Low Moon (Jason)

Low Moon
Jason © Carabas – 2008

Low Moon est un recueil de 5 histoires aux genres variés.

Pour commencer Émilie vous passe son bonjour nous accueille dans un huis-clos entre deux personnages. L’un d’eux est Émilie (??), l’autre est le tueur à gages qu’elle engage pour liquider des hommes… mais nous n’en connaitrons pas la raison. Le contrat entre Emilie et cet homme semble obliger la jeune femme à se dévêtir toujours un peu plus devant lui. Étrange et malsain…

Low Moon nous emmène ensuite au Far-West pour un duel entre le shériff et Big McGill. Un regard amusé et amusant sur ces affrontements mythiques de nos bons vieux westerns spaghetti. J’ai lu cette nouvelle avec ce petit refrain dans un coin de ma tête. Original et rempli de néologismes.

& nous emmène aux États-Unis aux côtés de deux hommes : l’un est un amant éploré qui ferait tout pour que sa belle accepte de l’épouser. L’autre a pris place au chevet de sa mère mourante. Un récit que j’ai eu du mal à suivre.

Proto film noir nous projette dans un monde d’hommes de cro-magnons qui vivent dans de coquettes maisons. Un adultère et une répétition étrange des événements qui m’a fait penser au « Jour de la marmotte » avec Bill Murray. Je ne suis pas sure d’avoir compris la morale de l’histoire.

Tu es là est traite du lien père fils, de la question de l’éternel recommencement, des désillusions… sur trame de Science-fiction. L’intrigue est simple, l’histoire linéaire et la morale déprimante.

Après avoir lu J’ai tué Adolf Hitler, j’ai voulu poursuivre sur Jason, me disant là que j’avais trouvé un bon filon et que ses récits n’étaient pas si inaccessibles qu’ils en paraissaient. A la lecture de Low Moon, je fais un peu marche arrière puisqu’un seule de ces nouvelles n’a réellement retenu mon attention : celle qui donne le nom à cet album. Low Moon est, semble-t-il, le nom de cette petite ville dans laquelle le personnage principal arrive en train, après s’être acquitté d’une longue peine en prison. Dès le début, la tension est palpable et les principaux protagonistes repérés. Le suspens est délicatement dévoilé, nous laissant pendant un bon moment de lecture avec nos interrogations. Des néologismes apparaissent ça et là : téléphone portable à l’oreille d’un badaud ou client qui commande un déca au saloon. Le récit s’agence autour du duel qui s’annonce, distribuant les rôles aux différents personnages et disposant les décors pour qu’ils lui servent au mieux…. le tout se solde avec une morale déroutante mais délicieuse.

Pour les quatre autres nouvelles, je fais la fine bouche. Ici encore, j’apprécie le travail de colorisation effectué par Hubert (qui était déjà intervenu sur J’ai tué Adolf Hilter) et qui rend ces récits en partie accessibles. Mais le contenu de ces histoires met mal à l’aise… à commencer par la première nouvelle que je trouve assez malsaine sur le fond. Impossible compréhension de &,  ce qui est du en partie aux choix de présentation des visuels puisque Jason a organisé chaque double page ainsi :  à droite l’histoire d’un homme (teintes gris/noir/bleu) et à gauche l’histoire de l’autre (teintes jaune/marron). Nous suivons donc ces deux hommes, chacun restera dans son « monde » sans que jamais leurs histoires ne se recoupent. Le rythme des deux récits s’accélère au même moment et cela devient un vrai charabia à lire et à regarder. Triste morale qui nous est proposée sur la fin. Cela se compliquera encore avec Proto film noir, récit macabre que je trouve déprimant et qui m’a rappelé avec nostalgie les épisodes de la série La Quatrième dimension… bien que cette adaptation qui en est faite soit assez médiocre. Enfin pour Tu es là, je trouve le récit pathétique et tout autant déprimant que… la majorité des nouvelles du recueil !

Au niveau graphique : décors minimalistes et vignettes mettant en avant un détail unique. Des visuels qui nous surprennent parfois au détour d’une planche. On ressent très bien les émotions des personnages et cela tient à peu de choses : un rictus ou une petite moue, deux gouttes de sueur qui perlent sur la tempe ou le front qui se plisse, des regards éberlués. Et toujours des personnages d’une immense tristesse. Inlassablement, la fascination que Jason « semble avoir » pour la mort le pousse à la personnifier dans ses récits.

PictomouiDéçue ! Voilà bien mon sentiment sur cet album que je pensais plus agréable. J’ai du mal à me résoudre à laisser partir un personnage sans l’avoir compris ou à refermer un livre sans avoir perçu le message que l’auteur voulait faire passer. Pourtant, avec Jason, il faut l’accepter et, à la longue, je trouve cela assez agaçant.

Low Moon & autres histoires

One Shot

Éditeur : Carabas

Dessinateur / Scénariste : JASON

Dépôt légal : novembre 2008

ISBN : 978-2-351-00495-1

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Low Moon & Autres histoires – Jason © Carabas – 2008

J’ai tué Adolf Hitler (Jason)

J'ai tué Adolf Hitler
Jason © Carabas – 2006

Jason construit réellement des BD atypiques. Celle-ci ne déroge pas à la règle. L’auteur nous propose cette fois un voyage teint d’uchronie et de science-fiction sur trame de thriller… le tout baignant en plein monde anthropomorphique. Quel programme !

Imaginez un monde où les armes à feu sont très répandues, les gens se font liquider en pleine rue, de jour comme de nuit. Le personnage principal est un tueur à gages d’une trentaine ou d’une quarantaine d’années, peu importe son âge à vrai dire. Dans son bureau, se succède une foule de gens demandant pour des raisons loufoques, la mort d’un proche, d’un ami, d’un collègue. Mari trompé, fillette jalouse de son frère, collègue vexé… Tous estiment que la réparation du préjudice moral, matériel ou financier qu’ils ont essuyé ne peut être résolue que par la disparition de la personne incriminée. Un jour, un homme entre et lui demande de tuer Adolf Hilter… le héros va devoir remonter le temps.

Les quelques lectures de Jason m’avaient laissé un goût amer en bouche. J’en ressortais généralement sans aucune certitude sur la bonne/mauvaise compréhension que j’avais pu en avoir, me laissant mi-figue mi-raisin quant à la possibilité de lire de nouveau cet auteur. C’est donc assez réfractaire, mais soucieuse de ne pas  rester sur un  a priori à l’égard de cet auteur, que je me suis procuré J’ai tué Adolf Hitler.

Univers intrigant, personnages mélancoliques, et toujours ce trait minimaliste de Jason qui fait ressortir la tension, les sentiments et les émotions. L’uchronie n’est pas l’élément centrale du récit. Ce dernier s’en nourrit pour avancer et nous surprendre.

Je ne sais pas quelle est la part de responsabilité à attribuer à la colorisation (réalisée par Hubert), mais je suis très facilement entrée dans cette lecture. A l’aide de teintes assez vives, Hubert a campé une atmosphère agréable voire conviviale, malgré l’étrangeté du récit. Exit donc les ambiances oppressantes et angoissantes du Char de Fer et de Mauvais Chemin… bonjour convivialité et plaisir de lecture. D’autant que pour une fois, le récit de Jason ne m’a pas laissé sur le seuil de la porte à attendre vainement une opportunité d’entrer. Pourtant, il y aurait eu matière puisqu’un illogisme majeur est présent dans le scénario. Volontaire ou non ? On lui reconnaîtra l’avantage de permettre à l’intrigue de ne pas être surchargée de quiproquos inutiles. Acceptons la particularité des univers imprévisibles de Jason, où rien n’est fait selon les repères conventionnels auxquels nous sommes habitués. Acceptions-le d’autant que cet illogisme ne vient pas freiner la compréhension de l’intrigue.

Un album qui m’avait permis d’échanger avec Catherine (ici) et David (). Il intègre donc de ce pas les albums que je découvre dans le cadre du challenge PAL sèches.

PictoOKParticuliers, atypiques, étranges… les albums de Jason se suivent sur ce diapason mais ne se ressemblent pas.  Voici un auteur qui a un rapport particulier à la mort, une fascination qu’il ne rend pas toujours accessible à son lecteur mais, pour la première fois, je l’ai lu sans avoir eu l’impression de m’être égarée dans un jardin secret qui n’est pas le mien. Terrible morale qu’il offre ici sur la vie, les remords, les regrets… mais était-ce bien ce qu’il y avait à comprendre ??

L’album a obtenu l’Eisner Award du Meilleur album en 2008.

Je vous propose un lien vers l’avis de Catherine.

J’ai tué Adolf Hitler

Roaarrr ChallengeOne Shot

Éditeur : Carabas

Dessinateur / Scénariste : JASON

Dépôt légal : octobre 2006

ISBN : 2-351-00178-8

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

J’ai tué Adolf Hitler – Jason © Carabas – 2006

A l’Ouest de Tokyo (Naïto)

A l'Ouest de Tokyo
Naïto © Carabas – 2004

Michan et Naïto sont mariés depuis peu, bien qu’ils se connaissent depuis 7 ans. Le plaisir d’être ensemble et de s’aimer s’émaille progressivement. Une forme de routine tue leur relation à petit feu.

Naito est mangaka, Michan travaille dans une entreprise. Leur maison est le lieu de leurs retrouvailles quotidiennes, leurs horaires décallés ne leur permettant pas de s’aimer comme ils le voudraient. Ils apprennent progressivement à trouver des repères de vie malgré ces contraintes, ils pensent avoir trouvé une harmonie quand soudain… tout bascule.

Une vie faite de petits riens, où se côtoient pèle-mêle des moments de bonheur et des périodes de doutes. Une certitude de pouvoir compter sur l’autre à tout jamais, émaillée par une peur au ventre quant à l’idée de perdre l’autre. Tout comme Gainsbourg, un  » Je T’aime, moi non plus  » résumerait bien des choses.

Entre habitude et lassitude, Yamada NAITO nous décrit sa perception spéciale du couple.

C’est la première BD que je lis d’une auteure mangaka. Le rythme est différent des mangas que j’ai lu jusqu’à présent et je dois dire que le style de NAÏTO prend au dépourvu. Tout d’abord, j’ai eu l’impression de ne pas y comprendre grand chose. Le récit est assez saccadé. Les passages passé-présent sont mal marqués. On passe d’une scénette à l’autre sans transition. On saute d’une discussion entre deux personnes à une réflexion/pensée intime de Michan ou de Naïto, sans avoir eu le temps de dire « Ouf ». On voit les personnages nous livrer leurs inquiétudes, leurs angoisses, et cette introspection s’arrête brusquement pour partir sur l’assaisonnement d’un plat de pâtes ou la nécessité d’aller faire pisser Mirza !! On ne gère rien et on ne situe pas ce qui est du passé, du présent ou du futur.

Bref, cette forme de récit est assez atypique et le graphisme l’est tout autant. On reconnaît mal les personnages, souvent méconnaissables d’une case à l’autre, souvent androgynes aussi.

Quelle désagréable impression de ne rien maîtriser du récit.

L’originalité de l’album tient au fait que Yamada utilise des photos pour ses fonds de cases. Parfois les photos restent brutes, parfois l’auteur accentue d’un coup de crayon certain reliefs ou certains détails architecturaux. Les personnages sont superposés sur ces fonds, de manière plus ou moins harmonieuse. Des dessins au crayons gras, des aquarelles… se côtoient dans les planches. Est-ce là un style qui va se développer ?

Ais-je aimé ? je suis incapable de le dire ! Je ne crois pas. Je suis incapable de savoir si j’ai lu une réflexion sur le sens de la vie, le sens des valeurs, le sens du partage ou si c’était un essai philosophique ? Ce qui est certain, c’est que cette lecture ne laisse pas indifférent.

Une interview de l’auteur.

Extrait :

« Si parfois une angoisse me prend, ce n’est pas le fait d’être seule… c’est plutôt de ne plus penser qu’on est deux personnes différentes. Comme mes parents qui ne s’en apercevront qu’à la mort de l’un d’eux  » (A l’Ouest de Tokyo).

A l’Ouest de Tokyo

One Shot

Éditeur : Carabas

Collection : Alternative

Dessinateur / Scénariste : Yamada NAÏTO

Dépôt légal : octobre 2004

ISBN : 2-914203-67-5

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

A l’Ouest de Tokyo – Naïto © Carabas – 2004