Cendres (Ortiz)

Ortiz © Rackham – 2013
Ortiz © Rackham – 2013

« Polly, Moho et Piter, trois amis qui se sont perdus de vue depuis plusieurs années, se retrouvent pour exaucer le vœu de Hector, leur ami commun décédé peu de temps auparavant. Dans ses dernières volontés, Hector les a désignés pour disperser ses cendres dans un lieux mystérieux, indiqué par une croix sur une carte. Surpris et perplexes, les trois protagonistes se préparent à ce qui s’annonce comme un long et ennuyeux voyage en voiture sans se douter qu’il va vite être parsemé d’embûches… » (extrait du synopsis de l’éditeur).

Alvaro Ortiz est un auteur espagnol qui, malgré ses publications en Espagne depuis 2005, arrive seulement en France. En 2009, il publie Julia y la voz de la ballena qui lui vaut d’être Lauréat du meilleur auteur Révélation en 2010 au Salon del Cómic de Barcelone… une reconnaissance qui l’aide à exporter ses albums en dehors des frontières hispaniques. En 2011, il est accueilli en résidence à la Maison des Auteurs d’Angoulême. Il en profite notamment pour réaliser Cendres, un album qu’il aura mis 1 an ½ à réaliser. Paru en France en avril 2013, il a depuis  été primé le 2 mai dernier en Espagne.

Un ouvrage étrange dont la première partie prend la forme d’un prologue illustré qui installe et présente les quatre personnages principaux : Polly et son sale caractère, Moho et son côté baroudeur, Piter et sa placidité, Andrès (le singe de Moho) dont la présence a une influence non négligeable sur la suite des événements. Hector, l’ultime protagoniste de l’intrigue, est décédé mais sa dernière volonté sert de point d’ancrage à la reformation de ce groupe d’amis. Malgré tout, Hector est donc l’élément fédérateur, celui qui rassemble et qui donne un objectif précis : atteindre ce fichu « X » qui fera pester Polly à plusieurs reprises. L’univers ainsi créé par Alvaro Ortiz m’a séduite dès le départ. Le récit est entrainant et les couleurs associées au récit donne à cette histoire un côté intemporel, voire universel. Potentiellement, on pourrait tous être amenés à se retrouver confronté à cette situation. Peu à peu, Ortiz va fouiller la psychologie de ses personnages. Ils nourrissent tous une culpabilité réciproque d’avoir rompu leurs liens d’amitié ; entre relation affective, opportunité professionnelle, voyage en Angleterre… tous ont des raisons qui justifient plus ou moins cette rupture. Le fait de devoir se côtoyer, par la force des choses et respecter la volonté d’un disparu complique la situation. L’espace restreint de la voiture les oblige à communiquer, ne serait-ce pour tuer le temps… et avouer sa part de responsabilités dans le fait que personne n’a cherché à faire d’efforts pour garder contact n’est pas facile. Polly se réfugie derrière son sale caractère pour éviter le sujet, Piter rumine sa culpabilité et Moho, fidèle à lui-même, est irritant tant il donne l’impression que rien ne l’affecte.

Il y a donc dans cet album matière à réfléchir sur l’amitié et ce qu’elle apporte et représente pour chacun d’entre nous.

Ortiz © Rackham – 2013
Ortiz © Rackham – 2013

Pourtant, dès l’introduction, j’ai été mise en difficulté par la forme du récit en lui-même. Il se construit par bribes et se pose tantôt sur le trio et l’avancée de leur voyage, tantôt revient sur le passé (et s’arrête sur chaque histoire individuelle), tantôt fait des diversions sur Brève histoire de la crémation (un ouvrage de Lázaro Vitro ; je ne suis pas parvenue à trouver trace de cet ouvrage sur le web )… Ces écarts narratifs m’ont perdue.

Enfin, un mot quant au travail graphique d’Alvaro Ortiz qui m’a beaucoup aidé dans la lecture, permettant ainsi que celle-ci ne m’échappe pas totalement. La place et la taille de chaque case font que l’organisation de chaque page innove en permanence. Ainsi, le lecteur est face à une structure de page qui fluctue au gré des humeurs des personnages, ce qui se répercute sur le rythme de l’histoire. En cela, le style emprunté par l’auteur sur cet album mais fait fortement penser à celui de Jon McNaught sur Automne. Les couleurs sont chaleureuses, les petites cases nous invite à scruter les détails qu’elles pourraient contenir, les grandes cases voire les pleines pages nous permettent de marquer un temps d’arrêt pour réfléchir et s’approprier cette réflexion. Le trait est simple, les expressions de visages sont réduites à leur strict minimum mais cela n’empêche pas le lecteur de ressentir les tensions et les émotions.

PictoOKOn s’attache aux personnages, leur démarche est censée mais les rebondissements de l’histoire manquent parfois de crédibilité. Fiction ou réalité ? Fait divers ou expérience autobiographique ?… le lecteur est amené à se poser ce genre de questions et sortira de cette lecture sans aucune preuve tangible pour confirmer ses suppositions. Je le notais plus haut, j’ai eu beaucoup de difficulté à m’immiscer dans ce road-movie et à investir les personnages. Le fait que le récit soit constamment entrecoupé par des petites bribes d’histoires variées en est la principale raison.

Seul le dénouement permet finalement de mettre chaque pièce du puzzle à sa place. Pourtant, bien que je n’ai pas apprécié ce sentiment d’effleurer l’histoire durant toute la lecture… j’ai finalement très envie d’adhérer au message que l’auteur délivre. L’album se referme sur une vision des choses qui me plait et je m’approprie complètement la réflexion qu’il contient. Le fait d’avoir pris un peu de temps et de recul pour écrire cet article me permet finalement de profiter des qualités de cet album. Je constate cependant ma difficulté à gérer ce fort décalage entre les impressions pendant lecture et celles après lecture…

La chronique de PaKa et A chacun sa lettre.

Une lecture que je partage avec Mango

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Cendres

One shot

Editeur : Rackham

Dessinateur / Scénariste : Alvaro ORTIZ

Dépôt légal : avril 2013

ISBN : 978-2-87827-160-7

Bulles bulles bulles…

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Cendres – Ortiz © Rackham – 2013

Sin City (Miller)

Cette chronique a été rédigée par Mr Pyros (mon Golgoth).

Basin City, USA. Ici, le faible est écrasé par le fort. Ici, le pauvre meurt sous le regard méprisant du riche. Depuis des générations, la ville se nourrit de tous les crimes, tous les trafics. Police, Justice, Eglise, Politiques sont tous corrompus. Voilà pourquoi ses habitants la nomment « Sin City », la « Ville du Péché ».

A Sin City, les plus riches sont aussi les plus pervers, à l’instar des membres de la famille Roark. « La famille Roark tient Sin City depuis les débuts du train et du six coups. De génération en génération, leurs millions ont viré billions. Les Roark, c’est notre famille royale à nous ». Sénateur, Ministre de la justice, Cardinal tout leur est permis depuis que « l’arrière grand père […] a lâché tous ses biftons pour importer d’la pute haut d’gamme ».

Mais parfois, un homme défie les puissants, partant pour une mission suicide au nom, si ce n’est de la Justice, de la Vengeance. Mais Justice et Vengeance se confondent souvent à Sin City.

Sin City, tome 1 : Sin City
Miller © Rackham – 2005

C’est le cas de Marv que l’on suit dans le tome 1 Sin City (The Hard Goodbye  en VO). Ce colosse hideux à la mentalité d’enfant et au vécu chaotique, est prêt à tout pour punir les responsables de la mort de Goldie,  femme fatale qui fût la première à s’offrir à lui.

« – Demande-toi si ça vaut la peine de mourir pour le cadavre d’une catin.

– Ça vaut la peine de mourir. Ça vaut la peine de tuer. Ça vaut la peine d’aller en enfer. Amen ».

Sin City, tome 2 : J'ai tué pour elle
Miller © Rackham – 2001

Dans le tome 2, J’ai tué pour elle (A Dame to Kill for), on découvre Dwight Mc Carthy, qui peut être considéré comme le « héros » principal de la série. Il vivote de petits boulots, tachant de se reconstruire après une période de déchéance et lutte au quotidien pour « ne jamais laisser resurgir la bête ». Mais comment faire à Sin City pour rester loin des problèmes lorsqu’on ne peut s’empêcher de voler au secours d’une femme en danger, en particulier s’il s’agit d’Ava, son ancien amour qui causa sa perte ?

« Personne ne va tuer qui que ce soit. Pas quand je suis dans le coin ».

Sin City, tome 3 : Le grand carnage
Miller © Rackham – 2004

Dans le tome 3, Le Grand Carnage (The Big Fat Kill), on retrouve Dwight qui une nouvelle fois, poussé par son besoin de protéger l’autre, se jette tête baissé dans les emmerdes. Chaque tentative de régler un problème, en crée un plus grand, jusqu’à devenir responsable de la mise en danger toutes les prostituées de la vieille ville. Commencera alors le grand carnage.

« On doit tuer jusqu’au dernier de ces salopards. Pas par revanche. Pas parce qu’ils le méritent. Pas parce que le monde en sera plus vivable. On doit les tuer parce qu’on a besoin de ces morts. […] Il verra ce que ça coute de chercher des crosses aux filles de la vieille ville ».

Sin City, tome 4 : Cet enfant de salaud
Miller © Rackham – 2002

Le tome 4, Cet Enfant de salaud (That Yellow Bastard), relate l’histoire de John Hartigan, un policier qui, chose rare à Sin City, est honnête. Une heure avant de partir en retraite anticipée, pour cause d’angine de poitrine, il a l’occasion de mettre hors d’état de nuire Roark Jr, un pédophile sadique, et de sauver la jeune Nancy. Pour cela, il se retrouve seul contre tous, à commencer par ses collègues vendus aux Roark.

« Un vieil homme meurt, une petite fille reste en vie. Logique ».

Sin City, tome 5 : Valeurs familiales
Miller © Rackham – 2001

Le tome 5, Valeurs familiales (Family Values), nous permet de suivre à nouveau Dwight qui enquête sur un règlement de compte entre maffieux. Mais pour quelles raisons cherche t-il l’assassin d’un homme de main de Wallenquist, le maffieux auquel il s’opposa dans le grand carnage ? Et tout celà sous la protection constante de la « mortelle petite Miho », l’ange exterminateur de la vieille ville ?

« Le monde est très vaste, messieurs. On y trouve toutes sortes de familles ».

« Cette petite mission, c’est le moins que je pouvais faire. Il y a des dettes dont on ne peut jamais totalement s’acquitter. C’est ce genre de dette que j’ai envers Gail ».

Sin City, tome 6 : Des filles et des flingues
Miller © Rackham – 2003

Le tome 6, Des filles et des flingues (Booze, Broads & Bullets), est un recueil de 11 nouvelles. Elles permettent de découvrir le quotidien de certains personnages que l’on a déjà suivis. Même si ce quotidien n’est pas de s’attaquer à la mafia, il reste toujours violent. On y découvre aussi de nouveaux personnages. C’est le cas notamment de Delia « les yeux bleus », tueuse à gage perverse, dont on peut découvrir les premières missions.

« Ça m’ferait presque chialer. C’est beau l’amour.

Ouais, Marv. Comme tu dis ».

Sin City, tome 7 : L'enfer en retour
Miller © Rackham – 2001

Dans le tome 7, on suit Wallace, peintre à l’allure christique.  Un soir, Wallace sauve la belle Esther qui tente de se suicider. Au premier regard, coup de foudre réciproque. Mais l’histoire se situe à Sin City, la belle est enlevée, et le prince charmant est un ancien des commandos spéciaux, héros de guerre décoré de la médaille d’honneur.

« Ville pourrie. Ceux qu’elle ne corrompt pas, elle les salit. Ceux qu’elle ne salit pas, elle les tue ».

Vous l’aurez compris, à priori, on pourrait, cataloguer Sin City comme une transposition dans le monde du neuvième art des mauvais films d’action made in USA. Eh bien « on » aurait tord ! Et ce pour au moins deux bonnes raisons. La première étant que c’est plutôt les comics qui inspirent le monde du cinéma (c’était ma moins bonne raison, voire un préjugé totalement accepté par l’auteur), la seconde tenant aux qualités de narrateur de Franck Miller qui accroche le lecteur.

D’abord, il y a une narration à la première personne par le personnage principal. Ensuite il y a les dialogues qui ponctuent le récit. Ils sont brefs, percutants et claquent comme des détonations. Si la parole distingue l’homme de la bête, on sent qu’à Sin City la frontière entre les deux est vite franchie. Tout cela contribue à poser une ambiance lourde où malgré la part d’ombre qu’ont en eux les « héros », on ressent une forte empathie, car le décor, Sin City, est bien plus noir, et de fait, ils semblent lumineux par contraste. Miller fausse alors notre jugement et nous permet de prendre plaisir dans la lecture en acceptant le recours à la violence, même si on n’est pas fan du genre.

Un autre tour de force de Miller tient dans le ressenti qu’il transmet au lecteur. Depuis le début de cette chronique, le mot violence revient tout le temps. Cependant, la majorité du récit retranscrit une introspection du personnage. En l’accompagnant à travers son errance dans la ville, son dialogue intérieur nous livre ses pensées, on ressent les tourments de son âme. Les scènes d’action sont là,  à intervalles réguliers, mais la réelle violence est celle ressentie, pas celle qui nous est donnée à voir.

Graphiquement, cette noirceur se traduit dans son utilisation particulière du noir et du blanc (à l’exception de quelques touches de couleurs éparses et d’un passage de 25 planches relatant les hallucinations d’un personnage drogué). Ils sont purs, bruts, sans nuances. Ils ne se mélangent jamais, pas une touche de gris. Sur des fonds noirs, Miller fait exploser la lumière blanche. Il imprime sur la rétine du lecteur des contours, des détails. L’ambiance s’impose directement au lecteur. Chaque planche est dépouillée du superflue : peu ou pas de décor. Tout est centré sur les personnages, leurs émotions, et sur les armes qui le passionnent manifestement. Une autre «passion» redondante, pour le plus grand plaisir du lecteur masculin, tient dans l’érotisation des personnages féminins. Sin City semble être la ville des femmes fatales aux courbes parfaites.

Franck Miller C’est notamment le cas avec qui lui apportent la reconnaissance et lui permettent de travailler à ses propres créations. Avec Sin City, Franck Miller nous propose des récits noirs, violents.

PictoOKPictoOKDepuis qu’il s’est fait connaître du grand public suite à son travail chez Marvel et DC Comics, Franck Miller provoque rarement des réactions neutres. Il avait créé la polémique en revisitant des séries phares comme Batman et Daredevil, dont il donne une vision plus sombre, plus adulte, que les standards de l’époque. Maître des récits noirs pour les uns, apôtre de la violence gratuite pour les autres, son approche graphique d’une grande beauté et d’une forte intensité, lui apporte une reconnaissance au-delà de la sphère des lecteurs habituels du genre. Roaarrr ChallengeRien que pour le plaisir des yeux, Sin City mérite le déplacement, et personnellement j’ai été totalement séduit par les quatre premiers tomes. Les amateurs trouveront sans souci leur compte dans la série complète, les plus septiques devraient au minimum lire le 1 et le 4. La série a été plusieurs fois récompensé aux Eisner Awards.

Les albums sont disponibles en France aux éditions Rackham.

Sin City

Série en 7 tomes

  1. Sin City (The Hard Goodbye) (Vertige Graphic et Rackham, 1994)
  2. J’ai tué pour elle (A Dame to Kill for) (Vertige Graphic et Rackham, 1995)
  3. Le Grand Carnage (The Big Fat Kill) (Vertige Graphic et Rackham, 1996)
  4. Cet Enfant de salaud (That Yellow Bastard) (Vertige Graphic, et Rackham 1997)
  5. Valeurs familiales (Family Values) (Vertige Graphic, et Rackham 1997)
  6. Des filles et des flingues (Booze, Broads & Bullets) (Vertige Graphic, et Rackham 1999)
  7. L’Enfer en retour (Hell and Back) (Vertige Graphic, et Rackham 2001

Éditeur : Rackham

Collection : Sin City

Dessinateur / Scénariste : Franck MILLER

Dépôt légal : de 2001 à 2005

ISBN : voir site de l’éditeur pour ces codes

Bulles bulles bulles…

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Sin City – Miller © Rackham – 2001 à 2005

Maria et moi (Gallardo & Gallardo)

Maria et moi
Gallardo – Gallardo © Rackham – 2010

Maria est une jeune autiste de 12 ans qui vit avec sa mère aux Canaries. Ses parents sont séparés et, en toute intelligence, ils ont su s’organiser pour lui permettre d’avoir des temps privilégiés avec chacun.

Parfois, Maria part avec son père pour un court séjour. C’est le cas dans ce récit puisque nous les accompagnons tout deux pour un voyage d’une semaine dans une station balnéaire de la Grande Canarie. Nous allons donc découvrir El Dorado Beach, un paradis pour les touristes allemands. Miguel nous raconte ce qu’implique la quotidienneté avec Maria, un mélange de complicité et de rituels nécessaires  au bien-être de sa fille. Quant à Maria, on peut rapidement constater que malgré son handicap, cette enfant est pleine de vie et que sa maladie ne l’empêche pas de se faire des amis et de profiter pleinement des excursions qu’elle fait avec son père.

Découverte d’auteur(s) permise  par mes escapades virtuelles quotidiennes. Le traitement d’un thème aussi délicat que l’autisme a attiré ma curiosité. Cette BD s’inscrit dans le registre des témoignages qui abordent la question du handicap.

Dans cet album de petit format à la couverture rigide, beaucoup d’humour et de la fraicheur (malgré la chaleur des Canaries). Le thème de l’autisme est abordé de manière naturelle, sans tabous, sans pathos, sans drame. Aucune plainte, aucune affliction, le narrateur/auteur relate simplement quelques jours de sa vie aux côtés de sa fille. Pourquoi cet épisode en particulier ? Pourquoi le choix de cette découpe si spéciale en très courts chapitres (de deux à quatre pages maximum) relevant plus de l’anecdote que du réel récit construit et détaillé ? Ce style de narration me fait penser, à tort peut-être, aux albums de Guy Delisle (la simplicité du graphisme joue en faveur de la portée des dialogues). En aucun cas, ce récit peut être considéré comme pédant, c’est un partage et le témoignage de tout l’amour que ce père a pour sa fille. On s’intéresse réellement à la petite bulle que se construisent Maria et Miguel, ce dernier nous fait profiter d’un éclairage bienveillant sur l’organisation de la quotidienneté et nous donne quelques une de ses clé pour comprendre les mécanismes de l’autisme (du moins, les manifestations de sa maladie chez sa fille). Le récit est tendre, amusé et ludique.

Le graphisme est beaucoup moins séduisant, une alternance entre des strips et des anecdotes illustrées. Le trait est imprécis, simplifié à l’extrême et les décors sont des accessoires très peu détaillés. L’album est en noir et blanc, quelques touches de rouge font ressortir des détails (un tee-shirt de Maria, ses pommettes qui rosissent, le coup de soleil du père et j’en passe). Cela donne un côté pétillant à leur quotidien, la lecture est ludique. Si, pour le lecteur, les dessins de Miguel Gallardo sont réellement accessoires (pur point de vue personnel), ils sont d’une importance capitale pour Maria. Depuis qu’elle est petite, son père croque toutes les personnes qu’elle rencontre, les lieux qu’elle côtoie… il conserve tous ces dessins dans ses carnets et parfois. Il se sert de cette base de portraits et/ou paysages pour compléter un jeu de cartes qu’il a réalisé pour sa fille : « une des choses qui amuse le plus Maria est que je lui dessine les gens qu’elle connaît. Outre mon carnet, j’ai apporté un jeu de cartes plastifiées où figurent tous ses amis et proches. Elle adore montrer et dire le nom de chacun ». Un moyen ludique d’aider Maria à stimuler sa mémoire.

Passé le récit de leur séjour à El Dorado Beach, de menus propos viennent compléter l’album : les pictogrammes que Maria utilise pour se repérer dans le déroulement de ses journées (se lever, petit-déjeuner, aller à l’école…), un court aperçu des différentes manifestations de l’autisme (accès d’hilarité, répétition de mots ou de phrases…)…

Suite à une chronique de Mitchul, j’ai rendu une petite visite à mon libraire. Cette lecture intègre donc le Challenge Pal sèches

PictoOKUn album original, intéressant, drôle et touchant. Un témoignage qui véhicule des représentations positives sur la maladie. La bonne humeur de Maria est communicative.

Je vous propose de découvrir les 21 premières pages sur Digibidi et un court métrage réalisé par Miguel Gallardo sur l’autisme (explications et vidéo sur le site de l’éditeur). Cet album a bénéficié du soutien de la Fondation Orange qui lui consacre un article sur son blog.

Les chroniques en ligne : Mitchul, bd.blogs-sud-ouest et BDParadisio. Un album qui ne fait pas que des heureux.

Si la question du handicap vous intéresse, vous pouvez également lire L’Ascension du Haut Mal ( David B), La Parenthèse (Elodie Durand), L’orchestre des doigts (Osamu Yamamoto) ou Journal d’une bipolaire (Emilie & Patrice Guillon et Sébastien Samson) pour les récits biographiques ou autobiographiques. Pour les fictions, je vous citerais volontiers Silence (Didier Comès), Exauce-nous (Frédéric Bihel et Pierre Makyo), Mon année (Jean-David Morvan et Jiro Taniguchi), Missy (Hallain Paluku et Benoît Rivière) ou Blast (Manu Larcenet).

Extraits :

« El Dorado Beach est une réserve naturelle d’allemands. Protégés par leur bracelet, ils peuvent déambuler dans tout le complexe sans craindre de se faire mordre par des natifs » (Maria et moi).

« Je me figure (je suis très imaginatif) que Maria peut voir la composition moléculaire du sable ou bien qu’elle y voit des mondes au complet, des étoiles ou… tout simplement du sable qui tombe. En tout cas quand le sable glisse entre ses doigts, Maria est heureuse. Des heures et des heures à voir pleuvoir des grains de sable… comme un sablier » (Maria et moi).

« Un mur invisible se referme autour de Maria quand on la voit pour la première fois ou la croise quelque part. Un mur d’étrangeté et de peur de l’inconnu. Au début, on ne sait comment se comporter. Mais ceux qui parviennent à la connaître, même de manière fugace, sont contents de constater que le mur qu’ils avaient suscité n’est pas si haut. Il est vrai que Maria a les sens très aiguisés pour percevoir le rejet, elle n’accroche que ceux qui sont prêts à lui prêter un peu d’attention et à l’écouter. Certains sont tombés amoureux de Maria et comprenant, après quelques minutes de conversation, que ce n’est pas si difficile de communiquer avec elle. Maria est directe, sans arrières-pensées, elle fait confiance à (quasi) tout le monde et quand elle te décoche un sourire… tu craques ! Mais attention les amis… Maria n’est pas faite pour les petites natures, si tu lui plais pas (ou lui plais trop)… elle te pince très fort ! » (Maria et moi).

Maria et Moi

One Shot

Editeur : Rackham

Dessinateur : Miguel GALLARDO

Scénaristes : Maria GALLARDO & Miguel GALLARDO

Dépôt légal : novembre 2010

ISBN : 2878271343

Bulles bulles bulles…

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Maria et moi – Gallardo & Gallardo © Rackham – 2010

Le Building (Eisner)

Le building
Eisner © Rackham – 1999

Le personnage principal de cet album est un immeuble new-yorkais. Au cours des décennies, il a contribué à façonner le visage de la ville. Domicile, lieu de travail, point de rencontre… ce vieil immeuble fut un jour démolit. Il a fait place à un nouvelle construction. Pour Will Eisner, « ces structures, mêlées de rire et tâchées de larmes, sont bien plus que des édifices sans vie. Il n’est pas possible qu’ayant partagé nos vies, elles n’aient de quelque façon absorbé les radiations de l’interaction humaine ».  L’auteur a donc imaginé que quatre fantômes, dont le destin était lié à l’ancien bâtiment, hantent le nouveau building. Quatre fantômes, quatre nouvelles pour cet album.

Voici un récit qui parle de la mémoire, du souvenir que l’on garde des choses et des événements. A peine le temps de se poser que le personnage s’évapore pour laisser place à une autre tranche de vie anodine, une autre âme en quête du repos éternel.

Second album de la trilogie « New-York », Le building est un album que je trouve discret à commencer par son apparence. Malgré son grand format et ses 80 planches, la couverture aux teintes de bleus délavés fait dans la sobriété. Un visuel qui n’est pas aguicheur si ce n’est cet homme à l’imper défraichit en avant-plan qui semble crouler sous le poids des années, il interpelle. Discrète ensuite cette lecture qui se fait dans un silence quasi religieux. On découvre les parcours de trois hommes et d’une femme. Des vies banales, des sentiments, des remords… La mise en page et les visuels sont magnifiques ! On les accompagne jusqu’à la mort et même au-delà puisque ce sont des fantômes. Eisner met en avant leurs désillusions passées, leurs ambitions inachevées. Ces personnages sortent furtivement de leur « chapitre » pour faire une apparition dans la destinée d’un autre. Certains se sont croisés de manière hebdomadaires pendant des années, parfois sans même se remarquer.

PictoOKQuelle étrange lecture ! Des personnages touchants même si je n’ai pas réellement accroché avec eux. En revanche, je me suis perdue dans les décors et l’agencement des planches. Lu d’une traite ! Et vous ?

Présentation de l’auteur sur Wikipédia et l’avis de Chaplum qui dispose toutefois d’une édition complétée (la mienne ne dispose pas des « Carnets de notes »).

Extraits :

« Depuis 80 ans, l’immeuble se tenait à califourchon à l’intersection de deux avenues principales. C’était un repère dont les murs survivaient aux pluies de larmes et aux averses de rire » (Le Building).

Le Building

One SHot

Éditeur : Rackham

Dessinateur / Scénariste : Will EISNER

Dépôt légal : octobre 1999

ISBN : 2-87827-030-4

Bulles bulles bulles…

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Le Building – Eisner © Rackham – 1999

Plus cool tu meurs (Robinson)

Plus cool tu meurs
Robinson © Rackham – 2009

Andy est un jeune quadra qui a tenté à plusieurs reprises d’arrêter de fumer, sans réussite. Cette fois, il accepte de faire confiance à Lynn, son épouse, et se rend dans un centre holistique. Il va y faire l’expérience d’une séance d’hypnose qui a pour prétention de parvenir à le soigner de sa dépendance. Sceptique, Andy se laisse pourtant faire et se retrouve parachuté quelques jours seulement avant sa première cigarette… Il a 15 ans et la maturité d’un homme de quarante ans.

Voilà une expérience de lecture intéressante et qui fait quelque peu écho en moi.

Les clins d’œil présents ça et là dans l’album (airs de musique, des affiches d’acteurs…) donnent un peu de relief aux décors. Le graphisme est très agréable. Détaillé, évocateur, il propose des planches savoureuses et originales. Les visuels laissent donc une bonne impression.

La question de l’addiction (au tabac) est abordée de manière ludique mais est vulgarisée. C’est trop simpliste ! C’est dommage car le personnage principal est intéressant, attachant et sa personnalité aurait permis de construire un récit plus pertinent. Le cumul d’éléments hypnose / addiction / passé circule bien, mais ça ne suffit pas. J’ai beaucoup de regrets à lister pour cette lecture. Andy a du mal à se remettre dans « l’ambiance » de ses années lycée (codes de conduite, franc-parler…). Volontaire ou non, il y a un décalage entre l’image que l’auteur montre des adolescents et la réalité (on reste dans le cliché). Et puis, sans aller jusqu’à tomber dans le larmoyant, le récit n’évite pas le pathos. Pavé de bonnes intentions, le personnage garde en tête qu’il ne doit pas trop changer le passé… il en profite tout de même pour lâcher quelque « je t’aime », « sois forte » et « si j’avais su »… C’est compréhensible (vous auriez l’occasion de revoir des personnes que vous avez perdues, vous feriez de même) mais pas toujours très convaincant.

Enfin, pour le thème en tant que tel, je suis assez sceptique sur la manière dont est traitée la question de l’addiction… Mon travail consistant à accompagner des personnes dépendantes dans leurs démarches de soins, je suis sensibilisée à cette question et aux difficultés qui y sont liées. Plus cool tu meurs m’a donné l’impression de faire un voyage dans le monde de Casimir. On pourra se réjouir que le personnage principal ait trouvé une solution qui lui convienne pour arrêter de fumer, mais la conclusion est hâtive. Si la Dépendance était aussi simple à traiter, les Centres de Soins n’auraient aucune raison d’être. Ce serait certainement une bonne nouvelle pour certains, malheureusement ce n’est pas le cas. Un album à ne pas confier à un lacanien j’en suis sûre ^^

Une lecture plutôt agréable, qui fait souvent sourire… mais l’ensemble reste peu plausible et le laïus lancinant « aime ton prochain » viennent gâcher la lecture. Je me suis consolée côté graphisme.

L’avis de bd-blogs.sud-ouest, un projet d’adaptation cinématographique, album lapidé sur Fluctuat dans un billet intitulé Plus niais tu meurs.

Plus Cool tu meurs

One Shot

Éditeur : Rackham

Dessinateur / Scénariste : Alex ROBINSON

Dépôt légal : septembre 2009

ISBN : 978-2-87827-126-3

Bulles bulles bulles…

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Plus cool tu meurs – Robinson © Rackham – 2009