Quand le cirque est venu (Lupano & Fert)

Lupano – Fert © Guy Delcourt Productions – 2017

Dans ce pays si triste, un despote fait la loi. Il règne ici en maître, décide de vie ou de mort sur ses sujets, décide de tout et absolument tout ! L’ordre est le maître mot à respecter et l’ordre, c’est lui.
Aussi, lorsqu’il apprend qu’un cirque vient s’installer non loin, il s’agace. Pourquoi ci ? Pourquoi ça ? « Ils viennent d’où ? Ils vont où ? Ils restent jusqu’à quand ? » Et le pire c’est qu’à toutes ses questions, personne n’a de réponse, même pas ses plus grands généraux.

Et c’est pourquoi j’ai pensé que peut-être il serait qu’il s’émerveille et qu’il rigole un grand coup, le peuple. Car quand le peuple rigole un grand coup, il accepte plus facilement sa vie difficile…

Ainsi convaincu par son Ministre du Divertissement, le Dictateur n’a pas d’autre choix que de les laisser s’installer. Le grand chapiteau se monte et la première représentation est annoncée. Bien sûr, le dictateur assistera au spectacle. Il a pris soin de préciser à la troupe de saltimbanques que c’était sous conditions, une question de limites à ne pas dépasser en leur faisant une petite démonstration d’autorité.

Un pays bien dirigé a des tas de limites ! (…) Il y a des choses qu’on ne peut pas faire ! Il y a des choses qu’on ne peut pas dire ! Il y a des choses qu’on ne peut pas PENSER !

Confiante, la troupe se prépare et le soir venu, une fois tout le monde installé, acrobates, dompteurs, magiciens, clowns défilent un à un pour présenter leur numéro. Mais dépourvu d’humour, le dictateur paranoïaque et égocentrique juge que toutes ces prestations nuisent à son prestige. Un à un, les troubadours vont être emprisonnés, jusqu’à ce que l’improbable se produise.

Très beau texte de Wilfrid Lupano qui explique ce que peut-être une dictature et les conséquences sur une société. Les enfants ont ainsi tout loisir de mesurer à quel point ce type de régime est nocif pour le bien-être de tous et nuit aux libertés : liberté d’agir, de penser, de sortir, de… rire ! Avec son humour si juste, il fait comprendre simplement, sur le ton de la farce, ce qu’est un dictateur et le danger que cela représente que tous les pouvoirs soient dans les mains d’une seule et même personne. Et quoi de mieux pour faire comprendre toute cette violence à des enfants que de la mettre face à ce qu’il y a de plus ludique et magique pour eux : un cirque ?

Jolie démonstration, aucun de jeux de force si ce n’est l’image de ce dictateur gesticulant et hurlant qui se ridiculise face à des saltimbanques pacifiques. Passé l’étonnement provoqué par cette attitude surprenante, l’enfant se pique au jeu et se moque du despote. Les langues se délie et le scénario se déplie, naturellement. Il montre pourtant toutes les aberrations d’un tel régime : la peur qu’il suscite pour gouverner un pays, ses caprices qui donnent naissent à des lois et sa soif inaltérable de pouvoir et d’argent.

Stéphane Fert accompagne parfaitement ce récit au pinceau. Les ocres dominent et parviennent facilement à détourner cette froideur pourtant ambiance. La peur est ténue, l’ambiance électrique mais la présence des gens du cirque et ce trait parviennent vite à chasser la dureté de ce monde.

Un album drôle et pertinent, aussi juste que loufoque. C’est, il me semble, un petit bijou à mettre entre les mains des enfants (à partir de 7 ans).

La chronique de Noukette.

Quand le cirque est venu

One shot
Editeur : Delcourt
Collection : Les Enfants gâtés
Dessinateur : Stéphane FERT
Scénariste : Wilfrid LUPANO
Dépôt légal : mai 2017
24 pages, 14.50 euros, ISBN : 978-2-7560-9421-2

Bulles bulles bulles…

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Quand le cirque est venu – Lupano – Fert © Guy Delcourt Productions – 2017

Strangers in Paradise, intégrale 1 (Moore)

Moore © Guy Delcourt Productions – 2017

Katchoo et Francine sont amies depuis le collège. Aujourd’hui, elles ont 25 ans et elles partagent un appartement en colocation. A deux elles arrivent à s’en sortir, entre les périodes de chômage et les petits boulots. Francine file l’amour presque parfait avec Freddie. Quant à Katchoo, éternelle solitaire, elle traîne dans les musées et consacre son temps libre à peindre ses propres tableaux. C’est au détour d’une galerie d’art qu’elle fait la connaissance de David avec qui elle va se lier d’amitié.

Au début en tout cas, tout semble assez simple. Mais c’est au début et on sait toujours qu’il ne faut pas se fier aux apparences. La vie n’est pas un long fleuve tranquille et Terry Moore se charge de nous le démontrer. Alors que Francine s’apprête à fêter son premier anniversaire avec Freddie, ce dernier rompt brutalement, excédé que sa compagne refuse tout rapport sexuel. Et tandis que Francine sombre dans une grosse dépression, Katchoo se retrouve nez-à-nez avec des individus qu’elle avait fuis. Dix ans après les faits, Katchoo se retrouve donc à devoir expliquer ses erreurs passées.

« Strangers in paradise » est une série de Terry Moore assez connue outre-Atlantique. Il a commencé à l’écrire en 1993 et terminée 14 ans plus tard. C’est un soap-opera avec des épisodes à rebondissements multiples. Le ton du récit est assez entraînant, parfois verbeux sur certains passages que j’aurais aimé un peu aérés au niveau graphique. Le trait de Terry Moore est agréable, expressif mais j’ai à plusieurs reprises eu des difficultés pour reconnaître au premier coup d’œil certains personnages. L’illustrateur renouvelle peu son style, utilise en permanence les mêmes détails pour les visages, les mêmes silhouettes parfois… les blondes se ressemblent toutes et les brunes… je les ai confondues entre elles.

Si « Strangers in paradise » avait déjà été publié en France par différentes maisons d’éditions, c’est Delcourt qui offre à la série un second souffle en proposant une parution de la totalité de la série en trois intégrales. Ce tome est donc le premier d’une trilogie. Il est conséquent et volumineux (600 pages).

Pour tout dire, j’ai eu du mal à accrocher sans toutefois avoir envie de le passer par la fenêtre. Je trouve que l’auteur a cherché à injecter trop de sujets dans sa saga. On a de la romance, de l’amitié, une gentille critique de société, des questions d’identité sexuelle, une enquête policière, du suspense, des rebondissements à gogo, des histoires de corruption et de manipulations diverses, de la violence, du sexe, de l’alcool… J’ai suivi avec intérêt l’histoire centrale qui raconte cette amitié forte entre les deux héroïnes mais les histoires secondaires m’ont souvent agacées. En préface, Terry Moore revient rapidement sur la genèse de ce récit : « J’ai commencé à écrire Strangers in Paradise parce que je ne trouvais rien de comparable en librairies. Je mourais d’envie de lire une histoire d’amour, d’amitié, de bravoure… et du courage de se lever chaque matin et de tout recommencer. »

Alors je reconnais que Terry Moore a l’art d’épicer le quotidien de ses personnages de façon assez surprenante. Disons que ce n’est pas difficile de s’identifier à elles, leur quotidien est réaliste… mais compte-tenu tout ce qui se passe, on est plutôt face à une fiction bon enfant peuplée de personnages un peu soupe-au-lait. Et puis on a aussi des explosions de colère à certains moments, des caprices excessifs, des dérapages, des pétages de plombs, des égos de certains qui sont surdimensionnés…

Disons que j’ai lu mais les passages qui ont retenu mon attention ne font pas le poids par rapport au reste.

La preview de l’album.

Une lecture commune que je partage avec Jérôme.

Strangers in Paradise

Intégrale 1
Trilogie en cours
Editeur : Delcourt
Collection : Contrebande
Dessinateur / Scénariste : Terry MOORE
608 pages, 45 euros, ISBN : 978-2-7560-9327-7

Bulles bulles bulles…

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Strangers in Paradise, intégrale 1 – Moore © Guy Delcourt Productions – 2017

Les albums partagés aujourd’hui à l’occasion de la BD du mercredi :

Jérôme :                                    Cristie :                                 Pati Vore :

 Nathalie :                                  Nathalie :                                       Maël :

Stephie :                                 Amandine :                               Bouma :

Sabariscon :                                Sabine :                               Noukette :

Caro :                                  Soukee :                                    Sandrine :

Khadie :

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Gold Star Mothers (Grive & Bernard)

Grive – Bernard © Guy Delcourt Productions – 2017

7 Mai 1930, New-York.

Un paquebot s’apprête à prendre la mer. A son bord, des dizaines de femmes qui ont accepté l’invitation du gouvernement à traverser l’océan, la première traversée des « Gold Star Mothers ». Elles partent en pèlerinage. Elles vont en France pour se recueillir sur la tombe de leurs fils, de leurs maris ou de leurs frères qui sont morts pendant la Première Guerre Mondiale. Elles vont voir pour la première fois la tombe de leurs soldats et ainsi poursuivre le long processus de deuil qu’elles ont entamé depuis plus d’une décennie.

Pendant le voyage, les amitiés se nouent et les langues se délient. C’est pour elles l’occasion de témoigner du parcours de leur proche, de mettre des mots sur l’absence, sur le deuil, sur cette impossible manque causé par la disparition d’un homme de leur famille.

Un album hommage réalisé dans le cadre du centenaire de l’entrée des Etats-Unis dans la Première Guerre Mondiale. Catherine Grive est une habituée des documentaires à destination des jeunes publics et des publics adultes. « Gold Star Mothers » est l’occasion pour elle de revenir sur un sujet qu’elle avait déjà abordé dans les années 1990. A cette période, elle était partie « sur la trace d’une histoire familiale, un aïeul disparu dans les premiers jours de la guerre de 1914-1918, à l’origine d’un Guide des Cimetières militaires en France aux éditions du Cherche-Midi [1999] » (extrait de la présentation de l’auteur sur le site de La Maison des Ecrivains et de la Littérature).

Catherine Grive nous propose de suivre ses femmes via un journal de bord que l’une d’entre elles aurait pu rédiger pendant ce mois de pèlerinage. De l’embarquement à New-York au recueillement sur la tombe d’un cimetière militaire en Meuse, des faits marquants ponctuent chaque journée : une rencontre, un atelier, une cérémonie, une discussion… Quelques personnages secondaires témoignent – en aparté – de la représentation qu’ils ont de ces mères-courage, permettant ainsi au lecteur de mieux appréhender l’émotion palpable qui était ressentie durant ces traversées.

Je m’attendais à une ambiance assez mortifère (compte-tenu de l’aspect symbolique du voyage, de l’huis-clos du paquebot…). Il n’en est rien. Certes, certaines femmes sont d’une grande fragilité mais leur émoi n’est pas pesant. Elles ont saisi l’opportunité de réaliser ce voyage qu’elles vivent pleinement (non sans appréhensions). Elles se soutiennent dans cette démarche et le dessin fragile et sensible de Fred Bernard et ses couleurs fruitées viennent justement donner du relief et de la consistance à cette envie de tourner la page, à ce besoin de faire le deuil de leurs enfants/conjoints.

Un album agréable dans lequel la mélancolie et la tristesse ne parviennent pas à alourdir l’atmosphère.

J’espère que vous avez passé un bel été. La « BD de la semaine » reprend aujourd’hui. Vous pouvez retrouver toutes les participations chez Noukette !

Gold Star Mothers

One shot
Editeur : Delcourt
Collection : Mirages
Dessinateur : Fred BERNARD
Scénariste : Catherine GRIVE
Dépôt légal : août 2017
112 pages, 16.95 euros, ISBN : 978-2-7560-7938-7

Bulles bulles bulles…

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Gold Star Mothers – Grive – Bernard © Guy Delcourt Productions – 2017

Chroniks Expresss #32

Bandes dessinées : Strange Fruit (M. Waid & J.G. Jones ; Ed. Delcourt, 2017), Une sœur (B. Vivès; Ed. Casterman, 2017), Le Coup de Prague (J-L. Fromental & M. Hyman ; Ed. Dupuis, 2017).

Jeunesse : Le petit Mozart (Augel ; Ed. La Boîte à bulles, 2017).

Romans : Le Monde selon Garp (J. Irving ; Ed. Seuil, 1998), Les Rêves en noir et blanc (H. Vernet ; Is Edition, 2016), Le Roi n’a pas sommeil (C. Coulon ; Ed. Points, 2014), Celle qui fuit et celle qui reste (E. Ferrante ; Ed. Gallimard, 2017).

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Bandes dessinées


Waid – Jones © Guy Delcourt Productions – 2017

1927, état du Mississippi. Le fleuve est en crue. Il s’agit de prendre les mesures nécessaires rapidement, de renforcer les digues et de mettre la population à l’abri. Alors que les Blancs enrôlent les Noirs de force afin de leur prêter main forte, Washington mandate un ingénieur noir pour alerter la population : rien ne sert de consolider les infrastructures… il faut évacuer.
La ville de Chatterlee est en alerte. Au sol c’est le branle-bas de combat, entre les travaux de terrassement et les recherches menées pour retrouver un jeune garçon qui a disparu. Dans les airs, une météorite se rapproche dangereusement vite de la Terre et se crash non loin de la petite ville… dans un champ de coton. Une météorite ? Non. Un vaisseau duquel sort un homme à la peau noire.
Le climat électrique exacerbe les tensions et les animosités. Les propriétaires terriens blancs, pris de panique, tentent d’impressionner les anciens esclaves. Le Klan envoie ses hommes pour intimider ceux qui osent les critiquer.

Le scénario imaginé par Mark Waid a de quoi intriguer. Le programme est alléchant, reste à voir comment, avec tout ces éléments, la mayonnaise peut prendre. Le personnage principal est fascinant et charismatique et l’idée d’un surhomme noir quasi mutique m’a séduite. Pour enrichir le récit, le scénariste utilise un fait historique réel en la présence de la crue de 1927 qui, outre les dégâts matériels qu’elle a provoqué, a été meurtrière. Pourtant, je me suis rapidement lassée de l’album. Je trouve que Mark Waid a voulu en faire trop et traiter trop de sujet à la fois. Il n’y a rien de réellement spectaculaire dans les événements qui ont lieu, ce sur-homme est une caricature parfaite de l’anti-héros – à l’instar de Hancock – ce qui a ici le mérite de donner de la profondeur à l’intrigue. Mais je le disais, on a là trop de sujets (le racisme, l’héroïsme, une société en mutation, l’horreur, l’individualisme, la foi, le ségrégationnisme…) et face à ce côté prolifique… on survole, on voit notre intérêt faiblir à mesure que les pages se tournent. Le personnage principal n’évolue pas, ne chemine pas. Il reste totalement étanche à ce qui se passe autour de lui, comme une mécanique programmée, comme un robot conditionné. Et l’on s’agace de le voir si prévisible. Une force de la nature sans grand intérêt si ce n’est les passions qu’il est capable de déchaîner autour de lui.

La première publication de ce roman graphique américain date de juillet 2015. La version française (parue en avril 2017 chez Delcourt) est augmentée d’un fascicule et d’un cahier graphique (de toute beauté) ; ces bonus viennent agrémenter la lecture, donner des précisions quant à la démarche des auteurs et prolonger l’univers.

Par contre côté graphique, le travail de Jeffrey G.Jones est impressionnant. Ses aquarelles sont sublimes d’un bout à l’autre de l’album et honorent la plastique tout en muscles du héros… Jeunes filles, vous ne devriez pas être déçues 😛

Un album malheureusement dispensable. Des personnages trop vite balayés, leurs personnalités tout juste esquissées, ils jouent un rôle mais ne l’incarnent pas. Ils s’agitent et s’éparpillent à l’image du scénario.

 

Vivès © Casterman – 2017

C’est l’été, le temps des grandes vacances est revenu. Pour Antoine et Titi, l’heure est revenue de retrouver la maison secondaire, à deux pas de la mer. Des semaines doucereuses à passer avec leurs parents. Mais cet été-là a rapidement un goût différent des précédents. Pas forcément pour Titi qui du haut de ses 10 ans nage encore dans l’insouciance. Mais pour Antoine qui a 13 ans, l’arrivée d’Hélène, la fille d’une amie de sa mère, va être un raz-de-marée dans sa vie. Pour lui, c’est l’été des premières fois. Premier flirt, premiers sentiments amoureux, première clope, premier verre, première pipe, … En peu de temps, Antoine va quitter définitivement l’enfance et entrer à pieds joints dans l’adolescence.

Bastien Vivès est revenu avec un album fort et sensible. Le personnage de l’adolescente m’a agréablement surprise. Dévergondée mais sans être vulgaire, forte et fragile à la fois, audacieuse et farouche, le rythme de l’album colle à ses caprices et à ses désirs. On retrouve aussi la même veine graphique que dans « Polina » : un dessin subtil qui caresse les personnages. Noir, blanc et gris suffisent pour poser avec délicatesse les mots et les maux, les pensées et les émotions qui ne trouvent pas le chemin de la parole. Les fonds de cases sont parfois nus, nous laissant ainsi savourer l’intimité d’une scène, nous laissant ainsi mesurer l’ampleur d’une peur ou la force d’un désir.

J’ai été cueillie par cet album, surprise par cette parenthèse. Je suis retournée en arrière et j’ai laissé certains souvenirs de ma propre adolescence remonter à la surface. Beau.

La bande-annonce de l’album (chez Casterman) et le site de Bastien VIVES.

 

Fromental – Hyman © Dupuis – 2017

« Hiver 1948, dans le blizzard de la capitale autrichienne sous occupation des quatre puissances. Dépêché par le studio London Films, G. travaille à l’écriture de son prochain long métrage, assisté par l’énigmatique Elizabeth Montagu. Cette dernière, dont le passé militaire et les relations l’attachent aux services secrets britanniques, découvrira bien vite que le prétexte artistique dissimule de véritables tensions politiques et que les lendemains de guerre ne sont pas toujours chantants. Cette mission en apparence paisible basculera dès lors dans l’atmosphère sournoise d’une révolution fulgurante que l’Histoire retiendra sous le nom de « coup de Prague » » (synopsis éditeur).

Je passerai vite sur cet album qui m’est tombé des mains et donc je ne connaîtrai jamais la fin. Entre romance, intrigue politique, espionnage, courses poursuites, référence littéraire… je me suis égarée dans les rue de Prague pour fuir volontairement ces héros qui m’ont tous été antipathiques.

Bonne nouvelle pour l’album : il fait partie des « 20 indispensables de l’été » de l’ACBD (au même titre que le roman graphique de Bastien Vivès dont je vous parlais plus haut) … et ça dépasse mon entendement !

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Jeunesse

 

Augel © La Boîte à bulles – 2017

Enfant déjà, Mozart n’était intéressé que par la musique. La musique l’accaparait entièrement, à chaque instant. Il composait sans cesse et en tous lieux. Il compose à n’importe quel moment de la journée, écrit ses partitions en tous lieux et sur n’importe quel support ; une barrière, un mur, le sol, des feuilles, du linge… Il joue, virtuose, il fait corps avec sa musique, en totale harmonie avec son instrument. Il fusionne avec la mélodie.

Augel imagine l’enfant que Mozart pouvait être. Un savant fou en herbe, le cheveu ébouriffé, la tête dans les étoiles et dans les portées de musique. Rien d’autre ne copte pour lui. La musique est son oxygène.

Petites scénettes plus ou moins longues (du strip à quelques pages). Petites anecdotes humoristiques au ton malicieux. On sourit souvent sans jamais parvenir au rire franc. Le ton est gentillet, il n’est jamais niais. Un brin de philosophie, un peu de poésie, tous les ingrédients sont là mais il manque un je-ne-sais-quoi pour que l’album soit abouti.

Une lecture qui ne laissera pas un souvenir impérissable.

 

Romans

 

Irving © Seuil – 1998

« Jenny Fields ne veut pas d’homme dans sa vie mais elle désire un enfant. Ainsi naît Garp. Il grandit dans un collège où sa mère est infirmière. Puis ils décident tous deux d’écrire, et Jenny devient une icône du féminisme. Garp, heureux mari et père, vit pourtant dans la peur : dans son univers dominé par les femmes, la violence des hommes n’est jamais loin… » (synopsis éditeur).

Un livre qui m’a été offert. Un romancier que je n’avais jamais lu. Des chroniques sur ses œuvres, je n’en ai gardé aucun souvenir. J’ai donc démarré cette lecture sans aucun apriori, sans attente démesurée… seul le plaisir de découvrir une nouvelle plume, un nouveau regard… un monde, celui de Garp.

Très vite, j’ai été prise au jeu. Très vite, j’ai apprécié Jenny. John Irving ne fait aucun détour superflu pour nous permettre d’appréhender la vision que cette femme a du monde. Elle ne s’encombre pas de sentiments inutiles, elle accorde très rarement son amitié. Elle se fond dans sa fonction d’infirmière, sa blouse blanche sera sa seconde peau et se consacre entièrement à son rôle de mère. Une femme entière.

Au bout de quelques chapitres, son fils – Garp, lui volera peu à peu la vedette. Car c’est bien lui le « héros » du roman d’Irving. Le lecteur est présent lors de sa naissance, le seconde lorsqu’il fait ses premiers pas puis le suivra durant toute sa jeunesse, son adolescence et une partie de sa vie d’adulte. Un personnage qui, très jeune, décide qu’il deviendra écrivain. Autour de lui, un clan se forme au fil des années, au gré des rencontres. Sa personnalité s’affirme, ses choix sont les nôtres, ses passions nous emballent au même titre que les combats qu’il mène.

Le roman s’ouvre sur une préface rédigée par l’auteur lui-même. Vingt ans séparent ces deux écrits (roman et préface). Il met un point d’honneur à expliquer que « Le Monde selon Garp » n’est pas un roman autobiographique mais que, bien évidemment, certains éléments narratifs s’inspirent logiquement d’anecdotes et/ou de rencontres réelles.

Un ouvrage dense mais jamais pompeux. Un récit généreux que l’on dévore. Des personnages haut en couleurs, des situations originales, les œuvres du personnage fictif intégralement (ou presque) reproduite dans le roman d’Irving. Le processus de création, le rapport à l’écriture, à la lecture. La transmission d’une génération à l’autre. Les prises de position. L’altruisme. La jalousie. L’infidélité. L’amitié. La tolérance. La concupiscence… Autant de thèmes traités dans ce riche roman. Prenant, drôle, revêche. Je sors repue et satisfaite de ma découverte d’Irving.

 

Vernet © Is Edition – 2016

Philea a la vie devant elle mais elle vit comme si elle allait s’arrêter demain. Elle a 25 ans, l’amour des livres. Elle en a fait son métier. Elle est libraire. Elle a une peur farouche des hommes du moins, elle a vécu une histoire avec un homme. Mais c’était avant, il y a longtemps. Elle y a laissé des plumes. Désabusée désormais, elle sait que l’amour n’existe pas. Que ce qui est beau n’est qu’éphémère. Elle n’attend plus rien des hommes. Depuis, elle a cumulé les aventures. Elle a séduit et s’est laissé séduire. Mais elle n’a plus ressenti ce qu’elle avait ressenti la première fois. Puis un jour, elle croise Theo dans une soirée. C’est à peine si elle l’a remarqué. Le lendemain, elle reçoit son premier mail. Il contient une vidéo en noir et blanc. Une chanson de Nougaro. D’autres mails viendront jusqu’à ce qu’elle accepte un rendez-vous. Elle appréhende, n’en attend rien juste de pouvoir lui dire qu’ils n’ont rien à faire ensemble. Les rendez-vous se succèdent, il lui dit ses sentiments. Elle a plus de réticences, elle résiste, elle sait que chaque relation est vouée à l’échec. Elle est séduite, amusée, surprise. Il est intelligent, « charmant. Ensorcelant. Atemporel ». Il lui plaît, il est à la fois tendre et indécent. Le désir monte en eux. En sa présence elle est bien. Une osmose. Deux âmes sœurs jusqu’à ce que les premiers doutes surgissent.

Elle étouffe sous le poids d’un bonheur dont elle pressent l’abîme.

Un roman sur le couple et sur chaque individu qui le compose. Homme, femme. Un duo à la recherche d’une harmonie. Une entité composée de deux êtres, une prolongation de chacun d’eux. S’épanouir dans le couple, s’y abandonner pour mieux s’y retrouver. Une quête de sens. Quand les sentiments s’expriment avec autant de naturel, autant de spontanéité, on cherche parfois à en comprendre la raison. Une unité fragile faite des désirs de deux personnes, un équilibre dans lequel on s’épanouit. Lorsque le couple est une telle évidence, on cherche à le préserver puis peut-être qu’on s’y habitue. Alors on n’y fait plus attention, on sent les bases vaciller et, mû par un instinct malsain, on cherche à s’en protéger. Convaincre l’autre que nos doutes sont fondés pour qu’il les démente afin de nous rassurer. Mais lorsque le poison commence à se répandre, l’autre facette du couple se répand comme une trainée de poudre.

Extrait du prologue : « L’histoire en elle-même est tout aussi banale que la fille qui l’a écrite. Pourtant, elle mérite d’être racontée ici pour rendre hommage au courage de cet homme et de cette femme qui ont essayé de s’aimer, sans attache, tout en sachant que c’était perdu d’avance, tout en sachant qu’ils ne pourraient pas se sauver l’un l’autre, ni se soulager, et qu’ils mouraient un jour sans laisser aucune trace de cet amour. Voici l’histoire d’un homme et d’une femme qui ont fait l’expérience de la solitude à deux, sans jamais fléchir sous le poids de l’espoir, pour sauver la seule idée en laquelle ils croyaient : tout est perdu d’avance. Rien ne dure jamais. »

Noir – blanc. Yin – Yang. Homme – Femme. Passion – désamour. Une très belle réflexion induite par cette parenthèse conjugale. Quelle belle plume ! Hanna Vernet signe son premier roman. Je l’ai savouré, je l’ai aimée cette femme. Sa fragilité m’a touchée, ses peurs m’ont émue, ses doutes ont trouvé un écho. Superbe ! Framboise en parle magnifiquement bien dans sa chronique.

Quelques liens pour aller plus loin : la présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur, la page Facebook de l’auteure.

 

Coulon © Editions Points – 2014

Thomas est l’enfant unique de William et Mary Hogan. Une enfance passée dans un cocon, dans le calme de la maison familiale, entre un père aimant mais absent et mystérieux, et une mère prévenante, protectrice et bienveillante.

Thomas est un solitaire. Comme son père, il économise ses mots, ne parle que quand c’est nécessaire. Il n’a pas d’amis excepté Paul… mais en grandissant, leurs routes vont se séparer. Thomas est un enfant sans histoires… mais en grandissant, l’alcool et les déceptions amoureuses vont l’écarter du droit chemin.

Je découvre doucement l’œuvre de Cécile Coulon. Après la claque que j’avais eue à la lecture du « Rire du grand blessé » [découvert grâce à Noukette], j’ai jeté mon dévolu sur cet autre roman. Je n’ai pu m’empêcher de faire des parallèles entre ces deux hommes blessés, torturés, incapables d’éprouver – par on ne sait quelle force – leurs sentiments, incapables de se laisser aller au plaisir, incapables de s’épanouir. Comme s’ils étaient coincés dans des corps trop grands pour eux, trop forts pour eux et que le seul moyen de vivre était de se protéger derrière une carapace. Ils sont cantonnés dans le rôle d’observateur impuissant, spectateur de leurs vies. L’étincelle de vie est incapable de s’allumer dans leurs yeux. Un monde brut, trop rapide et trop agressif pour eux.

Beau. Superbe. J’aime décidément cette écriture puissante de Cécile Coulon. Une écriture qui n’épargne rien aux personnages qui habitent les univers de la romancière.

Les chroniques de Noukette, Jérôme, Sylire.

 

Ferrante © Gallimard – 2017

Retrouver Elena qui termine son parcours universitaire, déterminée à l’idée de s’émanciper pour ne jamais revenir dans les jupons de sa mère et refusant obstinément de revenir dans son quartier natal. Sa première relation amoureuse est désormais loin derrière elle. Elle est aujourd’hui engagée avec Pietro ; ce dernier incarne pour elle ses rêves d’ascension sociale et de réussite. Elle va se marier. Son roman est désormais publié et la jeune femme, docile, se déplace au travers de l’Italie pour en faire la promotion. C’est à l’occasion d’une séance de dédicace qu’elle retrouve Nino, un amour de jeunesse.

Retrouver Lila qui, après avoir l’opulence, est retournée à la misère. Après le luxe, retrouve l’incurie. Après les belles tenues se vêtit de nouveau de fripes. Son travail à l’usine la nourrit à peine. Elle élève tant bien que mal l’enfant qu’elle a eu de Nino.

Elles ont 25 ans et leurs vies sont aux antipodes. Elena s’installe en couple, enfante à son tour. Leurs vies semblent toutes tracées mais les deux femmes sont encore fortement dépendantes l’une de l’autre et malgré le fossé qui les sépare, leurs destins sont liés. Yin & yang à jamais enchevêtrés malgré leurs différentes. Elena est prévisible, complexée, effacée. Elle range facilement ses idéaux lorsqu’il s’agit d’assumer le rôle de mère au foyer. Lila est affaiblie mais elle reste électrique, vive, douée. Abattue par ses conditions de vie, elle accepte la misère comme si c’était le prix à payer pour ses erreurs de jeunesse.

J’ai découvert cette sage d’Elena Ferrante grâce à un billet de Framboise qui présentait les deux premiers tomes de la tétralogie « L’Amie prodigieuse » . Tentée, j’ai engouffré « L’Amie prodigieuse » puis « Le nouveau nom » … et attendu avec impatience ce troisième tome. Dans un premier temps, il y a une parfaite continuité dans le comportement du personnage principal (Elena) au point qu’on se lasse de la voir s’effacer derrière des compromis et des faux-semblants. De même, on ne s’étonne pas de voir Lila relever ses manches et saisir au vol une opportunité inespérée de sortir de l’incurie dans laquelle elle vivait.

Contre toute attente, Elena Ferrante met le feu aux poudres et nous surprend. La romancière nous montre que rien n’est joué d’avance. Un vent de folie emporte le récit vers de nouvelles perspectives et c’est une énorme claque que l’on prend en refermant cet opus. Ce troisième tome est de loin mon préféré. Il me tarde le suivant !!

Capitaine Fripouille (Ka & Alfred)

Ka – Alfred © Guy Delcourt Productions – 2017

Rien ne va plus à Palladipelledipollo.

La petite ville jadis si charmante, si gaie, si colorée est aujourd’hui devenue l’antre d’un monopole commercial qui pèse sur le moral des habitants. En effet Federico Jabot, un lugubre personnage avide de pouvoir et assoiffé d’argent, met tout en œuvre pour atteindre son objectif : posséder tous les commerces de la ville et asseoir sa suprématie. Hôtels, restaurants, épiceries, coiffeurs… tout absolument tous les commerces font apparaître l’enseigne Jabot.
A Palladipelledipollo, un seul bastion survit encore. C’est la petite librairie Fellini de Fabiola et Ernesto. Mais les temps sont durs, les rayonnages se vident, les fournisseurs leur tournent le dos et les dettes s’accumulent. Il semble que la seule issue possible soit d’accepter le rachat du fonds de commerce par l’odieux Jabot. Fabiola et Ernesto s’en désolent d’autant plus que le fameux Capitaine Fripouille, le père de Fabiola, a choisi ce moment pour rendre visite à sa fille et faire la connaissance d’Edna, sa petite-fille. Lorsque le vieux baroudeur se rend compte de l’ampleur du désastre, il décide d’agir afin de barrer la route de Jabot.

Cela fait plus de dix ans maintenant qu’Olivier Ka et Alfred nous avaient régalé avec « Pourquoi j’ai tué Pierre ». L’idée de voir ce duo d’auteurs se reformer était donc une idée bien alléchante. Pour l’occasion, c’est autour d’un projet jeunesse que leur nouvelle collaboration s’est réalisée.

« Capitaine Fripouille » vient enrichir la jeune collection des « Enfants gâtés » qui a vu le jour fin 2015 chez Delcourt et qui proposent des ouvrages cartonnés grand format dans lesquels on plonge littéralement.

La locomotive de ce récit est le Capitaine Fripouille. Un personnage généreux, charismatique, courageux et optimiste… Pour compléter le tableau, je reprends un extrait du quatrième de couverture de l’album qui le qualifie copieusement : « (…) un personnage bruyant, rigolard, tempétueux, espiègle, bagarreur, rageur, lumineux, grandiloquent, orageux, remuant, immature, aventureux, turbulent, bedonnant, tenace et entêté. »

Autant de qualités réunies en un seul personnage ne peuvent que nous inviter à mettre nos pieds dans ses traces et le suivre, presque les yeux fermés, dans le combat qu’il engage. Olivier Ka propose aux enfants une critique simple et pertinente du capitalisme sans pour autant les noyer dans un vocabulaire qui leur serait inaccessible. Le scénariste raconte également l’histoire d’une famille, le choix d’un père de prendre la mer pour découvrir d’autres horizons, l’admiration que lui porte sa fille qui ne peut pourtant pas s’empêcher de lui reprocher son absence. On découvre aussi un secret de famille, on côtoie un homme qui défend corps et âmes ses idéaux. On assiste à l’éveil des consciences, on dénonce les injustices.

Au dessin, Alfred parvient tout à fait à faire ressentir le contexte oppressant dans lequel vit la petite communauté des habitants de Palladipelledipollo. Pour autant, le lecteur ne se sent pas étriqué dans cet univers. On évolue dans un monde moyenâgeux plein de surprises. On accueille avec amusement les nombreux anachronismes que l’on attrape çà et là dans le décor. Des « Jabot Burger », « Jabot intérim » et autres références modernes qui donnent une touche de folie à l’histoire. Alfred pique également notre imagination en livrant un capitaine Fripouille vêtu comme un pirate. On l’imagine volant au secours de la veuve et de l’orphelin ou en train de foncer tête baissée dans une échauffourée afin de prêter main forte aux opprimés.

De l’action, du suspense, de l’humour et beaucoup de tendresse.
Une histoire qui, loin de nous cantonner aux remparts des murs d’un petit bourg, nous donne des ailes et nous invite à imaginer les combats que nous pourrions mener avec brio pour faire reculer l’injustice. Un récit drôle et entraînant malgré la présence de passages un peu plus brouillons qui peuvent laisser le jeune lecteur un peu perplexe (un petit coup de pouce du parent clarifiera les éventuelles incompréhensions).

Les chronique de Claire (La Soupe de l’espace) et de Madoka.

Capitaine Fripouille

One shot
Editeur : Delcourt
Collection : Les enfants Gâtés
Dessinateur : ALFRED
Scénariste : Olivier KA
Dépôt légal : mai 2017
24 pages, 14,50 euros, ISBN : 978-2-7560-9496-0

Bulles bulles bulles…

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Capitaine Fripouille – Ka – Alfred © Guy Delcourt Productions – 2017

Chronosquad, tome 3 (Albertini & Panaccione)

Albertini – Panaccione © Guy Delcourt Productions – 2017

L’enquête de l’équipe des Chronosquads se poursuit.
Après le triste constat que les deux adolescents fugueurs sont sortis de l’Egypte des pharaons (voir tome 1), après quelques enquêtes parallèles aux ères paléolithique et précolombienne et une romance dans l’Italie à l’épique de Léonard de Vinci, les trois agents reprennent la piste des adolescents et, au passage, débusquent tout un réseau clandestin de tours opérateurs qui vantent les louanges de leurs séjours dans le temps mais, pour achalander le client, commettent des infractions, totalement étanchent à la législation qui encadre ces voyages temporels afin d’éviter que le cours de l’histoire ne soit impacté par la présence des touristes  du futur.

Bloch, Penn et Beylogu se fondent dans les époques pour retrouver les deux adolescents qui sont portés disparus. L’enquête piétine et pour cause ! Une succession d’événements ne cessent de les tirer vers de nouvelles pistes. Le tout est de savoir si toutes ces pièces font partie d’un seul et même puzzle.

J’étais sortie totalement emballée de ma lecture des deux premiers tomes. Une bonne accroche avec les personnages, un postulat de départ original et une trame narrative qui tient la route… Alors que cela faisait plusieurs années que je ne lisais plus de S.F., trouvant que le genre avait du mal à se renouveler, voilà enfin une série qui me remettait le pied à l’étrier (aidée en cela par la série « Infinity 8 » en cours chez Rue de Sèvres).

Giorgio Albertini se lance dans la bande dessinée après une carrière d’archéologue. On imagine donc à quelque point cet exercice peut être ludique pour un passionné d’Histoire comme lui. Il se glisse comme une anguille dans les différentes époques et ancre le « présent » des personnages principaux dans une période identique à la nôtre si ce n’est que les hommes ont débusqué la bonne formule qui permet les voyages dans le temps.

Au dessin, on sent aussi que Grégory Panaccione se régale d’autant qu’avec cette pagination conséquente, il a tout loisir d’installer ses ambiances, de prendre le temps de nous régaler de quelques passages sans texte montrant une fois encore (voir « Un océan d’amour ») son talent d’illustrateur, son aisance à explorer toutes les mimiques possibles de la trogne d’un personnage et à camper des décors qui nous clouent sur place.

A la fin du second tome, les rebondissements de « Chronosquad » allaient déjà bon train et il me semblait que tous les éléments étaient en place. En attaquant ce troisième (et avant-dernier tome de la série), je m’attendais donc disons « logiquement » à ce que quelques-uns de ces éléments trouvent leur dénouement. Il n’en est rien, au contraire. Les auteurs semblent avoir jeté toutes les cartes sur la table et s’amuser à les battre et à les mélanger à l’infini. Chaque nouvelle époque de l’Histoire apporte son lot de mystères et je me demande comment un seul et ultime tome permettra d’arriver au bout de toutes ces pistes narratives qui sont béantes. La seule qui me semble suivre son fil sans broncher, c’est ce regard critique sur nos sociétés et ce penchant qu’à l’espère humaine à corrompre tout ce qui est à sa portée ; l’appât du gain, la recherche d’adrénaline, l’envie d’avoir du pouvoir.

Pour tout dire, même si ce troisième tome ne nous laisse pas le temps de souffler et s’il nous permet de découvrir de nouvelles facettes du trio central ; la mystérieuse et charismatique Penn brise un peu sa carapace, Bloch gagne en assurance et se révèle être un personnage tout à fait fascinant (il n’est pas sans me rappeler les personnages maladroits qu’avait incarné Pierre Richard). Quant à Beylogu, il est constant ; loyal, bienveillant et un peu naïf, comme à la première page de la série.

Ce troisième tome me laisse perplexe. Je crois qu’il s’éparpille. Tous s’y agitent et les plus flegmatiques en perdent leur latin. Tout se brouille. Où va l’intrigue ? Que nous raconte-t-elle ? Comment les auteurs vont-ils parvenir à dénouer tous ces nœuds en un peu plus de 200 pages (comme les trois premiers tomes de « Chronosquad » ) ? Bref, ce tome m’a mise à bout de souffle. Je suis curieuse de découvrir le dernier tome prévu pour septembre 2017.

Chronosquad

Tome 3 : Poulet et Cervelle de Paon à la romaine
Tétralogie terminée
Editeur : Delcourt
Collection : Neopolis
Dessinateur : Grégory PANACCIONE
Scénariste : Giorgio ALBERTINI
Dépôt légal : mai 2017
232 pages, 25,50 euros, ISBN : 978-2-7560-7415-3

Bulles bulles bulles…

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Chronosquad, tome 3 – Albertini – Panaccione © Guy Delcourt Productions – 2017

Le Voleur de souhaits (Clément & Gatignol)

Clément – Gatignol © Guy Delcourt Productions – 2017

Félix est un petit garçon pas comme les autres. Rêveur, il adore flâner seul dans la nature. Et puis Félix a une lubie pour le moins originale. Il collectionne les souhaits. Il ne se sépare jamais de son sac à dos dans lequel il enfourne pêle-mêle petit et grands bocaux qui lui permettent d’attraper les souhaits des personnes qui éternuent. Des souhaits bleus, verts, jaunes, roses… des souhaits de partir en voyage, de trouver un trésor, de devenir fort… Félix a rempli des étagères complètes avec les souhaits des autres.

Puis un jour, Félix rencontre Calliope. Elle le fascine. Elle l’intrigue d’autant que sa formule habituelle ne lui permet pas d’attraper les souhaits de Calliope quand elle éternue. Voilà un mystère qu’il est bien décidé à percer.

Il y a quelques semaines, je vous présentais « Chaussette », un album jeunesse scénarisé par Loïc Clément et illustré par Anne Montel. Un vrai coup de cœur. L’actualité de Loïc Clément était très riche en avril puisqu’il a publié non pas un mais deux albums chez Delcourt. Deux albums très différents. Tous deux mettent un jeune garçon au cœur de l’intrigue et tous deux parlent d’amitié. Oui mais voilà, en dehors de ces deux points communs, on ne trouvera pas d’autres similitudes.

Il est ici question d’une histoire d’amitié entre ce que l’on pourrait appeler des âmes sœurs. Un garçon blond, dynamique, curieux et passionné d’un côté. Un solitaire. Comme cette fille qu’il rencontre d’ailleurs. Elle est brune, mystérieuse, gracieuse et déjà très charismatique pour son âge. Il était peu probable qu’entre eux le courant passe et pourtant, ils parviennent à trouver un « terrain » d’entente. C’est autour de l’étonnante collection de souhaits de Félix que leurs liens vont se tisser et qu’ils vont finalement trouver le courage d’affronter leurs peurs et de s’ouvrir au monde. Une quête identitaire qu’ils mènent côte à côte. Et leur premier constat sera aussi surprenant que ce qu’ils vont découvrir sur eux-mêmes.

Le voleur de souhaits – Clément – Gatignol © Guy Delcourt Productions – 2017

Loïc Clément choisit de se concentrer exclusivement sur ce duo de personnages. Un huis-clos entre deux enfants, une bulle qui leur permet d’évoluer. Il n’y a pas d’adultes dans ce récit. On les voit tout au plus apparaître de-ci de-là dans les cases mais ils n’interviennent pas, ils n’interagissent pas et ils semblent ne pas avoir d’influence sur ces deux enfants qui construisent pas à pas leur monde imaginaire.

Les dessins de Bertrand Gatignol sont très expressifs et cassent le côté mélancolique de la narration. Beaucoup de rondeurs ici, beaucoup de non-dits également. Tout passe par le regard des enfants : la colère, l’agacement, la surprise, la bienveillance… J’ai trouvé le dessin trop doux, trop rond, trop lisse et cela tient en partie par la mise en couleur qui est vraiment basico-basique ; on a peu de dégradés et même si les mouvements des personnages sont fluides, l’ambiance reste superficielle… presque impersonnelle.. C’est simple, je suis restée à survoler le graphisme, à grogner en voyant que seuls les yeux des personnages expriment quelque chose (mais c’est loin de suffire !!). Et à la maison, j’ai deux jeunes lecteurs qui, après avoir feuilleté l’album, restent réticents à l’idée de lire ce récit.

Une petite parenthèse enchantée à deux facettes. Le scénario est aboutit, le postulat de départ est original et atypique. Une douce histoire d’amitié qui fait rêver. Une fin qui ouvre la porte sur tous les possibles. Mais le dessin qui accompagne l’histoire n’invite pas tellement à la lecture. Un album agréable mais pas indispensable.

Une lecture que je partage avec Noukette !

Le Voleur de souhaits

One shot
Editeur : Delcourt
Collection : Jeunesse
Dessinateur : Bertrand GATIGNOL
Scénariste : Loïc CLEMENT
Dépôt légal : avril 2017
32 pages, 10,95 euros, ISBN : 978-2-7560-7527-3

Bulles bulles bulles…

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Le voleur de souhaits – Clément – Gatignol © Guy Delcourt Productions – 2017