Aliénor Mandragore, tome 3 (Gauthier & Labourot)

Gauthier – Labourot © Rue de Sèvres – 2017

Merlin est mort. Aliénor, sa fille, a eu beau tenter de le ramener à la vie grâce à un sortilège, la fée Morgane a eu beau chercher à le faire passer de trépas à vie, les éléments s’enchaînent et Merlin ne revit que quelques heures avant de passer de vie à trépas. Et cette situation n’est pas pour déplaire à l’Ankou qui veille sur ses ouailles avec une grande attention et est déterminé à amener Merlin où il doit être : au royaume des morts !
Mais Merlin, ou du moins son fantôme, ne l’entend pas de cette oreille et Aliénor fait tout ce qui est en son pouvoir pour trouver un nouveau sort de résurrection. En attendant le moment où tous les ingrédients seront réunis, il reste à comprendre ce qui a provoqué le terrible tremblement de terre du second tome. Aliénor et le jeune Lancelot étaient au cœur de l’épicentre du séisme et se rappellent encore lorsque le sol s’est dérobé sous leurs pieds, les faisant échouer brutalement dans un cimetière de dragons. Ils ont accepté de montrer le lieu à Morgane et Merlin afin que ces derniers puissent y récupérer quelques ingrédients magiques et dissimuler l’entrée aux yeux des simples mortels.
En chemin ils croisent l’Ankou. A la surprise de tout le monde, ce n’est pas Merlin qu’il emmène au royaume des morts… mais Aliénor. La jeune fille a tôt fait de comprendre qu’elle a été parachutée sur Avalon. Reste à comprendre pour quelle raison l’Ankou s’est saisie d’elle.

Le moins que l’on puisse dire c’est que ce tome remue et que l’intrigue saute de rebondissement en rebondissement. Séverine Gauthier propose un scénario retors qui pique la curiosité du lecteur. Du coup, il faut tout de même beaucoup d’explication pour permettre au lecteur de se situer, d’appréhender les références qui sont faites à la légende arthurienne et pour comprendre un tant soit peu les tenants et les aboutissants de l’intrigue. Les personnages sont plus bavards que dans les deux tomes précédents et certaines planches sont assez verbeuses. Une fois n’est pas coutume pour un album jeunesse, je ne suis pas parvenue à le lire d’une traite (contrairement à mon fils de 11 ans). Mais lui aussi reconnait que cet album est plus compliqué pour autant, cela n’a pas d’impact sur le plaisir qu’on a à découvrir ce récit. On termine l’album en dévorant les six pages de « L’écho de Brocéliande », la gazette des habitants de Brocéliande. Pour le lecteur, c’est l’occasion de combler ses lacunes sur certains personnages du cycle arthurien ou sur la mythique Avalon.

Les dessins de Thomas Labourot montrent toute l’espièglerie des personnages. Excepté le personnage de Lancelot enfant, les autres protagonistes sont tout de même de joyeux fiers-à-bras et les illustrations mettent en valeur toute la malice de ces individus. Les couleurs ludiques permettent de décaler les choses, de diffuser de la bonne humeur malgré la mauvaise foi évidente de certains. C’est très agréable à l’œil, on savoure les détails graphiques (l’auteur s’éclate à détailler la flore notamment) tout autant que les rares planches muettes que l’on accueille comme des respirations.

C’est potache, ironique et plein d’entrain. Encore une fois, on referme l’album avec cette envie de lire le prochain tome (il faut dire que le dénouement de ce troisième opus est assez inattendu !).

Egalement sur le blog : tome 1 et tome 2.

Aliénor Mandragore

Tome 3 : Les Portes d’Avalon
Série en cours
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur : Thomas LABOUROT
Scénariste : Séverine GAUTHIER
Dépôt légal : juin 2017
48 pages, 12 euros, ISBN : 978-2-36981-448-1

Bulles bulles bulles…

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Aliénor Mandragore, tome 3 – Gauthier – Labourot © Rue de Sèvres – 2017

Infinity, tomes 3 et 4 (Trondheim & Vehlmann & Kris & Balez & Trystam)

Petit rappel des faits : l’YSS Infinity – un vaisseau de croisière – a été contraint de s’arrêter. Face à lui, un obstacle de la taille du système solaire l’empêche de progresser. Bloqué au tiers de son voyage, entre la Voie Lactée et Andromède. Des équipes ont été demandées en renfort mais le capitaine a pour consigne lancer un premier travail d’investigation en attendant leur arrivée. Comme tous les Shär, il peut manipuler le temps :

« Il peut suivre une trame temporelle et au bout de 8 heures révolues – et pas avant – décider de poursuivre ou de remonter les 8 heures écoulées pour recommencer ». Ces boucles temporelles, il peut les répéter jusqu’à 8 fois de suite.

Au terme des deux premiers tomes de la série, nous savons déjà que cet obstacle gigantesque est une nécropole composée de milliers de débris. « Il y a des cercueils, des mausolées, des morceaux de planètes avec des cimetières, des vaisseaux accidentés contenant des cadavres… et ceci pour des centaines de races. Tout laisse à penser que quelqu’un est responsable de ça. Et nous devons découvrir qui et pourquoi ».

Trondheim – Vehlmann – Balez © Rue de Sèvres – 2017

Après les agents Yoko Keren (tome 1) et Stella Moonkicker (tome 2), c’est au tour du Marshall Emma O’Mara d’être missionnée pour la troisième boucle temporelle. Cette femme semble hyper expérimentée et hyper compétente pour mener à bien cette mission mais le scénario de Fabien Vehlmann ( « Les Derniers jours d’un immortel », « Les cinq conteurs de Bagdad », « Paco les mains rouges » …) et Lewis Trondheim Lapinot et les carottes de Patagonie », « Coquelicots d’Irak » …) nous fait vite déchanter et sème le doute. Les deux scénaristes brouillent les pistes en un tour de main et nous donnent des sueurs froides. La femme chargée de débloquer la situation est une tigresse fourbe… qui avons-nous donc en face de nous ? Déjà que les deux héroïnes des tomes précédents avaient un fichu tempérament, celle-ci semble pire encore ! L’histoire qui nous tient en haleine jusque dans les dernières pages de l’album et incite même à se jeter sur le tome suivant pour savoir quelles seront réellement les répercussions des prises de position qui ont été annoncées. Un thriller psychologique dans un décor futuriste, prenant !

Côté graphisme, les illustrations d’Olivier Balez campent une ambiance rétro. Pour se faire, et comme l’explique Fabien Vehlmann dans le cahier graphique inséré en fin d’album, le dessinateur s’est inspiré du personnage d’Emma Peel pour bâtir leur héroïne (qui outre le fait de prêter une attention particulière aux choix de sa garde-robe, partage le même prénom que le séduisant agent britannique de « Chapeau melon et bottes de cuir »).

Trondheim – Kris – Trystram © Rue de Sèvres – 2017

Le quatrième tome, « Guérilla urbaine », nous invite à nous baigner dans une ambiance disco-latino. Martin Trystram (auteur notamment de « Pacifique ») réalise ici un univers graphique assez doux, en harmonie totale avec les personnages hippies qui peuplent ce quatrième reboot temporel de 8 heures. Nouvel angle d’attaque pour observer l’univers et tenter de percer le mystère d’« Infinity 8 ». L’héroïne est cette fois la charismatique Patty Stardust. De nouveau, pour la quatrième fois, c’est une humaine qui porte sur ses épaules la responsabilité de mener à bien l’enquête sur la mystérieuse nécropole qui fait barrage à la progression du vaisseau intergalactique. Qui a placé cette nécropole à cet endroit et pourquoi ?

Le Major Patty Zimmer était pourtant déjà en mission quand le capitaine de l’YSS Infinity la réquisitionne. En effet, elle a réussi à infiltrer la Guérilla symbolique (un groupuscule politique de performeurs  artistiques qui cherchent à gagner des parts d’audience et – pour certains – faire du profit). Dans cette communauté, elle se fait appeler Patty Stardust. La nouvelle mission vient donc se greffer à la première et risque de faire sauter sa couverture et de lui faire perdre cinq années de travail. Elle est donc assez remontée contre le le capitaine du spatiopaquebot YSS Infinity !

Le dessinateur bourre ses illustrations de nombreuses références rock et disco des années 1970 : Jimmy Hendrix, des looks à la Jackson 5 ou Groucho Marx. On y voit aussi Kris (le scénariste) surgissant dans une case sur un véhicule directement sorti de Star Wars (genre Bloodfin)… Ce quatrième tome est un excellent space-opera psychédélique. Sexe, drogue et rock’n roll ! Hypnotisant.

L’excellent Kris (« Un homme est mort », « Notre mère la guerre », « Coupures irlandaises » et j’en passe) co-scénarise ce tome avec Lewis Trondheim. On comprend en lisant la partie bonus que, compte-tenu des quelques éléments narratifs transmis comme postulat de départ par Trondheim, Kris n’a pas mis longtemps pour se pencher sur le projet. Il déplie vite l’idée d’une révolution artistique dans laquelle plusieurs races seraient engagées et hop, Martin Trystram lui a emboité le pas.

Résultat : un tome au rythme entrainant où l’on retrouve avec plaisir des références musicales funk, disco mais également la poignée d’artistes émérites du « Club des 27 ». Un régal pour les pupilles, une lecture qui nous incite à mettre du bon son !
Constat : les différentes équipes artistiques qui ont travaillé sur les différents tomes de la série sont excellentes. Je chante donc la même rengaine que pour ma chronique sur les tomes 1 et 2 : vivement la suite !

Infinity 8

Série en cours (8 tomes au total)
Editeur : Rue de Sèvres
Tome 3 : L’Evangile selon Emma
Dessinateur : Olivier BALEZ
Scénaristes : Lewis TRONDHEIM & Fabien VEHLMANN
Dépôt légal : mars 2017
94 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-36981-261-6

Tome 4 : Guérilla symbolique
Dessinateur : Martin TRYSTRAM
Scénaristes : Lewis TRONDHEIM & KRIS
Dépôt légal : mai 2017
94 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-36981-264-7

Bulles bulles bulles…

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Infinity 8, tome 3 – Trondheim – Vehlmann – Balez © Rue de Sèvres – 2017

et

Infinity 8, tome 4 – Trondheim – Kris – TrystRam © Rue de Sèvres – 2017

Les petites victoires (Roy)

Roy © Rue de Sèvres – 2017

Marc et Chloé filent l’amour parfait. Ils ont trouvé leur équilibre, une harmonie complice, un respect mutuel et une confiance l’un envers l’autre qui les amène peu à peu à avoir un désir d’enfant. La naissance d’Olivier est une grande joie et durant les deux premières années de sa vie, le couple profite de chaque instant. Balade, jeux, câlins. Jusqu’au jour où Marc s’ouvre à Chloé pour partager ses doutes :

Je n’osais pas en parler pour ne pas t’inquiéter, mais ça fait un bout de temps que je me dis qu’Olivier a quelque chose… Et puis, il n’a toujours pas dit un seul mot.

Ils décident de consulter. Olivier subit des tests. Le diagnostic tombe quelques semaines plus tard : il est autiste. Commence alors une période émaillée de consultations, de tensions à la maison. Un sentiment d’impuissance grandissant envahit Marc. Il perd pieds. Le couple se sépare et une garde alternée se met en place. Au début, ce n’est pas simple. Marc oublie ses jours de garde, hésite mais progressivement, il fait le deuil de l’enfant idéal qu’il aurait aimé avoir, apprend à mieux connaître Olivier, à l’accepter tel qu’il est et fait tout son possible pour que son fils – tout en tenant compte de ses capacités – puisse s’épanouir au mieux.

L’autisme est encore peu connu. Je me dis qu’en observant mon fils, j’en saurai plus que quiconque sur son autisme à lui.

Yvon Roy est un auteur canadien. Il est aussi le père d’un enfant autiste aujourd’hui âgé de 12 ans. Ils ont parcouru un chemin semé d’embûches mais aujourd’hui, son fils est parvenu à s’affranchir de son handicap, à prendre le dessus sur ses angoisses, à domestiquer son monde intérieur souvent angoissant. On lui a maintes fois conseillé de faire une bande dessinée pour témoigner de son parcours. Il a refusé pendant longtemps puis peu à peu, à réfléchi à la question. Il a balayé ses doutes, cherché à savoir finalement ce qu’il pouvait transmettre lui de son expérience et s’est lancé. Pourtant, la peur était là, bien présente. Comment transmettre finalement une expérience somme toute très personnelle sans compter que s’il se lançait dans le projet, il risquait de voir ressurgir des souvenirs assez douloureux ?

Ce que je retiens de ce témoignage, c’est avant tout la détermination d’un père à refuser la fatalité.

J’te jure, si je les écoute tous, Olivier n’arrivera jamais à lire ni à écrire, peut-être parler, si on est chanceux. Je veux bien accepter leur diagnostic, j’ai pas trop le choix, mais le pronostic, ils peuvent le rouler serré et se le mettre là où je pense.

Une obstination bénéfique dans laquelle il puise sans cesse pour trouver la force de continuer. Ne pas baisser les bras face aux angoisses de son fils et toujours, aider ce dernier à gagner du terrain sur son handicap. Aider son fils à ne pas se replier dans son monde imaginaire, l’aider à dompter ses peurs, à gérer ses angoisses et ses colères, à prendre confiance en lui tant dans le rapports à l’autre que dans les apprentissages. A l’instar de « Tombé dans l’oreille d’un sourd », on voit une nouvelle fois la lourdeur des prises en charge médico-sociales, l’aigreur de certains professionnels qui sous prétexte de connaître leur sujet en deviennent des monstres d’égocentrisme, repliés sur leur précieux savoir et plus attentifs aux protocoles de prises en charges qu’aux particularités de chaque personne auprès desquelles elles sont amenées à intervenir. Pour incarner cette froideur asociale, la figure de la responsable du service spécialisé est plus explicite que les longs discours :

Les petites victoires – Roy © Rue de Sèvres – 2017

Des petites victoires obtenues à force de répétition. Beaucoup de bienveillance dans l’attitude de ce papa. La force de ce couple parental aussi qui, bien que séparé, parviennent à communiquer et à avancer dans la même direction.

Pour parvenir à réaliser cet album, Yvon Roy s’est appuyé sur des anecdotes qu’il a vécues avec son fils de la naissance jusqu’à son huitième anniversaire. Le fait de ne pas utiliser les prénoms des différentes personnes qu’il a côtoyées durant cette période lui a permis de conserver une certaine neutralité par rapport au scénario tout en proposant un ton intimiste qui nous permet d’accueillir ce témoignage sans difficultés. Cette légère distance lui a permis de finaliser ce projet. Il nous livre un album sensible qui ne verse pas dans le pathos ni dans la plainte. Une expérience à la fois très personnelle mais sur laquelle bon nombre de parents d’enfants autistes peuvent s’appuyer, prendre confiance en eux pour accepter le handicap de leur enfant et l’accompagner.

Un enfant qui s’épanouit contre toutes attentes, un pied de nez aux spécialistes. Avec patience, avec amour et avec un soupçon de créativité, on réussit de belles choses.

Très bel album. J’ai partagé ma lecture avec Noukette qui a elle aussi été conquise.

Un album parfait pour ma « BD de la semaine ». Toutes les pépites dégotées par les participants sont chez Noukette !

Extraits :

« Mais qu’est-ce que je vais faire de toi, p’tit gars… Qu’est-ce que tu vas devenir ? Les spécialistes nous envoient de la documentation sur toi, faut voir ça. On dirait un guide d’assemblage pour un meuble Ikea avec cinq morceaux en moins… » (Les petites victoires).

« Un soir, les mots sortent si naturellement que je n’ai même pas à y penser. Et je peux enfin faire mes adieux au fantôme de ce fils qui ne s’est jamais présenté, et accueillir celui qui a décidé de venir vivre avec moi » (Les petites victoires).

« Je ressens parfois de la honte, puis, j’ai honte d’avoir eu honte. Il me vient aussi l’envie de m’isoler avec mon fils. Ne plus sortir. Ne plus devoir faire face aux réactions des autres » (Les petites victoires).

Les petites victoires

One shot
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur / Scénariste : Yvon ROY
Dépôt légal : mai 2017
158 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-369-81469-6

Bulles bulles bulles…

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Les petites victoires – Roy © Rue de Sèvres – 2017

Yin et le dragon, tome 2 (Marazano & Xu Yao)

Marazano – Yao © Rue de Sèvres – 2017

Nous avions laissé Yin dans une mauvaise posture en refermant le premier tome.

1937, la guerre éclate en Chine et les troupes japonaises envahissent rapidement le pays. Yin, une petite orpheline, a été recueillie par son grand-père, un modeste pêcheur. La famine guette la population et les tensions liées au conflit armé ne font qu’accroître la pauvreté de la population. Un couvre-feu est imposé, limitant considérablement le grand-père dans ses allées et venues en mer.

Depuis quelques temps, Yin et le vieil homme ont recueilli Guang Xinshi, un dragon d’or qu’ils ont rencontré lors d’une de leur sortie en mer. Ils l’ont soigné de ses blessures et peu à peu, l’imposante créature mythique reprend des forces. Mais outre la guerre sino-japonaise, une menace imminente va s’abattre sur la Terre. Seul Guang Xinshi semble être en mesure de repousser la catastrophe. Pour cela, il va devoir affronter son ennemi ancestral, le terrible dragon noir Xi Qong.

Un album jeunesse riche en rebondissements. Richard Marazano livre ici le second opus de son triptyque et il est à la hauteur des promesses tenues dans le premier tome. Le contexte social en toile de fond sert tout à fait l’intrigue et contribue à maintenir cette atmosphère électrique adéquate. Pris en tenaille entre deux menaces, ses personnages sont en abois, pressés par les événements et ouverts à toute éventualité. De fait, on a l’impression que le temps leur manque et les oblige à vivre intensément chaque minute, chaque rencontre… Le scénario et les répliques vont à l’essentiel.

Xu Yao illustre parfaitement cet univers en équilibre, balloté entre la guerre et les créatures fantastiques qui menacent la race humaine. Un monde balloté entre présent et passé, un monde dans lequel se côtoie l’artillerie lourde et les légendes, un pays qui est à la croisée de et l’avenir qui reste à construire, incertain, sombre. Le dessin est léché, précis et l’on y voit une petite fille touchante tenter de protéger le peu qu’elle possède. Sous la plume du dessinateur, Yin est très touchante. Plus encore, elle est vivante et refuse de baisser les armes. Naïve, courageuse, combattive, astucieuse… voilà une compagnie parfaite pour parcourir la soixantaine de pages qui constituent l’album et nous conduit lentement vers l’affrontement final du dernier tome.

Une série jeunesse pétillante qui traite pourtant avec sérieux des affres de la guerre. Au vu des différents éléments installés sur l’échiquier narratif, on devrait se régaler avec le troisième tome qui nous conduira vers le dénouement de cette aventure. Vivement !

Yin et le Dragon

Tome 2 : Les écailles d’or
Triptyque en cours
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur : Xu YAO
Scénariste : Richard MARAZANO
Dépôt légal : avril 2017
60 pages, 14 euros, ISBN : 978-2-36981-177-0

Bulles bulles bulles…

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Yin et le dragon, tome 2 – Marazano – Yao © Rue de Sèvres – 2017

Le Travailleur de la nuit (Matz & Chemineau)

Matz – Chemineau © Rue de Sèvres – 2017

Destin peu commun que celui d’Alexandre Marcus Jacob. Il fit sa première traversée en mer à 11 ans en tant que mousse et à 12 ans, il embarque en tant que timonier sur un navire des messageries maritimes. Il débarque clandestinement de son poste pour fuir un pédéraste, ce qui lui vaudra sa première peine pour désertion à l’âge de 13 ans. La même année, il repart pour une nouvelle traversée et découvre que ce n’est pas sur un baleinier qu’il a embarqué mais sur un bateau de pirate. Sa quatrième traversée sera également la dernière ; une maladie contractée en Afrique le prive de tout espoir de remettre un jour le pied sur un bateau et, comme un malheur ne vient jamais seul, de tout rêve de carrière d’officier de marine.

A 17 ans, il me fallait commencer une nouvelle vie.

Par le biais du filleul de son père, il se rapproche d’un groupuscule anarchiste où des hommes comme Charles Malato font entendre leurs voix. Il tente une première reconversion professionnelle en devenant typographe dans une imprimerie marseillaise qui imprime clandestinement « L’Agitateur », journal anarchiste marseillais dans lequel il publie quelques articles. Il est dénoncé par un de ses contacts et après une première incarcération, il tente une seconde reconversion en tant que pharmacien. Mais les forces de l’ordre lui mettent des bâtons dans les roues eu égard au fait qu’il est toujours actif dans le mouvement anarchiste. Il plaque tout, devient cambrioleur et monte son équipe, « Les travailleurs de la nuit ». Arrêté à la suite d’un cambriolage, il est envoyé au bagne de Cayenne en 1906 et devient le matricule 34777. Il ne remettra les pieds en métropole qu’en 1925, vivant mais affaiblit. Il finira de purger sa peine en prison et sera libéré en 1927. Il choisit alors la légalité et monte un commerce de textiles qui deviendra rapidement florissant. Et si ses convictions politiques sont inchangées, il ne milite plus activement.

Matz livre un portrait passionnant d’un homme charismatique et qui a toujours défendu ses convictions. Le scénariste s’efface totalement derrière son personnage, il lui laisse la main et choisit une narration à la première personne. L’effet est immédiat : on colle toujours au plus près de l’événement, on voit avec les yeux du personnage, on ressent les choses. C’est relativement facile avec un homme aussi entier et aussi engagé. J’ai également trouvé judicieux le fait que l’album s’ouvre sur le procès de 1905. A l’époque, Jacob a 26 ans et déjà un beau parcours derrière lui. Il fait face au juge avec dignité. L’homme est cultivé, sait manier la langue et l’ironie, n’hésite pas à corriger les « erreurs » d’interprétation faites par le magistrat…

– Vous vous êtes donc fait voleur. Pendant trois ans, vous avez écumé la France avec votre bande. Avec votre compagne illégitime, et même avec votre mère, qui se retrouvent accusées comme vous, ici, aujourd’hui ! Vous avez commis plus de 150 cambriolages !
– Je préfère le terme de reprise individuelle.
– Vous jouez sur les mots.
– Pas du tout. Je ne volais que les parasites et je ne volais pas pour mon propre compte. Mon but n’était pas de devenir moi-même un parasite.
– Mais au bout du compte, vous voliez.
– Je voyais plutôt cela comme une entreprise de démolition. La démolition de cette société basée sur le vol et le mensonge qui engraisse les parasites comme les curés et les juges, et suce le sang des travailleurs.

Très vite, on voit les qualités de cet homme franc, généreux, intègre, passionné. On pense très vite à d’autres héros de cette trempe : Robin des bois ou, après lui, le gentleman cambrioleur Arsène Lupin.

Côté dessin, le travail de Léonard Chemineau est tout aussi impeccable et efficace. Il crée des ambiances graphiques qui donnent corps à chaque période : les traversées maritimes (mer d’huile ou tempête, chaque atmosphère colle au contexte), ports d’Afrique, bagne de Cayenne, scènes diurnes…

C’est à lire et vous m’en direz des nouvelles !

Le Travailleur de la nuit

One shot
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur : Léonard CHEMINEAU
Scénariste : MATZ
Dépôt légal : avril 2017
128 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-36981-273-9

Bulles bulles bulles…

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Le Travailleur de la nuit – Matz – Chemineau © Rue de Sèvres – 2017

Wake up America, volume 3 (Lewis & Aydin & Powell)

Lewis – Aydin – Powell © Rue de Sèvres – 2017

« À l’automne 1963, le mouvement des droits civiques s’est imposé aux Etats-Unis. John Lewis, en tant que président du comité étudiant d’action non violente est en première ligne de la révolte. Tandis que Jim Crow élabore des lois toujours plus répressives et discriminantes, le seul espoir de Lewis et ses compagnons est de faire réellement appliquer le principe du vote pour tous, y compris aux citoyens noirs : « un homme, une voix ». Avec cette nouvelle bataille viendront de nouveaux alliés mais de redoutables ennemis, ainsi qu’un nouveau président qui semble être les deux à la fois. Les fractures au sein du mouvement s’approfondissent. Tout semble devoir se jouer dans une petite ville le long de l’Alabama, Shelma… » (synopsis éditeur).

Le dernier tome de la trilogie « Wake up América » (les chroniques sur le blog : tome 1 et tome 2) est beaucoup plus consistant que les précédents. Au niveau de la pagination tout d’abord puisque nous sommes en présence d’un petit pavé de 250 pages. Au niveau du rythme ensuite puisqu’il me semble que la chronologie des faits est beaucoup plus riche. Les événements se succèdent, certains passages relatent des manifestations quotidiennes où chaque jour, les citoyens noirs-américains se présentaient – en longue file indienne – à l’entrée des bâtiments administratifs afin de demander leur inscription sur les listes électorales. On est assommé par la récurrence des faits présentés et des scénarios qui se reproduisent quasi à l’identique de jour en jour. John Lewis, le dernier des Big Six, expose la réponse invariable que les forces de police donnaient aux citoyens noirs des états du sud : des coups, des brimades, des humiliations et des arrestations. Point d’orgue du scénario : la marche de Selma à Montgomery de 1965.

On y croise bien évidemment des figures de ce combat des droits de l’Homme : Martin Luther King, Malcolm X, Ella Baker… pour ne citer qu’eux.

Le medium BD est parfait pour transmettre ce genre de témoignage. L’avantage des illustrations permet de montrer toute la violence à laquelle ont été confrontés les manifestants noirs américains et de soulager d’autant le récit. Ce dernier se concentre quant à lui à transmettre à la fois la mémoire des faits et les réflexions de John Lewis. « Wake up America » est une série nécessaire et indispensable.

Une lecture que je partage avec Jérôme, amateur de cette série débutée il y a 3 ans déjà.

La « BD de la semaine » se réunit aujourd’hui chez Stephie.

Wake up America

Volume 3 : 1963-1965
Trilogie terminée
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur : Nate POWELL
Scénaristes : John LEWIS & Andrew AYDIN
Traducteur : MATZ
Dépôt légal : février 2017
253 pages, 15 euros, ISBN : 978-2-36981-2

Bulles bulles bulles…

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Wake up America, volume 3 – Lewis – Aydin – Powell © Rue de Sèvres – 2017

Proies faciles (Prado)

Prado © Rue de Sèvres – 2017
Prado © Rue de Sèvres – 2017

Espagne.

La crise mordante n’en finit plus d’étrangler les plus pauvres, de les contraindre à quitter leur logement, écrasés par les charges, par les dettes. Victimes du système bancaires et de ses mensonges, des personnes âgées tentent le tout pour le tout et misent souvent sur le mauvais cheval. Ce jour-là, un couple de retraités s’est donné la mort. Impensable pour eux de vivre à la rue.

Acheter. Epargner. Emprunter. Spéculer.
S’endetter.
Un avis d’expulsion posé sur la table.

Les expulsions et la saloperie des préférentielles, ça oui, c’est l’apocalypse pour ceux qui se retrouvent sans rien afin que vos entreprises continuent à faire des bénéfices.

Lundi 10 mars 2014. Le corps d’un commercial de la banque Ovejero est retrouvé dans son appartement. Pas de traces de lutte, pas de lettre de suicide. Le corps est confié au légiste. Dans la même semaine, d’autres autres corps sont retrouvés, tous salariés du secteur bancaire. Au total, six morts en six jours.

Les enquêtes sont confiées à l’inspecteur Olga Tabares. Elle fait équipe avec son coéquipier, l’inspecteur Carlos Sottilo. Tous deux supposent rapidement qu’il y a un lien entre tous ces décès. Tueur en série ? Mais quel serait le lien entre ces affaires ?

– Ça voudrait dire qu’on cherche des gens en colère contre les banques…
– Autrement dit, le pays tout entier…

Noir et blanc, une ambiance charbonneuse, silencieuse s’installe très rapidement. On se cale dans ce polar comme on se calerait devant un bon film. Et puis on laisse le binôme de flics mener la danse, ils tâtonnent mais ne s’éparpillent pas. Après « Ardalén – Vent de mémoires » qui était sorti en 2013 chez Casterman, je n’avais pas relu Miguelanxo Prado. Un peu désabusée, j’étais restée sur ma faim. Pourtant, ce trait torturé, sombre, qui nous montre l’âme des personnages avant même que l’on prête attention à leur accoutrement vestimentaire, je l’apprécie.

Il revient cette fois avec un polar, genre qu’il manie très bien. On retrouve aussi son engagement fort dans les sujets qu’il aborde ; il sera ici question de manipulation, de corruption, de malversation à grande échelle, le tout sur fond de crise économique. Il dénonce les pratiques nauséeuses des banques et leur impacts catastrophiques sur la population et plus précisément sur les retraités. Il y a quelques mois, on pouvait déjà lire Juan Diaz Canales qui abordait une autre facette de l’impasse des seniors à faire face à cette crise espagnole (voir « Au fil de l’eau »).

Miguelanxo Pardo cisèle l’intrigue avec du fil d’or et ses illustrations lui donne énormément de profondeur. Il y a là quelque chose qui relève d’une recherche d’esthétique parfaite pour autant, son regard sur la société est cru. Les visages parfois grimaçants de ses personnages, les marques de la fatigue ou celles de la vieillesse ne sont pas là pour embellir les protagonistes. En revanche, elle donne un relief à cet univers et l’œil du lecteur circule tout à fait naturellement d’une case à l’autre.

PictoOKIl restera des parts d’ombre que l’auteur choisit délibérément de ne pas développer. Cela ne nuit en rien au récit et permet justement au lecteur d’imaginer d’autres possibles, d’autres réponses, d’autres pièces qui viendraient compléter ce puzzle macabre et captivant.

La chronique de Mylène.

Une lecture que je partage avec Jérôme, sa chronique vous attend ici.

la-bd-de-la-semaine-150x150Et puis c’est une « BD de la semaine ». Noukette nous accueille aujourd’hui. Moult lien sur sa chronique du jour pour découvrir les bulles des lecteurs-lectrices qui participent à l’aventure.

Extrait :

« Quand le système cesse de remplir ses fonctions, quand il laisse ses citoyens sans protection et qu’il permet les expulsions en les justifiant avec son baratin de bon vendeur, alors il perd sa légitimité » (Proies faciles).

Proies faciles

One Shot
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur / Scénariste : Miguelanxo PRADO
Dépôt légal : janvier 2017
95 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-369-81026-1

Bulles bulles bulles…

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Proies faciles – Prado © Rue de Sèvres – 2017