La Brigade des cauchemars, tome 1 (Thilliez & Dumont)

Thilliez – Dumont © Jungle – 2017

Esteban, le grand mince, orphelin. Recueilli par Albert après une violente crise de cauchemar dont il est sorti amnésique.
Tristan, plus râble dans son fauteuil roulant, le fils d’Albert, le presque frère d’Esteban.
Tous trois vivent à la Clinique Angus qui aide d’autres enfants à « guérir de leurs terribles rêves » ; tous trois forment la « Brigade des cauchemars » .

Ce jour-là, une nouvelle patiente arrive à la Clinique Angus. Il s’agit de Sarah, 14 ans, amnésique depuis trois ans… exactement comme Esteban. L’adolescente est épuisée et interroge Albert quant à la manière dont il souhaite procéder pour la guérir. Albert se contente d’être rassurant et ne dit rien à Sarah sur le fait que dès qu’elle sera en phase de sommeil profond, Esteban et Tristan vont entrer dans son cauchemar et tenter de le détruire de l’intérieur.

La Brigade des cauchemars, tome 1 – Thilliez – Dumont © Jungle – 2017

Voilà une nouvelle série jeunesse qui démarre et ce premier tome est plutôt prometteur. Franck Thilliez construit son intrigue sur un problème qui est familier aux jeunes lecteurs : les cauchemars. Le scénariste explique de manière ludique le fonctionnement du sommeil et imagine qu’un chercheur a trouvé le moyen d’entrer dans le rêve de quelqu’un. Pas de mots pompeux, pas de notions théoriques pompeuses. Il vulgarise des termes scientifiques et les mets en pratique dans cette aventure originale. Deux personnages principaux entrent en action : deux adolescents. Durant la lecture, le lecteur comprend qu’il s’agit d’identifier la peur réelle qui est à l’origine du cauchemar afin d’éradiquer celui-ci. Le principe est simple et efficace. Une partie bonus vient compléter quelques termes comme les différentes phases du sommeil ou les gadgets utilisés par les héros. Cet univers invente ainsi l’oniricum, sorte de montre qui permet aux « voyageurs » [ceux qui entrent dans le cauchemar d’un autre] de communiquer avec les membres de l’équipe qui sont restés dans la réalité. L’intrigue est bien ficelée, le dénouement cohérent annonce le début d’une mission plus importante et un mystère qu’il va falloir percer… deux points qui vont certainement servir de fil rouge dans les tomes à venir.

Au dessin, Yomgui Dumont propose un dessin assez souple, très naturel. Il n’y a pas réellement de différences entre l’ambiance graphique du monde réel et celle du monde onirique dans lequel se passe l’action. C’est fluide, agréable, des couleurs assez ternes pour un album jeunesse mais permettent de ressentir quelques frissons… brrr. Le lecteur est aussi assez proche des personnages et donc réussit une parfaite immersion dans l’univers !

Une série à suivre me semble-t-il. En tout cas ici, l’intérêt de mon jeune lecteur pour ce premier tome ne trompe pas !

Lectorat : je dirais à partir de 9-10 ans.

La Brigade des cauchemars

Dossier n°1 : Sarah
Série en cours
Editeur : Jungle
Collection : Frissons
Dessinateur : Yomgui DUMONT
Scénariste : Franck THILLIEZ
Dépôt légal : octobre 2017
54 pages, 12 euros, ISBN : 978-2-822-22160-3

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La Brigade des cauchemars, tome 1 – Thilliez – Dumont © Jungle – 2017

Inferni, tome 1 (Boriau & Grelin)

Inferni, tome 1 – Boriau – Grelin © Jungle – 2017

Suite au divorce de ses parents, Anton doit partir vivre chez sa tante pendant quelques semaines. S’il est triste, il ne sait l’exprimer et c’est plutôt par la colère qu’il montre que la situation l’affecte.
Il se retrouve donc à devoir vivre dans un vieux manoir en compagnie d’une tante peu loquace et avare en sourire. Heureusement qu’il peut compter sur la présence de Léonie, Mama africaine plantureuse – qui soigne le garçon à coup de crêpes et de mots rassurants – et de Méphy, un jeune bélier joueur et affectueux.

Merci papa, merci maman ! Super idée de divorcer ! « Et si on mettait Anton chez tante Méryl, elle a sûrement un cercueil de libre !

Mais la vie au manoir de sa tante n’est pas une partie de plaisir. L’environnement est lugubre, le jardin ressemble davantage à un terrain vague qu’à un havre de paix et à l’intérieur, entre les toiles d’araignées, les draps qui recouvrent la majeure partie du mobilier, les cartons disposés çà et là… et les fantômes qui se mettent à apparaître sous les yeux d’Anton, il y a largement de quoi supplier sa mère de trouver rapidement une solution pour le sortir de ce lieu détestable. Mais peu à peu, quelques évènements vont lui faire voir les choses autrement.

On entre vite dans le vif du sujet. Quelques pages à peine suffisent à nous présenter Anton alors qu’il part définitivement de chez lui et jette un regard triste sur sa maison où un panneau « A vendre » ne laisse aucun doute possible sur le caractère irréversible de la situation. En quatre pages, Grelin change sa palette de couleurs. Terminés les tons ocres et chatoyants de la ville en plein jour. Nous voilà en pleine nuit à devoir affronter à la fois la peur qui grandit à mesure qu’on se rapproche du terrifiant manoir de la tante et la douleur de la séparation avec sa mère. Si le récit s’était tu temporairement – le temps d’une double-page – il reprend du service sitôt qu’Anton pénètre dans la lugubre bâtisse. David Boriau s’attarde dans un premier temps sur le personnage principal, montrant sa force de caractère et son obstination à affronter la situation. Le scénariste nous invite à mettre nos pas dans ceux d’un personnage courageux, volontaire et soucieux du bien-être de ceux qui l’entourent. Les quelques zones d’ombre qui planent dans la première partie de l’album aident à installer une tension qui se gère parfaitement bien et qui donnent l’envie d’en découvrir davantage sur cet univers. On obtient forcément les réponses à nos questions… une partie du moins car pour avoir en mains la totalité des pièces du puzzle, il va nous falloir attendre la sortie du second tome. La fin de ce premier opus est pour le moins abrupte… on est en haleine voire frustrés de devoir attendre la suite. C’est dire l’accroche.

Le jeune héros fait déjà preuve d’une sacrée maturité pour son âge (9 ans) et montre qu’il a déjà une bonne dose de sang-froid. On apprécie rapidement l’enchaînement d’événements et la manière dont le héros parvient à y trouver son parti. Un garçon semblable aux garçons de notre époque : amateur de jeux vidéo, le bec sucré, jouant au grand mais qui se laisse vite prendre par une course effrénée dans les couloirs de la maison, content de faire la connaissance d’un nouvel animal de compagnie et même s’il joue aux gros bras, il est bien content de venir se rassurer auprès d’un adulte.

Un album qui, non content d’avoir fait une entrée fracassante chez nous, a fait sensation avec sa couverture phosphorescente ! Louka a eu grand plaisir à se faire un peu peur en compagnie d’Anton au-dessus duquel flotte l’ombre de Lucifer… Voici ce qu’il en dit, un avis succinct mais qui concentre tout le plaisir qu’il a eu à la lecture de l’album : « Super cool !! J’aime bien les dessins et l’histoire. Je ne me suis pas inquiété pour Anton car j’ai tout de suite compris que c’était le héros et qu’il ne pouvait pas lui arriver de problèmes. Je le conseille à tous les enfants et les adultes qui aiment bien les histoires d’aventure ». On y parle d’amitié, de l’importance de ne pas prêter attention au qu’en-dira-t-on, de superstitions et de croyances, de deuil.

Me voilà rassurée, il n’a pas eu peur (hu hu hu… si vous l’aviez vu pendant qu’il lisait, un peu stoïque par moment jusqu’à ce que j’entende un gros soupir de soulagement et complètement imperméable à ce qui se passait autour de lui). L’album est sympathique en tout cas. On accroche rapidement et la fin de ce premier tome tombe comme un couperet alors que l’histoire vient tout juste de révéler le fait qu’Anton dispose d’un don très particulier. A quand la suite ??!

Inferni

Tome 1 : Héritage
Trilogie en cours
Editeur : Jungle
Dessinateur : GRELIN
Scénariste : David BORIAU
Dépôt légal : mars 2017
72 pages, 12,95 euros, ISBN : 978-2-822-21424-7

Bulles, bulles, bulles…

La bande annonce de l’album.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Inferni, tome 1 – Boriau – Grelin © Jungle – 2017

Kami, tome 1 (Fournier & Deschard)

Deschard & Fournier © Jungle – 2016
Deschard & Fournier © Jungle – 2016

Nura est une jeune prêtresse dévouée. Elle passe ses journées au temple, à lire et à veiller sur les trois divinités qui y résident. Elle converse avec Belsem, le seul à avoir encore assez de forces pour échanger avec les hommes. Belsem a peur. Depuis plusieurs années, il constate que les hommes ne croient plus dans les dieux et se tournent vers d’autres occupations, ce qui a un effet direct sur la force vitale des dieux. Belsem sait que si la situation ne change pas, il est condamné à mourir, comme ses deux acolytes.

C’est pourquoi, lorsque le frère du duc sollicite leur aide, Belsem convainc Nura qu’il faut aller à sa rencontre. Si quelque part, des hommes croient encore dans les dieux originels, il ne faut pas rater l’occasion de leur tendre la main ; cela permettra peut-être aux hommes de retrouver le chemin du temple. C’est ainsi que Nura et Belsem font la connaissance de Dénos, le frère cadet du duc. Dénos leur explique que le Duc est atteint d’une maladie orpheline mais personne ne semble capable de trouver le remède pour la soigner. Et si Dénos se montre inquiet quant à la santé de son frère, Nura fera le désagréable constat que ses intentions ne sont pas aussi louables qu’il n’y paraît.

A l’instar de « Diosphère » et de « Bunny » (deux séries publiées aux Editions Emmanuel Proust), Jean-Gaël Deschard et Juliette Fournier (« Morphine ») réalisent un album à quatre mains. Ils créent un univers fantastico-médiéval qui reprend à la fois les codes de l’héroïc-fantasy et s’en détache pour construire un monde assez nouveau. Face au récit comme au graphisme, place à la découverte et au divertissement.  Les paysages sont beaux et détaillés ; il y a un côté majestueux que les auteurs ont voulu travailler (le trait est fin, les couleurs donnent une impression de luminosité). On pourra tiquer sur le côté trop « propret » des illustrations : pas un cheveu qui rebique, pas un vêtement élimé, des visages absolument symétriques… C’est la faiblesse de l’album car à première vue, ces personnages souriants et parfaitement parfaits manquent de reliefs et de profondeur. Il est nécessaire de s’appuyer sur les dialogues pour comprendre qu’il y a une pointe d’hypocrisie ou de sarcasme dans la scène qui se déroule. Pour faire simple : c’est fade et le fait que les couleurs soient légèrement estompées renforce cette impression… L’album aurait mérité que l’ambiance soit plus élaborée, plus oppressante sur certains passages mais la palette de couleurs ne varie pratiquement pas, peu de jeux d’ombre et de lumière. Dommage.

Ce n’est pas le cas du scénario qui rythme bien les temps du récit. L’intrigue est présentée en quelques pages, de façon claire et succincte ce qui laisse tout le loisir de profiter de sa lecture sans buter sur des incompréhensions. Le lecteur (et d’autant plus quand il est jeune) accroche vite, profite de rebondissements inattendus sans être farfelus. Tout se tient. En prime, le récit se structure autour d’une très belle amitié et fait réfléchir sur la question des décisions importantes que l’on doit prendre ; la manière dont chacun fixe ses priorités influencera son choix final. Un questionnement intéressant que l’enfant s’approprie totalement.

PictoOKUn bon premier tome qui donne envie de connaître la suite. Les enfants devraient bien aimer.

Kami

Tome 1 : Omegama

Série en cours

Editeur : Jungle

Dessinateurs / Scénaristes : Juliette FOURNIER & Jean-Gaël DESCHARD

Dépôt légal : août 2016

54 pages, 12 euros, ISBN : 978-2-822-21518-3

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Kami, tome 1 – Deschard & Fournier © Jungle – 2016

La Ligue des Voleurs (Mazaurette & Dagda)

Mazaurette – Dagda © Jungle - 2016
Mazaurette – Dagda © Jungle – 2016

Douze enfants d’une dizaine d’années, filles et garçons, entre cette année à l’école de la Ligue des voleurs. Au programme, cours de tir, d’infiltration, étude de la cryptographie pour devenir le meilleur braqueur de la promotion ». Pour Clémence, l’école devrait être une formalité. Fille de voleurs, l’art de la rapine fait partie de sa vie et des sujets de conversation depuis qu’elle est toute petite. Comme tous les membres de la Guilde des voleurs, ses parents ont donc inscrit leur enfant à l’école de la Ligue. L’avenir de la jeune fille est tout tracé : elle sera un bandit, comme ses parents. Sauf que Clémence a d’autres rêves, comme celui d’apprendre la géographie, la grammaire, la géopolitique ou la biologie dans une école « normale ».

Des non-dits, des cachotteries, des phrases qui ne sont pas finies et qui en disent longs… tout cela, ce sont les indices que Maïa Mazaurette jette dans les premières pages du scénario. La scénariste met la puce à l’oreille et laisse largement entendre que la situation ne plait pas à sa petite héroïne. En apparence, Clémence file droit, réussi brillamment à l’école, fait la fierté de ses parents. Mais l’enfant a d’autres projets malheureusement pour elle, elle n’a pas les moyens et encore moins la possibilité de les concrétiser. L’auteur imagine un monde bourré de codes de conduite et de secrets. Elle invente un monde secret, une guilde de voleurs qui vit dans la cité. En apparence, tout est normal. Le petit pavillon de banlieue est cosy, la voiture familiale est bien entretenue, les enfants vont à l’école… Le commun des mortels ignore tout de leur activité délictueuse. Mais à l’intérieur du clan, les codes assurent aux membres que le secret est bien gardé. La guilde a ses écoles, ses propres canaux d’informations. Il est impossible d’y entrer, impossible d’en sortir. Il n’est pas autorisé de fréquenter les « gens normaux », encore moins de les inviter chez soi… il y a un petit côté « Harry Potter » là-dedans, Poudlard est remplacé par la Ligue, la magie par le cambriolage.

Une fois qu’on est dans l’état d’esprit adéquat, les dialogues ne sont plus si surréalistes. Un « Je peux prendre 4000 euros, maman ? » est une question tout à fait normale quand on est l’enfant d’un couple de grands bandits. Maïa Mazaurette montre pourtant que les questions sont les mêmes : comment satisfaire les exigences parentales quand celles-ci ne correspondent pas à vos valeurs ? Comment respecter les règles quand celles-ci ne correspondent pas à notre éthique ?

Un album jeunesse au sujet épineux. Ce pourrait être tendancieux mais le personnage de la fillette ne manque jamais de questionner l’ordre établit par cette société secrète et cela semble suffire au jeune lecteur pour relativiser les choses. Le seul bémol est qu’il n’y a qu’un seul personnage pour critiquer le bien-fondé de cette guilde de voleurs et sentir un malaise face au caractère immoral de leurs agissements. Quoi qu’il en soit, cet ouvrage est à mettre entre les mains d’un jeune lecteur capable de prendre les choses au second degré…

Côté graphique, rien à redire. Les dessins de Céline Liégeois (aka « Dagda ») sont très lisibles et ludiques. Les couleurs chaleureuses sont un peu car elles contribuent à rendre cet univers convivial et attrayant. Après, c’est un travail graphique réalisé à l’ordinateur, avec un rendu tout rond et des contours bien lisses mais vu que ça plait au jeune lecteur, on ne va pas pinailler même si avec une telle illustration en couverture, je m’attendais à un dessin plus fin, plus travaillé, plus… sensationnel. Petite déception à ce niveau.

PictoOKSympathique à lire pour autant, amis lecteurs, j’aimerais avoir vos avis sur ce titre qui me questionne un peu. Je trouve le postulat de départ intéressant car il provoque un peu son lectorat sur les questions de morale. Il me semble aussi que le personnage principal remplit tout à fait son rôle de guide et invite à réfléchir. Et puis il y a ce petit je-ne-sais-quoi dans le scénario que je trouve un peu sournois. Quoi qu’il en soit, cette lecture a le mérite de questionner… et de susciter des échanges d’autant que la fin ouverte est propice à toutes sortes de suppositions ! Vivement la suite !

On a aimé mais ça nous interpelle. Vos avis éclairés sont les bienvenus.

La Ligue des Voleurs

Tome 1

Série en cours

Editeur : Jungle

Dessinateur : DAGDA

Scénariste : Maïa MAZAURETTE

Dépôt légal : mars 2016

48 pages, 12 euros, ISBN : 978-2-822-21244-1

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La ligue des voleurs, tome 1 – Mazaurette – Dagda © Jungle – 2016