Manolis (Glykos & Antonin)

En 1922, Manolis a 7 ans lorsque les troupes turques entrent dans le village de sa grand-mère. Armés de sabres et de fusils, ils n’épargnent rien sur leur passage. En quelques heures, le village est laissé à l’état de ruine… les corps des habitants gisent par terre, certains sont à l’agonie tandis que d’autres sont passés de vie à trépas. Les hommes, pour la plupart, ont été égorgés. Les femmes ont été violées. Les survivants quant à eux sont rassemblés en troupeau tremblant sur la place central du village, la tête courbée en signe de soumission.

« A cause de la guerre et des hommes qui la font (…), un coin de rêve peut devenir en quelques instants un lieu de cauchemar. »

Jusque-là, Manolis ne connaissait les affres de la guerre que par le qu’en-dira-t-on, les messes basses des adultes et les jeux des enfants de son âge.

« S’il y avait la guerre, je la laisserais pousser… »

En l’espace d’à peine une demi-journée, l’enfance heureuse de Manolis n’est plus qu’un lointain souvenir.

Jusque-là, il s’épanouissait entre amour familial et traditions culturelles. Son cœur faisait de drôles de pirouettes à la vue de Nevra, son ventre se régalait des loukoums achetés au marché et les jours passaient à relever des défis d’enfants ou à aider à la maison.

Puis la guerre s’installa dans le quotidien sans avoir pris la peine de s’annoncer…

… laissant derrière elle son cortège de familles meurtries, endeuillées, éparpillées aux quatre vents.

Vint alors la nécessité de fuir pour se mettre en sécurité, échapper au conflit, au génocide. Migrer loin des troubles. S’exiler. Immigrer. Etre contraint de vivre dans un lieu impropre à la vie quotidienne. Vivre en communauté, par grappe… entassés dans des salles de classes qui ont été réquisitionnées pour contenir le flot d’étrangers. Se heurter à une nouvelle culture, une nouvelle langue. Devoir s’intégrer pour survivre. Mendier. Pleurer aussi pour décharger un peu de cette souffrance qui dévore le corps et l’esprit.

Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, l’armée turque de Mustafa Kémal écrase l’armée grecque, bien décidée à reconquérir son pays démantelé. « Manolis » est le récit poignant d’une guerre fratricide entre deux communautés (turque et grecque) qui cohabitaient jusque-là au quotidien. L’histoire de Manolis, c’est la conséquence de ces guerres balkaniques qui a aboutit à la « Grande Catastrophe » … ce chambardement fou qu’a subit l’Asie Mineure dans les années 1920.

Cet album est l’adaptation du roman d’Allain Glykos, « Manolis de Vourla » publié en 2005 aux éditions Quiquandquoi. Il met en lumière, à hauteur d’un enfant de 7 ans (le père d’Allain Gylkos), toute l’incompréhension que la population grecque a pu avoir à l’égard de la situation. Au cœur des terres, la population n’a pas su/n’a pas pu anticiper/imaginer la guerre avec le peuple turque. Et pour l’enfant narrateur, c’est l’incompréhension qui domine face à ces rancunes tenaces entre deux peuples qui vivaient jusqu’alors côte-à-côte.

Le propos est simple et sincère. La petite voix de l’enfant se met vite à nous raconter les faits. On l’entendrait presque se confier à notre oreille, dire sa peine, sa peur, sa naïveté. Raconter comment il a été balloté le long des routes de son pays… des routes qu’il se plaisait à prendre à dos d’âne et qui sont, en un battement de cil, devenues des prisons à ciel ouvert. Des mouroirs où les hommes tombent d’épuisement à force de marcher et de subir de mauvais traitements. Des routes jalonnées de corps que personne n’a pris le soin d’enterrer – faute de temps – et dont les mouches se délectent.

Le propos est parfois simpliste mais il suffit de se rappeler qu’il s’agit-là du témoignage d’un petit enfant de 7 ans pour chasser les désagréments des ellipses narratives. Le récit fait la part belle, malgré le contexte historique, à la poésie et à l’imaginaire puisque l’enfant n’hésite pas à s’échapper dans son monde pour apaiser sa peine. Il se réchauffe en faisant remonter quelques souvenirs à sa mémoire comme ces pentes dévalées dans une carriole de fortune en riant à gorge déployée, ces après-midis passés aux côtés de sa grand-mère ou l’histoire d’Ulysse qu’il n’avait de cesse de lire et de relire… Un récit fragile, à fleur de peau. La sensibilité est présente à chaque page, tout comme ce refus obstiné de plier sous le poids de la fatalité.

Le travail d’Antonin au dessin est d’une douceur incroyable. Le trait est fluide. Il campe à la fois les décors de cette Grèce de l’époque et les trognes expressives des personnages, nous permettant de ressentir beaucoup d’empathie pour chaque protagoniste… et cette envie folle de serrer le personnage principal dans nos bras pour le réconforter et le mettre à l’abri. Les illustrations sont tantôt sombres, tantôt elles dorent à la lumière du soleil, collant ainsi à l’état d’esprit du narrateur qui oscille constamment entre cette peur sourde qui l’oppresse et l’envahit… et l’insouciance de l’enfance qui le remplit après avoir entendu les paroles rassurantes de sa grand-mère avec qui il fait l’expérience de l’exode.

« Manolis » est l’histoire du père de l’auteur (scénariste). Elle raconte le courage d’un enfant désireux de retrouver ses parents, un enfant qui a besoin de l’amour des siens pour grandir, un enfant désireux d’apprendre à lire et à écrire, de faire des études…

« Je veux apprendre. Peut-être cela m’aidera-t-il à mieux comprendre ce qui nous est arrivé. »

Cette histoire de guerre et d’exode a un siècle. Elle est malheureusement toujours d’actualité… Hier les Juifs, les Grecs, les Arméniens… des drames qui se rejouent aujourd’hui inlassablement.

Manolis 
One shot
Editions Cambourakis
Scénariste : Allain GYLKOS
Dessinateur : ANTONIN
Dépôt légal : mai 2013, 192 pages, 20 euros
ISBN : 978-2-36624-040-5

La Gigantesque barbe du mal (Collins)

Il envahit la première de couverture ou plutôt, sa gigantesque barbe sur laquelle trône une tête à la taille ridiculement petite. A quel voyage nous convie cet album ?

Collins © Cambourakis – 2014
Collins © Cambourakis – 2014

Un homme élague un arbre tandis que les badauds disciplinés poursuivent leur chemin en l’ignorant. Non loin, un modeste travailleur solitaire rentre chez lui, dans sa discrète maison située dans un quartier pavillonnaire. Ce soir-là, il mange seul comme à chaque fois. Il avale machinalement ses légumes tout en griffonnant quelques croquis sur son carnet à spirales. Griffonne ? Pas vraiment, car si l’on se penche sur ses dessins, on constate qu’il a pris le temps d’observer l’élagueur ainsi que chaque détail croisé sur son chemin.

Dave est le nom de cet homme. Un homme légèrement dodu et totalement imberbe – à un poil près. Un homme ordonné, méticuleux, ritualisé. Un homme qui est vigilent au fait que toute chose soit exactement à sa place, que tout soit constamment ordonné. Et Dave n’est pas un cas isolé parmi les habitants de l’Ile d’Ici. La maniaquerie excessive est collective.

« Ici, chaque arbre était parfait. Chaque rue était parfaite. La forme même de Ici était parfaite ».

Le problème des gens d’Ici, c’est la mer. Aucun d’entre eux ne l’apprécie. Pire, elle leur fait peur. Car seule la mer les sépare de . Là étant l’exact contraire d’Ici : chaos, désordre et mal.

La Gigantesque barbe du mal – Collins © Cambourakis – 2014
La Gigantesque barbe du mal – Collins © Cambourakis – 2014

Sur le ton du conte et avec pour seul accompagnement une voix-off assez monocorde (les passages dialogués étant rares dans cet ouvrage), le lecteur suit cette lecture presque dépourvue de soubresauts narratifs. A l’instar de ce monde automatique, j’ai eu l’impression d’être moi aussi bien rangée, trop calme face à cette lecture qui glisse et – fait étrange car assez rare – bien assise sur mon siège… agacée par le caractère simpliste du propos. On nous sert un cloisonnement presque enfantin des choses, opposant l’organisé à l’insoumis, le propre au chaos, l’esthétique au mal… Heureusement, le lecteur aguerri et persévérant est d’avance convaincu quant au fait que Dave, malgré son côté « mouton de Panurge » parfaitement assumé, va mettre son grain de sel dans cet agencement policé où rien ne bouge ou plutôt, va laisser un poil au fond de la baignoire parfaitement astiquée. C’est une évidence… charge à l’auteur de nous surprendre vis-à-vis d’une intrigue qui semble cousue de fil blanc.

C’est donc avec une impatience non dissimulée que j’ai guetté le remue-ménage escompté. Car bien évidemment, l’homme de la couverture ne peut-être que Dave, et cela doit signifier qu’un bout de Là est arrivé Ici, et comme Là est associé au Mal, cette barbe devrait faire grand bruit. CQFD. [C’est plat ce que je vous raconte mais je me mets au credo du scenario]. Rassurez-vous, je n’ai pas spoilé, juste supposé. A elle seule, la couverture en a montré plus que ce que je n’en ai dit !

Ainsi, en l’espace d’à peine deux mois, le trajet d’un employé jusqu’à son bureau qui, par exemple, se retrouvait dévié, ne passait plus par le monde connu soigné et maîtrisé d’Ici, mais par un monde méconnaissable.

Progressivement, la simpliste dissociation des choses s’adoucit, tout comme cette désagréable impression que l’intrigue – aussi excentrique soit-elle – n’est pas en mesure de me surprendre. Pour autant, la lecture reste morne et propose une chronique sociale où tout le monde passe au crible. Scientifiques, pseudo-experts, médias, presse people, politiciens, armée… l’auteur montre leur incapacité à raisonner, leur habileté dans l’art de tergiverser et tout simplement, leur incapacité à agir de façon constructive et à réfléchir de manière intelligente. Un peu comme nos sociétés actuelles qui sont chapeautées par des hommes issus du monde de la politique, de la finance (et je vous laisserais compléter la liste). Malheureusement, le scénario de Stephen Collins manque de petites excroissances auxquelles le lecteur pourrait se raccrocher. La narration reste monocorde, son rythme est ennuyeux.

La Gigantesque barbe du mal – Collins © Cambourakis – 2014
La Gigantesque barbe du mal – Collins © Cambourakis – 2014

Stephen Collins déroule avec soin les événements qui ont lentement conduit une société à se désorganiser. Une perte de repères progressive mais totale. Ou comment la survenue d’une barbe peut amener au chaos !  Des illustrations ravageuses apparaissent ponctuellement, promettant au lecteur une suite susceptible de l’accaparer. Il suffit juste d’attendre que « tout change »… pour pouvoir enfin s’immiscer dans cet univers trop bien huilé, trop bien rangé, trop virtuel.

Et si Là était Ici depuis le début ? Et si Là n’était pas un lieu mais une force du chaos et du désordre présente partout, tapie derrière les choses, maintenue à distance par l’ordre et le rangement, une sorte de lave qui chercherait une brèche pour sortir. Et si elle avait trouvé cette brèche, Dave ? Et si cette brèche c’était vous ?

A la moitié de l’album, la transformation est entamée mais bien que l’intérêt pour la lecture se consolide timidement, il ne se concrétise pas entièrement. Il me semble que Stephen Collins effleure son sujet. « La gigantesque Barbe du Mal » est une fable « passe-partout » que tout un chacun pourrait lire. Le récit manque de mordant et s’il dispose d’une quelconque profondeur, cela tient essentiellement à la capacité du lecteur à prolonger une réflexion qui est presque chuchotée.

Ce qu’il y a de frustrant, c’est d’être convaincu du potentiel de cette histoire mais de constater que l’auteur n’a pas pris la peine de lui donner la force qu’elle requérait. Les sourires amusés que l’on compte sur les doigts d’une main et quelques illustrations remarquables [elles nous font immanquablement penser à des planches de Shaun Tan ou de Charles Burns] ne m’ont pas permis d’atténuer la déception provoquée par ce livre.

PictomouiUn ouvrage qui manque de mordant. Une prise de position plus acerbe de la part de l’auteur aurait été la bienvenue.Une lecture qui passe, qui m’a laissée insatisfaite. Pourtant, cela part de sujets sensibles : la peur de l’Autre, la peur de la différence, la peur de ce qui est étranger. Presque 250 pages pour finalement bien peu de plaisir.

La chronique de David Fournol et celle de Caroline.

Lecture mensuelle retenue avec l’équipe k.bd

kbd

Extraits :

« Sous la surface des choses, en-dessous de leur peau, se cache quelque chose que nul ne connaît. Le rôle de la peau, c’est de tout envelopper et de ne rien laisser passer » (La Gigantesque Barbe du mal).

« Car finalement, Ici bas, tout au bout du bout, à la lisière des choses, tout le monde a besoin d’un truc. D’une habitude. Un moyen de faire taire le tumulte. Quelque chose de prévisible et de familier qui empêche de penser à Là. Quelque chose qui, grâce à dieu, fasse barrière au désordre des rêves » (La Gigantesque Barbe du mal).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Taille : gigantesque

La Gigantesque barbe du mal

One shot

Editeur : Cambourakis

Dessinateur / Scénariste : Stephen COLLINS

Dépôt légal : novembre 2014

ISBN : 9782366241136

Bulles bulles bulles…

 

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La Gigantesque barbe du mal – Collins © Cambourakis – 2014

La fin du vandalisme (Drury)

Drury © Cambourakis – 2013
Drury © Cambourakis – 2013

Scènes de vies quotidiennes en pleine campagne américaine, dans un Comté du Midwest.

On accompagne Dan Norman (shérif du Comté de Grouse) dans la gestion des affaires courantes : une enquête pour appréhender le responsable de la disparition d’engins agricoles, retrouver la mère du petit Quinn (ce nourrisson abandonné dans un caddie de la supérette Hy-Vee de Margo), encadrer les travaux d’intérêt public d’Albert (fils d’un fermier du Comté qui a vandalisé le château d’eau)…

On rencontre également Louise au moment où elle décide de rompre avec Tiny (délinquant notoire). Nous allons découvrir comment cette femme reconstruit sa vie après son divorce.

La fin du vandalisme est un récit choral de Tom Drury. Ce roman d’environ 360 pages fait intervenir pas loin de 70 personnages différents. Le couple de personnages principaux (Dan et Louise) est initialement utilisé pour permettre d’accueillir chaque nouveau protagoniste. Passé le premier tiers de l’album, ce n’est plus le cas. En effet, le lecteur se repère dans ce microcosme et l’arrivée de tel ou tel se fait naturellement.

De fait, il faut un bon moment avant d’entrer dans l’histoire qui, au vu de la multiplicité des intervenants, peut sembler décousue. Car si l’intrigue se construit ressentiment autour de la présence de Dan et Louise, le lecteur devra repérer les noms des personnages secondaires ainsi que les noms des villes du Comté : Margo, Boris, Grafton, Mixerton… Nous sommes effectivement et régulièrement amenés à suivre Dan dans ses déplacements professionnels ou à être pris dans les allées-venues de Louise.

Il m’a donc fallu du temps avant de pouvoir investir les uns et les autres et me sentir à l’aise dans cet univers. Cependant, les ramifications entre les personnages sont permanentes ; on croise chaque individu régulièrement et dans différents contextes ce qui permet de s’approprier chacun d’entre eux assez facilement.

La fin du vandalisme développe des scènes de vie du quotidien. Il y a peu d’action, le rythme du récit est assez constant avec quelques rares passages où l’on est saisit par la tension du moment ; dans ces instants, on ressent de l’inquiétude pour le personnage. Je pense notamment à ce passage où l’on se trouve avec Louise dans sa ferme isolée ; la jeune femme vit seule et, par une nuit d’hiver, elle aperçoit quatre hommes qui se dirigent prestement vers sa maison… Je me rappelle aussi de ce passage où, à la suite d’un appel anonyme très avare en informations, Dan mène tambours battants une recherche pour retrouver un nourrisson abandonné dans un caddie d’un des supermarchés de la région.

J’ai apprécié cet ouvrage qui n’a pas été sans me rappeler Essex County et ce pour plusieurs raisons : les deux histoires se déroulent dans le Midwest, ce sont deux récits chorals, deux scénarios presque dépourvus de scènes d’action et deux univers dans lesquels le lecteur met du temps à entrer et à se repérer. Les pièces du puzzle narratif trouvent lentement leur place mais avec une fluidité étonnante. Finalement, l’atmosphère qui plane sur ces fiction nous permettent de nous sentir à l’aise. La fin du vandalisme est le premier tome d’une trilogie que j’ai très envie de poursuivre. Les deux autres tomes (Hunt in dreams et Pacific) ne sont pas encore traduits en français.

PictoOKAvec beaucoup de subtilité et un humour pince-sans-rire, Tom Drury nous permet d’explorer un univers réaliste. Son écriture est descriptive et contient de nombreux détails qui permettront au lecteur de matérialiser les personnages aussi bien que leur environnement (couleurs, emplacement des objets, sons, formes…). Le lecteur devra pourtant faire preuve de patience pour s’approprier cet univers et y trouver sa place. Une bonne cinquantaine de pages sont nécessaires pour se situer face à la déferlante de personnages que l’auteur installe. Pourtant, au bout du compte, cette lecture s’avère très agréable et assez prenante.

Un ouvrage lu dans le cadre de La Voie des Indépendants, un événement organisé par Liblfy et Mediapart, en collaboration avec l’éditeur.

La voie des Indépendants 2013
La voie des Indépendants 2013

« Au fil des déplacements de Dan et Louise apparaît une singulière tapisserie de relations entre quelques soixante-dix protagonistes. Par des dialogues et des descriptions tantôt ironiques, tantôt absurdes, précis et poétique, Tom Drury rend ces personnages tous plus attachants et pittoresques. Il entrelace les fils narratifs de manière virtuose, excelle à faire jaillir le sens – souvent comique – des plus infimes détails, laisse les conversations s’étirer… Tom Drury est drôle sans jamais être sarcastique ou cynique : cet humour et cette bienveillance accompagne ses personnages (…) » (extrait du dossier de presse).

La chronique de Ted sur le site Un dernier Livre avant la fin du monde ainsi que la chronique du site Unwalkers et de Première. D’autres chroniques en consultant l’article dédié à l’album sur le site de La voie des Indépendants.

La fin du vandalisme

Roman traduit de l’américain par Nicolas Richard

Editeur : Cambourakis

Collection : Literature

Auteur : Tom DRURY

Dépôt légal : août 2013

ISBN : 978-2-36624-051-1

Iron ou la guerre d’après (Vidaurri)

Vidaurri © Cambourakis – 2013
Vidaurri © Cambourakis – 2013

Tout a commencé avec une preview, celle de BDgest qui mettait en avant l’ouvrage au moment de sa sortie. Un titre que je me suis rapidement procuré avant de le laisser végéter quelques semaines dans ma PAL pour l’en extraire prestement après avoir lu la chronique d’Yvan.

« Dans un pays de neige et de glace, les vainqueurs de la guerre civile ont fini par imposer leur ordre. Un petit groupe d’activistes tente de résister à l’oppression, et prépare un attentat.

C’est James Hardin, un lapin, qui est le cerveau – et l’agent principal – du complot. Il a dérobé des documents ultra secrets au siège même de l’état major. Le général Hanslowe est furieux, et charge Calvin Engel – un tigre – et Pavel – un corbeau -, de poursuivre le lapin. Mais les coéquipiers ne s’apprécient guère : Engel est convaincu que Pavel est un traitre, il fera tout pour le prouver, quitte à manipuler des témoins » (synopsis éditeur).

Une déception.

Pourtant, on entre facilement dans cet univers. En guise d’introduction, un long passage muet qui permet au lecteur de prendre peu à peu ses marques dans un décor hivernal. Le vent gifle l’unique personnage (un lapin vêtu d’une simple chemise) qui avance dans cette nature enneigée et hostile. Le froid semble le transpercer, on ressent les morsures glaciales du climat. Les teintes bleutées du jour qui décroît progressivement se marient au blanc immaculé de la neige. L’ambiance graphique est léchée, soignée.

« Enfin ». Ce premier mot est lâché par cet homme exténué, comme une première victoire que nous partageons avec lui à la vue d’une maison isolée. La nuit vient de tomber et cette demeure s’annonce comme un refuge providentiel. Déjà, après quelques instants de lecture, j’ai perçu à quel point cet album était prometteur : on perçoit l’état d’esprit du personnage, on ressent des sensations physiques, on a de l’empathie… La scène qui suit nous livrera quelques éléments importants : le lapin connait cette demeure ainsi que ses occupants, il vient livrer des documents secrets qu’il a dérobés. Mais sitôt les dialogues engagés, j’ai déchanté.

Il est question d’une guerre passée dont on ne saura rien si ce n’est qu’elle a divisé le pays en deux camps. Que le conflit c’est achevé suite à un coup d’état, l’Armée est désormais au pouvoir et que des militants œuvrent en faveur de la démocratie. Il est aussi question de secret d’Etat, de camps, d’amis d’enfance qui ont pris des directions opposées, d’une « cause »…

Beaucoup de confusion dans ce scénario qui effleure son sujet et dénonce du bout des lèvres les dérives d’un système, les désillusions et les espoirs d’une frange de la population. Je suis restée sur ma faim en raison des nombreux non-dits : réserve ou pudeur de J-M Vidaurri de ne pas s’engouffrer dans le jugement hâtif ? Volonté de proposer une réflexion universelle et intemporelle ?

Ce que je déplore, c’est d’avoir eu l’impression d’être face à l’ébauche d’un récit. L’intrigue manque de consistance, le lecteur n’a pas assez d’éléments pour se situer correctement dans cet univers. On perçoit les personnages plus qu’on ne les voit évoluer, j’ai trouvé qu’ils manquaient de charisme. Quant à leur propos, ils sont parfois trop concis, s’appuient trop sur les non-dits et la traduction est parfois approximative. En somme, il y a un peu trop de mystères dans cette histoire, je l’ai effleurée. « Oui mais Iron ou la guerre d’après est le premier album de J-M Vidaurri ! » me direz-vous… Certes… et je vous répondrais que cette lecture est bien trop frustrante pour trouver du plaisir à la lire.

« Ce que l’auteur fomente avec cette « guerre d’après », c’est la mise à nu des consciences vacillantes, quand la fron­tière entre héroïsme et lâcheté, conviction et cynisme ne tient qu’à un fil » (Telerama)…

 … mais l’ensemble manque de rythme, le scénario est avare en transitions et dépourvu d’indicateur temporels, les questions fusent en permanence : quel est le laps de temps qui sépare certaines scènes ? Pourquoi untel a-t-il trahi son camp… qu’y gagnait-il ? Comment des enfants sont-ils arrivés en prison orphelinat ? Comment untel a-t-il appris cette information ?… Sans compter qu’on ne sait rien de cette fichue « vieille guerre » et que l’on en vient inévitablement à constater que cette guerre n’a apporté que désillusions et rancœurs.

pictobofUn monde finalement assez silencieux et hermétique. Une lecture assez frustrante. Accepter cette tranche de vie éphémère presque anecdotique, accepter de ne rien maitriser tant les rebondissements sont imprévisibles voire incompréhensibles… Ce livre me dépasse, je l’ai effleuré, je n’ai accroché à aucun des personnages croisés. Qu’il soit lâche, patriote ou même militant… en presque 160 pages, ces créatures-là sont restées de parfaites inconnues.

La chronique d’Yvan et celle de Dinoaw.

Une lecture que je partage avec Mango

Logo BD Mango Noir

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Objet : iron

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Iron

One shot

Editeur : Cambourakis

Dessinateur / Scénariste : Shane-Michael VIDAURRI

Dépôt légal : avril 2013

ISBN : 978-2-36624-033-7

Bulles bulles bulles…

La preview sur BDGest.

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Iron ou la guerre d’Après – Vidaurri © Cambourakis – 2013

Frances, tome 1 (Hellgren)

Hellgren © Cambourakis – 2008
Hellgren © Cambourakis – 2008

Au décès de son père, la petite Frances doit quitter la campagne pour aller vivre chez sa tante Ada. Cette dernière s’occupe déjà du grand-père sénile mais la maison est suffisamment grande pour accueillir convenablement la petite orpheline.

Mais Frances s’ennuie. Elle a  quitté sa maison, ses amis et même si elle se sent en confiance avec cette tante qu’elle ne connaît pas, Frances se trouve bien seule. Elle occupe le temps, va frapper chez la voisine d’en face, va à l’école…

Pourtant, l’arrivée de Frances change les habitudes quotidiennes de la maison et chacun trouve ses nouveaux repères…

L’album met beaucoup de temps à ses mettre en place. S’il y a peu de personnages et que le lecteur se repère facilement dans cet univers, il y a une passivité et un fatalisme dans le scénario qui teinte le récit et qui ne permet pas de profiter d’une lecture entrainante. Les personnages sont réservés, froids, et seule la personnalité de Frances – curieuse, cherchant le contact et la chaleur de ses proches – va permettre à cette petite cellule familiale recomposée de profiter d’un souffle d’air frais. Globalement, rappelez-vous d’Heidi lorsqu’elle doit quitter la montagne de son grand-père pour descendre habiter à la ville chez cette tante autoritaire… ! Ici, le tableau est un peu moins noir mais une chape de silence pèse sur cet huis-clos où le poids des conventions alourdit l’atmosphère.

frances0102Au final, de quoi parle Frances ? D’une enfant qui cherche la vérité à propos de son père et d’une adulte qui court après la vie dont on l’a dépossédée. Frances parle aussi de sentiments et d’espoirs parfois illusoires. En toile de fond, on découvre un lourd secret de famille qui donne un peu de consistance à cette tranche de vie.

Côté graphique, je n’ai pris aucun plaisir à découvrir ces dessins réalisés au crayon de papier. Si la découpe des planches est assez opérante et donne une bonne dynamique au récit, les illustrations sont maladroites et grossières. Le trait difforme vient rogner le plaisir de lecture, il n’invite pas le lecteur à marquer des temps d’arrêt pour contempler les illustrations. Cela manque de justesse et de finesse. L’absence d’esthétisme graphique porte préjudice au récit.

PictomouiCet album est le premier tome d’un triptyque. Malgré les griefs que je formule à l’égard de cet album, sa lecture m’a toutefois donné envie de découvrir la suite. Je suis intriguée et satisfaite du dénouement de cet opus qui propose une scène inattendue, offrant ainsi au scénario un rythme que l’on attendait plus.

Lecture mensuelle d’avril pour kbd.

kbd

Du coté des challenges :

Tour du monde en 8 ans : Suède

Tour du Monde en 8 ans
Tour du Monde en 8 ans

Frances

Triptyque terminé

Episode 1

Editeur : Cambourakis

Dessinateur / Scénariste : Joanna HELLGREN

Dépôt légal : octobre 2008

ISBN : 978-2-916589-24-4

Bulles bulles bulles…

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Frances, tome 1 – Hellgren © Cambourakis – 2008

Chroniks Expresss #3

J’ai trop tardé à rédiger des chroniques d’albums lus pendant l’été et je ne suis plus en mesure de leur dédier un article spécifique. Petit aperçu de ces lectures :

Loin d'être parfait
Tomine © Guy Delcourt Productions – 2008

Loin d’être parfait d’Adrian Tomine (publié chez Delcourt – 2008)

L’histoire de Ben Tanaka, un jeune trentenaire qui partage sa vie entre Miko (sa petite amie), Kim (sa meilleure amie lesbienne) et son cinéma (il en est le gérant). Les parents de Ben sont d’origine japonaise et tout autour de Ben baigne entre les deux cultures (asiatique et américaine). Miko et Kim ont également cette double culture mais lorsqu’elles abordent le sujet, Ben se braque. Il rejette cette double appartenance.

Ben, crois-tu que la vie est aussi rationnelle que ce qui sa passe dans ton cerveau ?

J’ai trouvé le personnage de Ben horripilant. Il est mou, mal dans sa peau, ambigu. Les questions de l’appartenance culturelle et de l’identité sont intéressantes, le regard de l’auteur est pertinent mais Adrian Tomine nous fait tourner en rond. J’avais lu des avis positifs sur cet album (Yvan, Chronicart,…). Une réflexion certes intéressante mais un univers ennuyeux et fade. A personnage distant, lecteur distant.

Lucky Luke contre Pinkerton
Pennac – Benacquista – Achdé © Lucky Comics – 2010

Lucky Luke contre Pinkerton de Daniel Pennac, Tonino Benacquista et Achdé (publié chez Lucky Comics – 2010)

Lucky Luke poursuit sa route de justicier solitaire mais il a dorénavant un concurrent : Allan Pinkerton. Ce dernier, aidé par ses hommes de main, est vraiment efficace. Ses résultats sont impressionnants, la population carcérale augmente à vue d’œil. Parvenant à obtenir un entretien avec le Président des États-Unis, Lucky Luke voit sa situation tourner à son désavantage. Le justicier solitaire se retrouve à la retraite.

Excellent Lucky Luke. Le scénario est excellent, il mélange les styles, injecte des références de ci-de là le tout saupoudré d’un humour vraiment appréciable. Au passage, l’album nous fait réfléchir sur les notion de tolérance zéro, de délation, d’abus de pouvoir,… Très bon !

Matsumoto © Cambourakis – 2010

La fille du bureau de tabac de Masahiko Matsumoto (publié chez Cambourakis – 2010).

Ce manga est un recueil de 11 nouvelles ayant pour thème les sentiments. D’une tranche de vie à l’autre, on explore le quotidien de différents personnages, hommes ou femmes, de tous âges confondus. Certains sont au centre d’une ou deux des histoires de cet album.

La sixième nouvelle donne son nom à l’album pourtant, ce récit est loin d’être celui qui m’a le plus marqué.

Écrites dans les années 1970, le contenu de ces récits dénote réellement. On y parle de sexe assez crument et le lecteur est à mille lieues de retrouver le ton respectueux et mesuré de la plupart des mangas. La qualité des récits varie beaucoup mais tous traites des relations hommes femmes (flirt, mariage arrangé, concubinage, relation adultère…). Les dénouements sont assez abrupts, les scénarios alambiqués. J’ai eu beaucoup de mal avec le graphisme très grossier, certains personnages apparaissent dans plusieurs historiettes mais il est impossible de les reconnaître physiquement. En revanche, je suis impressionnée par la pertinence de ces portraits d’hommes et de femmes. Réalisés il y a plus de 40 ans, on ne ressent absolument pas le décalage. Une réflexion très actuelle sur les relations amoureuses.

Un avis complet sur cet album chez Nina.