Pendant que le loup n’y est pas (Gallardo & Van Gheluwe)

Gallardo & Van Gheluwe © Atrabile – 2016
Gallardo & Van Gheluwe © Atrabile – 2016

« Pendant que le loup n’y est pas » est l’histoire qui précède une rencontre. Celle de Mathilde et de Valentine. A cette époque, elles ont une dizaine d’années.

Début des années 1990. Les parents de Valentine décident de déménager à Bruxelles suite à un concours obtenu par la mère de la fillette.

Mathilde habite également à Bruxelles et même si les deux enfants ne se connaissent pas, elles vont vivre sensiblement la même chose. En effet, à cette période-là, des fillettes sont enlevées dans les rues de la ville. L’inquiétude monte chez les parents. Peu à peu, les fillettes perçoivent un changement dans leurs habitudes quotidiennes. Les jardins des maisons sont sécurisés, les parents se relayent pour encadrer le pedibus. L’incompréhension et la peur s’installent dans les conversations quotidiennes. Puis, les petits corps sont retrouvés, la colère gronde dans la bouche des parents. L’hystérie gagne toute la communauté bruxelloise, les adultes sensibilisent les enfants, leur interdisent de parler à des inconnus et de les suivre.

Mais lorsqu’on a 10 ans, qu’on est encore très pris par l’imaginaire propre à l’enfance, que réaliser un dessin est synonyme de voyage, que jouer à la poupée n’est qu’une prolongation de soi et que la sexualité est quelque chose qui nous est totalement inconnu, les propos des adultes ont de quoi terroriser. « Viol », « pédophilie », « mort » sont dans toutes les petites bouches. La question est traitée en cour de récréation. Chacune cherche à comprendre, à se représenter de quoi il en retourne. Progressivement, cette peur viscérale de l’enlèvement gangrène les jeux les plus anodins. Et chacune, à sa manière, observe son corps qui se transforme peu à peu et revêt les premiers atours qui la change doucement en femme. Des seins, de nouvelles rondeurs qui sont autant de tentations alléchantes pour le prédateur qui rôde dehors.

Pour le lecteur, tout commence dès le visuel de couverture. Que fait-elle cette petite fille en salopette rouge qui est accoudée au rebord de fenêtre. Attend-elle des amies qui sont en retard à la fête d’anniversaire ? Compte-t-elle à voix haute jusqu’au moment d’arriver à ce nombre exact qui lui octroi le droit d’aller débusquer les autres dans leurs cachettes ? Est-elle triste ? Regarde-t-elle un parent en train de partir pour le travail ? Pourquoi est-elle si songeuse, seule dans ce grand salon bleu ? On suppose, on est déjà dans la lecture en quelque sorte.

Puis on tourne cette couverture souple afin d’entrer dans l’album. On atterrit derechef dans le jardin d’une petite maison bruxelloise. Aux côtés d’une fillette, on observe la faune et la flore. Avec elle, on est fasciné par une colonne de fourmi qui avance de façon disciplinée. La vue d’une plume puis d’une toile d’araignée tendue entre les brins d’herbe nous fait rebondir d’idée en idée, d’action en action. Ailleurs, une autre fillette se rend à la hâte à la kermesse de fin d’année de son école. Elle et ses parents sont pressés, ils sont en retard et les festivités ont déjà commencées.

Les chapitres de l’album sont courts. A tour de rôle, ils alternent entre le récit de Mathilde et celui de Valentine. Chaque auteure illustre au crayon de papier leur histoire respective. Mathilde Van Gheluwe et Valentine Gallardo s’attardent dans un premier temps à décrire ce monde merveilleux et si précieux qu’est celui de l’enfance. L’importance de l’imaginaire, le naïf émerveillement à l’égard de ce qui les entoure. Un univers de tous les possibles qui se superpose en permanence à la réalité… deux mondes dont les contours sont perméables, la frontière entre l’un et l’autre se franchi sans aucune difficulté et de façon permanente.

Si les dessins de Mathilde Van Gheluwe et Valentine Gallardo se distinguent facilement, il est troublant de voir comment – à mesure que l’on s’enfonce dans le récit – ils parviennent à se confondre au point de n’en faire plus qu’un. Ainsi, les vies de Mathilde et Valentine se mélangent, renforçant d’autant les similitudes dans le fait de vivre cette période de la vie où l’enfant se détache doucement du monde imaginaire pour s’ancrer davantage dans la réalité. Et plus douloureux dans tout cela, c’est de voir à quel point la part d’onirisme est encore importante et que toutes deux avaient besoin d’encore un peu de temps pour opérer cette métamorphose. Les fantasmes du monde adulte apparaissent dans les jeux, l’histoire du soir est encore un instant privilégié dans la journée et ces loups – prédateurs chimériques de bien des contes – permettent encore de faire ce parallèle magique entre l’onirisme et la réalité… permettent encore d’atténuer tout ce qui est tangible derrière un voile de chimères, un soupçon d’abstrait… une métaphore.

Cependant, dehors, rôle un vrai prédateur de petites filles. Il existe, il est là en chair et en os et son ombre menaçante plane sur leur vie. Et ces fillettes qui hier encore faisaient de leurs poupées des reines de Saba en font peu à peu des femmes exposées à l’esclavagisme sexuel, à la séquestration. Leur corps sont désormais exposés à la souffrance, « prisonnières de ce monstre ! De ce fou dangereux !! ». L’inquiétude est là, le monstre a quitté les pages de leurs livres et s’est matérialisé réellement. Il rôde et connaît certainement leurs habitudes, c’est du moins les conclusions auxquelles elles arrivent, c’est comme cela que leurs peurs se matérialisent…

Peut-être même qu’il est déjà là, à observer ? A se demander laquelle de nous est la prochaine sur sa liste…

PictoOKUn ouvrage dans lequel la colère gronde et la peur bruisse en sourdine. Un ouvrage pour parler de la pédophilie. Atypique et prenant.

La chronique de Cathia.

Pendant que le loup n’y est pas

One shot

Editeur : Atrabile

Collection : Bile blanche

Dessinateurs : Valentine GALLARDO (et Tumblr) & Mathilde VAN GHELUWE

Scénaristes : Valentine GALLARDO (et Tumblr) & Mathilde VAN GHELUWE

Dépôt légal : janvier 2016

ISBN : 978-2-88923-039-6

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Pendant que le loup n’y est pas – Gallardo & Van Gheluwe © Atrabile – 2016

Wonderland (Tirabosco)

Tirabosco © Atrabile – 2015
Tirabosco © Atrabile – 2015

« Au début, il y a une forêt. La forêt de Blanche-Neige ou celle des tableaux de Caspar David Friedrich. Au fond de cette forêt, il y a un enfant qui dessine. Quand il dessine, le temps s’arrête et le monde autour de lui n’existe plus. Quarante ans ont passé. L’enfant dessine toujours mais le monde autour de lui a changé ».

Dès l’enfance, Tomasso Tirabosco dessine. Son univers imaginaire foisonnant est une source d’inspiration intarissable mais aussi un refuge dans lequel il se terre lors des disputes parentales ou pour fuir les colères de son frère.

« Ma chambre est mon sanctuaire, le lieu où je me réfugie quand ça tangue trop dehors ».

Album intimiste dans lequel Tom Tirabosco regarde le chemin parcouru et partage ses plus jeunes années. Le récit s’ouvre peu de temps avant sa naissance – lorsque ses parents se rencontrent – et se referme sur les dernières années adolescentes. La suite [de sa carrière], le lecteur la connait peut-être mieux et si ce n’est pas le cas, je vous invite à visiter le blog de l’auteur où un « petit » récapitulatif de son parcours vous attend.

Wonderland – Tirabosco © Atrabile – 2015
Wonderland – Tirabosco © Atrabile – 2015

Ouvrage autobiographique où le dessin rond et charbonneux nous installe immédiatement dans une ambiance intimiste. Profitant du calme ambiant et de la confidence, j’ai eu tôt fait de trouver ma place dans cette chronique familiale. Outre la question des liens que Tom a entretenus avec ses parents et ses deux frères, outres les souvenirs qu’il fait ressurgir du passé pour les coucher – par peur de les perdre ? Par besoin de faire le point ?… – il aborde avant tout son rapport au monde et à ceux qui l’entoure. L’auteur revient sur la dynamique familiale dans laquelle il a grandi et l’interroge au regard des liens qu’il entretient aujourd’hui avec sa famille (avec son frère cadet essentiellement). L’adulte revoit son passé sous le prisme de son regard d’enfant et tente d’y apporter le discours plus rationnel de l’adulte qu’il est devenu.

Wonderland – Tirabosco © Atrabile – 2015
Wonderland – Tirabosco © Atrabile – 2015

Tom Tirabosco témoigne également de la manière dont il s’est peu à peu construit sur le plan artistique. De ses premières références (Disney, Hergé…), il s’est ouvert à d’autres artistes. Des œuvres qui l’ont profondément marqué, comme « La jeune fille aveugle » de John Everett Millais par exemple, le travail de Mondrian ou de Burian. La sensibilité dont ont témoigné ses deux parents à l’égard de l’art pictural lui a permis de prendre en compte ce mode d’expression dès son plus jeune âge.

Enfin, son scénario contient des points de vue il intègre à son scénario des réflexions actuelles liées à un certain désenchantement pour la société dans laquelle il vit. Sans être moralisateur ou jugeant sur ces questions, sans critiquer l’éducation qu’il a reçue, Tom Tirabosco livre un témoignage touchant, troublant de simplicité où le lecteur trouve sa place sans aucune difficulté et sans aucune gêne.

PictoOKPictoOKVoyage dans le passé, tantôt onirique lorsqu’on explore les univers parcourus avec gourmandise par l’auteur, tantôt plus virils lorsque celui-ci se frotte à la rage de vivre de son jeune frère handicapé. C’est tout un univers d’enfant qui s’offre à nous et forcément que ça nous parle, forcément que cette confidence nous touche… et forcément, elle nous invite à repenser à notre propre enfance.

A lire. A dévorer même !

La chronique de Nathalie Bétrix et d’Ariel Herbez.

Extrait :

« Comment parler de qui je suis aujourd’hui sans évoquer les petites choses qui présidèrent à ma vie de dessinateur ? Je sais que chaque trait garde en lui un peu de ces souvenirs » (Wonderland).

Wonderland

One shot

Editeur : Atrabile

Collection : Ichor

Dessinateur / Scénariste : Tom TIRABOSCO

Dépôt légal : avril 2015

ISBN : 978-2-88923-029-7

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Wonderland – Tirabosco © Atrabile – 2015

La Gröcha (Adam)

La Gröcha
Adam © Atrabile – 2012

Emma va mal. Les trois mois d’arrêt maladie n’y ont rien fait. Elle reprend le travail à contre cœur, dort sur son bureau. Incapable de se concentrer, incapable de faire la part des choses et de faire taire la douleur qui gronde en elle…

Sa petite fille n’est plus, morte ou disparue ? Emma ne sait plus ce qui est réel et ce qui ne l’est pas… si bien que ses rêves l’envahissent.

J’ai abordé cet album comme le pendant des Enfants pâles dont je vous parlais avant-hier. Il y était question d’enfants assassinés par leurs parents. Grâce à ces meurtres, les adultes imaginaient soustraire leurs « petits » aux pires maux de la société (crise, famine, maladie, misère).

La Gröcha aborde le même sujet mais traité cette fois sous l’angle des adultes. La société est en crise en raison d’une épidémie foudroyante et mortelle. Les modes de contagions ne sont pas explicites, ce qui a tendance à rajouter de l’angoisse à l’angoisse (se transmet-elle par contact physique ? sexuel ? est-ce un virus ?…). Peggy Adam développe un scénario catastrophe où les autorités sanitaires semblent dépassées par la propagation alarmante de la maladie. L’auteur a installé l’Armée aux portes des villes afin de contrôler les allées-venues des populations. « Papiers sanitaires et carte d’identité ! » martèlent les soldats.

Les éléments narratifs, tels qu’ils sont introduits, maintiennent une tension et forcent le lecteur à rester sur le qui-vive. De même, l’incertitude qui plane autour de la fillette et les rêves de l’héroïne (on a du mal à percevoir s’ils relèvent du cauchemar ou de la prémonition) confortent ce ressenti. Enfin, le spectacle d’un couple à la dérive tente d’ancrer le lecteur dans une forme de réalité. La souffrance de ces personnages permet effectivement une forme d’identification.

J’ai apprécié cette intrigue mais l’absence de transitions entre les scènes décrites ôte tout fluidité à la lecture. Parfois, la compréhension de l’histoire m’a échappé. On avance par à-coups, on revient en arrière afin de vérifier que l’on n’aurait pas sauté une page…

D’un point de vue graphique, le trait est imprécis et maladroit. Pourtant, dans Luchadoras, le côté brut des dessins servait les propos. Ici, s’il renforce effectivement le sentiment d’insécurité déjà prégnant dans la narration, j’ai trouvé que l’angoisse était sur-jouée. Les lavis habillent les illustrations mais n’atténuent pas ce ressenti. Les magnifiques paysages des Alpes et les quelques répliques (pourtant chantantes) en romanche ne soulagent pas cette atmosphère oppressante.

Des temps de pauses sont pourtant présents. En recourant à des bouffées oniriques, Peggy Adam marque régulièrement des ruptures dans le développement de son scénario. En effet, elle intercale de brefs passages illustrés où les dessins sont léchés, les doux dégradés de gris permettent à la lumière de diffuser harmonieusement ses variations et où le temps semble suspendu dans un monde totalement silencieux. Je me suis longuement attardée sur ces planches pour tirer le maximum de bénéfices de ces temps de respirations qui aèrent le récit. Mais on manque malgré tout d’une vision d’ensemble de la situation qui permettrait de mieux appréhender les tenants et les aboutissants de cette vision cauchemardesque.

Une lecture que je partage avec Mango à l’occasion de ce mercredi BD

Allez découvrir les lectures des autres lecteurs !

PictomouiLe dénouement de l’album laisse le lecteur seul face à ses propres projections, libre quant à la conclusion à donner bien que son état d’esprit l’influencera fortement – je pense – dans l’orientation qu’il donnera à son imaginaire. Etrange album qui souhaite sensibiliser son lectorat sur les questions de santé publique. Pourtant, sa portée est ténue. En tant que lectrice, j’ai trouvé que l’ambiance angoissante développée dans l’album étouffait trop les propos de l’auteur… le message de sensibilisation passe au second plan.

Une découverte faite dans le cadre de La Voie des Indépendants, en partenariat avec Les Editions Atrabile.

Les chroniques : OliV, Planete BD.

La Gröcha

One shot

Editeur : Atrabile

Collection : Bile blanche

Dessinateur / Scénariste : Peggy ADAM

Dépôt légal : août 2012

ISBN : 978-2-940329-73-1

Bulles bulles bulles…

La preview sur BD Gest.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La Gröcha – Adam © Atrabile – 2012

Luchadoras (Adam)

Luchadoras
Adam © Atrabile – 2006

A Ciudad Juarez, de nos jours.

Alma travaille en tant que serveuse. Sa journée terminée, elle rentre chez elle retrouver Laura, sa petite fille, et Romel, son mec. Comme beaucoup d’hommes à Ciduad Juarez, Romel n’hésite pas, à la moindre contrariété, à frapper sa femme jusqu’à ce qu’elle se range au même avis que lui. Et vu que les femmes n’osent pas faire valoir leurs droits, rien ne fait obstacle à la toute-puissance de ces mâles en mal d’autorité. D’autant que dehors, la vie est une vraie jungle pour les femmes. Chaque jour, la Police enregistre de nouvelles disparitions de femmes voire d’adolescentes… chaque jour, de nouveaux cadavres ne font que gonfler le chiffre déjà alarmant de toutes celles qui ont subi des violences ; viols, mutilations, séquestration qui dure parfois des semaines,…

Il y a quelques temps, j’avais découvert Viva la Vida : los sueños de Ciudad Juarez, un album où Edmond Baudoin et Troub’s nous faisaient découvrir tout en finesse le quotidien de cette ville mexicaine. Suite à cette lecture, j’avais fait des recherches poure mieux me rendre compte de la situation, c’est ainsi que j’ai découvert la dure réalité de cette ville : des disparitions quotidiennes de femmes, des meurtres de femmes qui ont commencé en 2003, des cadavres mutilés qui en disent long sur les sévices qu’elles ont subi dans les jours ou les semaines qui ont précédé leur mort… Tout cela dans un contexte de guerre des gangs, de narcotrafiquants qui s’étripent pour grappiller une part du juteux marché américain de la drogue, une ville qui accueille chaque jour de nouveaux arrivants venue d’Amérique latine et qui rêvent de s’installer aux États-Unis, sans oublier les autres fléaux sociaux : chômage, précarité, squats, alcoolisme, corruption…

Heureux concours de circonstance : au moment même où je sortais de la lecture de l’ouvrage de Baudoin et Troub’s, Joëlle met en ligne une chronique d’album pour présenter Luchadoras. Sensibilisée au sujet, je décide donc de me procurer cet album qui rend hommage aux « lutteuses » de Ciudad Juarez (traduction de « Luchadoras » en référence à ces femmes livrées à elles-mêmes).

Le résultat : une claque !

Disons-le franchement : si j’avais découvert la situation à Ciudad Juarez par le biais de l’album de Peggy Adam, avec certitude : je n’aurais pas souhaité poursuivre sur le sujet (internet, BD ou n’importe quel autre support). La violence contenue dans cet album m’a sonnée. L’auteur aborde de manière frontale les conditions des femmes dans cette enclave mexicaine. La première scène nous permet d’ailleurs de faire la connaissance d’Alma, personnage principal du récit, alors qu’elle est en plein entretien avec Maria, bénévole dans une association qui aide les femmes à faire face aux violences conjugales qu’elles subissent. Lorsque Alma sort des locaux de l’Association, elle se retrouve nez-à-nez avec Romel qui la poignarde en plein jour, en pleine rue… une agression à laquelle personne ne semble réagir. Le reste de l’histoire telle qu’elle nous est présentée par Peggy Adam est dans la même veine, l’auteur ne s’encombre vraiment pas de fioritures inutiles, la violence n’est pas maquillée et agresse le lecteur.

Graphiquement, les illustrations de l’auteure renforcent le malaise. Cet album est réalisé en noir et blanc, les jeux de contrastes ne sont pas utilisés ce qui donne lieu à un graphisme assez « simple ». J’ai trouvé le dessin un peu « tassé » et même s’il y a des jeux de perspectives, les personnages sont pris dans le même bloc visuel que les décors en second plan. On a l’impression que l’auteur n’a pas réellement cherché à travailler ses personnages et ses décors et qu’elle nous les livre brut, ce qui renforce d’autant la dureté de l’album. Ce n’est pas le genre de dessins dont je raffole (inesthétique et grossier), il a tendance à alourdir un propos déjà bien chargé émotionnellement.

Pourtant, je trouve que le personnage d’Alma porte bien cette histoire. Le courage dont elle fait preuve est impressionnant, mais je ne suis pas sure que ce genre de personnalité soit réellement représentative de ce qui se passe à Ciudad. En effet, pour avoir visionner quelques reportages sur ce sujet, on sent que les femmes s’indignent de la manière dont elles sont traitées mais la peur les enferme dans un silence pesant. Elles constatent, elles pleurent la mort de leurs proches mais n’osent pas juger et se refusent à dénoncer… la peur au ventre.

Une lecture que je partage avec Mango et les lecteurs des

MangoPictoOKLe résultat : une lecture qui percute, des haut-le-cœur à plusieurs reprises durant la lecture, un malaise. Tout à fait le genre d’album que je conseillerais à quelqu’un qui s’intéresse à la situation de Ciudad Juarez, pas vraiment le genre d’album que je conseillerais aux autres lecteurs. L’album déroute et, contre toute attente, propose cependant une fin ouverte qui donne la touche d’optimisme salutaire.

Les avis de Joëlle, Solenn, du9.

Luchadoras

Challenge Petit Bac
Catégorie Loisir/Sport

Éditeur : Atrabile

Collection : Bile blanche

Dessinateur / Scénariste : Peggy ADAM

Dépôt légal : octobre 2006

ISBN : 294032929X

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Luchadoras – Adam © Atrabile – 2006

Château de sable (Levy & Peeters)

Château de Sable
Lévy – Peeters © Atrabile – 2010

C’est l’été, les vacances et l’occasion de venir en famille passer une journée à la plage. Le petit Félix a fait un cauchemar cette nuit-là, il a réveillé sa sœur et ses parents à une heure très matinale… ça tombe bien au final, la famille va pouvoir profiter pleinement de cette journée si particulière…

Ce n’est quand même pas si courant de lire Fred Peeters quand il n’est pas à la fois au dessin et au scénario. J’ai vérifié (tout de même) pour être sure de pas vous dire de bêtises et sur les 15 séries qu’il a publiées (j’exclus le collectif de 2007), il a réalisé les deux tiers de sa bibliographie absolument seul. Château de sable vient donc s’ajouter à la liste de ses collaborations, aux cotés de RG (co-scénarisé avec Pierre Dragon), Koma (scénarisé par Pierre Wazem), Friture et Les Miettes (scénarisés par Ibd Al Rabin).

Château de Sable m’a fait penser à un film de François Ozon (Sitcom) : on y perd la notion du temps. On est pris dans une bulle et on se laisse guider, avide de connaître l’histoire.

Pas évident non plus de vous parler de Château de Sable sans trop en dire pour ne pas vous gâcher le plaisir. Le mieux c’est de laisser les auteurs en parler :

PictoOKPictoOKUne réflexion sur le temps qui passe à lire de toute urgence !

Château de Sable

One Shot

Éditeur : Atrabile

Collection : Bile Blanche

Dessinateur : Frederik PEETERS

Scénariste : Pierre Oscar LEVY

Dépôt légal : octobre 2010

ISBN : 978-2-88923-008-2

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Château de Sable – Lévy – Peeters © Atrabile – 2010

Ruminations (Peeters)

Ruminations
Peeters © Atrabile – 2008

« iwishyouamerrychristamsiwishyouamerrychristmas

iwishyouamerrychristmas… and a Happy New Year ! »

Et voilà, on rentre de nouveau dans l’univers de Frédérick Peeters d’une manière un peu atypique puisque cet album est un recueil de nouvelles. Ainsi, 26 histoires courtes publiées entre 1998 et 2007 se succèdent, campant des univers variés : reportage, récit autobiographique, fable futuriste, essai philosophique, critique de société, polar… Il m’a donc été difficile de vous faire une sélection de visuels tant les ambiances sont différentes.

En postface, le mot de l’auteur :

 » Soyons francs. J’aurais pu retravailler quelques histoires que je trouve datées, ou faire une sélection plus drastique. Mais je me rappelle mon grand-père qui me disait que lorsque l’on entreprend quelque chose, on le fait jusqu’au bout ou pas du tout. D’ailleurs, la preuve, mon grand-père a fini par se suicider. Bref. C’est comme l’histoire de la chaise bancale. On commence par scier un bout de pied, puis deux, et on se retrouve finalement le cul par terre. J’ai donc décidé de livrer ma chaise telle quelle, un poil déglinguée, soit, mais avec les pieds d’origine. Elle fera bien le bonheur de quelques antiquaires scrupuleux. A signaler toutefois que certaines couleurs ont été rafraichies en quadrichromie, les bichromies de base n’étant techniquement plus présentables.

Bonne lecture ».

En petit antiquaire scrupuleux, je me suis donc lancée dans cette lecture. Voici un aperçu du sommaire si vous voulez vous faire une idée du contexte initial de publications :

Les histoires sont de qualité inégale, plus ou moins passionnantes, plus ou moins intéressantes. Mon coup de cœur va au « Petit Pays du bonheur » : le narrateur est un chien qui habite sur une île paradisiaque du Pacifique (euh… je crois) et il nous décrit la lente invasion des touristes : « il me semblait qu’ils ne venaient que pour se montrer… que c’était pour eux le moyen de grappiller un peu du bonheur de mon monde… comme on grignote un gros gâteau, petit-à-petit… pour n’en laisser finalement que des miettes… ».

Des différences visibles dans la qualité des dessins, ce qui est assez normal compte tenu de la fourchette de 9 ans qui sépare la plus ancienne de ces nouvelles  (février 1998) et la plus récente (janvier 2007). L’occasion de découvrir des facettes de cet auteur que je ne connaissais pas : deux BD-reportages et 4 BD muettes ou quasi muettes (présence d’onomatopées). Des apparitions de ci – de là de références à la BD franco-belge comme Nestor (nouvelle sans titre publiée dans Écritures n° 14 de février 2004). La couleur fait son apparition dans le dernier quart de l’album mais on voit-là des bichromies/quadrichromies assez basiques incomparables au travail qui avait été réalisé sur Pachyderme.

Une difficulté à entrer dans certain de ces récits, c’est trop bref pour du Peeters, parfois frustrant. En revanche, certaines nouvelles se  suffiront amplement de  leurs 6 planches pour faire passer le message.

PictoOKJ’ai bien aimé mais je ne suis pas très objective car Frédérick Peeters est un auteur que j’affectionne tout particulièrement.

Une lecture pour les BD du mercredi de Mango.

Extraits :

« Chaque jour, elle choisit d’être heureuse… ou pas… en fonction des informations du matin… Lætitia avait besoin de sa dose quotidienne de références préfabriquées, comme un bébé de son biberon » (Ruminations).

« Et puis chaque soir, je me couche… je laisse la lumière allumée… je me claquemure dans ma tête… j’oublie la cage… j’oublie mes mains… j’oublie mes doigts… j’amarre mes yeux au plafond… et je me dis que vivre, c’est soit rêver, soit se souvenir… qu’il n’y a pas d’autres choix et que ma seule angoisse, c’est de perdre la mémoire ou de me réveiller » (Ruminations).

Ruminations

One Shot

Éditeur : Atrabile

Collection : Fiel

Dessinateur / Scénariste : Frederick PEETERS

Dépôt légal : mars 2008

ISBN : 978-2-940329-87-8

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Ruminations – Peeters © Atrabile – 2008