SuperS, tome 3 (Maupomé & Dawid)

Maupomé – Dawid © La Gouttière – 2017

Les policiers continuent de piétiner dans leur enquête. Mais qui sont donc ces trois supers-héros qui viennent au secours de la veuve et de l’orphelin. D’autant que ces mystérieux alliés leurs ont livré, sur un plateau, un pyromane qui sévissait depuis quelques temps dans la ville. Sauf que lors de son interrogatoire, le pyromane a donné de précieux renseignements sur le profil de des trois super-héros qui l’ont pris la main dans le sac : il s’agit d’enfants.
Autour de Benji, Lili et Mat, l’étau se resserre. Vont-ils parvenir à garder l’anonymat ? Et l’enquête de l’assistante sociale ne va-t-elle pas conduire au fait qu’ils vont être placés ? Y a-t-il une autre solution qu la fuite ?
Dans leur cavale, ils vont pourtant trouver des alliés inattendus.

L’année 2015 était pour nous l’occasion de découvrir le premier tome de la série Supers. L’intrigue principale s’intéresse à trois enfants orphelins puis, en tournant les pages, on apprend qu’ils sont nés sur une autre planète. Un peu comme Superman, leurs parents les ont mis à l’abri sur notre planète et ils ont des super-pouvoirs ; ils peuvent voler, hypnotiser, porter des charges très lourdes… C’est leur secret et il est parfois lourd à porter. La journée, ils vont à l’école comme les autres enfants. Une fois chez eux, c’est Mat, le grand frère âgé de 13 ans, qui s’assure que les devoirs sont faits et que personne ne se couche trop tard. Mat veille au grain et est secondé par Al. Ce dernier est une nounou un peu particulière puisque c’est un robot qui les aide à grandir, à s’organiser, à entretenir la maison…

Le scénario imaginé par Frédéric Maupomé se construit donc autour de ces trois orphelins. Chaque tome nous permet de rentrer un peu plus dans le vif du sujet et de prendre conscience, en douceur, du fait que ce n’est pas toujours simple de vivre sans adulte. Bien sûr, pour l’enfant qui lit la série, il y a quelque chose de fascinant dans le postulat de départ. Il voit des enfants complètement autonomes. Leur situation a quelque chose de fantaisiste, de bricolé, un peu comme ces raviolis qui composent l’essentiel de leur alimentation.

Ces enfants imaginaires ont aussi beaucoup de point commun avec leurs lecteurs. Pour bien grandir et s’intégrer, ils font exactement la même chose : ils vont à l’école et font leurs devoirs, ils se couchent tôt, ils doivent respecter des règles, ils ont des amis. Petite touche de réalité supplémentaire : les relations entre les trois enfants sont plutôt bonnes malgré quelques désaccords ponctuels… des rivalités et des petites tensions qu’on retrouve dans toutes les fratries. Bien sûr, ce qui nous en met plein les yeux est à n’en pas douter le fait que les trois héros aient des pouvoirs surnaturels. De fait, on baigne entre un quotidien qui nous est familier et le monde des supers-héros où des gens seraient capables de voler ! Et c’est encore plus fascinant quand les super-pouvoirs sont utilisés pour faire le bien !

Tout est sans cesse sur un fil dans le scénario et cela donne l’impression que cette histoire est une aventure permanente, où chaque jour passé est une petite victoire en soi. Le jour, Mat (l’aîné) s’assure que le secret est bien gardé et la nuit, il prend la tête des opérations quand les enfants partent détrousser les délinquants, voleurs et autres tordus qui peuvent circuler en liberté.

Depuis le début, la série nous emmène dans son rythme d’autant que les illustrations de Dawid sont un petit voyage à elles seules. Des couleurs chaudes qu’il utilise pour certaines scènes aux teintes plus sombres qui nous font ressentir le froid mordant des nuits d’hiver, on est aux premières loges à chaque instant. Le dessin vit, les personnages s’animent sous nos yeux. Dans cet univers hyper réaliste, on se met à croire à quelque chose d’incroyable.

Un régal. A ce stade de la série, ce tome est plus posé et plus sombre que les autres. C’est aussi mon préféré. On est entré au cœur de cette famille atypique et passé le côté fascinant que peut avoir leur vie, on rentre dans le vif du sujet et on se rend compte que tout n’est pas si simple qu’il n’y paraît. J’aime beaucoup les questions soulevées par cette histoire.

Ma chronique du tome 1 et celle du tome 2.

SuperS

Tome 3 : Home Sweet Home
Série en cours
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : DAWID
Scénariste : Frédéric MAUPOME
Dépôt légal : août 2017
112 pages, 18 euros, ISBN : 979-10-92111-53-8

Bulles bulles bulles…

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SuperS, tome 3 – Maupomé – Dawid © La Gouttière – 2017

Philippine Lomar, tome 2 (Zay & Blondin)

Zay – Blondin © Editions de la Gouttière – 2017

Philippine est une adolescente de 13 ans qui vit seule avec sa mère sourde et muette. Toutes deux ont une belle relation complice. A la maison, Philippe est une jeune fille posée qui fait tout pour ne pas inquiéter sa mère… mais son côté espiègle la trahit plus qu’elle ne le croit.
En dehors du cocon familial, c’est une autre histoire. La collégienne a une vie bien remplie. Après les cours, elle va à ses entraînements de boxe et quand elle ne boxe pas, elle enquête. Son portable peut sonner à n’importe quel moment de la journée, elle répond, enregistre les premières informations et commence déjà à dégager quelques pistes pour ses investigations.

Pourquoi ai-je décidé de me lancer là-dedans ? Tout d’abord parce que les privés sont rarement des femmes. Ensuite parce que les détectives ne sont jamais des ados. Et surtout, parce que tout le monde m’a vivement déconseillé de le faire, mais comme je suis plus têtue qu’un têtard tentant de tenir tête à une tortue tenace, je suis donc devenue détective privée, voilà !

Ce jour-là, Philippine est contactée par la sœur d’une victime qui lui relate des faits pour le moins troublants. En gros, Philippine va devoir comprendre pourquoi un jeune caïd de cité flirte avec une adolescente grosse et boutonneuse ! Et pourquoi cette dernière est-elle devenue suicidaire depuis qu’elle vit cette idylle ?

Nous avions fait la connaissance de Philippine Lomar il y a un an alors qu’elle menait une enquête visant à faire tomber des racketteurs (voir chronique du premier tome).

On retrouve l’univers plein d’entrain de l’adolescente, le ton ironique de ses répliques, son sens de l’humour et sa faculté à relativiser la moindre difficulté. L’héroïne de Dominique Zay n’a pas froid aux yeux face au danger et fait preuve d’un sang-froid aussi impressionnant que crédible. Tout se tient dans la personnalité de la jeune enquêtrice et le lecteur lui emboîte le pas sans sourciller. Philippine est une jeune fille épanouie qui peut compter sur un bon réseau amical afin de démêler les nœuds de ses enquêtes. Malgré son jeune âge, Philippine trouve toujours des ressources dans son réseau amical pour lui donner un coup de main, lui donner une information qu’elle saura utiliser, la véhiculer, etc. Voilà le portrait d’une adolescente épanouie et résolue à faire reculer la délinquance.

Le dessin de Greg Blondin est au moins aussi entraînant que le personnage principal. Le trait rond et généreux ne s’encombre d’aucun détail superflu. Une expression, un geste, le dessinateur va à l’essentiel de manière aussi directe que Philippine lorsqu’elle a une réflexion à faire. Le dessin simplifie l’intrigue, la complète visuellement et s’occupe de transmettre tout ce qui relève des émotions, permettant ainsi au scénario de se concentrer sur l’intrigue et de faire fuser les répliques à un rythme assez soutenu (pour un univers jeunesse).

Beaucoup de franchise et de l’envie d’aller de l’avant, de faire tomber barrière, préjugés et complexes, voilà les leçons de vie que l’on peut aussi retenir de cette série jeunesse. Un très bon deuxième tome et un univers qui plait beaucoup aux jeunes lecteurs, filles ou garçons.

Philippine Lomar

Tome 2
Série en cours
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : Greg BLONDIN
Scénariste : Dominique ZAY
Dépôt légal : juin 2017
48 pages, 12,70 euros, ISBN : 979-10-92111-51-4

Bulles bulles bulles…

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Philippine Lomar, tome 2 – Zay – Blondin © Editions de la Gouttière – 2017

Sixtine #3

Après moult péripéties, il était grand temps de vous parler de nouveau de Sixtine !

Je ne vous ai rien dit la concernant depuis bien trop longtemps et l’heure est venue de vous donner de ses nouvelles. Dans mon dernier article, vous aviez eu l’occasion de découvrir les grandes lignes de l’univers. Je vous avais alors proposé de consacrer un article à Sixtine afin que vous puissiez faire la connaissance de l’héroïne de la série. On va donc profiter de cet article pour entrer un peu plus loin dans les coulisses de ce projet et parler du travail de collaboration entre Frédéric Maupomé et Aude Soleilhac.

Comment ce personnage a évolué dans les différents travaux, trouvé sa silhouette, une gestuelle qui lui est propre ? Comment ses traits de caractères se sont peu à peu imposés aux auteurs, comme une évidence ? Comment « Sixtine » a trouvé son rythme, le ton adéquat pour le récit… un crédo en quelque sorte qui rend l’univers original ?

Place au travail de création.

L’idée de cette série a germé dans l’esprit de Frédéric Maupomé après avoir vu une série de dessins réalisés par Cécile (je vous invite réellement à vous rafraîchir la mémoire en relisant l’article Sixtine #2), les éléments qui ont par la suite enrichit l’univers viennent d’autres référence. Il y eu cette envie de créer un personnage qui soit un mélange de Sophie et de Fido (fans de la série « Inspecteur Gadget », j’en appelle à vos souvenirs) ? Alors oui, Sixtine avait une personnalité qui se dessinait déjà lorsque le projet – entièrement écrit en dialogues – arrive sur la table à dessin d’Aude Soleilhac. En revanche, Frédéric n’a rien dit à Aude – excepté pour Sophie (l’amie de Sixtine) pour laquelle la consigne était que le personnage devait obligatoirement être une jeune fille caribéenne (élément qui devrait servir dans les tomes à venir) – concernant le physique des personnages. La dessinatrice a ainsi eu tout loisir d’inventer et de les construire en fonction de son propre ressenti.

Sixtine – Maupomé – Soleilhac © La Gouttière – 2017

Si la trame de l’histoire narrative était déjà construite, il restait cependant à trouver le bon compromis graphique pour installer certaines précisions (émotions ressenties par les personnages, trouver les bonnes expressions pour que, d’un coup d’œil, le lecteur comprenne qu’il est face à une scène comique ou qu’au contraire, il est à un moment crucial de l’histoire et que la suite de l’aventure va dépendre du dénouement d’une scène ou d’un choix fait par tel ou tel protagoniste…).

Sixtine est donc « née » une première fois dans l’imagination du scénariste et ses traits de caractères se sont précisés lorsqu’il a couché par écrit les premiers dialogues de cette fiction. L’illustratrice peut ensuite corroborer certaines orientations. En ayant une liberté de création totale, Aude Soleilhac a ainsi apporté les compléments nécessaires au travail du scénariste. De la silhouette de Sixtine à l’ambiance de cet univers en passant aussi par un choix d’appliquer telle ou telle structuration à ses planches, elle a eu une influence importance sur la dynamique de cette histoire, sur la vitesse de lecture qu’on va choisir, sur le moment où – inconsciemment – on va s’attendrir face à la réaction d’un personnage où sur le moment précis où on va sourire ou encore être en alerte face à un danger imminent. Son dessin, ses couleurs et la taille de ses vignettes sont nos antennes.

Sixtine – Maupomé – Soleilhac © La Gouttière – 2017

Sixtine va donc « naître » une seconde fois sous le crayon de l’illustratrice. Il s’agit pour elle d’organiser des idées, d’attraper son ressenti, de préciser une forme puis, crayon en main, d’assembler ces éléments et d’en faire un univers graphique cohérent. Frédéric en construit l’ossature et donne les premiers repères. Aude le complète, l’enrichit et y apporte des détails nouveaux qui lui donneront de la rondeur.

« (…) pour chacun des personnages, je suis allée puisée dans mes expériences d’adolescence, le côté geek de Martin, le côté bonne élève sérieuse de Sophie, ses rondeurs nouvelles dues à l’adolescence, et le côté androgyne de Sixtine, en dehors des cases de la société »

(propos d’Aude Soleilhac)

Créer un personnage, l’investir à tour de rôle, ne jamais cesser de l’enrichir et surtout, confronter des regards sur un univers et ses personnages… voilà autant d’atouts qui vont permettre aux auteurs de s’appuyer sur une réelle interaction, un échange régulier entre scénariste et dessinateur qui permet de construite progressivement un univers dans lequel le lecteur trouvera sa place. Une place qu’il aura envie de retrouver plus tard lors de la sortie des albums à venir.

Lorsque le scénario a commencé à prendre forme, Sixtine était avant tout définie par des traits de caractère : déterminée, franche, futée, casse-cou, cancre et sportive. Un personnage qui est entier, qui s’appuie sur de rares amitiés mais des amitiés réelles, fortes. Lorsque Aude s’en saisit et commence à explorer cet univers, premiers croquis, la silhouette de Sixtine apparaît, son look vestimentaire se précise, sa gestuelle s’affirme progressivement. Sixtine ressemble un peu à Vincent (« Histoire de poireaux, de vélos, d’amour et autres phénomènes… ») sur certains traits de caractères. Aude poursuit : élancée, l’adolescente sera aussi androgyne, « passe-partout » avec son look vestimentaire en dehors des canons de la mode.

Sixtine – Maupomé – Soleilhac © La Gouttière – 2017

Sixtine a donc été investie à deux reprises par deux auteurs qui tous l’ont perçue de manière aussi différente que complémentaire. C’est un univers qui leur échappe donc en partie puisque tout au long de ce travail de création, les échanges ont permis de préciser un point de vue ou l’importance d’un détail (tic d’expression, attitude corporelle, sens de la répartie…). Le résultat les surprend tous les deux, comme un univers où ils ont injecté une part d’eux-mêmes mais qui est indépendant. Il y a aussi cette envie commune aux deux auteurs de partager des valeurs communes (un certain regard sur la société). Le sujet de la tolérance et celui du respect de la différence seront présents en toile de fond dans cet univers.

Une complémentarité réelle dans le travail dont sort des personnages avec une âme, un charisme.

Le prochain article sera l’occasion de vous montrer les différentes étapes du processus de création de cet album à paraître (septembre 2017).

Pour aller plus loin :

Lili Crochette et Monsieur Mouche, tome 1 (Chamblain & Supiot)

Chamblain – Supiot © Editions de la Gouttière – 2017

Des couleurs qui nous sautent aux yeux. Chaleureuses. Lumineuses. Un paysage à perdre de vue. Et ce prénom qui se présente à nous : « Elizabeth ». Voilà la première planche de l’album, plus qu’une invitation à la lecture… une invitation au voyage. On arrive sur cette petite île, on va accoster sur le ponton sinueux y amarrer notre barque et courir à en perdre haleine vers l’endroit d’où provenait cette voix qui appelle. Non loin, un vaisseau trois mats du XVIIIème est lui aussi amarré. L’appel du large déjà très présent, une envie d’étancher cette soif d’aventure nous saisit.
Elizabeth. Fille du gouverneur qui tente par tous les moyens d’égayer le quotidien morose de la grande demeure dans laquelle elle vit. Seule enfant, elle passe ses journées sous la surveillance d’une nurse à qui elle en fait voir de toutes les couleurs. Reine de l’évasion, Lili a plus d’un tour dans son sac et toujours mille idées qui lui passent par la tête. Un jour, alors qu’elle est punie et consignée dans sa chambre, elle fugue par la fenêtre et court rejoindre Mouche, son ami colibri. La première chose qu’ils s’empressent de faire, c’est de revêtir leurs costumes de pirates. Ils deviennent ainsi les inséparables Lili Crochette et Monsieur Mouche. C’est le début d’une aventure où la fillette va rencontrer de vrais pirates.

Petite fille espiègle qui n’a pas froid aux yeux et qui n’a pas la langue dans sa poche. Elle porte l’histoire avec entrain et embarque pour une épopée pleine de rebondissements. Les couleurs renforcent le côté ludique de du récit et même si Lili se retrouve en de fâcheuses postures, Joris Chamblain la sort avec humour et sans aucune difficulté des pétrins dans lesquels elle se met et s’extrait avec aisance. Rien à voir avec sa précédente série « Enola » qui pourtant fait la part belle à l’imaginaire… Ici, je n’ai pas mâché mon plaisir à découvrir cette fillette vive, inventive, maline et spontanée.

Les dessins d’Olivier Supiot (« Le cheval qui ne voulait plus être une œuvre d’art« , « Pieter et le Lokken« , « Tatoo« ,…) ont plein de pep’s et le petit lecteur peut facilement faire abstraction des phylactères s’il le souhaite, ça ne le privera pas de profiter de cette épopée amusante. Les couleurs sont toniques et les expressions des personnages ne laissent planer aucun doute sur l’état d’esprit dans lequel ils sont.

Une petite série jeunesse craquante que je vous invite à faire découvrir à vos charmantes têtes blondes.

Indication de l’éditeur : à partir de 5 ans.

Lili Crochette et Monsieur Mouche

Tome 1 : Le Fléau du bord de l’eau
Série en cours
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : Olivier SUPIOT
Scénariste : Joris CHAMBLAIN
Dépôt légal : mars 2017
32 pages, 10,70 euros, ISBN : 979-10-92111-49-1

Bulles bulles bulles…

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Lili Crochette et Monsieur Mouche, tome 1 – Chamblain – Supiot © Editions de la Gouttière – 2017

Père et Fils (Ulf K. & Lizano)

Père et fils – Ulf K. – Lizano © La Gouttière – 2017
Père et fils – Lizano – Ulf K. © La Gouttière – 2017

« Une promenade au parc. Une partie de pêche. Un jeu de société. Avec un brin de magie et de complicité, il suffit d’un rien pour transformer le quotidien d’un père et son fils !
« Père et Fils », une bande dessinée muette, entre humour et tendresse, dans laquelle on suit les jeux et les instants de vie d’un père et son fils. Chaque planche propose une aventure, une saynète qui donne le sourire ! Cet ouvrage est un hommage au travail de Erich Ohser, qui a créé la série jeunesse allemande « Vater und Sohn » dans les années 30, une façon de revisiter cette série en l’ancrant dans notre monde contemporain. » (présentation de l’univers sur le site de l’éditeur).

Un album jeunesse dans lequel on est entré à pas feutrés. Sur la première de couverture, un dessin rond, net, mettant en avant des personnages joviaux, visiblement complices. Un père et son fils pris dans leur histoire imaginaire. Des rêveurs lunaires qui sont capable de faire abstraction du monde qui les entoure.

Les couleurs sont peu engageantes et cette couverture, je la trouve même assez austère. Il y a quelque chose de moderne dans le dessin de Ulf K. mais le cachet bleu-blanc-rouge-noir dénote. A l’intérieur de l’album, l’ambiance graphique me parle aussi peu. Le bleu nuit a disparu, laissant toute la place à une atmosphère piquante, tonique… peut-être un peu trop. Les saynètes racontent des petites tranches de vie dont on peut facilement en comprendre la morale.

Marc Lizano extrait la substance de ces instants qui font souvent écho avec notre propre expérience. Au scénario de cet album, Marc Lizano revisite l’univers créé par son compatriote Erich Ohser il y a près de 80 ans. Marc Lizano met les historiettes au gout du jour en y intégrant notamment télévision et console de jeux. Il montre de manière amusée les contradictions d’un père qui élève seul son fils. Les rôles sont inversés ou du moins, pas distribués de façon très tranchée. L’enfant se montre souvent plus mature et réfléchi que son père. Ce dernier, un brin colérique, mauvais perdant et un tantinet de mauvaise foi, nous touche tant il est spontané. L’homme laisse libre court à toute une part d’enfance qui est encore très vivace. Une figure parentale qui toutefois donne un cadre éducatif à son garçon, lui transmet ses valeurs et une certaine conception de la vie sans l’empêcher de faire ses propres expériences.

Un univers plein de tendresse qui fait la part belle à l’amour réciproque d’un père et de son fils. Un humour absurde, dommage que certains gags soient tout de même un peu hermétiques. Un petit côté poétique se dégage de ces scènes. Agréable moment de lecture. Je reste un peu sur ma faim mais mes petits lecteurs ont réellement savouré cet album.

La chronique de Sabine.

Père et Fils

– Vater und Sohn – Les Saisons –
One Shot
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : Ulf K.
Scénariste : Marc LIZANO
Dépôt légal : février 2017
64 pages, 13,70 euros, ISBN : 979-10-92111-48-4

Bulles bulles bulles…

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Père et Fils – Lizano – Ulf K. © La Gouttière – 2017

La Pension Moreau, tome 1 (Broyart & Lizano)

Broyart – Lizano © Editions de la Gouttière – 2017
Broyart – Lizano © Editions de la Gouttière – 2017

Emile a fugué plusieurs fois de chez lui et est mutique. Pour ces raisons, ses parents jettent l’épongent et décident de le confier à la pension Moreau.

En payant une somme faramineuse, ce richissime couple fait totalement confiance à cette institution pour remettre leur fils dans le droit chemin et l’éduquer. Derrière les murs épais de cet internat pour gosses de riches, Emile fait la connaissance de Victor, de Jeanne et de Paul. Il comprend vite que les conditions de vie sont austères. En dehors des quelques heures de cours hebdomadaires, les enfants sont corvéables à souhait. S’occuper du jardin, faire les lessives, rénover les pièces de la bâtisse… il n’y a là aucune place pour le plaisir. Les quatre membres de l’équipe éducative sont rigides, autoritaires et ne communiquent que pour rabrouer, donner des ordres, des coups et des punitions.

Vous connaissez les règles de notre pension. Vous nous confiez votre enfant définitivement. A charge pour nous de lui apprendre à vivre et de le replacer dans le droit chemin

Quel univers sombre pour un album jeunesse ! Benoît Broyart propose à ses jeunes lecteurs de faire une chute vertigineuse, aux antipodes de ce qu’ils peuvent lire habituellement. Il est effectivement assez rare d’aborder le sujet des violences et maltraitances dont les enfants peuvent être victimes. Il imagine, dans un huis-clos isolé, loin de toute ville, où pas même une oreille pourrait entendre un appel à l’aide… Et comble de tout, alors que tous les protagonistes sont des humains, les membres de cet internat ont une apparence animale. Le directeur est un hibou, le professeur un renard, celui qui s’occupe des activités physiques est un phacochère et le dernier, un raton laveur semble-t-il, n’a pas une fonction très claire.

Sur le site de l’éditeur, la fiche de présentation de l’album explique que le scénariste s’est inspiré d’un fait réel de 1934. Il y est question d’un bagne pour enfants et Jacques Prévert, en apprenant cela et même plus puisque les enfants se sont révoltés et certains sont parvenus à s’enfuir… mais une récompense pécuniaire fut offerte à chaque personne qui ramènerait un enfant dans cet enfer. Prévert laisse éclater sa colère dans un poème qu’il intitule « Chasse à l’enfant » et on peut en lire un court extrait dans « La Pension Moreau » puisque la première page met en scène le directeur-hibou, debout devant la fenêtre de son bureau, rêvassant à l’écoute d’une lecture de son poème.

« Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Qu’est-ce que c’est que ces hurlements
Bandit ! Voyou ! Voyou ! Chenapan !
C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant
Il avait dit j’en ai assez de la maison de redressement
Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l’avaient laissé étendu sur le ciment »

(le texte dans son intégralité sur le site de Marc Lizano)

Pourtant, même si la réalité décrite dans cet album jeunesse est bien sombre, force est de constater que la lecture est d’une fluidité réelle. Les enfants pris dans ce cauchemar ont la force de caractère qui leur permet de supporter cette cruauté. De fait, le scénario s’appuie sur leur révolte silencieuse et reprend son souffle à chaque fois que l’un deux ose une pique à l’encontre d’un de leur geôlier. Les couleurs de Marc Lizano apportent un peu de chaleur et les tignasses rousses de deux des enfants sont des teintes qui ressortent, et que l’on cherche des yeux, dans ces gris, marrons et bleu marine.

PictoOKMalgré le sujet, les auteurs parviennent à faire en sorte qu’on les suive malgré les réticences. Ils nous interrogent, ils dénoncent la violence faite chaque jour à des enfants. La situation existe depuis l’aube des temps… espérons en cette chimère qu’un jour elle n’existera plus.

J’attends la suite avec impatience.

La Pension Moreau

Tome 1 : Les Enfants Terribles
Trilogie en cours
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : Marc LIZANO
Scénariste : Benoît BROYART
Dépôt légal : février 2017
48 pages, 14 euros, ISBN : 978-10-92111-08-8

Bulles bulles bulles…

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La Pension Moreau, tome 1 – Broyart – Lizano © Editions de la Gouttière – 2017

Supers, tome 2 (Maupomé & Dawid)

Maupomé – Dawid © Editions de La Gouttière – 2016
Maupomé – Dawid © Editions de La Gouttière – 2016

A la fin du premier tome de « Supers », nous avions laissé la jeune fratrie en bonne posture. L’installation dans leur nouvelle maison était en bonne voie, les années scolaires de chacun des trois enfants plutôt bien engagée si ce n’est pour Mat, l’aîné, un peu inquiet de toutes ces responsabilités qui lui incombent. D’autant que Lili, sa cadette, ne lui facilite pas la tâche en faisant la forte tête à l’école. Quant au benjamin, Benji, il s’agit de faire face aux questions qu’il peut avoir concernant leurs parents et de l’aider à trouver des repères suffisamment solides pour qu’il puisse s’épanouir sur cette nouvelle planète… la Terre.

Pas évident, d’autant qu’un pyromane sévit dans leur ville. La fratrie, dotée de supers-pouvoirs, décide de venir en aide à la population.

Frédéric Maupomé imagine un scénario improbable où une fratrie d’enfants serait livrée à elle-même… ou presque. Ayant été contraint de fuir leur planète natale, ils se retrouvent parachutés sur Terre. En guise de tuteur, un robot-nurse s’active à la maison 24 heures sur 24, gère l’intendance de la maison et fait office de fonction parentale. On adhère au postulat de départ même s’il interpelle ; ce n’est pas commun de devoir grandir loin de ses parents. L’histoire suit le quotidien de ces trois enfants hors du commun puisqu’ils sont dotés de pouvoirs : ils volent, on une force surhumaine, peuvent modifier leur apparence… et il n’est pas dit que les tomes à venir ne nous réservent pas d’autres surprises. Pour rythmer le récit, une alternance entre les temps scolaires et les interventions nocturnes destinées à rétablir l’ordre. En effet, ils vont mettre leur super-pouvoirs au service du bien en luttant contre la criminalité. C’est bien vu et cela donne une autre vision du super-héros qui bafouille, n’arrive pas à ses fins dès le premier essai, se pose des questions sur le modus-operandi est excité à l’idée d’agir, s’amuse ou a peur. Le cheminement des personnages est parfaitement accessible à aux jeunes lecteurs qui se laissent prendre par l’histoire. Les personnages sont sympathiques et le travail d’illustration de Dawid tend à créer un univers accueillant et chaleureux. Le dessin est agréable et bourré de détails et les couleurs chaudes rehaussent l’ensemble.

PictoOKOn attend le troisième tome…

Supers

Tome 2 : Héros

Série en cours

Editeur : Editions de la Gouttière

Dessinateur : DAWID

Scénariste : Frédéric MAUPOME

Dépôt légal : août 2016

112 pages, 18 euros, ISBN : 979-10-92111-38-5

Bulles bulles bulles…

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Supers, tome 2 – Maupomé – Dawid © Editions de La Gouttière – 2016