La Saveur du Printemps (Panetta & Ganucheau)

Panetta – Ganucheau © Jungle – 2020

Quand il était plus jeune, Ari adorait aller dans l’atelier de la boulangerie de son père. Sentir l’odeur du pain chaud, aider son père à la préparation du pain et des pâtisseries, sentir la chaleur du four… tout cela était sa petite madeleine de Proust. Puis les années ont passé et l’adolescence a pointé le bout de son nez avec tout le cortège des questions existentielles qu’elle traîne dans son sillage. Et maintenant que ses études au lycée touchent à leur fin, Ari a d’autres envies qu’il ne cerne pas réellement. Il voudrait partir habiter en ville et s’installer en colocation avec ses amis. Il veut fuir cette vie toute tracée qui s’offre à lui, quitter ce cocon familial pourtant si harmonieux. Il rêve de vivre de sa musique avec le groupe qu’il a monté avec des amis… mais tout cela est balbutiant. Il n’est si sûr de tout ce qu’il voudrait…

Il sait pourtant que son père souhaite qu’il reprenne le commerce familial. Ari décide donc en premier lieu de trouver quelqu’un capable de le remplacer à la boulangerie pour pouvoir quitter le nid l’esprit tranquille. C’est ainsi qu’il rencontre Hector lorsque ce dernier postule pour travailler à la boulangerie. Peu à peu, une amitié forte naît entre les deux jeunes hommes. Une amitié teinte de sentiments amoureux.

« La saveur du printemps » est récit plein de fraicheur. Pour leur premier roman graphique, Kevin Panetta (scénariste) et Savanna Ganucheau (dessinatrice) mettent les petits plats dans les grands. Loin de nous noyer dans les remous tumultueux de l’adolescence, ils ont su trouver le ton adéquat pour aborder leur sujet de façon douce sans en faire quelque chose de mièvre. On est surpris de découvrir un personnage principal en plein questionnement mais pas en pleine rébellion. Ses relations avec ses parents sont harmonieuses et bourrées de complicité. Quant à son mal-être, même s’il est réel, il ne nous enfonce pas dans un marasme qui colle à la peau et engluerait personnages et lecteurs dans des méandres narratifs stériles.

Alors oui, il est question d’une quête identitaire, de savoir quoi faire de soi et de sa vie. Difficile de ne pas aborder ces questions dans un récit qui place au cœur de son intrigue un personnage adolescent. Les auteurs ont su trouver le La pour pouvoir parler à la fois du « mood » adolescent et des humeurs si versatiles qui le chahutent. Le personnage est dans cet entre-deux ; il n’est plus un enfant mais il n’est pas encore entré pleinement dans l’âge adulte. Ari cherche sa place et souhaite donner un sens à sa vie. Il est au printemps de sa vie. C’est aussi le moment idéal pour laisser éclore de nouvelles amitiés et se laisser surprendre par la fraicheur d’une rencontre amoureuse. Les auteurs manient tout cela avec beaucoup de talent et d’humour.

On pourra s’étonner de la douceur extrême du récit qui évolue dans des teintes vert émeraude. Elles aident à maintenir un sentiment de quiétude durant toute la lecture. Le dessin est d’une grande lisibilité et riche en détails graphiques qui contribuent à rendre cette tranche de vie crédible. Le fait que les auteurs complètent le scénario de références musicales et les mélangent à l’univers culinaire renforcent d’autant le réalisme de l’univers. On salive en permanence. Je me suis facilement laissé porter par l’ambiance. J’ai apprécié le fait que l’intrigue soit si délicate et qu’elle ne nous fait pas faire les montagnes russes avec nos émotions. La réflexion n’en est pas moins dénuée d’intérêt.

En bien des points, cet album m’a fait penser à « Cet été-là » réalisé par les cousines Tamaki. La période de l’adolescence y est traitée avec la même justesse et la même sensibilité. Une lecture qui offre une parenthèse et nous accueille à bras ouverts dans son univers.

La Saveur du Printemps (One shot)

Editeur : Jungle

Dessinateur : Savanna GANUCHEAU / Scénariste : Kevin PANETTA

Traduction : Mathilde TAMAE-BOUHON

Dépôt légal : juin 2020 / 368 pages / 17 euros

ISBN : 978-2-822-23044-5

Adam Quichotte (Stedho)

Stedho © Jungle – 2020

Adam est un petit garçon potelé qui flotte dans sa grande marinière. Celle bouille de Pierrot lunaire va rendre visite à son grand-père. Sitôt arrivé, il fait un câlin bien mérité à Panza, le gros chat roux de la maison. Puis, il claironne son arrivée. Mais l’ancêtre ne répondant pas, Adam décide de monter le rejoindre dans son atelier. Dans le grenier, c’est le bazar ! Un fatras organisé rempli la pièce. Des objets au mille formes flottent au plafond. Au sol, ballons, marteau, et sacs font une danse avec le circuit électrique d’un petit train. Au beau milieu du fouillis, Papy Pierre a laissé une lettre à l’intention de son petit-fils. Elle est accompagnée d’une petite liste de courses : « pâtes, oignons, poivre, fromage, carottes, tomates » . Trois fois rien pour le repas du soir.

Adam Quichotte – Stedho © Jungle – 2020

Fier comme un enfant à qui on a confié une mission importante, Adam part en quête pour faire les courses. Il est assisté dans cette périlleuse épopée par le fidèle Panza.

Une aventure rigolote qui conduit notre vaillant héros en culottes courtes et à l’imagination débordante à grimper, sauter, escalader, plonger dans les éléments culinaires. Fou d’aventure et ravi qu’on lui fasse confiance, Stedho imagine qu’un petit bonhomme courageux part faire les courses comme on partirait pour une épopée. Il faut dire qu’il y a six ingrédients sur la liste et qu’il ne s’agit pas d’en oublier un ! D’autant que son grand-père compte sur lui.

D’un coup de crayon espiègle, Stedho dessine les trognes incroyables de ce petit bonhomme audacieux. Tout est très fluide, très expressif et les couleurs un peu délavées donnent l’impression qu’on est entré dans un univers magique et extra-terrestre. Il illustre parfaitement bien le fait que l’imagination d’un enfant galope comme un cheval fou.

Jolie aventure pour raconter aux enfants de façon ludique un récit de la vie quotidienne. Dire que l’on peut s’amuser tout en aidant l’adulte. Dire que l’on grandi aussi en prenant des petites responsabilités. C’est drôle et poétique, c’est frais et entrainant. Bref, « Adam Quichotte » nous embarque sans crier gare dans le voyage imaginaire d’un petit bonhomme vaillant et un peu canaille (quand même).

Adam Quichotte / Tome 1 : Les Spaghettis de Papy Pierre

Editeur : Jungle

Dessinateur & Scénariste : STEDHO

Dépôt légal : février 2020 / 64 pages / 12,95 euros

ISBN : 978-2-822-22999-9

L’Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea (Zidrou & Park)

Zidrou – Park © Jungle – 2017

Ajatashatru Lavash, un fakir, débarque à Paris pour acheter un lit à clou. Malheureusement, le magasin Ikea où il se rend n’a pas le produit en stock et Ajatashatru Lavash doit prolonger son séjour d’une nuit. Il décide de dormir dans le magasin. Quand il entend des bruits de voix, il comprend que la place qu’il a trouvée (sous un lit) n’est pas un repaire idéal. Il se glisse alors dans une armoire afin de se dérober aux regards des employés.
Malheureusement, l’armoire fait partie des meubles qui doivent être déstockés et expédiés en Angleterre. Malgré lui, Ajatashatru Lavash se retrouve donc dans une armoire protégée à l’aide d’un élastique et chargée dans la remorque d’un camion qui s’apprête à traverser la Manche. Il serait mort asphyxié si trois migrants africains ne l’en avaient délivré. La suite des événements n’est qu’une succession d’incidents qui vont amener Ajatashatru Lavash aux quatre coins de l’Europe.

Adaptation du roman de Romain Puértolas (Editions Le Dilettante, sorti en 2013), je m’attendais à ce que le talent de Zidrou fasse rebiquer les moustaches du personnage principal mais il n’en est rien. Au grain de folie présent dans le roman de Puértolas, point d’ajout, point d’excentricité supplémentaire, bien au contraire. Si l’on excepte le contenu très condensé de l’album (48 pages) comparé au roman (256 pages), on constate vite que l’on tient en main un résumé assez décevant du périple de ce fakir roublard. Certes, on retrouve les grands thèmes du récit (la rencontre de cultures différentes, la fascination du personnage face à la présence de nouvelles technologies, les migrants, les sentiments, la célébrité…) mais rien n’est sublimé, fouillé ou agencé pour permettre au lecteur d’être pris dans le tourbillon des événements. Tout au plus, je dirais que l’avantage direct de cette adaptation peut intéresser ceux qui n’auraient pas lu le roman puisque l’album offre un résumé assez propre de l’œuvre de départ.

Le constat est identique du côté graphique. Le travail de Kyung-eun Park tasse cet univers et le rend plus grinçant qu’il n’est nécessaire. Les planches sont surchargées et à part quelques trop rares exceptions de-ci de-là, on a un gaufrier redondant de 4 bandes de 2 ou 3 cases. L’ambiance graphique n’est ni avenante ni complètement repoussante mais voilà, on ne s’y immisce pas, il n’y fait ni chaud ni froid. C’est trop neutre pour provoquer quoi que ce soit chez le lecteur.

Dommage. Je m’attendais à sourire comme j’ai souri en lisant le roman. Je m’attendais à tout sauf à ne rien ressentir. Le genre d’adaptation qui me fait fuir.

L’Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea

One shot
Editeur : Jungle
Dessinateur : Kyung Eun PARK
Scénariste : ZIDROU
Dépôt légal : octobre 2017
48 pages, 14.95 euros, ISBN : 978-2-822-21584-8

Bulles bulles bulles…

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L’Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea – Zidrou – Park © Jungle – 2017

La Brigade des cauchemars, tome 1 (Thilliez & Dumont)

Thilliez – Dumont © Jungle – 2017

Esteban, le grand mince, orphelin. Recueilli par Albert après une violente crise de cauchemar dont il est sorti amnésique.
Tristan, plus râble dans son fauteuil roulant, le fils d’Albert, le presque frère d’Esteban.
Tous trois vivent à la Clinique Angus qui aide d’autres enfants à « guérir de leurs terribles rêves » ; tous trois forment la « Brigade des cauchemars » .

Ce jour-là, une nouvelle patiente arrive à la Clinique Angus. Il s’agit de Sarah, 14 ans, amnésique depuis trois ans… exactement comme Esteban. L’adolescente est épuisée et interroge Albert quant à la manière dont il souhaite procéder pour la guérir. Albert se contente d’être rassurant et ne dit rien à Sarah sur le fait que dès qu’elle sera en phase de sommeil profond, Esteban et Tristan vont entrer dans son cauchemar et tenter de le détruire de l’intérieur.

La Brigade des cauchemars, tome 1 – Thilliez – Dumont © Jungle – 2017

Voilà une nouvelle série jeunesse qui démarre et ce premier tome est plutôt prometteur. Franck Thilliez construit son intrigue sur un problème qui est familier aux jeunes lecteurs : les cauchemars. Le scénariste explique de manière ludique le fonctionnement du sommeil et imagine qu’un chercheur a trouvé le moyen d’entrer dans le rêve de quelqu’un. Pas de mots pompeux, pas de notions théoriques pompeuses. Il vulgarise des termes scientifiques et les mets en pratique dans cette aventure originale. Deux personnages principaux entrent en action : deux adolescents. Durant la lecture, le lecteur comprend qu’il s’agit d’identifier la peur réelle qui est à l’origine du cauchemar afin d’éradiquer celui-ci. Le principe est simple et efficace. Une partie bonus vient compléter quelques termes comme les différentes phases du sommeil ou les gadgets utilisés par les héros. Cet univers invente ainsi l’oniricum, sorte de montre qui permet aux « voyageurs » [ceux qui entrent dans le cauchemar d’un autre] de communiquer avec les membres de l’équipe qui sont restés dans la réalité. L’intrigue est bien ficelée, le dénouement cohérent annonce le début d’une mission plus importante et un mystère qu’il va falloir percer… deux points qui vont certainement servir de fil rouge dans les tomes à venir.

Au dessin, Yomgui Dumont propose un dessin assez souple, très naturel. Il n’y a pas réellement de différences entre l’ambiance graphique du monde réel et celle du monde onirique dans lequel se passe l’action. C’est fluide, agréable, des couleurs assez ternes pour un album jeunesse mais permettent de ressentir quelques frissons… brrr. Le lecteur est aussi assez proche des personnages et donc réussit une parfaite immersion dans l’univers !

Une série à suivre me semble-t-il. En tout cas ici, l’intérêt de mon jeune lecteur pour ce premier tome ne trompe pas !

Lectorat : je dirais à partir de 9-10 ans.

La Brigade des cauchemars

Dossier n°1 : Sarah
Série en cours
Editeur : Jungle
Collection : Frissons
Dessinateur : Yomgui DUMONT
Scénariste : Franck THILLIEZ
Dépôt légal : octobre 2017
54 pages, 12 euros, ISBN : 978-2-822-22160-3

Bulles bulles bulles…

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La Brigade des cauchemars, tome 1 – Thilliez – Dumont © Jungle – 2017

Inferni, tome 1 (Boriau & Grelin)

Inferni, tome 1 – Boriau – Grelin © Jungle – 2017

Suite au divorce de ses parents, Anton doit partir vivre chez sa tante pendant quelques semaines. S’il est triste, il ne sait l’exprimer et c’est plutôt par la colère qu’il montre que la situation l’affecte.
Il se retrouve donc à devoir vivre dans un vieux manoir en compagnie d’une tante peu loquace et avare en sourire. Heureusement qu’il peut compter sur la présence de Léonie, Mama africaine plantureuse – qui soigne le garçon à coup de crêpes et de mots rassurants – et de Méphy, un jeune bélier joueur et affectueux.

Merci papa, merci maman ! Super idée de divorcer ! « Et si on mettait Anton chez tante Méryl, elle a sûrement un cercueil de libre !

Mais la vie au manoir de sa tante n’est pas une partie de plaisir. L’environnement est lugubre, le jardin ressemble davantage à un terrain vague qu’à un havre de paix et à l’intérieur, entre les toiles d’araignées, les draps qui recouvrent la majeure partie du mobilier, les cartons disposés çà et là… et les fantômes qui se mettent à apparaître sous les yeux d’Anton, il y a largement de quoi supplier sa mère de trouver rapidement une solution pour le sortir de ce lieu détestable. Mais peu à peu, quelques évènements vont lui faire voir les choses autrement.

On entre vite dans le vif du sujet. Quelques pages à peine suffisent à nous présenter Anton alors qu’il part définitivement de chez lui et jette un regard triste sur sa maison où un panneau « A vendre » ne laisse aucun doute possible sur le caractère irréversible de la situation. En quatre pages, Grelin change sa palette de couleurs. Terminés les tons ocres et chatoyants de la ville en plein jour. Nous voilà en pleine nuit à devoir affronter à la fois la peur qui grandit à mesure qu’on se rapproche du terrifiant manoir de la tante et la douleur de la séparation avec sa mère. Si le récit s’était tu temporairement – le temps d’une double-page – il reprend du service sitôt qu’Anton pénètre dans la lugubre bâtisse. David Boriau s’attarde dans un premier temps sur le personnage principal, montrant sa force de caractère et son obstination à affronter la situation. Le scénariste nous invite à mettre nos pas dans ceux d’un personnage courageux, volontaire et soucieux du bien-être de ceux qui l’entourent. Les quelques zones d’ombre qui planent dans la première partie de l’album aident à installer une tension qui se gère parfaitement bien et qui donnent l’envie d’en découvrir davantage sur cet univers. On obtient forcément les réponses à nos questions… une partie du moins car pour avoir en mains la totalité des pièces du puzzle, il va nous falloir attendre la sortie du second tome. La fin de ce premier opus est pour le moins abrupte… on est en haleine voire frustrés de devoir attendre la suite. C’est dire l’accroche.

Le jeune héros fait déjà preuve d’une sacrée maturité pour son âge (9 ans) et montre qu’il a déjà une bonne dose de sang-froid. On apprécie rapidement l’enchaînement d’événements et la manière dont le héros parvient à y trouver son parti. Un garçon semblable aux garçons de notre époque : amateur de jeux vidéo, le bec sucré, jouant au grand mais qui se laisse vite prendre par une course effrénée dans les couloirs de la maison, content de faire la connaissance d’un nouvel animal de compagnie et même s’il joue aux gros bras, il est bien content de venir se rassurer auprès d’un adulte.

Un album qui, non content d’avoir fait une entrée fracassante chez nous, a fait sensation avec sa couverture phosphorescente ! Louka a eu grand plaisir à se faire un peu peur en compagnie d’Anton au-dessus duquel flotte l’ombre de Lucifer… Voici ce qu’il en dit, un avis succinct mais qui concentre tout le plaisir qu’il a eu à la lecture de l’album : « Super cool !! J’aime bien les dessins et l’histoire. Je ne me suis pas inquiété pour Anton car j’ai tout de suite compris que c’était le héros et qu’il ne pouvait pas lui arriver de problèmes. Je le conseille à tous les enfants et les adultes qui aiment bien les histoires d’aventure ». On y parle d’amitié, de l’importance de ne pas prêter attention au qu’en-dira-t-on, de superstitions et de croyances, de deuil.

Me voilà rassurée, il n’a pas eu peur (hu hu hu… si vous l’aviez vu pendant qu’il lisait, un peu stoïque par moment jusqu’à ce que j’entende un gros soupir de soulagement et complètement imperméable à ce qui se passait autour de lui). L’album est sympathique en tout cas. On accroche rapidement et la fin de ce premier tome tombe comme un couperet alors que l’histoire vient tout juste de révéler le fait qu’Anton dispose d’un don très particulier. A quand la suite ??!

Inferni

Tome 1 : Héritage
Trilogie en cours
Editeur : Jungle
Dessinateur : GRELIN
Scénariste : David BORIAU
Dépôt légal : mars 2017
72 pages, 12,95 euros, ISBN : 978-2-822-21424-7

Bulles, bulles, bulles…

La bande annonce de l’album.

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Inferni, tome 1 – Boriau – Grelin © Jungle – 2017

Kami, tome 1 (Fournier & Deschard)

Deschard & Fournier © Jungle – 2016
Deschard & Fournier © Jungle – 2016

Nura est une jeune prêtresse dévouée. Elle passe ses journées au temple, à lire et à veiller sur les trois divinités qui y résident. Elle converse avec Belsem, le seul à avoir encore assez de forces pour échanger avec les hommes. Belsem a peur. Depuis plusieurs années, il constate que les hommes ne croient plus dans les dieux et se tournent vers d’autres occupations, ce qui a un effet direct sur la force vitale des dieux. Belsem sait que si la situation ne change pas, il est condamné à mourir, comme ses deux acolytes.

C’est pourquoi, lorsque le frère du duc sollicite leur aide, Belsem convainc Nura qu’il faut aller à sa rencontre. Si quelque part, des hommes croient encore dans les dieux originels, il ne faut pas rater l’occasion de leur tendre la main ; cela permettra peut-être aux hommes de retrouver le chemin du temple. C’est ainsi que Nura et Belsem font la connaissance de Dénos, le frère cadet du duc. Dénos leur explique que le Duc est atteint d’une maladie orpheline mais personne ne semble capable de trouver le remède pour la soigner. Et si Dénos se montre inquiet quant à la santé de son frère, Nura fera le désagréable constat que ses intentions ne sont pas aussi louables qu’il n’y paraît.

A l’instar de « Diosphère » et de « Bunny » (deux séries publiées aux Editions Emmanuel Proust), Jean-Gaël Deschard et Juliette Fournier (« Morphine ») réalisent un album à quatre mains. Ils créent un univers fantastico-médiéval qui reprend à la fois les codes de l’héroïc-fantasy et s’en détache pour construire un monde assez nouveau. Face au récit comme au graphisme, place à la découverte et au divertissement.  Les paysages sont beaux et détaillés ; il y a un côté majestueux que les auteurs ont voulu travailler (le trait est fin, les couleurs donnent une impression de luminosité). On pourra tiquer sur le côté trop « propret » des illustrations : pas un cheveu qui rebique, pas un vêtement élimé, des visages absolument symétriques… C’est la faiblesse de l’album car à première vue, ces personnages souriants et parfaitement parfaits manquent de reliefs et de profondeur. Il est nécessaire de s’appuyer sur les dialogues pour comprendre qu’il y a une pointe d’hypocrisie ou de sarcasme dans la scène qui se déroule. Pour faire simple : c’est fade et le fait que les couleurs soient légèrement estompées renforce cette impression… L’album aurait mérité que l’ambiance soit plus élaborée, plus oppressante sur certains passages mais la palette de couleurs ne varie pratiquement pas, peu de jeux d’ombre et de lumière. Dommage.

Ce n’est pas le cas du scénario qui rythme bien les temps du récit. L’intrigue est présentée en quelques pages, de façon claire et succincte ce qui laisse tout le loisir de profiter de sa lecture sans buter sur des incompréhensions. Le lecteur (et d’autant plus quand il est jeune) accroche vite, profite de rebondissements inattendus sans être farfelus. Tout se tient. En prime, le récit se structure autour d’une très belle amitié et fait réfléchir sur la question des décisions importantes que l’on doit prendre ; la manière dont chacun fixe ses priorités influencera son choix final. Un questionnement intéressant que l’enfant s’approprie totalement.

PictoOKUn bon premier tome qui donne envie de connaître la suite. Les enfants devraient bien aimer.

Kami

Tome 1 : Omegama

Série en cours

Editeur : Jungle

Dessinateurs / Scénaristes : Juliette FOURNIER & Jean-Gaël DESCHARD

Dépôt légal : août 2016

54 pages, 12 euros, ISBN : 978-2-822-21518-3

Bulles bulles bulles…

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Kami, tome 1 – Deschard & Fournier © Jungle – 2016