avec cette voix off qui suit le lecteur tout au long de l’histoire et qui donne une valeur documentaire et historique incroyable à cette BD. Et c’est là toute la force de Riad ! En décrivant des scènes du quotidien d’un enfant en Syrie, il apporte une analyse fine du contexte politique et social de cette société que l’on connait peu… Riad a un talent fabuleux de conteur, tout en finesse et en intelligence, dénonçant, mine de rien, l’absurdité, la bêtise et les contractions de tout un chacun…

Et cette ambiance est magistralement rendue par le jeu des couleurs : univers rouge pour la Syrie et bleue pour la France (où Riad accompagnée de sa mère et de son petit frère ira passer 2 semaines auprès de ses grand-parents, tout autant anxiogènes finalement que les autres personnages de l’histoire !)

Une BD remarquable et indispensable ! Il me tarde de découvrir le 3ème opus… Vous aussi ?!

Le billet de Jérôme pour encore plus de plaisir !

Extraits :

Ce diaporama nécessite JavaScript.

L’Arabe du futur 2, Allary Editions, 2015, 20,90€

Ode à Riad

Je ne résiste pas à vous conter Riad Sattouf, un de mes auteurs BD chouchous..

Riad (oui, entre Riad et moi, pas de chichis, on s’appelle par nos prénoms 🙂 ) et moi, on s’est rencontré dans les pages de Charlie Hebdo, et on est tombé en amour (ou plutôt, je ne vais pas vous mentir, suis tombée en amour de sa plume, ses mots, ses dessins, son trait …. Pffff je l’aime quoi !). Depuis 2004, il sévissait à Charlie Hebdo où il consignait, en 8 cases, le quotidien de la jeunesse d’aujourd’hui (et pas que !) dans les lieux publics …

Et puis, ma délicieuse copine (autre fan absolue de Riad !) m’a prêté ses BD, celles-là :

41ChUWoIN2L._SY344_BO1,204,203,200_      vie-secrete-jeunes-2-couv         images

Trois ouvrages, où sont compilés toutes les (meilleures) scénettes (de Charlie) saisies sur le vif et croquées  avec un talent fou ! Trois ouvrages pour des heures de rire, de bêtises crasses et de bonheur !

Allez, j’vous en dit quelques mots : Riad  a donc croqué des petits bouts de vie de ses contemporains (vous et moi peut être, oui je sais, ça fait un peu frémir !), la vie telle qu’il la croise, dans la rue, le métro, le bus, les bars… à Paris ou ailleurs… La vie, telle qu’il la côtoie, cruelle, crue, dérangeante (souvent), violente, drôle, cynique, voire à pleurer ! Et qu’il retranscrit sans filtre, sans embellie ni morale… Des scènes qui parlent de l’Humain avec ses travers, ses faiblesses, ses bêtises, ses peurs, ses aberrations, ses bassesses, ses étroitesses, mais aussi avec ses envies, ses désirs, ses élans … Des instantanés volés, l’intimité de tout un chacun dans son quotidien…. Et Riad tape juste, vrai et dur ! Sacrément dur !

Extraits :

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 La vie secrète des jeunes, 3 Tomes, environ 19 euros la merveille !

 

 

Et puis, il faut aussi que je vous cause de cette BD-là :

Les_Pauvres_Aventures_de_Jeremie_L_Integrale

 

Cet ouvrage (toujours prêté par ma copine Julia, qui décidément a un goût très sûr, pour les livres comme pour les copines !) réunit les 3 tomes des « Pauvres aventures de Jérémie », aventures désopilantes de ce pauvre jeune garçon à lunettes, anti-héros des temps modernes … Alors voila, pour vous introduire ce délicieux ouvrage (l’intégrale de Jérémie, un pur bonheur !), les mots de l’auteur : « J’ai écrit le scénario des « Jolis pieds de Florence » [le 1er tome des aventures de Jérémie] au cours de l’année 2002. Jacques Chirac avait été réélu face à Jean-Marie Le Pen, l’euro venait à peine d’être mis en circulation, Bernard Giraudeau était encore en vie, et les télés et les écrans des ordinateurs commençaient à devenir plats. A l’époque j’étais dessinateur réaliste et je gagnais très mal ma vie. Je présentais aux éditeurs des projets plus personnels dont j’écrivais les histoires mais ils étaient toujours refusés. J’habitais un gourbi sordide du boulevard Saint-Marcel. J’avais quelques copains (uniquement garçons, bien sûr), que j’avais rencontrés aux Gobelins pendant mes études de cinéma d’animation. Vous vivions des tonnes d’histoires nazes, nous étions paranoïaques, pauvres, nous n’intéressions personne, les femmes étaient des avions de lignes qui passaient à 12000 mètres…. A l’époque je regardais « Seinfeld » toute la journée sur de vieilles VHS. J’ai eu envie de faire mon « Seinfeld » en bande dessinées avec nos histoires pourries. J’ai changé les noms, les visages, j’ai rajouté une fille, puis finalement j’ai inventé toute ses histoires : les nôtres étaient beaucoup trop déprimantes. Voilà comment sont nées les pauvres aventures de Jérémie. »

Un petit bout d’histoire : Jérémie Chibouz (ouais, il est affublé d’un nom délicieusement poétique !) est un jeune geek, qui bosse dans l’univers des jeux vidéos…. Adolescent attardé, gauche, maladroit, au charisme d’une huître, angoissé, parano, véritable handicapé social (lui, tout comme ses potes !) il affronte la vie avec l’énergie du désespoir ! Et c’est absolument réjouissant !

J’ai une tendresse particulière pour le 2ème Tome « le pays de la soif », écrit en 2004, les vacances de Jérémie en Bretagne dans un camping… Je ne vous en dis pas plus, c’est…. FABULEUX  ! (si, j’vous jure, si, vous allez adorer, si, lisez, j’vous promets, c’est à hurler de rire !!!).

Vous dire aussi que c’est bien mieux en ouvrage intégral, d’abord parce que vous aurez toutes les histoires d’un coup (et comme ça se dévore comme un rien !), les dessins sont en noir et blanc (et c’est tellement mieux, en tous les cas pour cette BD,  le noir et blanc illustrant à merveille ce Jérémie un brin  pathétique !) et puis, il a des bonus  : une préface et 2 histoires (écrites pour un hors-série Pilote) pour encore plus de plaisir ! 

Indispensable, j’vous dis !

Extraits :

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 Les Pauvres aventures de Jérémie, Dargaud, 2013, 22,50 €.

 

Et pour finir cette mise en bouche, certes un peu longue mais nécessaire, vu que la charmant hôtesse de ce Bar à BD a omis de causer de Riad (ouais, je sais, totalement scandaleux 🙂 ), le 1er tome de « L’arabe du futur » (et si je vous dis que c’est encore Julia qui me l’a prêté, (acheté depuis) mais oui, cette fille est formidable ! Qui plus est, elle fait des p’tits rhums comme personne, mais chut, ceci est une autre histoire… ) :

arabe_c1-hautedef

 

En quelques 150 pages et 4 chapitres, voici les aventures du petit Riad, de 1978 à 1984, dans la Libye de Kadhafi et la Syrie d’Hafez Al-Assad. C’est un récit autobiographique sur la petite enfance de notre auteur (maintenant que vous le connaissez, il est aussi un peu à vous !). A travers les yeux de Riad enfant,

sattoufenfant

 

nous suivons les péripéties de sa famille : une mère, personnage très (trop ?) effacé, et son père, véritable héros de cette BD. Abdel Razak Sattouf, syrien, originaire d’un village à côté de Homs (ville tristement célèbre) est un personnage ambigu, complexe… Lettré (le seul de sa famille syrienne), il est obsédé par l’éducation du monde arabe, éducation à laquelle il veut participer, en commençant par son fils dont il veut faire « l’arabe du futur »…

Et comme très souvent chez Riad, il y a 2 niveaux de lecture : le regard innocent de l’enfant sur la vie, son enfance et les atrocités qu’il découvre et qu’il ne sait/peut pas interpréter ; et une voix off qui explique au lecteur le contexte politique et historique de ces pays,  de façon très claire, et soulevant des questions polémiques encore bien trop actuelles ( comme la place des femmes, la religion, l’anti-sémitisme, la peine de mort, les enjeux de pouvoir, les relations internationales….)

Extraits :

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

Cette BD, inclassable, parfois dérangeante mais absolument géniale et incontournable, est mon grand coup de ❤ …

Lisez le billet de Jérôme, épatant comme toujours ….

L’Arabe du futur, T1, Allary Editions, 2014, 20,90€

 

Et comme vous en redemandez, je vous raconte tout du 2ème Tome très vite 😉

Alors, à bientôt !