Les Louves (Balthazar)

Balthazar © Dupuis – 2018

« L’homme est un loup pour l’homme » … on peut malheureusement constater la véracité de cette expression tous les jours. Des petites vengeances quotidiennes aux grands drames humains, l’homme a de tout temps été un prédateur pour les autres membres de son espère.

Seconde Guerre Mondiale. Les Allemands sont aveuglés par la perspective d’étendre leur territoire. Leur race est pure, du moins le croient-ils. Les Aryens rêvent de fertiliser tous les territoires jusqu’aux contrées les plus éloignées.

Sur leur chemin se trouve la Belgique qu’ils envahissent sans ménagement.

Sur leur chemin, La Louvière. C’est dans cette ville belge que vit la famille de Marcelle. Marcelle a quinze ans lorsque la Guerre éclate. Pour elle, la guerre devient réalité l’année suivante, quand les hommes sont mobilisés et que son père part rejoindre les troupes belges.

Marcelle reste à La Louvière avec sa mère et ses autres frères et sœurs (Jacques, Yvette, André et René). Les hommes ayant quitté les foyers, la vie se réorganise tant bien que mal.

C’est un récit factuel de cette période particulière dans la vie d’une communauté. On a un aperçu assez complet de ce que la guerre implique : entre ceux qui tentent de tirer la couverture à eux, ceux qui cherchent à se faire bien voir des Allemands, ceux qui conservent leurs habitudes avec dignité, ceux qui prennent des risques et mènent des actions clandestines… Il est autant de réactions humaines pour faire face à la peur provoquée par la guerre. Et puis il est des façons différentes d’aborder la situation comme par exemple la grand-mère de la narratrice qui a davantage de recul ; elle a déjà vécu en temps de guerre et ne cherche pas à se rassurer (oui les hommes vont être mobilisés, oui les femmes vont devoir aller travailler, oui les civils vont être rationnés…).

Flore Balthazar s’inspire des souvenirs de sa famille et les mélange à un récit fictionnel. Elle explique en début d’album qu’elle a conservé certains prénoms et maquillé d’autres, qu’elle a parfois fusionné plusieurs personnes en un même personnage pour éviter les redites ou la profusion de protagonistes. Le scénario est fluide et on voit très bien comment, à l’arrière des lignes, les femmes ont pris les choses en main pendant que leurs hommes étaient au combat. L’autrice parle également des privations, de la presse clandestine, de la résistance, des diffusions de la BBC, de la délation, de la vie dans les camps de prisonniers… De l’angoisse et du temps qui s’étire pendant cette période d’attente : attendre qu’un être cher reviennent du front, attendre la libération, attendre…

Ces jours-ci, j’ai compris à quel point le temps est une notion relative ; objet étrange, qui passe en un éclair ou se dilate à l’infini…

Les événements sont rapportés de façon chronologique. Des marqueurs de temps apparaissent régulièrement dans le récit et nous permettent de nous repérer dans les grandes dates de cette guerre. Le temps passe de façon linéaire et excepté quelques soubresauts dans la narration, les jours succèdent aux jours sans trop de changements. Je me suis un peu ennuyée à certains moments mais la bonne humeur reste très vivace dans cette famille et cela donne du charme au témoignage. Cela donne aussi envie de continuer la lecture et de savoir si cette famille est sortie indemne de la guerre. L’ouvrage rend enfin un hommage vibrant à Marguerite Bervoets, résistance exécutée en 1944 par les Allemands.

Un témoignage intéressant et enrichit d’une partie documentaire intégrée en fin d’album. Pendant la lecture, je n’ai pu m’empêcher de pense à Collaboration horizontale.

La chronique d’Aurore.

Les Louves

– Femmes en résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale –
One shot
Editeur : Dupuis
Collection : Aire Libre
Dessinateur / Scénariste : Flore BALTHAZAR
Dépôt légal : février 2018
200 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-8001-6778-7

Bulles bulles bulles…

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Les Louves – Balthazar © Dupuis – 2018

La Boîte à musique, tome 1 (Carbone & Gijé)

Carbone – Gijé © Dupuis – 2018

Nola est une petite orpheline qui a perdu sa maman.

Pour ses 8 ans, son père lui offre un superbe cadeau : la boîte à musique qui appartenait jadis à la maman de Nola. Alors qu’elle rêvasse devant l’objet, bercée par ses mélodies, Nola voit soudain un mouvement dans la boîte à musique. En y regardant de plus près, elle aperçoit une petite fille qui lui fait signe d’approcher. En tendant l’oreille, Nola comprend que l’autre fillette lui demande d’entrer dans la boite à musique.

Tu dois faire un tour à droite, deux tours à gauche et mets la main sur le gobe ! Prête à nous rejoindre !

Sans trop comprendre comment elle est parvenue à ce tour de passe-passe, Nola entre dans la boîte à musique. Elle fait la connaissance d’Andréa et de son frère Igor mais surtout, découvre le monde de Pandorient, un royaume fascinant et dangereux. Elle sympathise très vite avec sa nouvelle amie qui lui demande de sauver sa mère qui est en train de mourir.

La Boîte à musique, tome 1 – Carbone – Gijé © Dupuis – 2018

Dépaysement garanti pour ce premier tome d’une nouvelle série d’aventures. Au scénario, Carbone nous livre très vite les éléments qui vont nous accrocher au récit : une fillette, un monde merveilleux, un voyage qui n’est pas sans dangers.

Au dessin, c’est Gijé qui s’y colle et son trait rond et généreux fait le reste. Une atmosphère largement saupoudrée de paillettes et de teintes rose bonbon qui, en temps normal me fait fuir. Pourtant, en compagnie de cet album jeunesse ce ne fut pas le cas. Cette fillette très dégourdie pour son âge a l’art de piquer au vif notre curiosité. A force de me dire « encore une page et j’arrête » , c’est tout l’album que j’ai dévoré en un rien de temps, intriguée par les expressions de surprise de l’enfant dont on suit l’histoire. Les yeux de Nola ne cessent de s’écarquiller face à tout ce qu’elle découvre et comme elle, on a réellement envie d’en savoir plus sur cet univers.

Pas le temps de faire une pause une fois la lecture engagée, on est pris dans les rebondissement et la vivacité des personnages. Un premier contact avec un univers beau et intriguant, une vraie richesse à exploiter. Une atmosphère de défiance ? Différentes espèces qui cohabitent dans une même cité ? Des règles qui interdisent à certains individus de s’aimer ? Un secret préservé depuis longtemps et que l’on confie enfin à Nola ?

Les auteurs posent très vite le décor et l’enrichissent à chaque page de petits indices qui épicent le récit. On y ajoute un peu de bonne humeur et une rencontre entre des fillettes de deux mondes différents et la magie opère très vite. Sans compter toutes les possibilités de voyages offertes par la petite boîte à musique. Voilà un tome de lancement réussi et on dit vivement la suite !

La chronique de Au fil des livres.

La Boîte à musique

Tome 1 : Bienvenue à Pandorient
Série en cours
Editeur : Dupuis
Dessinateur : GIJE
Scénariste : CARBONE
Dépôt légal : janvier 2018
56 pages, 12 euros, ISBN : 978-2-8001-7319-1

Bulles bulles bulles…

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La Boîte à musique, tome 1 – Carbone – Gijé © Dupuis – 2018

La petite Souriante (Zidrou & Springer)

Zidrou – Springer © Dupuis – 2018

« Protch » fait le bruit de la massue lorsqu’elle casse un os.

« Protch » … il met tout son cœur, toute sa force et toute sa haine dans les coups de masse qu’il donne sur le crâne de sa femme.

Josep Pla, dit « Pep » , met ainsi un terme à treize années d’un mariage raté. Un venin s’est répandu peu à peu dans leur couple.

« Protch » … un dernier coup de masse pour la faire taire à tout jamais. Et déjà il pense à l’apaisement de ne plus avoir à vivre avec elle. « Protch » … il frappe. S’acharne.

« Protch » … le crane devient bouillie… « Flotch ! » « Flotch ! » « Flotch ! » Pendant qu’il met tout son cœur à l’ouvrage, une chanson que lui chantait sa grand-mère lui revient à l’esprit : « Elle était souriante »

Puis il jette le corps dans un puits et rentre.

Sitôt chez lui, Pep est accueilli par… son épouse.

Prenons déjà un instant pour parler de l’objet, d’un format plutôt intimiste (19.5 * 25.8 cm) que l’on tient bien en main et que l’on manipule sans difficulté. En caressant la couverture, on découvre qu’elle est rugueuse. Et pendant qu’on savoure ce petit détail éditorial, on observe l’autruche qui est venue se camper juste devant nous… et rapidement, on se met à loucher sur ce qu’elle tient dans son bec. Impossible de retenir une moue de dégoût à la vue de ce nerf optique sanguinolent. On ne tarde pas trop à ouvrir l’album pour savoir de quoi il en retourne…

… et on confie donc notre sort à Zidrou, scénariste de talent qui tour à tour a su m’enchanter (Lydie, Les beaux étés…) et me décevoir (La peau de l’ours, La Mondaine…). Ça passe ou ça casse, il n’y a pas de demi-mesure. Auteur de scénarii en tous genres, Zidrou est un auteur plein d’humour et capable de livrer des personnages profondément humains qui m’ont émue ou, à l’inverse, de parfaits clichés que je n’ai pas trouvés crédibles. Quoi qu’il en soit, il m’impressionne par sa capacité à écrire de façon aussi prolifique. Une demi-douzaine d’albums par an tout de même !

Quant à Benoît Springer, je l’ai découvert avec Les funérailles de Luce. L’album m’avait chamboulée. La dernière fois que je l’ai lu, c’était justement sur un album qu’il avait réalisé avec son acolyte Zidrou (Le beau voyage)… et l’album ne fut pas à la hauteur de mes attentes. Autant dire que La petite Souriante n’arrivait pas en terrain conquis.

Pourtant, j’ai été d’emblée charmée par l’ambiance graphique installée par Benoît Springer. Ce dernier joue sur les contrastes entre des couleurs chaudes et des couleurs froides et parvient à nous faire sentir à l’étroit sitôt qu’on pénètre dans un bâtiment. Cette impression s’accentue lorsque l’épouse assassinée entre dans notre champ de vision. L’atmosphère se charge alors d’électricité au point que l’on ne sait plus qui est la proie et qui est le prédateur. Je n’ai pu m’empêcher de me demander si elle était au courant qu’elle avait été sauvagement abattue et quelles pouvaient être ses intentions.

Le scénario fait le reste et rend cet huis-clos absolument malsain. Il y a une haine sourde qui se répand son poison à mesure qu’on cerne les personnages. Dès la première planche, on est pris dans le feu de l’action. Il n’y aura aucun suspense sur la nature de l’affection que cet homme ressent pour sa femme. Il s’acharne, évacue toute son amertume sans aucune retenue. Les pages se tournent et on découvre à chaque nouvelle étape une nouvelle variante de la haine, de cette violence pernicieuse qui guide les personnages dans cette tragédie familiale. Par moment, j’ai regretté que le récit nous blackboule autant, précipite les choses et présente une succession si rapide de différents événements.

Un étrange thriller psychologique où tout se précipite. Un album qui glace, qui dérange et qui se lit si vite qu’on se demande si on ne l’a pas rêvé.

Un concours est ouvert jusqu’au 28 février sur le site de l’éditeur pour tenter de gagner l’album.

Noukette et moi partageons notre lecture commune avec les bulleurs de la « BD de la semaine » que l’on retrouve aujourd’hui chez Stephie.

La petite Souriante

One shot
Editeur : Dupuis
Dessinateur : Benoît SPRINGER
Scénariste : ZIDROU
Dépôt légal : février 2018
72 pages, 14.50 euros, ISBN : 978-2-8001-6859-3

Bulles bulles bulles…

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La petite Souriante – Zidrou – Springer © Dupuis – 2018

Les Gens honnêtes (Gibrat & Durieux)

Gibrat – Durieux © Dupuis – 2017

Le jour de son anniversaire, Philippe reçoit un vélo (cadeau de sa famille) et un coup de fil pour lui annoncer son licenciement (cadeau de son patron). Un coup dur pour Philippe qui reste sourd aux discours optimistes de ses proches. « Fais pas cette tête ! T’en avais ras le bol, de toute façon ! » , « C’est les vacances mon pote ! Faut te faire à l’idée » , « Allez, secoue-toi. Tu vas pouvoir faire du vélo toute la journée ! »
Philippe a pourtant bien raison de ne pas se joindre à la liesse ambiante. Il est si estomaqué qu’il va lentement sombrer, tentant de se raccrocher à la première bouteille qui passe à sa portée. Les choses s’enchaînent très vite ensuite : son ex-employeur ayant délocalisé récemment en Hongrie, il est contraint de faire une croix sur ses indemnités de départ. Quelques semaines plus tard, l’huissier force sa porte et fait emporter tout ce qui a un semblant de valeur. Et comme sa maison était un logement de fonction, Philippe se retrouve à la rue. Tous ses proches le tiennent à bout de bras. Sa fille tente d’apporter sa pierre à l’édifice, Fabrice – son meilleur ami – l’héberge et un copain l’embauche en tant que serveur.
Qu’à cela ne tienne ! Bon an mal an, Philippe se laisse porter par les autres dans sa nouvelle vie tout en faisant l’amer constat de ses échecs. Et puis il faut reconnaître, malgré les tuiles, que la vie réserve tout de même de jolies surprises : sa fille lui apprend qu’il va être grand-père, son plus jeune fils trouve enfin sa voie professionnelle et de nouvelles rencontres vont apporter un souffle d’air frais. Autant de raisons d’aller de l’avant même si rien n’est jamais simple.

Le premier tome de cette tétralogie est sorti il y a presque 10 ans et… la série n’a pas pris une ride. Presque 8 ans entre le premier et le dernier tome et j’aurais poursuivi volontiers s’il y avait eu d’autres tomes. Pourtant, dans les coulisses de la série, il y a eu quelques changements, le principal tient au fait que, faute de temps, Jean-Pierre Gibrat a dû confier entièrement le « bébé » à son compère Christian Durieux. Le lecteur n’y voit que du feu tant on a l’impression que tout est écrit par une seule et même personne.

(Réédition) Les gens honnêtes, tome 3 – Gibrat – Durieux © Dupuis – 2014

Le duo Gibrat-Durieux est sur la même longueur d’ondes. Alors oui, le pari de nous faire aimer ce personnage était risqué. Dès le début, c’est une avalanche de tuiles qui lui tombe sur la tête. Un divorce en cours et des relations avec son ex qui sont plutôt électriques, un licenciement qui annonce une période difficile de remise en question, l’arrivée d’un petit-fils alors que le costume de père ne lui allait déjà pas très bien et en dernier lieu, ce penchant pour l’alcool qui prend des proportions inquiétantes. Le premier tome contient donc beaucoup d’ombres au tableau côté scénario, nous donnant faussement l’impression qu’on s’engage dans une histoire plombante. Ce n’est pourtant pas le cas. Le dessin est enjoué, les boutades fusent et si le personnage principal se laisse aller, son entourage ne l’entend pas de cette oreille.

Au final, on rit de cet humour parfois grinçant, jamais méchant ni trop cynique et nos pupilles savourent ces planches pleines de fraicheur. Les illustrations ont plutôt tendance à border amoureusement cet univers et ceux qui le peuplent. Les couleurs sont gaies mais elles s’autorisent parfois un peu de noirceur pour coller à l’état d’esprit du personnage principal, à ses sentiments, émotions, colères, déceptions… Puis c’est l’occasion de sourire des aléas d’un homme qui a tendance à somatiser pour un rien et ses penchants hypocondriaques prêtent à rire de bon cœur.

Cerise sur le gâteau : un nouveau personnage entre en scène dès le tome 2. Il est libraire et son amour pour la littérature va contaminer tout le récit. Dès lors, des extraits de romans (classiques ou contemporains) s’inviteront régulièrement dans les cases. A savourer.

Je n’étais pas très loin du coup de cœur pour cet fiction. Moment de détente garantie.

Sur les premiers tomes : la chronique de Stephie, celle de LaSardine et celle de Cristie.

Une lecture pour « La BD de la semaine » que l’on retrouve aujourd’hui chez Stephie.

Les Gens Honnêtes

Intégrale
Editeur : Dupuis
Collection : Aire Libre
Dessinateur : Christian DURIEUX
Scénariste : Jean-Pierre GIBRAT
Dépôt légal : septembre 2017
296 pages, 35 euros, ISBN : 978-2-8001-7065-7

Bulles bulles bulles…

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Les gens honnêtes – Gibrat – Durieux © Dupuis – 2017

Le Meilleur ami de l’homme (Tronchet & Nicoby)

Tronchet – Nicoby © Dupuis – 2017

A première vue, Vincent a réussi sa vie. Marié, deux enfants, un métier plutôt bien payé (il est proctologue), une maîtresse aussi chaude que la nounou polonaise de sa fille est glaçante… et une passion depuis l’enfance pour le foot. A première vue.
Si on y regarde d’un peu plus près, on se rend vite compte que le couple de Vincent prend l’eau, que son collègue l’excède et que les soirées entre amis sont un vrai calvaire parce qu’il y en a toujours un pour sortir une boutade sur son métier. Heureusement qu’il y a le foot et les matchs qu’il va voir avec sa fille. C’est d’ailleurs lors d’un de ces matchs qu’il tombe nez-à-nez sur un de ses anciens co-équipiers : Kevin Delafosse. Kevin était son meilleur ami jusqu’à ce que leurs routes se séparent après leurs études supérieures. Et si aujourd’hui Vincent a réussi sa vie, celle de Kevin n’a rien d’enviable. Après avoir lamentablement raté ses études de médecine, après avoir été un piètre joueur que l’entraîneur de foot faisait lanterner sur le banc de touche, Kevin a fini bon an mal an à vivre dans un bouge et tentant tant bien que mal de joindre les deux bouts en fin de mois. Kevin est tatoueur. Et Kevin va prendre la désagréable habitude d’envahir la vie de Vincent…

C’est tout d’abord le duo d’auteurs qui a attiré mon attention. Didier Tronchet (qu’on ne présente plus et auteur de Jean-Claude Tergal, Raymond Calbuth, Le peuple des endormis… entre autres) et Nicoby (qu’on ne présente plus non plus et que j’avais a-do-ré sur Les ensembles contraires et 20 ans ferme !). Puis, le résumé de l’album a fini de me convaincre (il faut reconnaître que même écrit avec trois pieds gauches, j’étais déjà partante).

Alors oui, malgré le côté agaçant du personnage secondaire (Kevin), cet album est agréable. Malgré les coups bas et le fait qu’à partir du moment où Vincent croise son vieil ami, sa vie ne va plus si droit et les choses s’accélèrent. Ça pourrait sembler trop cette succession de tuiles qui lui tombent dessus mais non, parce que l’humour de Tronchet déride et le trait de Nicoby arrondi les angles.

C’est loufoque et tendre à la fois, c’est la vie de tout les jours avec le bon et le mauvais côté des choses, c’est exagéré et non dénué d’intérêt. Cyniquement drôle, c’est cruel aussi mais l’album se lit d’une traite !

Je ne suis pas certaine que l’histoire me marque au point que cet album se fasse une place dans ma mémoire mais ce qui est certain, c’est qu’il permet de passer un excellent moment de lecture.

Le Meilleur ami de l’Homme

One Shot
Editeur : Dupuis
Collection : Aire Libre
Dessinateur : NICOBY
Scénariste : Didier TRONCHET
Dépôt légal : septembre 2017
144 pages, 19 euros, ISBN :978-2-8001-7162-3

Bulles bulles bulles…

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Le meilleur ami de l’homme – Tronchet – Nicoby © Dupuis – 2017

Chroniks Expresss #32

Bandes dessinées : Strange Fruit (M. Waid & J.G. Jones ; Ed. Delcourt, 2017), Une sœur (B. Vivès; Ed. Casterman, 2017), Le Coup de Prague (J-L. Fromental & M. Hyman ; Ed. Dupuis, 2017).

Jeunesse : Le petit Mozart (Augel ; Ed. La Boîte à bulles, 2017).

Romans : Le Monde selon Garp (J. Irving ; Ed. Seuil, 1998), Les Rêves en noir et blanc (H. Vernet ; Is Edition, 2016), Le Roi n’a pas sommeil (C. Coulon ; Ed. Points, 2014), Celle qui fuit et celle qui reste (E. Ferrante ; Ed. Gallimard, 2017).

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Bandes dessinées


Waid – Jones © Guy Delcourt Productions – 2017

1927, état du Mississippi. Le fleuve est en crue. Il s’agit de prendre les mesures nécessaires rapidement, de renforcer les digues et de mettre la population à l’abri. Alors que les Blancs enrôlent les Noirs de force afin de leur prêter main forte, Washington mandate un ingénieur noir pour alerter la population : rien ne sert de consolider les infrastructures… il faut évacuer.
La ville de Chatterlee est en alerte. Au sol c’est le branle-bas de combat, entre les travaux de terrassement et les recherches menées pour retrouver un jeune garçon qui a disparu. Dans les airs, une météorite se rapproche dangereusement vite de la Terre et se crash non loin de la petite ville… dans un champ de coton. Une météorite ? Non. Un vaisseau duquel sort un homme à la peau noire.
Le climat électrique exacerbe les tensions et les animosités. Les propriétaires terriens blancs, pris de panique, tentent d’impressionner les anciens esclaves. Le Klan envoie ses hommes pour intimider ceux qui osent les critiquer.

Le scénario imaginé par Mark Waid a de quoi intriguer. Le programme est alléchant, reste à voir comment, avec tout ces éléments, la mayonnaise peut prendre. Le personnage principal est fascinant et charismatique et l’idée d’un surhomme noir quasi mutique m’a séduite. Pour enrichir le récit, le scénariste utilise un fait historique réel en la présence de la crue de 1927 qui, outre les dégâts matériels qu’elle a provoqué, a été meurtrière. Pourtant, je me suis rapidement lassée de l’album. Je trouve que Mark Waid a voulu en faire trop et traiter trop de sujet à la fois. Il n’y a rien de réellement spectaculaire dans les événements qui ont lieu, ce sur-homme est une caricature parfaite de l’anti-héros – à l’instar de Hancock – ce qui a ici le mérite de donner de la profondeur à l’intrigue. Mais je le disais, on a là trop de sujets (le racisme, l’héroïsme, une société en mutation, l’horreur, l’individualisme, la foi, le ségrégationnisme…) et face à ce côté prolifique… on survole, on voit notre intérêt faiblir à mesure que les pages se tournent. Le personnage principal n’évolue pas, ne chemine pas. Il reste totalement étanche à ce qui se passe autour de lui, comme une mécanique programmée, comme un robot conditionné. Et l’on s’agace de le voir si prévisible. Une force de la nature sans grand intérêt si ce n’est les passions qu’il est capable de déchaîner autour de lui.

La première publication de ce roman graphique américain date de juillet 2015. La version française (parue en avril 2017 chez Delcourt) est augmentée d’un fascicule et d’un cahier graphique (de toute beauté) ; ces bonus viennent agrémenter la lecture, donner des précisions quant à la démarche des auteurs et prolonger l’univers.

Par contre côté graphique, le travail de Jeffrey G.Jones est impressionnant. Ses aquarelles sont sublimes d’un bout à l’autre de l’album et honorent la plastique tout en muscles du héros… Jeunes filles, vous ne devriez pas être déçues 😛

Un album malheureusement dispensable. Des personnages trop vite balayés, leurs personnalités tout juste esquissées, ils jouent un rôle mais ne l’incarnent pas. Ils s’agitent et s’éparpillent à l’image du scénario.

 

Vivès © Casterman – 2017

C’est l’été, le temps des grandes vacances est revenu. Pour Antoine et Titi, l’heure est revenue de retrouver la maison secondaire, à deux pas de la mer. Des semaines doucereuses à passer avec leurs parents. Mais cet été-là a rapidement un goût différent des précédents. Pas forcément pour Titi qui du haut de ses 10 ans nage encore dans l’insouciance. Mais pour Antoine qui a 13 ans, l’arrivée d’Hélène, la fille d’une amie de sa mère, va être un raz-de-marée dans sa vie. Pour lui, c’est l’été des premières fois. Premier flirt, premiers sentiments amoureux, première clope, premier verre, première pipe, … En peu de temps, Antoine va quitter définitivement l’enfance et entrer à pieds joints dans l’adolescence.

Bastien Vivès est revenu avec un album fort et sensible. Le personnage de l’adolescente m’a agréablement surprise. Dévergondée mais sans être vulgaire, forte et fragile à la fois, audacieuse et farouche, le rythme de l’album colle à ses caprices et à ses désirs. On retrouve aussi la même veine graphique que dans « Polina » : un dessin subtil qui caresse les personnages. Noir, blanc et gris suffisent pour poser avec délicatesse les mots et les maux, les pensées et les émotions qui ne trouvent pas le chemin de la parole. Les fonds de cases sont parfois nus, nous laissant ainsi savourer l’intimité d’une scène, nous laissant ainsi mesurer l’ampleur d’une peur ou la force d’un désir.

J’ai été cueillie par cet album, surprise par cette parenthèse. Je suis retournée en arrière et j’ai laissé certains souvenirs de ma propre adolescence remonter à la surface. Beau.

La bande-annonce de l’album (chez Casterman) et le site de Bastien VIVES.

 

Fromental – Hyman © Dupuis – 2017

« Hiver 1948, dans le blizzard de la capitale autrichienne sous occupation des quatre puissances. Dépêché par le studio London Films, G. travaille à l’écriture de son prochain long métrage, assisté par l’énigmatique Elizabeth Montagu. Cette dernière, dont le passé militaire et les relations l’attachent aux services secrets britanniques, découvrira bien vite que le prétexte artistique dissimule de véritables tensions politiques et que les lendemains de guerre ne sont pas toujours chantants. Cette mission en apparence paisible basculera dès lors dans l’atmosphère sournoise d’une révolution fulgurante que l’Histoire retiendra sous le nom de « coup de Prague » » (synopsis éditeur).

Je passerai vite sur cet album qui m’est tombé des mains et donc je ne connaîtrai jamais la fin. Entre romance, intrigue politique, espionnage, courses poursuites, référence littéraire… je me suis égarée dans les rue de Prague pour fuir volontairement ces héros qui m’ont tous été antipathiques.

Bonne nouvelle pour l’album : il fait partie des « 20 indispensables de l’été » de l’ACBD (au même titre que le roman graphique de Bastien Vivès dont je vous parlais plus haut) … et ça dépasse mon entendement !

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Jeunesse

 

Augel © La Boîte à bulles – 2017

Enfant déjà, Mozart n’était intéressé que par la musique. La musique l’accaparait entièrement, à chaque instant. Il composait sans cesse et en tous lieux. Il compose à n’importe quel moment de la journée, écrit ses partitions en tous lieux et sur n’importe quel support ; une barrière, un mur, le sol, des feuilles, du linge… Il joue, virtuose, il fait corps avec sa musique, en totale harmonie avec son instrument. Il fusionne avec la mélodie.

Augel imagine l’enfant que Mozart pouvait être. Un savant fou en herbe, le cheveu ébouriffé, la tête dans les étoiles et dans les portées de musique. Rien d’autre ne copte pour lui. La musique est son oxygène.

Petites scénettes plus ou moins longues (du strip à quelques pages). Petites anecdotes humoristiques au ton malicieux. On sourit souvent sans jamais parvenir au rire franc. Le ton est gentillet, il n’est jamais niais. Un brin de philosophie, un peu de poésie, tous les ingrédients sont là mais il manque un je-ne-sais-quoi pour que l’album soit abouti.

Une lecture qui ne laissera pas un souvenir impérissable.

 

Romans

 

Irving © Seuil – 1998

« Jenny Fields ne veut pas d’homme dans sa vie mais elle désire un enfant. Ainsi naît Garp. Il grandit dans un collège où sa mère est infirmière. Puis ils décident tous deux d’écrire, et Jenny devient une icône du féminisme. Garp, heureux mari et père, vit pourtant dans la peur : dans son univers dominé par les femmes, la violence des hommes n’est jamais loin… » (synopsis éditeur).

Un livre qui m’a été offert. Un romancier que je n’avais jamais lu. Des chroniques sur ses œuvres, je n’en ai gardé aucun souvenir. J’ai donc démarré cette lecture sans aucun apriori, sans attente démesurée… seul le plaisir de découvrir une nouvelle plume, un nouveau regard… un monde, celui de Garp.

Très vite, j’ai été prise au jeu. Très vite, j’ai apprécié Jenny. John Irving ne fait aucun détour superflu pour nous permettre d’appréhender la vision que cette femme a du monde. Elle ne s’encombre pas de sentiments inutiles, elle accorde très rarement son amitié. Elle se fond dans sa fonction d’infirmière, sa blouse blanche sera sa seconde peau et se consacre entièrement à son rôle de mère. Une femme entière.

Au bout de quelques chapitres, son fils – Garp, lui volera peu à peu la vedette. Car c’est bien lui le « héros » du roman d’Irving. Le lecteur est présent lors de sa naissance, le seconde lorsqu’il fait ses premiers pas puis le suivra durant toute sa jeunesse, son adolescence et une partie de sa vie d’adulte. Un personnage qui, très jeune, décide qu’il deviendra écrivain. Autour de lui, un clan se forme au fil des années, au gré des rencontres. Sa personnalité s’affirme, ses choix sont les nôtres, ses passions nous emballent au même titre que les combats qu’il mène.

Le roman s’ouvre sur une préface rédigée par l’auteur lui-même. Vingt ans séparent ces deux écrits (roman et préface). Il met un point d’honneur à expliquer que « Le Monde selon Garp » n’est pas un roman autobiographique mais que, bien évidemment, certains éléments narratifs s’inspirent logiquement d’anecdotes et/ou de rencontres réelles.

Un ouvrage dense mais jamais pompeux. Un récit généreux que l’on dévore. Des personnages haut en couleurs, des situations originales, les œuvres du personnage fictif intégralement (ou presque) reproduite dans le roman d’Irving. Le processus de création, le rapport à l’écriture, à la lecture. La transmission d’une génération à l’autre. Les prises de position. L’altruisme. La jalousie. L’infidélité. L’amitié. La tolérance. La concupiscence… Autant de thèmes traités dans ce riche roman. Prenant, drôle, revêche. Je sors repue et satisfaite de ma découverte d’Irving.

 

Vernet © Is Edition – 2016

Philea a la vie devant elle mais elle vit comme si elle allait s’arrêter demain. Elle a 25 ans, l’amour des livres. Elle en a fait son métier. Elle est libraire. Elle a une peur farouche des hommes du moins, elle a vécu une histoire avec un homme. Mais c’était avant, il y a longtemps. Elle y a laissé des plumes. Désabusée désormais, elle sait que l’amour n’existe pas. Que ce qui est beau n’est qu’éphémère. Elle n’attend plus rien des hommes. Depuis, elle a cumulé les aventures. Elle a séduit et s’est laissé séduire. Mais elle n’a plus ressenti ce qu’elle avait ressenti la première fois. Puis un jour, elle croise Theo dans une soirée. C’est à peine si elle l’a remarqué. Le lendemain, elle reçoit son premier mail. Il contient une vidéo en noir et blanc. Une chanson de Nougaro. D’autres mails viendront jusqu’à ce qu’elle accepte un rendez-vous. Elle appréhende, n’en attend rien juste de pouvoir lui dire qu’ils n’ont rien à faire ensemble. Les rendez-vous se succèdent, il lui dit ses sentiments. Elle a plus de réticences, elle résiste, elle sait que chaque relation est vouée à l’échec. Elle est séduite, amusée, surprise. Il est intelligent, « charmant. Ensorcelant. Atemporel ». Il lui plaît, il est à la fois tendre et indécent. Le désir monte en eux. En sa présence elle est bien. Une osmose. Deux âmes sœurs jusqu’à ce que les premiers doutes surgissent.

Elle étouffe sous le poids d’un bonheur dont elle pressent l’abîme.

Un roman sur le couple et sur chaque individu qui le compose. Homme, femme. Un duo à la recherche d’une harmonie. Une entité composée de deux êtres, une prolongation de chacun d’eux. S’épanouir dans le couple, s’y abandonner pour mieux s’y retrouver. Une quête de sens. Quand les sentiments s’expriment avec autant de naturel, autant de spontanéité, on cherche parfois à en comprendre la raison. Une unité fragile faite des désirs de deux personnes, un équilibre dans lequel on s’épanouit. Lorsque le couple est une telle évidence, on cherche à le préserver puis peut-être qu’on s’y habitue. Alors on n’y fait plus attention, on sent les bases vaciller et, mû par un instinct malsain, on cherche à s’en protéger. Convaincre l’autre que nos doutes sont fondés pour qu’il les démente afin de nous rassurer. Mais lorsque le poison commence à se répandre, l’autre facette du couple se répand comme une trainée de poudre.

Extrait du prologue : « L’histoire en elle-même est tout aussi banale que la fille qui l’a écrite. Pourtant, elle mérite d’être racontée ici pour rendre hommage au courage de cet homme et de cette femme qui ont essayé de s’aimer, sans attache, tout en sachant que c’était perdu d’avance, tout en sachant qu’ils ne pourraient pas se sauver l’un l’autre, ni se soulager, et qu’ils mouraient un jour sans laisser aucune trace de cet amour. Voici l’histoire d’un homme et d’une femme qui ont fait l’expérience de la solitude à deux, sans jamais fléchir sous le poids de l’espoir, pour sauver la seule idée en laquelle ils croyaient : tout est perdu d’avance. Rien ne dure jamais. »

Noir – blanc. Yin – Yang. Homme – Femme. Passion – désamour. Une très belle réflexion induite par cette parenthèse conjugale. Quelle belle plume ! Hanna Vernet signe son premier roman. Je l’ai savouré, je l’ai aimée cette femme. Sa fragilité m’a touchée, ses peurs m’ont émue, ses doutes ont trouvé un écho. Superbe ! Framboise en parle magnifiquement bien dans sa chronique.

Quelques liens pour aller plus loin : la présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur, la page Facebook de l’auteure.

 

Coulon © Editions Points – 2014

Thomas est l’enfant unique de William et Mary Hogan. Une enfance passée dans un cocon, dans le calme de la maison familiale, entre un père aimant mais absent et mystérieux, et une mère prévenante, protectrice et bienveillante.

Thomas est un solitaire. Comme son père, il économise ses mots, ne parle que quand c’est nécessaire. Il n’a pas d’amis excepté Paul… mais en grandissant, leurs routes vont se séparer. Thomas est un enfant sans histoires… mais en grandissant, l’alcool et les déceptions amoureuses vont l’écarter du droit chemin.

Je découvre doucement l’œuvre de Cécile Coulon. Après la claque que j’avais eue à la lecture du « Rire du grand blessé » [découvert grâce à Noukette], j’ai jeté mon dévolu sur cet autre roman. Je n’ai pu m’empêcher de faire des parallèles entre ces deux hommes blessés, torturés, incapables d’éprouver – par on ne sait quelle force – leurs sentiments, incapables de se laisser aller au plaisir, incapables de s’épanouir. Comme s’ils étaient coincés dans des corps trop grands pour eux, trop forts pour eux et que le seul moyen de vivre était de se protéger derrière une carapace. Ils sont cantonnés dans le rôle d’observateur impuissant, spectateur de leurs vies. L’étincelle de vie est incapable de s’allumer dans leurs yeux. Un monde brut, trop rapide et trop agressif pour eux.

Beau. Superbe. J’aime décidément cette écriture puissante de Cécile Coulon. Une écriture qui n’épargne rien aux personnages qui habitent les univers de la romancière.

Les chroniques de Noukette, Jérôme, Sylire.

 

Ferrante © Gallimard – 2017

Retrouver Elena qui termine son parcours universitaire, déterminée à l’idée de s’émanciper pour ne jamais revenir dans les jupons de sa mère et refusant obstinément de revenir dans son quartier natal. Sa première relation amoureuse est désormais loin derrière elle. Elle est aujourd’hui engagée avec Pietro ; ce dernier incarne pour elle ses rêves d’ascension sociale et de réussite. Elle va se marier. Son roman est désormais publié et la jeune femme, docile, se déplace au travers de l’Italie pour en faire la promotion. C’est à l’occasion d’une séance de dédicace qu’elle retrouve Nino, un amour de jeunesse.

Retrouver Lila qui, après avoir l’opulence, est retournée à la misère. Après le luxe, retrouve l’incurie. Après les belles tenues se vêtit de nouveau de fripes. Son travail à l’usine la nourrit à peine. Elle élève tant bien que mal l’enfant qu’elle a eu de Nino.

Elles ont 25 ans et leurs vies sont aux antipodes. Elena s’installe en couple, enfante à son tour. Leurs vies semblent toutes tracées mais les deux femmes sont encore fortement dépendantes l’une de l’autre et malgré le fossé qui les sépare, leurs destins sont liés. Yin & yang à jamais enchevêtrés malgré leurs différentes. Elena est prévisible, complexée, effacée. Elle range facilement ses idéaux lorsqu’il s’agit d’assumer le rôle de mère au foyer. Lila est affaiblie mais elle reste électrique, vive, douée. Abattue par ses conditions de vie, elle accepte la misère comme si c’était le prix à payer pour ses erreurs de jeunesse.

J’ai découvert cette sage d’Elena Ferrante grâce à un billet de Framboise qui présentait les deux premiers tomes de la tétralogie « L’Amie prodigieuse » . Tentée, j’ai engouffré « L’Amie prodigieuse » puis « Le nouveau nom » … et attendu avec impatience ce troisième tome. Dans un premier temps, il y a une parfaite continuité dans le comportement du personnage principal (Elena) au point qu’on se lasse de la voir s’effacer derrière des compromis et des faux-semblants. De même, on ne s’étonne pas de voir Lila relever ses manches et saisir au vol une opportunité inespérée de sortir de l’incurie dans laquelle elle vivait.

Contre toute attente, Elena Ferrante met le feu aux poudres et nous surprend. La romancière nous montre que rien n’est joué d’avance. Un vent de folie emporte le récit vers de nouvelles perspectives et c’est une énorme claque que l’on prend en refermant cet opus. Ce troisième tome est de loin mon préféré. Il me tarde le suivant !!

Intempérie (Rey)

Rey © Dupuis – 2017

Il part.

Il fuit le tête-à-tête avec son père mais c’est avant tout pour se soustraire de la brutalité et des coups de ce dernier qu’il part. Au début, il se cache dans les terriers creusés par les animaux pour que les hommes qui sont à sa recherche ne le trouvent pas. Puis, la nuit, il poursuit son ascension toujours plus loin vers le Nord jusqu’à s’échouer sur le campement de fortune d’un vieux berger. L’homme le prend sous son aile et va tenter d’apprivoiser l’enfant.
Sur les traces de l’enfant, un chasseur de prime sans pitié est chargé de ramener l’enfant à son bourreau.

Un dessin anguleux qui sert la vision d’un monde agressif et sans pitié. Seul ces paysages espagnols arides, un enfant est aux abois. Ses nuits sont peuplées de cauchemars où, telle une petite Alice, il revit sa fuite à l’infini et tente de se faufiler dans des portes qui freinent sa progression et l’empêchent de se mettre à l’abri des molosses qui veulent le dévorer.

Les échanges sont rares entre les personnages, réduits à l’essentiel comme s’ils avaient le souci d’économiser leur salive. Les propos sont laconiques et donnent l’impression au lecteur qu’il y a comme une urgence à lire ce récit, à tourner les pages comme si, nous aussi, nous étions aspirés par la fugue de l’enfant… un enfant qui court pour sa survie.

Javi Rey a réalisé un album qui nous coupe le souffle, qui nous coupe les jambes… il nous fige face à l’album que l’on dévore avec un mélange de frénésie et d’appréhension. Adapté de l’œuvre éponyme de Jesús Carrasco, « Intempérie » mêle le roman d’apprentissage au thriller qui glace le sang. De fait, il y a une alternance entre des passages très apaisants et tendres et des temps plus anxiogènes.

Les couleurs délavées de l’album font ressentir l’inhospitalité de ces paysages désertiques que le vieil homme et l’enfant traversent. Nul doute qu’on aspire à quitter ce décor le plus rapidement possible. On souhaite s’extraire des morsures de la chaleur assommante des lieux, de cette vie rude imposée par le vagabondage et la fuite. On aspire à ce que les personnages trouvent un havre de paix et y mangent à leur faim. On colle à la peau de l’enfant, on se blottit sous son aisselle dans l’espoir d’y trouver le refuge qui lui fait défaut. Par moment, on a envie de rugir face aux violences qui lui sont faites. On a envie de lui hurler de suivre ce vieil homme bienveillant mais l’enfant est rongé par l’angoisse et les souvenirs des maltraitances qu’il a subies le poussent à se méfier de l’adulte. Pourtant, si l’enfant survit encore, c’est bien grâce à cet inconnu.

Une ambiance à couper au couteau. Un récit addictif et haletant. Une intrigue qui se déroule dans une atmosphère électrique mais on s’engouffre dans cet album comme si on était hypnotisé. Superbe.

Extrait :

« Il s’était enfui de chez lui précipitamment, le jour où il n’avait pu en supporter davantage » (Intempérie).

Intempérie

One Shot
Adapté du roman de Jesús CARRASCO
Editeur : Dupuis
Collection : Aire Libre
Dessinateur / Scénariste : Javi REY
Traducteur : Alexandra CARRASCO
Dépôt légal : juin 2017
152 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-8001-7159-3

Bulles bulles bulles…

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Intempérie – Rey © Dupuis – 2017

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