Le Jour où ça bascule (Collectif d’auteurs)

Collectif d’auteurs © Les Humanoïdes Associés - 2015
Collectif d’auteurs © Les Humanoïdes Associés – 2015

Des décisions à prendre. Suite à ces choix personnels qui seront pris, il y aura des conséquences à assumer. Bonnes… ou mauvaises.

Il est ici question de la manière d’appréhender une situation. Subir ou agir ? Être honnête avec soi-même ou opter pour l’opportunisme ? Ces actes isolés influenceront un avenir proche ou lointain, modèleront une personnalité en construction, changeront à jamais le quotidien d’un individu et/ou d’un groupe. Il est aussi question des difficultés que l’on parvient plus ou moins facilement à dépasser, une honte que l’on écarte ou – au contraire – un complexe qui s’ancre pour toujours.

Ainsi, choisir entre l’intégrité ou le mensonge, apprécier de pouvoir se regarder dans la glace ou préférer la facilité… Autant de points de rupture personnels, intimes ou universels, fantasmés ou vécus, abscons ou sensés. Tel est le thème de cet album.

Préfacé par Fabrice Giger, postfacé par Pascal Ory, cet ouvrage est enrichi de deux textes qui encadrent les 13 nouvelles qu’il contient. Ces écrits proposent quelques clés de compréhension pour mieux appréhender les différents travaux réalisés. Ils offrent aussi des pistes réflexives et invitent éventuellement à reprendre la lecture d’une nouvelle en ayant davantage de recul ou en donnant une autre dimension à la lecture.

Cet album a été publié à l’occasion des 40 ans de l’éditeur. Pour se faire, plusieurs auteurs ont été contactés. Le cahier des charges consistait à réaliser une nouvelle leur demandant d’explorer leur point de rupture, de partager « leur propre vision de ce point de non-retour, ou de nouveau départ ». Quant à la forme, libre à chacun de lui donner les contours qu’il souhaite, de définir le nombre de pages adéquats (3 pages pour la plus courte ; une dizaine de pages en général), le genre (science-fiction, autobiographie, adaptation littéraire…), le traitement graphique…

In fine, 14 auteurs ont collaboré à ce projet. Enki Bilal (auteur phare de cette maison d’édition) a réalisé le visuel de couverture et treize auteurs (aucune femme) ont réalisé chacun une nouvelle. Parmi eux, des artistes d’Europe (Boulet, Bastien Vivès, Frederik Peeters, Emmanuel Lepage, Eddie Campbell), des Etats-Unis (John Cassaday, Paul Pope, Bob Fingerman) et du Japon (Katsuya Terada, Taiyō Matsumoto, Atsushi Kaneko, Keiichi Koike, Naoki Urasawa). Je n’aurai jamais imaginé la majeure partie d’entre eux publier chez cet éditeur… l’objet-livre m’a intriguée pour cette raison.

Treize nouvelles très bien construites dans lesquelles on rentre facilement. On est face à des univers familiers, des découvertes. L’effet-miroir peut parfois nous surprendre, je pense notamment aux travaux de Taiyō Matsumoto et d’Emmanuel Lepage qui sont capables de faire remonter certains souvenirs d’enfance à certains et invitent à l’introspection. Chaque nouvelle interpelle et surprend comme celle qui a été réalisée par Atsushi Kaneko ; elle met en scène un jeune homme qui fait le bilan de sa vie. Coup d’œil dans le rétroviseur et effet-papillon en prime, le traitement graphique (des trames posées sur un dessin très comics des années 1950 réalisé dans des tons sépia).

La meilleure surprise est le récit de Bob Fingerman qui propose une réflexion sur les croyances religieuses. Eternel débat entre pratiquant et athée.

Quoi qu’il en soit, si les treize nouvelles de ce recueil sont indépendantes les unes des autres, elles se répondent néanmoins en écho (plus ou moins directement, souvent de manière implicite) et permettent de réfléchir à la question du choix et de ses conséquences. Quelle dimension lui donner (personnelle ou collective) ? Comment faire la part des avantages et des inconvénients… pourquoi écarter tel ou tel pan de sa réflexion pour aboutir à la décision ? Dans quel mesure cette orientation va faire basculer un rythme/une dynamique/une habitude/un confort de vie… pour quelque chose de différent ?

PictoOKPlutôt dubitative en sortant de cette lecture, je l’ai au final bien aimée. Peu de temps après avoir refermé l’album, certaines nouvelles restent à l’esprit, les idées cheminent. Un petit temps de recul pour mâturer la lecture pour en profiter pleinement.

Extrait :

« On est tous plutôt agnostiques, mais vous, les catholiques repentis, vous êtes les pires. Vous êtes comme les ex-fumeurs, toujours à tousser et à chasser l’air dès que quelqu’un allume une clope » (Le jour où ça bascule, extrait du « Non croyant » de Bob Fingerman).

Le Jour où ça bascule

One shot

Editeur : Les Humanoïdes Associés

Dessinateurs / Scénaristes : Collectif

Dépôt légal : décembre 2015

ISBN : 9 782731 653137

Bulles bulles bulles…

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Le Jour où ça bascule – Collectif d’auteurs © Les Humanoïdes Associés

– 2015

Partie de chasse (Christin & Bilal)

Que sont-ils partis chasser ces 10 salopards qui posent pour la « photo » de couverture. Du gros gibier ? Que cachent-ils sous l’épaisse couche de glace qui s’est formée à la surface du petit lac derrière une somptueuse demeure ? Y en a-t-ils d’autres de leurs secrets qui gisent au fond de l’étendue d’eau ?

Bouffons, Cavaliers et Dames, vêtus de leurs plus nobles parures périssaient ainsi, comme les pions d’un gigantesque jeu d’échecs.

Force est de constater qu’il ne me reste aucun souvenir de cette lecture lue il y a une vingtaine d’années. Je me rappelle seulement de l’accueil en demi-teinte que j’avais réservé à cet album. Je me rappelle aussi qu’à l’époque, le trait de Bilal me fascinait… Mais je reviens à l’album.

Christin - Bilal © Les Humanoïdes Associés - 1992
Christin – Bilal © Les Humanoïdes Associés – 1992

1983. Profitant d’un long voyage en train à travers l’U.R.S.S. pour se rendre à une partie de chasse, Evgueni Golozov – un vieil homme et traducteur de surcroît – raconte à son successeur les années qui ont suivi la chute du tsarisme et comment son ami – et employeur – s’est construit autour des événements qui ont suivis. La construction du régime soviétique, Lénine, la famine, les Révolutions de 1917, l’industrialisation, puis la Seconde Guerre Mondiale, Staline… Dans ce contexte, le jeune Vassili Alexandrovitch Tchevtchenko va progressivement se frayer un chemin jusqu’à devenir haute gradé dans l’armée russe, puis membre du Comité central et du Politburo.

Mais le vieil homme n’omet pas de préciser que l’Histoire peut se lire autrement et que ce qui est contenu « entre les lignes » est souvent passé sous silence.

« Oui, tout cela est vrai et tout cela le Général Vassili Alexandrovitch Tchevtchenko l’a vécu aux avant-postes. Mais on peut aussi présenter ces choses différemment, jeune Camarade, tu le sais bien… (…). Pour tous ceux-là et pour tant d’autres disparus, oubliés à jamais, l’Histoire n’a pas la même couleur. Et cette histoire-là, Vassili Alexandrovitch a aussi contribué à l’écrire… »

Profitant donc de la longue route inhérente à leur voyage, il jette dans la discussion quelques clefs pour que sa relève comprenne quels sont les liens qui unissent l’interprète et l’homme politique. Il laisse planer suffisamment de mystère autour de ce séjour mais laisse entendre qu’ils auront fort à faire durant ces trois jours.

Partie de chasse - Christin - Bilal © Les Humanoïdes Associés - 1992
Partie de chasse – Christin – Bilal © Les Humanoïdes Associés – 1992

La pureté des couleurs choisies pour les illustrations attrape l’œil. J’avais souvenir d’un album sombre, que ce soit au niveau du contenu des propos que de l’ambiance graphique. Ce n’est pas le cas pour cette dernière, les couleurs sont vivantes, chatoyantes et on ressent l’amitié solide de ces hommes malgré le froid, la neige… et quelques piques politiques bien placées. J’ai toujours perçu le trait de Enki Bilal comme étant assez épais, du moins pour les albums qu’il a réalisé du début de sa carrière à la trilogie Nikopol (au-delà les choses se corsent et mon engouement s’en est allé). Avec « Partie de Chasse », on est en présence d’hommes charismatiques et cette impression est d’autant plus forte qu’ils portent en eux de lourds secrets d’état.

L’intrigue de l’album se déroule sur trois jours, laps de temps durant lequel ils auront tout loisir d’apaiser leurs consciences en se laissant aller à la confidence. Ces hommes se connaissent depuis près de 40 ans pour certains et c’est seulement lorsque ce cercle très fermé se reforme qu’ils peuvent délier leurs langues ; ils n’ont pas de secrets, le destin des uns étant intimement imbriqué à celui des autres. Pierre Christin développe un scénario lourd de sens et qui part du postulat de départ que tous ces hommes convergent corps et âmes vers un seul : Vassili Alexandrovitch Tchevtchenko ; ils lui doivent souvent la vie et le statut social qu’ils ont acquis. Bien que le vieil homme soit désormais muet, chacun semble être en parfaite harmonie avec lui… ce qui a un effet bénéfique sur le scénario et vient contenir la tension latente. On perçoit le drame qui se profile à l’horizon sans pour autant identifier l’origine de la menace et l’individu qui en sera la cible. La seule certitude que l’on ait c’est que tout est joué d’avance. Il suffit d’accepter de se lancer dans cette partie de chasse sanglante. 80 pages à savourer.

La relecture d’une œuvre à cela aussi de bénéfique qu’elle permet de retrouver certains détails et notamment ce personnage secondaire dont je ne me souvenais plus. Un français dont on ne connaît pas le nom mais qui ressemble étrangement à l’homme mystérieux du « Vaisseau de pierre », de « La Ville qui n’existait pas » et appelé 50/22B dans « La Croisière des oubliés »… Ainsi, il vient relier « Partie de chasse » à cette trilogie qui s’appuie sur une trame narrative où les événements surnaturels déferlent. Ce personnage masculin sert de fil conducteur et met en lien différentes événements, différents lieux et différents protagonistes. Peut-être indique-t-il que nous sommes en présence d’une relecture de l’Histoire ? A moins qu’il ne soit une représentation incarnant le duo Bilal-Christin ? Ou tout simplement la présence symbolique du lecteur entre ces pages ?

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Cet homme est donc logiquement présent dans « Les Phalanges de l’Ordre Noir ».

PictoOKUne redécouverte d’album faite avec plaisir et surprise…

LABEL LectureCommune… et l’occasion de profiter d’une lecture commune avec Marilyne. Je vous invite à lire sa chronique bien évidemment !

Extrait :

« Le Parti, c’est une chose. La vie d’un homme dévoué au Parti en est une autre » (Partie de Chasse).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Musique : partie

PetitBac2015

Partie de chasse

One shot

Editeur : Les Humanoïdes Associés

Dessinateur : Enki BILAL

Scénariste : Pierre CHRISTIN

Dépôt légal : juin 1992

ISBN : 2-7316-0790-4

Bulles bulles bulles…

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Partie de chasse – Christin – Bilal © Les Humanoïdes Associés – 1992

Chroniks Expresss #15

Solde des lectures de novembre :

BD :

Aâma #4 (F. Peeters ; Gallimard, 2014), Katharine Cornwell (M. Malès ; Les Humanoïdes Associés, 2007), Mauvais garçons – diptyque (C. Dabitch & B. Flao ; Ed. Futuropolis, 2009)

Romans :

Oscar et la dame rose (E-E Schmitt ; Ed. Albin Michel, 2002), Mon dernier cheveu noir [suivi de] Histoires pour distraire ma psy (J-L Fournier ; Ed. Anne Carrière, 2009), Sous les vents de Neptune (F. Vargas ; ED. J’ai Lu, 2008), Zouck (P. Bottero ; Ed. Flammarion, 2004)

 

Bandes dessinées

 

Aâma #4

Peeters © Gallimard – 2014
Peeters © Gallimard – 2014

La fuite sans fin de Verloc se poursuit. Le groupe auquel il appartenait s’est disloqué, certains sont morts, d’autres ont pris un autre chemin. Sur cette dernière ligne droite à Ona(ji), il se retrouve seul avec sa « fille » pour la confrontation ultime avec l’entité Aâma. Lorsque la rencontre a lieu, Verloc perd rapidement conscience des événements. Il reprendra connaissance dans une réalité parallèle…

« Je sens demain en moi. Une part de moi est l’avenir. Une part est le passé. Mon regard est libre. Je ne suis plus centré sur moi-même ».

Que s’est-il passé ? Dans quelle mesure Verloc a-t-il prise sur les événements à venir. Ce quatrième opus vient conclure cette série. Au rythme d’un album par an depuis 2011, Frederik Peeters nous a permis de voyager dans une étrange dimension. A mesure que le lecteur avance dans la série, il perd progressivement toutes ses certitudes et les événements qui ont lieu le forcent à lâcher prise à mesure qu’il s’enfonce dans la découverte des personnages et de l’entité Aâma. Beaucoup de digressions, de passages muets, de suggestions… Un voyage déroutant. A lire à tête reposée.

PictomouiJ’ai suivi le projet Aâma de bout en bout, à commencer par le blog que l’auteur a ouvert avant la sortie du premier tome de la série. J’avoue que certains éléments de l’intrigue échappent complètement à ma compréhension. A relire certainement mais loin du plaisir que j’avais eu en lisant Lupus par exemple.

 

 

Katharine Cornwell

Malès © Les Humanoïdes Associés – 2007
Malès © Les Humanoïdes Associés – 2007

Katharine est comédienne. Elle joue actuellement sur scène une pièce qui lui tient à cœur mais les raisons sont obscures. Katharine est secrète ; la vie semble glisser sur elle malgré la fierté qu’elle tire d’avoir décroché le rôle, malgré une relation amoureuse qui semble la combler, malgré la présence de son frère dont elle semble si proche… elle semble écrasée par le poids d’une culpabilité. Le personnage qu’elle joue à la scène lui permettrait-il d’expier une faute ?

Marc Malès a réalisé cet album trois ans après L’Autre laideur, L’Autre Folie. Nous retrouvons de nouveau un personnage féminin en proie au tourment et désireuse de lever enfin le voile sur ce secret qui semble la ronger de l’intérieur. Mais elle lutte et ne parvient pas à sortir de son indécision. De fait, elle garde en permanence une certaine distance avec les gens qui sont amenés à la côtoyer. Marc Malès parvient tout à fait à retranscrire cette ambivalence et la retenue que le personnage veille à avoir.

On tâtonne dans la lecture, avançant d’une scène à l’autre sans qu’il n’y ait aucune transition entre les passages qui se succèdent sans qu’on ne parvienne à faire le lien entre eux. Bien sûr, ce sentiment est temporaire mais c’est assez désagréable. Il est difficile de cerner cette femme et l’auteur ménage tant et tant son intrigue que le lecteur devra patienter pour pouvoir appréhender exactement les tenants et les aboutissants de cette histoire.

pictobofDéception, l’album n’a pas la trempe de L’Autre laideur, L’Autre folie voire de Sous son regard. Je déconseillerais cet album si vous souhaitez découvrir le travail de Marc Malès.

 

Mauvais Garçons, diptyque de Christophe Dabitch et Benjamin Flao

tomes 1 et 2 – Dabitch – Flao © Futuropolis - 2009
tomes 1 et 2 – Dabitch – Flao © Futuropolis – 2009

« En Andalousie, de nos jours. Il se nomme Manuel, sa famille est originaire d’Andalousie, mais il a vécu en France jusqu’à ce qu’il décide de revenir s’y installer. Il a un ami gitan qui se nomme Benito, un chanteur hors norme. Manuel et Bénito sont inséparables. Car, ce qui lie avant tous les deux jeunes hommes, c’est l’amour du flamenco, le vrai, le pur, pas le flamenco rock comme peuvent le jouer certains frimeurs méprisables (mais qui, à contrario, gagnent très bien leur vie). Ces « mauvais garçons » vivent au jour le jour d’expédients. Seul leur amour des femmes leur fait tourner la tête. Mais quand Manuel tombe amoureux de la belle Katia, assistante sociale auprès de gitans, la rivalité s’installe… » (synopsis éditeur).

Les bonnes critiques ont été nombreuses à fleurir sur la toile. Servant ce récit, les lecteurs avaient généreusement partagé leurs avis afin de transmettre le goût et l’envie de découvrir ce diptyque. J’ai eu maintes occasions de me le procurer ; à l’achat, à l’emprunt, au prêt… sans chercher à en comprendre la raison, j’ai passé ces dernières années à esquiver ces opportunités, constatant à chaque fois que l’ambiance graphique ne m’interpellait pas outre mesure. Pourtant, la dernière fois que j’ai pu tenir en main le premier tome des Mauvais garçons, la perception que j’en ai eu était différente. C’est la raison pour laquelle je suis ressortie de la Médiathèque avec cette courte série dans mon sac.

Des tons sépias travaillés tantôt à l’aquarelle, tantôt au crayon gras, tantôt… une richesse de composition à laquelle je ne suis pas restée insensible. Sur ces planches, le fait que deux hommes évoluent, se heurtent et se réconcilient donne un côté très brutal à l’univers. Une amitié sauvage entre un français et un gitan que tout opposent si ce n’est leur passion pour la musique flamenco. Le flamenco est pour eu un art de vivre, une harmonie rare qu’ils parviennent à atteindre dans des moments privilégiés.

Mais en dehors de cet amour inconditionnel qu’ils vouent au flamenco, leur vie est en lambeaux. Une fuite en avant faite de mauvais choix, de sentiments mal exprimés, de déveine et d’alcool. Les moments de transe qu’ils vivent grâce au chant et à la danse pansent leurs plaies de manière éphémère.

pictobofContrairement à ces personnages fictifs, les vibrations du flamenco ne sont pas montées jusqu’à mes oreilles. Incapable de ressentir la moindre empathie, incapable de m’intéresser un tant soit peu au devenir de ces hommes… l’histoire de ce livre a glissé sur moi comme des gouttes d’eau sur une vitre.

 

Romans

Oscar et la dame rose

Schmitt © Albin Michel – 2002
Schmitt © Albin Michel – 2002

« Voici les lettres adressées à Dieu par un enfant de dix ans. Elles ont été retrouvées par Mamie Rose, la « dame rose » qui vient lui rendre visite à l’hôpital pour enfants. Elles décrivent douze jours de la vie d’Oscar, douze jours cocasses et poétiques, douze jours pleins de personnages drôles et émouvants. Ces douze jours seront peut-être les douze derniers. Mais, grâce à Mamie Rose qui noue avec Oscar un très fort lien d’amour, ces douze jours deviendront légende » (quatrième de couverture).

Des mots simples pour parler de la maladie. Sans pathos et avec un humour déroutant, l’auteur fait écrire à cet enfant des lettres magiques. Avec un soupçon d’imagination, l’enfant s’invente une vie finalement bien remplie. Les tracas de l’adolescence, les joies du bonheur conjugal, l’adultère, la foi… Finalement, ce petit roman de 100 pages nous emmène bien au-delà des quatre murs d’une chambre d’hôpital.

PictoOKUn roman tendre sur la maladie et la mort.

« J’ai le cœur gros, j’ai le cœur lourd, Oscar y habite et je ne peux pas le chasser » (Oscar et la dame rose).

 

Mon dernier cheveu noir [suivi de] Histoires pour distraire ma psy

Fournier © Anne Carrière - 2009
Fournier © Anne Carrière – 2009

Première partie : Mon dernier cheveu noir

« Sur votre nouvel agenda, n’écrivez plus les noms des amis de votre âge à l’encre mais au crayon »

Vieillir. Un processus inévitable. Le corps de l’homme est « biodégradable » comme le dit si bien Jean-Louis Fournier. Y faire face, l’accepter ou s’y résoudre. A-t-on vraiment le choix de toute façon ?

L’auteur a 60 ans lorsqu’il commence à écrire ce roman. A l’instar de ses autres ouvrages (Où on va papa ?, Veuf…), ce livre rassemble une multitude de pensées du jour, de réflexions à peine germées, de constats tout justes digérés. Tantôt amusé, tantôt sarcastique, Jean-Louis Fournier parle de la vieillesse, de ce regard sur soi-même qui se métamorphose et du regard des autres qui change.

« Je regarde une vieille photo. J’étais pas mal, avant. J’avais une tête de voleur de poules, avec plein de cheveux noirs. Un jour que je m’ennuyais, j’ai voulu les compter, mais il y en avait trop. Aujourd’hui, il n’en reste qu’un. Mon dernier cheveu noir ».

pictobofAgréable à lire mais un plaisir en demi-teinte ; je ne suis jamais réellement parvenue à m’intéresser au propos. Manque de rythme et d’entrain

La chronique de Kikine.

Deuxième partie : Histoires pour distraire ma psy

Février 1999, Jean-Louis Fournier engage une thérapie auprès d’un psychanalyste : « J’ai, comme beaucoup, quand il paraît trop difficile de vivre, fréquenté les psy. Je me souviens d’une psychanalyste somnolente, dont le cabinet était sombre, qui m’a soigné plusieurs années. Elle m’écoutait avec une expression tellement sinistre que j’ai longtemps cru que je l’ennuyais et qu’elle allait s’endormir. Comme je pensais avoir épuisé mes malheurs, j’ai décidé, pour la réveiller, de lui raconter tout ce qui me passait par la tête, des idées de scénarios, de livres, de films… J’ai cru voir son regard éteint se rallumer, je crois même, une fois, l’avoir vue sourire. La thérapie a continué, mieux. Dans mes histoires inventées, je laissais traîner, à mon insu, des choses importantes qui ont dû lui servir pour mieux me connaître. Pour vous, j’ai transcrit ces histoires. Installez-vous sur un divan pour les lire. Mon plus grand souhait est que vous ne vous endormiez pas » (propos de l’auteur sur le site des Editions Anne Carrière).

pictobofpictobofDifficile pour moi d’entrer dans ce petit recueil. Des histoires sans queue ni tête avec quelques soupçons de vérité (éléments personnels) mais je ne vois pas l’intérêt de ces « témoignages ». d’une part, cela me questionne qu’un individu prenne l’habitude de se rendre à une consultation psy toute les semaines pour y raconter des histoires totalement saugrenues ; perte de temps pour le patient comme pour le thérapeute. D’autre part… que peut bien retenir le lecteur de ces inventions imaginaires. A survoler sans modération.

Sous les vents de Neptune

Vargas © J’ai Lu - 2008
Vargas © J’ai Lu – 2008

La vie suit son cours à la Brigade criminelle qu’Adamsberg continue à diriger avec sa nonchalance habituelle. Les enquêtes se bouclent ou piétinent, mais aucune ne nécessite la mobilisation de l’équipe au complète. Ce qui tombe relativement bien puisqu’une bonne partie des hommes du commissaire doit entreprendre un voyage au Québec en vue de suivre une formation ADN. Jusqu’au moment où une vieille affaire resurgit brutalement. Elle avait déjà mobilisé Adamsberg pendant quatorze ans mais, pour une raison évidente, il l’avait archivée depuis quatorze ans. Pourtant, il lui tenait à cœur de la résoudre pour des motifs personnels… le moment serait-il enfin venu de lever le mystère qui l’entoure ?

Sous les vents de Neptune. Sixième enquête de la série polar mettant en scène le commissaire Adamsberg ; sixième enquête si l’on compte Les Quatre Fleuves (bande dessinée) et le recueil de nouvelles intitulé Coule la Seine. Un ouvrage qu’il me tardait de découvrir enfin tant les derniers romans que Vargas a écrits dans cet univers (Dans les bois éternels publié en 2009 et L’Armée furieuse publié en 2011) y font référence à plusieurs reprises. Ce voyage au Québec en compagnie d’Adamsberg m’intéressait donc au plus haut point et découvrir ce roman a été à la hauteur de mes attentes. Une intrigue finement menée, des chemins de traverse inattendus nous prennent au dépourvu et mettent à mal le personnage principal ; l’occasion de découvrir cet homme sous un nouvel angle.

Fred Vargas réutilise pour l’occasion la vieille Clémentine que nous avions découverte dans Pars vite et reviens tard, une personnalité haute en couleurs qui s’avère être une précieuse alliée pour un Jean-Baptiste Adamsberg en déroute.

PictoOKEncore une fois, Fred Vargas nous enchante. Une lecture très prenante mais un petit bémol sur les dernières pages qui contiennent, à mon goût, un excès de bons sentiments.

Zouck

Bottero © Flammarion - 2004
Bottero © Flammarion – 2004

Anouck, que ses amis surnomment Zouck, est une lycéenne brillante. Scolarisée en Terminale, elle fait partie des meilleurs élèves de son établissement. Elle veille à obtenir de bons résultats, ils lui offrent une relative liberté à l’égard de ses parents. Cette liberté, elle l’utilise pour pouvoir se consacrer entièrement aux cours de danse de Bérénice. Sur le parquet de l’école de danse, Zouck vole, s’envole, s’oublie. Jusqu’au jour où un danseur renommé vient seconder sa prof de danse, le temps d’un cours. C’est tout à fait par hasard que Zouck surprend leur conversation. Les mots échangés à son propos font l’effet d’une décharge. Trop grosse ! Commence alors pour Zouck une période de tourments. Elle est obnubilée par l’idée de perdre du poids. Un mal que l’on nomme anorexie.

Une découverte que je dois encore à une amie qui me fait m’aventurer sur des expériences littéraires encore inexplorées. E-M Schmitt, J-L Fournier, Pierre Bottero… j’en passe et des meilleurs.

Me voici donc partie à la découverte des univers de Pierre Bottero, explorant en parallèle des œuvres fictivo-réalistes (comme Zouck) et La Quête d’Ewilan (et d’autres pistes que j’arpenterais le mois prochain).

Zouck, où les préoccupations d’une adolescente de 18 ans. A mille lieues de mes centres d’intérêt, d’autant plus que ce personnage se passionne pour la danse et que je n’ai jamais été attirée par ce genre de sensations corporelles. Pourtant, l’entrée dans ce roman se fait facilement. La jeune fille se présente sans trop de retenue à son lecteur. On parvient à se la représenter, on comprend ses motivations, elle ne s’attarde pas sur des détails futiles. La lecture est fluide. Suffisamment agréable pour avoir envie de tourner la page. On n’est pas pris dans les mailles du filet en revanche, mais l’idée d’abandonner la lecture ne m’a pas effleurée un instant.

Zouck brosse le portrait d’une jeune fille en apparence « équilibrée », investie dans sa scolarité, rencontrant quelques heurts avec ses parents mais rien qui ne soit dramatique, en conflit avec sa petite sœur mais là encore, rien de bien exceptionnel.

Pourtant, vers les deux-tiers du roman, le ton change. De légers grincements s’étaient fait sentir depuis quelques chapitres mais peu à peu, le scénario s’enfonce dans l’aliénation de son personnage. Peu à peu, on perçoit les ravages de l’anorexie, de ce rapport tronqué à la nourriture, de cette dictature du corps et de l’esprit qui embarque ses victimes dans des habitudes mortifères.

Le ton est juste sans glisser vers une quelconque forme de morale ou un quelconque discours didactique. Accentuant le fait que chaque situation est unique, que le « déclic » est toujours lié à l’intime, que l’on a tendance à banaliser les choses lorsque les premiers signes de la pathologie font leur apparition, qu’ensuite l’entourage proche est en émoi, paniqué face à cette perte de l’élan vital.

PictomouiUne lecture agréable qui pourrait être réflexive si j’étais parvenue à investir davantage le personnage. Un ouvrage à mettre dans les petites mains de ceux que l’on souhaite sensibiliser avec beaucoup de douceur à cette maladie. Pour le reste, le propos ne rentre pas suffisamment dans le cœur du sujet à mon goût.

La ville qui n’existait pas (Christin & Bilal)

Christin – Bilal © Les Humanoïdes Associés - 2001
Christin – Bilal © Les Humanoïdes Associés – 2001

Début des années 80 dans les Flandres. Une petite ville ouvrière vit une crise sans précédent. Les ouvriers manifestent contre le plan de restructuration de l’usine. La grève qu’ils ont engagée semble s’enliser et les syndicats restent prudents sur les garanties qu’ils pourront obtenir.

Paulo est un enfant d’une dizaine d’années. Il observe les événements sans en maitriser les tenants et les aboutissants. Ce qu’il voit sur le quotidien, c’est que les jours sans solde de son père obligent sa mère à travailler au noir pour assurer un minimum de rentrées d’argent.

C’est alors qu’on apprend la nouvelle du décès du PDG de l’usine. Compte-tenu de la mentalité des directeurs des différents pôles, l’entreprise familiale risque bien de péricliter. Mais le testament du vieux Hannard prévoit que ce soit sa petite fille qui reprenne les rennes de la société. Cette dernière est bien décidée à apporter quelques réformes…

Dernier récit de la trilogie des Légendes d’aujourd’hui, il a été publié en 1977. L’album dispose d’un scénario impeccable, les principaux protagonistes font progressivement leur apparition et au tiers de l’album environ, le lecteur a une vision complète de la situation. A l’instar des deux autres albums de la série (La croisière des oubliés et Le vaisseau de pierre), on évolue de nouveau dans l’huis-clos d’une petite bourgade rurale. Cependant, la trame fantastique n’est pas la même que les deux opus précédents ; nous sommes plutôt en présence d’une uchronie qui se construit autour d’éléments réalistes (ville ouvrière, scission entre le prolétariat et la classe dirigeante, chômage) et des concepts visionnaires. Pierre Christin réutilise des personnages déjà présents dans les deux premiers tomes. Ainsi, l’un d’eux pourrait bien être 50/22B que nous avons vu dans La croisière des oubliés et qui pourrait également être le jeune étranger qui s’était installé dans le village breton du Vaisseau de pierre. Je ne suis pas sûre d’avoir déjà fait ce lien par le passé et je n’aurai pas fait cette passerelle aussi facilement sans un échange que j’ai eu avec Lunch suite à sa chronique sur La croisière des oubliés. Quoiqu’il en soit, cet ouvrage offre un scénario très bien ficelé qui tient le lecteur de bout en bout.

Côté graphisme, les dessins d’Enki Bilal sont ici beaucoup plus maîtrisés que dans les précédents tomes. Le dessin gagne en précision, il s’est affiné. L’ambiance graphique n’écœure plus, on sent que le trait est moins gras ce qui offre beaucoup plus de fluidité aux visuels (mouvements, expressions…).

PictoOKDes trois histoires des Légendes d’aujourd’hui, La ville qui n’existait pas m’avait toujours laissé un bon souvenir. Cette lecture ne fait que confirmer ce ressenti, un très bon album que je vous invite à découvrir.

Les chroniques : Marion, Jeangs, Noosfere, Les mondes étranges.

Du côté des Challenges :

Petit Bac 2013 / Lieu : Ville

Tour du monde en 8 ans : Yougoslavie

Lieux imaginaires : dans la catégorie « Utopie » du Challenge

TourDuMonde PetitBac LieuxImaginaires

La ville qui n’existait pas

One shot / Troisième volet de la Série Légendes d’aujourd’hui

Editeur : Les Humanoïdes Associés

Dessinateur : Enki BILAL

Scénariste : Pierre CHRISTIN

Dépôt légal : novembre 2001

ISBN : 2-73161-186-3

Bulles bulles bulles…

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La ville qui n’existait pas – Christin – Bilal © Les Humanoïdes Associés – 2001

La croisière des oubliés (Christin & Bilal)

La croisière des oubliés
Christin – Bilal © Les Humanoïdes associés – 1999

France, fin des années 70 – début des années 80.

Les responsables de plusieurs services spécialisés du renseignement se réunissent secrètement dans un ancien hôtel particulier laissé à l’abandon. C’est dans cette bâtisse parisienne anodine que la DST, les RG, le Quai d’Orsay et la SDECE ont décidé de mettre en commun leur dossier sur 50/22 B, un homme mystérieux dont l’identité fluctue au gré de ses apparitions : France, Chine, Cuba, Etats-Unis… l’individu contestataire milite aux quatre coins du globe, « un simple avatar du devenir historique, un figurant qui n’est que l’expression de forces sociales en luttes, luttes de classes bien sûr, où l’idéologie dominante se voit bafouée ».

Non loin, dans les Landes, un petit bled de campagne se met soudainement à flotter dans l’air. A proximité, une base militaire effectuerait des expériences scientifiques… Et lorsqu’un étranger arrive au village, les événements s’emballent…

La semaine dernière, je vous présentais Le vaisseau de pierre, second tome de l’univers fantastique des Légendes d’aujourd’hui imaginé par Pierre Christin et Enki Bilal. Mais c’est bel et bien avec La croisière des oubliés que la série a commencé en 1975, premier album né de la collaboration des deux auteurs. Les trois albums de la série peuvent se lire indépendamment les uns des autres puisque tous trois sont des récits complets.

En 1975 : Casterman sort La ballade de la mer salée qui était jusqu’alors paru en épisodes dans France-Soir. Mais 75, c’est aussi la poursuite des séries comme Iznogoud #11, Lucky Luke #68 et 69, Alix #12, Tif et Tondu #57, Ric Hochet #20, Astérix et Obélix #22, Blueberry #17… il y a déjà 22 tomes publiés de Tintin… bref, peu de choses que vous ayez vu passer sur mon blog parce qu’ils sont lus et digérés depuis un moment !^^ 1975, c’est aussi l’année du centième anniversaire de Jeanne Calment (oups, je m’égare !!), du lancement du magazine Fluide Glacial et moi qui pousse mon premier cri deux mois à peine avant la sortie de La Croisière des oubliés 🙂

Fluide Glacial et La croisière des oubliés… petite révolution dans le paysage éditorial franco-belge !? Certes, cela ne fait pas tout mais c’est une des amorces qui a contribué à orienter le medium vers d’autres perspectives narratives et visuelles. Dès lors, une BD adulte et mature s’installe doucement comme un genre à part entière.

A l’époque de la sortie de La croisière des oubliés, Pierre Christin est déjà un scénariste aguerri. Les premiers tomes de Valérian ont lancés la série éponyme et il publie régulièrement dans Pilote. Pour sa première collaboration avec Bilal, il aborde les questions de l’industrialisation et des rejets chimiques sur une trame fantastique. Certes, certains éléments narratifs sont un peu vieillots et ont aujourd’hui  – à la lumière des événements et progrès technologiques actuels – une tournure ironique. Malgré tout, la lecture reste plaisante…

Enki Bilal livre un dessin très différent de ses compositions actuelles même si on reconnaît déjà sa touche dans la manière de dessiner la « gueule » de ses personnages. Il nous surprend en faisant apparaître des créatures qui semblent issues de l’univers de Cthulhu.

Les jeux de hachures sont le cœur de son dessin, ils semblent n’être utilisés qu’à une seule fin : servir de trame pour la mise en couleurs des cases. On voit qu’il y a une attention particulière portée au cadrage des visuels, l’auteur cherche à guider efficacement le regard du lecteur mais son dessin manque de fluidité. Il y a une lourdeur récurrente peut-être due à la présence d’imposantes bâtisses, de personnages bien en chair, d’herbe bien grasse… Gras, c’est le mot, comme si quelques chose suintait des dessins au point de le rendre inesthétique. Il y a des contrastes comme ces visages à la fois expressifs et figés ou comme lorsqu’un personnage est amené à évoluer sur une case, le fond de case reste en jachère. Par contre, lorsque l’illustration n’est que figurative, le dessin devient plus léger, plus fouillé… certains dessins paysagers sont superbes.

C’est un premier album…

PictoOKMalgré tous ces griefs… je ne peux m’empêcher de trouver du plaisir à relire ces albums.

Les chroniques : Mr. K, Wens, Mondes étranges, Culture SF.

La croisière des oubliés

One shot / Premier volet de la Série Légendes d’aujourd’hui

Éditeur : Les Humanoïdes Associés

Dessinateur : Enki BILAL

Scénariste : Pierre CHRISTIN

Dépôt légal : septembre 1999

ISBN : 2-7316-1188-X

Bulles bulles bulles…

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La croisière des oubliés – Christin – Bilal © Les Humanoïdes associés – 1999

Le vaisseau de pierre (Christin & Bilal)

Le vaisseau de pierre
Christin – Bilal © Les Humanoïdes associés – 1995

Des promoteurs immobiliers ont des vues sur Trehoët et ses environs. Jusqu’à présent, l’activité principale de ce petit village breton était concentré autour des activités du port de pêche. Dorénavant, c’est un ambitieux projet d’implantation d’un complexe touristique qui menace la tranquillité des habitants et l’écosystème de la région.

La perspective que leur bourg soit au cœur d’un parc d’activité balnéaire alimente bien évidemment les conversations des habitants de la région. Les plus optimistes parlent d’aubaine qui devrait résorber le problème du chômage local et faire fructifier l’activité des petits commerçants. Les plus pessimistes quant à eux ressassent les questions de changement, d’expropriations terriennes, d’impacts irréversibles sur les exploitations agricoles et le port de pêche…

Tous s’accordent pourtant pour dire qu’il faut agir pour canaliser cette implantation immobilière… mais comment ???

Retour aux sources avec un vieil album de Pierre Christin et Enki Bilal paru initialement chez Dargaud en 1976. A l’époque, le duo d’auteurs explorait des univers fantastiques où les légendes sont partie prenantes du quotidien. Une série intitulée Légendes d’aujourd’hui a vu le jour, elle regroupe trois one shot : La croisière des oubliés (1975), Le vaisseau de pierre et La ville qui n’existait pas (1977). Cela n’était que les prémices de leur collaboration.

Christin – Bilal © Les Humanoïdes associés – 1995
Christin – Bilal © Les Humanoïdes associés – 1995

Le scénario du Vaisseau de pierre évolue dans l’huis-clos d’un petit village breton coincé entre le progrès et les traditions. Jeune héros au passé mystérieux, curé, gérant de bistrot… les figures incontournables de ce genre de petits bleds sont présentes. Ce sont souvent des personnalités fortes voire caricaturales comme celle de ce vétéran qui a perdu la raison sur les champs de batailles. Ici, il n’y a bien que le personnage du médecin de village qui est étrangement absent. Légendes obligent, il y a aussi l’ermite qui vit en retrait dans le vieux château qui surplombe le village. On dit qu’il vit-là depuis des siècles, certains pensent que c’est l’Ankou ou du moins son acolyte… certains disent même que « quand j’étais petit, le vieux il m’a transformé en merle un jour que je faisais des nids dans le château » !!

En somme, il y a ceux qui ne se fient qu’aux choses concrètes et ceux qui croient encore aux superstitions. La vérité se situe quelque part entre ces deux extrêmes, élément que le scénario de Pierre Christin exploite parfaitement. Cette part d’incertitude crée une ambiance à la croisée entre réalisme et fantastique et permet à l’auteur de traiter en douceur d’un sujet politico-financier épineux.

« On sait, ni Blanc, ni Rouge, Bretagne d’abord ! »

Et puis… Comment ne pas apprécier le travail de mise en images d’Enki Bilal ? J’avoue que j’ai un faible pour les albums qui sont nés de sa collaboration avec Christin. Le trait réaliste du dessinateur est gras et les jeux de hachures y sont abondants. Le dessin est plus maladroit et plus chargé (comparé à ses travaux actuels) mais il dispose d’une chaleur et d’une forme de spontanéité que j’apprécie. Le fait de pouvoir observer ces vieilles maisons truffées de détails de pierres et de mousse, ces bâtisses parfois délabrées, ces vieux vêtements chiffonnés et rapiécés, ces « gueules » pas tout à fait symétriques… cela me plait plus que sa recherche abusive d’esthétisme graphique (passée la Trilogie Nikopol, j’avoue avoir du mal avec ses ouvrages). Les couleurs sont naturelles et bien que la grisaille bretonne influence le choix des coloris, les teintes froides n’oppressent pas.

PictoOKTantôt, je pense que je vais relire les deux autres tomes des Légendes d’aujourd’hui

Les liens : une rétrospective de Bilal sur Passion Estampes. Lire également ce très bel article de Christin qui revient sur sa collaboration et de son amitié avec Bilal. Un coup de clic ici aussi et activer l’entrée « aquarelle »… c’est superbe !

Les chroniques : ActuSF, Socrate, Mondes étranges. Sur la série complète : Culture pub et Krinein.

Le Vaisseau de pierre

One shot / Second volet de la Série Légendes d’aujourd’hui

Editeur : Les Humanoïdes Associés

Dessinateur : Enki BILAL

Scénariste : Pierre CHRISTIN

Dépôt légal : juin 1995

ISBN : 2-7316-1187-1

Bulles bulles bulles…

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Le vaisseau de pierre – Christin – Bilal © Les Humanoïdes associés – 1995