Loin des yeux… (Pearson)

Pearson © Nobrow - 2013
Pearson © Nobrow – 2013

« Vous êtes-vous jamais demandé ce qui se passait autour de vous lorsque vous n’y prêtez pas attention ? Peut-être êtes-vous si absorbé par votre vie quotidienne que vous ne remarquez pas ce qui se passe à côté de vous – ou même juste sous votre nez ? Dans Loin des Yeux…, Luke Pearson étudie les derniers jours d’une relation amoureuse sur le point de sombrer, à travers ses non-dits, ses doutes, ses regrets – tous ces instants infinitésimaux qui nous échappent » (synopsis éditeur).

La vocation d’un couple est-elle de se défaire ? Le lien n’est-il amené qu’à se déliter ? N’y a-t-il rien qui puisse empêcher la routine de venir étouffer la passion ? Comment réagir à cet état de fait sans en venir à nuire à l’autre ? A le blesser ? A chercher à le détruire ?

Ce sont effectivement les questions que l’on peut se poser à la lecture de « Loin des yeux… ». Luke Pearson fait flotter dans l’ambiance de cet album une douce mélancolie teinte de folie. La mort rode, que ce soit dans l’esprit du personnage ou de façon métaphorique ; on ne peut pas ne pas y penser en lisant cet ouvrage.

On ne sait pas si on regarde une réalité crue ou si l’on traverse un songe. Des éléments surnaturels surgissent de nulle part et viennent donner une profondeur inattendue au récit. Des arbres qui dansent, des corps noirs qui flottent dans l’air, mais ce n’est pas tout…

Loin des yeux… - Pearson © Nobrow - 2013
Loin des yeux… – Pearson © Nobrow – 2013

Il y a ici l’étrange impression qu’un monde parallèle existe juste à côté du nôtre. Dans cette autre dimension, des êtres évoluent et nous observent. Et nous, humains,  nous ne voyons rien… à l’instar de notre manière de traverser notre quotidien de façon parfois automatique… comme une relation affective que nous regarderions passivement se déliter, sans agir, sans dire… comme s’il s’agissait là d’une évidente finalité.

Loin des yeux… Son titre anglais, Everything we miss, est encore plus parlant. « Tout ce que nous manquons ». Tout ce que nous ne voyons pas. Tout ce que nous percevons à peine et que nous laissons faire sans intervenir. Luke Pearson regarde évoluer un couple écrasé par une trop grande habitude d’être ensemble. L’envie semble avoir quitté l’un d’entre eux ou du moins, leurs envies ne se rencontrent plus. Comme si elles n’étaient plus réglées sur le même espace-temps, comme si elles ne pouvaient plus se synchroniser et retrouver une sorte d’harmonie. De fait, Luke Pearson permet au lecteur de ressentir toute l’amertume qui les anime. Des pulsions agressives les transpercent par moment et les incitent à formuler un mot mal placé, un acte mal pensé. Mais l’irréparable est fait et le fossé d’incompréhension continue à se creuser entre les deux âmes blessées.

PictoOKPictoOKChronique d’une déchirure affective. Avec l’aide de peu de mots mais d’une cohorte de métaphore graphique, Luke Pearson observe le dernier souffle d’un couple. A lire.

Les chroniques de La Carotte, Noukette, Moka et de Jérôme qui m’a fait découvrir cet ouvrage. Un grand merci Monsieur !

En compagnie de Stephiela-bd-de-la-semaine-150x150

Extrait :

« L’aube à l’horizon. (…) Les oiseaux commencent à chanter, rappelant aux insomniaques qu’il est trop tard. Ils ont manqué leur chance » (Loin des yeux…).

Loin des yeux…

One shot

Editeur : Nobrow

Dessinateur / Scénariste : Luke PEARSON

Dépôt légal : janvier 2013

ISBN : 978-1-907704-59-8

Bulles bulles bulles…

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Loin des yeux… – Pearson © Nobrow – 2013

Automne (McNaught)

McNaught © Nobrow – 2012
McNaught © Nobrow – 2012

Dans la bourgade de Dockwood, la vie suit paisiblement son court. Le paysage quitte lentement son habit d’été pour revêtir les couleurs de l’automne. La chute des feuilles annonce cette douce métamorphose. Les affiches publicitaires vantant les soldes d’été racoleurs sont recouvertes par la nouvelle campagne marketing des promotions de la rentrée.

Les salariés ont retrouvé le chemin du travail, les élèves celui de l’école. Les habitudes quotidiennes ont repris le dessus. Les écureuils ont déjà commencé à faire leurs provisions d’hiver, le manteau feuillu des arbres a quitté ses verts coloris et se pare de roux et d’ocres chaleureux…

Jon McNaught nous fait vivre une journée à Dockwood.

Quelle lenteur dans ce récit ! Cela m’a pris au dépourvu !! D’autant que cet album s’intéresse à décrire une tranche de vie assez banale, presque insignifiante. Je m’attendais à être portée par un récit qui m’a finalement imposé son calme. Pourtant, même si je suis restée spectatrice, j’ai apprécié cette lecture.

« McNaught capte ces détails insignifiants de la vie ordinaire – un oiseau perché sur une branche, une lettre postée, un lever de soleil, une odeur de cuisine, un écureuil dans un arbre- et dilate le temps à l’infini pour mieux révéler l’essence des objets et l’état intérieur des personnes » (extrait de la chronique de Planete BD).

Cet ouvrage propose deux courtes nouvelles. La première raconte la journée-type d’un jeune homme tandis que la seconde nous propose de partager la fin d’après-midi de deux collégiens.

Revenons sur la première nouvelle qui me donne envie d’être bavarde. Un jeune homme travaille dans une Maison de retraite et se déplace avec les transports en commun. Pour le lecteur, le trajet matinal de cet homme est l’occasion de découvrir un paysage urbain égayé par des couleurs automnales. Les arrêts effectués par le bus sont autant de prétextes saisis par l’auteur pour nous forcer à contempler la chute d’une feuille ou l’intervention d’un colleur d’affiches. Sitôt le personnage arrivé à destination, c’est avant tout le côté ritualisé des tâches qui m’a marquée. Affecté aux cuisines, il va tout d’abord se changer puis vont se succéder quantité de petites tâches quotidiennes qui le conduiront jusqu’au moment où il débauche. Ainsi, on participe à la préparation du prochain repas des pensionnaires, à sa distribution… on s’arrête sur des petits détails lourds de sens comme la télévision qui tourne en boucle et se contente de meubler les lieux à l’aide de son bruit de fond ronronnant. J’ai apprécié ce contraste entre l’effervescence médiatique qui ne souffre aucun temps mort et la vie ritualisée des pensionnaires de la structure.

La seconde nouvelle est plus vivante puisqu’elle nous permet de découvrir la fin d’après-midi de deux collégiens. Bien que leur conversation soit sensiblement plus animée, on reste ici encore sur l’observation passive des événements et l’on se laissera surprendre par une scène d’action surprenante… Ainsi s’achève l’album qui laisse finalement le lecteur sur une douce réflexion sur le temps qui passe.

De cette lecture, je garde également en tête les couleurs qui nous accueillent immédiatement. Bleus et oranges sont finalement les principaux acteurs de ce récit et nous font évoluer dans une ambiance chaleureuse, à la fois sereine et mélancolique. L’organisation des cases permet au lecteur de ne pas se laisser envahir par la monotonie des lieux. La composition de base de chaque page propose une découpe en 6 bandes de 4 cases mais Jon McNaught casse régulièrement ce rythme en insérant çà et là des visuels plus petits ou plus gros, ce qui nous oblige à moduler notre rythme de lecture en permanence. De fait, on accepte très bien cette succession silencieuse de petits clichés qui guident notre regard de manière spontanée.

L’album est assez silencieux en raison des nombreux passages muets. Le reste du temps, une voix-off timide accompagne le lecteur. Elle est ponctuellement remplacée par des échanges assez concis entre des personnages qui entretiennent des rapports professionnels ou amicaux courtois. Aucun ne se livre personnellement, les rapports humains sont assez convenus.

PictoOKUn album contemplatif agréable, récompensé d’un Fauve Révélation au Festival Angoulême 2013.

Les chroniques de Mango, Cristie, Culturopoing.

Du côté des challenges :

Roaarrr Challenge : Prix Révélation du Festival d’Angoulême 2013

Petit Bac 2013 / Météo : Automne

Tour du monde en 8 ans : Grande-Bretagne

Roaarrr Petit Bac TourDuMonde

Un livre reçu dans le cadre de l’opération « La BD fait son Festival » organisée par Price Minister.

la bd fait son festival

Automne

One shot

Editeur : Nobrow

Dessinateur / Scénariste : Jon McNAUGHT

Dépôt légal : octobre 2012

ISBN : 978-1-907704-23-9

Bulles bulles bulles…

Pour découvrir les premières planches de l’album, cliquez sur ce lien pour être redirigé vers la fiche de l’éditeur.

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Automne – McNaught © Nobrow – 2012