Princesse Suplex (Léonie)

Princesse Suplex
Leonie © Manolosanctis – 2010

Femme active la semaine, catcheuse les soirs et week-end, Gabrielle alias « Princesse Suplex » parvient à mener de front ses deux activités sans que rien ne filtre d’un univers à l’autre. Le seul qui en fasse les dépens, c’est son petit ami contraint de ne devoir se contenter que de bien peu de temps libre avec sa compagne.

Un titre inspiré du jargon du catch (voir définition de Suplex sur Wikipedia).

Une histoire contenue dans un ouvrage au support surprenant : format livre de poche, couverture souple et seulement une trentaine de pages. C’est court me direz-vous mais suffisant pour pouvoir se rendre compte et s’imprégner de cette héroïne. Les dialogues ne sont pas pour autant verbeux, Léonie s’appuie en cela sur des visuels efficients et une découpe de planche qui permet d’alterner le rythme. Ainsi, le lecteur effectue des va-et-vient entre deux temps de narration : le présent immédiat installe le personnage principal dans l’ambiance des combats de catch, un passé proche la situe dans sa vie active (travail, relation affective). Ses deux personnalités cohabitent de manière très fluide puisque nous la voyons plutôt réservée et fuyant le contact de ses collègues de travail. En parallèle, sur le ring ou dans les coulisses, elle se montre plus sociable, complice de ses paires et recoure aussi bien au dialogue qu’à un mode de communication corporelle (accolades, embrassades dans les vestiaires) et, bien sûr,  empoignades et autres techniques de contention de son adversaires sur le ring.

PictoOKUn résultat impressionnant et satisfaisant compte tenu de la brièveté du récit. On peut cependant déplorer que depuis peu, les Editions Manolosanctis ont cessé leurs activités. Leur site a fermé ses portes.

Merci à Loula pour cette découverte.

L’album était contenu dans le colis du Swap BD & Chocolat.

Une interview de Léonie sur Bodoï (septembre 2010).

Les chroniques en ligne : Mr Zombi, Joëlle, Fildediane, Margotte, Caroline, Liyah.

Princesse Suplex

Challenge Petit Bac
Catégorie Sport

Récit complet

Éditeur : Manolosanctis

Collection : Médée

Dessinateur / Scénariste : LEONIE

Dépôt légal : juin 2010

ISBN : 978-2-35976-007-1

Bulles bulles bulles…

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Princesse Suplex – Léonie © Manolosanctis – 2010

Luluabourg, tome 1 (Pitz)

Luluabourg, tome 1
Pitz © Manolosanctis – 2011

Yvon est un jeune garçon qui vit seul avec son père dans un endroit rude et isolé du monde. Le progrès n’y a pas de place et les hommes sont généralement occupés par les activités de bucheronnage. Un contexte social qui rappelle beaucoup celui de Je mourrai pas gibier d’Alfred. Pourquoi ? Un bassin d’emploi assez pauvre, des hommes qui plient sous le poids d’une vie toute tracée et des convenances sociales (pour être respecté et considéré, l’individu se doit d’être fort, travailleur et courageux sans quoi il ne peut pas prétendre à la considération et au respect de ses pairs).

Au loin, la guerre fait rage. Les Allemands gagnent du terrain, l’issue de la seconde guerre mondiale est encore incertaine. Ce contexte réactive chez le père d’Yvon ses souvenirs des tranchées. Quant au jeune homme, il tente de répondre au mieux aux attentes paternelles, mais en vain. Il supporte la présence de son père de manière quasi permanente. Leurs rapports sont distants, leur quotidien est un fragile équilibre entre de longs tête-à-tête silencieux et quelques rares échanges qui, en cas de désaccords, se règlent aux poings. Pour prendre l’air et faire descendre la pression, Yvon retrouve son ami Gilles avec qui il s’autorise quelques virées, voire quelques confidences. Ensemble, ils dynamitent des terriers de taupes afin de récupérer la peau de ces mammifères pour les vendre et ainsi se faire un peu d’argent de poche.

Un jour pourtant survient la rixe de trop avec son père. Yvon lui rend ses coups et fugue. Il se retrouve seul, livré à lui même. Face à cette situation qu’il avait souhaitée de longue date, il décide de se rendre en ville pour trouver du travail.

Nicolas Pitz est un jeune auteur belge qui compte à son actif deux collaborations remarquées dans les collectifs de Phantasmes et 13m28. Pour la première fois, l’auteur s’engage seul dans un projet conséquent puisque Luluabourg est annoncé comme une trilogie. Pour construire ce récit, l’artiste s’est inspiré de la vie de son grand-père.

Difficile d’entrer dans cet univers sombre. Difficile de cerner le personnage principal aussi. J’ai passé la majeure partie de ma lecture à observer curieusement les événements qui se déroulaient sous mes yeux, incapable de me détacher du rôle de spectatrice, incapable d’oublier que j’avais un livre entre les mains et que j’en tournais les pages. Pendant un long moment, le désir me tenaillait de quitter cette ambiance oppressante. Puis, petit à petit, la rudesse de ce monde d’hommes s’est adoucie, les personnages sont devenus moins agressifs. Je suis parvenue à m’accrocher à quelques repères.

La difficulté d’accepter cette lecture tient essentiellement à l’atmosphère austère des visuels. A l’aide de nombreux jeux de hachures, Nicolas Pitz campe un univers sombre, noir, angoissant. On remarquera ici et là quelques maladresses dans le rendu des décors et des expressions des personnages, annihilant presque tout relief à ce dessin corrosif. Pourtant, ce trait fin campe à merveille la rudesse de cet univers et sa colorisation accentue à outrance ce ressenti. Les marrons, vert kaki, rouge sang et beige rendent compte de la morosité, de la lourdeur. Ce choix graphique est agressif. Durant ma lecture, je n’ai pas adhéré aux ambiances graphiques en revanche, il n’en a pas été de même pour l’histoire.

Autour de cette relation père-fils, Nicolas Pitz aborde de nombreux thèmes : passage de l’adolescence à l’âge adulte, la mort, l’autorité, la guerre, la quête de soi, la folie, la solitude, l’insertion, l’amitié, la fuite et la peur. Cette richesse thématique explique certainement l’avancée saccadée de l’intrigue durant la majeure partie de l’ouvrage.

On met du temps à comprendre que le personnage est un écorché vif, un enfant qui n’a pas profité de la tendresse d’une mère et/ou la possibilité d’imaginer un monde enfantin et merveilleux pour s’y réfugier. Peu à peu, Yvon se montre fragile ; on s’attache, on le plaint, on peine avec lui, on aimerait l’aider à se sortir de ce carcan social dont il est issu et lui offrir un peu plus de vocabulaire afin qu’il puisse exprimer ses sentiments. Sans transition, on est parachuté dans son monde onirique. Celui-ci est fait de haine : en chevalier, il y combat ses démons et crie à la gueule de son père tout l’amour qu’il a pour lui ou exprime l’envie de le tuer quand ce dernier fait la sourde oreille. On se perdra un temps, incapable de dissocier la réalité de l’imaginaire, incapable de faire la part des choses quant à savoir si le personnage est conscient ou s’il erre éveillé, halluciné, dans un quelconque monde extraordinaire. On navigue entre propos narratifs (les pensées d’Yvon) et des dialogues crus, incisifs. Il subit plus qu’il ne profite, ce qui nous donne à nous, lecteur, la désagréable sensation d’être balloté durant les 70 premières planches d’un ouvrage qui en compte 80. Pourtant, force est constater qu’au moment de fermer l’album, quelque chose est passé. La construction de ce personnage, aussi douloureuse soit-elle à imaginer, aussi difficile soit-elle à soutenir, me donne envie de découvrir la suite.

PictoOKJe n’aurais pas pensé pouvoir écrire un avis positif sur cet album, car la lecture a été difficile et m’y investir était presque impossible. Et pourtant, il m’a au final convaincu. On s’attache à Yvon peut-être par une compréhension aiguë de son vécu : comme lui, on subit sa réalité insupportable composée d’une atmosphère visuelle oppressante et d’un manque de mots. La difficulté de lecture fait ainsi écho à sa difficulté de vécu.

Un album qui n’est pas facile d’accès pour le tout venant mais pour les amateurs fidèles de BD je dirais : pourquoi ne pas essayer ?

Je remercie Blog-O-Book et Manolosanctis pour cette découverte.

Extrait :

« C’est aujourd’hui mon anniversaire. Et tout le monde s’en fout… J’ai l’impression de devenir comme lui (mon père). En ce moment, je ne suis plus moi-même. Je ne résiste plus. Comme si la vie de mon père et la mienne ne faisaient qu’une. Je vieillis sans doute. Je suis l’esclave de cette forêt. Elle n’existerait pas sans moi et sans elle je ne suis rien. Je suis une racine primaire d’un arbre de cette forêt. Je crois que je ne partirai jamais. Comme tous les gens du village. Mon sang coulera dans les arbres que je coupe pour l’éternité ? Et dans les animaux que je tue » (Luluabourg).

Luluabourg, Trilogie en cours

Tome 1 : La naissance

Éditeur : Manolosanctis

Collection : Karma

Dessinateur / Scénariste : Nicolas PITZ

Dépôt légal : dernier trimestre 2010

ISBN : 978-2-359-76015-6

Bulles bulles bulles…

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Luluabourg, tome 1 – Pitz © Manolosanctis – 2010

A Renaud (Diglee)

A Renaud
Diglee © Manolosanctis – 2010

A 83 ans, Georgie se raconte à cœur ouvert et revient sur sa relation avec Renaud. Elle n’avait que 20 ans quand elle l’a rencontré.

Dans son synopsis sur A Renaud, Diglee nous précise que cette histoire s’inspire du témoignage de sa grand-tante.

L’auteur a réellement su créer une atmosphère propice à ce témoignage. Le traitement graphique des dessins nous fait penser aux BD américaines des années 50′. Les angles de vue alternent pleines pages et découpes de planches plus dynamiques (gros plans sur un détail du visage, un objet…). Les personnages ont beaucoup de classe, ils sont expressifs, charismatiques, torturés parfois. L’auteur utilise le noir et blanc avec de forts contrastes, mettant ainsi en valeur le moindre détail.

Le récit alterne de longs épisodes de narration de Georgie mêlés à des bribes de dialogues dont elle se souvient. C’est un tête à tête troublant entre une femme, sa conscience et ses souvenirs. Elle nous guide dans ses souvenirs, nous ouvre les pages de son journal intime, huis-clos chaleureux dans lequel on voyage entre passé et présent de manière fluide. Sa voix-off nous raconte les moments les plus marquants de sa relation affective, une histoire d’amour passionnelle et fusionnelle. Les sentiments sont intacts, aussi précieux qu’au premier jour de sa rencontre avec Renaud. J’ai écouté ce personnage sans broncher, j’entendais presque sa voix que j’ai imaginée assez grave, une voix à la Jeanne Moreau. Une femme très touchante, sincère qui nous raconte son histoire d’amour avec un soupçon de nostalgie mais dépourvue de tous remords, de tous regrets.

Quelques planches supplémentaires aux 17 pages originelles ne m’auraient pas déplu, certains passages auraient gagnés à être étoffés afin que certaines choses ne se contentent pas d’être devinées par le lecteur. Cependant, une bonne partie de ce récit se passe de mots tant le graphisme est au service du récit, des émotions et ce, avec beaucoup de pudeur et de respect.

Une lecture que je partage avec Mango.

Mango

PictoOKPictoOKNotre affect carbure à 200% et c’est peut-être cela qui fait la magie de cet album.

Diglee signe ici son premier album, c’est un auteur que je dirais… très prometteur. Elle sévit sur la blogosphère depuis 2007 et a été nominée pour le prix de la Révélation Blog 2008.

Un autre avis sur la blogosphère, celui de Bulles et onomatopées.

A Renaud

Éditeur : Manolosanctis

Collection : Médée

Dessinateur / Scénariste : Maureen WINGROVE alias Diglee

Dépôt légal : janvier 2010

ISBN : 978-2-359-76003-3

Bulles bulles bulles…

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A Renaud – Diglee © Manolosanctis – 2010