Trois heures (Neyestani)

En matière de BD documentaire et/ou reportage, il y a – pour moi – des auteurs incontournables. Au même titre que Joe Sacco, Emmanuel Lepage ou encore Igort [pour ne citer qu’eux], Mana Neyestani a déjà prouvé à plusieurs reprises qu’il avait tout à fait sa place dans les auteurs qui ont ce talent de raconter une histoire en dépliant l’Histoire. Que ce soit dans un registre autobiographique comme dans « Une métamorphose iranienne » ou en reprenant un fait historique réel comme avec « L’Araignée de Mashhad » , Mana Neyestani témoigne avec force et conviction sans toutefois s’autoriser à juger arbitrairement. Sa plume nous informe, nous rend critique et nous permet d’acquérir une vision large d’une situation, d’une problématique… on se glisse alors entre les mots et on s’appuie sur ces espaces blancs laissés entre les cases pour tirer nos propres conclusions. Enrichissant.

Témoigner pour ne pas oublier. Témoigner pour dénoncer et dire sa désapprobation. Témoigner pour que d’autres sachent, que d’autres y réfléchissent… que d’autres en parlent à leur tour. Voilà la manière dont je perçois son travail.

Avec « Une métamorphose iranienne » , l’auteur nous parlait d’improbable. Improbable que la liberté d’expression soit aussi malmenée. Improbable qu’un régime politique aille aussi loin pour museler des individus, les contraindre au silence et les forcer à la docilité. Et pourtant… C’est « à cause » d’un petit crobard que Mana Neyestani a été contraint à fuir clandestinement l’Iran. Un petit crobard pour la presse que des gens sans humour, sans consistance, sans libre-arbitre ont jugé inapproprié et ont prétendu que ce crobard était capable d’ébranler tout un système…

C’était en 2006.

Depuis, les années ont filé. Mana Neyestani a vadrouillé. Il a obtenu des résidences d’auteur et a trouvé un « chez-soi » sur le territoire français. En 2017, il vivait en région parisienne. Sa vie reconstruite, il n’oublie pourtant rien des troubles qu’il a vécus. Il n’oublie rien des pressions, du chantage, des détentions, des gardes-à-vue que les autorités de son pays lui ont fait subir. Il n’a rien oublié du traumatisme qu’il a subit en Iran. Il a profondément changé. Marqué au fer rouge par cette période, il perdu cette part de nonchalance qui l’autorisait à croire qu’il n’avait rien à craindre pour son intégrité. Cette expérience a, en revanche, renforcé ses convictions. Il continue à avancer, conscient que la vie ne l’attendra pas s’il décide d’en être un passager.

Neyestani © Çà et Là & Arte Editions – 2020

Et le voilà à vivre ces « Trois heures » de 2017. « L’Araignée de Mashhad » vient de paraître et Mana Neyestani doit se rendre au Canada pour la promotion de l’album. Il soigne particulièrement les préparatifs de son départ. Papiers d’identité, planning une fois sur place… il pense le moindre détail, anticipe tout pour que les impondérables n’aient aucune prise sur lui.

« Je ne dois pas porter de chaussures à lacets. Quand on n’est pas très doué pour faire et défaire rapidement ses lacets, ce qui est mon cas, les contrôles de sécurité peuvent être considérablement prolongés par le fait de retirer puis de remettre ses chaussures. »

Le jour du départ, il se rend à l’aéroport trois heures avant l’heure de l’embarquement. Trois heures c’est largement pour enregistrer ses bagages, passer les contrôles de sécurité, lire pour oublier d’avoir stressé à l’idée des complications qu’il aurait pu rencontrer. Trois heures, c’est plus que trop même. Pourtant, une fois de plus, le contrôle de routine va virer au cauchemar. Son passeport n’est pas reconnu par le système informatique de l’aéroport. Le temps des vérifications administratives s’éternise. Une heure. Deux heures. Trois heures. Une interminable attente durant laquelle Mana Neyestani a tout loisir de repenser aux expériences passées et à son quotidien… à commencer par la course folle des déboires administratifs qu’il a dû mener pour effectuer ce voyage. Balloté entre la Préfecture, les ambassades… ce récit est l’occasion d’aborder la réalité kafkaïenne des réfugiés…

« Pourquoi je ne dis rien et je ne râle pas ? Peut-être parce qu’en tant que réfugié, je me sens comme un gosse que sa mère n’a pas hésité à virer de chez lui d’un coup de pied dans le derrière… et qui a été recueilli par des étrangers. Un réfugié est un orphelin qui ne doit pas se montrer trop exigeant avec sa famille d’accueil. »

Le récit nous met face à un constat édifiant, déprimant. Bien sûr, on connait cette réalité. On connaît la rigidité des démarches administratives. La rigueur des fonctionnaires veillant à ce que chaque mot soit à la bonne place et que chaque justificatif fourni corrobore chaque information. « Qu’est-ce que vous avez foutu dans les cases ? Ça déborde ! (…) on vous demande de répondre par « oui » ou par « non » alors : ça dépend, ça dépasse ! » constate Katia en lisant le formulaire complété par Zézette dans « Le père noël est une ordure » . Sauf qu’ici, Mana Neyestani veille à ne rien laisser dépasser pour qu’aucun grain de sable ne grippe les procédures. Mais c’est sans compter l’existence d’aprioris des gens natifs du Moyen-Orient. Délit de sale gueule, préjugés… la suspicion complexifie tout, jusqu’aux rapports humains. Mana Neyestani fait le point sur cette expérience qui a un goût de déjà-vus.

Il liste les amères et angoissantes auxquelles il a été maintes fois confronté. La France est-elle vraiment la terre d’accueil qu’elle prétend être ? Pourquoi accule-t-elle des personnes réfugiées des peurs sourdes comme celle du rejet ? Avec des mots crus, Mana Neyestani se confie sur les maux qui le ronge. A l’aide de son crayon, il dépeint de façon réaliste son quotidien et évite l’écueil du pathos en utilisant de belles métaphores graphiques. Un dessin tout en rondeur, tout en douceur pour décrire un quotidien aux facettes anguleuses et qui entretient un sentiment d’insécurité permanent.

Une réflexion sur l’identité, le déracinement, la place qu’une société laisse à un individu et le fait qu’elle le ramène sans cesse à son statut d’étranger. Un très beau témoignage.

Trois heures (récit complet)

Editeurs : Çà et Là & Arte Editions

Dessinateur & Scénariste : Mana NEYESTANI

Traduction : Massoumeh LAHIDJI

Dépôt légal : octobre 2020 / 124 pages / 16 euros

ISBN : 978-2-36990-283-6

L’Araignée de Mashhad (Neyestani)

Neyestani © Ça et là – 2017

Saïd Hanaï était un maçon, père de famille et mari attentionné. Il vivait à Mashhad (la ville est considérée comme une ville sainte, elle se situe dans l’Est de l’Iran). Saïd Hanaï était musulman, croyant et fervent pratiquant. Musulman, croyant, Saïd Hanaï s’était donné pour mission de nettoyer Mashhad de la débauche. Entre août 2000 et août 2001, il a tué 16 prostituées. En août 2001, il s’en prend à une dix-septième prostituée mais c’est l’acte de trop. Il est arrêté et emprisonné. Surnommé « le tueur araignée », il croupira en prison jusqu’à son exécution en avril 2002.

Durant son incarcération, deux journalistes, Mazia Bahari et Roya Karimi, sont allés l’interviewer. Ils ont filmé cette rencontre. C’est en regardant ce documentaire que Mana Neyestani a eu envie d’adapter ce parcours atypique en bande dessinée et d’y mêler faits réels et fiction. En introduction, l’auteur précise d’ailleurs : « Ce livre résulte de la combinaison entre le documentaire de Mazia Bahari et mon propre imaginaire. Je n’ai pas tenu à être fidèle point par point à la réalité des faits, mais plutôt à m’inspirer de l’esprit des événements décrits ».

Ce qui marque en premier lieu, c’est la vie très ordinaire du tueur en série. Une enfance banale jusqu’à ce qu’il parte à la guerre dans les années 1980 (guerre Iran-Irak). On saisit vite que le conflit l’a traumatisé. Puis, il retourne à la vie civile, trouve du travail et se marie. Le Coran lui montre la voie à suivre, les règles à respecter ; la religion rythme sa vie. En fidèle croyant, il connaît les textes sacrés par cœur mais applique sa propre vision de la charia.

Quelle créature ? Une créature divine ne tomberait pas dans la débauche et la luxure. Si vous vouliez appliquer la loi divine, vous feriez vous-même lapider une femme adultère. Ce n’est pas un meurtre, c’est la stricte justice divine.

Mana Neyestani s’était fait connaître en France avec son excellent témoignage autobiographique « Une métamorphose iranienne ». On retrouve ici son style. Le propos va à l’essentiel et montre sans jugement toutes les contradictions d’une société prise à son propre piège et ballotée entre les traditions, la religion et la démocratisation.

Le journaliste iranien nous permet d’avoir plusieurs points de vue sur cet événement. Les entretiens avec le meurtrier sont le cœur du récit mais l’auteur l’enrichit du point de vue d’une victime, du juge en charge de l’affaire, de l’opinion publique. Des extraits de la rencontre avec la femme et le fils sont également de la partie.

Graphiquement, c’est tout aussi pertinent. Les dessins n’agressent à aucun moment et les jeux de hachures construisent une narration visuelle très fluide. L’ambiance graphique est sereine, presque posée. Elle donne un côté intimiste au reportage. Pas de tensions, pas de suspense mais une observation à la fois objective et empathique.

La personnalité du tueur est à la fois fascinante et terrifiante. Jamais il ne s’excusera pour les meurtres commis, convaincu d’être dans son bon droit et d’appliquer la justice divine.

Mana Neyestani relate, expose et suppose. Il tisse des liens entre le passé du tueur et son présent, il cherche à comprendre ce qui peut conduire un homme à tuer avec un tel sang-froid, sans aucune considération pour les prostituées, les considérant comme des choses insignifiantes. Il se questionne aussi sur le fait que l’opinion publique donne raison à cet homme et l’excuse au point d’en faire un héros.

Extraits :

« C’est comme d’aller à la guerre, j’estime que c’est le devoir de tout bon musulman » (L’Araignée de Mashhad).

« Si Saïd avait tué quelqu’un sans raison, j’aurais été perturbée, effrayée… mais seize femmes dépravées, ça ne s’appelle pas des assassinats. Il y a un projet derrière, un engagement. Saïd a toujours été un homme très responsable. (…) Si Saïd a commis une faute, c’est peut-être d’avoir accompli le devoir du gouvernement à sa place » (L’Araignée de Mashhad).

« J’avais une soif de revanche insatiable. L’autre jour, en isolement, je me suis mis à compter. Il reste encore quatre-vingt femmes dont je voulais m’occuper dans le secteur que je surveillais. Mais le temps m’a manqué » (L’Araignée de Mashhad).

L’Araignée de Mashhad

One Shot
Editeur : Ça et là
Dessinateur / Scénariste : Mana NEYESTANI
Traduction : Massoumeh LAHIDJI
Dépôt légal : mai 2017
164 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-36990-238-6

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

L’Araignée de Mashhad – Neyestani © Ça et là – 2017

La « BD de la semaine » est aussi chez :

Sabine :                                      Enna :                                    Mylène :

Antigone :                                Saxaoul :                                   Karine :

Amandine :                                     Fanny :                                  Blandine :

Sophie :                                Gambadou :                                 Noukette :

Jérôme :                                   Jacques :                                    Bouma :

Soukee :

.

 

Ainsi se tut Zarathoustra (Wild)

Wild © La Boîte à bulles - 2013
Wild © La Boîte à bulles – 2013

« Des collines perses de Yazd aux coulisses du tribunal criminel de Genève, Nicolas Wild dévoile les dessous de l’assassinat en 2006 de Cyrus Yazdani, figure emblématique de la culture zoroastrienne en Europe et en Iran. Le procès doit permettre d’y voir plus clair dans cette affaire de mœurs aux possibles résonances politiques.

Le zoroastrisme, religion monothéiste née en Perse avant notre ère, inspira nombre de philosophes, en particulier Nietzsche au 19è siècle, lequel prêta sa plume à son prophète dans Ainsi parlait Zarathoustra.

Si l’œuvre de Nicolas Wild n’a pas les prétentions de celle du philosophe, elle dévoile toutefois avec précision les principes de cette religion et le délicat devenir de ses adeptes » (extrait rabat de Couverture).

Le dernier album « en solo » de Nicolas Wild remonte à 2008 puisqu’il s’agit du second tome de la série Kaboul Disco. Cinq ans d’attente, vous imaginez donc à quel point la suite est attendue…

Pourtant, Nicolas Wild propose cette année un tout autre projet. Celui-ci semble être né spontanément si l’on en croit l’auteur. Ainsi, après quelques pages de lecture, on apprend qu’il loue un appartement situé en plein cœur de Paris, près du Canal Saint-Martin, le quartier où squattent les Afghans qui ont choisi le chemin de l’exil nous explique-t-il. Lors d’une balade sur les rives du canal, Nicolas Wild rencontre Timour qu’il aide en lui permettant de passer un appel à partir de son portable. Le reste est plus ou moins un concours de circonstances qui permet à Nicolas Wild de sympathiser avec Sophia Yazdani, la fille du zoroastrien.

Wild © La Boîte à bulles - 2013
Wild © La Boîte à bulles – 2013

Pour construire son récit, Nicolas Wild s’appuie sur le personnage fictif de Cyrus Yazdani. Cet homme lui sert ainsi de fil conducteur pour aborder de front son sujet : le Zoroastrisme et ses ramifications en Iran et à travers le monde. Un ouvrage didactique mais qui offre une lecture fluide et plaisante. La mise en abyme permet à l’auteur de s’immiscer dans la présentation qu’il effectue et de soulager les propos en y injectant des scènes de vie plus ludiques ainsi que le cheminement qu’il a effectué à mesure qu’il s’enfonçait dans la maîtrise de son sujet. Mais Ainsi se tut Zarathoustra aborde également d’autres sujets comme la place de l’Art et de la culture dans la société iranienne, le clivage entre les différentes communautés religieuses, la consommation d’opium, l’exil…

Plusieurs récits s’entrecroisent ici. Le premier aborde l’histoire du zoroastrisme, de son émergence (qui se situe dans les trois derniers millénaires avant la naissance du Christ) à la période actuelle qui marque son déclin. Ainsi, on découvre que le zoroastrisme est une religion en voie d’extinction qui ne doit sa survie que grâce à la seule force de volonté de ses fervents défenseurs.

Il est également question du parcours de Cyrus Yazdani qui incarne à lui seul l’histoire de la communauté zoroastrienne condamnée à l’exil au début du siècle dernier (Etats-Unis, Europe, Inde sont les principales zones géographiques où les zoroastriens se sont exilés). Ces hommes sont souvent issus de familles riches et cultivées, ils ont su s’intégrer dans les sociétés où leur diaspora se sont installées. Enfin, ces individus sont attachés à leurs racines familiales, ils font le choix de rentrer d’exil et tentent de refaire leur vie en Iran.

Wild © La Boîte à bulles - 2013
Wild © La Boîte à bulles – 2013

Il est enfin question de la démarche opérée par l’auteur. Ce récit se développe sur une période plus concise (septembre 2007 à mars 2009). Seul grief : son postulat de départ s’appuie sur une rencontre incongrue. Ces temps de narration restent peu cohérents dans le sens où les transitions qui les relient sont tributaires d’hasardeux concours de circonstances, rendant ainsi cette « tranche de vie » légèrement grossière voire caricaturale. J’ai eu beaucoup de mal à doser la présence de ce temps narratif car il impose un fort décalage entre la précision des propos tenus dans la partie historique et une forme d’insouciance apposée à la période relatant la démarche de l’auteur.

Nicolas Wild découpe son récit en trois parties dans lesquelles on constate à quel point l’utilisation de la métaphore vient aider l’auteur dans la construction de son scénario. Ces chapitres s’intitulent respectivement « Bonnes pensées » (partie qui se consacre à la présentation du zoroastrisme et de ses fondements religieux), « Bonnes paroles » (relative au procès et au parcours du personnage principal) et « Bonnes actions » qui se penchera sur le procès [du meurtrier présumé de Cyrus Yazdani] et ses conséquences.

Le trait de Nicolas Wild est plus maîtrisé que dans Kaboul Disco : les fonds de cases sont plus fouillés mais la description graphique des personnages reste identique. L’auteur va à l’essentiel, le style me fait penser au dessin de presse : sobre et expressif. Je ne vous cacherais pas que je n’ai pas pensé, à plusieurs reprises, à la démarche journalistique de Joe Sacco et cela, dès la première page de Ainsi se tut Zarathoustra. En effet, les similitudes sont nombreuses avec la première nouvelle de Reportages qui conduit Joe Sacco à se rendre au Tribunal pénal international de La Haye pour suivre le procès d’un criminel de guerre. Certes, Sacco n’est pas le genre à imaginer la construction d’un élément fictif pour déplier son sujet qu’il préfère aborder de front. Alors vous me direz, pourquoi faire cette comparaison facile entre ces deux démarches d’auteurs ? Je pense que cela tient à deux choses. Le décor d’un tribunal pour introduire la sujet et le fait que les deux auteurs n’hésitent pas une seconde à se mettre en scène et à tenter d’interagir avec le lecteur en lui transmettant à la fois les éléments historiques et ce qu’a suscité la découverte de ceux-ci chez lui.

PictoOKUn album d’autant plus intéressant qu’il nous permet d’aborder un thème réellement atypique en bande-dessinée. Si la partie « tranche de vie » est assez lisse, je note cependant que cet ouvrage aura eu le mérite de m’informer sur un sujet dont j’ignorais totalement l’existence.

Les chroniques de ActuaLitté, Sceneario, Tout en BD, BD info, A chacun sa lettre.

Ainsi se tut Zarathoustra

One shot

Editeurs : La Boîte à bulles & Arte Editions

Collection : Contre-Coeur

Dessinateur / Scénariste : Nicolas WILD

Dépôt légal : mars 2013

ISBN : 978-2-84953-107-5

Bulles bulles bulles…

Lire un extrait de l’album (et un autre, également en prépublication sur le blog de l’auteur).

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Ainsi se tut Zarathoustra – Wild © La Boîte à bulles – 2013

La survie de l’espèce (Jorion & Maklès)

La survie de l'espèce
Jorion – Maklès © Futuropolis & Arte Editions – 2012

« Ils sont nombreux. Ils sont presque tout le monde, les 99%. Ils sont salariés. En activité, l’ayant été ou espérant l’être. Ils sont nourris, logés, cajolés à la hauteur de leur utilité. C’est en tout cas ce qui est écrit dans les contrats qu’ils signent avec entrain. Ils ont l’air souriants et productifs, comme ça, mais quand ils rentrent chez eux, ils sont soucieux. Et quand on voit ce qu’ils voient, et qu’on entend ce qu’ils entendent, on peut le comprendre » (La survie de l’espèce).

Spéculation, capitalisme, productivité, profit, rentabilité… Des mots et des maux forts pour nos sociétés. A l’aide d’un humour incisif, Paul Jorion (dont vous trouverez une présentation ici) revient sur des concepts économiques ; il parle de la Bourse et des spéculations, de leurs responsabilités dans la crise financière actuelle, de leur impact sur le quotidien des prolétaires et du fossé qui se creuse de plus en plus entre riches et pauvres. Si vous souhaitez accéder à la présentation officielle de l’album, je vous invite à suivre ce lien.

Intrigante… cette couverture qui nous accueille ! On y voit un bonhomme Lego qui semble avancer péniblement dans une eau qui lui monte jusqu’à la taille. Sur ses épaules, il porte un général d’armée. Ce dernier montre du doigt la direction à prendre. Au sommet de cette tour humaine, un milliardaire guilleret profite de la situation, comme un enfant que l’on aurait installé sur le Manège Enchanté. En toile de fond, des immeubles branlants dont les fondations ont été malmenées par une tempête. Catastrophe naturelle ??! Point n’en est même s’il est bel est bien question de séisme.

Dès les premières pages de l’album, le lecteur découvre – ravi – un scénariste culotté et bien décidé à ne pas s’encombrer de propos politiquement correctes. Sûr de lui, il lance déjà les premiers pics :

 » Franken Burger : 24 techniques d’assemblage (brevetées) de restes de vaches mortes, salade génétiquement modifiée pour tuer à vue les laborantins de la santé publique… Garanti sans danger pour tout petit enfant blond jouant dans un spot publicitaire « .

L’installation de cet univers corrosif passe ensuite par une définition cocasse des trois protagonistes, où tout aurait commencé en des temps immémoriaux : la Préhistoire. Un individu – fort – découvre par hasard qu’il peut tirer des bénéfices à utiliser sa force. A l’autre bout de la chaine, le faible devient l’objet de cette contrainte physique (que le scénariste nomme ironiquement « le consentement »).

Ainsi, pour Paul Jorion, le postulat de départ est simple, le schéma d’évolution est limpide. Les techniques de perfectionnement de « la fabrique du consentement » ne cessent de se perfectionner au cours des siècles. Trois grandes étapes sont dégagées : La Préhistoire, l’Antiquité, le XXème siècle.

–          Le « Fort » a peu à peu acquis le titre légitime de « Monarque » avant de s’effacer – plus récemment – derrière l’appellation de « Capitaliste ». C’est l’homme en haut-de-forme sur la couverture.
– Les « Hommes de main » du Fort structurent leur intervention. Ils sont remplacés par les  » Soldats  » du Monarque. Plus tard, ils prennent naturellement l’appellation de « Patrons » et sont à la botte du Capitaliste. Logiquement, dans cet album, le patron prend l’apparence du Général.
–          Le « Faible » devient peu à peu un « Paysan » puis un « Salarié », mouton de Panurge des temps modernes… Le « Bonhomme Lego » est prêt à accepter beaucoup pour pouvoir conserver son emploi et ainsi nourrir sa famille.

Passé ce bref rappel historique dans lequel Paul Jorion introduit par petites touches les concepts économiques qu’il développe ensuite, le lecteur entre dans le cœur du sujet. Avec plaisir, on suit le cheminement de l’auteur qui s’amuse à tordre les grandes théories capitalistes et montre comment les manias de la finance sont parvenus à tourner la situation à leur avantage et à museler les politiques.

Le but du jeu : le but du jeu du partage du surplus est de partager le surplus le moins possible.

Grégory Maklès accompagne ce récit d’un dessin sobre. Les aplats de vert donnent un côté froid à ce monde où une purge des émotions et des sentiments auraient été réalisée. Ce choix renforce également les propos satiriques de Jorion. Pourtant, sur ce décor verdâtre quasi chirurgical, le dessinateur nourrit copieusement cet univers graphique de haussements de sourcils, de rictus exagérés, de grimaces d’étonnement. Son trait leste exagère les expressions des uns et des autres, rendant l’ensemble espiègle.

PictoOKL’humour dénonce de manière intelligente les aberrations du système. Le propos est percutant, amusé, amusant… l’ironie dédramatise la gravité des propos tenus ici et laisse malgré tout le lecteur sur une note optimiste.

A lire : les échanges sur le blog de Paul Jorion, la chronique de Benoit Broyart, la chronique de Mathieu Lubrun.

Une lecture que je partage également avec Mango à l’occasion de ce mercredi BD

Et découvrez les albums présentés par les autres lecteurs !

Extrait :

« Notez que le terme demandeur d’emploi reflète seulement le point de vue administratif. Si vous demandez à l’administration de faire un truc, vous êtes demandeurs (l’Administration est polie). Mais sur le marché de l’emploi, on devrait plutôt dire que Judith est une offreuse de travail, car elle offre sa capacité de travail à l’humanité. L’humanité n’est pas forcément intéressée. Et pour cause : grâce aux machines, l’humanité a de moins en moins besoin de travail. C’est un de ces problèmes complexes qu’il est plus simple de résoudre en décrétant que c’est la faute à quelqu’un. Dans le cadre de la compétition permanente, malheur au perdant (…). Outre le fait que ça élimine en priorité ceux qu’on estime être les moins utiles, ça incite ceux qui restent, quand on le leur demande gentiment, à courir plus vite » (La survie de l’espèce).

La survie de l’espèce

-Un essai dessiné incisif, humoristique et pas complètement désespéré –

One shot

Éditeurs : Futuropolis & Arte Editions

Dessinateur : Grégory MAKLES

Scénariste : Paul JORION

Dépôt légal : novembre 2012

ISBN : 978-2-7548-0725-8

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La survie de l’espèce – Jorion – Maklès © Futuropolis & Arte Editions – 2012

Demain, demain (Maffre)

Demain, demain
Maffre – Actes Sud BD – 2012

« Le bidonville Rue de la Garenne, dit la Folie, le plus vaste – 21 hectares – et le plus insalubre des bidonvilles de Nanterre, se situait sur les terrains de l’Etablissement Public pour l’Aménagement de la Défense (l’EPAD). Comme d’autres bidonvilles de Nanterre, le 7 Rue d’Equéant, Les Pâquerettes, le Petit Nanterre, il était relégué aux portes de Paris. En 1962, environ mille cinq cent ouvriers « célibataires » et quelques trois cent familles u habitaient, sans électricité, et sans eau courante. Pour tous, il n’y avait qu’une seule fontaine et qu’une seule adresse administrative : le 127 Rue de la Garenne » (Demain, demain)

Soraya est arrivée à Paris le 1er octobre 1962. Elle a fait le voyage avec Ali et Samia, leurs enfants. A l’aéroport, et parce que Kader n’arrivait pas, elle a fait comme il a dit. Elle a tendu le bout de papier qu’il lui avait donné la dernière fois qu’il était venu au bled et, comme il avait dit, elle a prononcé « Taxi ? ». Le taxi l’a emmenée, elle a traversé Paris, ses monuments. Les maisons se sont espacées, puis ont laissé place aux immenses terrains vagues et aux chantiers de construction. Dans le bidonville, son époux l’a conduite jusqu’à leur maison. Attendre, toujours attendre en espérant pouvoir sortir un jour de cette cabane sans eau courante ni électricité.

D’ici-là, il faut gérer le quotidien, les enfants, la nostalgie du pays… et comprendre ce que Kader a vécu depuis qu’il est en France… En Algérie, on croyait qu’il ramassait l’argent par terre et qu’il avait un bel appartement avec vue sur Paris.

Depuis quelques mois, j’éprouve de l’intérêt à lire des albums qui relatent la situation en Palestine ; les albums de Joe Sacco et Max Le Roy sont mes principales sources d’approvisionnement. Depuis quelques temps, j’ai également débuté une série de lecture sur l’immigration, essentiellement l’immigration magrébine des années 1950 à 1970. Je crois que le premier titre lu et qui se référait aux événements d’octobre 1961 était Meurtres pour mémoire. Plus récemment, j’avais eu envie d’échanger sur Les Mohamed. C’est cet ouvrage qui a été déclencheur et motivé mes recherches pour en lire (et en apprendre) plus encore sur ce sujet. Maintenant, je vais certainement m’orienter vers Octobre noir à moins que vos suggestions ne m’ouvrent de nouvelles pistes de lecture.

Laurent Maffre a commencé son parcours d’auteur BD en publiant dans la revue Shot. Publié en 2006, son premier album – L’homme qui s’évada – est une adaptation de l’ouvrage éponyme d’Albert Londres. Pour réaliser Demain, demain, il s’est servi des archives de Monique Hervo (que l’on voit d’ailleurs intervenir sur quelques scènes de l’album) ; en seconde partie de l’ouvrage, un texte de Monique Hervo, 127, Rue de la Garenne, qui contient ses photographies et quelques témoignages des immigrés qu’elle a côtoyé de nombreuses années à La Folie.

Par l’intermédiaire d’une famille algérienne, on suit donc l’histoire qui est celle de centaines de familles immigrées. Le prologue est le même : le chef de famille quitte le bled pour la France et son besoin de main-d’œuvre. Il envoie la majeure partie de son salaire à sa famille et passe moins de deux mois par an en leur compagnie. Quelques années plus tard, ils le rejoignent en France et constate avec effroi que leurs conditions de vie sont pires qu’au bled. Puis, c’est l’attente d’un relogement. Et pendant ce long laps de temps : l’humiliation d’être ignorés, la honte, le racisme…

L’histoire commence pour nous le 1er octobre 1962, jour de l’arrivée en France de Soraya et de ses deux enfants. Les 140 pages du récit principal emmèneront le lecteur jusque 1966, date à laquelle la famille est relogée dans un Centre de transit. Le récit contient de nombreux flash-back : souvenirs du personnage principal depuis son arrivée en France jusqu’à celle de sa femme, souvenirs du couple et de leurs amis en Algérie. Pas ou peu de voix-off si ce n’est certains encarts hors contexte, écrits par Laurent Maffre et présentant le contexte socio-politique ou décrivant le paysage de la Rue de la Garenne à l’époque des faits.

Pour illustrer son histoire, un trait fin et très fouillé. Un style graphique que je rapproche de celui de Simon Hureau. Les cases ont affranchies de contours, le blanc est une composante principale de la construction et introduit tantôt ses angoissantes effluves, tantôt la beauté de l’instant présent. Les descriptions visuelles sont détaillées, minutieuses. Elles rendent compte d’une émotion, d’une étendue (ce terrain vague est imposant, au moins autant que les engins de chantier qui creusent, aplanissent, amassent les monticules de terre et les déverse à la limite du bidonville, comme pour l’enterrer et le cacher à la vue du monde pour reprendre le constat formulé par un des protagonistes de l’histoire). Comme Hureau, le dessin a un cachet rare, ceci est certainement dû à la richesse des détails présents (les motifs d’un vêtement, l’étal d’un bouquiniste sur les Quais de Paris…), ce qui aide à recréer l’ambiance d’époque.

Une lecture que je partage avec Mango et les lecteurs BD du mercredi

PictoOKTrès bel album, très juste. On ne peut que s’indigner et saisir la réflexion que cet album propose : la France, pays d’accueil ?, le racisme…

Les Globe-croqueurs : blog (latent) sur lequel Laurent Maffre a publié certains de ses croquis.

Un article mis en ligne sur le site de l’éditeur présentant l’album (+ video à visionner).

Les chroniques : Revue XXI, Argali, Union sociale pour l’Habitat et Gridou.

Extraits :

« La Maison Départementale de Nanterre a été construite aussi loin que possible de la population. Dans la même enceinte, dans les années 1960, on trouve un hôpital et une prison désaffectée. Le bâtiment disciplinaire dépend désormais de la Préfecture de Police. Ils l’ont reconverti en Centre d’hébergement provisoire mais pour nous, c’est le pénitencier de La Misère. Les cellules ont l’eau courante et le chauffage. Mais on y place, dans la promiscuité, les familles, les marginaux, les nécessiteux. C’est là qu’ils purgent l’étrange peine que la société française inflige à ses sans-logis. Quant à la seconde non-solution. Le père et séparé de sa famille. Envoyé au Centre Nicolas Flamel avec les vagabonds. Sa femme et ses enfants sont placés ailleurs. Au Centre d’Accueil Pauline Roland à Paris. Si les enfants ont moins d’un an, la mère peut les garder avec elle. Sinon, on place ses gamins à l’Assistance Publique » (Demain, demain).

« Khelifa : J’ai le pays devant mes yeux. Alors que je marche sur un trottoir parisien sous la pluie, une forte bourrasque me rappelle que chez moi, le soleil me dardait le visage, me cuisait la peau. Ici, tout est gris, noirâtre. Au pays, tout est couleur de sable, puisqu’il pénètre tout » (127, Rue de la Garenne de Monique Hervo).

Demain, demain

-Nanterre – Bidonville de la folie, 1962 – 1966 –

One Shot

Éditeur : Actes Sud BD

Co-édition : ARTE

Dessinateur / Scénariste : Laurent MAFFRE

Dépôt légal : mars 2012

ISBN : 978-2-330-00622-8

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Demain, demain – Maffre © Actes Sud BD – 2012

Une métamorphose iranienne (Neyestani)

Une Metamorphose iranienne
Neyestani © Ca et Là – 2012

Le témoignage de Mana Neyestani débute en 2006. Il est alors dessinateur pour le compte d’un journal local iranien. Il propose chaque semaine un petit strip destiné à être publié dans le supplément jeunesse de l’Hebdomadaire. L’auteur mène jusque-là une vie sans grandes secousses, la principale difficulté est de faire face au manque d’inspiration, le fameux symptôme de la page blanche. Ce jour de 2006, une idée lui vient. Avant qu’elle ne se dissipe, il la couche sur papier. Il met en scène son personnage, un petit garçon espiègle, aux prises avec un cafard qui lui donne la réplique. Le strip est déposé à l’éditeur, validé par le rédacteur en chef. Dès le lendemain, quelques remous se font sentir. Ils ne cesseront de croitre dans les semaines suivantes.

« Le problème est que le cafard dessiné par Mana utilise un mot azéri. Les azéris, un peuple d’origine turc vivant au nord de l’Iran, sont depuis longtemps opprimés par le régime central. Pour certains, le dessin de Mana est la goutte d’eau qui fait déborder le vase et un excellent prétexte pour déclencher une émeute. Le régime de Téhéran a besoin d’un bouc émissaire, ce sera Mana. Lui et l’éditeur du magazine sont emmenés dans la Prison 209, une section non-officielle de la prison d’Evin, véritable prison dans la prison sous l’administration de la VEVAK, le Ministère des Renseignements et de la Sécurité Nationale » (extrait du synopsis de l’éditeur).

Étonnant parcours auquel on accède par le biais d’Une métamorphose iranienne. L’auteur parvient parfaitement à relater les faits et leur caractère invraisemblable tout en évitant l’écueil du pathos. Le récit est construit de manière chronologique et montre l’engrenage dans lequel Mana Neyestani a été pris corps et âme. L’effet est d’autant plus frappant qu’il resitue d’emblée les conditions dans lesquelles il a réalisé le strip polémique. Les événements qui se déroulent ensuite nous permettent rapidement de prendre la mesure du décalage entre l’intention de l’auteur (sans arrière-pensées, à visée humoristique) et l’interprétation que les politiques en font. On voit l’effet pervers du système, on assiste à la construction de cette stratégie qui n’a qu’un objectif : la manipulation de l’opinion publique.

C’est en lisant la chronique de Jérôme que le souhait de découvrir cet album est né. Comme lui, j’ai été sensible au graphisme de Neyestani qui m’a fortement fait penser à celui de  Joe Sacco. Le trait donne vie à des personnages expressifs, les jeux de hachures importants servent aussi bien à construire les décors qu’à doser l’ambiance. Cette dernière fait appel à une palette assez importante d’émotions : impuissance des uns, perversité des autres, incompréhension, colère… La narration se développe sur la base de planches de 3 bandes. Si cette ossature sert de base à la majorité des planches de l’album, on est régulièrement face à une découpe plus agressive qui vient rompre un rythme routinier. Pas de lassitude dans cette lecture qui mêle pertinemment tant les faits et éléments « objectifs » que les projections inconscientes de l’auteur (fantasmes, peurs, extrapolations…) qui viennent renforcer le sentiment d’impuissante qu’a ressenti Mana Neyestani. Il a été pris dans un engrenage infernal.

On passe rapidement les premières inquiétudes (peur de ne plus avoir le droit de publier…) qui laissent place à la première audition qui mène à une détention provisoire d’un mois… Une situation inextricable, une détention qui s’étire dans le temps et sans que Mana puisse faire appel à une quelconque aide extérieure ; l’avocat de la défense en charge du dossier fait preuve d’une incompétence effarante…

PictoOKCet album donne un regard sur les dysfonctionnements du système iranien, son sectarisme à l’égard de la liberté d’expression, son opportunisme et sa faculté à tirer profit d’un événement, même bénin.

Comment ne pas devenir fou après avoir vécu une telle expérience ?

Les chroniques de Jérôme et de David.

Extraits :

« Salaam, M. Neyestani. Je dois vous répéter combien je suis désolé de ce qui arrive. Nous pensons qu’il y a eu un malentendu, mais l’Azerbaïdjan ne l’entend pas de cette oreille. Mettez tout par écrit sans omettre aucun détail. Vous écrirez pourquoi vous avez dessiné ce cafard et utilisé un terme turc. Vous avez tout votre temps et un large stock de papier. Plus vous serez exhaustif, plus vous serez convaincant, plus vous vous rendrez service. (…) Nous poursuivrons notre conversation demain. Essayez de réfléchir à des motifs plus valides. (…) Pour nous, c’est le moment ou jamais de compléter nos registres avec ce que vous savez. Parlez-nous des dessinateurs iraniens que vous connaissez. Écrivez donc tout ce que vous savez sur eux » (Une métamorphose iranienne).

« La liberté, c’est votre frère qui vous attend les bras grands ouverts à la sortie de la prison. La liberté, c’est contempler tous les immeubles de votre ville à travers la vitre du taxi. Comme si vous les voyiez pour la première fois. La liberté, c’est rentrer à la maison et retrouver ceux qu’on aime » (Une métamorphose iranienne).

« – Combien de temps allez-vous nous garder ?
– Peut-être une nuit. Peut-être un mois » (Une métamorphose iranienne).

Une métamorphose iranienne

One Shot

Éditeur: Ça et Là

Dessinateur / Scénariste : Mana NEYESTANI

Dépôt légal : Février 2012

ISBN : 978-2-916207-65-0

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Une métamorphose iranienne – Neyestani © Ca et Là – 2012