Azadah (Goldstyn)

Goldstyn © La Pastèque – 2016
Goldstyn © La Pastèque – 2016

Azadah est une fillette afghane.

La vie a mis sur son chemin Anja, une journaliste occidentale avec qui elle s’est beaucoup attachée. Et les sentiments sont réciproques. Mais le reportage d’Anja est terminé et elle doit repartir. Affectée à l’idée de ne plus revoir son amie, Azadah tente de la retenir.

Un album jeunesse pour parler de la guerre et du quotidien de millions de gens, d’enfants. Azadah voit son avenir tout tracé, l’impossibilité d’aller à l’école puisque celle-ci a été détruite,

Et puis ce décor. Les animaux faméliques qui font les poubelles, les femmes en burqa qui vendent des fruits, les hommes qui jouent aux échecs dans la rue avec une kalachnikov en bandoulière, la pauvreté…

Mais le dessin de Jacques Goldstyn est libre, lumineux. La fillette court si vite pour rejoindre son amie qu’on a l’impression qu’elle vole au-dessus du décor qu’elle traverse. La fillette est si pleine de rêves pour son avenir qu’elle nous transporte. Elle aspire à la liberté, à la culture, à l’éducation. Des ambitions d’une enfant de son âge qui bousculent son quotidien. Un joli coup de crayon, un coup de pinceau pour poser les couleurs à l’aquarelle, une enfant vive qui donne du pep’s à cette scène d’adieu entre deux amies que deux générations séparent. Une promesse de retour, l’espoir d’un avenir moins sombre…

PictoOKA faire lire aux enfants sans aucune modération.

Azadah

Album jeunesse
Editeur : La Pastèque
Dessinateur / Scénariste : Jacques GOLDSTYN
Dépôt légal : octobre 2016
56 pages, 15 euros, ISBN : 978-2-923-841-96-0

Bulles bulles bulles…

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Azadah – Goldstyn © La Pastèque – 2016

Rapide Blanc (Blanchet)

Blanchet © La Pastèque – 2006
Blanchet © La Pastèque – 2006

Rapide-Blanc, c’est un village qui fut construit au début des années 1930. L’idée est venue suite au projet de construction du barrage hydroélectrique du même nom. La Shawinigan Water and Power, qui finançait la construction du barrage, a jugé nécessaire que les employés de la centrale et du barrage habitent à proximité des équipements. C’est ainsi que fut décidée la construction de ce village d’autant que ce Rapide-Blanc est un lieu totalement isolé, en pleine forêt et aucune route ne permettait de s’y rendre.

On avait construit une église, une petite station de ski, un magasin général…, bref, c’était un véritable village en miniature.

C’est par train que l’on pouvait se rendre à Rapide-Blanc, la ligne ferroviaire fut construite elle aussi à cette occasion. D’une centaine d’habitants en 1934, il comptait environ 240 habitants au moment de sa déconstruction. Car en 1971, lorsque les progrès technologiques ont permis d’automatiser la centrale de Rapide-Blanc, il ne fut plus nécessaire que les ouvriers de l’entreprise habitent à proximité. L’entreprise affecta donc ses employés sur d’autres postes. Et tous ces habitants qui avaient construit leur vie à cet endroit furent convier à reconstruire leur vie ailleurs…

Dans les années soixante-dix avec l’arrivée de l’automatisation, le village a été démantelé. Aujourd’hui, il n’y reste que sept ou huit maisons en brique. Un village fantôme, comme on en trouve des dizaines sur le bord des rivières du Nord québécois.

S’inspirant d’une histoire réelle, Pascal Blanchet nous raconte la courte vie de Rapide-Blanc, un petit village d’une province située au nord de Montréal. A l’instar du « Noël de Marguerite », « Rapide-blanc » n’est pas une bande dessinée à proprement parler mais plutôt un album illustré. Vu la qualité, je suis certaine que vous ne m’en tiendrez pas rigueur. Guidé par une poignée de couleurs, le lecteur s’échappe dans cet album laconique où les mots se glissent comme dans un chuchotement.

« Montréal. Ce soir-là, on allait prendre des décisions ».

Un récit qui se développe de façon tout à fait originale, nous invitant à nous appuyer sur la couleur et les lignes qui brisent les planches et créent des contrastes visuels absolument fascinants.

Marron – Blanc

Il neige à gros flocons dans la ville silencieuse. Dehors, la vie s’endort peu à peu. Les badauds rentrent chez eux pour se glisser au chaud. Dans un building, alors que tous les employés ont quitté leurs bureaux, le gardien fait sa ronde silencieuse. Au dernier étage, une réunion importante rassemble les membres du conseil d’administration.

Orange – Marron – Blanc

Une nouvelle couleur entre dans la danse. La veine graphique s’enrichit, se réchauffe. Nous – lecteurs – on est ressorti dans la rue, dans la nuit. Les façades marrons sont austères et contrastent avec la blancheur de milliers de flocons blancs qui dessinent des constellations dans le ciel. On est au pied d’un immense gratte-ciel, telle à une petite fourmi. Nos yeux suivent ces lignes droites qui fusent vers le ciel, fascinante architecture. Tout en haut, on devine une petite lueur au dernier étage. On monte le long de la façade, on monte irrémédiablement, croisant les flocons qui tombent lentement, et on se rapproche de la lueur. On s’arrête face à la baie vitrée du dernier étage. Les derniers rayons du soleil se brisent sur les vitres. A l’intérieur, un homme est debout devant la fenêtre. Il attend. L’air rogue. Son nez aquilin et ses yeux cernés lui donnent un air de rapace. Il est vieux, bedonnant. Son costume est parfaitement ajusté, la couleur de sa cravate est assortie à la pochette placée dans la poche extérieure de sa veste. Il regarde Montréal qui dort à ses pieds. Il domine. Derrière lui, les membres du conseil d’administration sont assis autour de la table de réunion.

Gris – Marron – Orange – Blanc.

On traverse la baie vitrée. Dans la salle de réunion, la tension est palpable. Les hommes débattent. La décision qui se profile est -elle en mesure d’ébranler l’avenir de cette société prospère ? Pascal Blanchet c’est emparé de cette histoire, il la cerne, prend le temps de l’installer, d’en suggérer toutes les ramifications (économiques, humaines, technologiques…). Il lance de grandes lignes sur les planches, pose son sujet, va à l’épure. L’ambiance graphique rythme le récit et aide à poser la voix-off. L’auteur joue avec les lignes droites, les angles et les courbes des silhouettes pour déplier lentement la chronologie des faits. L’atmosphère électrique est largement suggérée ; les ombres s’étirent le long des murs et accentuent les difformité des silhouettes.

Marron – Orange – Blanc – Gris.

La tension est palpable. Seule les lumières extérieures semblent éclairer la pièce immense.

Marron – Orange – Gris – Blanc.

Le verdict tombe. Le « Rapide-Blanc Power Plan ». Une nouvelle centrale hydroélectrique va être construite à un endroit stratégique.

« – Le seul moyen de s’y rendre, c’est par le train.
– Alors, comment va-t-on l’opérer cette centrale ?
– Faut construire un village où logeront les employés et leurs familles.
– Mais vous n’y pensez pas !? Les coûts mon cher, les coûts !
– C’est la seule façon.
– Y’a quoi dans les alentours ?
– RIEN. C’est perdu en plein bois.
– Mais comment faire accepter à des employés d’aller vivre là !? »

Gris – Beige – Marron – Orange.

Des appels sont lancés. Les spécialistes sollicités. Les architectes chargés de proposer un projet.

Gris – Beige – Marron – Orange.

Quelques mois plus tard, les ouvriers du bâtiment sont à l’œuvre.

Marron – Orange.

En 6 ans, un village sort du sol. Une gare. Un barrage. Une centrale…

… Rapide-Blanc est inauguré.

Orange – Beige – Gris.

Maintenant, la vie reprend ses droits. Les décisions ont influencé la vie de plusieurs familles. Ces dernières s’adaptent à leur nouveau cadre de vie. L’ambiance est plus légère. Les couleurs s’éclaircissent. Les lignes sont moins aguicheuses, elles se tordent, s’amusent. Le bal des camions et des cartons a lieu et très vite après les premières installations, le village s’anime. « Bonjour » « Bonsoir » pour saluer le voisin, les liens se tissent. La vie agite ce coin d’ordinaire si paisible. Les femmes sont coquettes. Les hommes ont remonté les manches de leurs chemises, les cols sont légèrement ouverts. Une impression de bien-être flotte.

Beige – Orange – Gris.

Les jupes évasées, les tailles de guêpes. Les vinyles. Soirées conviviales. Le dessin nous plonge dans les années 1950, les formes s’arrondissent davantage, le design vintage des meubles caractérise cette période. Les formes sont libres. Les temps de repos est mis à profit pour aller pêcher, chasser, jouer au curling en hiver, danser aux bals en été. Un lieu où il fait bon vivre.

PictoOKTrès belle tranche de vie qui nous pousse loin du documentaire. Pourtant, on est là dans le récit d’une histoire vraie. Incroyable cette prétention qu’ont les chefs d’entreprise d’agir comme si leurs employés étaient prêts à tout accepter… Et c’est bien ce qui se passe pourtant ! Des salariés qui vont travailler dans un endroit improbable et… quelques décennies plus tard, quittent malgré eux l’endroit où ils ont fait leur vie parce que ces mêmes têtes pensantes – celles-là même qui ont le pouvoir de décider où placer leurs intérêts économiques – décident qu’il n’y a plus besoin de main d’œuvre à Rapide-Blanc et attendent de tous qu’ils aillent travailler sur un nouveau site, avec la même docilité que lors de leur arrivée…

Un album à lire !

la-bd-de-la-semaine-150x150Un album que je partage avec les bulleurs des « BD de la semaine ». Nous nous sommes donné rendez-vous chez Moka cette semaine !

Rapide-Blanc

One shot
Editeur : La Pastèque
Dessinateur / Scénariste : Pascal BLANCHET
Dépôt légal : octobre 2006
156 pages, 22,20 euros, ISBN : 978-2-922585-43-3

Bulles bulles bulles…

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Rapide-Blanc – Blanchet © La Pastèque – 2006

Louis parmi les spectres (Britt & Arsenault)

Britt – Arsenault © Editions La Pastèque – 2016
Britt – Arsenault © Editions La Pastèque – 2016

Louis est un petit garçon pas comme les autres. Déjà, parce qu’il vit dans une famille pas tout à fait comme les autres. Son père est alcoolique et l’alcool le fait pleurer pendant des heures. La mère de Louis aussi est triste, mais pas pour les mêmes raisons que son père. Maintenant, elle a peur… d’un peu tout… des microbes, de la saleté, des inconnus, des retards… Enfin, son petit frère, que tout le monde appelle Truffe, est un inconditionnel fan de James Brown et met parfois une cape pour aller à l’école. Avant, la famille de Louis vivait à la campagne. Mais ils ont dû déménager pour s’installer en ville. La vie d’avant leur manque.

Quand on s’assoit sur le balcon arrière, on a une vie (imprenable ! dit ma mère) sur les autos, les camions, les klaxons, les bouchons et le béton. Un jardin automobile au-dessus duquel notre famille est perchée comme une famille d’oiseaux empoussiérés. Elle dit que c’est presque aussi beau que le jardin d’avant, celui de la campagne

Quand Louis était petit, il aimait pêcher des bouteilles dans la rivière. Il les attrapait avec un filet. Aujourd’hui, il ne peut plus le faire, sa mère le lui interdit. Elle lui interdit ça et d’autres choses encore, comme de faire un détour en rentrant de l’école. Il s’inquiète pour son père, pour sa mère mais pas trop pour Truffe. Mais ce qui embête le plus Louis, c’est de ne pas pouvoir dire à Billie qu’il l’aime.

Billie, c’est elle. Une sirène à lunettes, une tempête de pluie, une fontaine à chocolat, une reine muette. (…) Quand elle parle, tout s’illumine. Tout explose en grappes de miel et de feu. Billie ne fait pas des menaces, elle fait des promesses

Heureusement, Louis a son meilleur ami. Il s’appelle Boris. A lui, il peut tout dire.

Entre les crayons de papier ou de couleur, aquarelle, feutres, encre de Chine, graphite… Isabelle Arsenault crée une ambiance unique où le temps semble suspendu et suspend le lecteur aux illustrations comme au récit. Les teintes douces, légèrement délavées, nous font ressentir la quiétude jusqu’à ce que jaillisse, comme par effraction, une couleur primaire. Vive, chaude, stimulante, qui nous permet de ressentir l’émoi du narrateur. Une émotion due à l’inquiétude, au sentiment amoureux, à la peur. Les couleurs peuvent alors être chassées des pages, remplacées par des traines de gris, de noirs, un tourbillon de traits où l’on saisit le trouble du personnage, son incapacité à agir, à dire. Puis, la vague de tristesse passe, la boule au ventre se résorbe, et la couleur revient, ravivant notre gourmandise, nourrissant notre curiosité et nous poussant à tourner la page, loin, toujours plus loin dans la connaissance de cet univers, à la merci des confidences de l’enfant.

Louis parmi les spectres – Britt – Arsenault © Editions La Pastèque – 2016
Louis parmi les spectres – Britt – Arsenault © Editions La Pastèque – 2016

On a l’impression que les mots effleurent les pages, s’y posent avec la douceur d’une plume. A l’instar de « Jane, le renard et moi », le charme opère et cet album, fruit d’une nouvelle collaboration entre Fanny Britt et Isabelle Arsenault, nous fait oublier tout ce qui nous entoure… tout ce qui est extérieur à l’histoire racontée dans ce livre. Il y a chez ces enfants une forme de solitude qui les pousse à se faire violence, qui les poussent à dépasser la difficulté, obstinés à ne pas laisser la situation en l’état. Tandis qu’Hélène se réfugiait dans son monde intérieur, Louis lui s’appuie sur son meilleur ami. Tandis qu’Hélène tentait d’apprivoiser un renard, Louis recueille un jeune raton laveur. Il y a comme un air de famille entre ces deux enfants. Il y a quelque chose qui donne l’impression au lecteur d’être ici chez lui, de côtoyer un environnement familier. Le scénario mêle deux univers. En ce qui concerne le premier, l’enfant peut tout à fait en délimiter les contours : l’école, l’amitié, la présence de sentiments amoureux. L’autre en revanche est plus incertain, il fait appel à un ressenti qu’il connaît peu et qu’il n’ose pas questionner : l’alcoolisme de son père, les angoisses de sa mère, le couple parental qui part à la dérive. Fanny Britt en explore chaque recoin, aidé en cela par le talent graphique d’Isabelle Arsenault.

PictoOKPictoOKUn livre qui émeut, un livre dont on sait qu’on se rappellera, un livre précieux, un livre à la fois tendre et dur. Un coup de cœur.

Je partage cette lecture à l’occasion de la « BD de la semaine ». Allez donc faire un tour chez Noukette qui rassemble aujourd’hui les liens des autres lecteurs.

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Extraits :

« Il pleure pendant des heures, comme pour distraire la douleur » (Louis parmi les spectres).

« Je ne savais pas que l’amour c’est comme une roche qui nous explose le cœur, qui fait mal autant qu’il fait vivre, et qu’il donne envie de fuir en même temps qu’il nous empêche de le faire » (Louis parmi les spectres).

Louis parmi les spectres

One shot
Editeur : Les Éditions de la Pastèque
Dessinateur : Isabelle ARSENAULT
Scénariste : Fanny BRITT
Dépôt légal : novembre 2016
160 pages, 21 euros, ISBN : 978-2-989777-000-6

Bulles bulles bulles…

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Louis parmi les spectres – Britt – Arsenault © Editions La Pastèque – 2016

Le Facteur de l’Espace (Perreault)

Perreault © La Pastèque – 2016
Perreault © La Pastèque – 2016

Bob est un facteur spatial. Sa vie est routinière. Chaque matin il se lève, se prépare et enfile sa combinaison de facteur de l’espace avant de sauter dans sa voiture pour se rendre au bureau de poste. Mais ce jour-là n’est pas ordinaire. Sitôt arrivé à son poste, il découvre que son chef a modifié sa tournée. Bob rassemble tout son courage pour ne pas céder à la panique et se met en route pour effectuer les livraisons.

Il est loin d’imaginer qu’il va vivre une journée mémorable. Passant d’une surprise à l’autre, constatant que les impondérables et les complications se succèdent, Bob s’énerve, bien décidé à toucher deux mots à son patron afin de retrouver ses habitudes.

Mais la vie est faite de surprises et il serait dommage de les laisser passer…

Derrière ce graphisme naïf se cache une histoire tendre et poétique. Pour son premier album aux éditions La Pastèque, Guillaume Perreault nous surprend. Ce graphiste de formation s’est tout d’abord tourné vers l’illustration d’albums jeunesse et dans la création de différents supports (culturels, éducatifs, publicitaires) avant de se lancer dans la réalisation de ses propres ouvrages. « Le Facteur de l’espace » est son deuxième album.

Avec humour, l’auteur relate les péripéties d’un facteur confronté à des situations rocambolesques. Cinq livraisons à réaliser aux quatre coins de la galaxie lui suffisent pour passer par tous les états : il va avoir peur, va perdre patience et même avoir l’envie d’abandonner tant il est dépassé par les événements. Le scénario permet également au lecteur de ressentir la détermination de cet homme bien décidé à relever le challenge qui lui est confié. Le personnage oscille constamment entre doute et certitude et c’est dans cette hésitation que l’album trouve son rythme.

En début de lecture, je regardais ce facteur interplanétaire avec distance d’autant que le dessin de Guillaume Perreault est assez naïf, un peu bancal, très enfantin. Chaque livraison fait l’objet d’un chapitre et il est possible – si le lecteur l’osait – de lire les chapitres dans un ordre différent, chacun racontant une histoire a priori indépendante des autres. L’étrangeté des cas de figure rencontrés est telle que l’on se place de suite à la place du spectateur curieux de savoir ce qu’on veut lui dire. Très vite, le personnage doit s’adapter à l’environnement des planètes sur lesquelles il se pose. En improvisant avec humour, cet homme insensible (en apparence) parvient à nous toucher. La poésie surgit au moment où l’on s’y attend le moins et qui rend l’univers encore plus sympathique.

PictoOKUne lecture ludique et amusante. Il y a plusieurs degrés de lecture dans cette histoire, ce qui permet également aux jeunes lecteurs d’apprécier cette aventure. Un humour absurde qui n’a pas été sans me rappeler « L’Ours Barnabé ».

A mettre dans les petites mains à partir de 10 ans.

Lecture faite sur un conseil de Gilles Labruyère qui, pour la seconde fois, a mis sur ma route une petite pépite.

Le Facteur de l’espace

One shot

Editeur : La Pastèque

Dessinateur / Scénariste : Guillaume PERREAULT

Dépôt légal : juin 2016

144 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-923841-89-2

Bulles bulles bulles…

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Le Facteur de l’espace – Perreault © La Pastèque – 2016

Paul à la pêche (Rabagliati)

Rabagliati © Editions de La Pastèque – 2006
Rabagliati © Editions de La Pastèque – 2006

L’été arrive et avec lui, les vacances. Paul et Lucie se font une joie de rejoindre Monique (la sœur de Lucie) et Clément, son conjoint. Ensemble, ils vont passer une semaine dans une pourvoirie. Clément est passionné par la pêche.

Dès leur arrivée, Paul et Lucie sont enchantés par le cadre idyllique. Ils vont habiter un petit chalet en bois qui donne directement sur le lac, la vue est imprenable ! Et puis, Lucie est enceinte et l’environnement est parfait pour prendre un peu de repos.

Entre passé et présent, Michel Rabagliati développe une nouvelle fois une belle chronique sociale, très humaine. Paul a une trentaine d’année et se prépare doucement aux joies de la paternité tout en se heurtant à la difficulté d’en avoir (le personnage de Lucie va connaitre deux fausses couches). De plus, l’auteur profite de cet opus pour aborder – par le biais des personnages de Monique et de Clément – le contexte socio-économique de Québec. Ainsi, il est question d’entraide avec la situation professionnelle de Monique qui intervient dans une association d’aide aux mères célibataires. Quant à Clément et son poste dans une grosse entreprise d’aéronautique, il sera question des nouvelles techniques de management dans les entreprises, de capitalisation… et logiquement de plans sociaux en vue d’atteindre d’ambitieux objectifs de rentabilité. La course au profit au détriment de l’humain.

Grâce au personnage de Paul, les témoignages de vie convergent vers le lecteur qui prend ainsi connaissance, par petites touches, d’une réalité sociale proche de la nôtre. A ceci près que le vocabulaire employé et la présence d’expressions typiquement québécoises dépaysent. Ce qui est plaisant dans la série « Paul », c’est cette manière de profiter de la vie et d’être au monde. Les coups durs, les accidents de la vie, les joies du quotidien et les petits plaisirs simples ne sont pas plus pas moins présents que dans la réalité. Paul a une saine conception des choses et sa tendance à prendre la vie du bon côté offre – à cet univers semi-fictif – l’opportunité de s’appuyer sur une ambiance douce, sereine. Le « héros » relativise assez rapidement en cas de difficulté et ne laisse jamais la situation lui échapper totalement ; pour autant, on ne le sent jamais lutter réellement sur un problème, excepté peut-être lorsqu’il s’agit de ses échéances professionnelles.

Le trait de Michel Rabagliati porte cette forme de nonchalance à merveille et contribue à rendre les personnages touchants, accessibles. Adepte de la ligne claire, Michel Rabagliati réalise une ambiance graphique dépourvue d’artifices superflus.

PictoOK« Paul à la pêche » est un album on ne plus agréable. Comme à son habitude, l’auteur y propose de nombreuses parenthèses durant lesquelles, par association d’idées, Paul se remémore le passé et nous fait profiter de quelques anecdotes quant à son parcours et/ou celui de ses proches.

La chronique de Sabine.

Paul

Tome 5 : Paul à la pêche

Série en cours

Editeur : La Pastèque

Dessinateur / Scénariste : Michel RABAGLIATI

Dépôt légal : septembre 2006

199 pages, 24,60 euros, ISBN : 978-2-922585-39-1

Bulles bulles bulles…

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Paul, tome 5 – Rabagliati © Editions de La Pastèque – 2006

La Petite Patrie (Jasmin & Grégoire & Rocheleau)

Grégoire – Jasmin – Rocheleau © La Pastèque - 2016
Grégoire – Jasmin – Rocheleau © La Pastèque – 2016

Dans la rue, les enfants jouent à la guerre. Il y a tout d’abord le conciliabule durant lequel les ordres sont prononcés. Pour Tit-Yves, La Lune, Turcotte, Moineau… le combat fait rage. Claude Jasmin fait partie de cette petite troupe. Sa famille vit dans un quartier populaire de Montréal. Son père travaille dans un restaurant, sa mère s’occupe du foyer et des six enfants. Claude a 8 ans. Son quotidien de Claude, c’est l’école dont il ne parle pas trop. Par contre, il passe tout son temps libre avec ses amis, ils font les quatre-cent coups. De temps en temps, il doit aider mère dans les quelques tâches qu’elle lui confie et consacrer quelques heures au prêtre qu’il assiste en tant qu’enfant de chœur. Son père, fervent catholique, aimerait qu’il devienne prêtre.

Mais ce jour-là, alors que Claude joue à la guerre avec ses copains, qu’ils s’entretuent à l’aide de fusils imaginaires, la radio diffuse l’annonce officielle qui se répand comme une trainée de poudre. « La guerre est déclarée ! La guerre est déclarée ! »

Les adultes ne parlent plus que de ça et les suppositions vont bon train. Pour Claude ça ne change pas grand-chose, Noël succède à Halloween, un nouveau copain s’installe dans le quartier, il rencontre sa première amoureuse. Pourtant, quand il regarde un peu ce qui se passe autour de lui, il y a ces scènes d’adieu sur les perrons, des jeunes hommes mobilisés reçoivent une dernière embrassade de leurs parents avant de partir pour la guerre.

Est-ce que tu devras aller à la guerre, papa ?

Normand Grégoire adapte un classique de la littérature québécoise écrit par Claude Jasmin. « La Petite Patrie », roman autobiographique publié en 1972, revient sur cette période particulière de la Seconde Guerre Mondiale et témoigne de la manière dont un enfant a pu percevoir ces événements lointains pour lui qui habite à Montréal, dans un quartier populaire… une petite enclave chaleureuse. Il y a somme toute assez peu de répercussions sur son quotidien du fait que d’une part le conflit armé se déroule sur un autre continent et d’autre part que la bulle protectrice de l’enfance ne le confronte pas directement à cette réalité (les enjeux sont abstraits, il est question de Pologne et d’Hitler mais il n’a pas plus de détails). Je n’ai pas lu l’œuvre originelle et je ne suis donc pas en mesure d’apprécier si cette adaptation lui est fidèle. En teneur, j’imagine qu’elle en respecte l’esprit cependant, je me demande si le rythme de l’histoire est aussi soutenu dans le roman qu’il ne l’est dans cet album. En effet, le scénario se construit grâce à une succession d’anecdotes qui fleurissent le quotidien, à l’instar de cette illustration en couverture où l’on voit l’effervescence d’une rue d’une quartier populaire montréalais : le blanchisseur chinois qui porte un sac de linge, le facteur passe à vélo, un homme se lamente sur le trottoir, deux militaires se promènent dans la rue. Les gens de croisent, se saluent. Au beau milieu de ce brouhaha, le petit Claude observe la scène et au premier plan, la silhouette de cet homme (Claude Jasmin ?) qui semble attablé à la terrasse d’un bistrot… il se remémore… il témoigne, écrit son roman, l’histoire de son enfance.

La petite patrie – Grégoire – Jasmin – Rocheleau © La Pastèque - 2016
La petite patrie – Grégoire – Jasmin – Rocheleau © La Pastèque – 2016

De fait, on est pris par une impression de vitesse en lisant cet album. Les anecdotes se succèdent, elles se suivent sa transition, les saisons passent marquées par les fêtes traditionnelles, les rites de passage comme cette rencontre amoureuse qui surprend le personnage principal en plein vol. L’amour, les petits baisers sur la bouche. On glisse d’une après-midi passée à patiner sur le lac gelé à cette virée à la confiserie pour acheter des bonbons. On passe de la cave d’une maison où les copains se retrouvent pour parler au matin de Noël où c’est le grand déballage de cadeaux. Ça va vite, l’enfance est pleine d’énergie et Julie Rocheleau l’illustre d’un dessin nerveux sur lequel elle pose des couleurs qui changent à chaque scène de vie. L’ambiance graphique est dominée par des teintes de bleus et de verts, couleurs qui seront complétées par des marrons, des ocres, des rouges… créant ainsi une nouvelle bichromie pour chaque nouvelle scénette.

PictoOKL’album se lit vite. Le lecteur est vraiment emporté dans ce tourbillon de vie plein de bonne humeur et d’insouciance. L’amitié, l’amour, la famille et la religion sont les thèmes qui sont mis en avant. Mais le personnage est tiraillé par des inquiétudes autres ainsi, en arrière-plan et grâce au jeu des non-dits (et là est tout l’intérêt du travail réalisé par la dessinatrice), il est question de peur plus intimes liées à la mort et au changement.

La Petite Patrie

(d’après l’œuvre de Claude Jasmin)

One Shot

Editeur : La Pastèque

Dessinateur : Julie ROCHELEAU

Scénariste : Normand GREGOIRE

Dépôt légal : mars 2016

88 pages, 21 euros, ISBN : 978-2-923841-76-2

Bulles bulles bulles…

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La petite patrie – Grégoire – Jasmin – Rocheleau © La Pastèque – 2016