Chroniks Express 37

Bande dessinée : Un Père vertueux (L. Debeurme ; Ed. Cornélius, 2015).

Romans : L’Orangeraie (L. Tremblay ; Ed. Folio, 2016), L’amie prodigieuse, tome 4 : L’enfant perdue (E. Ferrante ; Ed. Gallimard, 2018), Trois Saisons d’orage (C. Coulon ; Ed. Viviane Hamy, 2017), Soyez imprudents les enfants (V. Ovaldé ; Ed. Flammarion, 2016), Mon Traître (S. Chalandon ; Ed. Le Livre de poche, 2009), Retour à Killybegs (S. Chalandon ; Ed. Le Livre de poche, 2016), Quand sort la recluse (F. Vargas ; Ed. Flammarion, 2017).

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Bande dessinée

 

Debeurme © Cornélius – 2015

Trois garçons et leur père s’installent dans un nouveau pays. L’un d’eux, Horn, cache une pilosité excessive sous un ample sweat à capuche. Honteux, il préfère fuir l’école plutôt que d’affronter les moqueries de ses camarades. L’autre, Twombly, réalise d’horrible petites sculptures dans des morceaux de bois. Le dernier est surnommé « Bird » depuis qu’il a recueilli un oiseau blessé.

La vie suit drôlement son cours. Le père, un dangereux criminel, décide un jour d’aller chercher la mère de ses fils. Avant de partir, aucunes embrassades, aucun encouragement. Des injonctions.

Je m’absente quelques temps. Je vais retourner chez nous chercher votre mère. Je vous laisse la maison… S’il arrive le moindre problème, ici ou à l’école… A mon retour, je vous égorge.

Ce père autoritaire, les trois garçons en ont peur. Un père froid, dur. Un père qui impose une discipline militaire, incapable de donner de l’amour. Un père qui punit de façon excessive. Un père à faire peur, surtout quand il a bu… mieux vaut ne pas le contrarier. Un père à faire peur… ça donne des petits soldats qui filent droit.

On se place dans cette famille étrange que Ludovic Debeurme dessine au crayon de couleurs. Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel sont là pour nous raconter les horreurs de cette vie-là. Un album qui vient prolonger « Les Trois Fils » que l’auteur avait réalisé deux ans plus tôt. C’est cruel, c’est injuste mais quelques passages proposent des scènes d’une beauté pure. C’est magique et épouvantable… ça ma gênée et à certains instants je n’ai pas su quoi faire de ce qui était dit ou ce qui était fait par les personnages (le père surtout).

Vraiment bizarre. Il y a comme une curiosité malsaine qui m’a poussée à continuer ma lecture, comme pour voir jusqu’où l’auteur était capable d’aller dans la cruauté absurde qu’il décrit. Je préfère, et de loin, ce qu’il avait réalisé sur « Lucille » et « Renée » …

 

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Romans

 

Tremblay © Folio – 2016

Des jumeaux âgés de 9 ans. Aziz et Amed sont inséparables. Ils vivent dans un pays en guerre. Le fragile équilibre de leurs vies étaient préservés jusqu’à ce qu’une bombe tombe sur la maison de leurs grands-parents. Dès lors c’est à Zahed, leur père, qu’il revient de s’occuper de l’orangeraie exploitée jusque-là par le grand-père. Zahed s’affaire plus que de coutume puisque c’est à lui de nettoyer les décombres et de donner une dépouille décente aux deux corps et Tamara, leur mère, continue à veiller comme une louve sur ses fils.

Mais un beau jour, Soulayed fait son apparition dans l’orangeraie. Peu de temps après, Zahed explique aux jumeaux qu’il doit faire un choix : celui des deux qu’il désignera ira avec Soulayed et partira en martyr.

Un texte court, un texte fort, un texte plein d’émotion.
En son cœur, un amour fraternel plus fort que tout, un respect des traditions et un sens du devoir hors normes.
Et le regard de deux enfants sur les événements, deux enfants à qui l’on demande de grandir vite, bien trop vite.

Pour nous occidentaux, c’est aussi le récit de l’inconcevable, de l’incompréhensible. Le tiraillement d’un père qui doit choisir entre ses deux garçons. La souffrance d’une mère qui, docile, ne cherche même pas à convaincre son époux qu’il n’a pas à faire ce choix absurde. Un texte qu’on lit d’une traite, presque en apnée.

 

Coulon © Viviane Hamy – 2017

André, Benedict, Bérangère.

Trois générations, trois existences liées les unes dans les autres. Trois membres d’une même famille. Le grand-père, le père et la fille. Une famille pas comme les autres aux Fontaines, ce petit village qui s’est étalé, reliant presque le cœur du village, son clocher, son Café… aux carrières qui se situent en périphéries. Les décennies ont appris aux paysans natifs de ce coin de terre isolé, appelé Les Trois Gueules, à accepter ces « fourmis blanches » venues travailler dans les carrières où l’on extrait la roche du ventre de la terre pour la vendre aux entreprises. La roche et les produits agricoles sont désormais le fonds de commerce des Fontaines, à parts égales. André est venu de la ville il y a 50 ans pour s’installer aux Fontaines. Il fut le premier médecin à accepter de vivre là. Benedict, son fils, a pris sa relève. Bérangère quant à elle est encore trop jeune pour oser affirmer ce qu’elle fera de sa vie.

Je suis un peu entrée sur la pointe des pieds dans ce roman, encore troublée par mes précédentes plongées dans les romans de Cécile Coulon (Le Roi n’a pas sommeil, Le Rire du grand blessé, Le Cœur du Pélican). Et puis, il me semble que ce récit prend davantage le temps de nous décrire l’environnement (les paysages autour du village et de ses alentours) et l’ambiance des lieux grandement influencée par les superstitions véhiculées de générations en générations… C’est dans un deuxième temps que l’on va à la rencontre des personnages. Très vite, on apprend à vivre avec eux, on découvre leurs habitudes et leurs ambitions. André, le patriarche, gardera une part de mystère ; l’auteure ne prend effectivement pas le temps de remonter dans son enfance, nous n’aurons donc que les grandes lignes de ce qu’il a vécu avant. En revanche, nous verrons naître Benedict puis Bérangère. Si jamais on ne s’attarde sur un personnage – Cécile Coulon ayant préférer donner la parole à tour de rôle aux cinq personnages principaux, on n’en connaît pourtant suffisamment sur chacun d’entre eux pour naviguer de façon fluide entre chacun d’entre eux. Très vite, j’ai appréhendé un drame ; la douceur et la quiétude du récit est presque parvenu à me faire oublier cette éventualité… du moins pendant un temps.

Une fois à la moitié de l’ouvrage, Cécile Coulon serre davantage l’étau narratif. On sait que cette éventualité va devenir effective. J’ai tendu le dos et continué à profiter de ma lecture. J’ai cherché à anticiper, j’ai même dessiné les contours de cette fatalité mais je me suis évidemment laissée cueillir par les mots.

 

Ferrante © Gallimard – 2018

Dernier volet de la saga « L’Amie prodigieuse » . Après l’enfance (tome 1), la fin de l’adolescence et l’entrée dans la vie active (tome 2), l’âge adulte et la vie de famille (tome 3)… place désormais à la fin du récit : celui de la maturité, de l’épanouissement professionnel.

Pendant plusieurs années, Elena avait attaché une attention particulière au fait de garder de la distance entre elle et Naples, sa ville natale. Elle avait aussi veillé à extraite Lina de sa vie, consciente de l’influence que son amie d’enfance avait sur elle, une influence qui lui avait été nocive à plusieurs reprises. Désormais, Elena est une femme épanouie. La réussite professionnelle lui sourit et elle s’épanouit enfin dans son couple. Mais tout cela ne doit-il durer qu’un temps ?

J’étais impatiente de lire ce dernier tome de cette saga qui avait pris une tournure (et un rythme) inespérée dans la dernière ligne droite du tome 3.

On repart ici avec pas mal d’entrain, on repart de plus belle dans cette amitié ambiguë entre les deux amies d’enfance et on essuie un peu plus facilement les contradictions de l’héroïne.

Ravie de connaître le dénouement de cette saga, j’ai pourtant ressenti de la lassitude à la moitié de l’ouvrage car le rythme est mou, trop mou. Sur la fin en revanche, je me suis ennuyée – mais réellement ! , j’ai sauté certains passages (notamment ceux qui sont consacrés à Naples… j’avais envie d’une fin qui se tient et non de passages pour noircir les pages avec un exposé historique des différents bâtiments napolitains).
Dans les tomes précédents, j’avais relevé quelques longueurs. Dans ce tome, les cinquante dernières pages sont… inutiles.

La fiche de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

 

Ovaldé © Flammarion – 2016

Espagne. Anastasia est née en 1970. Nous faisons sa connaissance lorsqu’elle a 13 ans. La narratrice nous fait la grâce de nous épargner les détails de ses premières années de vie ; elle les résume en quelques anecdotes.

Anastasia est née en Espagne d’une famille espagnole. La guerre civile est passée par là et comme dans toutes les familles espagnoles, on en voit encore les stigmates. Les jeunes générations portent le poids de cette guerre fratricide sans avoir vécu cette déchirure. A 13 ans, lors d’une sortie scolaire, Anastasia découvre les œuvres du peintre Roberto Diaz Uribe. Elle va se passionner pour son art. Cela va même devenir une obsession.

Jusqu’à 18 ans, Anastasia s’ennuie. Comme pour tous les adolescents, le temps s’étire de façon déprimante. Puis à 18 ans, elle quitte le foyer familial et part faire ses études à Paris.

Je ne compte plus le nombres d’avis positifs que j’ai lu et entendu sur ce roman. Je ne compte plus. A chaque avis, mon envie d’engouffrer ce roman grandissait. Puis je l’ai reçu en cadeau et j’ai laissé décanter un peu… Pendant les cent premières pages, la lecture fut des plus ennuyeuses. Tellement ennuyeuse que l’ouvrage a bien failli me tomber des mains. A peine plus d’une demi-douzaine de pages par jour… cette lecture a eu, au début, un effet hautement soporifique sur ma petite personne. Puis Anastasia a grandi et Véronique Ovaldé a lentement élargi les centres d’intérêt de sa narratrice, la rendant plus consistante, plus pertinente… plus intéressante. Quand bien même, ce roman m’a laissé sur ma faim.

 

Chalandon © Le Livre de Poche – 2009

Antoine, luthier à Paris, rencontre un client qui lui parle de James Connolly, activiste irlandais. Les paroles de cet inconnu de passage dans son atelier lui redonnent peu à peu l’envie de retourner en Irlande, pays qu’il connait peu.

En mai 1975, Antoine décide de se faire un court séjour en Irlande à l’occasion de ses 30 ans. C’est à ce moment qu’il rencontre Jim O’Leary et Cathy, son épouse. La rencontre entre le français et le couple est immédiate. Ils s’échangent leurs coordonnées. Antoine reviendra les voir, c’est certain. Au fil des années, Antoine s’organise pour leur rendre visite. A chacune de ses venues, il est accueilli comme un frère, un ami de toujours. Il a sa chambre qui l’attend, ses repères.

En 1997, lors d’une soirée arrosée dans un pub, il croise pour la première fois Tyrone Meehan, celui qu’il nomme son traitre. Entre eux, une forte amitié va se construite au fil des années. Antoine a déjà compris que Jim était un militant actif de l’IRA mais Tyrone est un de ses combattants les plus actifs. Tyrone est respecté, admiré. Les séjours d’Antoine sur le sol irlandais sont de plus en plus fréquents, il aimerait lui aussi aider la cause, participer au combat mené en vue de l’indépendance. Les années filent, Jim meure, emporté par une bombe qu’il avait mal réglée. Les allers-retours de Tyrone en prison, les coups durs que l’IRA doit encaisser, tout cela Antoine le vit, il accuse les coups en témoin discret. 2006 sera l’année des désillusions… tous apprennent que Tyrone est un traître, qu’il a vendu des informations aux Anglais.

Avant de devenir écrivain, Sorj Chalandon était journaliste. A ce titre, il a notamment effectué des reportages en Irlande du Nord et y a rencontré Denis Donaldson. De cette rencontre naît une amitié ; l’auteur s’en est inspirée pour écrire « Mon traitre » . Sorj-journaliste y devient Antoine-luthier et Denis Donaldson se glisse sous les traits de Tyrone Meehan.

« Mon traître » est le récit d’une lutte, celle d’un peuple qui aspire à vivre en paix, libre. C’est aussi le récit d’une amitié et d’une trahison, d’une incompréhension. C’est enfin la recherche la quête identitaire d’Antoine qui apprend à se connaître au travers du regard que Tyrone pose sur lui.

C’est l’adaptation de ce roman par Pierre Alary qui m’a invitée à découvrir le texte originel. Premier roman que je lis (enfin !) de cet auteur. Une claque !

 

Chalandon © Le Livre de Poche – 2016

Retour sur les événements abordés dans « Mon Traître » mais cette fois, ils sont abordés du point de vue de Tyrone Meehan. Ecrit trois ans après « Mon Traître » , « Retour à Killybegs » narre le parcours de Tyrone, de sa plus tendre enfance à sa mort, aborde son recrutement par l’IRA et les événements qui ont conduit à ce qu’il devienne, dans les années 70, l’un des commandants de la branche armée de l’IRA.

L’occasion de découvrir les raisons qui ont motivé Tyrone à accepter de collaborer avec les anglais, la manière dont il a tenté de sortir ses épingles du jeu. Si vous ne l’avez pas encore fait et que vous avez lu « Mon Traître » , voici une nouvelle fois un roman que je vous recommande vivement.

 

Vargas © Flammarion – 2017

Appelé en urgence pour boucler une enquête, le Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg doit quitter l’Islande, pays qu’il a découvert lors de sa précédente enquête. En quelques jours, il parvient à mettre en avant les éléments clés qui conduisent à faire passer aux aveux l’un des principaux suspects. Sitôt l’affaire bouclée, son instinct attire son attention sur la mort soudaine de deux « vieux » à la suite de piqûres de recluses (des araignées habituellement très discrètes et qui ne s’attaquent que rarement à l’homme). Il se met à enquêter en solo avant de s’en ouvrir à une poignée de ses lieutenants. Voisenet, Froissy, Veyrenc puis Retancourt seront les premiers à lui prêter main forte sur cette enquête non officielle qui sème le trouble dans la Brigade et fait peser sur l’ensemble du groupe les désaccords de plus en plus tendus entre le Commissaire et Danglard, son bras droit.

J’ai toujours autant de plaisir à retrouver le personnage d’Adamsberg. Sa personnalité, son état d’esprit… tout jusqu’à sa manière lente et nonchalante de se déplacer, ses « bulles de pensées » et sa nécessité d’aller marcher pour « brasser des nuages » . L’écriture de Fred Vargas coule quand je la lis, elle coule comme quelque chose de très naturel. Habituellement, les enquêtes d’Adamsberg me surprennent car je ne vois jamais venir qui est l’assassin. « Quand sort la recluse » est l’exception à la règle, à ma grande surprise. Très tôt dans la lecture, mes suspicions se sont portées sur un personnage qui s’est effectivement avéré être l’auteur des crimes. C’est un peu déstabilisant, cela m’a donné l’impression de quelques longueurs dans le texte pour autant, ce roman policier n’est pas à une exception près car c’est aussi la première fois où l’émotion m’a saisie dans les dernières pages, lorsque Adamsberg confond l’assassin dans un tête à tête. Le Commissaire s’était attaché… moi aussi.

Pas le meilleur ouvrage dans la série « Adamsberg » mais un de ceux dont je me rappellerais certainement avec beaucoup de précision

Chroniks Expresss #33

Bandes dessinées : Cette ville te tuera (Y. Tatsumi ; Ed. Cornélius, 2015), Les Mutants, un peuple d’incompris (P. Aubry ; Ed. Les Arènes – XXI, 2016), Miss Peregrine et les enfants particuliers, volume 2 (R. Riggs & C. Jean ; Ed. Bayard, 2017).

Jeunesse : Trois aventures de Léo Cassebonbons (F. Duprat ; Ed. La Boîte à bulles, 2017).

Romans : Les Echoués (P. Manoukian ; Ed. Points, 2017), Rien ne s’oppose à la nuit (D. De Vigan ; Ed. Le Livre de Poche, 2013), Women (C. Bukowski ; Ed. Grasset, 1981), Temps glaciaires (F. Vargas ; Ed. Flammarion, 2015), Les Jours de mon abandon (E. Ferrante ; Ed. Gallimard-Folio, 2016).

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Bandes dessinées

 

Tatsumi © Cornélius – 2015

Tokyo. Plongée au cœur d’une société en plein mal-être.

Stéphane Beaujean a réalisé une très belle préface qui explique à la fois le contexte social de l’époque et réalise une fine analyse de la démarche de l’auteur. « Dans les nouvelles qui suivent, Yoshihiro Tatsumi s’attarde plus précisément sur les relations entre hommes et femmes. Il témoigne de la mort du désir sexuel, de son dévoiement par le capitalisme et la modernité dans une civilisation en proie à une urbanisation étouffante ».

Cet album est le premier volume de l’anthologie des œuvres du Yoshihiro Tatsumi (« Une vie dans les marges »), il contient 23 nouvelles crées dans les années 1960 et 1970. Les histoires sont dures, brutales mais comme elles sont toutes assez courtes, le lecteur n’a pas le temps de s’apitoyer réellement sur un personnage. On traverse une succession d’avortements, de fœtus dans les égouts, de suicides, d’adultères. On voit des individus qui s’abrutissent au travail pour ne pas penser. Une ville inhospitalière. Des hommes désabusés, des femmes aigries et autoritaires et entre les deux, la communication est souvent en panne. Une sexualité à la fois contrariée, étouffée et pour d’autres, totalement débridée et pulsionnelle. C’est à la fois malsain et totalement affligeant, au point qu’on plaint ces gens en souffrance.

On sort un peu sonné de la lecture de ce gekiga mais tout de même, n’hésitez pas à le lire si vous en avez l’occasion.

A lire aussi : la présentation de l’album sur le blog de l’éditeur.

 

Aubry © Les Arènes-XXI – 2016

Service de pédopsychiatrie de l’Hôpital Sainte Barbe à Paris. Le pavillon Charcot accueille des adolescents âgés de 12 à 14 ans. Crises d’angoisse, tentatives de suicide, décompensation, overdose… les motifs d’hospitalisations sont multiples mais ils ont tous un point commun : leurs parents sont totalement dépassés par la « crise d’adolescence » et incapables d’aider leurs enfants à y faire face. Psychiatre, éducateurs spécialisés, infirmiers… assurent la prise en charge durant des séjours qui durent de quelques jours à plusieurs mois.

Pauline Aubry quant à elle est graphiste ; elle a repris par la suite ses études au CESAN, une école de BD. En 2013, elle sollicite son amie Camille, pédopsychiatre à Sainte-Barbe, pour savoir s’il est possible de faire un reportage BD sur le service. La réponse est positive mais en échange, il lui est demandé d’animer un atelier BD à destination des jeunes patients du service.

Un album à mi-chemin entre l’autobiographie et le reportage, entre la découverte des problématiques propres à l’adolescence et la démarche cathartique. Car pour adapter son atelier au public qu’elle va côtoyer, Pauline Aubry se remémore sa propre adolescence (état d’esprit, relations familiales, hobbies…). Elle va animer au total 8 séances d’atelier (de novembre 2013 à mars 2014). L’album est ponctué par ces repères chronologiques. Pour le reste, l’auteure relate l’ambiance de chaque séance d’atelier, et montre comment le service de pédopsychiatrie s’organise (profil des ados, travail d’équipe, méthodes de travail, liens avec les familles…). Entre les séquences de reportages, l’auteure fait remonter les souvenirs et décortiquent les informations qu’elle a reçues en faisant le parallèle avec sa propre adolescence.

Pour être honnête, cette BD est parfaite pour se sensibiliser sur la prise en charge des adolescents fragiles (manifestant des troubles du comportement, ayant des conduites addictives et/ou qui se mettent en danger). Je vois bien ce medium être utilisé dans des groupes de parole d’adolescents. Par contre, pour les personnes qui connaissent déjà ces services hospitaliers en pédopsychiatrie, ça fait vraiment redite. Globalement, je baigne un peu trop dans ce milieu professionnel. Je suis au contact quotidien avec la clinique, les thérapeutes, les éducateurs, les publics… en permanence en train d’écouter des gens parler de leurs vies, de leurs échecs, de leurs angoisses… Bref, un livre pour réviser les bases…

Vu aussi chez : Sabariscon, Joëlle, Tamara.

 

Riggs – Jean © Bayard – 2017

Les enfants particuliers recueillis par Miss Peregrine sont en cavale. Ils fuient les Sépulcreux et les Estres qui tentent de les capturer afin de pouvoir pratiquer d’obscures et de traumatisantes expériences en laboratoire. Dotés de pouvoirs surnaturels, les Enfants Particuliers vivaient jusqu’à présent – pour les plus chanceux d’entre eux – sous la protection d’ombrunes bienveillantes, sortes de nurses qui leur assurait le gîte et le couvert mais aussi la possibilité de mieux connaître les pouvoirs de chacun et … d’accepter d’être différents des autres enfants.

Mais l’avenir des Particuliers et compromis. Miss Peregrine ayant été blessée lors du dernier affrontement avec les Estres, les Particuliers qu’elle avait pris sous son aile décident d’aller demander de l’aide à d’autres ombrunes afin que Peregrine soit sauvée. Ils prennent la direction de Londres avec toute l’appréhension de se jeter délibérément dans les griffes de leurs adversaires. Pire encore, Londres est plongée dans les affres de la Seconde Guerre Mondiale.

C’est suite à la sortie de l’adaptation cinématographie de « Miss Peregrine… » que nous avions découvert, mon fils et moi, cet univers fantastique. Sitôt sorti de la salle de cinéma, nous avons voulu découvrir l’adaptation BD de la série (avant de lire éventuellement les romans originels). Profitant de la réédition du premier volume (Editions Bayard – Collection BD Kids), nous avons pu découvrir des détails et des interprétations qui étaient différentes de la vision de Tim Burton voire qui étaient totalement absente du film.

Les personnages sont intéressants, élaborés et cohérents. L’univers fascine, les motivations questionnent et les desseins des « méchants » n’est pas sans rappeler les agissements des nazis (d’ailleurs certains ont brodé sur leur uniforme une croix gammée).

Une série agréable à lire et qui sait capter notre intérêt. Loin d’être un récit incontournable ou un coup de cœur, les albums permettent de passer un bon moment de lecture et j’ai très envie de découvrir le troisième et dernier tome de cette histoire.

 

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Jeunesse

 

Duprat © La Boîte à bulles – 2017

Léo Cassebonbons est un petit garçon comme les autres : espiègle à souhait, naïf et spontané, il est dans cet âge où chaque chose se questionne et à chaque question sa réponse. Souvent, les conclusions auxquelles il aboutit sont sans concession pour les adultes qui l’entoure.

Cet ouvrage est une intégrale de trois albums de « Léo Cassebonbons » précédemment édités aux Editions Petit à Petit : « Chou blanc pour les roses », « Demandez la permission aux enfants » et « Mon trésor ».

Le premier tome regroupe des petits gags de quelques pages. Anecdotes du quotidien, à l’école ou en famille. Les scénettes sont de qualité inégale et rares ont été celles qui m’ont arraché un sourire.

Le second emmène la famille en vacances et c’est, pour le lecteur, l’occasion de découvrir davantage les proches de Leo, à commencer par sa tante et sa cousine. Délaissant l’historiette pour proposer une histoire complète, François Duprat s’amuse à rebondir de personnage en personnage. J’ai préféré cette seconde partie à la première, l’humour fonctionne mieux et rare sont les épisodes où il retombe comme un soufflet.

Le dernier tome de cette intégrale est aussi le cinquième et dernier tome de la série (publié en 2006). Après, est-ce que l’arrivée de la série à La Boîte à bulles va donner lieu à de nouveaux albums (on l’a déjà vu pour « L’Ours Barnabé ») ?? Quoiqu’il en soit, cette troisième partie est pleine de tendresse et propose des situations réalistes. La majeure partie de l’histoire se passe à l’école et le scénario propose de réfléchir aux relations entre des filles et des garçons âgés d’environ 8 ans et aux rapports de force qui peuvent se tisser entre eux. La question de l’amitié est au cœur du récit et notamment celle qui concerne les enfants de sexes différents. Pas évident à cet âge !

J’ai bien failli ne pas parvenir au bout du premier tiers de l’album. Et puis finalement le personnage principal est un petit bonhomme bien sympathique. Pour autant, la série n’a jamais fait de vagues et je ne pense pas qu’elle me laissera un souvenir ému.

 

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Romans

 

Manoukian © Points – 2017

On est en 1991. Virgil est moldave, Assan et Iman – le père et la fille – sont somaliens, Chanchal est bengladais… tous sont des immigrés. Tous ont traversés des épreuves pour échouer en France, dans l’espoir d’une vie meilleure. Tous ont fui la misère, la guerre, la peur, les ruines, leurs morts, la famine… pour venir respirer l’air d’un eldorado européen. Mais arrivés à destination, ce sont d’autres épreuves qui les attendent. Les squats, la faim, les coups, les humiliations… pas tout à fait les mêmes que les maux de leurs pays mais au fond, pas si différentes. Et puis les hasards de la vie ont fait qu’ils se sont rencontrés, qu’ils se sont entraidés. Entre eux, des liens d’amitié forts se sont tissés. Envers et contre tous, unis, ils ont tenté de poursuivre leur chemin. A plusieurs, on a moins peur que tout seul. Ensembles, on retrouve une dignité, une identité, une raison de vivre.

Pascal Manoukian est journaliste grand reporter. Pendant 20 ans, il a couvert les conflits qui embrasaient la planète. Puis, non content de témoigner dans les médias, il publie « Le Diable au creux de la main » en 2013 avant de livrer « Les Echoués » son premier roman paru initialement en 2016 aux Editions Don Quichotte.

Un livre dur, sans concessions, qui témoigne en premier lieu de la violence de ces trajets de la peur qui transporte des hommes comme on transporte du bétail. Enfermés dans une cale, entassé dans une benne, recroquevillés dans une cabine… entassé par dizaines parfois par centaines, ils traversent des pays et des mers au risque de leur vie. Les coups pleuvent, les réprimandes, la soif, la faim et la peur alourdissent leurs maigres bagages. Un traumatisme.

Arrivés en France, le calvaire continue. Contraints à supporter la clandestinité, ils dorment dans des conditions effrayantes ; vieilles usines désaffectées où grouillent les rats, caravanes remplies d’odeurs de pisse et de détritus, trous creusés à même la terre et j’en passe. Alignés comme des sardines à l’aube, regroupés par nationalités, droits comme des « i », ils attendent dès l’aube le passage d’un employeur qui – ils le savent – va les payer au lance-pierre. Mais même sous exploités, c’est mieux que les conditions de vie dans lesquelles ils vivaient avant de faire le voyage. « C’est comme ça ici, les pauvres s’en prennent aux pauvres ».

Un roman coup de poing, superbe. Des notes d’espoir et des plongées dans l’enfer nous font faire les montagnes russes. Un cri révoltant qui donne l’impulsion pour se mobiliser et tendre la main à ces exilés. Mais par où commencer ?

Extraits :

« Avant, en Moldavie, il adorait les chiens et détestait les mulots. Mais, depuis son arrivée en France, beaucoup de choses s’étaient inversées. Ici, il construisait des maisons et habitait dehors. Se cassait le dos pour nourrir ses enfants sans pouvoir les serrer contre lui et se privait de médicaments pour offrir des parfums à une femme dont il avait oublié jusqu’à l’odeur » (Les Echoués).

« Depuis son arrivée en France, personne ne l’appelait plus jamais par son prénom, et il n’aurait jamais imaginé qu’avec le temps il puisse lui-même l’oublier. C’est ça aussi, l’exil, quelques lettres choisies avec amour pour vous accompagner tout au long d’une vie et qui brusquement s’effacent jusqu’à ne plus exister pour personne » (Les Echoués).

« Aujourd’hui, le premier analphabète venu prenait une arme et parlait au nom d’Allah. Ça donnait à l’islam une bien mauvaise haleine » (Les Echoués).

 

De Vigan © Le Livre de Poche – 2013

Fin janvier, Delphine De Vigan découvre le corps de sa mère. Un suicide. Sa mère avait 61 ans.

L’auteure décide alors de raconter sa mère. Un roman cathartique pour comprendre, s’approprier les choses, intégrer sa mort, donner du sens à sa douleur.

Ainsi, elle revient sur l’enfance de Lucile, sur ses 8 frères et sœurs et ses parents, George et Liane. Très tôt, Lucile se démarque par sa beauté tout d’abord. Liane lui fera d’ailleurs faire de nombreuses séances de photos ; enfant, Lucile deviendra l’égérie de plusieurs marques, son visage apparaît sur les grandes affiches dans les couloirs du métro, dans les rues de Paris… la ville où elle a grandi. Lucile se fera aussi remarquer pour son côté sombre et mystérieux. Très tôt, elle s’est repliée dans son silence, préférant observer les autres que de participer à leur conversation. Elle échappe aux autres, secrète. Elle se soustrait au tumulte de la vie familiale. A l’adolescence, déjà habituée depuis longtemps à l’effervescence de la vie, aux amis qui passent, aux cousins qui partagent leur vie de famille le temps d’un été, Lucile se désintéresse de sa scolarité, fume ses premières cigarettes, vit ses premières relations amoureuses. Elle tombe enceinte à 18 ans ; pour ses parents et ceux du père de son enfant, l’avortement est inenvisageable. Leur mariage est organisé. Lucile se réjouit d’être la première de la fratrie à quitter le cocon familial, elle se réjouit de pouvoir enfin créer son cocon à elle, elle s’éloigne de cette famille et de ses drames familiaux déjà si nombreux, si douloureux, si lourds à porter.

Huit ans après, elle quitte son mari et refait sa vie. Peu de temps après, les premières crises surviennent. Une alternance entre des phases maniaques et de profondes périodes de déprime. Il faudra près de 10 ans pour qu’elle reprenne le contrôle de sa vie. Entre temps, plusieurs séjours en psychiatrie, des tentatives de thérapie inefficaces, une camisole chimique qui la tasse avant qu’elle ne rencontre un médecin psychiatre en qui elle a confiance. Mais pendant ces 10 années, elle s’est laissée submergée, ballotée entre hystérie et aboulie, incapable de s’occuper d’elle et de ses deux filles. En racontant sa Lucile, Delphine De Vigan s’approprie à la fois l’histoire de sa famille, celle plus personnelle de sa mère et la sienne.

Delphine De Vigan enquête sur sa mère, sur la vie qu’elle a menée. Pendant longtemps, du fait qu’elle a grandi dans une grande fratrie puis, par la suite, du fait de ses choix de vie, sa mère a vécu entourée… en communauté. Jusqu’à ce que la maladie prenne le dessus. Delphine De Vigan plonge dans les écrits que sa mère a laissés mais elle replonge aussi dans ses propres journaux intimes qu’elle a tenu pendant toute son adolescence. Elle est allée questionner ses oncles et tantes, son père, ses grands-parents, les amis de sa mère, sa sœur, ses cousins… Elle croise tous ces témoignages et tente de rassembler les pièces du puzzle pour comprendre les raisons qui ont amené sa mère à se réfugier dans la maladie et l’incapacité de cette dernière à prendre le dessus.

Parentalisée très jeune, abusée, noyée dans la masse de la fratrie, séduite par l’alcool et la drogue… autant de morceaux d’une vie cassée. Jusqu’à la chute, la folie, la bipolarité, les lubies et les phobies. Une mère dépassée, déboussolée mais surtout une femme qui a vécu toute sa vie sur un fil, en proie au moindre coup de vent qui provoquera la rechute.

Un livre où l’intime est dévoilé, où la douleur tisse un fil rouge qui relie chaque période de la vie. Un livre écrit avec une chanson d’Higelin en tête et qui lui vaudra finalement son titre… rien ne s’oppose à la nuit… un livre pour pardonner, écrire pour s’approprier le deuil. Entre le passé de sa mère et sa propre histoire, Delphine de Vigan parle aussi de son rapport à l’écriture.

Magnifique. La suite (« D’après une histoire vraie« ) m’attend.

 

Bukowski © Grasset – 1981

Charles Bukowski a écrit « Women » à la fin des années 1970. Au rythme d’un roman par an (parfois deux), il se penche une nouvelle fois sur son rapport à l’écriture, son gout prononcé pour l’alcool, les femmes, la débauche… Son aversion pour les autres, les conventions, …

Il se met en abîme, se montre sous son meilleur jour par l’intermédiaire de son double de papier, le taciturne Henry Chinaski.

« Chinaski ne quitte son lit que pour faire une lecture de poésie – d’où il revient généralement avec un chèque (pour le loyer, l’alcool, le téléphone) et une femme (pour le lit) » (…). Ici, profitant honteusement de sa notoriété, de son charme et de sa grosse bedaine blanche de buveur de bière, Chinaski/Bukowski fait des ravages dans les rangs du sexe opposé. Ici, aussi, les femmes font craquer Bukowski » (extrait quatrième de couverture).

Quelques longueurs pour moi où l’on retrouve les thèmes de prédilection de l’auteur : l’alcool, sa relation chaotique aux femmes, les jeux (paris sur les courses hippiques), l’écriture de ses textes, les séances de lecture de ses poèmes dans des lieux publics. J’ai eu beaucoup de mal à terminer ce recueil.

 

Vargas © Flammarion – 2015

Le Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg est appelé par un de ses confrères pour venir observer l’appartement d’une vieille dame qui se serait suicidée. L’activité de la brigade des homicides étant calme, Adamsberg demande à Danglard, son lieutenant, de l’accompagner. Le corps de la morte git dans la baignoire et l’absence de lettre d’adieu interroge les enquêteurs tout autant que l’étrange inscription qu’elle aurait dessinée sur le meuble de la salle-de-bain. Arrivés sur place, Adamsberg et Danglard observent, supposent et ouvrent déjà de nouvelles hypothèses.

Quelques jours plus tard, dans l’appartement d’un autre suicidé, Adamsberg et Danglard retrouvent le même signe inscrit à la hâte sur une plinthe de son salon. Peu à peu, des similitudes apparaissent entre ces deux enquêtes, des nouveaux cas de suicidés et d’autres dossiers plus anciens. Elles vont conduire Adamsberg et son co-équipier sur les bancs d’une association qui fait revivre Robespierre et les événements de la Révolution française ainsi qu’un mystérieux voyage en Islande, une expédition vieille de plusieurs décennies.

Pour cette huitième enquête du Commissaire Adamsberg (les sept précédentes sont également sur le blog), Fred Vargas reprend les mêmes ingrédients, les mêmes personnalités qu’elle continue de développer, le même goût prononcé pour le suspense, le même humour qui permet de décaler les tensions en douceur. Ma fascination et ma sympathie pour le personnage principal est bel et bien là et j’ai un réel plaisir à lire chaque nouvel opus de l’univers Adamsberg. J’ai beau être maintenant familiarisée avec l’écriture de Fred Vargas, je me laisse à chaque fois surprendre par les rebondissements narratifs et je suis toujours étonnée au moment du dénouement.

Cette année, le neuvième roman de cette saga est sorti. Intitulé « Quand sort la recluse », il est d’ores et déjà dans ma PAL et fera sans aucun doute partie de mes lectures de l’été prochain.

 

Ferrante © Gallimard – 2016

« Olga, trente-huit ans, un mari, deux enfants. Un bel appartement à Turin, une vie faite de certitudes conjugales et de petits rituels. Quinze ans de mariage. Un après-midi d’avril, une phrase met en pièces son existence. L’homme avec qui elle voulait vieillir est devenu l’homme qui ne veut plus d’elle. Le roman d’Elena Ferrante nous embarque pour un voyage aux frontières de la folie » (synopsis éditeur).

Olga m’a fait penser à Elena, l’héroïne de « L’Amie prodigieuse » (chroniques sur ce blog) qui fait l’actualité littéraire d’Elena Ferrante (vivement le quatrième et dernier tome qui devrait sortir en début d’année 2018).

Olga m’a fait penser à Elena… en plus agaçante, en plus pathétique, en plus déprimante… en pire.

Olga m’a rapidement été antipathique et j’en suis même venue à me dire que sa séparation conjugale est méritée. C’est même surprenant que ce genre de femme ait trouvé chaussure à son pied du côté affectif.

Olga n’est pas allé jusqu’à provoquer chez moi une crise d’urticaire mais j’ai rapidement soufflé, râlé d’être si têtue dans mon obstination à terminer ce roman. Et puis zou, il a volé alors que j’étais en plein milieu d’une page, même pas capable de terminer le chapitre en cours.

Le titre du roman était prémonitoire. J’ai abandonné Olga à ses angoisses, à ses manies, à ses lubies et je suis loin de regretter ce choix.

Chroniks Expresss #28

Des restes de novembre…

Bandes dessinées : Le Problèmes avec les Femmes (J. Fleming ; Ed. Dargaud, 2016), Aliénor Mandragore, tome 2 (S. Gauthier & T. Labourot ; Ed. Rue de Sèvres, 2016), Sweet Tooth, volume 2 (J. Lemire ; Urban Comics, 2016).

Romans : Le nouveau Nom (E. Ferrante ; Ed. Gallimard, 2016), Hors d’atteinte ? (E. Carrère ; Ed. Gallimard, 2012), Au sud de nulle part (C. Bukowski ; Ed. Le Livre de poche, 1982), Garden of love (M. Malte ; Ed. Gallimard, 2015), De nos frères blessés (J. Andras ; Ed. Actes Sud, 2016), Le vieux Saltimbanque (J. Harrison ; Ed. Flammarion, 2016).

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Bandes dessinées

 

Fleming © Dargaud – 2016
Fleming © Dargaud – 2016

Une lecture libre du sexisme et de la domination masculine. Le propos est un peu acide et à prendre au second degré. On revisite l’Histoire en se concentrant sur la place de la femme dans la société au travers des siècles. Puisqu’elle n’a pas eu son mot à dire pendant longtemps, nous voilà donc en mesure d’en tirer des conclusions… l’auteur pioche allègrement des morceaux choisis dans des citations d’hommes célèbres.

Comme disait Ruskin : L’intelligence de la femme n’est ni inventive ni créative… Sa grande fonction est la louange

A force d’obstination, on voit comment les femmes sont parvenues à changer les mentalités et à obtenir de (très) petits acquis, comme celui d’étudier.

De temps à autre, une femme apprenait une langue étrangère, partait étudier à l’étranger et revenait avec un diplôme de médecin, mais tout ça ne prouvait rien excepté que laisser les femmes sortir à leur guise, ça ne fait que des problèmes

Un humour « so british », pince-sans-rire, qui revisite l’histoire de la femme et l’évolution de sa place dans la société. Quelques figures célèbres sont mentionnées à titre d’exemples farfelus : ainsi, l’expérience d’Anne-Marie de Schurman vient corroborer le fait que les études accélèrent la chute des cheveux des femmes. Les références faites à d’illustres figures féminines sont souvent atypiques [tel est le cas d’Eliza Grier (première femme noire qui a obtenu du diplôme de médecin), de la mathématicienne Emmy Noether ou d’Annie Oakley célèbre pour sa précision au tir…] et renforce le ton burlesque du récit. L’auteur y associe un dessin un peu brut, austère et un univers visiblement ancré dans le XVIIIème siècle [vu le « look » des personnages], s’aidant ainsi du côté dépouillé des illustrations pour renforcer le comique de situation. C’est cinglant voire cynique.

En 1896, un homme nommé baron de Coubertin remit les Jeux Olympiques au goût du jour. Vous avez probablement entendu parler de lui à l’école. C’était un génie. Il disait que le spectacle de femmes essayant de jouer à la balle serait abject, mais qu’elles paraissaient plus naturelles si elles applaudissaient.

Jacky Fleming épluche au burin les clichés et se moque des différents arguments qui – pendant plusieurs siècles – ont relégué la femme à un rôle bassement domestique. Réalisé par une femme, cet album prête à sourire. Détente garantie.

La fiche de présentation de l’album sur le site de l’éditeur.

 

Gauthier – Labourot © Rue de Sèvre – 2016
Gauthier – Labourot © Rue de Sèvre – 2016

« Rien ne va plus à Brocéliande : les grenouilles s’agitent, annonciatrices d’une catastrophe, Merlin est toujours fantôme et ne veut pas revenir à la vie, tandis Aliénor, effrayée, ne cesse de voir l’Ankou… quand revient Viviane, la fée du Lac. Elle délivre à Lancelot et Aliénor une mystérieuse prophétie, qui va les guider sur les traces de l’Ankou, loin de la forêt. » (synopsis éditeur).

Après un petit rappel des faits du tome précédent, on repart de plus belle dans cette aventure loufoque. Séverine Gauthier explore la légende de Merlin l’Enchanteur en y apportant une touche de dingueries. Les personnages ne se prennent pas au sérieux et leurs répliques cinglantes sont pleines d’humour. Aliénor est entièrement consacrée à sa quête (re-redonner vie à Merlin) et embarque tout le monde dans son périple. Ce que Séverine Gauthier a fait de ces personnages mythiques vaut le détour. Lancelot est un enfant peureux, la fée Viviane est une godiche, la fée Morgane est détestablement autoritaire et refuse d’avouer qu’elle a un faible pour l’acariâtre et têtu Merlin.

Le travail de Thomas Labourot nous invite à nous installer dans cet univers ludique. Couleurs lumineuses, trognes expressives, gros plans pour ne pas perdre une miette de l’action.

PictoOKChouette adaptation de la légende du roi Arthur qui d’ailleurs, pour le moment, est le grand absent de cette série jeunesse. L’ouvrage se termine par un petit fascicule de six pages et nommé « L’Echo de Brocéliande » qui contient des billes supplémentaires pour mieux connaître le monde d’Aliénor.

La chronique de Jérôme.

 

Lemire © Urban comics – 2016
Lemire © Urban comics – 2016

« La fin du monde n’était que le début d’un long voyage pour le jeune Gus, désormais conscient que le sang qui coule dans ses veines pourrait bien être la clé d’un futur possible pour l’Humanité. Maintenu en détention par une milice armée et sans pitié, le jeune garçon devra compter sur l’aide d’un Jepperd avide de vengeance. Ce dernier saura-t-il s’associer aux bonnes personnes ? Car une fois libérées, certaines forces peuvent rapidement devenir incontrôlables » (synopsis éditeur).

Alors que le premier volume de la série prenait le temps d’installer intrigue et personnages de cet univers post-apocalyptique et nous laissait incertains quant aux chances de survie des différents protagonistes, ce second volume ose un rebondissement inespéré et relance ainsi l’épopée. Pour rappel : il y a 8 ans, un nouveau virus se propage. Rapidement, aux quatre coins du globe, les gens meurent dans d’atroces souffrances. Consécutivement à cela, les femmes enceintes mettent au monde des enfants mutants, mi-hommes mi-animaux, qui – pour une raison inexpliquée – semblent immunisés contre la maladie. Un homme décide alors de mettre en place un camp qu’il présente comme un lieu où les survivants peuvent vivre en toute sécurité ; sa milice veille à leur sécurité. La réalité est toute autre puisqu’une fois arrivés sur place, les malheureux sont violentés, parqués dans des cages et utilisés comme cobaye pour les recherches du Docteur Singh qui espère ainsi trouver un vaccin contre le fléau qui décime l’humanité. C’est dans ce camp de l’horreur que la femme de Jepperd meurt en même temps que l’enfant qu’elle portait et c’est dans ce même camp que Jepperd livre Gus – l’enfant-cerf – monnaie d’échange qui lui permet de récupérer le corps de sa compagne. Mais pris de remords, Jepperd mettra tous les moyens en œuvre pour sortir Gus de ce tombeau à ciel ouvert.

Jeff Lemire imagine un scénario catastrophe. Ce récit d’anticipation, post-apocalyptique, nous permet de côtoyer des personnages troublants. Leur fragilité est réelle face à un quotidien qui les dépasse. Ils luttent à chaque instant pour leur survie. Ils hésitent, se méfient, doutent puis finalement acceptent de faire confiance à l’inconnu qui leur tend la main, espérant ainsi profiter d’une aubaine, espérant que la chance tourne… enfin.

Le scénariste crée un monde sans pitié, cruel, où toutes les déviances humaines sont à l’œuvre. Des communautés sauvages se constituent et créent leurs propres lois. La terre est devenue une jungle où le danger est partout. L’homme solitaire est une proie, une cible sur laquelle on peut se défouler. Les fanatiques, les hommes peu scrupuleux et avides de pouvoir ont là un terrain de jeu inespéré. Il n’y a plus de limite qui vient contenir leur folie ; ils prennent ainsi le dessus sur les plus faibles, les manipulent, deviennent les rois de micro-territoires sordides.

Dans ce contexte, un groupe hétérogène se forme. En son sein, quatre adultes, une adolescente et trois enfants mutants. Ensemble, ils vont tenter de rejoindre l’Alaska ; le virus aurait été créé là-bas, dans un laboratoire. Sur place, le groupe devrait trouver la solution pour l’éradiquer ainsi que les réponses quant aux origines de Gus. Une promesse à laquelle ils se raccrochent. Ils s’engagent à corps perdue dans cette quête insensée.

PictoOKUn moyen de revisiter l’Histoire de l’Humanité grâce à la métaphore, une manière d’imaginer un scénario catastrophe, une opportunité de réfléchir aux fondements de différentes croyances. La présence de visions et de prémonitions qui viennent saupoudrer le tout d’un soupçon de paranormal. Tout est inventé mais Jeff Lemire exploite si bien les émotions et les peurs de ses personnages que l’on fait cette lecture la peur au ventre, pris dans les mailles du récit. Je vous invite vraiment à découvrir cette série si ce n’est pas déjà fait.

La chronique de José Maniette.

 

Romans

 

Ferrante © Gallimard – 2016
Ferrante © Gallimard – 2016

« Naples, années soixante. Le soir de son mariage, Lila comprend que son mari Stefano l’a trahie en s’associant aux frères Solara, les camorristes qui règnent sur le quartier et qu’elle déteste depuis son plus jeune âge. Pour Lila Cerullo, née pauvre et devenue riche en épousant l’épicier, c’est le début d’une période trouble : elle méprise son époux, refuse qu’il la touche, mais est obligée de céder. Elle travaille désormais dans la nouvelle boutique de sa belle-famille, tandis que Stefano inaugure un magasin de chaussures de la marque Cerullo en partenariat avec les Solara. De son côté, son amie Elena Greco, la narratrice, poursuit ses études au lycée et est éperdument amoureuse de Nino Sarratore, qu’elle connaît depuis l’enfance et qui fréquente à présent l’université. Quand l’été arrive, les deux amies partent pour Ischia avec la mère et la belle-sœur de Lila, car l’air de la mer doit l’aider à prendre des forces afin de donner un fils à Stefano. La famille Sarratore est également en vacances à Ischia et bientôt Lila et Elena revoient Nino. » (synopsis éditeur)

Suite de « L’Amie prodigieuse » (vous trouverez également la chronique de Framboise ici), ce nouveau roman d’Elena Ferrante continue le récit de vie d’Elena Greco. Si le premier opus s’attardait sur l’enfance du personnage et sur son amitié si particulière et si précieuse avec Lila Cerullo, nous nous arrêtons cette fois sur la période qui couvre la fin de l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte. L’auteur raconte, sur le ton de la confidence et du journal intime, le parcours de vie des deux protagonistes. Depuis le début de la saga, la romancière montre à quel point ces deux destinées sont intimement liées, comme si l’une ne pouvait vivre sans l’autre et réciproquement. Passée la polémique qui, pendant le mois de septembre 2016, a révélé le vrai nom de l’écrivain – puisque « Elena Ferrante » est un nom de plume – je ne peux m’empêcher de penser que cette saga est signée du nom du personnage principal et que va surgir, tôt ou tard, un certain Monsieur Ferrante qui demandera Elena Greco en mariage. J’avais déjà cette idée lorsque j’ai découvert « L’Amie prodigieuse » et l’idée a pris racine.

PictoOKReste que, face à ce récit, on est fasciné, comme aspiré par le tourbillon des événements qui viennent perturber la tranquillité à laquelle les deux femmes aspirent pourtant. Au-delà de ces portraits féminins, c’est aussi un superbe tableau de la société italienne des années 1960. Mafia, corruption, pauvreté, cercles estudiantins, classes sociales… « Celle qui fuit et celle qui reste », le troisième roman de cette saga, devrait paraître chez Gallimard en janvier 2017. J’ai hâte !

 

Hors d’atteinte ? –

Carrère © Gallimard – 2012
Carrère © Gallimard – 2012

L’ouvrage commence par une soirée qui s’annonce d’avance catastrophique. Frédérique, une enseignante, et Jean-Pierre, le père de son fils dont elle est séparée, ont prévu d’aller voir un film. La baby-sitter arrivant en avance, la réservation d’un taxi s’annonçant plus ardue que prévu, la file d’attente interminable devant le cinéma… Frédérique constate avec amertume qu’elle préférerait être n’importe où… mais ailleurs… et pas avec son ex.

Pas moins de cinq chapitres seront nécessaires pour décrire cette looongue soirée entre deux anciens conjoints. J’avoue, j’ai sauté des paragraphes mais je n’ai pas raté l’information nous précisant qu’ils passeront les prochaines vacances de la Toussaint chez la sœur de madame. Quoi qu’il en soit, on repère les éléments à avoir à l’esprit : elle n’a plus de sentiment pour lui voire il l’agace quant à lui, il est chiant mais bienveillant à l’égard de son ex-compagne. Et pour des parents séparés, ils passent tout de même pas mal de temps ensemble.

« Ne vivant plus ensemble, ils n’avaient pas pour autant renoncé à ce qu’ils estimaient être devenu, l’orage de la rupture passé, une satisfaisante et durable amitié amoureuse »… vous m’en direz tant !

Sautons encore quelques insipides chapitres (consacré à la description du quotidien morose et routinier de madame) pour en arriver à ces fameuses vacances d’automne, chez la riche sœur de madame. Cette dernière étant enceinte, Emmanuel Carrère ne nous épargnera ni la sempiternelle discussion sur le choix du prénom de l’enfant à venir ni les clichés sur tel ou tel prénom. Au chapitre 8, on arrive enfin au cœur du sujet : les protagonistes (Frédérique et son ex, la sœur de Frédérique et son mari) se rendent au casino durant une balade. Et là, le démon du jeu attrape cette femme, la réchauffe, l’anime bref… ramène à la vie cette femme sans saveur. Passés ces préliminaires (une soixantaine de pages), le récit commence effectivement. On sent que les présentations sont terminées et l’on se concentre davantage sur cette femme plutôt que sur ce qui l’entoure. Observer, écouter, ressentir, sentir l’adrénaline monter… voilà que la plume du romancier vibre enfin. On sent les émotions, les hésitations, la griserie, la liberté…

Une sorte d’anonymat lui semblait protéger les hôtes du casino, brouiller les procédures familières d’identification et de classement. On n’était plus personne devant le tapis vert, plus qu’un joueur en possession d’un certain nombre de jetons.

On sent l’exaltation et le pouvoir d’attraction de la table de jeu. La roulette et la course fascinante de la boule sur le cylindre. On sent l’obstination à ne pas regarder la réalité en face.

Le brouhaha (…) de la salle de jeu, manquait soudain à Frédérique. Elle se sentait grise, la tête chaude, dans un de ces états d’excitation et de lassitude mêlées dont on serait en peine de décider s’ils sont agréables ou pénibles.

Le jeu et son univers particulier, ses codes, ses manies, son jargon. Le jeu qui envahit progressivement tous les champs de la vie de Frédérique, comme une pensée qui l’obnubile.

La buée de leurs paroles formait devant eux comme des bulles de bande dessinée où se seraient inscrits des souvenirs de parolis retentissants

PictomouiReste la présence de quelques paragraphes intermédiaires nous ramenant brutalement au quotidien, dont on peut déplorer la (relative) longueur et le contenu parfois assez fade. Mais Emmanuel Carrère resserre de plus en plus sur son sujet à mesure que l’on s’approche du dénouement. L’héroïne s’en remet totalement à la chance, se laisse porter. La tête lui tourne. Martingale, Manque, rouge, noir, impaire, Passe… tout ce charivari de stimuli provoqués par le jeu convergent vers un unique fantasme : l’appât du gain. L’observation de l’addiction au jeu est intéressante à observer. La fin en revanche est trop convenue comparée aux frasques et aux déboires décris par l’intrigue.

 

Bukowski © Le Livre de poche – 1982
Bukowski © Le Livre de poche – 1982

Recueil de nouvelles, où l’on découvre notamment un jeune étudiant américain qui défend les idées nazies sans juger bon de s’intéresser un tant soit peu aux idées qu’elle véhicule, une femme qui répond à une annonce matrimoniale placardée sur la porte d’une voiture, des lilliputiens lubriques, une cette idylle entre une occidentale et un cannibale… et ce fil rouge incarné par Henry Chinaski, double & alter-égo voire incarnation même de Charles Bukowski. Chinaski, personnage récurrent des oeuvres de l’auteur, Chinaski qui incarne ses fantasmes, ses doutes, ses faiblesses, sa part d’ombre…

Un roman dans lequel j’ai butiné, au début, parvenant difficilement à me poser dans un récit, le ton adéquat de chaque nouvelle toujours trop bon mais toujours trop court… désagréable sensation que l’on me retire le pain de la bouche. Je sais pourtant parfaitement bien que ce format ne me convient absolument pas, mais s’agissant d’une œuvre de Charles Bukowski, je me refusais d’abandonner. Puis, le déclic, à force d’insister.

On est en tête-à-tête avec Charles Bukowski ou plutôt, avec son double de papier, son jumeau : Henry Chinaski.  Projection de lui-même, alter égo…  La plume incisive et directe de l’auteur, les ambiances qu’il parvient à installer en quelques mots, les maux qu’il instille au cœur des mots, son regard à la fois courroucé et attentif le conduit à construire des personnages désabusés, à vif… des hommes et des femmes désabusés qui tentent de donner un sens à leur vie.

PictoOKOn y retrouve les sujets de prédilections et des affinités que l’auteur utilise pour donner vie à ses personnages. L’alcool, le jeu, la précarité, le sexe, la haine, le nazisme. Le style de Bukowski est direct, son écriture vient des tripes, elle peut être vulgaire. On sent le stupre, les vapeurs d’alcool et les relents de tabac froid mais aussi la peur, la rage, l’abandon. Fort.

Extrait :

« (…) fallait être un gagnant en Amérique, y’avait pas d’autre moyen de s’en sortir, fallait apprendre à se battre pour rien, sans poser de question » (Charles Bukowski dans « Confessions d’un homme assez fou pour vivre avec les bêtes »)

 

Malte © Gallimard – 2015
Malte © Gallimard – 2015

« Il est des jardins vers lesquels, inexorablement, nos pas nous ramènent et dont les allées s’entrecroisent comme autant de possibles destins. À chaque carrefour se dressent des ombres terrifiantes : est-ce l’amour de ce côté ? Est-ce la folie qui nous guette ? Alexandre Astrid, flic sombre terré dans ses souvenirs, voit sa vie basculer lorsqu’il reçoit un manuscrit anonyme dévoilant des secrets qu’il croyait être le seul à connaître. Qui le force à décrocher les ombres pendues aux branches de son passé ? Qui s’est permis de lui tendre ce piège ? Autant de questions qui le poussent en de terrifiants jardins où les roses et les ronces, inextricablement, s’entremêlent et dont le gardien a la beauté du diable… » (synopsis éditeur).

Un roman qui demande un peu de concentration puisque différents récits se chevauchent, tantôt ancrés dans le présent, tantôt ancrés dans le passé. Charge au lecteur de remettre les éléments à la bonne place.

Un roman prenant, où l’on s’engouffre dans l’intrigue et on se laisse prendre à la gorge par le suspense. On suppose, on croit deviner le dénouement… du moins c’est ce que Marcus Malte nous laisse miroiter.

PictoOKMeurtres, fantasmes, amitié, manipulation, folie et deuil… Tout s’imbrique tellement bien, tout se tient, toute est certitude fragile, tout est mis en balance. L’extrait d’un poème de William Blake revient régulièrement dans cette intrigue, laissant planer l’image d’un cimetière, de la mort qui rôde, de l’assassin qui veille sur sa victime et s’assure qu’il la tient entre ses serres de prédateurs.

Je n’en dirai pas plus. Rien de sert de dévoiler l’intrigue si vous n’avez pas lu ce roman.

 

De nos frères blessés –

Andras © Actes Sud – 2016
Andras © Actes Sud – 2016

« Alger, 1956. Fernand Iveton a trente ans quand il pose une bombe dans son usine. Ouvrier indépendantiste, il a choisi un local à l’écart des ateliers pour cet acte symbolique : il s’agit de marquer les esprits, pas les corps. Il est arrêté avant que l’engin n’explose, n’a tué ni blessé personne, n’est coupable que d’une intention de sabotage, le voilà pourtant condamné à la peine capitale. » (extrait synopsis éditeur).

Un roman très prenant qui revient sur les dernières semaines de vie de Fernand Iveton. Joseph Andras a choisi de donner la parole à Fernand. Deux temps de narration pour ce récit, deux périodes. Au cœur du témoignage, Fernand : le narrateur.

Le personnage parle du présent, de ce qu’il vit depuis l’arrestation : sa garde à vue et les sévices qu’il a subit, la torture pour lui faire avouer son acte, lui extirper les noms de ses collaborateurs, le chantage puis l’incarcération. Une procédure judiciaire qui piétine, qui hésite, qui divise l’opinion publique comme les magistrats. Mais les ordres viennent de très haut. Ils viennent de France. Le verdict tombe le 21 novembre 1956. La peine de mort est demandée. Fernand espère être gracié. René Coty suit le dossier de près.

Le personnage parle du passé. Une vie qui semble commencer avec la rencontre avec Hélène. Coup de foudre. Elle deviendra sa femme.

Deux vies pour un homme : celle de détenu. Certains le traiteront de terroriste. D’autres acclameront le camarade idéal, dévoué à la cause du Parti, intègre, fiable.  L’autre vie, c’est sa vie d’homme, d’ami et de mari.

Joseph Andras alterne ces deux temps, ces deux chronologies. L’une grave l’autre pleine de vie. L’une porteuse d’espoir l’autre limitée à l’espace d’une cellule. Il montre comment Iveton a été utilisé par le pouvoir en place. Son arrestation est tombée en pleine période de troubles (règlements de compte, assassinats, guerre en Algérie, action du FLN…). La tension. Iveton sert d’exemple. Le gouvernement français veut rétablir l’ordre.

Un chapitre dans le présent, la prison et les compagnons de cellule. Un chapitre dans le passé et la relation avec Hélène qui s’installe. Passé, présent. Une alternance. Prison, sentiments. La régularité.

PictoOKOn rage. On rit. On est sidéré. On est emporté. Une alternance. Prison, sentiments. On s’attendrit, on baisse la garde malgré la fin inévitable. Malgré l’inévitable fin. Celle que l’on connait. Il faut forcer un peu pour trouver le bon rythme de lecture, trouver la bonne intonation à mettre sur la voix du narrateur. Une fois qu’on est réglé sur la bonne fréquence, il est difficile de lâcher l’ouvrage.

La chronique de Framboise.

 

Harrison © Flammarion – 2016
Harrison © Flammarion – 2016

« Dans l’avant-propos de ce dernier livre publié début mars 2016 aux états-Unis, moins d’un mois avant sa mort, Jim Harrison explique qu’il a décidé de poursuivre l’écriture de ses mémoires sous la forme d’une fiction à la troisième personne afin d’échapper à l’illusion de réalité propre à l’autobiographie.
Souvenirs d’enfance, mariage, amours et amitiés, pulsions sexuelles et pulsions de vie passées au crible du grand âge, célébration des plaisirs de la table, alcools et paradis artificiels, Jim Harrison, par la voix d’un écrivain en mal d’inspiration, revient sur les épisodes les plus saillants de sa vie. » (synopsis éditeur).

Appâtée par la chronique de Jérôme, il me tardait de lire ce roman-témoignage. Jim Harrison regarde dans le rétroviseur et fait le bilan de sa vie… en quelque sorte. L’écriture à la troisième personne passe à la première sans qu’on s’en aperçoive. Récit d’un grand auteur qui n’a jamais réellement compris son talent, encore moins ce que les gens pouvaient trouver à ses livres. Son lectorat, il l’a trouvé en France, à son grand étonnement.

Il parle de sa vie de tous les jours, de sa femme, de la relation qu’il a avec sa femme, de ses travers, de l’alcool, de son enfance, de ses cochons (il parle plus de ses cochons qu’il ne parle de ses filles). Il parle de son œil aveugle, des vaines tentatives pour le réparer. Il parle de son rapport à l’écriture, à la nature, aux femmes. De son penchant pour l’alcool, la bonne bouffe, le luxe, les excès. Il a écrit ce livre puis pfuuuutttt, il est décédé. Point final. Un mois, tout au plus, sépare ces deux moments. Un témoignage où il se livre sans fard et sans apparats. Un ton direct, un regard lucide, une autocritique cinglante ; il ne rate aucun de ses défauts… lucide… cynique… drôle.

Un livre assez court vu son parcours. Des mémoires. Un livre dévoré… la première moitié du moins. Puis la lassitude. L’intérêt s’est évaporé doucement. J’ai commencé à m’ennuyer un peu… puis plus fermement sur les deux derniers chapitres.

Frères d’exil (Kochka)

Kochka – Haugomat © Flammarion - 2016
Kochka – Haugomat © Flammarion – 2016

Enoha est le grand-père de Nani. Il écrit pour accompagner le départ de sa petite-fille qui doit quitter leur île natale. Enoha est triste, il ne verra plus sa petite fille qui s’apprête à vivre un long voyage, comme tant d’autres enfants de l’île. Enoha est en colère car vu son âge et le fait qu’il est grabataire, il ne peut ni les aider ni les accompagner. Alors Enoha écrit à sa petite-fille, elle a 8 ans.

Enoha écrit des lettres, des lettres courtes, des lettres très longues… des lettres pour que Nani ne ressente pas le vide de son absence, des lettres pour l’aider et l’accompagner dans le périple qui l’attend, pour qu’elle se rappelle de lui, pour qu’elle se rappelle de Moo (sa grand-mère) ou encore de l’île sur laquelle elle est née et elle a grandi.

(…) il est temps que je t’écrive mon histoire pour que tu l’emportes avec toi : l’histoire d’Enoha qui perdit le soleil à dix ans car il se crut seul et abandonné, mais qui le retrouva ensuite… Chaque fois que tu seras découragée, lis-la, et le soleil de l’île reviendra te chatouiller les oreilles. Le soleil de l’île qui est en toi !

Puis c’est le départ. Un départ précipité car l’île disparaît. A cause du réchauffement climatique, le niveau de l’eau monte rapidement. La situation est critique et il n’y aura bientôt plus que des terres inondées dans la région. Des terres noyées, incapables de nourrir les hommes, dangereuses.

Alors Nani fuit. Elle suit ses parents. Vers où ? Ils n’ont pas la réponse. Leur route croise celle de Semeio. Il a le même âge que Nani et il vient de voir mourir son grand-père. L’aïeul était le dernier membre de sa famille. Face à sa détresse, à sa tristesse, les parents de Nani décident de l’adopter.

Lorsque Kochka s’empare du sujet de l’exil, elle l’attrape avec pudeur. Elle raconte une histoire que l’on entend tous les jours : celle de l’exode de milliers d’hommes qui quittent leur pays natal car leur vie est en jeu.

Dans ce roman jeunesse, point de guerre, point de tortures (si ce n’est celle de l’arrachement à ses racines), point de dictature, mais un scénario catastrophe provoqué par le réchauffement climatique. Le postulat de départ n’est malheureusement pas de la fiction… dans quelques années à peine, des milliers d’hommes et de femmes seront dans ce cas de figure, contraints de quitter leurs terres car elles sont devenues trop arides, menacées par les inondations… Le processus est déjà enclenché.

Parce que son île se fait lentement engloutir par la mer, la famille de Nani choisit le moment de son départ. Ce n’est pas un choix aussi raisonné qu’ils l’auraient souhaité, car l’heure tourne et l’eau monte. Kochka nous fait sentir l’urgence de la situation mais c’est avec douceur qu’elle raconte ensuite l’histoire de cette petite fille qui doit quitter sa vie pour aller à la rencontre d’une autre vie, inquiétante, différente… inconnue. Le périple raconté permet au jeune lecteur de comprendre que la peur de l’autre vaut aussi bien pour celui qui voit arriver des étrangers sur son sol que pour celui qui arrive sur un territoire peuplé d’étrangers. Il comprendra aussi que la perte définitive d’un membre de sa famille n’est pas une fatalité ; qu’il faut accepter la douleur, qu’il faut prendre le temps de faire son deuil mais qu’ensuite, vient toujours le temps de la reconstruction. Il faut l’accepter et accepter de se laisser prendre dans le tourbillon de la vie.

La narration prend quelques respirations lorsque, interrompant le récit des différentes étapes de l’exil, il laisse la place aux lettres que le grand-père de Nani lui a écrites avant qu’elle ne parte. Des pages bleues marquent ces respirations. Loin d’être moralisatrices, elles témoignent finalement et durablement de tout l’amour que ce grand-père destinait à sa petite-fille. Elle marque aussi la sérénité et la sagesse, calme l’emportement et l’angoisse que les épreuves du voyage peuvent générer.

PictoOKUn message de tolérance. Une invitation à tendre la main à celui qui est en difficulté. Une requête : celle de regarder au-delà des apparences.

LABEL LectureCommuneUne lecture que je partage avec Moka !

La chronique de Noukette, celle de Jérôme.

Extraits :

« Avec ses trombes d’eau, elle gomme en partie les visages, et de loin, dans leurs imperméables, comme dans une aquarelle où les contours des formes sont flous, tous les gens se ressemblent : ils sont tous des hommes qui fuient ! Des hommes qui fuient comme des toutes petites fourmis devant la nature en grande colère qui les dépasse » (Frères d’exil).

« Et, le cœur rempli d’inquiétude, ils s’apprêtent à quitter le bateau. Et telle l’arche de Noé, le paquebot déverse son chargement de milliers d’âmes : des hommes, des femmes et des enfants aux visages défaits et aux regards un peu hagards. Ils n’ont pas encore vraiment réalisé ce qui leur arrive ; ils ont perdu leurs repères ; tout a été si soudain » (Frères d’exil).

Frères d’exil

Roman jeunesse

Editeur : Flammarion

Collection : Flammarion Jeunesse

Auteur : KOCHKA

Illustrateur : Tom HAUGOMAT

Dépôt légal : septembre 2016

154 pages, 12 euros, ISBN : 978-2-0813-8953-3

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Frères d’exil – Kochka – Haugomat © Flammarion – 2016

Soyez imprudents les enfants – Véronique Ovaldé

9782081389441Se perdre dans les mots de Véronique Olvadé, dans sa langue, dans ses histoires est toujours une expérience incroyable, un peu loufoque, un brin extravagante, joyeuse, magique, folle, savoureuse… Belle ! Et la partager avec les copains, mhuuuuuuum, c’est encore mieux !

L’histoire commence sur une exposition de peinture à Bilbao en 1983 et un chavirement. Total. Atanasia Bartolome, 13 ans, se trouve « figée en plein élan, saisie » devant le tableau de Diaz Uribe. Une femme nue, alanguie, assise sur du carrelage bleu. Un choc. Sa première extase. Qui change cette petite fille mélancolique, qui ne connaissait rien à rien, « seulement le temps long de la dictature, sa queue de comète, et la mémoire tronquée. »

Et depuis, Atanasia ne cesse d’être subjuguée, comme envoutée. « D’où me venait cette fascination ? Cette impression d’un lieu commun. D’un lieu familier que j’aurais quitté un jour, un lieu comme une vieille mémoire, une mémoire fantomatique, que la contemplation des toiles de Diaz Uribe ravivait et renforçait. »

Atanasia a 18 ans, « elle est à l’orée de quelque chose » et elle s’en va.  Elle s’échappe de sa petite vie tout-contre-sa-mère.  Décide d’être imprudente. Et de vivre.  A Paris.

« J’avais dix-huit ans, j’avais couché avec un seul garçon qui était maintenant mort (vade retro pensée sinistre) et je n’étais même pas sûre de ce que ça m’avait fait (coucher avec lui et aussi apprendre sa mort). J’avais dix-huit ans et je portais une robe de volubilis. J’étais féministe parce que j’avais dix-huit ans et que c’était facile d’être féministe à dix-huit ans. J’étais féministe parce que toute mon enfance j’avais vu ma mère nettoyer ses stores en fumant des cigarettes et en aspergeant le salon de pschitt pschitt aux agrumes. J’étais féministe mais je portais quand même une robe de couleur de volubilis – je savais un peu y faire même si je n’étais pas ce qu’on peut appeler une fille sûre d’elle (comment l’être avec ma mère pschitt pschitt et mon père pathologiquement pudique). J’ai pris ma respiration. J’avais dix-huit ans, j’étais seule à Paris…. »

Ce qui l’intéresse, c’est de comprendre. Comprendre ce qui fait courir les hommes de sa famille. Déchiffrer « la malédiction des Bartolome, cette insatisfaction cuisante et ce vague à l’âme taraudant qui allaient de pair avec le désir d’explorer le monde. »

 

C’est une histoire à tiroirs, une histoire avec tout un  tas d’autres histoires à l’intérieur…. Et il est bien difficile de raconter ce roman… On y trouve une jeune fille en quête d’un ailleurs ; des hommes « généreux, tristes et sentimentaux » ; des femmes insoumises ; une grand-mère délicieuse ; des lieux incongrus, imaginaires ou bien toutafé  réels ; des légendes familiales ; des catastrophes annoncées ; des palabres qui priment ; des actions héroïques et des vies minuscules ; des fantômes et des absents ; des choses funestes ; des éclats de voix ; de la tendresse trouble ; de la rage et de la fureur ; des détails sordides ; du tumulte et du chahut ; un soupçon de passion ; de la transparence qui s’accentue ; des « chiens enragés » ;  des thons et de la poiscaille en tout genre ; de la langueur ; des sonorités basques ; « de l’incessant soliloque intérieur » ; de l’Art contemporain ; un brin de littérature ; de la folle imprudence ; de l’inattendu et de l’inexorable ; de l’étrange fatalité ; de la poésie… Et du rêve… Comme dans toutes les histoires de Véronique Olvadé !

C’est un roman, dit ‘on, d’apprentissage, un livre qui cause de la fin d’une enfance, du désir d’émancipation. Qui dit « la démangeaison de l’ailleurs » dans « le désordre du monde ».

C’est un roman qui raconte un monde trouble, extravagant, joyeux et épouvantable, un monde éclatant d’odeurs et de saveurs, rempli de fantaisie et d’un brin de magie, dans lequel il faut résister pour être libre. Dans lequel il faut une sacré dose d’imprudence pour s’affranchir…

C’est un roman qui se lit doucement, langoureusement, j’ai presqu’envie de dire ! Qui se savoure comme un bonbon dont on voudrait garder toujours la saveur à l’intérieur !

C’est un roman à découvrir absolument 😉

 

Les billets de Noukette et de Jérôme (merci merci merci ❤ )

Soyez imprudents les enfants, Véronique Olvadé, Flammarion, 2016, 20€.

Chroniks Expresss #19

Courant avril…

BD : L’Aliéniste (F. Moon & G. Bá ; Ed. Urban Comics, 2014).

Romans : Tour B2 Mon amour (P. Bottero ; Ed. Flammarion, 2004), Un lieu incertain (F. Vargas ; Ed. Viviane Hamy, 2008), La Fée carabine (D. Pennac ; Gallimard, 1997).

Bandes dessinées

Moon – Bá © Urban Comics – 2014
Moon – Bá © Urban Comics – 2014

Peut-on rendre quelqu’un fou ? Peut-on le manipuler à ce point et lui faire croire qu’il déraisonne ?

XVIIIème siècle. Simon Bacamarte revient à Itagaï, petit village brésilien où il a vécu avant de s’expatrier à Rio de Janeiro pour y faire ses études universitaires. Il revient diplômé. Eminent médecin, il décide non pas de s’intéresser à la chose somatique mais à la chose psychosomatique. Il parvient à convaincre les notables de Itagaï, récolte les fonds qui lui permettent de faire construire un bâtiment destiné à recevoir les « fous », les « simples d’esprits » et autres originaux de la région. C’est ainsi que quelques mois plus tard, la « Maison Verte » ouvre ses portes pour accueillir ses pensionnaires. L’aliéniste Simon Bacamarte se consacre alors entièrement à sa tâche, recensant, observant, consignant tout ce qui lui permet de comprendre l’origine de la folie. Jusqu’à ce qu’il se mette à interner les gens massivement…

Aux commandes de cette adaptation BD du roman éponyme de J.M. Machado de Assis, les frères Fabio Moon et Gabriel Ba. Le travail d’illustrations est superbe, tout en subtilités, aussi bien dans les jeux d’ombre que dans l’utilisation des angles de vue. On baigne dans une atmosphère couleur sable, sépia sur certaines planches, ce qui donne un cachet vieillot très appréciable. Enfin, cerise sur le gâteau, les costumes d’époque finissent de nous plonger dans le décor. Sans trop avoir d’effort à faire, on s’imagine planté au milieu de la place d’Itagaï à observer les entrées et sorties de la « Maison Verte ».

PictomouiLe scénario en revanche m’a bien moins emballée. Touffues, les répliques ne cessent d’apporter des détails supplémentaires. On est pris dans un tourbillon, on est pris dans la frénésie de Bacamarte. Psychiatre peu avenant, on se rassure que les méthodes qu’il utilise soient d’un autre siècle (quoi que…). Pour autant, le flot narratif continu ne permet pas de s’approprier complètement la démarche de l’aliéniste. On lui reste extérieur et son charisme n’éblouit que les personnages secondaires.

Les chroniques de Jérôme et de Noukette.

 

Romans

Bottero © Flammarion – 2004
Bottero © Flammarion – 2004

Tristan est un jeune de Cité. Son quotidien c’est ses potes, Mourad son ami d’enfance, le lycée qu’il survole d’un œil distrait et sa mère. Quand il avait 4 ans, ses parents sont venus s’installer dans la cité avec des projets plein la tête. Depuis, son père est parti, le laissant seul avec une mère qui s’échine à faire des ménages. Tristan préférerait éviter de tomber dans la délinquance mais compte tenu de son investissement scolaire et d’un certain manque d’ambition, il n’est pas certain d’y parvenir.

Clélia quant à elle vient à peine d’emménager avec son père. Elle est originaire d’un petit village de banlieue. Son père, veuf, a été contraint de vendre la maison familiale, ne pouvant plus faire face aux charges quotidiennes. Clélia ne connait personne et n’a pas idée des codes de conduites à tenir. Elle arrive avec son insouciance, ses yeux ouverts sur le monde et son grand sourire.

« Tour B2 mon amour » parle de la rencontre de deux adolescents. En toile de fond, les banlieues : y vivre, y survivre, s’en sortir.

Pierre Bottero aborde sans drama ces questions de manière frontale sans pour autant enfoncer des portes ouvertes. Ce roman-jeunesse propose calmement de sensibiliser les jeunes au sujet. Quant à ceux qui vivent dans ces quartiers HLML, peut-être leur permettrait-il de prendre un peu de recul ? Je suis très prudente sur cette question, car il me semble tout de même que la présentation qu’en fait Bottero est assez simpliste. Sans parler de la romance entre Tristan et Clélia, on effleure la problématique de l’exclusion et si on prend un minimum le temps de réfléchir, on voit vite les défauts de certains rebondissements.

PictoOKPourtant, cette lecture permet de passer un bon moment. L’ouvrage se lit bien, il ne faut pas compter plus de deux heures de temps pour en venir à bout, on en sort satisfait grâce à cette rencontres avec deux jeunes gens sympathiques, humbles et intègres.

Merci pour la découverte Miss L. 😉

Vargas © Editions Viviane Hamy – 2008
Vargas © Editions Viviane Hamy – 2008

Des pieds posés dans leurs chaussures, mais dissociés du cadavre auquel ils appartiennent, sont déposés devant le portail du cimetière de Highgate de Londres. Un meurtre impensable à Garches (Hauts-de-Seine) puisque le corps a été retrouvé dépecé en 460 morceaux ; un suspect – Emile, jardinier de la victime – que tout semble accuser. Un autre meurtre signalé en Autriche, les rapports d’enquête décrivent la même boucherie sans nom. Un étau qui se resserre autour du Commissaire Adamsberg et que seul Danglard a su discerner avant que son supérieur ne soit épinglé. Une enquête qui conduit le Commissaire à se rendre en Serbie afin de remonter la généalogie d’une famille qui s’est dispersée aux quatre coins de l’Europe. La mort qui manque de faucher le Commissaire par deux fois et l’étau qui ne cesse de se resserrer autour de ce commissaire hors pair.

Nouvelle enquête du Commissaire Adamsberg, la huitième dans la chronologie de la série. Fred Vargas reprend sa plume pour faire évoluer ce policier nonchalant, pelleteux de nuages et doté d’une intuition ravageuse. Comme à l’accoutumée, sa réflexion s’organise de façon atypique, déstabilisant les membres de son équipe. On retrouve les habitués : Danglard, Retancourt, Estalère, Mordent, Froissy…

De nouveaux éléments viennent compléter l’univers, continuant à enrichir l’histoire de la Brigade et à rapprocher davantage ses protagonistes. De nouvelles trahisons se font jour dans cette intrigue et laissent le lecteur sur le qui-vive. Mais là encore, des soutiens inespérés permettent à Adamsberg de se dépêtrer d’un imbroglio important ou du moins de s’y soustraire, le temps de récolter de nouveaux indices.

Pour la première fois depuis que je lis les enquêtes d’Adamsberg, j’ai découvert le pot aux roses bien avant qu’il ne soit révélé et je me suis légèrement ennuyée pendant la lecture. J’ai poursuivi ma découverte sans pour autant ressentir la moindre contrariété si ce n’est que cette intrigue m’a parue cousue de fil blanc. La sympathie que je nourris à l’égard du personnage principal est réelle et le plaisir de le voir se débattre contre vents et marées, me laissant malgré tout surprendre par certains rebondissements et découvrant, par la même occasion, comment Vargas a placé sur l’échiquier narratif le jeune Zerk, fils d’Adamsberg, dont j’avais découvert l’existence dans « L’Armée Furieuse ».

PictoOKMoins prenant que d’autres volumes de la série, « Un lieu incertain » permet cependant de profiter d’une lecture divertissante. Depuis le mois de mars 2015, la treizième enquête (« Temps glaciaires », publiée chez Flammarion) vient enrichir la série. Lecture prochainement.

Pennac © Gallimard – 1997
Pennac © Gallimard – 1997

« «Si les vieilles dames se mettent à buter les jeunots, si les doyens du troisième âge se shootent comme des collégiens, si les commissaires divisionnaires enseignent le vol à la tire à leurs petits-enfants, et si on prétend que tout ça c’est ma faute, moi, je pose la question : où va-t-on ?»

Ainsi s’interroge Benjamin Malaussène, bouc émissaire professionnel, payé pour endosser nos erreurs à tous, frère de famille élevant les innombrables enfants de sa mère, cœur extensible abritant chez lui les vieillards les plus drogués de la capitale, amant fidèle, ami infaillible, maître affectueux d’un chien épileptique, Benjamin Malaussène, l’innocence même («l’innocence m’aime») et pourtant… pourtant, le coupable idéal pour tous les flics de la capitale. » (synopsis éditeur).

Ce bon Julius a gardé des séquelles de sa crise d’épilepsie (voir « Au bonheur des ogres »). Il se trimballe désormais la langue pendante, mais toujours avec sa sale odeur de cabot. « Cataclop, cataclop, il s’amène. Il pue tellement, ce chien, que son odeur refuse de le suivre : elle le précède ».

Nouvelle enquête policière dans laquelle Benjamin Malaussène se retrouve impliqué malgré lui et sans même le savoir. Principal suspect de la Police, Malaussène agit pourtant sans s’inquiéter le moins du monde de ses agissements et pour cause… il ne sait pas que tous les éléments convergent et jouent en sa défaveur. Du grand Malaussène que nous propose une nouvelle fois Daniel Pennac !

PictoOKLe rythme narratif reste un peu lent me concernant, mais cela permet de profiter pleinement des interactions entre les personnages. Un univers enjoué et un plaisir indéniable à retrouver cet univers.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Objet : carabine

PetitBac2015