RG (Dragon & Peeters)

RG, tome 1
Dragon – Peeters © Gallimard – 2007
RG, tome 2
Dragon – Peeters © Gallimard – 2008

Pierre Dragon bosse aux Renseignements Généraux. Depuis qu’il a bouclé sa dernière affaire, il vivote, ne supportant pas l’inactivité. Il ne se fait donc pas prier quand son supérieur lui confie une enquête particulière visant à démanteler un réseau qui, sous couvert d’une enseigne de prêt-à-porter, finance des filières terroristes.

J’en reviens toujours à des auteurs que j’affectionne et Frederik Peeters en fait partie. Récemment, j’avais lu ses dernières publications : Ruminations, Pachyderme et Château de Sable.

Avec RG, voici deux albums assez sympathiques dans lesquels on plonge très facilement. Loin des ambiances tapageuses des films où éclatent les pneus, où se froissent les taules de bagnoles et où un coup de poing fait voler les malfrats à 10 mètres de là, RG nous propose d’entrer dans le quotidien d’un flic français de manière crédible (derrière le pseudo de Dragon, il y a un vrai flic qui s’est inspiré de son expérience), efficace et prenante.

La série commence par un avant-propos de Joann Sfar (c’est lui qui a présenté Frederic Peeters à Pierre Dragon). L’accueil de Sfar nous met déjà l’eau à la bouche concernant ce que l’on va lire : « ces deux-là se ressemblent tellement peu que le courant passe bien : un flic du Sud-Ouest taillé comme King Kong et la crème des dessinateurs suisses, ironique et malicieux. (…) Parce qu’il fouille le ventre d’une cité moderne. En ça, il est très semblable à Pierre Dragon : il fait son boulot. Il raconte. Ils ne font pas la morale. On les suit. On se fait une idée. Comme des grands garçons ».

Que dire de plus ? Que les deux tomes de cette série sont réussis, qu’ils présentent des enquêtes policières dans lesquelles le lecteur s’investit, que l’on s’attache au personnage principal comme aux personnages secondaires (ses coéquipiers et son univers en général). Dragon est un policier modeste, intègre, aimant son boulot et peu enclin à se plier aux enjeux politiques et aux rivalités entre services. Chaque album dispose d’un scénario bien huilé qui respecte les codes du polar. Un bonne alternance entre les scènes d’actions et les périodes, plus calmes, qui nous permettent d’avoir accès à la vie privée d’un flic complètement polluée par son engagement professionnel. Les états d’âmes de Dragon sont présents en voix-off, ce qui nous donne l’impression d’avoir mis un mouchard dans son cerveau. Conséquence directe : on est rapidement partie prenante. Un lecteur confident et spectateur. Les personnages secondaires sont complémentaires et permettent des jeux de complicité / animosité qui enrichissent l’intrigue. Dans l’ensemble, cet univers m’a plu, d’autant qu’il s’en dégage beaucoup d’humanité (« c’est un Peeters ! » me direz-vous). Dans le second tome, les personnages évoluent, leurs personnalités s’affinent en même temps que se déroule l’enquête (sur des réseaux de trafics de clandestins). Un humour fin et pesé cohabite avec des dialogues « virils » et plutôt francs… un bon moment de lecture que voilà.

Au niveau du graphisme, le travail de Peeters est abouti et rend très bien compte des mouvements. Les dessins, tantôt instrumentalisés par le récit tantôt menant la danse, reproduisent avec justesse les expressions et les émotions. Les périodes d’action sont prenantes, on évolue de manière fluide entre gros plans, grands angles et jeux de regards. Chaque tome dispose de sa propre ambiance graphique grâce aux choix de colorisation de Fred Peeters. Pour le premier tome, il a misé sur les ambiances chaudes de l’été (ocres, orangés et divers variantes de verts) tandis que le tome 2, se déroulant au cœur d’un rigoureux hiver parisien, sera plus dans des teintes bleutées/violacées assez réussies.

Une lecture que je partage avec Mango et les participants aux

MangoUne lecture plusieurs fois conseillée par David, cet avis intègre le Challenge PAL Sèches

PictoOKHumour, action, planque et quotidien d’un flic et des enquêtes qui permettent d’aborder de réels problèmes de société. Un bon polar à la française et en images, j’en redemande !  Un troisième tome était annoncé à la fin de Bangkok-Belleville mais il semble que la projet ne pourra pas aboutir. Dommage.

En dehors de cela, j’aime beaucoup les romans policiers. Dans ce registre, mon cœur balance pour l’univers des Harry Bosch de Michael Connelly. Avec RG, j’y ais retrouvé cette ambiance où l’intrigue et la connaissance du personnage principal avancent de concert.

D’autres avis sur cette série : celui de PlaneteBD, HopBD.

Extraits :

« J’ai reçu une belle enveloppe dont je tairai le montant pas pudeur protestante ! En gros, je te sors du système pendant le temps nécessaire, plus de rapports, aucune trace officielle, on se limite aux notes blanches. Personne ne doit rien savoir. Tu lis sur mes lèvres ? Je ne veux savoir que ce qui m’arrange… si tu merdes tu ramasses… si tu réussis, c’est moi qui ramasse… Alors ? » (RG, tome 1).

« Il y a comme ça des périodes de l’année où les jours pourris tombent d’eux-mêmes… Même parfois des grappes entières de jours pourris… Plaf ! A la suite… Et lma plupart du temps, on sent arriver le moment. On reconnaît l’apparition d’un signe annonciateur, une petite péripétie banale qui, malgré nous, dans une certaine configuration d’événements, prend de l’ampleur et propage un écho, et nous fait dire : Ah ! L’heure de la récolte est venue ! » (RG, tome 2).

RG

Tome 1 : Riyad-sur-Seine

Tome 2 : Bangkok-Belleville

Série finie ?

Éditeur : Gallimard

Collection : Bayou

Dessinateur : Frederik PEETERS

Scénaristes : Pierre DRAGON & Frederik PEETERS

Dépôt légal : mais 2007 (tome 1) et mars 2008 (tome 2)

ISBN : 9782070579075

Bulles bulles bulles…

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RG, tomes 1 et 2 – Dragon – Peeters © Gallimard – 2007 et 2008

Le Local (Gipi)

Le Local
Gipi © Gallimard – 2005

« Le Local est à moi tant que je ne fais pas de connerie. Telle est la règle de ce cadeau temporaire ».

Dès la première planche, Giuliano explique les termes du « contrat » que lui a fixé son père. Le quotidien de Giuliano, c’est sa famille… et la musique. Avec ses amis (Stefano, Alex et Alberto), il a monté un petit groupe. Le local leur ouvre de nouvelles perspectives car c’est la première fois qu’ils ont un endroit pour répéter, se retrouver. Mais tout cadeau a un prix et il est parfois difficile, au moment où les tentations de l’adolescence sont nombreuses, de devenir responsable.

Le scénario met en scène quatre adolescents en tous points différents si ce n’est leur besoin de composer et de jouer ensemble. L’originalité de Stefano, la discrétion d’Alberto, les icônes nazies d’Alex et la vie banale de Giuliano, quatre jeunes qui de prime abord n’auraient eu aucun prétexte à se retrouver. Leurs textes s’inspirent de leurs souffrances, de leurs rêves, de leurs quotidiens. Le récit est lent, il prend le temps de se poser sur chaque personnage, tantôt dans le groupe tantôt à l’extérieur. Les émotions sont bien mises en valeur par ce trait simple mais j’ai trouvé la colorisation un peu terne sur l’ensemble. Beaucoup de bleu marine, blanc, rouge qui viennent contraster avec les scènes d’extérieurs plus  vives et lumineuses. J’ai du mal à comprendre ce choix, contradictoire me semble-t-il, car le côté sombre des visuels est présent quand les jeunes sont ensemble, les couleurs sont toniques lorsqu’ils sont en famille. La découpe de planche  vient faire le contre-poids puisqu’elle donne une présence étonnante aux personnages et rythme le récit.

Un album qui m’avait été conseillé peu de temps après sa sortie et qui traînait dans ma PAL depuis. Plus récents, l’avis de David et le parallèle fait avec Je mourrai pas gibier sur HopBD m’ont donné l’envie de découvrir cet album. Un article qui rentre tout droit dans les « PAL sèches »

PictoOKUne parenthèse de la vie de quatre jeunes hommes que nous rencontrons au moment même où ils s’émancipent et se responsabilisent. Je trouve tout de même ces adolescents trop protégés et la fin du récit opte pour la facilité. Un élan d’optimisme surprenant.

Le Local

One Shot

Éditeur : Gallimard

Collection : Bayou

Dessinateur / Scénariste : GIPI

Dépôt légal : octobre 2005

ISBN : 2070573001

Bulles bulles bulles…

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Le Local – Gipi © Gallimard – 2005

Chaque chose (Neel)

Chaque Chose
Neel © Gallimard – 2006

Un petit garçon prend le train, il part en vacances avec son papa magicien pour la première fois avec en poche, un petit mot de sa maman inquiète de le laisser sous la responsabilité de son ancien compagnon. Affublé d’une belle-coupe au bol et de grosses lunettes rondes qui lui mangent la moitié du visage, ce petit bout d’homme est ravi puisque c’est aussi l’occasion de suivre son père en tournée.

Ailleurs, un jeune père dit « au revoir » à sa femme et à sa fille et prend le train lui aussi, visiblement inquiet. Un rendez-vous important l’attend : il va visiter son père hospitalisé.

Un bel objet que voici : petit format que l’on tient bien en main, un papier épais non glacé qui change des canons de beauté habituels, une colorisation sobre mais ô combien réussie et mise en valeur par des fonds de pages noirs… et environ 150 pages de plaisir. Au début de la lecture, deux ambiances graphiques se côtoient et nous rentrons sans difficulté dans ces deux univers. Marron/noir d’un côté, vert/noir de l’autre, c’est harmonieux et cela nous fait rapidement comprendre qu’un voile de pudeur et de tendresse est posé sur le récit. Les transitions entre ces deux mondes sont très fluides, les allers-retours sont nombreux et les récits/situations vécus par les personnages sont en miroir. Progressivement, ces deux atmosphères vont fusionner et, dans cette métamorphose, un nouveau panel de couleurs s’installe. Dans son sillage : de nouvelles émotions, de nouveaux non-dits et surtout, on se sent à l’aise dans la lecture puisque Julien Neel nous bichonne vraiment. L’affection pour les personnages va grandissante, on plonge dans les souvenirs des uns et des autres avec allégresse.

Chaque Chose c’est un « Road-movie, thriller médical et en même temps une bande-dessinée autobiographique » dira l’auteur dans une interview. On est touché et captivé par le récit qui exploite malicieusement les silences des personnages. On ne sait pas où s’arrête le récit et où commence la fiction… l’artiste permet de donner libre cours à notre imagination.

PictoOKUn bon moment de lecture et une belle découverte d’auteur. Julien Neel parle de la relation père/fils avec beaucoup de tendresse, de la mort mais sans le pathos… et propose une vision assez loufoque du monde médical… C’est tendre, poétique, amusant et le plaisir n’est pas gâché au moment où les deux histoires se rejoignent (difficile d’en dire plus sans spoiler)… je vous laisse découvrir tout cela. Une œuvre pleine d’humanité que je vous conseille.

Une lecture que je partage dans les BD du mercredi de Mango. Vous y prendrez à coup sûr d’autres très bonnes envies de lectures !

Chaque Chose

One Shot

Éditeur : Gallimard

Collection : Bayou

Dessinateur / Scénariste : Julien NEEL

Dépôt légal : novembre 2006

ISBN : 9782070572977

Bulles bulles bulles…

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Chaque Chose – Neel © Gallimard – 2006

Pachyderme (Peeters)

Pachyderme
Peeters © Gallimard – 2009

Suisse dans les années 1950.

Caprice SORREL se rend à l’Hôpital pour visiter son mari accidenté. En chemin, elle est immobilisée par un embouteillage… un éléphant est tombé d’un camion. Caprice décide alors de terminer son chemin à pied.

La suite est une succession captivante d’événements.

Cet album me fait penser au Roi des Mouches : teintes ? ambiances ? La même impression d’être tombée dans le laboratoire d’un artiste fou qui expérimente de nouveaux sons, de nouveaux effets visuels… J’ai eu beaucoup plus de plaisir à la lecture de Pachyderme… c’est PEETERS me direz-vous.

Il me fait aussi penser à certains épisodes de la Quatrième Dimension que je regardais quand j’étais petite.

Tout est y magique et inquiétant. On nous fascine.

Ensuite, pour avoir lu Lupus, j’ai été étonnée de voir comment PEETERS instrumentalise la couleur pour jouer sur la profondeur et donner de la rondeur à ses dessins… Je trouve que le tout donne un ensemble réellement vivant.

Petite Alice égarée aux pays des merveilles, l’héroïne est le fil rouge auquel on se raccroche tant les personnages secondaires essayent de lui voler la vedette. Quoiqu’il en soit, j’espère qu’Angoulême sera favorable à PEETERS car c’est un auteur qui mérite d’être connu.

Je me penche bientôt sur Pilules Bleues et R.G. viendra certainement dans l’année.

PictoOKDéroutant ! Et je vous le conseille vivement.

Loula et Madmoizelle en parle aussi. Ici le lien vers une interview de PEETERS sur Bodoï.

Pachyderme

One Shot

Éditeur : Gallimard

Dessinateur / Scénariste : Frederik PEETERS

Dépôt légal : septembre 2009

ISBN : 9782070627042

Bulles bulles bulles…

En attente de l’autorisation de la Maison d’Édition pour la mise en ligne de planches (depuis le 9 mars 2010)…

Aya de Yopougon, tome 1 (Abouet & Oubrerie)

Aya de Yopougon, tome 1
Abouet – Oubrerie © Gallimard – 2005

Aya est une jeune fille qui vit en Côte d’Ivoire, dans un quartier pauvre de Yopougon. Elle a 19 ans… on est en 1978.

Son petit monde ? Sa famille et ses amies : Adjoua et Bintou. Mais au sortir de l’adolescence, elles ne partagent plus les mêmes préoccupations. Aya est soucieuse de faire de longues études alors que ses amies sont sujettes à faire la fête, plaire… trouver un mari.

Cette série a attisé ma curiosité puisqu’elle s’est retrouvée en tête du Top BD des blogueurs d’octobre (je crois). Devant Maus donc (!!!), ma réaction première était de râler un bon coup (plus pertinent que Maus ??? J’avais de gros doutes !!).

En passant à la Médiathèque la dernière fois, je vois le tome 1 de Aya qui me nargue… soit. Embarqué !

Et bien vous savez quoi ? Je ne suis pas convaincue. Peut être aussi parce que j’ai lu récemment Le Magasin Général et que Aya m’y fait drôlement penser (à l’exception que l’on quitte le Canada pour aller faire un tour du côté de la Côte d’Ivoire). Pourtant, si je resitue leur parutions respectives, le tome 1 d’Aya est sorti en octobre 2005, le tome 1 du Magasin Général lui date de mars 2006. Mais le fait de m’être plongée en premier dans le quotidien de Marie, Serge, Noël et les autres annihile totalement l’effet « découverte » que j’aurais pu avoir avec Aya : un quotidien différent, un franc-parler… deux séries qui font évoluer une femme en tant que personnage principal. Je trouve les héroïnes de ces deux séries assez semblables malgré leurs différences d’âge, de culture et d’époque. Elles rêvent toutes deux d’accéder à une condition meilleure et de sortir de leurs routines respectives. Aya dispose, de plus, de la jeunesse, elle est ambitieuse. Une personnalité plus marquée que celle de Marie, un objectif (devenir médecin)… mais toutes deux se battent contre des idées reçues, des habitudes, toutes deux plient sous le poids de l’importance du paraître…  et se refusent à cette fatalité. Toutes deux peuvent se reposer sur des amitiés solides et compter sur le soutien des personnes qui les entourent.

Qu’ensuite le graphisme… moui, les couleurs sont chaleureuses. J’ai beaucoup plus de mal avec le trait employé (trop naïf voire enfantin pour moi). Il dessert les émotions des personnages ainsi que leur spontanéité.

Qu’enfin l’humour joue les grands timides et qu’il met un temps trop conséquent avant de se montrer clairement. On remarque, par le biais des dialogues, que les amis d’Aya manquent d’éducation à défaut d’avoir été scolarisés. Leurs vies étriquées leurs offrent bien peu d’alternatives. Seule Aya semble avoir la motivation pour faire bouger des montagnes et se sortir du triste avenir qui lui est réservé.

Cette série a l’énorme avantage d’éviter complètement tous les stéréotypes occidentaux que l’on peut croiser habituellement sur le monde africain, pourtant j’ai l’impression de les avoir déjà parcourus auparavant. Voilà une série agréable mais qui ne me séduit pas. J’espérais réellement être surprise par cet album pour m’engouffrer ensuite dans la lecture des 4 tomes qui sont venus compléter la série… mais non… enfin, cela se fera sans urgence si cela se fait un jour ! Même la lecture, en fin d’album, des biographies des auteurs et de leurs parcours ne me fait pas changer d’avis !

pictobofUne ambiance chaleureuse mais un premier album qui met un moment avant de démarrer et au final, rien de bien original dans l’histoire qui nous est ici racontée. Je ne suis pas fan.

Primé à Angoulême en 2006 (Meilleur premier album). J’ai longuement hésité à chroniquer cet album…

Aya de Yopougon

Roaarrr ChallengeTome 1

Série en cours, 5 tomes parus

Éditeur : Gallimard

Collection : Bayou

Dessinateur : Clément OUBRERIE

Scénariste : Marguerite ABOUET

Dépôt légal : octobre 2005

ISBN : 9782070573110

Bulles bulles bulles…

Gallimard m’autorise à parler d’Aya… mais pas de montrer les visuels intérieurs, eu égard au droit d’auteur. Et vous, si vous en avez parlé, avez-vous le droit d’insérer des visuels à votre article ?