Le Cheval qui ne voulait plus être une œuvre d’art (Supiot)

Supiot © Guy Delcourt Productions & Le Louvre Editions – 2016
Supiot © Guy Delcourt Productions & Le Louvre Editions – 2016

Un mardi matin, au Louvre.

Dans la salle 61 du Musée, le Cheval blanc de Géricault se rebelle. Il en a assez d’être encadré et décide d’aller se dégourdir les jambes. Dans cette « Tête de Cheval blanc », il y a une quête de liberté étourdissante. Un bond suffit à l’équidé pour sortir la tête du tableau qui l’enferme et galoper au beau milieu des collections du Louvre, espérant rallier d’autres compagnons à sa cause. De rencontre en rencontre, le cheval blanc perçoit mieux le monde et surtout, sa propre identité.

Vous connaissiez certainement la collection Musée du Louvre, œuvre commune aux éditions du Louvre et aux éditions Futuropolis (« L’Ile Louvre », « La Traversée du Louvre », « Période glaciaire »…). La voici maintenant à destination des enfants !

Je connais peu le travail d’Olivier Supiot si ce n’est un album que j’avais découvert par hasard lorsque mon grand avait 3 ans ½ ; en 2009, j’avais écrit une chronique toute bancale sur l’un de ses albums : « Tatoo ». Malgré le plaisir que nous avions eu avec ce livre jeunesse, j’ai peu fouillé sa bibliographie passée et récente. On peut toutefois difficilement passez à côté du très remarqué « Pieter et le Lokken ».

L’auteur laisse échapper son imagination. La « Tête de cheval blanc » de Théodore Géricault prend vie et s’indigne de sa simple condition d’œuvre d’art qu’elle perçoit comme avilissante. La créature, emportée par son élan, cherche même à convaincre ses pairs que la vie est dehors… dans un ailleurs qu’il ne connaît pas et compte bien découvrir.

Je n’en pouvais plus d’être enfermé !! Je suis un cheval après tout !!

Tête de cheval blanc de T. Géricault
Tête de cheval blanc de T. Géricault

Olivier Supiot l’imagine en train de galoper dans les galeries du musée où il fera d’étonnantes rencontres. La visite commence par la salle 61 où sont exposées les œuvres de Géricault. Puis, l’escapade commence. En chemin, il passe par la collection égyptienne où il fera la connaissance de la féline Bastet. Chaque rencontre est pour lui un étonnement, chaque conversation l’invite à la remise en question. Il s’obstine, « tête de mule », à reprendre sa course aveugle, cherchant la sortie. Il file comme le vent, au hasard et interpelle essentiellement des représentations picturales d’équidés… mettant ainsi en lumière le lien particulier qui existe entre le Musée du Louvre et le cheval. Un dossier pédagogique [présent en fin d’album] invite d’ailleurs le jeune lecteur à prendre conscience de ce point et lui rappelle qu’avant d’être un musée, le Louvre était un palais royal ; l’un de ses bâtiments abritait les écuries qui logeaient les chevaux du roi et de sa cour.

La profusion d’œuvres représentant des chevaux met aussi en exergue ce lien privilégié entre l’homme et le cheval et n’est pas sans rappeler un album de la collection-adulte du Louvre : « L’Art du chevalement » (Loo Hui Phang & Philippe Dupuy, éditions Futuropolis & Le Louvre).

Bel album dont je salue la démarche. D’ailleurs, il est intéressant de voir comment il pique la curiosité du jeune lecteur et l’invite à laisser libre cours à son imagination. Et que nous dirait la Joconde si elle aussi sortait de son tableau ? Où se rend l’éléphant de Jean-Baptiste-Amédée Couder ? Le cavalier en armure d’Auguste Raffet est-il mort de sa belle mort ou sur un champ de bataille ?… de quoi stimuler l’imagination des plus jeune et les inviter à réfléchir à ce qu’est une œuvre, ce qu’elle représente, ce qu’elle symbolise et éveille chez la personne qui la contemple. Ce qu’est le processus de création également ; ce peut-être une recherche de soi, un entraînement visant à perfectionner son art ou bien encore un témoignage : « quelqu’un t’a créé pour laisser une empreinte pour toujours ».

PictoOKUne visite ludique et interactive du Musée du Louvre. Le cahier pédagogique inséré en fin d’ouvrage permet également à l’enfant de se sensibiliser au parcours de Théodore Géricault, à son œuvre et à son rapport si particulier avec le monde équestre. Un support didactique et ludique intéressant.

la-bd-de-la-semaine-150x150Un album que je partage dans le cadre de la BD de la semaine. Les liens sont aujourd’hui chez Moka.

Le Cheval qui ne voulait plus être une œuvre d’art

One Shot
Editeur : Delcourt et Le Louvre Editions
Collection : Delcourt – Le Louvre
Dessinateur / Scénariste : Olivier SUPIOT
Dépôt légal : novembre 2016
46 pages, 14,50 euros, ISBN : 978-2-7560-7932-5

Bulles bulles bulles…

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Le Cheval qui ne voulait plus être une œuvre d’art – Supiot © Guy Delcourt Productions & Le Louvre Editions – 2016

L’Ile Louvre (Chavouet)

Chavouet © Futuropolis & Louvre Editions – 2015
Chavouet © Futuropolis & Louvre Editions – 2015

« Après Manabé Shima, Florent Chavouet s’est rendu dans une autre île : l’île Louvre ! Muni de son carnet de voyage et de ses crayons de couleurs il est parti à la rencontre des habitants de cette île-musée pas comme les autres et de ses « paysages » !

Une reconstitution minutieuse et drôle de la vie quotidienne de ce prestigieux musée !

Le musée du Louvre est devenu île, sous les crayons de couleurs de Florent Chavouet. Muni d’un pass délivré par les autorités du musée, il se rend sur ce territoire insulaire à la rencontre de ses habitants (ceux qui travaillent dans cette institution), de ses visiteurs (les touristes du monde entier) et de ses paysages (l’ensemble des salles et des œuvres exposées). Carnet de voyage en main, l’auteur s’attache à nous décrire cette île-musée et ses traditions. Au fur et à mesure de ses déambulations, il nous plonge ainsi dans la vie quotidienne du Louvre, restituant avec un sens du détail digne des plus grands enlumineurs ! (synopsis éditeur).

Le Louvre. Ils sont déjà plusieurs artistes à s’être frottés à l’exercice et à y avoir usé pastel, aquarelles, crayons ou autres techniques de dessins. Parmi tous les travaux déjà réalisés, c’est à ce jour celui de Pascal Prudhomme qui m’a fait la plus forte impression. Mais cette fois, c’est au tour du baroudeur Florent Chavouet de partir explorer les dédales des couloirs du célèbre musée. Pour cet artiste complet qui nous a déjà régalés de deux carnets de voyage très remarqués (« Tokyo Sanpo » et « Manabé Shima ») et d’un polar cocasse (« Petites coupures à Shioguni »), le temps est venu de partir vers une nouvelle destination moins habituelle le concernant. Inhabituelle même car cela lui impose de rester dans l’Hexagone et d’autre part de se limiter aux frontières d’un bâtiment (certes gigantesque) mais tout de même ! Fait rare pour cet homme pour qui, jusqu’à présent, les contours d’une ville permettaient déjà difficilement d’assouvir sa soif d’inventivité graphique et de jeu narratif.

Mais c’est un nouveau voyage qui nous attend, a n’en pas douter… du moins si on en juge l’illustration qui nous accueille en première de couverture. Bateaux, flots, croisements de routes navigables… un ramdam d’embarcations de tous poils et de tous bords. Invitation à découvrir les nouveaux horizons du Louvre…

Le Louvre a d’abord été pour moi un motif de cerveau avant d’être un motif de réflexion

Comte Florent de Chavouet (Carnets d’approche)

Le Louvre est perçu ici comme une escale, qu’elle soit effectuée via un métro, un bus, un parcours en batobus, une balade pédestre, un point que l’on fixe sur une carte…

« L’île Louvre » : halte pour les marins, carrefour de routes fluviales. L’île Louvre la bien-nommée, « Patrimoine des îles de France » invente l’auteur. Mais avant de nous plonger totalement dans le délire, laissons l’artiste nous raconter ses préparatifs, à commencer par le fait de devoir se faire tirer le portrait pour obtenir un laisser-passer dans les bâtiments du musée. Quant au cahier des charges, il est aussi simple qu’ambitieux…

« – Vous allez faire une BD c’est ça ? », – « Oui, enfin un carnet, un truc comme ça. Je vais dessiner ce que je vois. Qui vient ici, pour voir quoi, pour faire quoi. C’est simple en fait, je vais parler du lieu. Par contre, c’est pas sûr que ça fasse une histoire, mais ça peut raconter quelque chose quand même. Y aura pas forcément des cases hein. »

Le pass. Cette habilitation, c’est comme un passeport. Un bout de papier qui permet de façon magique de « passer » du statut de sans-papiers à celui de citoyen du Louvre… seul moyen de ne pas être inquiété par les services de l’immigration (un délire de l’auteur en début d’album, un clin d’œil espiègle à l’un des sujets bouillants de l’actualité médiatique). Passée la paperasse, il accède à l’épicentre de l’île : le hall d’entrée, où la luminosité du lieu rivalise avec la cacophonie ambiante. Brouhaha, bourdonnement constant créé par les dizaines de conversations des visiteurs du musée.

Très vite, les habitués des albums de Florent Chavouet retrouverons leurs repères, à commencer par le fait de devoir tourner et retourner l’ouvrage dans tous les sens pour suivre – s’il le souhaite – la totalité des conversations qui s’emmêlent. La visite commence donc par la partie visible de l’iceberg : les salles accessibles au public. Impossible en ces lieux de ne pas attraper des bribes de conversations au vol… « Le parmesan, ça sent le vomi, tu trouves pas ? Non, c’est le melon trop mûr plutôt », « C’est sûr que c’est pas un chef-d’œuvre son gamin, pas la peine de l’exposer ici », « Mais c’est quoi le Louvre, c’est tout ça ? ou c’est après ? ».

Le lecteur doit scruter chaque page pour y découvrir les nombreux détails contenus dans une case, une bande, une planche, une double page… Le capitaine de bateau, Monsieur Chavouet, ponctue la visite de quelques notes d’humour.

L’Ile Louvre – Chavouet © Futuropolis & Louvre Editions – 2015
L’Ile Louvre – Chavouet © Futuropolis & Louvre Editions – 2015

Le voyage prend forme peu à peu. Les lecteurs glissent lentement dans l’univers de l’auteur, un lieu familier que nous découvrons sous un autre jour. Seuls quelques indices nous font savoir que la réalité a légèrement été modifiée. Nous butinons d’un visiteur à l’autre mais si on prend le temps de regarder par la fenêtre, on devine les silhouettes des poissons qui nagent dans l’eau.  L’auteur nous permet également de rencontrer les personnels du musée (dame d’entretien, guides, gardiens…) ainsi que les lieux non accessibles aux publics (couloirs sous-terrain, salle des guides,etc).

L’Ile Louvre – Chavouet © Futuropolis & Louvre Editions – 2015
L’Ile Louvre – Chavouet © Futuropolis & Louvre Editions – 2015

Le dessin est très agréable et donne un ton enjoué à l’ensemble. Les pages s’affranchissent totalement de cases, les illustrations y trouvent naturellement leur place sans que le lecteur ne soit mis en difficulté pour trouver le sens de lecture adéquat à donner… comme si, à notre tour, nous visitions les salles du musée sans suivre un sens de visite imposé. On est tour à tour spectateur et visiteur, on observe les œuvres et l’effet qu’elles ont sur ceux qui sont venus les contempler. Durant la lecture, on se dit parfois que la raison de notre présence ici est surréaliste d’ailleurs, en jetant un œil par une fenêtre, on se rappelle l’existence de l’île imaginaire. Un lieu à part pourtant ancré dans la réalité mais on évolue ici au milieu d’objets du passé. Une île-musée, une enclave où l’on oublie nos préoccupations habituelles.

PictoOKTrès belle redécouverte du Louvre via le travail de Florent Chavouet. On apprécie les reproductions fidèles réalisées par l’auteur de la « Vénus de Milo », « Bethsabée recevant la lettre de David » (Drost Willem) ou encore de « L’automne » (Giuseppe Arcimboldo).

Lecture interactive, plaisir réel à tourner les pages, voyage amusé sur le territoire insolite de l’île-Louvre. J’aime.

L’Ile Louvre

One shot

Editeurs : Futuropolis & Louvre Editions

Dessinateur / Scénariste : Florent CHAVOUET

Dépôt légal : novembre 2015

ISBN : 978-2-75481-010-4

Bulles bulles bulles…

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L’Ile Louvre – Chavouet © Futuropolis & Louvre Editions – 2015

L’Art du chevalement (Phang & Dupuy)

Phang – Dupuy © Futuropolis – Musée du Louvre Editions – 2013
Phang – Dupuy © Futuropolis – Musée du Louvre Editions – 2013

Orféo a la délicate mission de remonter Pigeon à la surface. Pigeon est un cheval qui aspire à une retraite bien méritée après dix années passées dans les galeries de la Fosse 9.

Pour mener à bien ce délicat retour au grand air, Orféo a bandé les yeux du canasson afin qu’il ne soit pas aveuglé par la lumière. Mais une fois remontés à la surface, et à la grande surprise d’Orféo, ils se retrouvent nez-à-nez avec un étrange bâtiment tout en verre : le musée du Louvre à Lens.

Orféo va guider calmement Pigeon dans les galeries parsemées d’œuvres d’art et lui décrire ce qu’il voit.

Ce nouvel album vient enrichir la collection Louvre/Futuropolis dont certains titres ne sont plus à présenter (Période Glaciaire, Le chien qui louche, La traversée du Louvre, Les Sous-sols du Révolu…). A plusieurs reprises, ce travail – fruit de la collaboration entre Loo Hui Phang et Philippe Dupuy – m’a fait penser à celui que Nicolas De Crécy avait réalisé sur Période glaciaire. Pourtant, le lecteur n’est pas ici en présence d’une projection futuriste de notre société ou de la manière dont ses œuvres pourraient être perçues par les générations futures. Cela tient plus à la nature des réflexions soulevées dans le scénario et aux scènes dans lesquelles elles s’inscrivent ; le personnage principal interagit avec les œuvres du musée qui prennent vie comme par magie après que le personnage ait posé leur regard sur eux.

Les auteurs montrent également leur volonté de créer des passerelles entre deux mondes très différents, celui de la mine et celui de la création artistique. A ce sujet, le lecteur dispose en fin d’album d’un lexique qui reprend les termes communs à ces deux univers (« la mine » et « l’histoire de l’art »). C’est l’occasion de constater que les champs lexicaux ne sont pas si éloignés et que les passerelles rendues visibles par cette fiction ne sont pas si factices que ça.

Des parallèles entre le quotidien des mineurs, conditions de vie (rapide), habitude de travail tel le fait de donner des noms de femmes aux veine de charbon. Ainsi, l’une de ces veines est appelées Madeleine ce qui est l’occasion que prenne les auteurs pour faire apparaitre la sculpture de Madeleine Marchand de Thomas Boudin (se reporter en bas de cet article sur Wikipedia) qui sera au Louvre-Lens jusqu’en 2014.

« Qu’est-ce que la beauté selon vous ? »

En toute logique, il est essentiellement question de l’Art et de sa fonction sociale. Les rebondissements dans l’intrigue permettent également d’aborder la question du « beau », de l’utile, des sentiments et de la mort. Le personnage se retrouve parachuté dans un monde dont il ne connait rien. Issu d’un milieu social très modeste, la question de l’Art n’a jamais fait partie de sa vie. Il regarde les œuvres d’art avec un œil de néophyte pourtant, la justesse de ses questions et de ses interprétations sont pertinentes et invitent le lecteur à la réflexion plus qu’à l’introspection. Un voyage onirique entre passé et présent, art et réalité. Contraint de côtoyer Pharaons, Ouchebtis et idoles, Orféo nous sert de guide dans cette expérience mystérieuse. Je n’ai pu m’empêcher de penser au personnage d’Orphée capable d’émouvoir des êtres inanimés.

Le titre de cet ouvrage, L’Art du chevalement, s’avère au final porteur de sens. Du chevalement, nous saurons cependant bien peu de chose si ce n’est le fait de pouvoir accéder à la définition de ce terme. Mais il n’est qu’artifice dans cette fiction et représente seulement un point de chute qu’Orféo souhaite à tout prix rejoindre. Quant à l’Art, cet ouvrage – fruit d’une nouvelle collaboration entre Le Louvre et Futuropolis – nous pousse une fois encore à réfléchir à notre conception de l’Art, nos accroches personnelles avec telles ou telles œuvres, la place qu’on lui accorde dans notre quotidien. On suit très facilement ce personnage et on se laisse porter par les associations d’idée qu’il fait durant ce voyage intemporel. Comment nous interprétons les œuvres d’art, la manière dont nous décodons le message qu’elles contiennent ?

Les illustrations de Philippe Dupuy sont sobres et complétées de couleurs sombres qui contrastent sur le fond blanc des murs du musée. Loo Hui Phang (Cent mille journées de prière, Les Enfants pâles) invite une nouvelle le lecteur à découvrir un univers où réel et surnaturel se côtoient. Ce récit est l’occasion d’explorer un épisode de l’histoire (conditions de vie/conditions de travail des mineurs…) et d’entrapercevoir la galerie du temps du Louvre-Lens. Un devoir de mémoire une fois encore. Une lecture agréable cependant, j’y suis restée très extérieure.

Une lecture que je partage avec Mango pour les BD du mercredi. Découvrez les albums partagés aujourd’hui par les autres participants en cliquant sur ce logo :

Logo BD Mango Noir

Extrait :

« – L’art n’a pas pour vocation d’être agréable

– Il sert à quoi alors ?

– A rien. Rien d’utile. C’est là sa valeur. L’art permet de se défaire du monde pragmatique, du monde des tâches à accomplir. Il transporte vers l’essentiel, vers l’invisible, un lieu à part. Il est l’occasion d’un vécu intense ».

L’Art du chevalement

One shot

Editeur : Futuropolis / Musée du Louvre Editions

Dessinateur : Philippe DUPUY

Scénariste : Loo Hui PHANG

Dépôt légal : novembre 2013

ISBN : 978-2-7548-0958

Bulles bulles bulles…

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L’art du chevalement – Phang – Dupuy © Futuropolis – Musée du Louvre Editions – 2013

Le chien qui louche (Davodeau)

Davodeau © Futuropolis & Louvre Editions – 2013
Davodeau © Futuropolis & Louvre Editions – 2013

Fabien est en couple avec Mathilde. Leur relation est telle que le temps de l’officialiser est venu. C’est pourquoi Mathilde propose à Fabien de lui présenter sa famille. A en croire la jeune femme, ce sera une épreuve. « Ils sont un peu bizarres » dit Mathilde pour le mettre en garde.

En effet. La famille de Mathilde, c’est tout d’abord son père, Louis. Gérant de l’entreprise familiale de meubles depuis 1975, Louis assume cette responsabilité avec fierté. A ses côtés, Maxime et Joseph Benion, les frères de Mathilde. Les trois hommes vivent ensemble et partage un goût commun pour l’humour potache.

En rendant visite au grand-père, Joseph a l’idée de sortir d’une vieille malle un tableau peint part un aïeul en 1843. Parce qu’il travaille en tant que surveillant au Musée du Louvre, l’œuvre est soumise au regard expert de Fabien. On lui demande de juger s’il s’agit d’une croûte ou d’un chef d’œuvre. Fabien louvoie dans sa réponse. « Chef d’œuvre ! » interprètent les proches de Mathilde.

Sur le moment, Fabien pensait s’en être sorti à bon compte. Mais c’était sans compter la ténacité de sa belle-famille…

C’est de façon ludique qu’Etienne Davodeau nous emmène parcourir les salles du Louvre. Il fait de ce haut lieu culturel une scène de vie, un espace de travail et un endroit où se nouent des liens amicaux. C’est avec beaucoup d’humour que l’auteur distille son intrigue quelque peu abracadabrante en faisant intervenir une société d’amoureux de l’Art qui officie secrètement dans les coulisses du Louvre. S’y ajoutent un peu de suspens, une pointe de coquinerie romantique et l’ambition folle d’une famille de péquenauds, de quoi créer une aventure entraînante et jeter les bases d’un récit qui nous emmènera bien plus loin que la simple fiction.

Le prétexte du surveillant de musée permet d’utiliser les différentes salles du Louvre comme un décor du quotidien. La seule inconnue qu’il rencontre quotidiennement est de découvrir l’endroit où il va devoir effectuer sa surveillance : les Pharaons l’ennuient, la victoire de Samothrace le fait philosopher, les Cariatides le font fantasmer… Le fait que le Louvre soit ici vu comme un simple lieu de travail dédouane l’auteur d’avoir à composer avec le côté événementiel auquel on associe souvent la visite de ce site. Ainsi débarrassé du caractère solennel du musée, cela permet d’injecter naturellement quelques réflexions sur la place de l’Art comme le rapport personnel que chacun développe avec une œuvre et la manière dont on en perçoit les détails. La foule de visiteurs hétéroclites est une richesse qui contient aussi bien des esthètes friands des collections ou de simples curieux, autant de rapports individuels à l’Art qui se côtoient. Etienne Davodeau nous invite aussi à réfléchir de manière plus critique sur le caractère magnétique que certaines œuvres ont sur le public, au détriment d’autres tout aussi intéressantes.

PictoOKA l’aide de nombreux clins d’œil disséminés tout au long de l’album, Etienne Davodeau montre en toute simplicité que l’on cohabite au quotidien avec l’Art et toutes ses formes d’expression. Ne tient qu’à nous d’ouvrir les yeux. J’ai passé un très bon moment en compagnie de cet ouvrage.

Une lecture que je partage avec Noukette et Jérôme.

Les chroniques de Cristie, Stephie et de Pierre Darracq.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Animal : chien

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Le Chien qui louche

One shot

Editeurs : Futuropolis & Louvre Editions

Dessinateur / Scénariste : Etienne DAVODEAU

Dépôt légal : octobre 2013

ISBN : 978-2-7548-0853-8

Bulles bulles bulles…

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Le chien qui louche – Davodeau © Futuropolis & Louvre Editions – 2013

Les fantômes du Louvre (Bilal)

Les fantômes du Louvre
Bilal © Futuropolis & Louvre Editions – 2012

Dans le cadre de la collaboration entre les Editions Futuropolis et le Musée du Louvre, c’est au tour d’Enki Bilal de nous livrer sa vision du lieu.

L’artiste a choisi de le faire de façon originale comparée aux autres albums de la collection ; cet ouvrage n’est pas une bande dessinée à proprement parler. En revanche, ce que l’on pouvait prévoir, c’est qu’il choisisse de travailler à partir de photos. Ce n’est pas la première fois qu’il emploie cette technique de traitement de l’image, je vous en avais parlé dans mon article sur Cœurs sanglants et autres faits divers.

Comme d’autres auteurs avant lui, Bilal a passé plusieurs heures à arpenter les collections du Musée. Au final, près de 400 clichés ont été pris. Je sors mes antisèches et cite l’éditeur : « de ses photographies, il n’en garde que 22, qui seront tirées sur des toiles en grand format. Sur ces tirages, Enki Bilal improvise à l’acrylique et au pastel, le portrait de 22 fantômes, qu’il a fait surgir avec force et humour des œuvres qui les abritent ».

22 chapitres de 5 pages comprenant l’illustration du fantôme associé à son œuvre, la photographie (avant que Bilal ne travaille dessus), les croquis exploratoires et la biographie du personnage créé par l’auteur. Bilal n’a écouté que son instinct lorsqu’il observait chaque objet d’art. De l’artiste à la muse en passant par le badaud embarqué malgré lui dans un processus de création artistique dont il ignore tout… Enki Bilal a laissé faire son inspiration. Il a inventé ces individus et imaginé ce qui les relie à un tableau, une sculpture, une salle…  Se faisant, Bilal s’amuse avec l’Histoire et réinvente en partie l’histoire des pièces de collection présentes dans cet ouvrage.

22 existences fictives d’hommes et de femmes décédés brutalement. Suicide, assassinat, accident de la route… ce sont désormais des fantômes. Leur mort tragique les a liés à une œuvre exposée au Louvre.

L’auteur ne s’attarde pas tant sur l’œuvre exposée mais fait une halte sur son personnage. Ces fantômes ont des noms parfois si étonnants que j’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’anagrammes : Aloyisias Alevratos, Enheduana Arwi-A, Arjuna Asegaff, Lyubino Nuzri… Mais ce n’est pas le cas. Une page suffit pour présenter la biographie de chacun : mensurations à la naissance, courte présentation du climat familial, « morceaux choisis » de leur vie et circonstances de leur mort. Certains croiseront Henri IV, Rembrandt, Léonard de Vinci ou Eugène Delacroix. D’un chapitre à l’autre, les fantômes surgissent de manière anarchique, sans fil chronologique. Pour le lecteur, c’est l’occasion de revenir – de manière ludique – sur différents périodes historiques.

PictoOKLes éléments descriptifs du récit (heure de naissance, poids/taille, maladies infantiles…) nous permettent d’entrer rapidement dans ces courtes biographies. Un ouvrage surprenant et agréable.

Enki Bilal explique sa démarche dans deux interviews : France Culture (émission du 16 novembre 2012, prendre l’écoute à 19’35’’) et sur Le Mouv’ (émission du 21 novembre 2012, prendre l’écoute à 106’10’’). Les travaux réalisés par Bilal pour cet albums sont exposés au Louvre 19 décembre 2012 au 18 mars 2013.

La page Facebook de l’ouvrage.

Les fantômes du Louvre

One shot

Éditeurs : Futuropolis & Louvre Editions

Collection : Louvre

Illustrateur / Auteur : Enki BILAL

Dépôt légal : novembre 2012

ISBN : 978-2-754808-194

Bulles bulles bulles…

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Les fantômes du Louvre – Bilal © Futuropolis & Louvre Editions – 2012

La traversée du Louvre (Prudhomme)

La Traversée du Louvre
Prudhomme © Futuropolis & Louvre Éditions – 2012

A l’occasion de la sortie du dernier album s’inscrivant dans la Collection du Louvre de Futuropolis, le célèbre Musée s’offre les services d’un guide de marque : David Prudhomme. Et pour l’heure, c’est à mon sens l’album le plus accessible de cette ligne éditoriale qu’il m’ait été donné de lire. Car force est de constater que j’étais restée assez extérieure aux réflexions de ce cher Hulk imaginé par Nicolas De Crécy et que, face à mon incapacité à venir à bout des Sous-sols du Révolu, j’avais dû abandonner mes confrères de kbd en cours de route, malgré la lecture collective planifiée en équipe (lire la synthèse de kbd).

Cette publication est donc pour moi l’occasion de profiter d’une visite « normale » des collections du Musée. Un plaisir réel de déambuler aux côtés de David Prudhomme qui, chapka sur la tête et portable dans la main, nous emmène arpenter au pas de course les galeries de portraits, les collections égyptiennes, grecques et autres objets d’arts divers et variés.

Le pitch de La Traversée du Louvre est simple : effectuant des repérages pour la réalisation de l’album, David Prudhomme visite le Louvre. Soudain, son téléphone retentit, il décroche et engage une conversation avec Sébastien Gnaedig (auteur de BD mais plus connu en tant qu’éditeur chez Futuropolis) au sujet de l’avancée de son travail. Sitôt la conversation terminée, David Prudhomme reçoit un second appel. C’est cette fois Fabrice Douar (éditeur aux Éditions du Louvre) qui prend également des nouvelles de son auteur. Seul problème : à cause de ses échanges téléphoniques, David Prudhomme a perdu de vue Jeanne, sa femme. Il va traverser hâtivement les collections et galeries du Louvre pour la retrouver.

J’ai l’impression de marcher dans une BD géante. Sur tous les murs, il y a des cases.

J’ai apprécié la manière dont l’auteur s’aide de son postulat de départ pour associer / dissocier en permanence tous les éléments de son environnement. Il crée ainsi un méli-mélo visuel qui force le lecteur à s’arrêter régulièrement pour explorer chaque recoin de cases. On s’amuse en permanence d’être associé à ce jeu subtil, intelligent et porteur d’une réflexion sur l’Art et sa place dans nos sociétés, sur l’Histoire et l’Identité. David Prudhomme rend cette visite ludique. Il nous embarque dans un jeu, il en est la pièce maitresse sur laquelle on s’appuie ; il capte LA réaction, L’instant, La pause… celle qui nous fait réfléchir et crée ainsi une interaction entre le lecteur et l’ouvrage. La voix-off de l’auteur redonne régulièrement du rythme à cette visite, une sorte de rappel à l’attention du lecteur-visiteur qui aurait lâché le groupe malgré la vigilance du guide qui les encadre. C’est pourtant facile et tentant de trainer au milieu des pages de cet album !! Les nombreux passages muets nous y incitent : on se perd dans l’observation de ces cases remplies d’œuvres d’art, on baisse ainsi naturellement le rythme de notre lecture pour profiter de ces pièces artistiques de choix qui, bien que secondaires dans ce récit, sont reproduites avec beaucoup de justesse. On ne peut que profiter de ce spectacle… et réfléchir sur ce que l’on voit.

Je crois que je ne visiterais plus jamais un musée de la même manière, car j’aurais envie de tester moi aussi des deux facettes du tableau : celui pour lequel on paye l’entrée et celui qui est sous-jacent car spontané puisqu’il est le résultat de ce que ces œuvres produisent sur les visiteurs. C’est cela même dont il est question dans cet ouvrage, les visiteurs du Musée étant à la fois Spectacle et spectateurs ; ils interagissent en permanence avec les œuvres d’art exposées, jusqu’à se confondre de temps à autre avec elles. Il semble si facile à David Prudhomme de nous prendre au dépourvu.

 … dans ce palais des beaux hasards.

PictoOKContrastes des couleurs, chocs des cultures, trompe-l’œil, rencontres de générations… un ouvrage ludique et réflexif. Le temps qui passe est la clé de ce récit. Un décalage permanent entre des sociétés lointaines et celle d’aujourd’hui, entre l’ancien et le nouveau (voici un curieux mélange où les masques et colliers anciens côtoient les Ipad) ou encore, entre les visiteurs du musée qui contemplent les collections et l’auteur qui n’y fait qu’un passage furtif…

Finalement, ce qui fait la quintessence d’un lieu n’est-elle pas ailleurs que dans les œuvres qu’il contient ? David Prudhomme décale le regard pour ne s’intéresser qu’aux visiteurs qui, finalement, sont le personnage principal de l’album.

Roaarrr ChallengeDu 26 juin au 24 septembre, une exposition des planches originales (plus d’info : ici) et podcast de l’émission de France Inter (disponible à l’écoute jusqu’au 13.03.2015). L’ouvrage a obtenu le Prix Nouvelle République au Festival BD Boum de Blois en novembre 2012. Il s’inscrit à ce titre dans le Roaarrr Challenge.

A lire : l’article de du9 sur cet album.

Les chroniques de David, Bernard et Sullivan.

Extrait :

« Nous ne sommes pas tous de même taille devant les œuvres » (La traversée du Louvre).

La Traversée du Louvre

Challenge Petit Bac
Catégorie Lieu géographique

Récit complet

Éditeurs : Futuropolis & Louvre Editions

Collection : Louvre

Dessinateur / Scénariste : David PRUDHOMME

Dépôt légal : juin 2012

ISBN : 978-2-75480-785-2

Bulles bulles bulles…

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La traversée du Louvre – Prudhomme © Futuropolis & Éditions Louvre – 2012